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Séparatisme : entre le RN et la majorité, Damien Abad veut rendre Les Républicains audibles


Le patron des députés LR, Damien Abad, a dévoilé au Parisien le 19 octobre des propositions pour endiguer l’islamisme et protéger les professeurs. Alors que l’électorat conservateur français est ulcéré par la politique de la bougie, la droite essaie de se faire une petite place. 


L’assassinat de Samuel Paty à quelques centaines de mètres du collège dans lequel il enseignait, pour avoir montré des caricatures, a bouleversé la France. Reste maintenant a trouver des solutions pour éviter qu’un autre professeur ne soit tué par un fou d’Allah. La classe politique s’agite. Par la voix de Gérald Darmanin, le gouvernement promet d’expulser 231 étrangers fichés S et d’interdire le CCIF (Conseil Contre l’Islamophobie en France) et l’association humanitaire islamiste Baraka City.

Lundi, Marine Le Pen à quant à elle réclamé la mise en place d’une « législation de guerre », et même Mélenchon a osé parler d’islamisme, avant de s’en prendre à la communauté tchétchène qu’il avait déjà vilipendée suite aux évènements de Dijon…

Damien Abad polémique dans le Parisien

Du côté des Républicains, c’est donc Damien Abad, président du groupe LR de l’Assemblée nationale, qui s’est livré à des propositions. Pour lui, la question n’est pas nouvelle : il avait mis en place un groupe de travail sur le projet de loi sur le séparatisme, lequel doit être dévoilé le 9 décembre par la majorité. L’actualité l’a poussé à dévoiler plus tôt certaines de ses propositions. D’abord, il a proposé de faire entrer Samuel Paty au Panthéon. Mais comme beaucoup dans son parti, il a souligné que « les rassemblements et les hommages, nécessaires, ne suffisent plus ». Il appelle donc à « crever l’abcès », encore de mise quand il s’agit du problème islamiste en France.

À lire aussi : Il faut armer les enseignants contre l’islamisme

Le président du groupe LR a dévoilé au Parisien les propositions d’urgence que son parti entend porter après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine. Pour la rentrée du 2 novembre, Damien Abad demande que tous les collégiens et lycéens « aient des débats sur ce qui s’est passé » vendredi dernier. Et le député LR a prévu une réponse si des propos tendancieux étaient tenus : « En cas de manifestation d’une forme ou d’une autre de soutien à cette action barbare, il faudra convoquer les parents et un conseil de discipline ! »

Il ne s’agit pas d’agir que dans le cadre de la rentrée. Damien Abad souhaite « la mise en place d’un numéro vert d’urgence relié à une cellule interministérielle Éducation nationale/Intérieur pour que les enseignants puissent signaler toutes les atteintes à la laïcité ». Ce qui devrait aussi permettre de mieux les protéger, alors que les établissements ne sont pas toujours au soutien, ou à l’écoute de leurs professeurs. Le député veut contraindre les établissements à « interdire les menus confessionnels » et mener une enquête administrative « préalable à l’embauche de tout agent du service public ». Enfin, Damien Abad veut « instaurer des cours sur les valeurs de la République et la laïcité », mais surtout que « ces cours soient sanctionnés par une épreuve obligatoire au brevet pour être certain qu’ils soient donnés ». Dans les collèges à problèmes cela s’annonce sportif.

Attaques contre l’immobilisme du gouvernement

Problème: ce que le président Macron appelle « le séparatisme », ne se cantonne pas au milieu scolaire. Il s’agit de lutter, de contrer, la propagation de l’intégrisme islamique dans le pays.

À lire aussi, Alexis Brunet : « S’il ne trouve pas en face de lui des gens assez fermes, l’islam n’a aucune raison de cesser d’avancer »

Damien Abad craint ainsi que la loi contre le séparatisme n’aille pas assez loin. A l’assemblée nationale, il s’est surtout distingué en rappelant les refus du gouvernement et de la majorité à adopter certaines dispositions envisagées par LR pour contrer l’islamisme depuis trois ans. « Expulser les étrangers fichés pour radicalisation et terrorisme de notre territoire national ? Refusé ! Fermer les 100 mosquées salafistes et les salles de prières radicalisées ? Refusé ! Expulser les imams radicalisés ? Refusé ! Etc… » La liste était longue.

Dans le Parisien le député LR confirme vouloir fermer l’ensemble des salles de prières et mosquées radicalisées, et même changer la Constitution pour pénaliser la consultation de sites djihadistes ou permettre la rétention des individus radicalisés sortis de prison après y avoir effectué leur peine. Les Républicains, souvent inaudibles politiquement, coincés entre le Rassemblement National et la République en marche, parviendront-ils à se faire entendre dans la lutte contre l’islamisme ?

Pourquoi les tarifs de l’électricité ont augmenté depuis dix ans (et pourquoi ce n’est pas fini)

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Depuis dix ans, les tarifs de l’électricité augmentent en France avec l’envolée des taxes. Cela va continuer dans les prochaines années. Il faut financer 100 milliards d’euros d’infrastructures nécessaires pour intégrer les renouvelables aux réseaux.


Il ne sera pas possible d’échapper dans les prochaines années à une augmentation des prix de l’électricité tant les investissements à financer sont lourds dans les renouvelables et dans l’adaptation des réseaux à ses sources d’électricité nombreuses, intermittentes et aléatoires. «Chaque année, l’équivalent en énergies renouvelables de deux tranches nucléaires est raccordé par Enedis et RTE, réparti sur tout le territoire et sur des milliers de sites», résume Jean-François Carenco, le président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE).

Plus de 100 milliards d’euros à investir dans les réseaux

Les opérateurs RTE et Enedis ont ainsi demandé à la CRE une hausse annuelle de 1,4% des tarifs réseaux de l’électricité sur la période 2021-2024. Cela représentera en 2024 une augmentation de 50 euros de la ligne «tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité» (Turpe) que les particuliers trouvent sur leurs factures.

A lire ensuite, du même auteur: La Commission européenne préparerait le démantèlement d’EDF

La hausse finale sera sans doute plus limitée, d’une vingtaine d’euros. Une consultation est en cours avec les opérateurs et devrait se terminer avant la fin du mois de novembre. La CRE prendra sa décision au début de l’année prochaine. «Faire moins que 20 euros, ce sera compliqué. L’ampleur des investissements à venir pèsera inévitablement sur la facture. La CRE doit toutefois veiller à ce que ces hausses restent maîtrisées. Il y va de l’acceptabilité même de la transition énergétique dans son ensemble», a déclaré au Figaro Jean-François Carenco. Le nouveau tarif entrera en vigueur le 1er août 2021.

A lire aussi, Lucien Rabouille: Proust à l’ombre des éoliennes

Les investissements d’infrastructures à venir sont très importants et dépassent 100 milliards d’euros. Ils représentent pour Enedis et sur les 15 prochaines années autour de…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Transitions & Energies <<<

Ce que Matignon peut reprocher à Jean-Louis Bianco

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La laïcité “ouverte” promue par l’Observatoire de la Laïcité créé en 2013 n’est pas pour rien dans nos malheurs. Il est reproché à cet organisme d’être plus préoccupé par la lutte contre la stigmatisation des musulmans que par la défense de la laïcité. Céline Pina explique en quoi le renvoi de Jean-Louis Bianco enverrait un message fort à ceux qui veulent des responsabilités où la lâcheté n’a pas sa place


Nous avons appris en ce mercredi 21 octobre que Jean-Louis Bianco, président du très controversé Observatoire de la Laïcité était convoqué à Matignon. 

L’heure de vérité

Le microcosme bruisse de la fin de l’impunité accordée à un haut fonctionnaire qui s’était permis de s’asseoir sur tous les devoirs de sa charge, de s’en prendre au Premier ministre dont il dépendait (Manuel Valls), et qui a plus abîmé la laïcité qu’il ne l’a défendue. C’est donc à un moment de vérité que nous pourrions assister. Si ce gouvernement n’est pas capable de démettre Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène alors qu’ils ne sont rien et n’ont pas de pouvoir de nuisance, il va lui être difficile de prétendre combattre l’islamisme.

A lire ensuite: Coexister: les bonnes affaires du vivre-ensemble

Jean-Louis Bianco est déconsidéré et a trahi sa mission en signant une tribune avec des islamistes, en préfaçant le livre d’un avocat islamiste défenseur du CCIF, en s’alliant avec Coexister (teneurs de porte patentés des Frères musulmans), en travaillant avec le CCIF, en attaquant les laïques plutôt qu’en défendant les fonctionnaires confrontés aux violences sur le terrain. Aujourd’hui, Bianco est tellement peu clair, qu’alors que sa fonction devrait en faire des adversaires résolus, il est soutenu par les grandes figures de l’islamisme dont Tariq Ramadan. Ces soutiens, n’ayant peu d’éléments objectifs pour le défendre, arguent d’une « persécution », l’homme serait une « victime ». Le problème c’est qu’il s’agit d’un vieil homme qui n’a pas loin de 78 ans et qui s’accroche à un poste qui n’est pourtant pas un viatique, comme la bernique à son rocher.

Si l’État n’a pas le courage d’inviter Jean-Louis Bianco à une retraite plus que méritée, que va-t-il pouvoir faire en face des fascistes islamistes? 

Pourtant nulle chasse aux sorcières là-dedans, mais la juste sanction de la trahison de ses devoirs et de sa mission par ce haut fonctionnaire, enfant gâté de la Mitterrandie. Il termine sa carrière dans l’opprobre, mais c’est lui qui l’a choisi. Parce que disons-le clairement, tous les laïques espèrent qu’à la sortie de ce rendez-vous à Matignon, ni Jean-Louis Bianco, ni Nicolas Cadène ne continueront un jour de plus à abîmer cet élément-clé de notre contrat social qu’est la laïcité, eux qui ont réussi à faire de cet observatoire la Société Protectrice des Religions ! On espère donc que le Premier ministre mettra fin aux hésitations et atermoiements qui ont caractérisé la gestion de ce dossier en prenant les décisions qui s’imposent, aussi froidement que fermement.

Remettre un peu d’ordre juste dans la défense des valeurs françaises

Il ne faut jamais hésiter à agir quand le choix est juste, que la décision ne coûte rien politiquement et ne met personne en danger. Si l’État n’a pas le courage d’inviter Jean-Louis Bianco à une retraite plus que méritée, que va-t-il pouvoir faire en face des fascistes islamistes ? Cette histoire d’Observatoire peut paraître anecdotique. Elle ne l’est pas. Elle est plus fondamentale qu’il n’y parait. Virer Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène a du sens dans le cadre de la lutte contre le séparatisme.

Pourquoi ?

Parce que la proximité avec les islamistes rend puissant, là où défendre notre civilisation vous expose. Les alliés des islamistes ne sont attaqués par personne, leurs adversaires vivent sous protection. Une illustration ? En cas de critiques, vous accusez vos détracteurs de faire le jeu de l’extrême-droite, vous vous chargez en vertu, l’autre en opprobre et vous sortez avec l’aura du « Social justice Warrior », et votre adversaire avec une cible dans le dos. 

Casser la logique victimaire

Mais si les choses s’inversent, si être en lien avec des islamistes ou ambigu avec eux signe la fin des carrières, la mort des ambitions, et devient le tombeau de l’influence et du pouvoir, alors les puissants ne seront plus complaisants, les discours vont changer, les doctrines évoluer et nous serons enfin capables de faire face à la menace en étant vraiment unis. Nombre de personnages ont leur rond de serviette dans les institutions ou au sein des médias et font le service après-vente des islamistes à chaque attentat. Ce service après-vente, qui vise à effacer l’horreur commise pour installer la rhétorique victimaire à l’égard des musulmans est toujours assuré de la même manière : 

  1. On met sur le même niveau le crime terroriste et la riposte de la police: c’est ce qu’ont fait Mediapart et le New York Times. Pour eux, un suspect a été abattu par la police. L’article du blog de Mediapart évoquant même une « barbarie policière ».
  1. Sur internet des militants s’empressent de relayer le message « à qui profite le crime ? » Sous-entendu, ce crime profiterait aux laïques qui l’instrumentent pour faire la « chasse aux musulmans ». Grâce à ce tour de passe-passe, on occulte l’existence de tout un écosystème brassant islamistes et musulmans dans lesquels ceux qui donnent le ton sont les plus radicalisés et les plus virulents. Écosystème qui brasse jusqu’à se rendre fou les thématiques de la persécution et qui a abouti au drame de Conflans-Sainte Honorine. Posez un questionnement en apparence innocent à ces militants : « quelles pouvaient être les intentions de l’enseignant en montrant les caricatures ? », la liberté d’expression est vite évacuée pour installer l’idée qu’il s’agissait ici d’humilier les musulmans, de les blesser. Ils font comme si l’école était un menu à la carte, et voient un enseignement qui les dérange comme une offense personnelle.
  1. Les relais de l’islamisme et les officines liées aux Frères musulmans déroulent cette complainte de la persécution, de la France raciste et trouvent des relais complaisants dans les médias pour expliquer que ceux qui s’indignent de la mort de Samuel Paty et font un lien entre la radicalisation constatée d’une partie de la communauté musulmane et la violence terroriste, sont d’infâmes suppôts de l’extrême-droite. 
  1. Enfin, l’affaire est portée devant des juridictions internationales dévoyées où ils bénéficient de relais et de complicités. Ce qui leur permet de s’attaquer à l’État de droit en ayant l’air de le respecter, et de continuer à s’en prendre à la souveraineté des pays. C’est toujours gagnant-gagnant. Soit les séparatistes imposent leur vue et les peuples voyant des obscurantistes violents imposer leur idéologie contre les mœurs du pays par le biais de structures internationales contestables et contestées, finiront par répliquer et par voter pour des partis qui assument la stratégie de l’affrontement. Soit ils perdent et cela nourrit leur stratégie et leur discours de persécution.

