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« Un jour de pluie à New-York »: l’hymne remarquable de Woody Allen à la ville qui ne dort jamais

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Un soir de 1966 ou 1967, mes parents m’ont emmené au Théâtre du Gymnase, à Marseille, où se produisait Erroll Garner, en trio — avec un contrebassiste impavide et un batteur imperturbable. Ma mère aimait le jazz, et elle écoutait « Misty » en boucle, sur l’électrophone de la maison. Et aussi Armstrong jouant Fats Waller, et quelques autres. Du jazz classique — je devais découvrir quelques années plus tard Parker, Mingus, ou Miles Davis.

Timothée Chalamet et Woody Allen / Copyright Mars Films
Timothée Chalamet et Woody Allen / Copyright Mars Films

« Misty » est l’un des morceaux de jazz qui rythment Un jour de pluie à New York, le dernier film (à ce jour) de Woody Allen. Autant vous dire tout de suite: c’est un pur joyau, et le fait qu’il est interdit de fait aux Etats-Unis (mais quel ramassis de connards…) doit vous inciter davantage encore à aller le voir. Le film entier est un hymne à New York — le New-York de Gershwin dans Rhapsody in blue, le New-York des grands et des petits bars où officie un pianiste mélancolique (pléonasme !), comme celui que joue Jeff Bridges dans Suzie et les Baker Boys

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Un hymne à sa ville, comme il en a fait déjà dans Annie Hall ou Manhattan. Une ville sous la pluie de fin d’été, qui plonge New York dans une brume légère — misty, c’est ça.

Mais ça, c’est la toile de fond. Quant à l’intrigue, c’est du Marivaux revu sur la Cinquième Avenue ou sous l’horloge-carillon du zoo de Central Park, avec chassés-croisés amoureux, déambulations inquiètes, jeune écervelée provinciale séduite par la ville et les grands prédateurs qui y rôdent, parties de poker, soirées très arrosées, tentations à portée de main, fuite sous la pluie en petite tenue — tout ça en une heure et demie, parce qu’un morceau de jazz qui dure trop longtemps, ce serait vite répétitif…

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Mais ce n’est pas ça encore qui m’a cloué à mon fauteuil (inconfortable). Ce qui m’a scotché, c’est l’évidence d’une virtuosité qui ne s’exhibe pas, une virtuosité tranquille due peut-être à l’âge, le même genre que Clint Eastwood dans tous ses derniers films: à peine s’il joue, il se contente d’être, et c’est parfait, dès la première prise. Là, de même — mais derrière la caméra: un vieillard s’amuse à filmer, il est sûr de ses cadrages, de sa lumière, sûr de ses acteurs (Allen a fort bien panaché des p’tits jeunes — Elle Fanning ou Timothée Chalamet —, de grands acteurs — Jude Law — et des comédiens de théâtre, par exemple Cherry Jones, qui fait un numéro inoubliable de mère révélant à son fils — mais chut !). Le réalisateur multiplie d’ailleurs les plans-séquences virtuoses comme on n’ose plus s’y risquer, aujourd’hui — Elle Fanning en gros plan pendant deux minutes, la nunuche Disney parfaite propulsée soudain dans la cour des grands. Allen n’essaie pas de nous en mettre plein la vue: il filme comme Fred Astaire dansait — tout en grâce.

Quant aux polémiques que des demeurées en peine de notoriété tentent de relancer à chaque film de Woody Allen… Certains des acteurs du film, dans la fournée de #MeToo, ont dit qu’ils renonçaient à leur cachet, l’offraient à des organisations LGBT, qu’ils ne tourneraient plus jamais avec Allen, etc. Pauvres petits, préoccupés par le politiquement correct et les Oscars à venir: dans les années 1950, en pleine hystérie maccarthyste, ils auraient dénoncé les activités supposées communistes de Chaplin, Dmytryck ou Losey, des réalisateurs dont ceux qui les ont black-listés ne méritaient pas de baiser les semelles.

Selena Gomez/Copyright Mars Films
Selena Gomez/Copyright Mars Films

Je sens bien que des grincheux me reprocheront encore une fois de parler d’un film américain. Mais je n’y suis pour rien, si le cinéma français n’est nulle part — ne comptez pas sur moi pour dire du bien de Bienvenue chez les Ch’tis. Après tout, il y a deux jours, j’ai regardé sur DVD un merveilleux film japonais de 2015, les Délices de Tokyo, avec cette merveilleuse actrice septuagénaire, Kirin Kiki, dans l’un de ses tout derniers rôles. Et qui avait la même évidence tranquille, le même bonheur. Un bonheur mélancolique, certes, mais un peu de mélancolie ne gâche pas le bonheur, bien au contraire. Après tout, dans la dernière phrase du film d’Allen, il est surtout question du printemps à venir, le printemps dont un octogénaire rêve, et pendant lequel sortira Rifkin’s Festival, le prochain film de Woody Allen, tourné cet été en Espagne.

Anne Coffinier: « Je quitte la Fondation pour l’école contre mon gré »

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Créée en 2008, La Fondation pour l’école est reconnue d’utilité publique et vient en aide au secteur des écoles hors contrat. Anne Coffinier revient sur son départ, ses projets et explique en quoi les écoles hors contrat sont bénéfiques au pays.



Gil Mihaely. Madame Coffinier, vous êtes un pur « produit » de l’école publique française : du primaire à l’Ecole normale supérieure d’Ulm et jusqu’à l’ENA, c’est l’école de la République qui vous a formée.  Pourtant, vous avez abandonné il y a 14 ans une carrière de diplomate pour vous consacrer, à travers la Fondation pour l’école, au développement d’un système scolaire parallèle d’écoles indépendantes. Que reprochez-vous à la main qui vous a si généreusement nourrie ?

Anne Coffinier. Ma fidélité va aux enfants et à la France, non à quelque institution scolaire particulière, qu’elle soit publique ou privée. C’est parce que je crois que l’essor des écoles entièrement libres est la meilleure chance de réformer et de sauver le système éducatif dans son ensemble que je me suis investie corps et âme en faveur de la liberté scolaire. Et certainement pas par une quelconque hostilité de principe à l’école publique, à laquelle je dois beaucoup, mais qui n’a aucun droit à régner de façon monopolistique sur la formation de la jeunesse. L’éducation n’est pas une des compétences régaliennes de l’Etat et la société civile a toute sa légitimité.

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Notre pays a besoin de diversité pédagogique. Parce que 4O% des enfants sont en échec scolaire dès le CM2, et qu’il faut donc trouver des solutions éducatives qui leur conviennent mieux. Et parce que la liberté d’enseignement est une nécessité politique pour prévenir les dérives totalitaires et faire vivre notre Etat de droit. Condorcet avait bien expliqué dès 1792 que la République ne saurait avoir d’école publique de qualité si elle n’acceptait pas la concurrence stimulante d’un secteur éducatif libre. Il faut lire Catherine Kintzler à ce sujet. 

Quelles étaient vos ambitions au moment de lancer la Fondation ?

Apporter une réponse à la souffrance de tous ces enfants gâchés dans des écoles publiques ou privées par des approches éducatives qui ne leur conviennent pas. Il faut inventer d’autres formes d’écoles pour accompagner la réussite de chaque enfant, des formes propres à notre époque alliant intelligemment tradition et modernité, transmission du patrimoine et innovation pour exceller non dans un monde regretté mais dans le monde tel qu’il est. La dimension anti-totalitaire est également très forte dans mon engagement, à la suite d’Hannah Arendt et de Simone Weil. La liberté d’enseignement est le corollaire indispensable des libertés de conscience et d’opinion, pour ne citer qu’elles. Et l’Education nationale s’est trop détournée de la transmission du génie de l’Occident, or selon Hannah Arendt, si elle n’est pas un conservateur et un passeur de civilisation, l’école n’a plus d’école que le nom.

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La diversité pédagogique, qui passe par le développement d’un secteur d’écoles vraiment libres et de qualité, est une nécessité politique pour la France du XXIème siècle, qui va devoir trouver en elles les ressorts d’une stratégie gagnante dans le contexte de la mondialisation exacerbée, du transhumanisme, de la révolution numérique, riche d’autant d’opportunités d’apprentissage inouïes que de menaces sans précédent pour l’enfance et pour les libertés.

Quel bilan tirez-vous de votre expérience ? Est-ce que le fait qu’aujourd’hui vous quittez la fondation pour créer une nouvelle structure est un constat d’échec ?    

Par mon engagement de plus de 10 ans à la tête de la Fondation pour l’école et de l’association “Créer son école”, je crois avoir contribué à accomplir beaucoup de choses utiles : faciliter l’ouverture de toujours plus d’écoles indépendantes ; former et encourager les enseignants et éducateurs pour garantir une meilleure qualité de l’enseignement ; faciliter la production de manuels scolaires de qualité ; défendre sans relâche auprès des pouvoirs publics les droits des écoles indépendantes et des élèves ; mieux faire comprendre dans le débat l’utilité publique d’un secteur vraiment libre. C’est un bon bilan.  Aujourd’hui, puisque je n’ai pas d’autre choix, je vais fonder une autre initiative pour la liberté scolaire, à côté ou à la place de la Fondation pour l’école, parce que je ne peux pas abandonner les écoles et les enfants, et parce qu’il serait absurde de ne pas capitaliser sur toute cette expérience.  

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Pourquoi vous êtes-vous sentie obligée de quitter la fondation que vous avez créée ?

Que ce soit clair, si je pars de la Fondation pour l’école, c’est contre mon gré. Je me suis opposée, ainsi que la moitié du Comité d’Administration, à des dévoiements de stratégie irresponsables au sujet d’Espérance banlieues et de graves dysfonctionnements et illégalités, notamment dans le domaine fiscal. J’ai été « lanceur d’alerte » avec tous les risques que cela représente. Je subis la basse vengeance aujourd’hui de ceux qui se préoccupent plus de faire perdurer leurs petits commerces à travers la Fondation pour l’école que du bien des écoles libres.  

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Il est évident que si les administrateurs de la Fondation pour l’école se comportent d’une manière illégale ou gravement imprudente, ils réduisent à zéro les chances de la Fondation de continuer à être un bouclier protecteur pour les écoles indépendantes et un avocat respecté de la liberté scolaire.  Pour être libres, il ne faut pas donner aux adversaires des verges pour se faire battre. A mon sens, pour toutes ces raisons, la Fondation pour l’école a perdu sa capacité à défendre les écoles indépendantes et à faire remporter des victoires à la liberté scolaire. J’aurais fait tout ce qui est en mon pouvoir pour sortir la Fondation pour l’école de cette ornière. Un certain nombre d’administrateurs et de permanents de l’équipe aussi. En vain. Il faut fonder aujourd’hui autre chose, a minima pour porter le lobbying en faveur de la liberté scolaire.

En quoi la nouvelle structure va être différente de celle que vous venez de quitter ? Qu’avez-vous appris de l’expérience de la Fondation pour l’école ?

Je vais faire une conférence de presse à la fin octobre pour présenter la nouvelle initiative en faveur de la liberté scolaire. Je prépare actuellement sans précipitation cette refondation, avec les nombreuses personnes qui m’ont proposé leur collaboration. Il sera possible de se tenir au courant sur www.educfrance.org  ou de me contacter à anne@educfrance.org . 

Catholique pratiquante, votre activité en faveur d’une offre scolaire alternative n’est-elle pas une manière de contourner la neutralité de l’école en matière de religion ?  

J’ai veillé au développement d’écoles indépendantes variées par leur pédagogie et leur spiritualité, conformément au choix des familles, et n’ai pas réservé mon énergie aux seules écoles catholiques. En fait, je me suis laissé saisir par le Christ lorsque j’étais à l’ENA. Comme quoi, ça mène à tout… J’ai essayé de Le suivre comme j’ai pu. Catholique voulant dire universel, j’ai veillé à ce que la Fondation pour l’école se mette au service de tous les enfants et non pas uniquement des catholiques bien sûr, même si je suis particulièrement attachée à ce que les écoles catholiques soient de qualité et qu’elles donnent envie de se faire disciple du Christ. C’est un défi complexe car une école catholique ne doit pas remplacer le biais relativiste et hostile à la religion qui caractérise trop souvent l’école publique par une sorte d’endoctrinement contraire. Ce serait une défaite de la raison or l’école est le lieu de la formation de la raison, et si l’on aborde la religion, ce soit être sous ce prisme de l’intelligence, avec tact et délicatesse pour les personnes. L’école publique se condamne à l’insignifiance en évitant la question de Dieu, de la vérité, du sens de la vie, parce qu’elle est mal à l’aise avec les croyants, en particulier avec les musulmans. A l’inverse, l’école confessionnelle peine à trouver une articulation appropriée entre les enseignements profanes et l’enseignement religieux, se contentant trop souvent d’une catéchèse indigente ou autoréférencée, qui ne résiste pas au choc des interrogations de la vie réelle. Comme en philosophie, je crois que la religion à l’école doit préparer les jeunes à la modernité, au risque sinon de se dévitaliser et d’être rejetée par les élèves devenus adultes. Et cela passe par la transmission exigeante et vivante de la culture classique européenne, meilleure école pour former des futurs adultes libres, forts et créatifs.

Nos dirigeants se prosternent devant la Ligue Islamique Mondiale

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On ne peut que s’indigner d’une France aux petits soins avec le terrible régime saoudien!


Indignité. Lina Murr Nehmé et Nader Allouche ont déjà dénoncé dans Causeur la conférence organisée par la Ligue Islamique Mondiale (LIM) à Paris le 17 septembre. Offrant une tribune à Mohammed al-Issa, ancien ministre de la « justice » saoudien, cette conférence dite « pour la paix » n’a été qu’une mascarade durant laquelle les mots de justice et de paix étaient dévoyés pour désigner la soumission à la charia. Comme l’écrivit Kamel Daoud avec autant de courage que de lucidité, l’Arabie Saoudite n’est qu’un « Daesh qui a réussi. »

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Indignité de la participation de Ghaleb Bencheikh à l’organisation de cette entreprise de désinformation, et de la présence à celle-ci de Haim Korsia et de plusieurs responsables religieux chrétiens. La diplomatie consiste à parler même avec nos ennemis, c’est entendu. Mais aider nos ennemis à se faire passer pour nos alliés, alors que l’on sait très bien qu’ils s’en serviront pour diffuser leur propagande, étendre leur influence et recruter dans notre jeunesse, ce n’est plus de la diplomatie, c’est de la trahison.

Logo de l'organisation controversée basée à la Mecque
Logo de l’organisation controversée basée à la Mecque

Offense des croyants, et puis quoi encore ?

Indignité du « mémorandum d’entente et d’amitié » qui ne concerne explicitement que les « religions qui se réfèrent à l’acte de foi d’Abraham », se limitant aux « juifs, chrétiens et musulmans ». Les croyants des autres religions, les agnostiques et les athées apprécieront, en particulier lorsque l’on sait comment ils sont traités partout où l’islam littéraliste théocratique promu par la LIM détient le pouvoir.

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Indignité des propos du Cheikh Al-Issa, qui ose déclarer qu’il ne faut pas confondre liberté et « offense des sentiments », notamment des croyants, alors qu’il se trouve dans la ville de l’attentat contre Charlie Hebdo. Faut-il encore redire que Galilée a « offensé les sentiments » des catholiques de son temps avec ses découvertes, et qu’il avait raison ? Vouloir retirer le droit à l’offense du champ de la liberté d’expression, c’est cautionner la condamnation de l’astronome, brûler Giordano Bruno, appeler à la mise à mort de Salman Rushdie, et c’est réveiller le spectre des guerres de religions puisque bien des religions « offensent les sentiments » de toutes les autres en proclamant que leurs dieux n’existent pas !

