Cinq ans après les attentats, à la menace mortelle de l’islamisme est venu s’ajouter la tyrannie de minorités agissantes… Et bien d’autres nouveaux dangers. Sale temps pour nos libertés. Sale temps pour l’esprit français!


Comme le dit l’avocat Richard Malka dans son excellent article du dernier Charlie, « c’est paradoxalement quand ce droit est consacré, après des siècles, voire des millénaires, de combats, que les hommes, comme s’ils s’affolaient de la liberté conquise, refusent de quitter leurs cages et réclament de nouvelles laisses ».

Oui, en 2020 en France, le droit au blasphème ne tient qu’à un fil. En mars 2017, l’université de Lille-II annulait la représentation de la pièce tirée du livre de Charb Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes. Xavier Vandendriessche, président de l’université, se justifiait en ces termes : « j’ai craint les débordements, le climat et l’ambiance sont si lourds. Je sais qu’on est un peu complice en agissant de la sorte et ça m’emmerde, mais j’ai préféré annuler ou plutôt reporter ». Ou comment la nation des Droits de l’homme se couche au sol devant les admonestations des nouvelles censures.

Dire merde aux minorités nombrilistes

« Nous avons cru que seules les religions avaient le désir de nous imposer leurs dogmes. Nous nous étions trompés », constate Riss, avant d’ajouter dans un édito brûlant de lucidité : « Hier, on disait merde à Dieu, à l’armée, à l’Église, à l’État. Aujourd’hui, il faut apprendre à dire merde aux associations tyranniques, aux minorités nombrilistes, aux blogueurs et blogueuses qui nous tapent sur les doigts comme des petits maîtres d’école quand au fond de la classe on ne les écoute pas ».

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Aujourd’hui, les nouveaux censeurs émanent du camp du « progrès », comme le suggère le dessinateur Juin dans une planche d’une remarquable acuité : au rythme actuel, on ne pourra bientôt plus lire Ali Baba et les 40 voleurs sans être accusé d’« islamophobie », ou on ne pourra plus conter La Belle au bois dormant sans être suspecté d’être de mèche avec le « patriarcat blanc ».

Depuis des années, le désir de justice sociale, ce qui faisait, que l’on partage ou non la pertinence de cet idéal, les lettres de noblesse de ce qui fut jadis la gauche, s’est laissé pourrir par des obsessions de race, de couleur de peau, de concurrence de taux d’ADN noir dans le sang, d’orientation sexuelle ou de « transidentité ». Au nom de l’amour des minorités visibles, cette même gauche, qui fut si virulente en son temps envers le poids du conformisme catholique, se vautre désormais dans la complaisance la plus niaise envers les bigoteries les plus ridicules de la religion du prophète Mahomet.

La gauche se compromet à la marche “stop à l’islamophobie”

Cette même gauche, qui aujourd’hui clame sur Twitter « je suis Charlie », est allée défiler toute décomplexée au milieu d’islamistes se pavanant en djellaba Place de la République, et criant « Allah Akbar ! » à quelques encablures de l’ancien siège de Charlie. C’est cette même gauche qui distribue désormais des brevets de bonnes mœurs, et lance des fatwas 2.0 à l’envi envers ceux qu’elles juge déviants, qui manie l’opportunisme comme d’autres manient le sabre ou la kalachnikov : un jour Charlie, le lendemain « racisée » avec les Blacks, le vendredi à la mosquée avec Mahomet, le samedi en boite de nuit trans avec les LGBT(QI). Dit ainsi, ça peut prêter à sourire. Sauf que lorsque ça dépasse la sphère d’une joyeuse bande de doux dingues qui refont le monde entre deux apéros « racisés » ou « genrés », voilà qui mène à une société schizophrénique, paranoïaque, allergique au second degré et toute offerte à des lynchages 2.0 par des petits moralistes anonymes à deux sous qui se sentent pousser des ailes en trépignant derrière leur compte Twitter.

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Cet état d’esprit n’est pas ce qui a fait la France. Cet état d’esprit est arrivé récemment en France. Il est une perversion d’un état d’esprit venu des États-Unis et qui a été importé par des petits esprits en mal de reconnaissance, les mêmes qui ne jurent que par la société communautaire et aseptisée des États-Unis mais qui ne renonceraient en rien aux avantages sociaux de la mère France. Cet état d’esprit est à des lustres de l’esprit rabelaisien, à des lustres de l’esprit des Lumières, à des lustres de l’esprit de Plutarque et de l’esprit Charlie.

C’est pourquoi, que l’on soit irrité ou non par le souffle parfois gauchiste de Charlie, que l’on sourcille parfois ou non devant ses caricatures de curés ou la coprolalie de certaines de ses blagues, il faut, en ces temps où de très bruyants petits esprits veulent toujours plus pasteuriser notre société des vertus du rire – le propre de l’homme disait Rabelais – rester Charlie. Pour la sanité de notre société, achetons Charlie !

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