Aurélien Taché pense que l’on sort de la démocratie

Et toutes ces stratégies sont relayées par des élus de la République, des journalistes… Un exemple emblématique : le député Aurélien Taché. Face à la mort de Samuel Paty ce dernier ne sait que tweeter « on est en train de dérouler le tapis rouge à Marine Le Pen », le tout parce que le Président veut réagir à ceux qui nous tuent. Pire encore, sur le possible limogeage de Jean-Louis Bianco, voilà ce qu’écrit ce député qui a au moins le courage de tout oser, y compris le mensonge : « On arrête des gens pour faire passer un message. C’est l’agenda d’une droite nationaliste qui s’assoit sur les droits de l’homme. On sort de la démocratie ». Quelqu’un pour expliquer au député que nul fonctionnaire n’est propriétaire de sa charge ? Que si Jean-Louis Bianco est sur la sellette, c’est pour avoir failli à sa mission ? Quelqu’un pour lui dire que limoger quelqu’un n’est pas le plonger dans un cul de basse fosse ? Et qu’ici la sanction témoigne d’une volonté de justice et non d’un abus de pouvoir ?

A lire aussi, Elisabeth Lévy: La tribune à laquelle vous avez échappé (provisoirement?)

J’aimerais que ce soit un sursaut moral et civilisationnel qui nous sauve, mais la victoire qui vient s’annonce toujours par les retournements massifs des vestes des opportunistes. Mais pour cela il faut que ce soit dans leur intérêt. Être islamiste, les soutenir, en être proche, dans les quartiers comme au plus haut niveau doit devenir coûteux. Cela doit vous exclure de la table. Vous rendre infréquentable et sulfureux. Ce genre de message est plus profond qu’on ne le croit et ceux à qui il s’adresse savent le reconnaître.

Un renvoi qui serait un message fort

Cela fait partie de la protection que la France doit accorder à ses citoyens que d’arrêter que les alliés des Frères musulmans fassent la loi dans certaines disciplines de l’université, noyautent des institutions, soient considérés comme des interlocuteurs crédibles… La preuve, des « d’intellectuels » soutenant Jean-Louis Bianco essaient encore de contester une œuvre de salubrité publique consistant à se débarrasser d’un homme qui a relayé l’idée d’une persécution des musulmans (alors que ce mensonge est patent : ceux qui se font agresser au titre de leur religion en France sont avant tout les chrétiens et les juifs), plutôt que de défendre nos principes. Son renvoi mérité sera tout le mal qui lui sera fait. Pour le reste il gardera sa retraite et ses avantages et ne répondra pas de ses fautes. On est bien loin du martyr.

Voilà pourquoi, symboliquement, il faut se débarrasser tout de suite de Jean-Louis Bianco. C’est la partie la plus facile du programme. Après il va falloir s’intéresser au CNRS, à la fonction publique et faire passer le message que ne pas faire son travail quand un professeur est confronté à des islamistes, c’est pouvoir risquer la révocation, en tout cas de sérieux ennuis en termes de carrière. Il ne s’agit pas ici de chasse aux sorcières, mais d’exigences liées à la fonction. Quand on veut le pouvoir et les responsabilités, on les exerce et la lâcheté n’a pas sa place. C’est ce que le limogeage du président de l’Observatoire doit transmettre comme message.

Silence coupable

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Deux morts, deux mesures

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Si l’on ne peut pas mettre sur le même plan les meurtres de Samuel Paty en France et de George Floyd aux États-Unis, les réactions de la presse internationale à ces deux drames sont riches d’enseignements.


George Floyd, Samuel Paty : deux pères de famille, deux assassinats atroces, deux actes d’une cruauté insoutenable, suscitant des tollés d’indignation parfaitement justifiées.

Pourtant, tandis que le crime commis aux États-Unis a fait l’objet de condamnations de tous les horizons politiques, et a provoqué des manifestations presque dans le monde entier, celui commis en France n’a eu pour la plupart que des échos atténués et polis au-delà des frontières hexagonales. Certes, les comparaisons sont délicates, mais il s’agit dans les deux cas de meurtres ayant une portée sociale et symbolique, interrogeant l’état de droit et l’égalité devant la loi dans nos pays démocratiques. C’est ainsi que l’extraordinaire disparité, au niveau international, dans les réactions, que ce soit celles des politiques ou des citoyens, incite à la réflexion. Est-ce la différence entre, d’une part, un crime commis par un Blanc et, d’autre part, un crime commis sur un Blanc ? Est-ce parce que l’égalité entre les communautés est tellement plus importante que la liberté d’expression ? Ou parce que, obscurément, beaucoup de gens pensent qu’une victime de la police est d’emblée innocente, tandis qu’une victime du fanatisme religieux est forcément complice de son propre assassinat ?

La France traverse une épreuve terrible

Certes, la plupart des médias étrangers ont couvert l’abomination de vendredi dernier et la manifestation de dimanche. Peut-on dire que les gouvernements étrangers ont réagi de manière idoine ? Ce ne sont pas les états les plus proches de la France en termes d’alliance ou de géographie qui se sont empressés d’exprimer leur condamnation sans réserve à la fois du crime et de l’extrémisme sectaire, mais l’Arabie saoudite et l’Égypte. Celui que les bien-pensants considèrent comme le plus grand méchant de la planète, Donald Trump, a trouvé le temps, au milieu de sa folle tournée électorale, d’adresser un message de solidarité à la France, exprimée dans un langage bien à lui : « Au nom des États-Unis, je voudrais présenter mes plus sincères condoléances à mon ami, le Président Macron de France ; (…) La France traverse une épreuve terrible et Macron est un gars formidable. » Plus près de nous, Ursula van der Leyen s’est fendue d’un tweet convenu, aussi lénifiant que de l’eau savonneuse tiède, mettant l’accent sur le rôle essentiel de l’éducation dans une société démocratique, plutôt que sur l’influence néfaste de l’intolérance fanatique.

Au moins ces exemples font preuve d’une certaine conscience de l’énormité de cet événement et du fait qu’il constitue un calvaire que subit une nation entière. C’est tout le contraire de la réaction d’une partie de la gauche anglo-saxonne qui se met en quatre pour minimiser l’importance de l’atrocité ou pour maquiller un véritable crime politique en simple fait divers. Tout le monde connaît déjà le scandale provoqué par l’article du New York Times, publié initialement sous le titre : « La police française abat un homme après une attaque mortelle au couteau dans la rue. »[tooltips content= »L’original est toujours visible ici: https://flipboard.com/@newyorktimes/french-police-shoot-and-kill-man-after-a-fatal-knife-attack-on-the-street/a-Tc-KFlVsQnKodgOGqchh5w%3Aa%3A3195393-ade546e7a6%2Fnytimes.com »](1)[/tooltips] Maladresse passagère ou parti pris doctrinaire ? Le titre a été modifié depuis, mais le journal, en la personne de son correspondant parisien, Adam Nossiter, persiste et signe dans ce tour de passe-passe idéologique. Lundi, il met l’accent sur la nature brutale et systématique des mesures prises par les autorités françaises contre les organisations islamistes, sous le titre : « Après la décapitation d’un enseignant, la France lance une campagne de répression générale contre « l’ennemi interne. » » Quant au site du grand média américain, NBC, il a publié un article qui se focalise sur le fait que des élèves auraient prévenu Samuel Paty des conséquences possibles de son acte – sous-texte : il est donc en partie responsable de son sort. Le titre est le suivant : « On a averti l’enseignant français décapité des dangers de montrer les images du prophète Mohammed avant l’attaque « islamiste. » » Le fait que le dernier mot soit mis entre guillemets jette un doute sur la véritable nature du crime.

Gauche hypocrite

Ce n’est guère mieux quand les syndicats d’enseignants tentent de se montrer solidaires avec leurs collègues français. Le Syndicat national de l’éducation (NEU) britannique, commet un tweet qui s’efforce d’exprimer sa solidarité avec le SNESFSU français tout en évitant soigneusement d’évoquer le crime lui-même. Au lieu de parler de l’acte abominable, le texte très court fait référence à « this sad day » – ce « jour de tristesse » – comme s’il s’agissait d’un simple enterrement. Est-il nécessaire de préciser que ces représentants d’une gauche hypocrite sont prêts à tout pour ne pas froisser ceux qu’ils considèrent comme des alliés politiques en dépit de l’absence de valeurs communes ? À moins que cette absence ne soit qu’apparente… Car, tandis que certains à gauche s’adonnent à des acrobaties dialectiques pour ne pas dire qu’il s’agit d’un acte de fanatisme religieux, leurs complices intégristes s’en donnent à cœur joie, dénonçant ouvertement tout, depuis la liberté d’expression et la laïcité jusqu’à la France et la civilisation occidentale décadente… Un Kurde établi en Angleterre, Dana Nawzar Jaf, pur produit du système universitaire anglo-américain, se décrivant comme « chercheur, acteur et militant », a tweeté sa « condamnation totale » de « l’assassinat brutal et insensé » du… suspect musulman « par la police française » et de « l’utilisation d’une force disproportionnée contre quelqu’un qui est soupçonné de crime à l’arme blanche » (voir notre image).

tweet-dnjTwitter a finalement eu la décence humaine d’effacer son tweet, mais, dans le passé, l’auteur en question a publié dans la très respectable revue hebdomadaire de gauche, The New Statesman. Aussi respectable au premier abord et moins censuré par Twitter, Roshan M. Salih, rédacteur du site d’actualités musulmanes, 5Pillars, de réputation modérée, n’y va pas par quatre chemins non plus. Dès vendredi soir, il avertit que « La France est sur une pente très obscure. L’oppression et la brutalisation des musulmans ne connaissent plus de limites. Et la violence terrible semble destinée à se perpétuer. »

Le lendemain matin, il enchaîne en appelant à la dissolution de Charlie Hebdo – « ce torchon raciste, islamophobe » – par les autorités françaises.

Répondant à l’argument selon lequel les chrétiens pour leur part supportent le droit au blasphème, il explique que « c’est parce que le christianisme est une religion défaite (au moins en Europe) et qu’il a abandonné ses valeurs il y a longtemps. Pas surprenant si les églises sont vides : nous devrions les appeler, comme les pubs, de futures mosquées. »

Ses alliés de gauche, ennemis déclarés de toute forme de patriarcat, seront-ils d’accord avec la conversion des chapelles et des bars en lieux de culte d’une religion aussi patriarcale, lieux que tout le monde sera obligé de fréquenter, puisqu’il s’agit ici, à l’évidence, de convertir les citoyens, sans exception, à cette foi apparemment intransigeante?

L’indulgence coupable d’une grande partie de la gauche internationale à l’égard du crime d’Éragny risque d’avoir deux conséquences préjudiciables : d’abord, elle encourage les extrémistes islamistes à persister dans leur tentative de démolition de la civilisation moderne ; ensuite, elle donne l’impression – peut-être à dessein – que toute critique de cet extrémisme vient de la droite, voire de l’extrême droite. Pourtant, le combat pour les valeurs qu’incarnait le professeur assassiné est un combat qui devrait rassembler tous les citoyens, quelles que soient leurs opinions politiques, leur religion ou leur pays. C’est un combat qui devrait être aussi universel, aussi planétaire, que celui de Georges Floyd.

« On ne touche pas », de Ketty Rouf: le strip-tease contre le désir

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D’aucuns sont si facilement choqués, ces temps-ci, par une ombre de sein dans un décolleté ou une étoile apposée sur l’anus du Prophète qu’il est temps de se demander quel est notre présent rapport au corps et à la nudité.