Castaner, Moreau et Collomb indignes

Indignité de l’inauguration de l’Institut français de civilisation musulmane de Lyon, où Christophe Castaner et Gérard Collomb ont posé avec le secrétaire général de la LIM. L’ancien ministre de l’Intérieur, qui avait attendu le jour de son départ du ministère pour enfin dire que « aujourd’hui on vit côte à côte…. Je crains que demain on vive face à face », ne voit-il aucun problème à se tenir ainsi aux côtés de l’auteur d’une thèse des plus révélatrices sur « l’importance du Jihad dans la diffusion de l’appel à l’islam » ?

Indignité amplifiée par Jean-Baptiste Moreau, député LREM de la Creuse, porte-parole de LREM, président du groupe d’amitié France Arabie Saoudite de l’Assemblée Nationale, qui affirme sur Twitter après sa rencontre avec Mohammed Al-Issa « porter le même idéal de paix, tolérance et d’ouverture entre les religions et les peuples. » Rappelons que d’après notre ministère des Affaires étrangères lui-même, « l’islam est la seule religion autorisée en Arabie saoudite. Toutes les manifestations d’appartenance à d’autres religions (pratique, prosélytisme, symboles, etc.) sont interdites. » Rappelons aussi que l’apostasie y est punie de mort. Certes, Jean-Baptiste Moreau a depuis reconnu la « maladresse » de ses propos, mais il est permis de se demander dans quelle mesure le porte-parole du premier parti de France peut arguer de l’excuse « je ne suis pas un pro de la com », et comment le président du groupe d’amitié France Arabie Saoudite peut ignorer la réalité du pays en question au point de lui associer sans rire les termes de «tolérance » et « d’ouverture »…

Pendant ce temps, Raif Badawi croupit en prison dans l’indifférence

Indignité aggravée par l’indifférence presque générale aux mesures de rétorsion prises par le régime saoudien à l’encontre de Raif Badawi, et à sa brève mais inquiétante grève de la faim suite à ces mesures. Prix Sakharov en 2015, deux fois proposé pour le prix Nobel de la paix, Raif Badawi a été condamné par ce qui tient lieu de justice en Arabie Saoudite à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet, en particulier pour n’avoir pas expressément répudié sur son site web l’affirmation que « musulmans, chrétiens, juifs et athées sont tous égaux » et pour avoir fait preuve d’ironie envers le « comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice », la police religieuse et idéologique du régime.

Son épouse, Ensaf Haidar, réfugiée au Canada avec leurs enfants, est venue à Paris à l’invitation de Zineb El Rhazoui pour dénoncer l’hypocrisie de la LIM. Qu’elle ait ainsi pris la peine de traverser la planète nous oblige. Son courage et le courage de son mari nous obligent.

Dès le lendemain, Raif Badawi se voyait privé de livres et de certains médicaments par ses geôliers, ce qui le conduisait à commencer une grève de la faim, dans le silence assourdissant des médias français. A l’heure où j’écrivais la première mouture de cet article, aucun n’en avait fait mention, même brièvement. Délais de publication obligent, Raif Badawi a recommencé depuis à s’alimenter, heureusement, mais ce silence demeure.

Au bout d’un moment, on ne croit plus à la théorie de l’aveuglement

Indignité de ce silence, absurdité de ce tragique aveuglement ! Face à un totalitarisme aux ambitions mondiales, la résistance doit dépasser les frontières. Raif Badawi et Ensaf Haidar prouvent du fait même de leur existence que ce ne sont pas « les Saoudiens », « les Arabes » ou « les musulmans » qu’il faut combattre, mais bien le littéralisme coranique théocratique, cette idéologie monstrueuse insidieusement lovée à l’intérieur de l’islam, et ses adeptes fanatiques.

« Nous devons préserver la paix », « nous pouvons les influencer pour faire évoluer le régime », « il faut saisir la main tendue », les partisans de la conférence organisée par la Ligue Islamique Mondiale ont très exactement les mêmes arguments que, jadis, les partisans des accords de Munich. N’ont-ils donc rien appris ? N’ont-ils pas médité les propos de Churchill, n’ont-ils pas lu Marc Bloch ?

Les libertés bafouées, les consciences étouffées et le sang versé par les islamistes seront les juges de leur indignité.

Détruire le fascisme islamique

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Le blasphème de Justin Trudeau à la religion d’Etat

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De « terribles » images ressorties du passé reviennent en pleine figure de Justin Trudeau, idole mondiale du multiculturalisme. Quand on est blanc, chantre de l’antiracisme et dirigeant du premier État « post-national », mieux vaut ne pas s’être déguisé en Aladin dans sa jeunesse. Ce type de phénomène stupide gagne d’autres pays occidentaux.


Quand les prêcheurs de morale se font prendre le doigt dans le pot de confiture, leurs cibles habituelles du vieux monde peuvent brièvement jubiler. Quand une photo de Justin Trudeau, le visage grimé de noir, déguisé en Aladin est publiée dans le magazine Time, on hésite entre l’arroseur arrosé ou le singe qui veut monter au cocotier

L’antiracisme devenu fou

Justin Trudeau n’est pas un militant ordinaire de l’antiracisme, mais le premier ministre du Canada qui a porté à son paroxysme le multiculturalisme comme une nouvelle religion d’Etat. Depuis 1988, le multiculturalisme est inscrit dans la loi canadienne. Selon ses déclarations au New York Times, « Le Canada n’a pas d’identité profonde, d’identité commune ou dominante […] ce qui fera du Canada le premier État post-national[tooltips content= »There is no core identity in Canada, New York Times, 8 décembre 2015″]1[/tooltips] ». Et dans sa bouche, cela constitue un atout incontestable dans le grand brassage multiculturel qu’il appelle de ses vœux : « Les pays avec une identité nationale forte éprouvent des problèmes à intégrer les immigrants qui viennent de partout ». Donc débarrassons-nous de notre identité pour faire place à celles des cultures des allochtones !

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Ce genre de déclarations, sa volonté d’incarner le Bien en toute circonstance, ainsi que sa propension à larmoyer en public, en ont fait une icône internationale aux yeux des médias, l’anti-Trump sur le continent nord-américain, l’ami de Merkel, celle qui ouvre grand ses frontières, ”le politicien le plus sexy de la planète selon, non pas les tabloïds The Sun ou Bild, mais le très austère quotidien allemand Die Welt.

Tartuffe

Sa relative chute médiatique a commencé avec une catastrophique visite en Inde (l’invitation d’un ex-terroriste séparatiste indien à un dîner officiel et le port de tenues traditionnelles indiennes), puis, plus récemment, avec l’affaire SNC-Lavalin où il a été accusé de faire pression sur la justice.

Face à ce cliché embarrassant, « Justin Kumbaya Trudeau » comme l’appelle Richard Martineau, un chroniqueur du Journal de Montréal, a présenté ses plus profondes excuses, ajoutant que « la photo était raciste mais qu’il n’en avait pas conscience à l’époque ». Cette phrase mérite que l’on s’y arrête un instant. En clair, de son propre aveu, Trudeau était raciste en 2001, à 30 ans, un âge où normalement les convictions politiques sont déjà bien ancrées. Ce qui fait que beaucoup au Canada dénoncent son hypocrisie: leur premier ministre « serait nu » ou aurait des convictions à géométrie très variable.

En réalité, Trudeau n’était pas plus raciste hier qu’aujourd’hui. Le jeune adulte de 2001, professeur à l’époque, avait raison de vouloir rire et s’amuser, comme il y a un demi-siècle, on jouait sans malice aux cow-boys et aux indiens.

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Ce qui a changé, c’est le succès de l’offensive des minorités activistes qui réussissent de plus en plus à imposer leur langage, leur vision du monde et leur politique, tout en cherchant à nous culpabiliser afin de démasquer le raciste qui sommeille en chaque Blanc.

Offensive contre les pères fouettards

L’offensive contre le Blackface prend en Europe l’aspect de la volonté d’interdire toute manifestation culturelle ou folklorique où des Blancs se déguiseraient en Noirs, tel le célèbre Père Fouettard qui accompagne Saint Nicolas en Belgique et aux Pays Bas.

Dans ce pays, malgré l’attachement des Néerlandais à cette tradition, la polémique se fait chaque année plus vive lorsque, en novembre, Saint-Nicolas arrive en bateau d’Espagne accompagné de ses célèbres Pères Fouettards. Le New York Times, le Washington Post et The Economist, les plus prestigieux gardiens du temple du politiquement correct, ont condamné cette coutume.

En Belgique, en août dernier, un obscur « collectif », Bruxelles Panthers, a demandé le retrait de la Ducasse d’Ath (une kermesse populaire) du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, en raison de la présence dans le cortège du « Sauvage ». Le bourgmestre local a résisté et le défilé a eu lieu, mais la polémique a occupé les journaux pendant quelques jours.

L’année précédente, il avait suffi d’une simple lettre de ce collectif pour que le bourgmestre de Lessines en Belgique interdise la sortie du « Groupe des nègres » lors de La Ducasse des Culants » dans le Hainaut. Pourtant, selon les organisateurs, « Il s’agit de représenter la libération du Congo durant les années 1960. On voit les Noirs, sous dominance belge qui reprennent leur indépendance, sous l’œil éloigné du roi Baudouin. »

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Une autre manifestation traditionnelle bruxelloise, les Noirauds, est aussi dans le collimateur des Bruxelles Panthers, malgré son but philanthropique. « Costumés de couleurs vives, le visage noirci, ses membres font le tour des restaurants de la capitale pour récolter des fonds en faveur des enfants en difficulté[tooltips content= »La Libre, 9 septembre 2018″]2[/tooltips] ».

Complaisance médiatique

A chaque fois, les médias se contentent de qualifier ces Bruxelles Panthers d’organisation antiraciste et leur donnent largement la parole sans s’interroger sur l’idéologie de cette organisation : « la lutte contre toutes les formes de domination impériale et coloniale, sioniste y comprise, qui fondent et perpétuent la suprématie blanche à l’échelle internationale (…) La lutte contre les inégalités raciales qui cantonnent les immigrés et leur descendance à un statut analogue à celui des indigènes dans les anciennes colonies ». Ce discours est d’autant plus paradoxal que plusieurs ministres, parlementaires et bourgmestres bruxellois sont désormais issus de l’immigration. La lutte antiraciste est un combat sans fin qui s’auto-alimente.

Pendant qu’il devient interdit à des Blancs de se déguiser en Noirs, les émissions, films, séries qui critiquent ou se moquent des Blancs se multiplient, comme Dear white peole sur Netflix ou les saillies du célèbre humoriste Trevor Noah, vedette du Daily Show. Ce serait même, selon Le Monde, le dernier chic du web américain.

Notre société devient de plus en plus schizophrène. Elle condamne toute forme de racisme. En même temps, comme dirait le président Macron, elle nous renvoie de plus en plus à des identités définies selon des critères raciaux, exacerbant des tensions raciales qu’elle prétend combattre. L’antiraciste militant est un pompier pyromane.

La face cachée du multiculturalisme

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En tapant sur les immigrés, Macron pense récupérer le peuple français

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Le président joue au pompier pyromane sur l’immigration. Coup de gueule!


Il fallait s’y attendre. D’ailleurs, la règle avec Macron, c’est qu’il faut s’attendre à peu près à tout, et surtout au pire. Il paraît que c’est la phase II du quinquennat, celle de la pédagogie, de la gentillesse, de l’attention aux plus faibles. Bref, une grande période de câlins. Comme d’habitude, le décalage entre les discours et les faits est palpable. Jamais ce gouvernement n’aura été aussi brutal, cynique, hypocrite et pyromane. Oui, pyromane : Macron veut allumer le feu sur la question de l’immigration et du droit d’asile. En gros, faire l’éternelle politique de la droite, et de la droite la plus dure sur la question, celle de Sarkozy à l’époque du ministère de l’Identité Nationale.

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Il tient à nouveau, en public et en privé, un discours qui a toujours existé et qui vise à détourner l’attention de sa politique antisociale. 

Les discours de Macron et de Le Pen sont similaires

Ce discours, il est simple, c’est celui du Rassemblement National. Le même, exactement le même. Un discours qui veut opposer  les pauvres isolés dans leurs quartiers dégradés et menacés par les musulmans qui se radicalisent. Si ce n’était pas à pleurer, on en rirait : Macron critique même la bourgeoisie des centre-ville qui elle, serait indifférente à cette souffrance car elle n’aurait pas à vivre avec ce problème. Il semble oublier plusieurs choses, le Petit Père des Riches, c’est qu’il est le représentant le plus caricatural de cette hyperbourgeoisie qui vit dans une tour d’ivoire et qu’il n’a effectivement aucune idée de la réalité de la vie dans les quartiers populaires qui n’ont pas, ne lui en déplaise, sombré dans la guerre raciale.

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On a parlé de cynisme parce que, de fait, ce qui est en train de se jouer avec ce virage macroniste sur l’immigration, c’est l’achèvement de la ressemblance entre En Marche et le RN qu’il prétend combattre. Macron veut, pour récupérer un électorat populaire qui n’est pas le sien, aller le chercher chez Marine Le Pen en tenant le discours de Marine Le Pen, une ennemie qu’il s’est choisie depuis le début et qui n’est pas une ennemie mais comme disait Lénine, une idiote utile. Marine Le Pen aide Macron sans le savoir à éliminer tout ce qu’il y a comme opposition entre elle et lui. Pour rejouer indéfiniment le scénario du deuxième tour de 2017.

On vous a déjà fait le coup

C’est un jeu dangereux mais c’est le seul que peut et que veut jouer Macron. En effet, le peuple, il l’a perdu, pratiquement depuis le début de son quinquennat et définitivement depuis le mouvement des gilets Jaunes dont les cendres sont encore chaudes. Ce qui a le plus gêné Macron dans le mouvement des gilets jaunes, ce qui lui a fait peur, vraiment peur, ce n’est pas seulement les beaux quartiers mis à sac et l’Élysée transformé en bunker avec un hélico dans le jardin prêt à décoller si les choses tournaient mal, c’est surtout que l’immigration, l’identité, tous ces  écrans de fumées utilisés depuis trente ans, n’ont pas été au cœur des revendications des gilets Jaunes. La preuve, c’est que la droite et l’extrême-droite elles-mêmes ont cessé de soutenir le mouvement quand elles se sont aperçues que ce que les gilets jaunes craignaient, c’était les fins de mois et pas le Grand Remplacement, c’était les vies qui ne sont plus des vies parce qu’on ne part plus jamais en vacances et pas les filles en burkini sur les plages. D’ailleurs, pour les voir encore faudrait-il avoir les moyens d’aller à la plage, et s’apercevoir du même coup, qu’ils auraient autant de chance d’en rencontrer que de trouver un billet de cent euros sous un galet.

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Alors retentons le coup de l’immigration, se dit Macron, rejouons l’antienne du pays trop attractif, trop gentil avec les demandeurs d’asile, retirons la carte « bancaire » qui permettait aux demandeurs d’asile de retirer six euros quatre vingt par jour, juste histoire de limiter encore leur autonomie en compliquant leur vie quotidienne. Et puis pensons à remettre en question l’AME, l’aide médicale d’état. Comme ça, on préservera notre mode de vie, paraît-il. Sauf qu’un des piliers de notre mode de vie, c’est l’hospitalité, l’accueil et la fraternité, pas de multiplier des vexations à la petite semaine afin de complaire à un peuple qu’on voudrait voir tellement plus xénophobe qu’il ne l’est.

Et dire qu’une politique ne serait-ce que keynésienne ou réellement social-démocrate (façon Suède des sixties ou France du CNR) appliquée en France pendant dix ans et le RN redeviendrait le groupuscule d’avant 1983, et que les islamistes seraient réduits à trois barbus dans une cave, à qui les ados kabyles en mini-jupe feraient des doigts d’honneur.

Mais ça, bien sûr, ce serait trop simple…

Jean-Claude Brisseau, génie du mâle

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La sortie simultanée de trois films de Jean-Claude Brisseau vient à point nommé pour rendre hommage à cet immense cinéaste disparu en mai dernier.


