Dans Ce que je peux enfin vous dire, son dernier livre, Ségolène Royal abuse du prétexte machiste pour amalgamer les critiques qui lui sont faites. 292 pages d’éloge des femmes, c’est à dire d’elle-même.


En présentant son livre dans les médias, Ségolène Royal a rappelé son charismatique toupet à la cantonade ! Mais au-delà des petites phrases, ceux qui la liront ne pourront que déplorer un contenu politique toujours aussi faiblard. Il y est question de féminisme, d’écologie mais… surtout de Ségolène Royal. Pour convaincre l’hémisphère gauche de nos cerveaux, l’ambassadrice des pôles nous sert une grosse ration de #MeToo qu’elle accole à son « Ordre juste » et à d’autres concepts souvent foireux.

« Laisser le pouvoir dans les mains des seuls hommes est dangereux »

Sur la photo de couverture de Ce que je peux enfin vous dire (Fayard), on retrouve une Ségolène Royal éclatante. On croit, au vu du titre, à une remise en question bienvenue. Et on l’aura. Mais pas la sienne, non, celle de tous les machos qui ont pourri son quotidien. Ségolène Royal surfe sur les sujets les plus porteurs de la période (violences faites aux femmes et protection de la nature) pour mieux passer en contrebande ses petites vengeances personnelles… Après avoir distribué bons et mauvais points, elle porte un regard bienveillant sur sa carrière cabossée, dans l’espoir de la relancer.

Elle a beau rendre “grands” les “petits ministères” qu’on lui confie par la « trace qu’elle y laisse », la vie politique de Ségolène Royal est semée d’embûches. “Je me suis (…) souvent demandé si mes détracteurs me reprochaient plutôt d’être une ministre diminuée ou plutôt une mère imparfaite.” Foutu misogynisme, d’affreux mâles lui mettent des bâtons dans les roues : une femme en politique, ça ne plaît pas à ces messieurs. En cherchant bien, on doit pouvoir trouver un ou deux “détracteurs” qui ont des reproches non genrés à lui adresser, non ? Non. Pour Royal, “femme dans un monde d’hommes et écologiste dans un monde de lobbies”, la testostérone au pouvoir est le problème. “Laisser le pouvoir dans les mains des seuls hommes est dangereux”. De plus, “le sexisme est un racisme”. Original ! Macron a choisi de l’écarter de ses gouvernements successifs. Manager frileux ou macho ? Lui, elle l’épargne plutôt. Et il faut bien reconnaître que les gouvernements Philippe sont bien paritaires.

Ah si vous m’aviez élue…

Au diable l’étiquette ! C’est tous les jours la même chose. Quand une blague sexiste retentit lors d’un sommet prestigieux. Ségolène Royal s’étonne de trouver le courage d’apostropher de hauts dignitaires : “Pauvres abrutis, vous avez vu vos têtes !”. En 2000, conviée à une commission d’enquête sur les farines animales, croyant faire un bon mot, un député mâle jaloux qui l’accueille lui balance : “Nous nous réjouissons de la participation d’une vache folle au bureau de la commission d’enquête.” Humiliée, Ségolène Royal n’en dormira pas de la nuit. “Il vaut mieux une vache folle qu’un vieux cochon”, se consolera-t-elle plus tard… La vie au PS aussi est un enfer patriarcal : trahisons que l’on sait, caca étalé sur son local de campagne, bises réclamées par des hommes quand elle préfèrerait leur serrer la main, etc. En 2007, le “cercle des hommes blancs hétéros” veille pour la faire perdre. Ça friserait presque le complotisme et le populisme cette histoire ! Nous reviendrons sur cette inclination… Pour l’instant, on a tourné une centaine de pages et Ségolène Royal n’a fait qu’évoquer sa condition de femme. Vraiment trop injuste d’avoir eu raison avant tout le monde. C’est qu’elle avait 10 ans d’avance sur #MeToo. En 2007, elle voulait faire voter une loi-cadre sur les violences faites aux femmes. Ah si elle avait été élue…

Mauvais mâles toujours : ne pas se fier au “mélange de désinvolture et de bonhomie que chacun […] connaît” à son cher François… Hollande et Macron, leur problème c’est “l’autoritarisme”. Dans une France “en retard” sur bien des questions sociétales, Rocard, Valls, Duhamel, Joffrin ou même Jospin sont des machos qui ont tour à tour été injustes avec elle. Quant à Sarkozy, le malotru ira jusqu’à lui proposer des chocolats dans son bureau avec le petit air satisfait que chacun lui connait aussi.

Fée comme-ci, fée comme ça

Après avoir utilisé le prétexte du “machisme” pour amalgamer toutes les critiques légitimes qui pleuvent sur sa personne, et dont le nombre – ô surprise ! – culmine en 2007 alors qu’elle veut rentrer à l’Elysée, Ségolène Royal s’attache à vanter son bilan. Pendant qu’on la persécute, elle œuvre pour la planète. Le chapitre consacré à l’ écologie (sa spécialité) est toutefois deux fois plus mince que les développements sur le féminisme qui ont précédé…

“Audaces visionnaires” en Poitou-Charente et accord de Paris sur le climat : sans Ségolène Royal, rien n’aurait été possible. Elle a tout fait. Pendant que la France est occupée par les attentats, son équipe visionnaire invente un “nouveau modèle de production et de consommation”. Vous ne saviez pas ? On apprend aussi au travers d’un autre chapitre que Ségolène Royal aurait “éradiqué” la violence à l’école (!). Les méthodes féminines étant infaillibles, il va bien falloir laisser les plus hautes responsabilités à une femme un jour (suivez mon regard…). Ces messieurs refusent à s’en inspirer.

Il faut savoir que “le surcroît de nature s’accompagne d’un surcroît d’humanité”. Aussi, au ministère, Madame Royal met en place un potager participatif et laisse des moutons y paître. Avec la démocratie participative et la co-construction, cela permet de faire des miracles. Grâce à son intelligence émotionnelle”, Royal parvient par exemple à faire s’entendre chasseurs et écolos, elle. C’est une sorte de fée. Et au diable l’adversité ! J’ajouterais volontiers que, quand tout semble aller contre nous, il est bon de se souvenir que les avions décollent toujours face aux vents.

L’ « Ordre juste », la bravitude de la vérité

“Être solidaire de son prédécesseur” est la règle secrète quand Ségolène Royal prend la tête d’un ministère. Elle a montré l’exemple en s’inscrivant dans les pas de Borloo et Kosciusko-Morizet. Sous Valls, Ségolène Royal était la ministre de l’Ecologie qui ne signait pas, qui ne se soumettait pas aux lobbies. On ne peut que regretter que Nicolas Hulot n’ait pas suivi la même règle, lui qui a détricoté tout ce qu’elle avait fait en faveur du rafraîchissement du climat.

Madame Royal détient donc la recette de « l’Ordre juste », concept supérieur à la « verticalité » macronienne qui n’a pas tenu un an. Un tel potentiel ne pourra peut-être pas être laissé de côté beaucoup plus longtemps. “Au cours de ces années, ce qui m’a le plus surprise et réconfortée, c’est la permanence des idées et concepts qui avaient été tant moqués par les élites mais compris par le peuple français”. « L’Ordre juste » permettrait, aujourd’hui, de réconcilier les femmes avec les hommes, les petites abeilles avec les pesticides et les “sans-voix” avec leurs “élites”. Le peuple contre les élites ? Tiens, c’est la définition exacte que Dominique Reynié donne du populisme…

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