Le prétexte de cette chronique si nécessaire est un roman nouvellement sorti, signé Ketty Rouf, et intitulé On ne touche pas. On me l’avait conseillé, je l’ai lu — et ça se lit vite, c’est au moins un bon point : l’auteur (et non, je n’écris pas « autrice », on s’efforce de parler français, sur Bonnet d’âne[tooltips content= »Bonnet d’âne est le blog de Jean-Paul Brighelli, hébergé par Causeur« ]*[/tooltips] !) use et abuse des phrases nominales, averbales, mises en rejet à la ligne — une bonne manière de gagner de la place, Alexandre Dumas en a usé et abusé si bien qu’on ne lui rémunérait plus que les lignes remplies au moins aux trois-quarts. À ce compte, Ketty Rouf ne devrait toucher que 50% de ses droits d’auteur…

En deux mots : une prof de philo entre un peu par hasard, ce dieu des romanciers maladroits, dans une boîte à strip-tease de Pigalle et, séduite par ce qu’elle y trouve, en fait sa profession du soir, espoir. « Belle de nuit » — mais justement, même dans les « danses privées », on effleure, on suscite mais on ne suce pas. Je veux bien, même si la référence moderne du strip, le numéro éblouissant que fait Elisabeth Berkeley face à Kyle MacLachlan dans Showgirls, cet hymne au pole dancing (il faudra que je me livre un jour à l’apologie de Verhoeven, cinéaste majeur de notre temps, tant dans sa période hollandaise que dans ses années américaines) s’opère certes sans consommation, l’effeuilleuse restant à quelques millimètres du prédateur devenu proie, mais n’est-il pas plus obscène au fond de jouir dans sa culotte que dans un espace clos approprié ?

Le roman n’est pas mal écrit, dans le genre pseudo-autofiction qui a envahi la littérature contemporaine. Il y manque une analyse des motivations de l’héroïne : on aimerait savoir ce qui la pousse ainsi à s’exhiber. Un peu comme dans ces romans SM où l’on ne sait jamais ce qui pousse « Laïka » (c’est dans le Lien, signé Vanessa Duriès) à encaisser ce qu’elle encaisse. Tiens, tant qu’à faire, je préfère Dolorosa soror, de Florence Dugas — aux Editions Blanche également.

Ajoutez aux numéros de strip des scènes plus purement pédagogiques (tiens, l’héroïne a remarqué elle aussi que le niveau des élèves…) et même un  court roman par lettres intégré au récit : notre philosophe échange des missives qui pratiquent elles aussi le teasing (to tease, c’est taquiner, et pas davantage) avec un élève qui, comble de la fiction, écrit sans fautes d’orthographe. Là non plus il ne se passera pas grand-chose, l’érotisme du roman est très mesuré, limité à des tentations lesbiennes et des frotti-frotta sans conséquence. « Joséphine », à qui l’on a envie de chanter du Bashung pendant tout le livre (« Osez, osez Joséphine »), se fait dragouiller par un certain Martin, un prof avec qui elle échange des mots doux et des livres, des bisous aux commissures de peau lisse, personnage improbable incapable de coucher dans son lit au bout de trois mois une collègue qui s’offre quand même assez clairement à lui.

Mais revenons au strip-tease.

Mon expérience dans le domaine est limitée. J’ai vu dans le temps l’inoubliable Rita Renoir, qui transcenda le genre. Et sortant un jour à Paris un cousin de province avide de ce Paris by night stéréotypé qui fait l’admiration des béotiens, nous nous sommes retrouvés confrontés au très beau numéro de Dita von Teese au Crazy Horse.

Sinon, bien sûr, il y a le strip-tease privé de Kim Basinger face à Mickey Rourke dans 9 semaines 1/2, sur You can leave your hat on de Joe Cocker. Un must, assez éloigné de la réalité des boîtes à strip.

Sinon, vous pouvez toujours relire les pages essentielles que Barthes consacre à cet art de l’effeuillage dans Mythologies, remarquant dès les premières lignes que  «  le strip-tease — du moins le strip-tease parisien — est fondé sur une contradiction : désexualiser la femme dans le moment même où on la dénude. » Et que c’est finalement dans les strip-teases non professionnels, dans les concours de province organisés (on est dans les années 1950) dans des bastringues agricoles que l’érotisme ressuscite, dans l’embarras des concurrentes : « Des pas maladroits, des danses insuffisantes, la fille sans cesse guettée par l’immobilité, et surtout un embarras « technique » (résistance du slip, de la robe, du soutien-gorge) qui donne aux gestes du dévoilement une importance inattendue, refusant à la femme l’alibi de l’art et le refuge de l’objet, l’enserrant dans une condition de faiblesse et d’apeurement. » 

Il en est d’ailleurs de même dans les strip-teases masculins. Les Chippendales, en vrais professionnels, ne se battent pas avec leurs chaussettes sur le bord du lit où les attend, en se retenant de rire, une créature rongeant son impatience. Mais justement, la perfection du geste gâche l’émergence du désir potentiel, qui comme chacun sait s’alimente au voilé bien plus qu’au dévoilement. 

Regardez en peinture. Edward J. Poynter avait d’abord peint sa Diaduménè nue (1883). Dix ans plus tard, il la voile, comprenant qu’il tirera bien plus d’effets de ces transparences que de la chair directement livrée sans invitation à deviner plutôt qu’à voir. Madeleine Lemaire en fait autant, avec ses deux versions du Sommeil de Manon, d’abord déshabillée, puis partiellement cachée par une transparence qui en dit davantage que la chair exhibée.

Je pourrais multiplier les exemples : la robe rose qui « déshabille si bien » la femme qui la porte et à qui Gautier adresse un poème célèbre est, comme la tunique transparente de Sabina Poppea ou les lumières qui rhabillent sans cesse les corps au Crazy Horse. C’est le style qui enrobe le récit — et qui manque un peu au roman de Ketty Rouf. 

Ce qui nous ramène à notre rapport au corps — dont la pudeur contemporaine, et plus encore la pudibonderie musulmane, exaltent au fond le paradoxe. Nous dévoilons volontiers, mais il faudrait que ce soit à distance, comme dans un strip-tease observé à la longue vue (il y a une scène de ce genre à la fin du Chevalier Des Touches, de Barbey d’Aurevilly). Que passe dans la rue une fille au jean serré ou à la jupe trop courte (et le « trop » commence juste au-dessus du genou), et voici nos modernes censeurs prêts à dégainer. C’est moins la pudeur qu’il faut enseigner que la mesure exacte du désir, qui s’alimente au caché bien plus qu’au dévoilé. 

Quant aux malades mentaux qui voient une provocation dans le moindre bout de peau dévoilé — au sens wahhabite du terme cette fois —, il faut les rééduquer d’urgence. Les traîner dans les musées, les amener au strip-tease, et leur faire lire le petit roman sympathique de Ketty Rouf, pour leur faire comprendre à quoi s’alimente le désir en France. En France et pas en Arabie Saoudite, pays charmant que je ne saurais trop conseiller, et vite, aux amateurs de voiles en tous genres.

Ketty Rouf, On ne touche pas, Albin Michel

On ne touche pas - Prix du Premier Roman 2020

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Proust à l’ombre des éoliennes


Vingt-huit éoliennes, réparties en quatre parcs, doivent être implantées dans un rayon de cinq kilomètres autour d’Illiers-Combray, bourgade d’Eure-et-Loir accueillant la maison de la « Tante Léonie » et aujourd’hui musée Marcel-Proust…


Une pétition circule sur le net pour s’opposer à « l’encerclement et la profanation de l’un des plus célèbres paysages littéraires au monde ». Les pétitionnaires rappellent l’attachement de l’auteur de la Recherche au lieu comme son potentiel touristique. Le clocher de Saint-Hilaire, les hublots qui donnent sur la mer nue, les vagues polies et translucides… des lieux nobles et des tendres souvenirs pour Proust ; là où l’administration voit des réservoirs d’énergie verte.

Loin des plages normandes, on parle aussi de 24 éoliennes sur la montagne Sainte-Victoire chère à Paul Cézanne. Assez logiquement, les lieux où souffle l’esprit sont ceux où souffle le vent. Et les parapentistes ont depuis longtemps investi la colline de Sion en Lorraine, que Barrès disait « inspirée » avec une litanie d’autres « lieux qui tirent l’âme de sa léthargie ».

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Ces projets farfelus partent peut-être d’un bon sentiment : permettre à la littérature de répondre à l’urgence climatique. Mais à l’examen, faire de Proust un auteur écoresponsable sans trahir son œuvre n’est pas simple. Faut-il remplacer les éoliennes par des panneaux photovoltaïques au toit de sa maison normande ? Proust redoutait le soleil ! Il confesse dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs : « À cause de la trop grande lumière, je gardais fermés le plus longtemps possible les grands rideaux violets. » Extraire de ses écrits une invitation à moins souvent utiliser son véhicule individuel ? Proust était fort amoureux de son chauffeur personnel, Alfred Agostinelli… Contraindre le romancier à « changer ses habitudes », ce n’est guère compatible avec ses grandes exigences. Avant de l’habiter en consommateur, responsable ou irresponsable, l’homme proustien habite la terre en poète.

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Un bien étrange corps enseignant


Sylvain Hélaine, 35 ans, est l’homme le plus tatoué de France mais aussi instituteur en école élémentaire. Il jure que son apparence n’est pas une provocation, mais certains parents sont dérangés par son physique.  


Quand il n’expose pas son torse tatoué en boîte de nuit, Sylvain Hélaine, alias « Freaky Hoody », enseigne à nos enfants à lire et à compter. Fier mercenaire de l’Éducation nationale, l’homme le plus tatoué de France est professeur remplaçant depuis douze ans, tant en maternelle qu’en élémentaire, et a aussi exercé dans la très branchée ville de Londres, s’est-il vanté.

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Des tatouages pas du goût de tous les parents d’élèves

Cependant, sa passion pour les artifices floraux sur le crâne ou jusque dans le blanc des yeux n’est pas du goût de tous les parents d’élèves. Certains auraient même envoyé une lettre à sa hiérarchie avec des photos de lui nu trouvées sur internet, provoquant sa mise à pied pendant sept semaines. Suite à de nouvelles plaintes de parents d’élèves indignés, l’inspection académique de l’Essonne vient de le priver définitivement des joies de l’instruction en maternelle.

Avec les enfants, une fois passée la surprise, on travaille bien et on trouve que je suis le plus cool, […] ça leur ouvre l’esprit et ça leur apprend la tolérance. […] Quand ils seront adultes, il y aura peut-être plus de chances qu’ils ne soient pas racistes ou homophobes

Une éviction au parfum de purge ? « L’inspection veut juste être tranquille, ce que je peux comprendre », a sobrement commenté l’instituteur aux allures de Marvel Comics. « Avec les enfants, une fois passée la surprise, on travaille bien et on trouve que je suis le plus cool, […] ça leur ouvre l’esprit et ça leur apprend la tolérance. […] Quand ils seront adultes, il y aura peut-être plus de chances qu’ils ne soient pas racistes ou homophobes », assure-t-il aussi. Un super-héros marvélien héraut des minorités ? Sylvain Hélaine assure s’être entièrement tatoué pour son seul plaisir et se défend de toute démarche militante, assimilée de près ou de loin à des caprices de minorités bruyantes. Quant aux tatoués, rappelons qu’un des plus adulés ne fut autre que notre phénix national, un certain Johnny Hallyday.

Cinéma: le festival des cons


Les quotas de diversité, sous l’impulsion de France télévisions et du Centre national du cinéma, sont en train d’asphyxier la créativité au cinéma. Il n’y aura bientôt plus que des scénarios écrits en fonction des minorités à représenter. Et le secteur ne comptera plus aucun mâle blanc hétéro dans ses rangs.


 

Des hommes en trop. Ce n’est pas le titre d’un film, mais la chronique, qui risque bien de devenir ordinaire, de la vie des réalisateurs français. Dans le cadre de la campagne promotionnelle de leur dernier film, Effacer l’historique, les cinéastes Gustave Kerven et Benoît Delépine accordaient un entretien à l’hebdomadaire Marianne. « Un tel film est-il facile à produire ? » leur demande le journaliste. Le film est une comédie, les acteurs sont populaires, nos budgets sont limités, la chose est donc aisée, répond en substance Kerven. Intervient alors Delépine qui, sans crainte, met les pieds dans le plat : « On a quand même failli subir un gros problème puisqu’une chaîne de télévision associée à la production a retiré sa participation quinze jours avant le tournage. — Pour quelles raisons ? interroge le critique. — Parce que nous ne sommes pas des réalisatrices… La chaîne avait des quotas à respecter et on se retrouvait en trop dans le camp des mâles. » Des mâles blancs de plus de 50 ans, aurait pu ajouter le réalisateur, car eussent-ils été noirs, homosexuels et jeunes, le verdict eût changé du tout au tout.

Une chaîne de télévision et des quotas à respecter ? Le doute n’est guère permis. Sans conteste, il s’agit de France Télévisions. En novembre 2018, Delphine Ernotte, la présidente du groupe, annonçait pour 2020 l’instauration de « quotas pour les femmes réalisatrices ». Or, il faut savoir que la « France compte le plus grand nombre de réalisatrices de longs métrages en Europe » et que « les projets déposés par les femmes sont plus souvent soutenus que ceux déposés par les hommes » par la commission de l’avance sur recette du Centre national du cinéma. Ces données ont été rendues publiques lors d’une table ronde organisée par le CNC lui-même en avril 2018, intitulée « Femmes et cinéma : la relève ». Quelle conclusion en était tirée ? Non que le combat était gagné, mais qu’il fallait plus que jamais « continuer à agir ». L’objectif est donc explicite : le mot « relève » est à entendre en son sens le plus fort, celui de – on s’y risquera – « grand remplacement », et très exactement de destitution des hommes par les femmes. 