Revoir ces trois œuvres qu’il a tournées avec Bruno Cremer permet de mesurer la cohérence de son univers et la puissance d’un style oscillant entre le réalisme le plus cru et un désir de sublimation par l’Art. Les trois films fonctionnent à peu près selon le même schéma, soit un personnage adolescent réduit à un état presque « sauvage » qui va parvenir à sublimer la violence qu’il porte en lui grâce à l’éducation et à l’art. Dans Un jeu brutal, la jeune Isabelle a été abandonnée par ses parents et porte en elle un immense ressentiment accentué par le fait qu’elle soit paralysée des membres inférieurs. A la mort de sa grand-mère, son père, un inquiétant professeur qui tue des enfants, décide de reprendre son éducation. C’est également à la mort de sa grand-mère que le jeune Bruno revient vivre chez sa mère à Bagnolet dans De bruit et de fureur. Il fait connaissance avec Jean-Roger, un voisin livré à lui-même et largement délinquant. Enfin, dans Noce blanche, Mathilde vit également seule, loin d’une mère suicidaire et d’un père trop occupé. Sa relation amoureuse avec François, son professeur de philo, va changer sa destinée…

Jeunes sans parents

Dans ces trois récits, on notera l’absence criante des parents pour ces jeunes. Le père d’Isabelle revient de temps en temps mais il confie l’instruction de sa fille à une ancienne institutrice (Lisa Hérédia). Le seul contact que Bruno a avec sa mère dans De bruit et de fureur, ce sont les petits mots qu’elle accroche aux murs pour lui donner des consignes (on ne la verra jamais). Jean-Roger est « élevé » par un père violent (Bruno Cremer), amateur d’armes à feu, qui lui transmet une vision totalement nihiliste du monde : un état de guerre permanent ou il faut apprendre à écraser les autres pour ne pas être écrasé soi-même. Enfin Mathilde (Vanessa Paradis) est livrée à elle-même dans son appartement à Saint-Étienne.

Ce qui frappe d’emblée dans chaque film de Brisseau, c’est la conscience aigüe du Mal qui rode. Dans Un jeu brutal, c’est le Diable lui-même qui est nommé tandis que le Mal plane partout dans cette cité de banlieue de De bruit et de fureur que le cinéaste nous décrit avec un sens du réalisme assez impressionnant. Dans Noce blanche, il tourne autour de Mathilde, de son passé d’enfant abandonnée et des mauvaises fréquentations qui gravitent autour d’elle (l’univers de la drogue et de la prostitution n’est jamais très loin). A chaque fois, Brisseau fait formuler par l’un de ses personnages sa vision extrêmement pessimiste d’un monde sans Loi où peuvent se déchaîner les force du Mal. C’est le discours véhément d’Isabelle rêvant de faire exploser des bombes au milieu de la foule dans Un jeu brutal, c’est la « leçon de vie » que donne Bruno Cremer à son fils ainé dans De bruit et de fureur, lui expliquant qu’il n’y a rien à attendre de l’au-delà et des autres, qu’il faut fuir à tout prix les chemins balisés par la société. C’est enfin les confessions désespérées de Mathilde qui avoue sa totale incapacité à considérer un quelconque sens à l’existence.

Un cinéaste marxiste et chrétien

Fort de son expérience de professeur en banlieue, Brisseau va tenter de « contrecarrer » cette inclination vers le Mal en offrant à des personnages d’apporter la Loi à ces jeunes gens sans repères. Le père d’Isabelle commence par des méthodes spartiates extrêmement dures et violentes (gifles, enfermement…) avant que l’éducation (grâce à l’institutrice) succède au dressage. Dans De bruit et de fureur, c’est la jeune professeur incarnée par l’évanescente Fabienne Babe qui se charge de polir l’âme de Bruno tandis que François, le prof de philo, joue un rôle de Pygmalion pour Mathilde.

Dans ces trois œuvres, il y a de très beaux moments où Brisseau souligne le pouvoir de l’éducation et de la pédagogie sur ces adolescents, pour qu’ils puissent canaliser la violence qui est en eux et la sublimer par les œuvres d’art.

Ça a souvent été dit mais Brisseau était un cinéaste à la fois marxiste et chrétien. Il y a chez lui une conscience aiguë des inégalités et des conflits de classe qui éclaire brutalement De bruit et de fureur. C’est la part « réaliste » de son cinéma et son regard sans pathos sur la misère, l’aliénation, l’acculturation…

Envie de rêver

Mais le cinéaste ne sombre jamais dans le naturalisme. Face à ces horizons bouchés, il y a toujours une possibilité de s’élever, d’échapper à cette pesanteur par la grâce (dans Noce blanche, François est l’auteur d’un essai sur Simone Weil). C’est d’ailleurs de ce point de vue que les films, tout en restant cohérents, diffèrent un peu. Un jeu brutal est sans doute le plus « bressonien » des trois, avec des scènes qui évoquent à la fois Mouchette (Isabelle, désespérée, qui roulent dans l’herbe près d’un point d’eau) ou Au hasard Balthazar avec ces nombreux passages relatifs à la cruauté envers les bêtes (les insectes qu’Isabelle torture ou le cheval évoqué dans le poème de Prévert). Dans De bruit et de fureur, sans doute le plus caractéristique du style à venir de son auteur, c’est par des échappées oniriques que Brisseau brise le déterminisme social et échappe au poids de la réalité. Une femme, nue ou vêtue comme un ange, apparaît à Bruno dans des visions qui conjuguent la métaphysique avec l’érotisme). Le jeune garçon qui avait adopté un petit serin en cage le voit parfois se transformer en faucon, image d’une âme prisonnière de sa condition mais entrevoyant la possibilité de s’élever vers un « ailleurs » plus radieux.

Quand Paradis rencontre Cremer

Enfin, plus classique, Noce blanche adopte davantage les codes du drame passionnel et du mélodrame de résignation puisque si l’amour peut sublimer l’existence, il reste soumis et condamné par les normes sociales et les conventions qui l’empêchent de s’épanouir pleinement. Une des forces du cinéma de Brisseau, c’est que ces cheminements sont toujours ambigus. Car les personnages qui apportent la Loi sont aussi ceux qui la transgressent. Le père d’Isabelle est un assassin persuadé d’être investi d’une mission divine et sacrée, le père de Jean-Roger enseigne à ses fils l’illégalité et la marginalité tandis que le professeur de philo laisse Mathilde l’aimer mais n’osera pas aller jusqu’au bout pour vivre cette passion.

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Rentrée littéraire: viva l’Italia!

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De l’épopée fiumaire de D’Annunzio, dont on commémore le centenaire à la Via Appia en passant par les délices de sa cuisine, les livres de la rentrée célèbrent l’Italie.


Tous les politologues sérieux savent que l’Italie est un laboratoire des idées. Tel un sismographe des mouvements et des tensions populaires, la Botte indique toujours le sens de l’Histoire pour le meilleur ou le pire. Ce qui se passe à Rome finit toujours par irradier hors des frontières transalpines. La fable et le style, c’est-à-dire la définition même de la littérature, irriguent les têtes, chamboulent les existences, condensent les espoirs déçus des individus et resserrent les hommes. L’art oratoire est nécessaire à la survie de ce peuple qui se réinvente perpétuellement sous la dictée des mots. Les Italiens sont sensibles à la mélodie des discours, à la percussion des images scandées du haut d’une tribune.

De l’amour et du vin

L’excès et l’honneur, ce mélange si détonant a toujours réchauffé leurs cœurs. Nicole Croisille avait oublié dans sa chanson d’ajouter qu’un italien est gai quand il sait qu’il aura de l’amour et du vin. Et aussi de belles phrases, de ces envolées qui galvanisent, de cette force du verbe qui enivre et rassérène. Les Français résignés depuis des lustres ne s’enflamment plus pour leurs écrivains et encore moins pour leurs gouvernants. Nous nous sommes volontairement extraits du jeu démocratique. Nous manquons de foi et d’entrain. En Italie, l’honneur et la flambe rendent l’action politique aussi excessive qu’éminemment poétique. S’intéresser à l’Italie, à son passé, ses voies antiques et sa nourriture, c’est finalement mieux comprendre les culs-de-sac européens et les errances de la mondialisation. Aucune autre nation ne résume aussi bien notre degré d’insatisfaction générale.

Libérer Fiume sans un coup de feu

Quand nos écrivains se noient dans leurs problèmes domestiques, font le procès à leur enfance, se liquéfient dans leurs blessures intimes, ouvrons la fenêtre italienne. On respire enfin le parfum de la grande histoire, sa dinguerie et ses paris insensés, ses outrances verbales et son folklore réjouissant. Le journaliste Olivier Tosseri nous ramène en septembre 1919, sur les cicatrices purulentes du Traité de Versailles. Dans La Folie d’Annunzio  aux éditions Buchet-Chastel, il dessine un portrait haletant du poète-soldat, d’une Italie partagée entre futurisme et nationalisme, entre révolution artistique et amateurisme. Une page dont seuls les spécialistes se souviennent. Dans ce livre grand public, on apprend comment Gabriele d’Annunzio, héros de la Première Guerre, à la tête d’insurgés, de vétérans et d’une jeunesse assoiffée d’aventures, coalition disparate et improbable, ne répondant à aucun code connu, va libérer Fiume sans tirer un coup de feu.

L’italianité de Fume ne fait aucun doute pour lui. Et même si l’expérience est éphémère, D’Annunzio, sorte de « trouvère moderne du nationalisme italien » demeure un tribun exceptionnel qui manie le pouvoir des mots comme un culturiste lève de la fonte. Aucun poids ne lui résiste. Aérien dans sa locution, il est capable de soulever les foules. « D’Annunzio est le prophète d’une nouvelle religion civile centrée sur la sacralité de la Patrie. Il est le défenseur des humbles face aux puissants. Il est l’orateur demandant réparation pour un honneur bafoué. Dans tous les cas, l’éloquence est placée au service d’une cause : Fiume » écrit l’auteur, subjugué par ce talent de dialecticien plébéien si inventif et expansif.

De Rome à l’Adriatique

Si Tosseri s’attache à la figure d’Annunzio, Paolo Rumiz, journaliste à La Repubblica redécouvre la Via Appia, « vingt-trois siècles après sa construction », dans Appia aux éditions Arthaud. 672 km. 29 jours de marche. De Rome à la côte Adriatique. « Je comprends que notre voyage doit devenir une reconquête des espaces perdus, un manifeste destiné à revendiquer une Italie accessible, malgré la Camorra, malgré l’hostilité des « maniaques du volant » et malgré l’indifférence des politiciens aux souliers bien cirés. Suivre notre route de bout en bout équivaut à se réapproprier le pays » proclame-t-il, dès le préambule de ce voyage presque initiatique. Rumiz part de Rome pour retrouver le chemin de l’Italie, lui redonner sa geste flamboyante, réenluminer ses trésors enfouis et aussi révéler les turpitudes d’un pays parfois en décomposition.

Italie, fournée zéro

Nous ne quitterons pas l’Italie sans passer par la table de l’Antiquité. On doit Rome côté cuisines  paru aux Belles Lettres à Martine Quinot Muracciole, professeur de lettres classiques à Nîmes. Merveilleux guide plein de saveurs et d’érudition. « Cette cuisine plaît beaucoup, parce qu’elle est bonne, parce qu’elle a un parfum d’exotisme et parce qu’à travers elle on entre de plain-pied dans une civilisation, dans une histoire qui est la nôtre » dit-elle dans une langue « parlante ». Cet automne, lisez « Made in Italy » !

La folie d’Annunzio – L’épopée de Fiume (1919-1920) de Olivier Tosseri – Buchet Chastel

Appia, Paolo Rumiz – Arthaud.

Appia

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Rome côté cuisines, Martine Quinot Muracciole – Les Belles Lettres.

Rome côté cuisines

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Haïkus funèbres

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Après sa série d’été, un bonus signé Roland Jaccard


Seul
À la gare de Lausanne
Une larme

Cette chaleur
Qui m’étouffe
N’est plus celle de notre amour

Chambre 612
Plus jamais
On n’entendra ses cris

À qui lirai-je
Albertine disparue
Maintenant

Tant de noms oubliés
Dans ce carnet
Le sien y figure encore

Ses seins
Comme j’aimais
Les caresser

Caroline ne viendra jamais
À Lausanne
Trop de fautes d’orthographe

Louise non plus
N’est pas Brooks
Qui veut

Seul comme Kafka
Même pas
Juste un vieux parmi d’autres vieux

La nuit Ludwig Hohl
Me raconte des histoires
De hérissons qui se métamorphosent en éléphants

Voilà qui aurait plu à Marie
Mais elle n’est plus là
Moi non plus d’ailleurs

L’abandon de la « culture générale » au concours de l’ENA néfaste


Après avoir renoncé à évaluer la culture générale des candidats, les jurés du concours d’admission à l’ENA prennent conscience de son importance


« Considérer que tous les individus qui sont dans les starting-blocks, prêts pour la course, sont égaux les uns aux autres, relève de l’aveuglement volontaire. Le modèle égalitariste, a-historique, ignore les histoires sociales des individus et notamment leur héritage culturel. Selon les histoires sociales de chacun, sa classe sociale d’appartenance, ses réseaux, les citoyens n’ont pas un même accès à l’information, voire pas accès à la même information, ou encore à de fausses informations. Pour y remédier, nous proposons de faire figurer dans les listes de QCM des concours de la police de la gendarmerie, des pompiers, des fonctionnaires territoriaux, des questions relatives au champ de connaissance des jeunes des quartiers (histoire des banlieues, littérature des banlieues, psychologie des banlieues, cinéma, mondes musulmans…) pour enrichir les concours. »

Ce pénible jargon techno-managérial révèle la logique du projet « progressiste » pour la France. La citation, extraite d’un rapport intitulé «  La République à ciel ouvert  » rédigé en 2004 par Azouz Begag à la demande du Premier ministre Dominique de Villepin, annonçait une tendance de fond : l’avènement en France d’un nouveau modèle de société  multiculturaliste plutôt qu’assimilationniste, et égalitariste plutôt qu’égalitaire. Le discrédit jeté sur la culture générale, considérée comme un instrument de discrimination sociale, a bel et bien été l’un des moyens de détruire le modèle républicain, égalitaire et méritocratique.

Quinze ans plus tard, la suppression d’épreuves qui étaient autrefois un instrument de mesure de l’excellence ne concerne plus seulement le recrutement des forces de l’ordre ou des cadres moyens de l’administration. C’est désormais au sommet de la pyramide du service public, c’est-à-dire à l’École nationale d’administration, que l’on fait disparaître l’épreuve de culture générale, tandis que Sciences-Po supprime purement et simplement son concours d’entrée.

A lire: Touche pas à mon ENA!

Discrimination « invisible »

Dans les années d’après-guerre, les progrès réalisés par les sciences cognitives et la théorie de l’éducation ont permis d’établir une classification des niveaux d’acquisition de connaissance, allant de la mémorisation simple aux plus hautes capacités d’analyse et de synthèse. Or, comme de nombreuses critiques l’ont souligné depuis les années 1960, il est illusoire de vouloir séparer totalement savoir (acquisition d’information) et compétences (les facultés de traiter ce savoir). Tout est intrinsèquement entremêlé comme le fond et la forme, comme le langage et la perception du monde. Pourtant, l’idée d’une séparation entre des compétences – ces dernières étant supposées moins influencées par le milieu d’origine – et le savoir, forcement arbitraire et socioculturellement construit, est aujourd’hui hégémonique. Depuis la parution de La Distinction de Pierre Bourdieu, en 1979, la culture générale est de plus en plus perçue comme une forme de violence symbolique. Il est de bon ton de dénoncer ce savoir transmis par les familles privilégiées à leurs enfants pour assurer leur reproduction sociale. D’hypothèse, cette assertion est devenue doxa. Ainsi en 2008, le secrétaire d’État chargé de la Fonction publique, André Santini, affirmait au Monde : « La culture générale élimine tous ceux qui n’ont pas les bons codes, souvent hérités du milieu familial, c’est une forme de discrimination invisible. Or, la fonction publique doit jouer son rôle d’ascenseur social, d’intégration et se montrer à l’image de la population. »

L’évolution de l’ENA depuis un peu plus d’une décennie s’inspire de cette vision mécanique et largement idéologisée du savoir et de l’égalité. Pour recruter ses élèves, l’ENA organise trois concours annuels réservés aux ressortissants de l’Union européenne  : le concours externe, accessible aux candidats titulaires d’au moins une licence et taillé pour les diplômés de Sciences-Po, le concours interne réservé aux fonctionnaires, et une « troisième voie » ouverte à des candidats ayant au moins huit ans d’expérience en dehors de la fonction publique (salariés du privé, élus, responsables syndicaux). Chaque année, à la fin de la saison des concours, le président du jury général – un haut fonctionnaire, généralement issu des grands corps, dont le mandat dure un an – rédige un rapport exposant les résultats et les observations des jurés. Ce texte, qui s’adresse principalement aux candidats qui n’ont pas été reçus, aux futurs candidats ainsi qu’aux centres de préparation, est aussi une mine pour l’observateur.

