Bains de foule, entêtement à contredire le discours majoritaire médiatique et gouvernemental… Jair Bolsonaro voit sa stratégie anti-système perdre de la vitesse. Le gouvernement est déchiré.


Lorsque la pandémie a touché son pays à la fin février dernier, le président brésilien a fait un pari. Convaincu que la circulation du virus et ses dégâts seraient limités, il a parlé d’une petite grippe et accusé d’hystérie les élus, la presse, les médecins qui prenaient la chose au sérieux. Les gouverneurs des Etats ont pris rapidement des mesures de confinement généralisé, fermé les commerces et les écoles, limité le transport. Le chef de l’Etat a dénoncé des initiatives insensées conduisant à un désastre économique et social. Pendant des semaines, il s’est acharné à contredire son ministre de la Santé, un médecin entré en politique, qui a très tôt préconisé une stricte quarantaine pour toute la population. Selon Bolsonaro, cette quarantaine devait être réservée aux vieux, seules personnes menacées par ce virus trop médiatisé. Méprisant les médecins, la science, l’OMS, le président a prétendu être le défenseur des pauvres, des millions d’habitants des favelas qui vivent de petits boulots, d’emplois au noir et perdent leur gagne-pain avec le confinement. Régulièrement, il a transgressé les règles élémentaires de prudence en improvisant des sorties, en multipliant les bains de foules, en encourageant les selfies.

Jair Bolsonaro a cru que la progression du nombre des victimes létales resterait indéfiniment une donnée statistique abstraite pour ses sympathisants…

Cette posture relevait d’un calcul politique cynique et sordide. Au lieu d’en appeler à l’union sacrée contre le virus, l’ancien militaire a poursuivi sa croisade contre le système, les institutions, l’establishment et l’élite. Il espérait ainsi renforcer sa clientèle politique.

Jair Bolsonaro (gauche) et son ministre de la Santé, le 18 mars 2020 à Brasilia © Andre Borges/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22439649_000008
Jair Bolsonaro (gauche) et son ministre de la Santé, le 18 mars 2020 à Brasilia © Andre Borges/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22439649_000008

L’épidémie progresse

Le pari était très risqué. Le capital de sympathie du président s’affaiblit. Un sondage de début avril indique que 9,8 millions d’électeurs (17%) sur les 57,8 millions qui lui avaient donné leurs voix en 2018 regrettent leur choix. Des analyses de l’activité sur les réseaux sociaux ont aussi attesté d’un recul de l’audience et de la popularité de Bolsonaro. Ces études révèlent encore que les admirateurs restés fidèles appartiennent aux classes les plus pauvres vivant à la périphérie des mégapoles, où l’influence des églises pentecôtistes est très forte. Convaincu que ces masses très religieuses n’accordaient guère d’importance à l’épidémie perçue comme une fatalité (un châtiment divin) et voulaient travailler à tout prix, le président a redoublé la mise. Il a cru que la progression du nombre des victimes létales resterait indéfiniment une donnée statistique abstraite pour ses sympathisants. Il fallait que les masses des banlieues puissent continuer à courir après leur gagne-pain. Sûr d’être en phase avec son vivier électoral, Bolsonaro n’a pas cessé d’attaquer les gouverneurs, les élus, les magistrats de la Cour Suprême, le ministre de la Santé et tous les soignants qui se mobilisaient

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