Charles Denner, dans L’homme qui aimait les femmes, de François Truffaut (1977). ©Everett / Bridgeman images
Charles Denner, dans L’homme qui aimait les femmes,
de François Truffaut (1977). ©Everett / Bridgeman images

Les femmes ne sont pas les seules bénéficiaires de la conversion de la France à l’empire des identités. Les contrats de production de France Télévisions incluent d’ailleurs une « clause de la diversité ». Du reste, quota ou non, France Télévisions ou non, ces nouvelles objurgations font loi. Et sont dans toutes les têtes. On a beaucoup glosé sur les cinq « critères de diversité » établis par l’académie des Oscars et dont le respect conditionnera l’éligibilité d’un long métrage à l’Oscar du meilleur film à partir de 2024. Mais c’est un faux débat. La sélection a déjà largement lieu en amont. Dès le moment de l’écriture, pour être assuré de trouver le financement nécessaire à la réalisation, le scénariste risque bien d’être tenté d’assaisonner son long métrage de X % de minorités ethniques sous représentées, X % de femmes, etc.

 

Que va-t-il advenir du 7e art français, déjà bien mal en point ? Que deviendront, dans ce contexte, des films de tradition française qui avaient l’heur, et la saveur, de tout ignorer du politiquement correct ? Et d’ailleurs, si ces films conspués par la Nouvelle Vague sont plus que jamais plébiscités par les Français, ce n’est pas, ou pas seulement, par nostalgie pour les temps qui les ont vus naître, mais parce qu’ils étaient vrais, parce que l’humaine nature s’y incarnait, parce que les dialogues n’y étaient pas encore écrits sous la surveillance des bureaux d’esprit féminins, décoloniaux, LGBT+, etc. Bref, parce qu’un vent de liberté y soufflait, infiniment revigorant pour nous qui étouffons sous le poids de toutes ces convenances.

Une œuvre d’art n’est pas un test de moralité. Elle est un instrument de perception, mais non pour voir des Noirs ou des femmes, mais explorer, sonder l’humaine condition dans son universalité. Sa vertu est d’élargir notre être, non de nous enfermer dans le cercle étroit des identités. Le seul critère que nous devons avoir en tête pour juger d’une œuvre n’est ni le sexe, ni la sexualité, ni la couleur de peau du réalisateur ou des interprètes, mais sa puissance de révélation, sa capacité à porter le flambeau dans des coins inexplorés ou inaperçus de la réalité. « Une grande philosophie, écrivait Charles Péguy, n’est pas celle où il n’y a rien à reprendre. C’est celle qui a pris quelque chose. » Cela vaut pour la littérature, la peinture, le cinéma. Dès lors qu’il y a « prise », une œuvre est légitime et ce, quelle que soit la vie de son auteur, ses tribulations, ses « péchés », ses « fautes ». C’est bien pourquoi, il faut le marteler, aussi longtemps que Roman Polanski ou Woody Allen « prendront » quelque chose, ils seront incontestables. Et ce fut éminemment le cas avec J’accuse, il est donc légitime que nous soyons reconnaissants envers Polanski.
Pour qu’il y ait prise, il faut que l’artiste demeure un témoin de la liberté, c’est-à-dire, ainsi que l’a si bien établi Albert Camus, un témoin et un exemple de ce pas de côté que l’homme peut toujours accomplir par rapport à l’histoire, par rapport à l’actualité et aux maîtres de l’heure. Cette liberté est fragile. Elle demande des esprits forts et des âmes jalouses des prérogatives de leur art. À l’image de François Truffaut qui, en 1977, réalise L’homme qui aimait les femmes, sans rien ignorer de « l’atmosphère servilement féministe » selon ses propres mots, dans laquelle baigne la France des années 1970, mais bien résolu à ne pas plier. Digne héritier de Gautier ou de Flaubert qui, au xixe siècle, comprennent que ce serait désormais devant le tribunal des Homais et de la société que les œuvres seraient appelées à comparaître, C’est cet esprit frondeur qui fait cruellement défaut aujourd’hui. Loin de braver l’air du temps, dans leur grande majorité les réalisateurs et acteurs (le masculin est à entendre ici en son acception générique) semblent n’avoir rien de plus pressé que de donner des gages de leur appartenance au camp du Bien en déclinant la cause que servirait le film qu’ils ont réalisé ou dans lequel ils jouent. Tous les arts sont atteints. Hier, le peintre peignait un arbre avec pour seul souci d’être capable d’en faire « sentir l’écorce », à la manière de Constable ou de Lucian Freud ; aujourd’hui, lorsqu’il peint un arbre, c’est un « arbre pour le climat » et la COP 21. Jamais le mot de Camus n’a été plus vrai : « Dans un monde qui ne croit plus au péché mais qui s’intoxique de morale abstraite, l’artiste a voulu se charger de la prédication. » Est-il toutefois téméraire, voire naïf au regard de leur actuelle docilité, de penser que les artistes finiront par être eux-mêmes las de cette réquisition perpétuelle ? À l’exemple de l’actrice Sandrine Bonnaire, invitée le 11 août dernier de la matinale de France Inter pour le film Voir le jour, réalisé par Marion Laine, et dans lequel elle interprète le rôle d’une puéricultrice. Très vite, la journaliste, Carine Bécard en vient à la question, qui n’en est pas une d’ailleurs, nouveau point Godwin de tout entretien : « C’est un film très féministe. » Un silence. Puis la réponse de Bonnaire : « J’ai un peu de mal avec le féminisme […] On dit “c’est un film féministe” parce qu’il y a beaucoup de femmes… » Avec cette bonne conscience invincible au doute, la journaliste s’étonne de la résistance que l’interprète de Pialat et de Varda lui oppose. Elle s’obstine. Alors, impatientée, mais souveraine, l’actrice fait résonner le clap de fin : « C’est une conversation qui ne m’intéresse pas. — Je le vois, on va passer à autre chose.S’il vous plaît. » Bonnaire comprenait que du film, de l’histoire singulière qu’il racontait et dont elle était venue parler ce matin-là, il ne resterait rien. La journaliste avait trouvé le moyen de s’en débarrasser en l’étiquetant « film féministe ».

Dans un monde inquiétant, l’Europe en proie au doute

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Dix questions sur l’Europe post-covidienne, un essai de Pierre Ménat. Diplomate de carrière, il a suivi de l’intérieur la marche de l’Europe pendant plus de trente ans.


Dix questions sur l’Europe post-covidienne, tel est le titre de mon nouveau livre qui vient de paraître aux éditions Pepper-L’Harmattan. La pandémie de Covid-19 a accru l’anxiété d’un monde déjà en proie au doute et à l’inquiétude.

Le retour en force des États

Cette crise est d’abord la revanche des États. À l’intérieur des frontières, même les plus libéraux le reconnaissent : seule la puissance publique a la capacité matérielle et financière de lutter contre l’épidémie et ses désastreuses conséquences économiques. Et dans l’ordre international, les États redeviennent des acteurs majeurs. 

Tout naturellement, cette crise conduit à repenser le débat européen. Parmi bien d’autres, dix questions se posent. Quel rôle pour l’Europe dans un monde anxiogène ? Les effets du Brexit, le respect de la souveraineté des États, l’avenir du dogme libéral doivent être regardés sous un jour nouveau. Comment l’Europe peut-elle s’assurer que la reprise économique sera la plus verte possible ? Comment mieux gérer la zone euro, rapprocher l’Europe des citoyens, faire face au défi migratoire ? Le modèle institutionnel est-il adapté ? Et enfin, que signifie « la souveraineté européenne » ?

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À ces questions, je propose mes réponses et les soumets à votre jugement.

Attardons-nous sur la dernière d’entre elles : la souveraineté européenne. Cette notion est mise en avant dans les discours du président Macron. Mais que signifie-t-elle ?

Le peuple européen reste introuvable

La souveraineté est une prérogative des États, un privilège des nations et en démocratie, l’apanage du peuple. Or, il n’existe ni État, ni nation, ni peuple européens.

Aussi cette souveraineté européenne est-elle exercée non par un seul titulaire mais plusieurs.

L’Union européenne assure les fonctions de souveraineté qui lui ont été déléguées par les États-membres, dans la limite de ses compétences. Celles-ci sont par exemple exclusives pour la monnaie, la concurrence ou la politique commerciale, partagées pour le marché intérieur ou l’immigration, mais inexistantes pour la diplomatie, la justice, la santé ou la défense. 

Dans ces derniers domaines, les instruments forgés au fil du temps restent de caractère intergouvernemental. Cela veut dire que personne ne tient la main de la France quand elle envoie des soldats sur théâtres extérieurs, vote au Conseil de Sécurité, ou gère son système de santé.

Une Europe à la souveraineté floue et dépendante de l’extérieur

Quant aux États non-membres, ils détiennent eux aussi une part significative de la souveraineté européenne. On pense naturellement au Royaume-Uni, mais aussi à la Suisse ou à la Norvège.

Entre les États et l’Union se situe une zone grise. On y trouve le Conseil de l’Europe et la Cour européenne des droits de l’homme. On y trouve l’espace à géométrie variable qui abrite par exemple Airbus ou Ariane Espace. Et bien sûr les relations bilatérales, parmi lesquelles le partenariat franco-allemand.

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La souveraineté européenne pourrait résulter de la confédération de toutes ces énergies. Mais cela n’est pas suffisant. Car malheureusement, il est trop de cas où cette souveraineté est exercée par des acteurs extérieurs à notre continent. C’est vrai en matière énergétique, économique, industrielle, diplomatique ou militaire. 

La dépendance de l’Europe envers les deux superpuissances du XXème siècle est considérable. La boîte à outils des États-Unis demeure bien fournie quant à la monnaie, au commerce, à la technologie, aux forces militaires. Quant à la Chine, elle ne procède pas par décret mais par influence en tant qu’atelier du monde, géant numérique, bailleur de fonds. La crise du Covid a tardivement provoqué une prise de conscience de cette dépendance mais le mal est fait.

Même des puissances moyennes comme la Turquie tiennent les Européens sous leur coupe, notamment par la menace d’une vague migratoire.

Cette réalité relativise la querelle entre « européistes » et « patriotes ». Les uns comme les autres pourraient s’accorder sur un objectif commun : récupérer des pouvoirs que le Vieux Continent a laissé échapper à son contrôle.

Reprendre le contrôle

Comment y parvenir ? La réponse varie selon trois grands domaines.

Pour la monnaie, l’Europe a fait le plus difficile en se dotant, du moins pour les membres de la zone euro, d’une devise unique. Nul ne sait comment nos États auraient résisté aux crises – subprimes, défaillance de la Grèce, Covid – sans la Banque centrale européenne (BCE). Des propositions sont faites pour que l’euro soit géré de manière plus efficace et plus démocratique, en équilibrant le rôle de la BCE par une direction politique plus assurée.

Pour l’économie, le plan de relance adopté  par le Conseil Européen constitue un premier déblocage de l’instrument budgétaire, complété par la mise au rancart des critères de Maastricht. Mais des initiatives plus hardies sont nécessaires pour reconquérir notre indépendance industrielle ou numérique.

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Souveraineté politique enfin. Celle-ci passe par la reconquête de la maîtrise des frontières communes du continent. Mais l’Europe doit aussi prendre en charge sa sécurité collective. Il ne faut pas se bercer de mots, s’illusionner sur des concepts ronflants comme l’autonomie stratégique ou le Schengen de la défense. L’Europe doit constituer la force diplomatique dont le monde a besoin.

Aborder ce problème sous l’angle de votes à la majorité ou d’un siège européen au Conseil de Sécurité de l’ONU n’a aucun sens. La souveraineté politique ne peut émerger des institutions européennes actuelles, trop diluées pour permettre l’émergence d’un projet marquant une volonté collective. C’est pourquoi je préconise de reprendre l’ambitieux plan Fouchet présenté par le Général de Gaulle en 1961, par la création d’un Conseil de Sécurité européen où siégeraient des États-membres de l’Union mais aussi des États non-membres comme le Royaume-Uni.

Samuel Paty n’avait pas envie d’être un héros: juste de faire son boulot

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Il aura fallu la décapitation de Samuel Paty pour que le prof devienne le nouveau héros. Les larmes des crocodiles de tous bords ont de quoi désespérer ou mettre en colère les enseignants, jusque-là méprisés ou abandonnés, y compris par leur hiérarchie. Un édito de Jérôme Leroy.