Inquiétude du jury: et si le niveau baissait?

Dès 2010, on sent percer une double réticence des jurés : ils ressentent un malaise devant le niveau des candidats en culture générale, mais veulent éviter d’évaluer ce niveau. On a le sentiment, à la lecture des rapports, que la pression vient du sommet de la hiérarchie. Ainsi, remarquait la présidente du jury Michèle Pappalardo, autant « il semble utile d’avoir fait évoluer le “grand oral” en “oral d’entretien” dans lequel le jury ne cherche pas à vérifier les connaissances de “culture générale” des candidats, autant nous avons été surpris par le faible niveau de connaissance des élèves en histoire “contemporaine” (XIXe et XXe siècles). Ce constat a été très généralement partagé par les membres du jury quelles que soient les épreuves ». L’année suivante, Yves Gaudemet ne fait que répéter ces observations en termes plus alarmants, car l’étonnement a cédé la place à l’inquiétude : « On doit s’inquiéter de réelles et trop répandues faiblesses en droit public, […] finances publiques et questions européennes et internationales  ; ainsi qu’en histoire, tout particulièrement pour l’épreuve écrite de culture générale et l’épreuve orale d’entretien, mais aussi bien souvent dans les épreuves techniques, pour traiter de sujets qui appellent un minimum de mise en perspective historique. » Cette dernière remarque est tout particulièrement intéressante : pour le professeur émérite de droit, la culture générale, notamment historique, n’est pas un accessoire, une sorte de signe extérieur d’appartenance à une classe privilégiée, comme l’usage de la fourchette au dessert. L’évaluateur y voit un élément constitutif de la capacité d’analyse attendue d’un futur haut fonctionnaire français. Yves Gaudemet conclut donc que « d’une façon ou d’une autre, les épreuves de droit, d’histoire et de culture générale devraient être revalorisées, la faible moyenne des notes dans ces matières aboutissant à en minorer le poids relatif, et surtout n’étant pas en harmonie avec les qualités professionnelles requises de futurs fonctionnaires ayant des tâches de conception. »

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C’est le contraire qui s’est produit : en 2012, Annie Podeur et ses assesseurs décident de minimiser l’exigence en matière de culture générale avant même que cela devienne une consigne officielle. Dans le rapport, cela donne ceci : « Répondant à une suggestion du Directeur de l’École, la première réunion de la “troïka” – la présidente et les deux assesseurs, membres des jurys des trois concours – a été consacrée à la définition d’un projet de recrutement. […] Renonçant définitivement aux questions de culture générale, nous avons choisi d’évaluer  : – les capacités réflexives des candidats et notamment leur résistance au stress et leur analyse de l’urgence ; – leurs aptitudes relationnelles, c’est-à-dire leur qualité d’écoute, leur empathie mais également leur “leadership”  ; –  leur aptitude à l’action, ce qui suppose de la détermination, de la réactivité et le sens de l’innovation ; – et enfin un respect des valeurs caractérisant l’engagement de service public, notamment le devoir de loyauté sans complaisance ni servilité et une adhésion profonde à la déontologie des fonctionnaires. Cette grille, dont les items ont été adaptés et pondérés pour les trois concours, s’est révélée très efficace. » Autrement dit, moins de connaissances, plus de compétences. Cependant, en dépit de la merveilleuse efficacité de cette « grille », Podeur doit faire un constat moins réjouissant : « Alors que le jury attendait une forte ouverture à l’Europe et à l’international, trop de copies de culture générale ont souffert de visions hexagonales, émaillées de références récurrentes et banales. »

On préfèrera désormais l’ouverture d’esprit à la culture générale

En 2013, Maryvonne de Saint-Pulgent et son équipe continuent à se poser des questions sur la place de la culture générale dans les épreuves, notamment les oraux, que seuls les candidats admissibles passent. Après discussion, ils arrivent à une solution qu’on peut appeler la « culture générale particulière » : « L’option retenue n’a pas été d’y renoncer entièrement, mais de se limiter aux questions qui pouvaient naître du parcours de chaque candidat, tel qu’il ressortait des indications portées sur la fiche de renseignements remplie par chaque admissible. » Ainsi, un cadre de PSA serait questionné sur l’histoire de la mobilité et un autre sur le sujet de son mémoire de maîtrise. Face aux exigences de la hiérarchie, qui veut du clinquant progressiste à fournir aux médias, l’équipe 2013 a trouvé un compromis. Qui n’est qu’un cautère sur une jambe de bois.

En 2014, plus de faux-semblants. Après Sciences-Po, qui a renoncé à l’épreuve de culture générale en 2013, l’abandon de l’ENA est gravé dans le marbre républicain : l’arrêté du 16 avril 2014 dispose que l’examen de culture générale est remplacé par une épreuve sur une « question contemporaine », et plus précisément sur « le rôle des pouvoirs publics et leurs rapports à la société. » La présidente Marie-Caroline Bonnet-Galzy définit l’objectif des examinateurs  : «  Évaluer la capacité des candidats à réfléchir au sens du service de l’État dans la société contemporaine. » Le reste – ce qu’on appelait culture, en l’occurrence – n’étant visiblement que fanfreluche inutile chez un bon techno. La mission convient à son successeur, Jean-Paul Faugère, qui précise dans son rapport que le jury 2015 « s’est interdit de tester la culture générale en tant que telle, mais n’a pas négligé les opportunités de vérifier la solidité des connaissances auxquelles le candidat se référait lui-même, ou bien dont son dossier faisait mention ». En conséquence, poursuit-il, « le jury a d’autant plus apprécié ceux qui savaient enrichir leur exposé et leurs échanges de références littéraires, cinématographiques, historiques et même culinaires… judicieusement puisées dans leur répertoire personnel ».

C’est le président du jury 2016, Thierry Bert, qui crache le morceau, en précisant qu’il s’est employé à « ne poser aucune question dite de “culture générale” au sens étroit – et socialement discriminant – qui était donné jadis à ce terme ». Discrimination : le maître-mot est lâché. Il ne suffit pas cependant à éteindre tous les doutes.

A lire: Non à la suppression du concours d’entrée à Sciences Po!

En 2018, Jean-François Monteils approuve globalement (prudence ?) le choix qui a été fait de renoncer à « sélectionner les futurs hauts fonctionnaires sur l’ampleur de leurs connaissances sur une multitude de sujets, parfois très éloignés des fonctions qu’ils étaient susceptibles d’exercer  ». Toutefois, il redoute aussi l’excès inverse, aussi, précise-t-il : « La notion de culture générale a été retravaillée  : l’ouverture d’esprit, la curiosité pour toute question en lien avec l’action publique et pour le monde contemporain, la connaissance des éléments fondamentaux de l’histoire, de la géographie et de la culture françaises, des points de comparaison solides et un réel intérêt pour le reste du monde ont donc été considérés comme des atouts indispensables pour servir notre pays et fonder une pratique professionnelle utile. »

Hauts-fonctionnaires désincarnés

Histoire d’enfoncer poliment le clou, Monteils a sollicité les avis responsables d’administrations, les futurs employeurs des énarques. Certaines des réponses, pas forcément choisies au hasard, sont intégrées – anonymement – au rapport 2018, une façon contournée de faire passer des messages délicats. Celle-ci est particulièrement intéressante : « Je me permets d’insister sur la culture générale, les qualités d’écriture et d’orthographe, parce qu’elles se perdent malheureusement. On peut être enfant de Twitter et des réseaux sociaux sans concourir à déstructurer l’administration française et je pense même que l’un renforcerait l’autre. J’insiste sur la maîtrise de la culture, de l’histoire française, de la géographie, car l’attachement aux chiffres et aux méthodes modernes de management est légitime, mais oublier les racines et l’histoire conduit à former des hauts fonctionnaires désincarnés qui ne comprennent pas ce qu’est la France. » Cette personne parle visiblement d’expérience.

Et c’est à cette autre réponse, aussi naïve que judicieuse, qu’il faut laisser le dernier mot  : « Les autres connaissances pourront s’acquérir au fur et à mesure de la carrière en fonction des postes occupés, à l’exception naturellement d’une culture générale de base, dont on peut penser qu’elle demeure un présupposé à l’admission à l’ENA. » Eh bien non, on ne peut plus le penser. Pour les princes qui nous gouvernent, chez un bon serviteur de l’État, la culture générale est un handicap.

Distinction

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Sauver la planète…. en faisant payer les pauvres!

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Il semblerait que la pollution ne soit pas un problème de pauvres, mais bien un problème de riches. Et les soi-disant énergies et technologies « vertes » ne le sont pas tant que ça, ce que montre les travaux de Guillaume Pitron.


Comme on le sait, c’est la taxe sur les carburants diesels qui a déclenché le mouvement des Gilets Jaunes. Sans s’en rendre compte sans doute, mus uniquement par l’injustice qui leur était faite de leur faire payer plus cher leur moyen de transport indispensable, dans des situations déjà précaires, les gilets jaunes ont mis le doigt sur une faute de raisonnement manifeste des écologistes, faute qui n’a pas été beaucoup reprise par les médias et ceux qui militent pour « sauver la planète ».

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En effet, cela a fini par se dire, les technologies dites « vertes » (voitures électriques, éoliennes et panneaux solaires) ou bien sûr numériques (smartphones, ordinateurs, tablettes et autre objets connectés de notre quotidien) ne sont pas si « vertes » que cela :

– on sait par exemple que les batteries de voitures électriques sont compliquées à recycler, à tel point qu’il n’y a pratiquement pas de marché d’occasion pour ces véhicules, qui perdent toute leur valeur dès qu’ils prennent de l’âge…

– on sait aussi que les éoliennes, dont on nous vante tant les mérites, coûteront extrêmement cher à démanteler.

– on sait enfin que le rendement des énergies dites « renouvelables », qu’il convient mieux en réalité de qualifier d’ « alternatives » est très faible, ce qui les rend très chères (il faut en effet exclure l’hydroélectrique qui est la très grande majorité du « renouvelable »).

Les travaux de Guillaume Pitron

De multiples autres exemples existent pour nous montrer que le roman de la « planète verte » n’est pas aussi joyeux et heureux qu’on veut bien le dire. Mais surtout, on a beaucoup insisté, pour nous en vendre les mérites, sur ce qui se voit, le côté du consommateur, en aval, et très peu sur ce qui ne se voit pas, à la production, en amont.

Dans ce domaine, ce sont indéniablement les travaux de Guillaume Pitron, avec son livre La guerre des métaux rares qui ont levé le lièvre et révélé la supercherie. En effet, il montre que si les technologies dites « vertes » semblent peu polluantes en aval (production), elles le sont énormément en amont, essentiellement parce qu’elles font appel aux « métaux rares » (graphite, cobalt, indium, platinoïdes, tungstène, terres rares…), ainsi appelés non pas parce qu’ils sont très peu présents dans le monde, mais parce qu’ils sont très peu présents dans les sols, ce qui implique qu’il faut mouvementer des quantités gigantesques de terre pour en récupérer et en raffiner une toute petite partie. Ainsi, comme le montre Pitron, si la Chine est aujourd’hui le principal pourvoyeur de métaux rares au monde, ce n’est pas parce qu’elle est le seul pays à en posséder, mais parce qu’elle est le seul qui accepte de polluer à ce point des régions entières, avec leurs habitants, pour les produire, ce qui arrange tout le monde, et les producteurs « verts » en particulier.

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Ceci change complètement la donne, et aussi le raisonnement, parce que si ce qui pollue n’est pas l’aval, mais l’amont, ce n’est pas le fait de taxer le diesel en aval qui peut être une priorité, mais bien le fait de diminuer la quantité de production polluante en amont. On est donc ramené à un tout autre problème : ce n’est pas le choix du « plus vert que moi, tu meurs » qui pourrait nous sauver (pour tant est que la responsabilité anthropique du « réchauffement climatique » soit absolument avérée, ce qui n’est pas non plus si clair que cela), mais bien la frugalité et l’utilité, susceptibles de produire moins de pollution pour un résultat donné, amont et aval confondus, et de nous faire produire surtout ce dont nous avons vraiment besoin.

La pollution n’est pas le fait des pauvres gilets jaunes

En d’autres termes, la pollution n’est pas un problème de pauvres, mais bien un problème de riches, tant il est vrai que si une technologie « verte » pollue presque autant qu’une technologie non verte (parce qu’elle pollue en amont ce qu’elle ne pollue pas en aval), celui qui dépense pour 10 000 euros tous les mois (qu’il prenne ou non l’avion) pollue de toute façon beaucoup plus que celui qui dépense son SMIC net de 1 171 euros par mois. Vu de cette façon, et si l’on globalise véritablement le coût de la pollution (ce qui est très difficile à faire, parce que les producteurs en amont, et la Chine en premier, répugneront évidemment à fournir les vrais chiffres, qu’ils auront tendance à minimiser), l’argument de la technologie verte se présente bien comme un alibi au service des catégories les plus aisées, pour transférer la responsabilité de la pollution sur tout le monde (et demander ainsi à l’Etat de taxer tout le monde), alors qu’elle est d’abord celle des plus riches, et celle des dépensiers inutiles et des gaspilleurs.

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C’est ainsi, si l’on suit ce raisonnement, toute la société du divertissement, par exemple, qui est en cause. En effet, si la vraie question n’est plus « est-ce que je consomme suffisamment vert ? » mais « est-ce que ce que je consomme est vraiment utile ? », on est en droit de se demander, par exemple, si nous avons vraiment besoin de plus de 1 000 photographes au Festival de Cannes pour faire la même photo, ou bien de dépenser des budgets de plusieurs centaines de millions de dollars pour produire des films bien moins bons que ceux d’autrefois, ou bien si nos jeunes ont besoin de millions de consoles et de jeux vidéo qui les abrutissent, ou bien si l’on doit avoir des dizaines de chaînes TV qui reprennent aux infos du soir les mêmes images, ou des dizaines de journaux qui reprennent la même dépêche AFP, etc…. C’est une toute autre réflexion, dans laquelle, à l’évidence, tout un petit monde n’a bien évidemment pas trop envie de rentrer.

En tout cas, à côté de cela, vous m’excuserez, mais le diesel de nos campagnes, ça n’est vraiment pas la question. Nos gilets jaunes avaient raison, je vous dis !

L'écologisme, nouveau totalitarisme ?

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« Un jour de pluie à New-York »: l’hymne remarquable de Woody Allen à la ville qui ne dort jamais

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Elle Fanning et Timothée Chalamet dans "Un jour de pluie à New-York" / Copyright Mars Films

Un soir de 1966 ou 1967, mes parents m’ont emmené au Théâtre du Gymnase, à Marseille, où se produisait Erroll Garner, en trio — avec un contrebassiste impavide et un batteur imperturbable. Ma mère aimait le jazz, et elle écoutait « Misty » en boucle, sur l’électrophone de la maison. Et aussi Armstrong jouant Fats Waller, et quelques autres. Du jazz classique — je devais découvrir quelques années plus tard Parker, Mingus, ou Miles Davis.

Timothée Chalamet et Woody Allen / Copyright Mars Films
Timothée Chalamet et Woody Allen / Copyright Mars Films

« Misty » est l’un des morceaux de jazz qui rythment Un jour de pluie à New York, le dernier film (à ce jour) de Woody Allen. Autant vous dire tout de suite: c’est un pur joyau, et le fait qu’il est interdit de fait aux Etats-Unis (mais quel ramassis de connards…) doit vous inciter davantage encore à aller le voir. Le film entier est un hymne à New York — le New-York de Gershwin dans Rhapsody in blue, le New-York des grands et des petits bars où officie un pianiste mélancolique (pléonasme !), comme celui que joue Jeff Bridges dans Suzie et les Baker Boys

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Un hymne à sa ville, comme il en a fait déjà dans Annie Hall ou Manhattan. Une ville sous la pluie de fin d’été, qui plonge New York dans une brume légère — misty, c’est ça.

Mais ça, c’est la toile de fond. Quant à l’intrigue, c’est du Marivaux revu sur la Cinquième Avenue ou sous l’horloge-carillon du zoo de Central Park, avec chassés-croisés amoureux, déambulations inquiètes, jeune écervelée provinciale séduite par la ville et les grands prédateurs qui y rôdent, parties de poker, soirées très arrosées, tentations à portée de main, fuite sous la pluie en petite tenue — tout ça en une heure et demie, parce qu’un morceau de jazz qui dure trop longtemps, ce serait vite répétitif…

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Mais ce n’est pas ça encore qui m’a cloué à mon fauteuil (inconfortable). Ce qui m’a scotché, c’est l’évidence d’une virtuosité qui ne s’exhibe pas, une virtuosité tranquille due peut-être à l’âge, le même genre que Clint Eastwood dans tous ses derniers films: à peine s’il joue, il se contente d’être, et c’est parfait, dès la première prise. Là, de même — mais derrière la caméra: un vieillard s’amuse à filmer, il est sûr de ses cadrages, de sa lumière, sûr de ses acteurs (Allen a fort bien panaché des p’tits jeunes — Elle Fanning ou Timothée Chalamet —, de grands acteurs — Jude Law — et des comédiens de théâtre, par exemple Cherry Jones, qui fait un numéro inoubliable de mère révélant à son fils — mais chut !). Le réalisateur multiplie d’ailleurs les plans-séquences virtuoses comme on n’ose plus s’y risquer, aujourd’hui — Elle Fanning en gros plan pendant deux minutes, la nunuche Disney parfaite propulsée soudain dans la cour des grands. Allen n’essaie pas de nous en mettre plein la vue: il filme comme Fred Astaire dansait — tout en grâce.

Quant aux polémiques que des demeurées en peine de notoriété tentent de relancer à chaque film de Woody Allen… Certains des acteurs du film, dans la fournée de #MeToo, ont dit qu’ils renonçaient à leur cachet, l’offraient à des organisations LGBT, qu’ils ne tourneraient plus jamais avec Allen, etc. Pauvres petits, préoccupés par le politiquement correct et les Oscars à venir: dans les années 1950, en pleine hystérie maccarthyste, ils auraient dénoncé les activités supposées communistes de Chaplin, Dmytryck ou Losey, des réalisateurs dont ceux qui les ont black-listés ne méritaient pas de baiser les semelles.

Selena Gomez/Copyright Mars Films
Selena Gomez/Copyright Mars Films

Je sens bien que des grincheux me reprocheront encore une fois de parler d’un film américain. Mais je n’y suis pour rien, si le cinéma français n’est nulle part — ne comptez pas sur moi pour dire du bien de Bienvenue chez les Ch’tis. Après tout, il y a deux jours, j’ai regardé sur DVD un merveilleux film japonais de 2015, les Délices de Tokyo, avec cette merveilleuse actrice septuagénaire, Kirin Kiki, dans l’un de ses tout derniers rôles. Et qui avait la même évidence tranquille, le même bonheur. Un bonheur mélancolique, certes, mais un peu de mélancolie ne gâche pas le bonheur, bien au contraire. Après tout, dans la dernière phrase du film d’Allen, il est surtout question du printemps à venir, le printemps dont un octogénaire rêve, et pendant lequel sortira Rifkin’s Festival, le prochain film de Woody Allen, tourné cet été en Espagne.

Anne Coffinier: « Je quitte la Fondation pour l’école contre mon gré »

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Anne Coffinier en mars 2018. Image: capture d'écran Bourdin direct / Facebook

Créée en 2008, La Fondation pour l’école est reconnue d’utilité publique et vient en aide au secteur des écoles hors contrat. Anne Coffinier revient sur son départ, ses projets et explique en quoi les écoles hors contrat sont bénéfiques au pays.



Gil Mihaely. Madame Coffinier, vous êtes un pur « produit » de l’école publique française : du primaire à l’Ecole normale supérieure d’Ulm et jusqu’à l’ENA, c’est l’école de la République qui vous a formée.  Pourtant, vous avez abandonné il y a 14 ans une carrière de diplomate pour vous consacrer, à travers la Fondation pour l’école, au développement d’un système scolaire parallèle d’écoles indépendantes. Que reprochez-vous à la main qui vous a si généreusement nourrie ?

Anne Coffinier. Ma fidélité va aux enfants et à la France, non à quelque institution scolaire particulière, qu’elle soit publique ou privée. C’est parce que je crois que l’essor des écoles entièrement libres est la meilleure chance de réformer et de sauver le système éducatif dans son ensemble que je me suis investie corps et âme en faveur de la liberté scolaire. Et certainement pas par une quelconque hostilité de principe à l’école publique, à laquelle je dois beaucoup, mais qui n’a aucun droit à régner de façon monopolistique sur la formation de la jeunesse. L’éducation n’est pas une des compétences régaliennes de l’Etat et la société civile a toute sa légitimité.

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Notre pays a besoin de diversité pédagogique. Parce que 4O% des enfants sont en échec scolaire dès le CM2, et qu’il faut donc trouver des solutions éducatives qui leur conviennent mieux. Et parce que la liberté d’enseignement est une nécessité politique pour prévenir les dérives totalitaires et faire vivre notre Etat de droit. Condorcet avait bien expliqué dès 1792 que la République ne saurait avoir d’école publique de qualité si elle n’acceptait pas la concurrence stimulante d’un secteur éducatif libre. Il faut lire Catherine Kintzler à ce sujet. 

Quelles étaient vos ambitions au moment de lancer la Fondation ?

Apporter une réponse à la souffrance de tous ces enfants gâchés dans des écoles publiques ou privées par des approches éducatives qui ne leur conviennent pas. Il faut inventer d’autres formes d’écoles pour accompagner la réussite de chaque enfant, des formes propres à notre époque alliant intelligemment tradition et modernité, transmission du patrimoine et innovation pour exceller non dans un monde regretté mais dans le monde tel qu’il est. La dimension anti-totalitaire est également très forte dans mon engagement, à la suite d’Hannah Arendt et de Simone Weil. La liberté d’enseignement est le corollaire indispensable des libertés de conscience et d’opinion, pour ne citer qu’elles. Et l’Education nationale s’est trop détournée de la transmission du génie de l’Occident, or selon Hannah Arendt, si elle n’est pas un conservateur et un passeur de civilisation, l’école n’a plus d’école que le nom.

Relire: «Espérance banlieues tourne le dos à ce pour quoi elle a été créée»

La diversité pédagogique, qui passe par le développement d’un secteur d’écoles vraiment libres et de qualité, est une nécessité politique pour la France du XXIème siècle, qui va devoir trouver en elles les ressorts d’une stratégie gagnante dans le contexte de la mondialisation exacerbée, du transhumanisme, de la révolution numérique, riche d’autant d’opportunités d’apprentissage inouïes que de menaces sans précédent pour l’enfance et pour les libertés.

Quel bilan tirez-vous de votre expérience ? Est-ce que le fait qu’aujourd’hui vous quittez la fondation pour créer une nouvelle structure est un constat d’échec ?    

Par mon engagement de plus de 10 ans à la tête de la Fondation pour l’école et de l’association “Créer son école”, je crois avoir contribué à accomplir beaucoup de choses utiles : faciliter l’ouverture de toujours plus d’écoles indépendantes ; former et encourager les enseignants et éducateurs pour garantir une meilleure qualité de l’enseignement ; faciliter la production de manuels scolaires de qualité ; défendre sans relâche auprès des pouvoirs publics les droits des écoles indépendantes et des élèves ; mieux faire comprendre dans le débat l’utilité publique d’un secteur vraiment libre. C’est un bon bilan.  Aujourd’hui, puisque je n’ai pas d’autre choix, je vais fonder une autre initiative pour la liberté scolaire, à côté ou à la place de la Fondation pour l’école, parce que je ne peux pas abandonner les écoles et les enfants, et parce qu’il serait absurde de ne pas capitaliser sur toute cette expérience.  

A lire aussi, Gil Mihaely: L’abandon de la « culture générale » au concours de l’ENA néfaste

Pourquoi vous êtes-vous sentie obligée de quitter la fondation que vous avez créée ?

Que ce soit clair, si je pars de la Fondation pour l’école, c’est contre mon gré. Je me suis opposée, ainsi que la moitié du Comité d’Administration, à des dévoiements de stratégie irresponsables au sujet d’Espérance banlieues et de graves dysfonctionnements et illégalités, notamment dans le domaine fiscal. J’ai été « lanceur d’alerte » avec tous les risques que cela représente. Je subis la basse vengeance aujourd’hui de ceux qui se préoccupent plus de faire perdurer leurs petits commerces à travers la Fondation pour l’école que du bien des écoles libres.  

A lire aussi: Pourquoi mes étudiants en droit sont si nuls

Il est évident que si les administrateurs de la Fondation pour l’école se comportent d’une manière illégale ou gravement imprudente, ils réduisent à zéro les chances de la Fondation de continuer à être un bouclier protecteur pour les écoles indépendantes et un avocat respecté de la liberté scolaire.  Pour être libres, il ne faut pas donner aux adversaires des verges pour se faire battre. A mon sens, pour toutes ces raisons, la Fondation pour l’école a perdu sa capacité à défendre les écoles indépendantes et à faire remporter des victoires à la liberté scolaire. J’aurais fait tout ce qui est en mon pouvoir pour sortir la Fondation pour l’école de cette ornière. Un certain nombre d’administrateurs et de permanents de l’équipe aussi. En vain. Il faut fonder aujourd’hui autre chose, a minima pour porter le lobbying en faveur de la liberté scolaire.

En quoi la nouvelle structure va être différente de celle que vous venez de quitter ? Qu’avez-vous appris de l’expérience de la Fondation pour l’école ?

Je vais faire une conférence de presse à la fin octobre pour présenter la nouvelle initiative en faveur de la liberté scolaire. Je prépare actuellement sans précipitation cette refondation, avec les nombreuses personnes qui m’ont proposé leur collaboration. Il sera possible de se tenir au courant sur www.educfrance.org  ou de me contacter à anne@educfrance.org . 

Catholique pratiquante, votre activité en faveur d’une offre scolaire alternative n’est-elle pas une manière de contourner la neutralité de l’école en matière de religion ?  

J’ai veillé au développement d’écoles indépendantes variées par leur pédagogie et leur spiritualité, conformément au choix des familles, et n’ai pas réservé mon énergie aux seules écoles catholiques. En fait, je me suis laissé saisir par le Christ lorsque j’étais à l’ENA. Comme quoi, ça mène à tout… J’ai essayé de Le suivre comme j’ai pu. Catholique voulant dire universel, j’ai veillé à ce que la Fondation pour l’école se mette au service de tous les enfants et non pas uniquement des catholiques bien sûr, même si je suis particulièrement attachée à ce que les écoles catholiques soient de qualité et qu’elles donnent envie de se faire disciple du Christ. C’est un défi complexe car une école catholique ne doit pas remplacer le biais relativiste et hostile à la religion qui caractérise trop souvent l’école publique par une sorte d’endoctrinement contraire. Ce serait une défaite de la raison or l’école est le lieu de la formation de la raison, et si l’on aborde la religion, ce soit être sous ce prisme de l’intelligence, avec tact et délicatesse pour les personnes. L’école publique se condamne à l’insignifiance en évitant la question de Dieu, de la vérité, du sens de la vie, parce qu’elle est mal à l’aise avec les croyants, en particulier avec les musulmans. A l’inverse, l’école confessionnelle peine à trouver une articulation appropriée entre les enseignements profanes et l’enseignement religieux, se contentant trop souvent d’une catéchèse indigente ou autoréférencée, qui ne résiste pas au choc des interrogations de la vie réelle. Comme en philosophie, je crois que la religion à l’école doit préparer les jeunes à la modernité, au risque sinon de se dévitaliser et d’être rejetée par les élèves devenus adultes. Et cela passe par la transmission exigeante et vivante de la culture classique européenne, meilleure école pour former des futurs adultes libres, forts et créatifs.

Nos dirigeants se prosternent devant la Ligue Islamique Mondiale

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Gerard Collomb et et Christophe Castaner inaugurent l'institut de civilisation musulmane avec Mohammed al-Issa, le 19 septembre 2019 à Lyon © KONRAD K./SIPA Numéro de reportage: 00924322_000007

On ne peut que s’indigner d’une France aux petits soins avec le terrible régime saoudien!


Indignité. Lina Murr Nehmé et Nader Allouche ont déjà dénoncé dans Causeur la conférence organisée par la Ligue Islamique Mondiale (LIM) à Paris le 17 septembre. Offrant une tribune à Mohammed al-Issa, ancien ministre de la « justice » saoudien, cette conférence dite « pour la paix » n’a été qu’une mascarade durant laquelle les mots de justice et de paix étaient dévoyés pour désigner la soumission à la charia. Comme l’écrivit Kamel Daoud avec autant de courage que de lucidité, l’Arabie Saoudite n’est qu’un « Daesh qui a réussi. »

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Indignité de la participation de Ghaleb Bencheikh à l’organisation de cette entreprise de désinformation, et de la présence à celle-ci de Haim Korsia et de plusieurs responsables religieux chrétiens. La diplomatie consiste à parler même avec nos ennemis, c’est entendu. Mais aider nos ennemis à se faire passer pour nos alliés, alors que l’on sait très bien qu’ils s’en serviront pour diffuser leur propagande, étendre leur influence et recruter dans notre jeunesse, ce n’est plus de la diplomatie, c’est de la trahison.

Logo de l'organisation controversée basée à la Mecque
Logo de l’organisation controversée basée à la Mecque

Offense des croyants, et puis quoi encore ?

Indignité du « mémorandum d’entente et d’amitié » qui ne concerne explicitement que les « religions qui se réfèrent à l’acte de foi d’Abraham », se limitant aux « juifs, chrétiens et musulmans ». Les croyants des autres religions, les agnostiques et les athées apprécieront, en particulier lorsque l’on sait comment ils sont traités partout où l’islam littéraliste théocratique promu par la LIM détient le pouvoir.

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Indignité des propos du Cheikh Al-Issa, qui ose déclarer qu’il ne faut pas confondre liberté et « offense des sentiments », notamment des croyants, alors qu’il se trouve dans la ville de l’attentat contre Charlie Hebdo. Faut-il encore redire que Galilée a « offensé les sentiments » des catholiques de son temps avec ses découvertes, et qu’il avait raison ? Vouloir retirer le droit à l’offense du champ de la liberté d’expression, c’est cautionner la condamnation de l’astronome, brûler Giordano Bruno, appeler à la mise à mort de Salman Rushdie, et c’est réveiller le spectre des guerres de religions puisque bien des religions « offensent les sentiments » de toutes les autres en proclamant que leurs dieux n’existent pas !

Castaner, Moreau et Collomb indignes

Indignité de l’inauguration de l’Institut français de civilisation musulmane de Lyon, où Christophe Castaner et Gérard Collomb ont posé avec le secrétaire général de la LIM. L’ancien ministre de l’Intérieur, qui avait attendu le jour de son départ du ministère pour enfin dire que « aujourd’hui on vit côte à côte…. Je crains que demain on vive face à face », ne voit-il aucun problème à se tenir ainsi aux côtés de l’auteur d’une thèse des plus révélatrices sur « l’importance du Jihad dans la diffusion de l’appel à l’islam » ?

