Ghaleb Bencheikh est très à l’aise, quand il s’agit d’invoquer les grands principes. C’est d’autant plus facile qu’il s’adresse à un public francophone qui ignore les textes dont il lui parle…


Dans une interview accordée à La Croix, M. Bencheikh affirme avoir rencontré Mohammed al-Issa, le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, quatre fois en tout, à Paris en novembre 2017, à New York, et deux fois en Arabie saoudite. Il chante ses louanges, disant:

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« À chaque fois, son discours était clair : il était conscient des ravages du wahhabisme et de l’obscurantisme, et du fait que son pays pâtissait désormais lui-même de l’extrémisme. Il voulait tourner le dos aux pratiques anciennes. Il m’a affirmé être pour la liberté de conscience et la désacralisation de la violence. »

A Paris, Mohammed al-Issa se refait une virginité diplomatique

Les « ravages du wahhabisme » ! On croit rêver ! al-Issa est un wahhabite, et il préside une institution wahhabite, l’Organisation Islamique Mondiale, financée par l’argent wahhabite dans le but d’islamiser le monde, et qui finance des organisations terroristes.


Et lorsque M. Bencheikh l’a rencontré en 2017, al-Issa était ministre de la Justice en Arabie Saoudite, l’État le plus wahhabite qui soit ! Et il le demeura jusqu’au 13 octobre 2018.
M. Bencheikh fut pourtant charmé par ses « déclarations publiques positives » au point d’estimer « qu’il fallait accompagner cette évolution ». Il lui proposa de venir dire tout cela à Paris. La France devait ainsi devenir un podium international pour que ce ministre de la Justice qui avait dirigé l’exécution de plus de 500 personnes, puisse se refaire une virginité internationale en matière de droits de l’homme.

Les atrocités du régime saoudien

M. Bencheikh ne lisait-il pas les journaux ? N’était-il pas au courant de la situation catastrophique qui régnait en Arabie Saoudite sur le plan humain, par la faute de ce même ministre de la Justice al-Issa ? Quand on a affaire à des Saoudiens, la moindre des choses, avant de parler avec eux de droits de l’homme serait de s’informer sur la situation effective de ces derniers dans leur pays. Surtout que les histoires de décapitations saoudiennes remplissaient les médias alors que al-Issa était aux responsabilités.Voici ce qu’écrivait Amnesty International au sujet de l’Arabie Saoudite dans son rapport de 2017-2018 :

« Les autorités imposaient des restrictions sévères à la liberté d’expression, d’association et de réunion. Un grand nombre de défenseurs des droits humains et de détracteurs du gouvernement ont été placés en détention. Certains ont été condamnés à de longues peines d’emprisonnement à l’issue de procès inéquitables. Plusieurs militants chiites ont été exécutés, et de nombreux autres ont été condamnés à mort après avoir été jugés par le Tribunal pénal spécial dans le cadre d’une procédure d’une iniquité flagrante. La torture et les mauvais traitements en détention restaient monnaie courante. Des réformes limitées sont intervenues, mais les femmes étaient toujours en butte à une discrimination systémique, dans la législation et dans la pratique ; elles n’étaient pas suffisamment protégées contre les violences, sexuelles et autres. Les autorités ont eu recours très fréquemment à la peine de mort et ont procédé à des dizaines d’exécutions. La coalition dirigée par l’Arabie saoudite a commis cette année encore de graves violations du droit international au Yémen. »

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Et encore : concernant l’Arabie Saoudite, Amnesty International ne peut citer que les violations les plus flagrantes en matière de droits humains, celles dont on lui a parlé de façon claire. Elle ne peut pas recenser toutes les arrestations avec ou sans tabassage, les flagellations de routine ou les coups de fouet dans la rue pour cause d’interdits vestimentaires non respectés, de consommation d’alcool, de non fermeture d’une boutique à l’heure de la prière, de nourriture durant le ramadan, de port d’une croix, d’un chapelet, ou de récitation d’une prière chrétienne, et encore moins, la censure omniprésente. Ces choses qui font partie du paysage1, ne peuvent pas être comptabilisées.

Taqiya ?

M. Bencheikh ne savait-il pas qu’au moment où il faisait des sourires à Mohammed al-Issa, celui-ci avait des enfants dans ses prisons parce qu’ils avaient manifesté avec leurs parents ? Et qu’un adolescent, Ali Nimr, attendait sa décapitation et sa crucifixion ?

M. Bencheikh était au courant des tortures et de l’emprisonnement de Raif Badawi, et il a dit qu’il les réprouvait. Si c’est vrai, comment a-t-il pu s’entendre avec l’homme qui a fait condamner ce jeune père de famille au fouet, après l’avoir fait condamner à mort pour délit d’opinion ?2

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Mohammed al-Issa a, dit-on, opéré des réformes. Un coup d’œil jeté sur sa thèse de doctorat, dénichée par Mohamed Louizi, nous informe qu’il est un spécialiste de ce qu’il est permis, et de ce qu’il n’est pas permis de retarder. Et là, toute la charia y passe, sans oublier le djihad et le meurtre de l’apostat. Ce wahhabite « modéré » écrit ainsi qu’il ne faut pas différer le djihad, et qu’il y a deux genres de djihad, le djihad de la demande… qui consiste à attaquer des mécréants qui ne vous ont rien fait, et le djihad qui consiste à repousser une attaque. Quant à l’apostat, voici quel doit être son sort :
« Il faut proposer à l’apostat de revenir sur son apostasie ; il y a bien des preuves à ce sujet [dans les hadiths]. Certes, certaines d’entre elles sont faibles ; mais leur somme prouve leur origine véritable. Mais on excepte de ce jugement celui dont l’apostasie est très forte. Celui-là, il est légal de le tuer sans lui avoir proposé de se repentir. »

Le problème apparaît plus grave encore, quand on réalise le nombre de personnes qui seraient concernées en France, si elles tombaient entre les griffes de Mohammed al-Issa. L’apostat, d’après la charia wahhabite, est en effet tout musulman qui n’est pas totalement orthodoxe. Qu’il ne fasse pas ses prières, toutes et aux heures prévues, et dans la direction et de la façon prescrites ; ou qu’il refuse la charia ; ou qu’il refuse un verset ou une prescription du Coran ou de la Sunna (les hadiths et la biographie de Mahomet) ou qu’il refuse le djihad, etc.

Et si Ghaleb Bencheikh ne savait pas tout cela, c’est plus grave encore : on ne postule pas à une position aussi importante pour les musulmans de France, sans avoir pris la peine de s’informer !

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