C’est fou ce que depuis vendredi 16 octobre, la France aime les profs. Je suis bien content. J’ai été prof la première moitié de ma vie et l’image que m’a renvoyée la société était le plus souvent celle d’un privilégié. Ah, les vacances des profs ! Ah leur quinze ou dix-huit heures par semaine ! Quels veinards on était ! Et puis la sécurité de l’emploi, ce n’était pas un privilège, ça, la sécurité de l’emploi, à l’époque du chômage de masse ? Et on osait encore se plaindre : le manque de moyens pour travailler dans l’intérêt de tous les élèves, les injonctions contradictoires de programmes dont le salmigondis sémantique cachait mal le manque d’ambition, le pouvoir d’achat qui ne cessait d’être rogné

Du prof bashing à l’héroïsation obscène

Non, décidément, ils ne se rendaient pas compte, les profs : toujours à faire grève, comme les cheminots ou les soignants des urgences. Personne ne nous aimait, même pas nos ministres, surtout pas nos ministres. J’ai encore le souvenir de Claude Allègre, un ministre d’un gouvernement de gauche, pourtant. Un vrai champion du mépris. On devait être les seuls fonctionnaires à qui la hiérarchie tirait dans le dos, n’hésitait pas à monter les parents d’élèves, voire les élèves eux-mêmes contre nous.

Tout récemment encore, au moment du déconfinement, il y a eu ce prof bashing hallucinant de mai-juin quand les enseignants, malgré leur envie de le faire, ont renâclé à retourner en classe sans véritables garanties sanitaires. Qu’est-ce qu’ils n’ont pas entendu, les profs ? Ils étaient lâches, paresseux, « décrocheurs » a même dit Blanquer. J’en passe et des pires.

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Je suis heureux de voir depuis le martyre de Samuel Paty que le prof, surtout mort, est devenu un héros. Il a fallu une décapitation par un islamiste manipulé par d’autres islamistes mais bon, vaut mieux tard que jamais. Le prof est même devenu un saint pour la droite dure, celle du choc des civilisations, celle qui aimerait bien substituer une guerre de religion à la lutte des classes. Voilà un soutien dont il se passerait bien, le prof. Comme il se passerait bien aussi celui de la gauche indigéniste qui a tendance à ne voir dans l’Éducation Nationale l’institution la plus représentative du racisme systémique, comme ils disent.

La laïcité à l’école ? Souvenez-vous de 1984

Il est probable pourtant que Samuel Paty n’ait pas eu particulièrement envie d’être un héros ou un saint. Juste un prof qui faisait son boulot de prof en éveillant le sens critique, et la tolérance chez ses élèves, en rappelant que la laïcité n’est pas une religion, plutôt un espace neutre où on laisse à la porte ses croyances familiales. Je me souviens qu’à une autre époque, vers 1984, que ceux qui aiment tant la laïcité aujourd’hui n’avaient pas eu de mots assez durs pour le projet de « grand service public unifié et laïque de l’éducation nationale » porté par Alain Savary. Il a été abandonné. On n’en serait peut-être pas là. Pour lutter contre le terrorisme islamique, cela aurait été une arme de plus dans l’arsenal dont on a besoin. Une arme humaniste. Une arme qui nous venait en ligne droite des pères fondateurs de la IIIème République.

Le terrorisme islamiste est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux politiques qui instrumentalisent la question à des fins électorales. C’est une affaire trop sérieuse aussi pour la laisser à l’Éducation Nationale telle quelle est en l’état : une machine à utiliser le mot laïcité tout en assignant les élèves à leur origines ou leur environnement parce que c’est plus pratique. Essayez d’enseigner le latin et le grec dans une REP, vous verrez….

Samuel Paty soutenu par sa hiérarchie ? À voir…

En attendant, en tant qu’ancien prof, j’ai de sérieux doutes sur le soutien de la hiérarchie à Samuel Paty. Les fact checkers ont beau démonter l’info selon laquelle Samuel Paty aurait été sur le point d’être sanctionné, j’ai des doutes. La sanction, peut-être pas mais n’importe quel prof sait que lorsqu’on fait descendre un inspecteur pour une question particulière concernant un prof, c’est rarement pour lui faire des câlins.

En tant qu’ancien prof, aussi, j’ai une pensée fraternelle pour tous les collègues, en particulier ceux qui bossent dans les zones sensibles, et vont reprendre, loin des plateaux télés et des déclarations opportunistes, loin de l’hypocrisie et des larmes de crocodile, leurs cours le lundi de la rentrée. Ce n’est peut-être pas facile d’être flic dans les quartiers mais je ne souhaite à personne de devoir entrer dans une classe à Roubaix ou La Courneuve après une telle horreur et de se demander quel discours tenir. Parce que là comme ailleurs, et comme toujours, le prof sera toujours seul.

Comme Samuel Paty était seul.

Séparatisme : entre le RN et la majorité, Damien Abad veut rendre Les Républicains audibles

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Damien Abad lors des journées parlementaires du groupes LR, au sein de l'Assemblée Nationale le 8 octobre 2020. © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage : 00984975_000009

Le patron des députés LR, Damien Abad, a dévoilé au Parisien le 19 octobre des propositions pour endiguer l’islamisme et protéger les professeurs. Alors que l’électorat conservateur français est ulcéré par la politique de la bougie, la droite essaie de se faire une petite place. 


L’assassinat de Samuel Paty à quelques centaines de mètres du collège dans lequel il enseignait, pour avoir montré des caricatures, a bouleversé la France. Reste maintenant a trouver des solutions pour éviter qu’un autre professeur ne soit tué par un fou d’Allah. La classe politique s’agite. Par la voix de Gérald Darmanin, le gouvernement promet d’expulser 231 étrangers fichés S et d’interdire le CCIF (Conseil Contre l’Islamophobie en France) et l’association humanitaire islamiste Baraka City.

Lundi, Marine Le Pen à quant à elle réclamé la mise en place d’une « législation de guerre », et même Mélenchon a osé parler d’islamisme, avant de s’en prendre à la communauté tchétchène qu’il avait déjà vilipendée suite aux évènements de Dijon…

Damien Abad polémique dans le Parisien

Du côté des Républicains, c’est donc Damien Abad, président du groupe LR de l’Assemblée nationale, qui s’est livré à des propositions. Pour lui, la question n’est pas nouvelle : il avait mis en place un groupe de travail sur le projet de loi sur le séparatisme, lequel doit être dévoilé le 9 décembre par la majorité. L’actualité l’a poussé à dévoiler plus tôt certaines de ses propositions. D’abord, il a proposé de faire entrer Samuel Paty au Panthéon. Mais comme beaucoup dans son parti, il a souligné que « les rassemblements et les hommages, nécessaires, ne suffisent plus ». Il appelle donc à « crever l’abcès », encore de mise quand il s’agit du problème islamiste en France.

À lire aussi : Il faut armer les enseignants contre l’islamisme

Le président du groupe LR a dévoilé au Parisien les propositions d’urgence que son parti entend porter après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine. Pour la rentrée du 2 novembre, Damien Abad demande que tous les collégiens et lycéens « aient des débats sur ce qui s’est passé » vendredi dernier. Et le député LR a prévu une réponse si des propos tendancieux étaient tenus : « En cas de manifestation d’une forme ou d’une autre de soutien à cette action barbare, il faudra convoquer les parents et un conseil de discipline ! »

Il ne s’agit pas d’agir que dans le cadre de la rentrée. Damien Abad souhaite « la mise en place d’un numéro vert d’urgence relié à une cellule interministérielle Éducation nationale/Intérieur pour que les enseignants puissent signaler toutes les atteintes à la laïcité ». Ce qui devrait aussi permettre de mieux les protéger, alors que les établissements ne sont pas toujours au soutien, ou à l’écoute de leurs professeurs. Le député veut contraindre les établissements à « interdire les menus confessionnels » et mener une enquête administrative « préalable à l’embauche de tout agent du service public ». Enfin, Damien Abad veut « instaurer des cours sur les valeurs de la République et la laïcité », mais surtout que « ces cours soient sanctionnés par une épreuve obligatoire au brevet pour être certain qu’ils soient donnés ». Dans les collèges à problèmes cela s’annonce sportif.

Attaques contre l’immobilisme du gouvernement

Problème: ce que le président Macron appelle « le séparatisme », ne se cantonne pas au milieu scolaire. Il s’agit de lutter, de contrer, la propagation de l’intégrisme islamique dans le pays.

À lire aussi, Alexis Brunet : « S’il ne trouve pas en face de lui des gens assez fermes, l’islam n’a aucune raison de cesser d’avancer »

Damien Abad craint ainsi que la loi contre le séparatisme n’aille pas assez loin. A l’assemblée nationale, il s’est surtout distingué en rappelant les refus du gouvernement et de la majorité à adopter certaines dispositions envisagées par LR pour contrer l’islamisme depuis trois ans. « Expulser les étrangers fichés pour radicalisation et terrorisme de notre territoire national ? Refusé ! Fermer les 100 mosquées salafistes et les salles de prières radicalisées ? Refusé ! Expulser les imams radicalisés ? Refusé ! Etc… » La liste était longue.

Dans le Parisien le député LR confirme vouloir fermer l’ensemble des salles de prières et mosquées radicalisées, et même changer la Constitution pour pénaliser la consultation de sites djihadistes ou permettre la rétention des individus radicalisés sortis de prison après y avoir effectué leur peine. Les Républicains, souvent inaudibles politiquement, coincés entre le Rassemblement National et la République en marche, parviendront-ils à se faire entendre dans la lutte contre l’islamisme ?

Pourquoi les tarifs de l’électricité ont augmenté depuis dix ans (et pourquoi ce n’est pas fini)

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Image d'illustration © GILE MICHEL/SIPA Numéro de reportage: 00896908_000005.

Depuis dix ans, les tarifs de l’électricité augmentent en France avec l’envolée des taxes. Cela va continuer dans les prochaines années. Il faut financer 100 milliards d’euros d’infrastructures nécessaires pour intégrer les renouvelables aux réseaux.


Il ne sera pas possible d’échapper dans les prochaines années à une augmentation des prix de l’électricité tant les investissements à financer sont lourds dans les renouvelables et dans l’adaptation des réseaux à ses sources d’électricité nombreuses, intermittentes et aléatoires. «Chaque année, l’équivalent en énergies renouvelables de deux tranches nucléaires est raccordé par Enedis et RTE, réparti sur tout le territoire et sur des milliers de sites», résume Jean-François Carenco, le président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE).

Plus de 100 milliards d’euros à investir dans les réseaux

Les opérateurs RTE et Enedis ont ainsi demandé à la CRE une hausse annuelle de 1,4% des tarifs réseaux de l’électricité sur la période 2021-2024. Cela représentera en 2024 une augmentation de 50 euros de la ligne «tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité» (Turpe) que les particuliers trouvent sur leurs factures.

A lire ensuite, du même auteur: La Commission européenne préparerait le démantèlement d’EDF

La hausse finale sera sans doute plus limitée, d’une vingtaine d’euros. Une consultation est en cours avec les opérateurs et devrait se terminer avant la fin du mois de novembre. La CRE prendra sa décision au début de l’année prochaine. «Faire moins que 20 euros, ce sera compliqué. L’ampleur des investissements à venir pèsera inévitablement sur la facture. La CRE doit toutefois veiller à ce que ces hausses restent maîtrisées. Il y va de l’acceptabilité même de la transition énergétique dans son ensemble», a déclaré au Figaro Jean-François Carenco. Le nouveau tarif entrera en vigueur le 1er août 2021.

A lire aussi, Lucien Rabouille: Proust à l’ombre des éoliennes

Les investissements d’infrastructures à venir sont très importants et dépassent 100 milliards d’euros. Ils représentent pour Enedis et sur les 15 prochaines années autour de…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Transitions & Energies <<<

Ce que Matignon peut reprocher à Jean-Louis Bianco

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Le socialiste Jean-Louis Bianco, président de l'Observatoire de la laïcitén image d'archive © REVELLI-BEAUMONT/SIPA Numéro de reportage: 00617074_000015

 


La laïcité “ouverte” promue par l’Observatoire de la Laïcité créé en 2013 n’est pas pour rien dans nos malheurs. Il est reproché à cet organisme d’être plus préoccupé par la lutte contre la stigmatisation des musulmans que par la défense de la laïcité. Céline Pina explique en quoi le renvoi de Jean-Louis Bianco enverrait un message fort à ceux qui veulent des responsabilités où la lâcheté n’a pas sa place


Nous avons appris en ce mercredi 21 octobre que Jean-Louis Bianco, président du très controversé Observatoire de la Laïcité était convoqué à Matignon. 

L’heure de vérité

Le microcosme bruisse de la fin de l’impunité accordée à un haut fonctionnaire qui s’était permis de s’asseoir sur tous les devoirs de sa charge, de s’en prendre au Premier ministre dont il dépendait (Manuel Valls), et qui a plus abîmé la laïcité qu’il ne l’a défendue. C’est donc à un moment de vérité que nous pourrions assister. Si ce gouvernement n’est pas capable de démettre Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène alors qu’ils ne sont rien et n’ont pas de pouvoir de nuisance, il va lui être difficile de prétendre combattre l’islamisme.