Indignité amplifiée par Jean-Baptiste Moreau, député LREM de la Creuse, porte-parole de LREM, président du groupe d’amitié France Arabie Saoudite de l’Assemblée Nationale, qui affirme sur Twitter après sa rencontre avec Mohammed Al-Issa « porter le même idéal de paix, tolérance et d’ouverture entre les religions et les peuples. » Rappelons que d’après notre ministère des Affaires étrangères lui-même, « l’islam est la seule religion autorisée en Arabie saoudite. Toutes les manifestations d’appartenance à d’autres religions (pratique, prosélytisme, symboles, etc.) sont interdites. » Rappelons aussi que l’apostasie y est punie de mort. Certes, Jean-Baptiste Moreau a depuis reconnu la « maladresse » de ses propos, mais il est permis de se demander dans quelle mesure le porte-parole du premier parti de France peut arguer de l’excuse « je ne suis pas un pro de la com », et comment le président du groupe d’amitié France Arabie Saoudite peut ignorer la réalité du pays en question au point de lui associer sans rire les termes de «tolérance » et « d’ouverture »…

Pendant ce temps, Raif Badawi croupit en prison dans l’indifférence

Indignité aggravée par l’indifférence presque générale aux mesures de rétorsion prises par le régime saoudien à l’encontre de Raif Badawi, et à sa brève mais inquiétante grève de la faim suite à ces mesures. Prix Sakharov en 2015, deux fois proposé pour le prix Nobel de la paix, Raif Badawi a été condamné par ce qui tient lieu de justice en Arabie Saoudite à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet, en particulier pour n’avoir pas expressément répudié sur son site web l’affirmation que « musulmans, chrétiens, juifs et athées sont tous égaux » et pour avoir fait preuve d’ironie envers le « comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice », la police religieuse et idéologique du régime.

Son épouse, Ensaf Haidar, réfugiée au Canada avec leurs enfants, est venue à Paris à l’invitation de Zineb El Rhazoui pour dénoncer l’hypocrisie de la LIM. Qu’elle ait ainsi pris la peine de traverser la planète nous oblige. Son courage et le courage de son mari nous obligent.

Dès le lendemain, Raif Badawi se voyait privé de livres et de certains médicaments par ses geôliers, ce qui le conduisait à commencer une grève de la faim, dans le silence assourdissant des médias français. A l’heure où j’écrivais la première mouture de cet article, aucun n’en avait fait mention, même brièvement. Délais de publication obligent, Raif Badawi a recommencé depuis à s’alimenter, heureusement, mais ce silence demeure.

Au bout d’un moment, on ne croit plus à la théorie de l’aveuglement

Indignité de ce silence, absurdité de ce tragique aveuglement ! Face à un totalitarisme aux ambitions mondiales, la résistance doit dépasser les frontières. Raif Badawi et Ensaf Haidar prouvent du fait même de leur existence que ce ne sont pas « les Saoudiens », « les Arabes » ou « les musulmans » qu’il faut combattre, mais bien le littéralisme coranique théocratique, cette idéologie monstrueuse insidieusement lovée à l’intérieur de l’islam, et ses adeptes fanatiques.

« Nous devons préserver la paix », « nous pouvons les influencer pour faire évoluer le régime », « il faut saisir la main tendue », les partisans de la conférence organisée par la Ligue Islamique Mondiale ont très exactement les mêmes arguments que, jadis, les partisans des accords de Munich. N’ont-ils donc rien appris ? N’ont-ils pas médité les propos de Churchill, n’ont-ils pas lu Marc Bloch ?

Les libertés bafouées, les consciences étouffées et le sang versé par les islamistes seront les juges de leur indignité.

Détruire le fascisme islamique

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Le blasphème de Justin Trudeau à la religion d’Etat

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Justin Trudeau en campagne le 19 septembre à Saskatoon © Sean Kilpatrick/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22379747_000002

De « terribles » images ressorties du passé reviennent en pleine figure de Justin Trudeau, idole mondiale du multiculturalisme. Quand on est blanc, chantre de l’antiracisme et dirigeant du premier État « post-national », mieux vaut ne pas s’être déguisé en Aladin dans sa jeunesse. Ce type de phénomène stupide gagne d’autres pays occidentaux.


Quand les prêcheurs de morale se font prendre le doigt dans le pot de confiture, leurs cibles habituelles du vieux monde peuvent brièvement jubiler. Quand une photo de Justin Trudeau, le visage grimé de noir, déguisé en Aladin est publiée dans le magazine Time, on hésite entre l’arroseur arrosé ou le singe qui veut monter au cocotier

L’antiracisme devenu fou

Justin Trudeau n’est pas un militant ordinaire de l’antiracisme, mais le premier ministre du Canada qui a porté à son paroxysme le multiculturalisme comme une nouvelle religion d’Etat. Depuis 1988, le multiculturalisme est inscrit dans la loi canadienne. Selon ses déclarations au New York Times, « Le Canada n’a pas d’identité profonde, d’identité commune ou dominante […] ce qui fera du Canada le premier État post-national[tooltips content= »There is no core identity in Canada, New York Times, 8 décembre 2015″]1[/tooltips] ». Et dans sa bouche, cela constitue un atout incontestable dans le grand brassage multiculturel qu’il appelle de ses vœux : « Les pays avec une identité nationale forte éprouvent des problèmes à intégrer les immigrants qui viennent de partout ». Donc débarrassons-nous de notre identité pour faire place à celles des cultures des allochtones !

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Ce genre de déclarations, sa volonté d’incarner le Bien en toute circonstance, ainsi que sa propension à larmoyer en public, en ont fait une icône internationale aux yeux des médias, l’anti-Trump sur le continent nord-américain, l’ami de Merkel, celle qui ouvre grand ses frontières, ”le politicien le plus sexy de la planète selon, non pas les tabloïds The Sun ou Bild, mais le très austère quotidien allemand Die Welt.

Tartuffe

Sa relative chute médiatique a commencé avec une catastrophique visite en Inde (l’invitation d’un ex-terroriste séparatiste indien à un dîner officiel et le port de tenues traditionnelles indiennes), puis, plus récemment, avec l’affaire SNC-Lavalin où il a été accusé de faire pression sur la justice.

Face à ce cliché embarrassant, « Justin Kumbaya Trudeau » comme l’appelle Richard Martineau, un chroniqueur du Journal de Montréal, a présenté ses plus profondes excuses, ajoutant que « la photo était raciste mais qu’il n’en avait pas conscience à l’époque ». Cette phrase mérite que l’on s’y arrête un instant. En clair, de son propre aveu, Trudeau était raciste en 2001, à 30 ans, un âge où normalement les convictions politiques sont déjà bien ancrées. Ce qui fait que beaucoup au Canada dénoncent son hypocrisie: leur premier ministre « serait nu » ou aurait des convictions à géométrie très variable.

En réalité, Trudeau n’était pas plus raciste hier qu’aujourd’hui. Le jeune adulte de 2001, professeur à l’époque, avait raison de vouloir rire et s’amuser, comme il y a un demi-siècle, on jouait sans malice aux cow-boys et aux indiens.

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Ce qui a changé, c’est le succès de l’offensive des minorités activistes qui réussissent de plus en plus à imposer leur langage, leur vision du monde et leur politique, tout en cherchant à nous culpabiliser afin de démasquer le raciste qui sommeille en chaque Blanc.

Offensive contre les pères fouettards

L’offensive contre le Blackface prend en Europe l’aspect de la volonté d’interdire toute manifestation culturelle ou folklorique où des Blancs se déguiseraient en Noirs, tel le célèbre Père Fouettard qui accompagne Saint Nicolas en Belgique et aux Pays Bas.

Dans ce pays, malgré l’attachement des Néerlandais à cette tradition, la polémique se fait chaque année plus vive lorsque, en novembre, Saint-Nicolas arrive en bateau d’Espagne accompagné de ses célèbres Pères Fouettards. Le New York Times, le Washington Post et The Economist, les plus prestigieux gardiens du temple du politiquement correct, ont condamné cette coutume.

En Belgique, en août dernier, un obscur « collectif », Bruxelles Panthers, a demandé le retrait de la Ducasse d’Ath (une kermesse populaire) du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, en raison de la présence dans le cortège du « Sauvage ». Le bourgmestre local a résisté et le défilé a eu lieu, mais la polémique a occupé les journaux pendant quelques jours.

L’année précédente, il avait suffi d’une simple lettre de ce collectif pour que le bourgmestre de Lessines en Belgique interdise la sortie du « Groupe des nègres » lors de La Ducasse des Culants » dans le Hainaut. Pourtant, selon les organisateurs, « Il s’agit de représenter la libération du Congo durant les années 1960. On voit les Noirs, sous dominance belge qui reprennent leur indépendance, sous l’œil éloigné du roi Baudouin. »

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Une autre manifestation traditionnelle bruxelloise, les Noirauds, est aussi dans le collimateur des Bruxelles Panthers, malgré son but philanthropique. « Costumés de couleurs vives, le visage noirci, ses membres font le tour des restaurants de la capitale pour récolter des fonds en faveur des enfants en difficulté[tooltips content= »La Libre, 9 septembre 2018″]2[/tooltips] ».

Complaisance médiatique

A chaque fois, les médias se contentent de qualifier ces Bruxelles Panthers d’organisation antiraciste et leur donnent largement la parole sans s’interroger sur l’idéologie de cette organisation : « la lutte contre toutes les formes de domination impériale et coloniale, sioniste y comprise, qui fondent et perpétuent la suprématie blanche à l’échelle internationale (…) La lutte contre les inégalités raciales qui cantonnent les immigrés et leur descendance à un statut analogue à celui des indigènes dans les anciennes colonies ». Ce discours est d’autant plus paradoxal que plusieurs ministres, parlementaires et bourgmestres bruxellois sont désormais issus de l’immigration. La lutte antiraciste est un combat sans fin qui s’auto-alimente.

Pendant qu’il devient interdit à des Blancs de se déguiser en Noirs, les émissions, films, séries qui critiquent ou se moquent des Blancs se multiplient, comme Dear white peole sur Netflix ou les saillies du célèbre humoriste Trevor Noah, vedette du Daily Show. Ce serait même, selon Le Monde, le dernier chic du web américain.

Notre société devient de plus en plus schizophrène. Elle condamne toute forme de racisme. En même temps, comme dirait le président Macron, elle nous renvoie de plus en plus à des identités définies selon des critères raciaux, exacerbant des tensions raciales qu’elle prétend combattre. L’antiraciste militant est un pompier pyromane.

La face cachée du multiculturalisme

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En tapant sur les immigrés, Macron pense récupérer le peuple français

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Emmanuel Macron le 20 septembre © Ludovic Marin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22379989_000003

Le président joue au pompier pyromane sur l’immigration. Coup de gueule!


Il fallait s’y attendre. D’ailleurs, la règle avec Macron, c’est qu’il faut s’attendre à peu près à tout, et surtout au pire. Il paraît que c’est la phase II du quinquennat, celle de la pédagogie, de la gentillesse, de l’attention aux plus faibles. Bref, une grande période de câlins. Comme d’habitude, le décalage entre les discours et les faits est palpable. Jamais ce gouvernement n’aura été aussi brutal, cynique, hypocrite et pyromane. Oui, pyromane : Macron veut allumer le feu sur la question de l’immigration et du droit d’asile. En gros, faire l’éternelle politique de la droite, et de la droite la plus dure sur la question, celle de Sarkozy à l’époque du ministère de l’Identité Nationale.

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Il tient à nouveau, en public et en privé, un discours qui a toujours existé et qui vise à détourner l’attention de sa politique antisociale. 

Les discours de Macron et de Le Pen sont similaires

Ce discours, il est simple, c’est celui du Rassemblement National. Le même, exactement le même. Un discours qui veut opposer  les pauvres isolés dans leurs quartiers dégradés et menacés par les musulmans qui se radicalisent. Si ce n’était pas à pleurer, on en rirait : Macron critique même la bourgeoisie des centre-ville qui elle, serait indifférente à cette souffrance car elle n’aurait pas à vivre avec ce problème. Il semble oublier plusieurs choses, le Petit Père des Riches, c’est qu’il est le représentant le plus caricatural de cette hyperbourgeoisie qui vit dans une tour d’ivoire et qu’il n’a effectivement aucune idée de la réalité de la vie dans les quartiers populaires qui n’ont pas, ne lui en déplaise, sombré dans la guerre raciale.

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On a parlé de cynisme parce que, de fait, ce qui est en train de se jouer avec ce virage macroniste sur l’immigration, c’est l’achèvement de la ressemblance entre En Marche et le RN qu’il prétend combattre. Macron veut, pour récupérer un électorat populaire qui n’est pas le sien, aller le chercher chez Marine Le Pen en tenant le discours de Marine Le Pen, une ennemie qu’il s’est choisie depuis le début et qui n’est pas une ennemie mais comme disait Lénine, une idiote utile. Marine Le Pen aide Macron sans le savoir à éliminer tout ce qu’il y a comme opposition entre elle et lui. Pour rejouer indéfiniment le scénario du deuxième tour de 2017.

On vous a déjà fait le coup

C’est un jeu dangereux mais c’est le seul que peut et que veut jouer Macron. En effet, le peuple, il l’a perdu, pratiquement depuis le début de son quinquennat et définitivement depuis le mouvement des gilets Jaunes dont les cendres sont encore chaudes. Ce qui a le plus gêné Macron dans le mouvement des gilets jaunes, ce qui lui a fait peur, vraiment peur, ce n’est pas seulement les beaux quartiers mis à sac et l’Élysée transformé en bunker avec un hélico dans le jardin prêt à décoller si les choses tournaient mal, c’est surtout que l’immigration, l’identité, tous ces  écrans de fumées utilisés depuis trente ans, n’ont pas été au cœur des revendications des gilets Jaunes. La preuve, c’est que la droite et l’extrême-droite elles-mêmes ont cessé de soutenir le mouvement quand elles se sont aperçues que ce que les gilets jaunes craignaient, c’était les fins de mois et pas le Grand Remplacement, c’était les vies qui ne sont plus des vies parce qu’on ne part plus jamais en vacances et pas les filles en burkini sur les plages. D’ailleurs, pour les voir encore faudrait-il avoir les moyens d’aller à la plage, et s’apercevoir du même coup, qu’ils auraient autant de chance d’en rencontrer que de trouver un billet de cent euros sous un galet.

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Alors retentons le coup de l’immigration, se dit Macron, rejouons l’antienne du pays trop attractif, trop gentil avec les demandeurs d’asile, retirons la carte « bancaire » qui permettait aux demandeurs d’asile de retirer six euros quatre vingt par jour, juste histoire de limiter encore leur autonomie en compliquant leur vie quotidienne. Et puis pensons à remettre en question l’AME, l’aide médicale d’état. Comme ça, on préservera notre mode de vie, paraît-il. Sauf qu’un des piliers de notre mode de vie, c’est l’hospitalité, l’accueil et la fraternité, pas de multiplier des vexations à la petite semaine afin de complaire à un peuple qu’on voudrait voir tellement plus xénophobe qu’il ne l’est.

Et dire qu’une politique ne serait-ce que keynésienne ou réellement social-démocrate (façon Suède des sixties ou France du CNR) appliquée en France pendant dix ans et le RN redeviendrait le groupuscule d’avant 1983, et que les islamistes seraient réduits à trois barbus dans une cave, à qui les ados kabyles en mini-jupe feraient des doigts d’honneur.

Mais ça, bien sûr, ce serait trop simple…

Jean-Claude Brisseau, génie du mâle

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jean claude brisseau noce blanche
Sylvie Vartan et Jean-Claude Brisseau sur le plateau de "L'ange noir". Sipa. Auteurs : Etienne Georges/NP/SIPA. Numéro de reportage : 00607258_000014.

