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Laurent Obertone: “Le confinement rend visible la sécession”

Entretien avec Laurent Obertone

Laurent Obertone: “Le confinement rend visible la sécession”
Laurent Obertone Photo: Hannah Assouline

On ne présente plus Laurent Obertone. Romancier et essayiste populaire, ses livres polémiques rencontrent un succès retentissant malgré une omerta de la majeure partie des médias. Avec la crise sanitaire actuelle, sa saga dystopique Guérilla trouve un écho dans le quotidien confiné des Français. Entre économie, forces de l’ordre et Etat « Big Brother », Nora Bussigny s’est entretenue avec l’auteur.


Dans votre saga romanesque, il fallait une Guérilla pour que notre société s’ébranle puis renaisse de ses cendres. Pensez-vous que ce virus pourrait être l’occasion pour la société occidentale de repenser sa façon de vivre ?

J’ai imaginé que l’incident menant à la chute du pays partait d’une confrontation entre policiers et trafiquants dans une cité « sensible ». En réalité, les éléments déclencheurs engendrant le chaos et révélant la profonde décohésion de notre société peuvent être multiples. Le virus en tant que tel, je ne le pense pas, mais une crise économique, c’est très plausible. Quant à la critique de notre façon de vivre, elle sera comme toujours confisquée par la bien-pensance abonnée aux médias.

Que médias soient sous le feu des critiques, on le comprend. Mais comment expliquez-vous la colère envers les forces de l’ordre qui, dans une situation de crise comme celle que nous vivons actuellement, sont en première ligne ?

Dans l’imaginaire, les forces de l’ordre représentent le dernier rempart d’un régime très impopulaire, détesté parce qu’il piétine allègrement la souveraineté nationale, ment de manière de plus en plus éhontée pour sauver sa peau, échoue dans l’ensemble de ses missions régaliennes malgré un matraquage fiscal record, et par-dessus le marché traite de manière différenciée les Français, en se montrant aussi rigide avec l’honnête citoyen que souple avec le délinquant des « quartiers sensibles ».

L’irrespect flagrant des mesures de confinement, notamment dans certaines banlieues, pourrait-il entraîner des mutineries policières ?

Les policiers, en dépit de leurs journées extrêmement compliquées, sont très légalistes. Pour l’heure, leur colère ne débouche que sur des jours d’arrêt maladie. Le gouvernement le sait et en joue parfaitement. Mais les consignes préconisant de tout faire pour éviter l’étincelle menant à une guerre des cités ne datent pas du confinement. Disons que le confinement rend visible une sécession qui existait déjà.

Vous avez écrit La France Big Brother . Croyez-vous que la situation sanitaire actuelle, par les renseignements que l’on fournit à l’Etat pour notre sécurité et notre santé, aura une incidence sur le respect de nos données personnelles et plus largement de notre vie privée ?

Par Big Brother, j’entends davantage l’État tout-puissant et ses satellites, que la surveillance et la collecte de données en tant que telle, cette dernière n’étant qu’une des tentacules du Léviathan. Il y a belle lurette que l’État cherche par tous les moyens à s’ingérer dans nos existences. À partir du moment où on lui concède ce droit, il ne faut pas s’étonner de le voir s’engouffrer dans la brèche. Chaque crise en devient d’ailleurs le prétexte. C’est aussi ce que je veux montrer dans mon prochain livre : au prix d’une vague illusion de sécurité, les individus renoncent peu à peu à toute forme d’autonomie, d’intelligence et de liberté. Confier sa vie à une administration, ce n’est jamais une bonne idée.

Plus largement, comment imaginez-vous l’aprèsconfinement ?

Ça dépend de ses conséquences. Si l’économie tient, tout sera vite oublié, les Français feront la fête, consommeront de plus belle, et oublieront bien vite cet épisode, jusqu’à une prochaine crise sociale ou économique. Si l’économie ne tient pas, ce sera autre chose… Dans tous les cas, il est probable que les gouvernements fabriquent des masses énormes d’argent public, qui se traduiront par une forte inflation, du chômage et une paupérisation générale. La crise sera repoussée de quelques mois, et reviendra de plus belle.

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