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Jean-Claude Brisseau, exécuté testamentaire

Les articles sur sa mort le résument à sa condamnation pour harcèlement sexuel

Jean-Claude Brisseau, exécuté testamentaire
Le cinéaste Jean-Claude Brisseau dans les couloirs du tribunal de Paris, décembre 2005. ©STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

La plupart des nécros du talentueux cinéaste Jean-Claude Brisseau le résument à sa condamnation pour harcèlement sexuel en 2005. 


Jean-Claude Brisseau aurait mieux fait de torturer en Algérie ou même d’avoir participé à une liste du GUD à vingt ans. Il me semble pourtant qu’il avait été jugé et condamné douze ou treize ans avant que #metoo ne le rattrape et que le scandale, qui n’avait plus lieu d’être en ce qui le concernait – il avait payé sa dette à la société, comme on dit -, ne lui pourrisse la vie et n’annule une rétrospective à la Cinémathèque. Une bonne vieille censure indirecte, digne d’une république bananière.

Brisseau ad vitam æternam

Je ne sais plus quelle année au juste alors qu’il mangeait très tard un plateau d’huîtres à la brasserie Terminus Nord, où j’attendais le dernier train pour Lille, je suis allé lui serrer la main alors que je trouve en général ce truc de groupie assez ridicule. C’était, je crois, juste avant qu’il ne soit rattrapé par cette démocratie qui, de Battisti à Assange, ne connaît plus la prescription et poursuit d’une haine inexpiable ceux qui rentrent dans son viseur.

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Evidemment, ce moment de l’existence de Brisseau, condamnable et condamné, est devenu l’ossature de la plupart des nécros consacrées à un des rares cinéastes qui donnait envie, et un peu plus que ça, d’aller au cinéma.

Noce blanche et funérailles noires

Dommage, mais après tout l’époque a ce qu’elle mérite. La fusion entre la mystique, la critique sociale radicale, le fantastique et une réflexion désespérée sur les impasses sexuelles généralisées par les nouvelles lois du désir, tout cela restera réservé à quelques amateurs déviants qui regarderont ses films dans les catacombes. La douceur du regard de Fabienne Babe dans De Bruit et de Fureur, la pâleur de sainte de Vanessa Paradis dans Noce Blanche, la pureté corrégienne d’Isabelle Pasco dans Céline qui font accéder à un autre stade de compréhension du monde, on se les gardera pour nous.

De toute manière, comme pour le procès de Flaubert ou de Baudelaire, on sait depuis belle lurette que le motif de la condamnation des artistes n’est pas le vrai: on fait mine d’accuser d’obscénité celui qui en fait renvoie à la sale gueule puritaine de la société sa violence sociale et politique en adoptant un angle de vue nouveau qui déstabilise, interroge, bouleverse.

La mort de Brisseau est encore une de ces preuves qu’il y a de l’honneur à ne pas être aimé de ce temps et de ces gens. Ils n’imaginent pas néanmoins, comme l’avait laissé entendre Pialat lors de sa remise houleuse de Palme d’or à Cannes, à quel point on le leur rend bien.


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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