 


La sortie simultanée de trois films de Jean-Claude Brisseau vient à point nommé pour rendre hommage à cet immense cinéaste disparu en mai dernier.


Revoir ces trois œuvres qu’il a tournées avec Bruno Cremer permet de mesurer la cohérence de son univers et la puissance d’un style oscillant entre le réalisme le plus cru et un désir de sublimation par l’Art. Les trois films fonctionnent à peu près selon le même schéma, soit un personnage adolescent réduit à un état presque « sauvage » qui va parvenir à sublimer la violence qu’il porte en lui grâce à l’éducation et à l’art. Dans Un jeu brutal, la jeune Isabelle a été abandonnée par ses parents et porte en elle un immense ressentiment accentué par le fait qu’elle soit paralysée des membres inférieurs. A la mort de sa grand-mère, son père, un inquiétant professeur qui tue des enfants, décide de reprendre son éducation. C’est également à la mort de sa grand-mère que le jeune Bruno revient vivre chez sa mère à Bagnolet dans De bruit et de fureur. Il fait connaissance avec Jean-Roger, un voisin livré à lui-même et largement délinquant. Enfin, dans Noce blanche, Mathilde vit également seule, loin d’une mère suicidaire et d’un père trop occupé. Sa relation amoureuse avec François, son professeur de philo, va changer sa destinée…

Jeunes sans parents

Dans ces trois récits, on notera l’absence criante des parents pour ces jeunes. Le père d’Isabelle revient de temps en temps mais il confie l’instruction de sa fille à une ancienne institutrice (Lisa Hérédia). Le seul contact que Bruno a avec sa mère dans De bruit et de fureur, ce sont les petits mots qu’elle accroche aux murs pour lui donner des consignes (on ne la verra jamais). Jean-Roger est « élevé » par un père violent (Bruno Cremer), amateur d’armes à feu, qui lui transmet une vision totalement nihiliste du monde : un état de guerre permanent ou il faut apprendre à écraser les autres pour ne pas être écrasé soi-même. Enfin Mathilde (Vanessa Paradis) est livrée à elle-même dans son appartement à Saint-Étienne.

Ce qui frappe d’emblée dans chaque film de Brisseau, c’est la conscience aigüe du Mal qui rode. Dans Un jeu brutal, c’est le Diable lui-même qui est nommé tandis que le Mal plane partout dans cette cité de banlieue de De bruit et de fureur que le cinéaste nous décrit avec un sens du réalisme assez impressionnant. Dans Noce blanche, il tourne autour de Mathilde, de son passé d’enfant abandonnée et des mauvaises fréquentations qui gravitent autour d’elle (l’univers de la drogue et de la prostitution n’est jamais très loin). A chaque fois, Brisseau fait formuler par l’un de ses personnages sa vision extrêmement pessimiste d’un monde sans Loi où peuvent se déchaîner les force du Mal. C’est le discours véhément d’Isabelle rêvant de faire exploser des bombes au milieu de la foule dans Un jeu brutal, c’est la « leçon de vie » que donne Bruno Cremer à son fils ainé dans De bruit et de fureur, lui expliquant qu’il n’y a rien à attendre de l’au-delà et des autres, qu’il faut fuir à tout prix les chemins balisés par la société. C’est enfin les confessions désespérées de Mathilde qui avoue sa totale incapacité à considérer un quelconque sens à l’existence.

Un cinéaste marxiste et chrétien

Fort de son expérience de professeur en banlieue, Brisseau va tenter de « contrecarrer » cette inclination vers le Mal en offrant à des personnages d’apporter la Loi à ces jeunes gens sans repères. Le père d’Isabelle commence par des méthodes spartiates extrêmement dures et violentes (gifles, enfermement…) avant que l’éducation (grâce à l’institutrice) succède au dressage. Dans De bruit et de fureur, c’est la jeune professeur incarnée par l’évanescente Fabienne Babe qui se charge de polir l’âme de Bruno tandis que François, le prof de philo, joue un rôle de Pygmalion pour Mathilde.

Dans ces trois œuvres, il y a de très beaux moments où Brisseau souligne le pouvoir de l’éducation et de la pédagogie sur ces adolescents, pour qu’ils puissent canaliser la violence qui est en eux et la sublimer par les œuvres d’art.

Ça a souvent été dit mais Brisseau était un cinéaste à la fois marxiste et chrétien. Il y a chez lui une conscience aiguë des inégalités et des conflits de classe qui éclaire brutalement De bruit et de fureur. C’est la part « réaliste » de son cinéma et son regard sans pathos sur la misère, l’aliénation, l’acculturation…

Envie de rêver

Mais le cinéaste ne sombre jamais dans le naturalisme. Face à ces horizons bouchés, il y a toujours une possibilité de s’élever, d’échapper à cette pesanteur par la grâce (dans Noce blanche, François est l’auteur d’un essai sur Simone Weil). C’est d’ailleurs de ce point de vue que les films, tout en restant cohérents, diffèrent un peu. Un jeu brutal est sans doute le plus « bressonien » des trois, avec des scènes qui évoquent à la fois Mouchette (Isabelle, désespérée, qui roulent dans l’herbe près d’un point d’eau) ou Au hasard Balthazar avec ces nombreux passages relatifs à la cruauté envers les bêtes (les insectes qu’Isabelle torture ou le cheval évoqué dans le poème de Prévert). Dans De bruit et de fureur, sans doute le plus caractéristique du style à venir de son auteur, c’est par des échappées oniriques que Brisseau brise le déterminisme social et échappe au poids de la réalité. Une femme, nue ou vêtue comme un ange, apparaît à Bruno dans des visions qui conjuguent la métaphysique avec l’érotisme). Le jeune garçon qui avait adopté un petit serin en cage le voit parfois se transformer en faucon, image d’une âme prisonnière de sa condition mais entrevoyant la possibilité de s’élever vers un « ailleurs » plus radieux.

Quand Paradis rencontre Cremer

Enfin, plus classique, Noce blanche adopte davantage les codes du drame passionnel et du mélodrame de résignation puisque si l’amour peut sublimer l’existence, il reste soumis et condamné par les normes sociales et les conventions qui l’empêchent de s’épanouir pleinement. Une des forces du cinéma de Brisseau, c’est que ces cheminements sont toujours ambigus. Car les personnages qui apportent la Loi sont aussi ceux qui la transgressent. Le père d’Isabelle est un assassin persuadé d’être investi d’une mission divine et sacrée, le père de Jean-Roger enseigne à ses fils l’illégalité et la marginalité tandis que le professeur de philo laisse Mathilde l’aimer mais n’osera pas aller jusqu’au bout pour vivre cette passion.

Trois films de Jean-Claude Brisseau (Carlotta films)

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Rentrée littéraire: viva l’Italia!

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Paolo Rumiz. Auteurs : ANDERSEN ULF/SIPA. Numéro de reportage : 10001188_000011

De l’épopée fiumaire de D’Annunzio, dont on commémore le centenaire à la Via Appia en passant par les délices de sa cuisine, les livres de la rentrée célèbrent l’Italie.


Tous les politologues sérieux savent que l’Italie est un laboratoire des idées. Tel un sismographe des mouvements et des tensions populaires, la Botte indique toujours le sens de l’Histoire pour le meilleur ou le pire. Ce qui se passe à Rome finit toujours par irradier hors des frontières transalpines. La fable et le style, c’est-à-dire la définition même de la littérature, irriguent les têtes, chamboulent les existences, condensent les espoirs déçus des individus et resserrent les hommes. L’art oratoire est nécessaire à la survie de ce peuple qui se réinvente perpétuellement sous la dictée des mots. Les Italiens sont sensibles à la mélodie des discours, à la percussion des images scandées du haut d’une tribune.

De l’amour et du vin

L’excès et l’honneur, ce mélange si détonant a toujours réchauffé leurs cœurs. Nicole Croisille avait oublié dans sa chanson d’ajouter qu’un italien est gai quand il sait qu’il aura de l’amour et du vin. Et aussi de belles phrases, de ces envolées qui galvanisent, de cette force du verbe qui enivre et rassérène. Les Français résignés depuis des lustres ne s’enflamment plus pour leurs écrivains et encore moins pour leurs gouvernants. Nous nous sommes volontairement extraits du jeu démocratique. Nous manquons de foi et d’entrain. En Italie, l’honneur et la flambe rendent l’action politique aussi excessive qu’éminemment poétique. S’intéresser à l’Italie, à son passé, ses voies antiques et sa nourriture, c’est finalement mieux comprendre les culs-de-sac européens et les errances de la mondialisation. Aucune autre nation ne résume aussi bien notre degré d’insatisfaction générale.

Libérer Fiume sans un coup de feu

Quand nos écrivains se noient dans leurs problèmes domestiques, font le procès à leur enfance, se liquéfient dans leurs blessures intimes, ouvrons la fenêtre italienne. On respire enfin le parfum de la grande histoire, sa dinguerie et ses paris insensés, ses outrances verbales et son folklore réjouissant. Le journaliste Olivier Tosseri nous ramène en septembre 1919, sur les cicatrices purulentes du Traité de Versailles. Dans La Folie d’Annunzio  aux éditions Buchet-Chastel, il dessine un portrait haletant du poète-soldat, d’une Italie partagée entre futurisme et nationalisme, entre révolution artistique et amateurisme. Une page dont seuls les spécialistes se souviennent. Dans ce livre grand public, on apprend comment Gabriele d’Annunzio, héros de la Première Guerre, à la tête d’insurgés, de vétérans et d’une jeunesse assoiffée d’aventures, coalition disparate et improbable, ne répondant à aucun code connu, va libérer Fiume sans tirer un coup de feu.

L’italianité de Fume ne fait aucun doute pour lui. Et même si l’expérience est éphémère, D’Annunzio, sorte de « trouvère moderne du nationalisme italien » demeure un tribun exceptionnel qui manie le pouvoir des mots comme un culturiste lève de la fonte. Aucun poids ne lui résiste. Aérien dans sa locution, il est capable de soulever les foules. « D’Annunzio est le prophète d’une nouvelle religion civile centrée sur la sacralité de la Patrie. Il est le défenseur des humbles face aux puissants. Il est l’orateur demandant réparation pour un honneur bafoué. Dans tous les cas, l’éloquence est placée au service d’une cause : Fiume » écrit l’auteur, subjugué par ce talent de dialecticien plébéien si inventif et expansif.

De Rome à l’Adriatique

Si Tosseri s’attache à la figure d’Annunzio, Paolo Rumiz, journaliste à La Repubblica redécouvre la Via Appia, « vingt-trois siècles après sa construction », dans Appia aux éditions Arthaud. 672 km. 29 jours de marche. De Rome à la côte Adriatique. « Je comprends que notre voyage doit devenir une reconquête des espaces perdus, un manifeste destiné à revendiquer une Italie accessible, malgré la Camorra, malgré l’hostilité des « maniaques du volant » et malgré l’indifférence des politiciens aux souliers bien cirés. Suivre notre route de bout en bout équivaut à se réapproprier le pays » proclame-t-il, dès le préambule de ce voyage presque initiatique. Rumiz part de Rome pour retrouver le chemin de l’Italie, lui redonner sa geste flamboyante, réenluminer ses trésors enfouis et aussi révéler les turpitudes d’un pays parfois en décomposition.

Italie, fournée zéro

Nous ne quitterons pas l’Italie sans passer par la table de l’Antiquité. On doit Rome côté cuisines  paru aux Belles Lettres à Martine Quinot Muracciole, professeur de lettres classiques à Nîmes. Merveilleux guide plein de saveurs et d’érudition. « Cette cuisine plaît beaucoup, parce qu’elle est bonne, parce qu’elle a un parfum d’exotisme et parce qu’à travers elle on entre de plain-pied dans une civilisation, dans une histoire qui est la nôtre » dit-elle dans une langue « parlante ». Cet automne, lisez « Made in Italy » !

La folie d’Annunzio – L’épopée de Fiume (1919-1920) de Olivier Tosseri – Buchet Chastel

Appia, Paolo Rumiz – Arthaud.

Appia

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Rome côté cuisines, Martine Quinot Muracciole – Les Belles Lettres.

Rome côté cuisines

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Haïkus funèbres

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Roland Jaccard. Photo : Hannah Assouline.

Après sa série d’été, un bonus signé Roland Jaccard


Seul
À la gare de Lausanne
Une larme

Cette chaleur
Qui m’étouffe
N’est plus celle de notre amour

Chambre 612
Plus jamais
On n’entendra ses cris

À qui lirai-je
Albertine disparue
Maintenant

Tant de noms oubliés
Dans ce carnet
Le sien y figure encore

Ses seins
Comme j’aimais
Les caresser

Caroline ne viendra jamais
À Lausanne
Trop de fautes d’orthographe

Louise non plus
N’est pas Brooks
Qui veut

Seul comme Kafka
Même pas
Juste un vieux parmi d’autres vieux

La nuit Ludwig Hohl
Me raconte des histoires
De hérissons qui se métamorphosent en éléphants

Voilà qui aurait plu à Marie
Mais elle n’est plus là
Moi non plus d’ailleurs

L’abandon de la « culture générale » au concours de l’ENA néfaste

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© Patrick HERTZOG/AFP

Après avoir renoncé à évaluer la culture générale des candidats, les jurés du concours d’admission à l’ENA prennent conscience de son importance


« Considérer que tous les individus qui sont dans les starting-blocks, prêts pour la course, sont égaux les uns aux autres, relève de l’aveuglement volontaire. Le modèle égalitariste, a-historique, ignore les histoires sociales des individus et notamment leur héritage culturel. Selon les histoires sociales de chacun, sa classe sociale d’appartenance, ses réseaux, les citoyens n’ont pas un même accès à l’information, voire pas accès à la même information, ou encore à de fausses informations. Pour y remédier, nous proposons de faire figurer dans les listes de QCM des concours de la police de la gendarmerie, des pompiers, des fonctionnaires territoriaux, des questions relatives au champ de connaissance des jeunes des quartiers (histoire des banlieues, littérature des banlieues, psychologie des banlieues, cinéma, mondes musulmans…) pour enrichir les concours. »

Ce pénible jargon techno-managérial révèle la logique du projet « progressiste » pour la France. La citation, extraite d’un rapport intitulé «  La République à ciel ouvert  » rédigé en 2004 par Azouz Begag à la demande du Premier ministre Dominique de Villepin, annonçait une tendance de fond : l’avènement en France d’un nouveau modèle de société  multiculturaliste plutôt qu’assimilationniste, et égalitariste plutôt qu’égalitaire. Le discrédit jeté sur la culture générale, considérée comme un instrument de discrimination sociale, a bel et bien été l’un des moyens de détruire le modèle républicain, égalitaire et méritocratique.

Quinze ans plus tard, la suppression d’épreuves qui étaient autrefois un instrument de mesure de l’excellence ne concerne plus seulement le recrutement des forces de l’ordre ou des cadres moyens de l’administration. C’est désormais au sommet de la pyramide du service public, c’est-à-dire à l’École nationale d’administration, que l’on fait disparaître l’épreuve de culture générale, tandis que Sciences-Po supprime purement et simplement son concours d’entrée.

A lire: Touche pas à mon ENA!

