Edouard Philippe nous l’a rappelé hier: “la vie d’avant”, c’est pas avant longtemps. La preuve, c’est que même les Parisiens les plus réactionnaires vont devoir passer à la mobilité douce et au vélo s’ils veulent retourner travailler. C’est Anne Hidalgo qui va être contente !


Depuis l’annonce de la date de la levée progressive du confinement, prévue le 11 mai, le gouvernement d’Edouard Philippe est à la manœuvre pour mettre en place une stratégie de déconfinement dans un esprit d’anticipation qui avait largement fait défaut jusqu’à présent. Chaque ministère est tenu de plancher sur sa feuille de route pour organiser la France d’après. Ainsi, Elisabeth Borne phosphore en ce moment sur les futures mobilités coronavirus-compatibles. 

Pour ce faire, la ministre de la Transition écologique et solidaire a fait appel, lundi dernier, aux lumières de Pierre Serne, élu écologiste au Conseil régional d’Ile-de-France et président du réseau des « Villes et territoires cyclables », officine qui milite pour un développement durable éco-responsable et sans frontière… Sa mission ? Réfléchir à l’instauration d’un plan vélo post-confinement. Objectif : favoriser les déplacements à bicyclette pour désengorger des transports en commun devenus les clusters mobiles que l’on sait, le virus comptant bien séjourner encore quelque temps sur notre territoire. 

La voiture, alliée antivirus écartée

« Tout le monde s’accorde à dire qu’après l’épidémie il y aura un rejet collectif des transports en commun » constate Pierre Serne. Dans la bouche de celui qui est aussi porte-parole de Génération S, mouvement créé par l’éternel perdant du parti socialiste Benoît Hamon, cette remarque sonne bizarrement. Longtemps défendus pour leurs vertus écologiques et leur égalitarisme bienfaiteur – au point d’en occulter leur lente dégradation – les transports en commun sont donc considérés comme un repoussoir ? Il semble dorénavant que oui. Effet pervers du coronavirus: métros, bus, tramways, mais aussi covoiturage et copartage ont mauvaise presse. Tous ces moyens de transports collectifs, dont l’usage contribuait à diminuer la pollution de l’air et par ricochet à mieux faire respirer les Parisiens, se retournent en arme fatale pour la santé individuelle et nationale. La logique bien huilée (sans palme) de l’idéologie écologiste déraille, mais il n’est pas sûr que nous en soyons définitivement débarrassés.

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« Si on ne veut pas prendre le métro, le bus ou le car pour se rendre au travail par crainte de la contagion, il faudra bien qu’on puisse se déplacer » poursuit Pierre Serne en prenant bien soin d’exclure la voiture. Dans le futur Paris déconfiné, la voiture reste bannie. No pasaran. Peu importe la plongée fulgurante des ventes de véhicules neufs et l’inquiétude grandissante des constructeurs automobiles français touchés de plein fouet par les répercussions de la crise sanitaire, sans parler des millions de chômeurs potentiels. Pas question de céder au « lobby automobile ».

Aveuglé par son dogmatisme anticarbonne, l’élu écologiste ne voit pas que l’automobiliste, confiné seul dans sa voiture, ne prend ni le risque d’être contaminé ni de contaminer les autres. Espace clos, symbole ultime de la liberté individuelle de se déplacer selon notre bon vouloir, la voiture est le meilleur allié pour briser la chaine de transmission du virus tout en nous permettant de reprendre une vie normale ! Mais pour Pierre Serne, il est impossible de reconnaître que ce moyen de transport individuel reste le mode de déplacement le plus sécurisant qui soit, avec la marche à pied, sans piétiner ses convictions écologiques chevillées au corps et détricoter la politique anti voiture, menée tambour battant, par la maire sortante, Anne Hidalgo. 

Réhabiliter l’engin pollueur reviendrait à rouvrir les voies sur berges et la voie Georges Pompidou afin de fluidifier la circulation qui va, très certainement, se densifier fortement à la levée du confinement et d’éviter les futurs embouteillages monstres sur les quais supérieurs. O Sacrilège ! Hors de question. Épidémie ou pas, pour les écologistes, la voiture reste et restera diabolisée. Ennemie à tout jamais de la planète, elle sera toujours accusée d’embouteiller, de polluer et de tuer.

Tous à vélo, sans oublier la distanciation sociale !

C’est donc le vélo qui est plébiscité pour le déconfinement à Paris. La pandémie ne fait que renforcer la position écologiste sur l’usage et la circulation du vélo dans la capitale qui impulse la politique de la ville depuis le plan Vélib’ lancé sous la mandature de Bertrand Delanoë en 2007. Preuve que le monde d’après n’a rien de nouveau et que la célèbre maxime de Lampedusa « il faut que tout change pour que rien ne change » est toujours d’actualité. 

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Le vélo, ce grand protecteur de la couche d’ozone, est plus que jamais adoubé par ses thuriféraires, adeptes de la « circulation douce », selon la syntaxe choisie par notre maire sortante, papesse de la végétalisation de la Ville Lumière. Et aujourd’hui, à l’heure du coronavirus, en plus de la planète, le vélo sauverait des vies. En effet, comme l’explique Pierre Serne, il est « particulièrement adapté à la situation qu’on va vivre, à la reprise des activités. À vélo, on a une forme de distanciation sociale qui correspond à peu près à ce qui s’impose. » 

Peut-être. Mais encore faut-il que les cyclistes non propriétaires de la petite reine et donc utilisateurs de vélos en libre-service aient leurs gourdes de gel hydro alcoolique à portée de main. Rappelons que la transmission manuportée est l’un des principaux modes de contamination. Louer un Vélib’ pour se déplacer dans le Paris déconfiné ne sera donc pas sans risque. 

Mais pour la pensée écologiste, imaginer un cycliste les mains sales sur son Vélib, crachant ses poumons gravement infectés de Covid-19, et grillant priorités et feux rouges comme n’importe quel chauffard, ne va absolument pas de soi. Car un cycliste est par nature, un individu respectueux de son environnement, qui mange et respire bio et qui sauve la planète et les générations futures en pédalant, n’est-ce pas ?

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