A lire ensuite: Coexister: les bonnes affaires du vivre-ensemble

Jean-Louis Bianco est déconsidéré et a trahi sa mission en signant une tribune avec des islamistes, en préfaçant le livre d’un avocat islamiste défenseur du CCIF, en s’alliant avec Coexister (teneurs de porte patentés des Frères musulmans), en travaillant avec le CCIF, en attaquant les laïques plutôt qu’en défendant les fonctionnaires confrontés aux violences sur le terrain. Aujourd’hui, Bianco est tellement peu clair, qu’alors que sa fonction devrait en faire des adversaires résolus, il est soutenu par les grandes figures de l’islamisme dont Tariq Ramadan. Ces soutiens, n’ayant peu d’éléments objectifs pour le défendre, arguent d’une « persécution », l’homme serait une « victime ». Le problème c’est qu’il s’agit d’un vieil homme qui n’a pas loin de 78 ans et qui s’accroche à un poste qui n’est pourtant pas un viatique, comme la bernique à son rocher.

Si l’État n’a pas le courage d’inviter Jean-Louis Bianco à une retraite plus que méritée, que va-t-il pouvoir faire en face des fascistes islamistes? 

Pourtant nulle chasse aux sorcières là-dedans, mais la juste sanction de la trahison de ses devoirs et de sa mission par ce haut fonctionnaire, enfant gâté de la Mitterrandie. Il termine sa carrière dans l’opprobre, mais c’est lui qui l’a choisi. Parce que disons-le clairement, tous les laïques espèrent qu’à la sortie de ce rendez-vous à Matignon, ni Jean-Louis Bianco, ni Nicolas Cadène ne continueront un jour de plus à abîmer cet élément-clé de notre contrat social qu’est la laïcité, eux qui ont réussi à faire de cet observatoire la Société Protectrice des Religions ! On espère donc que le Premier ministre mettra fin aux hésitations et atermoiements qui ont caractérisé la gestion de ce dossier en prenant les décisions qui s’imposent, aussi froidement que fermement.

Remettre un peu d’ordre juste dans la défense des valeurs françaises

Il ne faut jamais hésiter à agir quand le choix est juste, que la décision ne coûte rien politiquement et ne met personne en danger. Si l’État n’a pas le courage d’inviter Jean-Louis Bianco à une retraite plus que méritée, que va-t-il pouvoir faire en face des fascistes islamistes ? Cette histoire d’Observatoire peut paraître anecdotique. Elle ne l’est pas. Elle est plus fondamentale qu’il n’y parait. Virer Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène a du sens dans le cadre de la lutte contre le séparatisme.

Pourquoi ?

Parce que la proximité avec les islamistes rend puissant, là où défendre notre civilisation vous expose. Les alliés des islamistes ne sont attaqués par personne, leurs adversaires vivent sous protection. Une illustration ? En cas de critiques, vous accusez vos détracteurs de faire le jeu de l’extrême-droite, vous vous chargez en vertu, l’autre en opprobre et vous sortez avec l’aura du « Social justice Warrior », et votre adversaire avec une cible dans le dos. 

Casser la logique victimaire

Mais si les choses s’inversent, si être en lien avec des islamistes ou ambigu avec eux signe la fin des carrières, la mort des ambitions, et devient le tombeau de l’influence et du pouvoir, alors les puissants ne seront plus complaisants, les discours vont changer, les doctrines évoluer et nous serons enfin capables de faire face à la menace en étant vraiment unis. Nombre de personnages ont leur rond de serviette dans les institutions ou au sein des médias et font le service après-vente des islamistes à chaque attentat. Ce service après-vente, qui vise à effacer l’horreur commise pour installer la rhétorique victimaire à l’égard des musulmans est toujours assuré de la même manière : 

  1. On met sur le même niveau le crime terroriste et la riposte de la police: c’est ce qu’ont fait Mediapart et le New York Times. Pour eux, un suspect a été abattu par la police. L’article du blog de Mediapart évoquant même une « barbarie policière ».
  1. Sur internet des militants s’empressent de relayer le message « à qui profite le crime ? » Sous-entendu, ce crime profiterait aux laïques qui l’instrumentent pour faire la « chasse aux musulmans ». Grâce à ce tour de passe-passe, on occulte l’existence de tout un écosystème brassant islamistes et musulmans dans lesquels ceux qui donnent le ton sont les plus radicalisés et les plus virulents. Écosystème qui brasse jusqu’à se rendre fou les thématiques de la persécution et qui a abouti au drame de Conflans-Sainte Honorine. Posez un questionnement en apparence innocent à ces militants : « quelles pouvaient être les intentions de l’enseignant en montrant les caricatures ? », la liberté d’expression est vite évacuée pour installer l’idée qu’il s’agissait ici d’humilier les musulmans, de les blesser. Ils font comme si l’école était un menu à la carte, et voient un enseignement qui les dérange comme une offense personnelle.
  1. Les relais de l’islamisme et les officines liées aux Frères musulmans déroulent cette complainte de la persécution, de la France raciste et trouvent des relais complaisants dans les médias pour expliquer que ceux qui s’indignent de la mort de Samuel Paty et font un lien entre la radicalisation constatée d’une partie de la communauté musulmane et la violence terroriste, sont d’infâmes suppôts de l’extrême-droite. 
  1. Enfin, l’affaire est portée devant des juridictions internationales dévoyées où ils bénéficient de relais et de complicités. Ce qui leur permet de s’attaquer à l’État de droit en ayant l’air de le respecter, et de continuer à s’en prendre à la souveraineté des pays. C’est toujours gagnant-gagnant. Soit les séparatistes imposent leur vue et les peuples voyant des obscurantistes violents imposer leur idéologie contre les mœurs du pays par le biais de structures internationales contestables et contestées, finiront par répliquer et par voter pour des partis qui assument la stratégie de l’affrontement. Soit ils perdent et cela nourrit leur stratégie et leur discours de persécution.

Aurélien Taché pense que l’on sort de la démocratie

Et toutes ces stratégies sont relayées par des élus de la République, des journalistes… Un exemple emblématique : le député Aurélien Taché. Face à la mort de Samuel Paty ce dernier ne sait que tweeter « on est en train de dérouler le tapis rouge à Marine Le Pen », le tout parce que le Président veut réagir à ceux qui nous tuent. Pire encore, sur le possible limogeage de Jean-Louis Bianco, voilà ce qu’écrit ce député qui a au moins le courage de tout oser, y compris le mensonge : « On arrête des gens pour faire passer un message. C’est l’agenda d’une droite nationaliste qui s’assoit sur les droits de l’homme. On sort de la démocratie ». Quelqu’un pour expliquer au député que nul fonctionnaire n’est propriétaire de sa charge ? Que si Jean-Louis Bianco est sur la sellette, c’est pour avoir failli à sa mission ? Quelqu’un pour lui dire que limoger quelqu’un n’est pas le plonger dans un cul de basse fosse ? Et qu’ici la sanction témoigne d’une volonté de justice et non d’un abus de pouvoir ?

A lire aussi, Elisabeth Lévy: La tribune à laquelle vous avez échappé (provisoirement?)

J’aimerais que ce soit un sursaut moral et civilisationnel qui nous sauve, mais la victoire qui vient s’annonce toujours par les retournements massifs des vestes des opportunistes. Mais pour cela il faut que ce soit dans leur intérêt. Être islamiste, les soutenir, en être proche, dans les quartiers comme au plus haut niveau doit devenir coûteux. Cela doit vous exclure de la table. Vous rendre infréquentable et sulfureux. Ce genre de message est plus profond qu’on ne le croit et ceux à qui il s’adresse savent le reconnaître.

Un renvoi qui serait un message fort

Cela fait partie de la protection que la France doit accorder à ses citoyens que d’arrêter que les alliés des Frères musulmans fassent la loi dans certaines disciplines de l’université, noyautent des institutions, soient considérés comme des interlocuteurs crédibles… La preuve, des « d’intellectuels » soutenant Jean-Louis Bianco essaient encore de contester une œuvre de salubrité publique consistant à se débarrasser d’un homme qui a relayé l’idée d’une persécution des musulmans (alors que ce mensonge est patent : ceux qui se font agresser au titre de leur religion en France sont avant tout les chrétiens et les juifs), plutôt que de défendre nos principes. Son renvoi mérité sera tout le mal qui lui sera fait. Pour le reste il gardera sa retraite et ses avantages et ne répondra pas de ses fautes. On est bien loin du martyr.

Voilà pourquoi, symboliquement, il faut se débarrasser tout de suite de Jean-Louis Bianco. C’est la partie la plus facile du programme. Après il va falloir s’intéresser au CNRS, à la fonction publique et faire passer le message que ne pas faire son travail quand un professeur est confronté à des islamistes, c’est pouvoir risquer la révocation, en tout cas de sérieux ennuis en termes de carrière. Il ne s’agit pas ici de chasse aux sorcières, mais d’exigences liées à la fonction. Quand on veut le pouvoir et les responsabilités, on les exerce et la lâcheté n’a pas sa place. C’est ce que le limogeage du président de l’Observatoire doit transmettre comme message.

Silence coupable

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Deux morts, deux mesures

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Un tag en hommage à George Floyd à Minneapolis, Etats-Unis © Amy arris/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40790875_000038

Si l’on ne peut pas mettre sur le même plan les meurtres de Samuel Paty en France et de George Floyd aux États-Unis, les réactions de la presse internationale à ces deux drames sont riches d’enseignements.


George Floyd, Samuel Paty : deux pères de famille, deux assassinats atroces, deux actes d’une cruauté insoutenable, suscitant des tollés d’indignation parfaitement justifiées.

Pourtant, tandis que le crime commis aux États-Unis a fait l’objet de condamnations de tous les horizons politiques, et a provoqué des manifestations presque dans le monde entier, celui commis en France n’a eu pour la plupart que des échos atténués et polis au-delà des frontières hexagonales. Certes, les comparaisons sont délicates, mais il s’agit dans les deux cas de meurtres ayant une portée sociale et symbolique, interrogeant l’état de droit et l’égalité devant la loi dans nos pays démocratiques. C’est ainsi que l’extraordinaire disparité, au niveau international, dans les réactions, que ce soit celles des politiques ou des citoyens, incite à la réflexion. Est-ce la différence entre, d’une part, un crime commis par un Blanc et, d’autre part, un crime commis sur un Blanc ? Est-ce parce que l’égalité entre les communautés est tellement plus importante que la liberté d’expression ? Ou parce que, obscurément, beaucoup de gens pensent qu’une victime de la police est d’emblée innocente, tandis qu’une victime du fanatisme religieux est forcément complice de son propre assassinat ?

La France traverse une épreuve terrible

Certes, la plupart des médias étrangers ont couvert l’abomination de vendredi dernier et la manifestation de dimanche. Peut-on dire que les gouvernements étrangers ont réagi de manière idoine ? Ce ne sont pas les états les plus proches de la France en termes d’alliance ou de géographie qui se sont empressés d’exprimer leur condamnation sans réserve à la fois du crime et de l’extrémisme sectaire, mais l’Arabie saoudite et l’Égypte. Celui que les bien-pensants considèrent comme le plus grand méchant de la planète, Donald Trump, a trouvé le temps, au milieu de sa folle tournée électorale, d’adresser un message de solidarité à la France, exprimée dans un langage bien à lui : « Au nom des États-Unis, je voudrais présenter mes plus sincères condoléances à mon ami, le Président Macron de France ; (…) La France traverse une épreuve terrible et Macron est un gars formidable. » Plus près de nous, Ursula van der Leyen s’est fendue d’un tweet convenu, aussi lénifiant que de l’eau savonneuse tiède, mettant l’accent sur le rôle essentiel de l’éducation dans une société démocratique, plutôt que sur l’influence néfaste de l’intolérance fanatique.

Au moins ces exemples font preuve d’une certaine conscience de l’énormité de cet événement et du fait qu’il constitue un calvaire que subit une nation entière. C’est tout le contraire de la réaction d’une partie de la gauche anglo-saxonne qui se met en quatre pour minimiser l’importance de l’atrocité ou pour maquiller un véritable crime politique en simple fait divers. Tout le monde connaît déjà le scandale provoqué par l’article du New York Times, publié initialement sous le titre : « La police française abat un homme après une attaque mortelle au couteau dans la rue. »[tooltips content= »L’original est toujours visible ici: https://flipboard.com/@newyorktimes/french-police-shoot-and-kill-man-after-a-fatal-knife-attack-on-the-street/a-Tc-KFlVsQnKodgOGqchh5w%3Aa%3A3195393-ade546e7a6%2Fnytimes.com »](1)[/tooltips] Maladresse passagère ou parti pris doctrinaire ? Le titre a été modifié depuis, mais le journal, en la personne de son correspondant parisien, Adam Nossiter, persiste et signe dans ce tour de passe-passe idéologique. Lundi, il met l’accent sur la nature brutale et systématique des mesures prises par les autorités françaises contre les organisations islamistes, sous le titre : « Après la décapitation d’un enseignant, la France lance une campagne de répression générale contre « l’ennemi interne. » » Quant au site du grand média américain, NBC, il a publié un article qui se focalise sur le fait que des élèves auraient prévenu Samuel Paty des conséquences possibles de son acte – sous-texte : il est donc en partie responsable de son sort. Le titre est le suivant : « On a averti l’enseignant français décapité des dangers de montrer les images du prophète Mohammed avant l’attaque « islamiste. » » Le fait que le dernier mot soit mis entre guillemets jette un doute sur la véritable nature du crime.

