Home Politique Macron is watching you


Macron is watching you

Une application permet au Président de pister les Ministres

Macron is watching you
Photo d'archive 2015 © UGO AMEZ/SIPA Numéro de reportage: 00721755_000028

Selon plusieurs médias, le Président Macron a sur son téléphone portable une application spécialement conçue pour suivre l’avancée des dossiers de ses ministres. Dans la startup nation, il s’agit de ne pas perdre de la vitesse dans les réformes! Toutefois, cette ubérisation du conseil des Ministres questionne.


Big brother, c’est lui. Quand le président parlait du nouveau monde et de la start-up nation, on pensait qu’il s’agissait de lyrisme de tréteaux, en somme des éléments de langage de la nouvelle politique – qui pour le reste ressemble furieusement à l’ancienne avec ses intrigues, ses calculs et ses enfumages de com.

On se trompait. Macron en a rêvé et Macron l’a fait. Le président dispose désormais d’une application sur-mesure qui lui permet de fliquer ses ministres – pardon d’évaluer en temps réel la mise en chantier des réformes. À l’origine de cette invention proprement orwellienne, un trio de technos dont le secrétaire général de l’Elysée Alexis Kohler – plus connu du grand public comme l’homme qui s’est fait balader par Benalla…

Infantilisation

L’appli étant branchée en temps réel sur la « Direction de la transformation publique », le président de la République peut suivre sur son téléphone, l’état d’avancement des textes dans les tuyaux législatifs ou règlementaires, exactement comme on suit le parcours de son chauffeur Uber.

A lire aussi, du même auteur: Balkany: votre joie mauvaise me dégoûte

Après tout, dira-t-on, n’est-il pas bon que l’on puisse évaluer le travail des ministres ? Les ministres ont une responsabilité politique. Ils sont comptables de leur action devant les Français et devant le président, qui peut les congédier sans explication du jour au lendemain. Faut-il en prime les infantiliser par une surveillance permanente et une mise en rivalité digne de l’école primaire ?

Grâce aux confidences distillées à des journalistes de BFM, on apprend par exemple que, « si l’état d’avancement des réformes de Jean-Michel Blanquer semble satisfaisant, il n’en est pas de même pour d’autres ministres ». Auront-ils des heures de colle ? Dans le désert qu’est la macronie, où tout remaniement est un psychodrame, Emmanuel Macron ne peut même pas se permettre de renvoyer les plus médiocres…

Goût douteux pour la surveillance

Bien entendu, cet outil diabolique est le fruit d’une bonne intention. Le président veut des résultats concrets pour vous et moi. Et il en a marre que ses décisions se perdent dans les limbes de la mauvaise volonté administrative.

A lire aussi, Jérôme Leroy: Richard Ferrand, poids (de plus en plus) lourd de la Macronie

Bien sûr, on ne lui reprochera pas de vouloir des résultats. On peut lui reprocher, en revanche, de flatter notre goût douteux pour la surveillance. Certes, d’après BFM, il a refusé, pour l’heure, « de la rendre accessible au grand public, comme on le lui proposait ». N’empêche, l’appli Macron est un petit pas vers le fantasme d’un gouvernement transparent œuvrant sous le regard panoptique d’une inquisition citoyenne.

C’est en outre une curieuse conception de la politique que de la réduire à un calendrier d’objectifs à atteindre. Nous attendons du président qu’il élabore une vision, qu’il fixe un cap, pas qu’il remplisse les objectifs de son plan quinquennal.

Des ministres harcelés… pour notre bien

On croyait, enfin, être entrés dans l’ère de la bienveillance et de la confiance. Pas pour tout le monde : désormais vos ministres n’auront pas plus d’autonomie que votre conseiller bancaire – qui perd la main sur votre compte si vous êtes en découvert – ou votre chauffeur de VTC – soumis aux caprices tarifaires et géographiques d’une appli toute-puissante.

Le nouveau joujou présidentiel est peut-être high-tech, il n’est que la mise en musique moderne d’un management à l’ancienne reposant sur le contrôle, la peur et l’infantilisation. Emmanuel Macron devrait se méfier : ses ministres ubérisés pourraient bien se mettre en grève. Ou lui intenter un procès pour harcèlement.

Cette chronique a initialement été diffusée le 17 septembre sur Sud Radio


Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Previous article Ghaleb Bencheikh n’aurait jamais dû recevoir Al-Issa à Paris
Next article Céline Sciamma: la cinéaste de la bonne volonté du moment
Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Le système de commentaires sur Causeur.fr évolue : nous vous invitons à créer ci-dessous un nouveau compte Disqus si vous n'en avez pas encore.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération