De l’épopée fiumaire de D’Annunzio, dont on commémore le centenaire à la Via Appia en passant par les délices de sa cuisine, les livres de la rentrée célèbrent l’Italie.


Tous les politologues sérieux savent que l’Italie est un laboratoire des idées. Tel un sismographe des mouvements et des tensions populaires, la Botte indique toujours le sens de l’Histoire pour le meilleur ou le pire. Ce qui se passe à Rome finit toujours par irradier hors des frontières transalpines. La fable et le style, c’est-à-dire la définition même de la littérature, irriguent les têtes, chamboulent les existences, condensent les espoirs déçus des individus et resserrent les hommes. L’art oratoire est nécessaire à la survie de ce peuple qui se réinvente perpétuellement sous la dictée des mots. Les Italiens sont sensibles à la mélodie des discours, à la percussion des images scandées du haut d’une tribune.

De l’amour et du vin

L’excès et l’honneur, ce mélange si détonant a toujours réchauffé leurs cœurs. Nicole Croisille avait oublié dans sa chanson d’ajouter qu’un italien est gai quand il sait qu’il aura de l’amour et du vin. Et aussi de belles phrases, de ces envolées qui galvanisent, de cette force du verbe qui enivre et rassérène. Les Français résignés depuis des lustres ne s’enflamment plus pour leurs écrivains et encore moins pour leurs gouvernants. Nous nous sommes volontairement extraits du jeu démocratique. Nous manquons de foi et d’entrain. En Italie, l’honneur et la flambe rendent l’action politique aussi excessive qu’éminemment poétique. S’intéresser à l’Italie, à son passé, ses voies antiques et sa nourriture, c’est finalement mieux comprendre les culs-de-sac européens et les errances de la mondialisation. Aucune autre nation ne résume aussi bien notre degré d’insatisfaction générale.

Libérer Fiume sans un coup de feu

Quand nos écrivains se noient dans leurs problèmes domestiques, font le procès à leur enfance, se liquéfient dans leurs blessures intimes, ouvrons la fenêtre italienne. On respire enfin le parfum de la grande histoire, sa dinguerie et ses paris insensés, ses outrances verbales et son folklore réjouissant. Le journaliste Olivier Tosseri nous ramène en septembre 1919, sur les cicatrices purulentes du Traité de Versailles. Dans La Folie d’Annunzio  aux éditions Buchet-Chastel, il dessine un portrait haletant du poète-soldat, d’une Italie partagée entre futurisme et nationalisme, entre révolution artistique et amateurisme. Une page dont seuls les spécialistes se souviennent. Dans ce livre grand public, on apprend comment Gabriele d’Annunzio, héros de la Première Guerre, à la tête d’insurgés, de vétérans et d’une jeunesse assoiffée d’aventures, coalition disparate et improbable, ne répondant à aucun code connu, va libérer Fiume sans tirer un coup de feu.

L’italianité de Fume ne fait aucun doute pour lui. Et même si l’expérience est éphémère, D’Annunzio, sorte de « trouvère moderne du nationalisme italien » demeure un tribun exceptionnel qui manie le pouvoir des mots comme un culturiste lève de la fonte. Aucun poids ne lui résiste. Aérien dans sa locution, il est capable de soulever les foules. « D’Annunzio est le prophète d’une nouvelle religion civile centrée sur la sacralité de la Patrie. Il est le défenseur des humbles face aux puissants. Il est l’orateur demandant réparation pour un honneur bafoué. Dans tous les cas, l’éloquence est placée au service d’une cause : Fiume » écrit l’auteur, subjugué par ce talent de dialecticien plébéien si inventif et expansif.

De Rome à l’Adriatique

Si Tosseri s’attache à la figure d’Annunzio, Paolo Rumiz, journaliste à La Repubblica redécouvre la Via Appia, « vingt-trois siècles après sa construction », dans Appia aux éditions Arthaud. 672 km. 29 jours de marche. De Rome à la côte Adriatique. « Je comprends que notre voyage doit devenir une reconquête des espaces perdus, un manifeste destiné à revendiquer une Italie accessible, malgré la Camorra, malgré l’hostilité des « maniaques du volant » et malgré l’indifférence des politiciens aux souliers bien cirés. Suivre notre route de bout en bout équivaut à se réapproprier le pays » proclame-t-il, dès le préambule de ce voyage presque initiatique. Rumiz part de Rome pour retrouver le chemin de l’Italie, lui redonner sa geste flamboyante, réenluminer ses trésors enfouis et aussi révéler les turpitudes d’un pays parfois en décomposition.

Italie, fournée zéro

Nous ne quitterons pas l’Italie sans passer par la table de l’Antiquité. On doit Rome côté cuisines  paru aux Belles Lettres à Martine Quinot Muracciole, professeur de lettres classiques à Nîmes. Merveilleux guide plein de saveurs et d’érudition. « Cette cuisine plaît beaucoup, parce qu’elle est bonne, parce qu’elle a un parfum d’exotisme et parce qu’à travers elle on entre de plain-pied dans une civilisation, dans une histoire qui est la nôtre » dit-elle dans une langue « parlante ». Cet automne, lisez « Made in Italy » !

La folie d’Annunzio – L’épopée de Fiume (1919-1920) de Olivier Tosseri – Buchet Chastel

Appia, Paolo Rumiz – Arthaud.

Rome côté cuisines, Martine Quinot Muracciole – Les Belles Lettres.

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Thomas Morales
Journaliste et écrivain.Spécialiste reconnu du cinéma et de l’automobile, il collabore à des revues parmi lesquelles Valeurs Actuelles, Service Littéraire, Schnock, Technikart, etc... Il écrit dans la presse automobile depuis près de 20 ans et nourrit depuis son enfance une passion pour les voitures anciennes, les Hussards ...
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