Deux semaines après sa sortie, Once upon a time… in Hollywood continue de caracoler en tête du box-office. Après la critique très négative publiée par Jean-Paul Brighelli sur Causeur, une voix dissidente se fait entendre…


Pour son neuvième et probable avant-dernier film, Quentin Tarantino s’est plongé dans son propre univers, celui des années légendaires du cinéma hollywoodien. L’histoire est la suivante: un acteur un peu déchu du nom de Rick Dalton (Leonardo DiCaprio) tente de se maintenir parmi les meilleurs. Épaulé par son cascadeur (Brad Pitt), il tentera de retrouver sa place au sein du système. Son destin croisera celui de Roman Polanski, son nouveau voisin.

Parce que je n’ai pas l’habitude de tirer sur des bouses, et surtout qu’il n’y a rien à en dire : c’est un ratage total, et comme c’est très long, cela vous laisse le temps d’abord d’analyser les ingrédients du massacre, puis de vous ennuyer ferme. Jean-Paul Brighelli

Ce long-métrage n’est certes pas un chef-d’œuvre, mais il est loin d’être un «navet», comme le suggère notamment mon collègue de Causeur, Jean-Paul Brighelli. Tarantino sait encore nous conduire hors des sentiers battus et le fait qu’il polarise autant en dit déjà très long sur sa capacité à faire des films hors du commun. Le réalisateur fait d’ailleurs preuve d’une plus grande maturité sur le plan photographique que dans ses précédents films.

Il faut aussi l’avouer: par définition, les obsessions de Tarantino sont répétitives. Ses inspirations sont si fortes qu’elles prennent souvent la forme de «mantras esthétiques» qui le rendent vulnérable à la critique. Ressurgissent alors des plans sur des pieds féminins, des focus sur des bottes de cowboy, des vestes de jeans et des roulottes en décomposition dans des décors désertiques. Cela dit, je préfère un réalisateur qui assume ses propres fétiches qu’un autre technicien visuel à la solde de l’idéologie dominante.

Le supposé «triomphe du mâle alpha»

Plusieurs féministes ont vu dans ce film «le triomphe du mâle alpha». Sur le site de la RTBF, la journaliste Camille Wernaers écrit que «les femmes sont montrées la plupart du temps à moitié nues et pieds nus alors que les hommes ont tout à fait trouvé des affaires à porter». Elle ajoute que «ce regard masculin sur les femmes signifie des gros plans et des longs travellings sur leurs fesses, leurs cuisses et leurs pieds». Il s’agirait en outre de «plans qui transforment les actrices en objets sexuels». Mais ce qui est perçu comme de l’arriération «machiste» n’est au fond qu’une résistance face aux récentes exigences puritaines.

Le constat des féministes est non seulement exagéré (on est vraiment très loin de la pornographie), mais il traduit une conception de l’art aux accents totalitaires. L’art qui irait à l’encontre des dogmes à la mode devrait faire l’objet d’un strict encadrement. Au minimum, il faudrait des sous-titres pour expliquer aux spectateurs que les scènes «patriarcales» à l’écran ne sont pas acceptables. Surtout, il faudrait refuser que ne soit célébrée la beauté du monde.

La deuxième critique qui ressort le plus dans la presse concerne l’absence de scénario substantiel et la lenteur du film. De fait, le scénario est loin d’avoir la même profondeur que celui de son Kill Bill (I et II), une œuvre excentrique aux accents… féministes. Ironiquement, jusqu’à tout récemment, Tarantino était reconnu pour donner vie à de puissants héros féminins alimentés par un désir de vengeance. Quant à la lenteur, on ne peut pas la déplorer à une époque où les gens ne prennent plus le temps de vivre. La vitesse de certains films américains est maintenant si rapide qu’ils sont étourdissants. Le style décompressé apparaît donc comme un vent de fraîcheur.

Tarantino contre le politiquement correct

La Californie était autrefois le symbole de l’émancipation universelle, c’est maintenant le centre de l’abolition des sexes, du retour des races et même d’une certaine austérité féministe. Ce n’est que l’un des paradoxes auxquels on peut réfléchir. Je dirais même que le film incarne une revanche contre l’ordre actuel. La déculottée (bien méritée) des hippies ne vient-elle pas satisfaire un public fatigué de voir le monde être aussi bêtement déconstruit? La nouvelle gauche se bat contre le smog, mais nous étouffe aves ses idées régressives. Les hippies de ce film avaient encore le mérite de ne pas sombrer dans la morale sexuelle.

En ce sens, cette histoire hollywoodienne peut être vue comme une mise en garde. Le libéralisme s’est retourné contre lui-même. Once Upon a Time in Hollywood présente une société qui respirait encore, qui exhalait la liberté malgré son culte polluant de l’automobile. Cette histoire est celle de la nation américaine, où les méchants hommes blancs pouvaient encore conduire une Cadillac sans se sentir coupables. La gauche des temps modernes est écologiste – elle est contre l’étalement urbain si caractéristique de la Californie – mais pollue de plus en plus le climat social. Dans l’univers de Tarantino, le soleil californien l’emporte encore sur les nouveaux puritains.

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