Discrimination « invisible »

Dans les années d’après-guerre, les progrès réalisés par les sciences cognitives et la théorie de l’éducation ont permis d’établir une classification des niveaux d’acquisition de connaissance, allant de la mémorisation simple aux plus hautes capacités d’analyse et de synthèse. Or, comme de nombreuses critiques l’ont souligné depuis les années 1960, il est illusoire de vouloir séparer totalement savoir (acquisition d’information) et compétences (les facultés de traiter ce savoir). Tout est intrinsèquement entremêlé comme le fond et la forme, comme le langage et la perception du monde. Pourtant, l’idée d’une séparation entre des compétences – ces dernières étant supposées moins influencées par le milieu d’origine – et le savoir, forcement arbitraire et socioculturellement construit, est aujourd’hui hégémonique. Depuis la parution de La Distinction de Pierre Bourdieu, en 1979, la culture générale est de plus en plus perçue comme une forme de violence symbolique. Il est de bon ton de dénoncer ce savoir transmis par les familles privilégiées à leurs enfants pour assurer leur reproduction sociale. D’hypothèse, cette assertion est devenue doxa. Ainsi en 2008, le secrétaire d’État chargé de la Fonction publique, André Santini, affirmait au Monde : « La culture générale élimine tous ceux qui n’ont pas les bons codes, souvent hérités du milieu familial, c’est une forme de discrimination invisible. Or, la fonction publique doit jouer son rôle d’ascenseur social, d’intégration et se montrer à l’image de la population. »

L’évolution de l’ENA depuis un peu plus d’une décennie s’inspire de cette vision mécanique et largement idéologisée du savoir et de l’égalité. Pour recruter ses élèves, l’ENA organise trois concours annuels réservés aux ressortissants de l’Union européenne  : le concours externe, accessible aux candidats titulaires d’au moins une licence et taillé pour les diplômés de Sciences-Po, le concours interne réservé aux fonctionnaires, et une « troisième voie » ouverte à des candidats ayant au moins huit ans d’expérience en dehors de la fonction publique (salariés du privé, élus, responsables syndicaux). Chaque année, à la fin de la saison des concours, le président du jury général – un haut fonctionnaire, généralement issu des grands corps, dont le mandat dure un an – rédige un rapport exposant les résultats et les observations des jurés. Ce texte, qui s’adresse principalement aux candidats qui n’ont pas été reçus, aux futurs candidats ainsi qu’aux centres de préparation, est aussi une mine pour l’observateur.

Inquiétude du jury: et si le niveau baissait?

Dès 2010, on sent percer une double réticence des jurés : ils ressentent un malaise devant le niveau des candidats en culture générale, mais veulent éviter d’évaluer ce niveau. On a le sentiment, à la lecture des rapports, que la pression vient du sommet de la hiérarchie. Ainsi, remarquait la présidente du jury Michèle Pappalardo, autant « il semble utile d’avoir fait évoluer le “grand oral” en “oral d’entretien” dans lequel le jury ne cherche pas à vérifier les connaissances de “culture générale” des candidats, autant nous avons été surpris par le faible niveau de connaissance des élèves en histoire “contemporaine” (XIXe et XXe siècles). Ce constat a été très généralement partagé par les membres du jury quelles que soient les épreuves ». L’année suivante, Yves Gaudemet ne fait que répéter ces observations en termes plus alarmants, car l’étonnement a cédé la place à l’inquiétude : « On doit s’inquiéter de réelles et trop répandues faiblesses en droit public, […] finances publiques et questions européennes et internationales  ; ainsi qu’en histoire, tout particulièrement pour l’épreuve écrite de culture générale et l’épreuve orale d’entretien, mais aussi bien souvent dans les épreuves techniques, pour traiter de sujets qui appellent un minimum de mise en perspective historique. » Cette dernière remarque est tout particulièrement intéressante : pour le professeur émérite de droit, la culture générale, notamment historique, n’est pas un accessoire, une sorte de signe extérieur d’appartenance à une classe privilégiée, comme l’usage de la fourchette au dessert. L’évaluateur y voit un élément constitutif de la capacité d’analyse attendue d’un futur haut fonctionnaire français. Yves Gaudemet conclut donc que « d’une façon ou d’une autre, les épreuves de droit, d’histoire et de culture générale devraient être revalorisées, la faible moyenne des notes dans ces matières aboutissant à en minorer le poids relatif, et surtout n’étant pas en harmonie avec les qualités professionnelles requises de futurs fonctionnaires ayant des tâches de conception. »

A lire: Face à Macron, la droite doit renouer avec l’égalité des chances

C’est le contraire qui s’est produit : en 2012, Annie Podeur et ses assesseurs décident de minimiser l’exigence en matière de culture générale avant même que cela devienne une consigne officielle. Dans le rapport, cela donne ceci : « Répondant à une suggestion du Directeur de l’École, la première réunion de la “troïka” – la présidente et les deux assesseurs, membres des jurys des trois concours – a été consacrée à la définition d’un projet de recrutement. […] Renonçant définitivement aux questions de culture générale, nous avons choisi d’évaluer  : – les capacités réflexives des candidats et notamment leur résistance au stress et leur analyse de l’urgence ; – leurs aptitudes relationnelles, c’est-à-dire leur qualité d’écoute, leur empathie mais également leur “leadership”  ; –  leur aptitude à l’action, ce qui suppose de la détermination, de la réactivité et le sens de l’innovation ; – et enfin un respect des valeurs caractérisant l’engagement de service public, notamment le devoir de loyauté sans complaisance ni servilité et une adhésion profonde à la déontologie des fonctionnaires. Cette grille, dont les items ont été adaptés et pondérés pour les trois concours, s’est révélée très efficace. » Autrement dit, moins de connaissances, plus de compétences. Cependant, en dépit de la merveilleuse efficacité de cette « grille », Podeur doit faire un constat moins réjouissant : « Alors que le jury attendait une forte ouverture à l’Europe et à l’international, trop de copies de culture générale ont souffert de visions hexagonales, émaillées de références récurrentes et banales. »

On préfèrera désormais l’ouverture d’esprit à la culture générale

En 2013, Maryvonne de Saint-Pulgent et son équipe continuent à se poser des questions sur la place de la culture générale dans les épreuves, notamment les oraux, que seuls les candidats admissibles passent. Après discussion, ils arrivent à une solution qu’on peut appeler la « culture générale particulière » : « L’option retenue n’a pas été d’y renoncer entièrement, mais de se limiter aux questions qui pouvaient naître du parcours de chaque candidat, tel qu’il ressortait des indications portées sur la fiche de renseignements remplie par chaque admissible. » Ainsi, un cadre de PSA serait questionné sur l’histoire de la mobilité et un autre sur le sujet de son mémoire de maîtrise. Face aux exigences de la hiérarchie, qui veut du clinquant progressiste à fournir aux médias, l’équipe 2013 a trouvé un compromis. Qui n’est qu’un cautère sur une jambe de bois.

En 2014, plus de faux-semblants. Après Sciences-Po, qui a renoncé à l’épreuve de culture générale en 2013, l’abandon de l’ENA est gravé dans le marbre républicain : l’arrêté du 16 avril 2014 dispose que l’examen de culture générale est remplacé par une épreuve sur une « question contemporaine », et plus précisément sur « le rôle des pouvoirs publics et leurs rapports à la société. » La présidente Marie-Caroline Bonnet-Galzy définit l’objectif des examinateurs  : «  Évaluer la capacité des candidats à réfléchir au sens du service de l’État dans la société contemporaine. » Le reste – ce qu’on appelait culture, en l’occurrence – n’étant visiblement que fanfreluche inutile chez un bon techno. La mission convient à son successeur, Jean-Paul Faugère, qui précise dans son rapport que le jury 2015 « s’est interdit de tester la culture générale en tant que telle, mais n’a pas négligé les opportunités de vérifier la solidité des connaissances auxquelles le candidat se référait lui-même, ou bien dont son dossier faisait mention ». En conséquence, poursuit-il, « le jury a d’autant plus apprécié ceux qui savaient enrichir leur exposé et leurs échanges de références littéraires, cinématographiques, historiques et même culinaires… judicieusement puisées dans leur répertoire personnel ».

C’est le président du jury 2016, Thierry Bert, qui crache le morceau, en précisant qu’il s’est employé à « ne poser aucune question dite de “culture générale” au sens étroit – et socialement discriminant – qui était donné jadis à ce terme ». Discrimination : le maître-mot est lâché. Il ne suffit pas cependant à éteindre tous les doutes.

A lire: Non à la suppression du concours d’entrée à Sciences Po!

En 2018, Jean-François Monteils approuve globalement (prudence ?) le choix qui a été fait de renoncer à « sélectionner les futurs hauts fonctionnaires sur l’ampleur de leurs connaissances sur une multitude de sujets, parfois très éloignés des fonctions qu’ils étaient susceptibles d’exercer  ». Toutefois, il redoute aussi l’excès inverse, aussi, précise-t-il : « La notion de culture générale a été retravaillée  : l’ouverture d’esprit, la curiosité pour toute question en lien avec l’action publique et pour le monde contemporain, la connaissance des éléments fondamentaux de l’histoire, de la géographie et de la culture françaises, des points de comparaison solides et un réel intérêt pour le reste du monde ont donc été considérés comme des atouts indispensables pour servir notre pays et fonder une pratique professionnelle utile. »

Hauts-fonctionnaires désincarnés

Histoire d’enfoncer poliment le clou, Monteils a sollicité les avis responsables d’administrations, les futurs employeurs des énarques. Certaines des réponses, pas forcément choisies au hasard, sont intégrées – anonymement – au rapport 2018, une façon contournée de faire passer des messages délicats. Celle-ci est particulièrement intéressante : « Je me permets d’insister sur la culture générale, les qualités d’écriture et d’orthographe, parce qu’elles se perdent malheureusement. On peut être enfant de Twitter et des réseaux sociaux sans concourir à déstructurer l’administration française et je pense même que l’un renforcerait l’autre. J’insiste sur la maîtrise de la culture, de l’histoire française, de la géographie, car l’attachement aux chiffres et aux méthodes modernes de management est légitime, mais oublier les racines et l’histoire conduit à former des hauts fonctionnaires désincarnés qui ne comprennent pas ce qu’est la France. » Cette personne parle visiblement d’expérience.

Et c’est à cette autre réponse, aussi naïve que judicieuse, qu’il faut laisser le dernier mot  : « Les autres connaissances pourront s’acquérir au fur et à mesure de la carrière en fonction des postes occupés, à l’exception naturellement d’une culture générale de base, dont on peut penser qu’elle demeure un présupposé à l’admission à l’ENA. » Eh bien non, on ne peut plus le penser. Pour les princes qui nous gouvernent, chez un bon serviteur de l’État, la culture générale est un handicap.

Distinction

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Sauver la planète…. en faisant payer les pauvres!

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Gilets jaunes. Numéro de reportage : AP22279988_000102 Auteurs : Bob Edme/AP/SIPA

Il semblerait que la pollution ne soit pas un problème de pauvres, mais bien un problème de riches. Et les soi-disant énergies et technologies « vertes » ne le sont pas tant que ça, ce que montre les travaux de Guillaume Pitron.


Comme on le sait, c’est la taxe sur les carburants diesels qui a déclenché le mouvement des Gilets Jaunes. Sans s’en rendre compte sans doute, mus uniquement par l’injustice qui leur était faite de leur faire payer plus cher leur moyen de transport indispensable, dans des situations déjà précaires, les gilets jaunes ont mis le doigt sur une faute de raisonnement manifeste des écologistes, faute qui n’a pas été beaucoup reprise par les médias et ceux qui militent pour « sauver la planète ».

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En effet, cela a fini par se dire, les technologies dites « vertes » (voitures électriques, éoliennes et panneaux solaires) ou bien sûr numériques (smartphones, ordinateurs, tablettes et autre objets connectés de notre quotidien) ne sont pas si « vertes » que cela :

– on sait par exemple que les batteries de voitures électriques sont compliquées à recycler, à tel point qu’il n’y a pratiquement pas de marché d’occasion pour ces véhicules, qui perdent toute leur valeur dès qu’ils prennent de l’âge…

– on sait aussi que les éoliennes, dont on nous vante tant les mérites, coûteront extrêmement cher à démanteler.

– on sait enfin que le rendement des énergies dites « renouvelables », qu’il convient mieux en réalité de qualifier d’ « alternatives » est très faible, ce qui les rend très chères (il faut en effet exclure l’hydroélectrique qui est la très grande majorité du « renouvelable »).

Les travaux de Guillaume Pitron

De multiples autres exemples existent pour nous montrer que le roman de la « planète verte » n’est pas aussi joyeux et heureux qu’on veut bien le dire. Mais surtout, on a beaucoup insisté, pour nous en vendre les mérites, sur ce qui se voit, le côté du consommateur, en aval, et très peu sur ce qui ne se voit pas, à la production, en amont.

Dans ce domaine, ce sont indéniablement les travaux de Guillaume Pitron, avec son livre La guerre des métaux rares qui ont levé le lièvre et révélé la supercherie. En effet, il montre que si les technologies dites « vertes » semblent peu polluantes en aval (production), elles le sont énormément en amont, essentiellement parce qu’elles font appel aux « métaux rares » (graphite, cobalt, indium, platinoïdes, tungstène, terres rares…), ainsi appelés non pas parce qu’ils sont très peu présents dans le monde, mais parce qu’ils sont très peu présents dans les sols, ce qui implique qu’il faut mouvementer des quantités gigantesques de terre pour en récupérer et en raffiner une toute petite partie. Ainsi, comme le montre Pitron, si la Chine est aujourd’hui le principal pourvoyeur de métaux rares au monde, ce n’est pas parce qu’elle est le seul pays à en posséder, mais parce qu’elle est le seul qui accepte de polluer à ce point des régions entières, avec leurs habitants, pour les produire, ce qui arrange tout le monde, et les producteurs « verts » en particulier.

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Ceci change complètement la donne, et aussi le raisonnement, parce que si ce qui pollue n’est pas l’aval, mais l’amont, ce n’est pas le fait de taxer le diesel en aval qui peut être une priorité, mais bien le fait de diminuer la quantité de production polluante en amont. On est donc ramené à un tout autre problème : ce n’est pas le choix du « plus vert que moi, tu meurs » qui pourrait nous sauver (pour tant est que la responsabilité anthropique du « réchauffement climatique » soit absolument avérée, ce qui n’est pas non plus si clair que cela), mais bien la frugalité et l’utilité, susceptibles de produire moins de pollution pour un résultat donné, amont et aval confondus, et de nous faire produire surtout ce dont nous avons vraiment besoin.

La pollution n’est pas le fait des pauvres gilets jaunes

En d’autres termes, la pollution n’est pas un problème de pauvres, mais bien un problème de riches, tant il est vrai que si une technologie « verte » pollue presque autant qu’une technologie non verte (parce qu’elle pollue en amont ce qu’elle ne pollue pas en aval), celui qui dépense pour 10 000 euros tous les mois (qu’il prenne ou non l’avion) pollue de toute façon beaucoup plus que celui qui dépense son SMIC net de 1 171 euros par mois. Vu de cette façon, et si l’on globalise véritablement le coût de la pollution (ce qui est très difficile à faire, parce que les producteurs en amont, et la Chine en premier, répugneront évidemment à fournir les vrais chiffres, qu’ils auront tendance à minimiser), l’argument de la technologie verte se présente bien comme un alibi au service des catégories les plus aisées, pour transférer la responsabilité de la pollution sur tout le monde (et demander ainsi à l’Etat de taxer tout le monde), alors qu’elle est d’abord celle des plus riches, et celle des dépensiers inutiles et des gaspilleurs.

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C’est ainsi, si l’on suit ce raisonnement, toute la société du divertissement, par exemple, qui est en cause. En effet, si la vraie question n’est plus « est-ce que je consomme suffisamment vert ? » mais « est-ce que ce que je consomme est vraiment utile ? », on est en droit de se demander, par exemple, si nous avons vraiment besoin de plus de 1 000 photographes au Festival de Cannes pour faire la même photo, ou bien de dépenser des budgets de plusieurs centaines de millions de dollars pour produire des films bien moins bons que ceux d’autrefois, ou bien si nos jeunes ont besoin de millions de consoles et de jeux vidéo qui les abrutissent, ou bien si l’on doit avoir des dizaines de chaînes TV qui reprennent aux infos du soir les mêmes images, ou des dizaines de journaux qui reprennent la même dépêche AFP, etc…. C’est une toute autre réflexion, dans laquelle, à l’évidence, tout un petit monde n’a bien évidemment pas trop envie de rentrer.

En tout cas, à côté de cela, vous m’excuserez, mais le diesel de nos campagnes, ça n’est vraiment pas la question. Nos gilets jaunes avaient raison, je vous dis !

L'écologisme, nouveau totalitarisme ?

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