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La France au poil

... à gratter

La France au poil
©D.R.

Chacun fait (fait-fait) ce qui lui plaît


Pendant ces deux mois de confinement, France Télévisions nous a gâtés. Dans les vieilles remises de ses archives virtuelles, surnagent quelques pépites qui valent leur pesant de poil. Il en va ainsi de la série de témoignages « Entre meufs », dont la huitième vidéo est sobrement intitulée « Les poils ». Qu’y entend-on ? Un quarteron de jeunes femmes (la parité, c’est bon dans l’autre sens !) s’élever contre l’injonction à l’épilation. Au jeu des sept familles, il y a d’abord Adèle, 18 ans, la traumatisée. Surnommée « le Moustachu » à l’adolescence à cause de son duvet brun sur le visage, elle « en rigole » mais « en souffrai(t) beaucoup » pendant ses années collège. Puis surgit Tiphaine, 30 ans, jolie Antillaise, dans le rôle de l’épilée contrite. Fascinée par le spectacle de la cire chaude quand elle accompagnait sa mère chez l’esthéticienne, elle revient de loin. « Ça a commencé à me saouler de m’entendre dire que si je le faisais pas, c’était dégueulasse. » En vertu de quoi, « là je le fais à la relaxe […] les poils sous les bras je m’en fous un peu ». France TV a aussi pioché Émilie, 30 ans, aux grands yeux bridés, pour camper la repentie : « Avant, je m’épilais en me disant que ce serait bien dans l’absolu de ne pas le faire. »  Ça, c’était avant la révélation (« j’ai eu comme une espèce de wake-up call à un moment ») un jour d’été où elle a découvert une jolie fille seins nus, non épilée, jouer au ballon avec des hommes. « Je trouvais ça d’une beauté et d’une grâce absolues » parce qu’« ils étaient tous techniquement torse nu et avec des poils sous les bras ». Fantasme androgyne ou homosexualité latente ? Freud tranchera.

Enfin, Chloé, 29 ans, incarne la croyante non pratiquante, « pro-poils » qui ne se laisse « pas pousser les poils sous les bras, sur les jambes tout ça… ». La faute à la société, qui blâme tout écart pilaire. Même une de ses amies lesbiennes avoue avoir refusé de coucher avec une fille non épilée. « Choquée », Torquemadette prononce son verdict : « Tu passes à côté de quelque chose pour un problème mineur ! » Au fond, Chloé et ses camarades engagées rêvent d’un monde où chacun fait (fait-fait) ce qui lui plaît. Tout ça pour ça ?

Mai 2020 – Causeur #79

Article extrait du Magazine Causeur


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est journaliste.

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