Gauche hypocrite

Ce n’est guère mieux quand les syndicats d’enseignants tentent de se montrer solidaires avec leurs collègues français. Le Syndicat national de l’éducation (NEU) britannique, commet un tweet qui s’efforce d’exprimer sa solidarité avec le SNESFSU français tout en évitant soigneusement d’évoquer le crime lui-même. Au lieu de parler de l’acte abominable, le texte très court fait référence à « this sad day » – ce « jour de tristesse » – comme s’il s’agissait d’un simple enterrement. Est-il nécessaire de préciser que ces représentants d’une gauche hypocrite sont prêts à tout pour ne pas froisser ceux qu’ils considèrent comme des alliés politiques en dépit de l’absence de valeurs communes ? À moins que cette absence ne soit qu’apparente… Car, tandis que certains à gauche s’adonnent à des acrobaties dialectiques pour ne pas dire qu’il s’agit d’un acte de fanatisme religieux, leurs complices intégristes s’en donnent à cœur joie, dénonçant ouvertement tout, depuis la liberté d’expression et la laïcité jusqu’à la France et la civilisation occidentale décadente… Un Kurde établi en Angleterre, Dana Nawzar Jaf, pur produit du système universitaire anglo-américain, se décrivant comme « chercheur, acteur et militant », a tweeté sa « condamnation totale » de « l’assassinat brutal et insensé » du… suspect musulman « par la police française » et de « l’utilisation d’une force disproportionnée contre quelqu’un qui est soupçonné de crime à l’arme blanche » (voir notre image).

tweet-dnjTwitter a finalement eu la décence humaine d’effacer son tweet, mais, dans le passé, l’auteur en question a publié dans la très respectable revue hebdomadaire de gauche, The New Statesman. Aussi respectable au premier abord et moins censuré par Twitter, Roshan M. Salih, rédacteur du site d’actualités musulmanes, 5Pillars, de réputation modérée, n’y va pas par quatre chemins non plus. Dès vendredi soir, il avertit que « La France est sur une pente très obscure. L’oppression et la brutalisation des musulmans ne connaissent plus de limites. Et la violence terrible semble destinée à se perpétuer. »

Le lendemain matin, il enchaîne en appelant à la dissolution de Charlie Hebdo – « ce torchon raciste, islamophobe » – par les autorités françaises.

Répondant à l’argument selon lequel les chrétiens pour leur part supportent le droit au blasphème, il explique que « c’est parce que le christianisme est une religion défaite (au moins en Europe) et qu’il a abandonné ses valeurs il y a longtemps. Pas surprenant si les églises sont vides : nous devrions les appeler, comme les pubs, de futures mosquées. »

Ses alliés de gauche, ennemis déclarés de toute forme de patriarcat, seront-ils d’accord avec la conversion des chapelles et des bars en lieux de culte d’une religion aussi patriarcale, lieux que tout le monde sera obligé de fréquenter, puisqu’il s’agit ici, à l’évidence, de convertir les citoyens, sans exception, à cette foi apparemment intransigeante?

L’indulgence coupable d’une grande partie de la gauche internationale à l’égard du crime d’Éragny risque d’avoir deux conséquences préjudiciables : d’abord, elle encourage les extrémistes islamistes à persister dans leur tentative de démolition de la civilisation moderne ; ensuite, elle donne l’impression – peut-être à dessein – que toute critique de cet extrémisme vient de la droite, voire de l’extrême droite. Pourtant, le combat pour les valeurs qu’incarnait le professeur assassiné est un combat qui devrait rassembler tous les citoyens, quelles que soient leurs opinions politiques, leur religion ou leur pays. C’est un combat qui devrait être aussi universel, aussi planétaire, que celui de Georges Floyd.

« On ne touche pas », de Ketty Rouf: le strip-tease contre le désir

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L'auteur Ketty Rouf © Marion Vallée

D’aucuns sont si facilement choqués, ces temps-ci, par une ombre de sein dans un décolleté ou une étoile apposée sur l’anus du Prophète qu’il est temps de se demander quel est notre présent rapport au corps et à la nudité.

Le prétexte de cette chronique si nécessaire est un roman nouvellement sorti, signé Ketty Rouf, et intitulé On ne touche pas. On me l’avait conseillé, je l’ai lu — et ça se lit vite, c’est au moins un bon point : l’auteur (et non, je n’écris pas « autrice », on s’efforce de parler français, sur Bonnet d’âne[tooltips content= »Bonnet d’âne est le blog de Jean-Paul Brighelli, hébergé par Causeur« ]*[/tooltips] !) use et abuse des phrases nominales, averbales, mises en rejet à la ligne — une bonne manière de gagner de la place, Alexandre Dumas en a usé et abusé si bien qu’on ne lui rémunérait plus que les lignes remplies au moins aux trois-quarts. À ce compte, Ketty Rouf ne devrait toucher que 50% de ses droits d’auteur…

En deux mots : une prof de philo entre un peu par hasard, ce dieu des romanciers maladroits, dans une boîte à strip-tease de Pigalle et, séduite par ce qu’elle y trouve, en fait sa profession du soir, espoir. « Belle de nuit » — mais justement, même dans les « danses privées », on effleure, on suscite mais on ne suce pas. Je veux bien, même si la référence moderne du strip, le numéro éblouissant que fait Elisabeth Berkeley face à Kyle MacLachlan dans Showgirls, cet hymne au pole dancing (il faudra que je me livre un jour à l’apologie de Verhoeven, cinéaste majeur de notre temps, tant dans sa période hollandaise que dans ses années américaines) s’opère certes sans consommation, l’effeuilleuse restant à quelques millimètres du prédateur devenu proie, mais n’est-il pas plus obscène au fond de jouir dans sa culotte que dans un espace clos approprié ?

Le roman n’est pas mal écrit, dans le genre pseudo-autofiction qui a envahi la littérature contemporaine. Il y manque une analyse des motivations de l’héroïne : on aimerait savoir ce qui la pousse ainsi à s’exhiber. Un peu comme dans ces romans SM où l’on ne sait jamais ce qui pousse « Laïka » (c’est dans le Lien, signé Vanessa Duriès) à encaisser ce qu’elle encaisse. Tiens, tant qu’à faire, je préfère Dolorosa soror, de Florence Dugas — aux Editions Blanche également.

Ajoutez aux numéros de strip des scènes plus purement pédagogiques (tiens, l’héroïne a remarqué elle aussi que le niveau des élèves…) et même un  court roman par lettres intégré au récit : notre philosophe échange des missives qui pratiquent elles aussi le teasing (to tease, c’est taquiner, et pas davantage) avec un élève qui, comble de la fiction, écrit sans fautes d’orthographe. Là non plus il ne se passera pas grand-chose, l’érotisme du roman est très mesuré, limité à des tentations lesbiennes et des frotti-frotta sans conséquence. « Joséphine », à qui l’on a envie de chanter du Bashung pendant tout le livre (« Osez, osez Joséphine »), se fait dragouiller par un certain Martin, un prof avec qui elle échange des mots doux et des livres, des bisous aux commissures de peau lisse, personnage improbable incapable de coucher dans son lit au bout de trois mois une collègue qui s’offre quand même assez clairement à lui.

Mais revenons au strip-tease.

Mon expérience dans le domaine est limitée. J’ai vu dans le temps l’inoubliable Rita Renoir, qui transcenda le genre. Et sortant un jour à Paris un cousin de province avide de ce Paris by night stéréotypé qui fait l’admiration des béotiens, nous nous sommes retrouvés confrontés au très beau numéro de Dita von Teese au Crazy Horse.

Sinon, bien sûr, il y a le strip-tease privé de Kim Basinger face à Mickey Rourke dans 9 semaines 1/2, sur You can leave your hat on de Joe Cocker. Un must, assez éloigné de la réalité des boîtes à strip.

Sinon, vous pouvez toujours relire les pages essentielles que Barthes consacre à cet art de l’effeuillage dans Mythologies, remarquant dès les premières lignes que  «  le strip-tease — du moins le strip-tease parisien — est fondé sur une contradiction : désexualiser la femme dans le moment même où on la dénude. » Et que c’est finalement dans les strip-teases non professionnels, dans les concours de province organisés (on est dans les années 1950) dans des bastringues agricoles que l’érotisme ressuscite, dans l’embarras des concurrentes : « Des pas maladroits, des danses insuffisantes, la fille sans cesse guettée par l’immobilité, et surtout un embarras « technique » (résistance du slip, de la robe, du soutien-gorge) qui donne aux gestes du dévoilement une importance inattendue, refusant à la femme l’alibi de l’art et le refuge de l’objet, l’enserrant dans une condition de faiblesse et d’apeurement. » 

Il en est d’ailleurs de même dans les strip-teases masculins. Les Chippendales, en vrais professionnels, ne se battent pas avec leurs chaussettes sur le bord du lit où les attend, en se retenant de rire, une créature rongeant son impatience. Mais justement, la perfection du geste gâche l’émergence du désir potentiel, qui comme chacun sait s’alimente au voilé bien plus qu’au dévoilement. 

Regardez en peinture. Edward J. Poynter avait d’abord peint sa Diaduménè nue (1883). Dix ans plus tard, il la voile, comprenant qu’il tirera bien plus d’effets de ces transparences que de la chair directement livrée sans invitation à deviner plutôt qu’à voir. Madeleine Lemaire en fait autant, avec ses deux versions du Sommeil de Manon, d’abord déshabillée, puis partiellement cachée par une transparence qui en dit davantage que la chair exhibée.

Je pourrais multiplier les exemples : la robe rose qui « déshabille si bien » la femme qui la porte et à qui Gautier adresse un poème célèbre est, comme la tunique transparente de Sabina Poppea ou les lumières qui rhabillent sans cesse les corps au Crazy Horse. C’est le style qui enrobe le récit — et qui manque un peu au roman de Ketty Rouf. 

Ce qui nous ramène à notre rapport au corps — dont la pudeur contemporaine, et plus encore la pudibonderie musulmane, exaltent au fond le paradoxe. Nous dévoilons volontiers, mais il faudrait que ce soit à distance, comme dans un strip-tease observé à la longue vue (il y a une scène de ce genre à la fin du Chevalier Des Touches, de Barbey d’Aurevilly). Que passe dans la rue une fille au jean serré ou à la jupe trop courte (et le « trop » commence juste au-dessus du genou), et voici nos modernes censeurs prêts à dégainer. C’est moins la pudeur qu’il faut enseigner que la mesure exacte du désir, qui s’alimente au caché bien plus qu’au dévoilé. 

Quant aux malades mentaux qui voient une provocation dans le moindre bout de peau dévoilé — au sens wahhabite du terme cette fois —, il faut les rééduquer d’urgence. Les traîner dans les musées, les amener au strip-tease, et leur faire lire le petit roman sympathique de Ketty Rouf, pour leur faire comprendre à quoi s’alimente le désir en France. En France et pas en Arabie Saoudite, pays charmant que je ne saurais trop conseiller, et vite, aux amateurs de voiles en tous genres.

Ketty Rouf, On ne touche pas, Albin Michel

On ne touche pas - Prix du Premier Roman 2020

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Proust à l’ombre des éoliennes

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D.R.

Vingt-huit éoliennes, réparties en quatre parcs, doivent être implantées dans un rayon de cinq kilomètres autour d’Illiers-Combray, bourgade d’Eure-et-Loir accueillant la maison de la « Tante Léonie » et aujourd’hui musée Marcel-Proust…


Une pétition circule sur le net pour s’opposer à « l’encerclement et la profanation de l’un des plus célèbres paysages littéraires au monde ». Les pétitionnaires rappellent l’attachement de l’auteur de la Recherche au lieu comme son potentiel touristique. Le clocher de Saint-Hilaire, les hublots qui donnent sur la mer nue, les vagues polies et translucides… des lieux nobles et des tendres souvenirs pour Proust ; là où l’administration voit des réservoirs d’énergie verte.

Loin des plages normandes, on parle aussi de 24 éoliennes sur la montagne Sainte-Victoire chère à Paul Cézanne. Assez logiquement, les lieux où souffle l’esprit sont ceux où souffle le vent. Et les parapentistes ont depuis longtemps investi la colline de Sion en Lorraine, que Barrès disait « inspirée » avec une litanie d’autres « lieux qui tirent l’âme de sa léthargie ».

