Je ne voulais pas parler du dernier film (et j’espère vraiment que c’est le tout dernier) de Tarantino. Parce que je n’ai pas l’habitude de tirer sur des bouses, et surtout qu’il n’y a rien à en dire : c’est un ratage total, et comme c’est très long, cela vous laisse le temps d’abord d’analyser les ingrédients du massacre, puis de vous ennuyer ferme.

Cela faisait quand même très longtemps que je n’avais pas eu autant envie de sortir. Je suis resté par conscience professionnelle — je n’aurais pas dû, la fin est pire que le reste. Ceux qui à la proclamation du palmarès de Cannes se sont récriés qu’on était passé à côté d’un génie en le laissant repartir bredouille n’ont pas dû voir les autres films en compétition, dont j’ai pu parler ici ou , et qui étaient, eux, d’authentiques chefs d’œuvre. D’ailleurs, la critique de Libé, Elisabeth Frank-Dumas, ne l’a pas envoyé dire, à l’époque, en osant en plein festival parler à propos du sort que Tarantino fait subir à Polanski (à une époque où les sorcières le traquent partout) d’un film « dégueulasse », comme disait autrefois Belmondo. Elle a bien raison.

On a tant répété à Tarantino qu’il était génial qu’il l’a cru — un peu comme un homme politique qui n’entendrait que le bien que l’on dit de lui, ce qui bien sûr n’arrive jamais. Du temps de sa jeunesse folle, ce garçon, qui avait encore à faire ses preuves, bossait pour de bon : le scénario de True romance, par exemple, est du très bon travail bien ficelé. Reservoir Dogs est un joli diplôme de fin d’études d’un étudiant prometteur. Pulp Fictionavait une trame décousue / recousue tout à fait réjouissante. Kill Bill enfin, porté par une Uma Thurman virevoltante, est un grand film.

Puis tout s’est gâché. Déjà Jackie Brown accusait un coup de moins bien — une syntaxe paresseuse, des acteurs livrés à eux-mêmes, un tempo étiré où l’on filme jusqu’au bout la voiture qui disparaît — Quentin, tu aurais dû revoir les films de Howard Hawks, puisqu’il paraît que Rio Bravo fait partie de tes préférés. Inglorious Basterds n’avait aucun intérêt, sinon la présence de Christoph Waltz: Brad Pitt y étalait déjà la nonchalance désabusée de celui qui aurait pu être un grand acteur, s’il fumait moins de ganja, et qui y a renoncé depuis lurette.

Sur Brad Pitt, tout a été dit par Tony Scott dans Spy Game, où Robert Redford, l’homme qui avait cru pouvoir miser sur le beau blond dans Et au milieu coule une rivière, explique patiemment à Brad Pitt qu’il ne sera jamais que sa doublure amochée. Par parenthèse, je crois que je préfère définitivement Tony Scott à son frangin Ridley — le type qui hurle avec les loups et n’a rien de plus pressé que d’effacer dans son dernier film les scènes tournées avec Kevin Spacey (qui vient d’être définitivement blanchi des accusations nauséabondes dont on l’accablait) pour les faire rejouer par Christopher Plummer, afin de se conformer au nouveau maccarthysme sexuel qui secoue l’Amérique. Bref, Brad Pitt est décoratif, mais Tony Scott en avait déjà tout dit en le couchant, plein d’herbe jusqu’aux oreilles, sur un canapé lui aussi défoncé dans True Romance.

Et là, on le voit sans arrêt. On le voit conduire, essentiellement. Qu’est-ce qu’il conduit bien ! La moitié du film se passe à regarder Brad Pitt conduire une Cadillac.
C’est simple : son chien, un pitbull à l’expression monochrome, joue mieux que lui — jusqu’au bout.

Leonardo Di Caprio tire à peu près son épingle du jeu, en imitation de ce qu’aurait donné Steve McQueen s’il avait mal tourné. On a d’ailleurs droit à la doublure de McQueen, qui révèle des choses non essentielles sur Polanski et Sharon Tate.
À propos de Polanski, je souhaite très fort qu’il n’ait pas vu ce film : ce qu’on y fait de lui — un rabroueur de chiens — et de son épouse — une nunuche épatée de se voir à l’écran — est immonde. C’est un film écrit sur des bruits de chiottes — et ça fait du bruit, les chiottes. Tarantino est du genre à tirer la chasse en pleine nuit pour prouver qu’il a bien fait son petit caca.

Retour à la filmographie calamiteuse du petit génie. Django Unchained n’arrive pas à la cheville des Django originels, pleins de poussière et de poésie italo-espagnole. Les Huit salopards ne font pas un instant oublier qu’un jour, ils furent douze, sous la direction de Robert Aldrich, ou sept, sous la férule de John Sturges.

C’est le problème avec ces étudiants appliqués qui cloutent…

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