Il semblerait que la pollution ne soit pas un problème de pauvres, mais bien un problème de riches. Et les soi-disant énergies et technologies « vertes » ne le sont pas tant que ça, ce que montre les travaux de Guillaume Pitron.


Comme on le sait, c’est la taxe sur les carburants diesels qui a déclenché le mouvement des Gilets Jaunes. Sans s’en rendre compte sans doute, mus uniquement par l’injustice qui leur était faite de leur faire payer plus cher leur moyen de transport indispensable, dans des situations déjà précaires, les gilets jaunes ont mis le doigt sur une faute de raisonnement manifeste des écologistes, faute qui n’a pas été beaucoup reprise par les médias et ceux qui militent pour « sauver la planète ».

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En effet, cela a fini par se dire, les technologies dites « vertes » (voitures électriques, éoliennes et panneaux solaires) ou bien sûr numériques (smartphones, ordinateurs, tablettes et autre objets connectés de notre quotidien) ne sont pas si « vertes » que cela :

– on sait par exemple que les batteries de voitures électriques sont compliquées à recycler, à tel point qu’il n’y a pratiquement pas de marché d’occasion pour ces véhicules, qui perdent toute leur valeur dès qu’ils prennent de l’âge…

– on sait aussi que les éoliennes, dont on nous vante tant les mérites, coûteront extrêmement cher à démanteler.

– on sait enfin que le rendement des énergies dites « renouvelables », qu’il convient mieux en réalité de qualifier d’ « alternatives » est très faible, ce qui les rend très chères (il faut en effet exclure l’hydroélectrique qui est la très grande majorité du « renouvelable »).

Les travaux de Guillaume Pitron

De multiples autres exemples existent pour nous montrer que le roman de la « planète verte » n’est pas aussi joyeux et heureux qu’on veut bien le dire. Mais surtout, on a beaucoup insisté, pour nous en vendre les mérites, sur ce qui se voit, le côté du consommateur, en aval, et très peu sur ce qui ne se voit pas, à la production, en amont.

Dans ce domaine, ce sont indéniablement les travaux de Guillaume Pitron, avec son livre La guerre des métaux rares qui ont levé le lièvre et révélé la supercherie. En effet, il montre que si les technologies dites « vertes » semblent peu polluantes en aval (production), elles le sont énormément en amont, essentiellement parce qu’elles font appel aux « métaux rares » (graphite, cobalt, indium, platinoïdes, tungstène, terres rares…), ainsi appelés non pas parce qu’ils sont très peu présents dans le monde, mais parce qu’ils sont très peu présents dans les sols, ce qui implique qu’il faut mouvementer des quantités gigantesques de terre pour en récupérer et en raffiner une toute petite partie. Ainsi, comme le montre Pitron, si la Chine est aujourd’hui le principal pourvoyeur de métaux rares au monde, ce n’est pas parce qu’elle est le seul pays à en posséder, mais parce qu’elle est le seul qui accepte de polluer à ce point des régions entières, avec leurs habitants, pour les produire, ce qui arrange tout le monde, et les producteurs « verts » en particulier.

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Ceci change complètement la donne, et aussi le raisonnement, parce que si ce qui pollue n’est pas l’aval, mais l’amont, ce n’est pas le fait de taxer le diesel en aval qui peut être une priorité, mais bien le fait de diminuer la quantité de production polluante en amont. On est donc ramené à un tout autre problème : ce n’est pas le choix du « plus vert que moi, tu meurs » qui pourrait nous sauver (pour tant est que la responsabilité anthropique du « réchauffement climatique » soit absolument avérée, ce qui n’est pas non plus si clair que cela), mais bien la frugalité et l’utilité, susceptibles de produire moins de pollution pour un résultat donné, amont et aval confondus, et de nous faire produire surtout ce dont nous avons vraiment besoin.

La pollution n’est pas le fait des pauvres gilets jaunes

En d’autres termes, la pollution n’est pas un problème de pauvres, mais bien un problème de riches, tant il est vrai que si une technologie « verte » pollue presque autant qu’une technologie non verte (parce qu’elle pollue en amont ce qu’elle ne pollue pas en aval), celui qui dépense pour 10 000 euros tous les mois (qu’il prenne ou non l’avion) pollue de toute façon beaucoup plus que celui qui dépense son SMIC net de 1 171 euros par mois. Vu de cette façon, et si l’on globalise véritablement le coût de la pollution (ce qui est très difficile à faire, parce que les producteurs en amont, et la Chine en premier, répugneront évidemment à fournir les vrais chiffres, qu’ils auront tendance à minimiser), l’argument de la technologie verte se présente bien comme un alibi au service des catégories les plus aisées, pour transférer la responsabilité de la pollution sur tout le monde (et demander ainsi à l’Etat de taxer tout le monde), alors qu’elle est d’abord celle des plus riches, et celle des dépensiers inutiles et des gaspilleurs.

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C’est ainsi, si l’on suit ce raisonnement, toute la société du divertissement, par exemple, qui est en cause. En effet, si la vraie question n’est plus « est-ce que je consomme suffisamment vert ? » mais « est-ce que ce que je consomme est vraiment utile ? », on est en droit de se demander, par exemple, si nous avons vraiment besoin de plus de 1 000 photographes au Festival de Cannes pour faire la même photo, ou bien de dépenser des budgets de plusieurs centaines de millions de dollars pour produire des films bien moins bons que ceux d’autrefois, ou bien si nos jeunes ont besoin de millions de consoles et de jeux vidéo qui les abrutissent, ou bien si l’on doit avoir des dizaines de chaînes TV qui reprennent aux infos du soir les mêmes images, ou des dizaines de journaux qui reprennent la même dépêche AFP, etc…. C’est une toute autre réflexion, dans laquelle, à l’évidence, tout un petit monde n’a bien évidemment pas trop envie de rentrer.

En tout cas, à côté de cela, vous m’excuserez, mais le diesel de nos campagnes, ça n’est vraiment pas la question. Nos gilets jaunes avaient raison, je vous dis !

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