Chaque année, depuis 21 ans, se tient place Saint-Sulpice à Paris, le Salon Culture et Jeux mathématiques. Alors que la plupart des salons sont annulés, celui-ci aura bien lieu, virtuel, « démathérialisé », du 28 au 31 mai. Il s’annonce particulièrement riche, avec pour thème, « Les maths, oui, ça sert ! »


Oui, les maths peuvent passionner ! Environ 25 000 visiteurs l’an dernier, dont 4 500 scolaires, le succès et l’importance de ce salon ne sont plus à démontrer. Pourtant le PISA, (programme international pour le suivi des acquis des élèves de 15 ans) montre qu’en France 20% des élèves n’ont pas un niveau suffisant en maths à la fin du collège. Les maths peuvent donc aussi trop souvent rebuter. Combien de fois entend-on « je suis nul en maths, je n’y comprends rien » ! Le niveau des élèves, de la primaire à la terminale est très bas.

Haut niveau des chercheurs et bas niveau dans les écoles, on ne forme bien que les élites

Et pourtant la France tient la deuxième place (après les USA) en médailles Fields, la plus haute distinction en mathématiques. Paradoxe dont les raisons sont nombreuses et complexes.

Revoir l’apprentissage des mathématiques en France

En février 2018, Cédric Villani, génial et célèbre médaillé Fields, a livré avec Charles Torossian, autre brillant mathématicien, un rapport sur l’état (mauvais) de l’enseignement des maths en France et ils ont proposé des outils pour y remédier. Les auteurs insistaient – entre autres – sur l’importance de faire une plus grande place aux apprentissages, aux échanges avec les autres disciplines ainsi que sur la nécessité de travailler le langage, autrement dit de faire du lien entre les mots des maths et la vie quotidienne, enfin de tracer plus d’allers-retours entre les notions abstraites et concrètes.

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Les maths sont partout : du montant des courses au supermarché à la recette de cuisine, en passant par les infos annonçant la météo ou le nombre de vacanciers sur les routes, ou encore le maçon qui doit évaluer son besoin en ciment, il s’agit d’une discipline omniprésente. Mais il semble que les mathématiques modernes ont perdu bien des élèves en cours de route et les bûchettes ludiques et efficaces de notre enfance ne sont plus qu’un souvenir. Haut niveau des chercheurs et bas niveau dans les écoles, on ne forme bien que les élites. Problème.

Un salon pour (re)donner le goût des maths !

Le Salon Culture et Jeux mathématiques est un outil remarquable pour satisfaire ou redonner le goût des maths. Fabrice Rouillier, responsable du Salon, succède à Marie-José Pestel. Directeur de recherche à l’INRIA (1) de Jussieu, il est l’actuel président d’Animath (2). Treize autres associations dont Femmes et mathématiques, Maths en jeans, Club Tangente, aussi diverses qu’originales, sont réunies dans un consortium pour animer le Salon, et F. Rouillier en souligne l’unité : « Notre message : nous voulons être présents malgré tout, alors que tout est annulé ». La dématérialisation du Salon n’empêche pas d’en garder la structure : en visioconférence, un espace Rencontres réunira des intervenants prestigieux, et plus d’une vingtaine de stands proposeront conférences, jeux, découvertes, chats, ouverts à tous à partir de 9 ans. Une chaîne de télé créée pour le Salon diffusera en continu ce qui s’y dira.

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Chaque journée aura son thème : modélisation et ingénierie, biologie et santé, intelligence artificielle et numérique. Il y en aura pour tous les goûts et pour tous les âges : citons la cybersécurité, qui sera abordée par Hervé Lehning, spécialiste de la cryptologie. Il rappelle combien les mathématiques sont essentielles pour comprendre le monde, notamment avec la cryptologie, au cœur des dernières attaques informatiques, quand des escrocs y chiffrent des fichiers et demandent une rançon en échange… Auriane Gailliegue, elle, nous apprendra à reconstruire un squelette à l’aide des maths. Le docteur Ngole Mboula, du club d’Awalé, nous initiera à l’un des jeux de stratégie les plus anciens au monde.

La méthode mathématique au service de la lutte épidémique

Il sera bien sûr largement question du rôle des mathématiciens pendant l’épidémie du Covid 19 : comme l’explique Martin Andler, ancien président de l’Animath, les modèles mathématiques ont été et demeurent essentiels dans cette crise. La démarche mathématique consiste à observer les données, les filtrer, les corréler à l’aide de l’informatique, avant de les analyser et de fabriquer un modèle que l’on pourra ou non valider. Rappelons que modéliser signifie décrire de façon simplifiée un phénomène, un processus ou un système, en vue d’en étudier le fonctionnement par simulation. L’informatique est essentielle car les calculs sont innombrables, comme la puissance du traitement. Et plus on introduit de facteurs, plus les divergences accroissent.

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La variété minime d’un phénomène peut tout changer. Les modèles sont sensibles à la moindre variation d’un paramètre et peut modifier l’analyse des données biomédicales.

Voilà pourquoi l’approche de l’épidémie actuelle et son anticipation demeurent compliquées et changeantes. Pour petits et grands, entre jeux, découvertes, enseignements et échanges, ce 21e Salon Culture et Jeux Mathématiques prend tout son sens en cette période incertaine de notre Histoire.

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