A lire aussi: Proust: le scandale du prix Goncourt 1919

Ces projets farfelus partent peut-être d’un bon sentiment : permettre à la littérature de répondre à l’urgence climatique. Mais à l’examen, faire de Proust un auteur écoresponsable sans trahir son œuvre n’est pas simple. Faut-il remplacer les éoliennes par des panneaux photovoltaïques au toit de sa maison normande ? Proust redoutait le soleil ! Il confesse dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs : « À cause de la trop grande lumière, je gardais fermés le plus longtemps possible les grands rideaux violets. » Extraire de ses écrits une invitation à moins souvent utiliser son véhicule individuel ? Proust était fort amoureux de son chauffeur personnel, Alfred Agostinelli… Contraindre le romancier à « changer ses habitudes », ce n’est guère compatible avec ses grandes exigences. Avant de l’habiter en consommateur, responsable ou irresponsable, l’homme proustien habite la terre en poète.

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Un bien étrange corps enseignant

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Sylvain Hélaine, alias"Freaky Hoody" lors d'une interview © Capture d'écran/D.R.

Sylvain Hélaine, 35 ans, est l’homme le plus tatoué de France mais aussi instituteur en école élémentaire. Il jure que son apparence n’est pas une provocation, mais certains parents sont dérangés par son physique.  


Quand il n’expose pas son torse tatoué en boîte de nuit, Sylvain Hélaine, alias « Freaky Hoody », enseigne à nos enfants à lire et à compter. Fier mercenaire de l’Éducation nationale, l’homme le plus tatoué de France est professeur remplaçant depuis douze ans, tant en maternelle qu’en élémentaire, et a aussi exercé dans la très branchée ville de Londres, s’est-il vanté.

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Des tatouages pas du goût de tous les parents d’élèves

Cependant, sa passion pour les artifices floraux sur le crâne ou jusque dans le blanc des yeux n’est pas du goût de tous les parents d’élèves. Certains auraient même envoyé une lettre à sa hiérarchie avec des photos de lui nu trouvées sur internet, provoquant sa mise à pied pendant sept semaines. Suite à de nouvelles plaintes de parents d’élèves indignés, l’inspection académique de l’Essonne vient de le priver définitivement des joies de l’instruction en maternelle.

Avec les enfants, une fois passée la surprise, on travaille bien et on trouve que je suis le plus cool, […] ça leur ouvre l’esprit et ça leur apprend la tolérance. […] Quand ils seront adultes, il y aura peut-être plus de chances qu’ils ne soient pas racistes ou homophobes

Une éviction au parfum de purge ? « L’inspection veut juste être tranquille, ce que je peux comprendre », a sobrement commenté l’instituteur aux allures de Marvel Comics. « Avec les enfants, une fois passée la surprise, on travaille bien et on trouve que je suis le plus cool, […] ça leur ouvre l’esprit et ça leur apprend la tolérance. […] Quand ils seront adultes, il y aura peut-être plus de chances qu’ils ne soient pas racistes ou homophobes », assure-t-il aussi. Un super-héros marvélien héraut des minorités ? Sylvain Hélaine assure s’être entièrement tatoué pour son seul plaisir et se défend de toute démarche militante, assimilée de près ou de loin à des caprices de minorités bruyantes. Quant aux tatoués, rappelons qu’un des plus adulés ne fut autre que notre phénix national, un certain Johnny Hallyday.

Cinéma: le festival des cons

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71e Festival de Cannes, mai 2018 : actrices et réalisatrices protestent contre le manque de de représentation féminine à travers l’histoire de la sélection cannoise. Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Les quotas de diversité, sous l’impulsion de France télévisions et du Centre national du cinéma, sont en train d’asphyxier la créativité au cinéma. Il n’y aura bientôt plus que des scénarios écrits en fonction des minorités à représenter. Et le secteur ne comptera plus aucun mâle blanc hétéro dans ses rangs.


 

Des hommes en trop. Ce n’est pas le titre d’un film, mais la chronique, qui risque bien de devenir ordinaire, de la vie des réalisateurs français. Dans le cadre de la campagne promotionnelle de leur dernier film, Effacer l’historique, les cinéastes Gustave Kerven et Benoît Delépine accordaient un entretien à l’hebdomadaire Marianne. « Un tel film est-il facile à produire ? » leur demande le journaliste. Le film est une comédie, les acteurs sont populaires, nos budgets sont limités, la chose est donc aisée, répond en substance Kerven. Intervient alors Delépine qui, sans crainte, met les pieds dans le plat : « On a quand même failli subir un gros problème puisqu’une chaîne de télévision associée à la production a retiré sa participation quinze jours avant le tournage. — Pour quelles raisons ? interroge le critique. — Parce que nous ne sommes pas des réalisatrices… La chaîne avait des quotas à respecter et on se retrouvait en trop dans le camp des mâles. » Des mâles blancs de plus de 50 ans, aurait pu ajouter le réalisateur, car eussent-ils été noirs, homosexuels et jeunes, le verdict eût changé du tout au tout.

Une chaîne de télévision et des quotas à respecter ? Le doute n’est guère permis. Sans conteste, il s’agit de France Télévisions. En novembre 2018, Delphine Ernotte, la présidente du groupe, annonçait pour 2020 l’instauration de « quotas pour les femmes réalisatrices ». Or, il faut savoir que la « France compte le plus grand nombre de réalisatrices de longs métrages en Europe » et que « les projets déposés par les femmes sont plus souvent soutenus que ceux déposés par les hommes » par la commission de l’avance sur recette du Centre national du cinéma. Ces données ont été rendues publiques lors d’une table ronde organisée par le CNC lui-même en avril 2018, intitulée « Femmes et cinéma : la relève ». Quelle conclusion en était tirée ? Non que le combat était gagné, mais qu’il fallait plus que jamais « continuer à agir ». L’objectif est donc explicite : le mot « relève » est à entendre en son sens le plus fort, celui de – on s’y risquera – « grand remplacement », et très exactement de destitution des hommes par les femmes. 

Charles Denner, dans L’homme qui aimait les femmes, de François Truffaut (1977). ©Everett / Bridgeman images
Charles Denner, dans L’homme qui aimait les femmes,
de François Truffaut (1977). ©Everett / Bridgeman images

Les femmes ne sont pas les seules bénéficiaires de la conversion de la France à l’empire des identités. Les contrats de production de France Télévisions incluent d’ailleurs une « clause de la diversité ». Du reste, quota ou non, France Télévisions ou non, ces nouvelles objurgations font loi. Et sont dans toutes les têtes. On a beaucoup glosé sur les cinq « critères de diversité » établis par l’académie des Oscars et dont le respect conditionnera l’éligibilité d’un long métrage à l’Oscar du meilleur film à partir de 2024. Mais c’est un faux débat. La sélection a déjà largement lieu en amont. Dès le moment de l’écriture, pour être assuré de trouver le financement nécessaire à la réalisation, le scénariste risque bien d’être tenté d’assaisonner son long métrage de X % de minorités ethniques sous représentées, X % de femmes, etc.

 

Que va-t-il advenir du 7e art français, déjà bien mal en point ? Que deviendront, dans ce contexte, des films de tradition française qui avaient l’heur, et la saveur, de tout ignorer du politiquement correct ? Et d’ailleurs, si ces films conspués par la Nouvelle Vague sont plus que jamais plébiscités par les Français, ce n’est pas, ou pas seulement, par nostalgie pour les temps qui les ont vus naître, mais parce qu’ils étaient vrais, parce que l’humaine nature s’y incarnait, parce que les dialogues n’y étaient pas encore écrits sous la surveillance des bureaux d’esprit féminins, décoloniaux, LGBT+, etc. Bref, parce qu’un vent de liberté y soufflait, infiniment revigorant pour nous qui étouffons sous le poids de toutes ces convenances.

Une œuvre d’art n’est pas un test de moralité. Elle est un instrument de perception, mais non pour voir des Noirs ou des femmes, mais explorer, sonder l’humaine condition dans son universalité. Sa vertu est d’élargir notre être, non de nous enfermer dans le cercle étroit des identités. Le seul critère que nous devons avoir en tête pour juger d’une œuvre n’est ni le sexe, ni la sexualité, ni la couleur de peau du réalisateur ou des interprètes, mais sa puissance de révélation, sa capacité à porter le flambeau dans des coins inexplorés ou inaperçus de la réalité. « Une grande philosophie, écrivait Charles Péguy, n’est pas celle où il n’y a rien à reprendre. C’est celle qui a pris quelque chose. » Cela vaut pour la littérature, la peinture, le cinéma. Dès lors qu’il y a « prise », une œuvre est légitime et ce, quelle que soit la vie de son auteur, ses tribulations, ses « péchés », ses « fautes ». C’est bien pourquoi, il faut le marteler, aussi longtemps que Roman Polanski ou Woody Allen « prendront » quelque chose, ils seront incontestables. Et ce fut éminemment le cas avec J’accuse, il est donc légitime que nous soyons reconnaissants envers Polanski.
Pour qu’il y ait prise, il faut que l’artiste demeure un témoin de la liberté, c’est-à-dire, ainsi que l’a si bien établi Albert Camus, un témoin et un exemple de ce pas de côté que l’homme peut toujours accomplir par rapport à l’histoire, par rapport à l’actualité et aux maîtres de l’heure. Cette liberté est fragile. Elle demande des esprits forts et des âmes jalouses des prérogatives de leur art. À l’image de François Truffaut qui, en 1977, réalise L’homme qui aimait les femmes, sans rien ignorer de « l’atmosphère servilement féministe » selon ses propres mots, dans laquelle baigne la France des années 1970, mais bien résolu à ne pas plier. Digne héritier de Gautier ou de Flaubert qui, au xixe siècle, comprennent que ce serait désormais devant le tribunal des Homais et de la société que les œuvres seraient appelées à comparaître, C’est cet esprit frondeur qui fait cruellement défaut aujourd’hui. Loin de braver l’air du temps, dans leur grande majorité les réalisateurs et acteurs (le masculin est à entendre ici en son acception générique) semblent n’avoir rien de plus pressé que de donner des gages de leur appartenance au camp du Bien en déclinant la cause que servirait le film qu’ils ont réalisé ou dans lequel ils jouent. Tous les arts sont atteints. Hier, le peintre peignait un arbre avec pour seul souci d’être capable d’en faire « sentir l’écorce », à la manière de Constable ou de Lucian Freud ; aujourd’hui, lorsqu’il peint un arbre, c’est un « arbre pour le climat » et la COP 21. Jamais le mot de Camus n’a été plus vrai : « Dans un monde qui ne croit plus au péché mais qui s’intoxique de morale abstraite, l’artiste a voulu se charger de la prédication. » Est-il toutefois téméraire, voire naïf au regard de leur actuelle docilité, de penser que les artistes finiront par être eux-mêmes las de cette réquisition perpétuelle ? À l’exemple de l’actrice Sandrine Bonnaire, invitée le 11 août dernier de la matinale de France Inter pour le film Voir le jour, réalisé par Marion Laine, et dans lequel elle interprète le rôle d’une puéricultrice. Très vite, la journaliste, Carine Bécard en vient à la question, qui n’en est pas une d’ailleurs, nouveau point Godwin de tout entretien : « C’est un film très féministe. » Un silence. Puis la réponse de Bonnaire : « J’ai un peu de mal avec le féminisme […] On dit “c’est un film féministe” parce qu’il y a beaucoup de femmes… » Avec cette bonne conscience invincible au doute, la journaliste s’étonne de la résistance que l’interprète de Pialat et de Varda lui oppose. Elle s’obstine. Alors, impatientée, mais souveraine, l’actrice fait résonner le clap de fin : « C’est une conversation qui ne m’intéresse pas. — Je le vois, on va passer à autre chose.S’il vous plaît. » Bonnaire comprenait que du film, de l’histoire singulière qu’il racontait et dont elle était venue parler ce matin-là, il ne resterait rien. La journaliste avait trouvé le moyen de s’en débarrasser en l’étiquetant « film féministe ».

Dans un monde inquiétant, l’Europe en proie au doute

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Pierre Ménat

 


Dix questions sur l’Europe post-covidienne, un essai de Pierre Ménat. Diplomate de carrière, il a suivi de l’intérieur la marche de l’Europe pendant plus de trente ans.


Dix questions sur l’Europe post-covidienne, tel est le titre de mon nouveau livre qui vient de paraître aux éditions Pepper-L’Harmattan. La pandémie de Covid-19 a accru l’anxiété d’un monde déjà en proie au doute et à l’inquiétude.

Le retour en force des États

Cette crise est d’abord la revanche des États. À l’intérieur des frontières, même les plus libéraux le reconnaissent : seule la puissance publique a la capacité matérielle et financière de lutter contre l’épidémie et ses désastreuses conséquences économiques. Et dans l’ordre international, les États redeviennent des acteurs majeurs. 

Tout naturellement, cette crise conduit à repenser le débat européen. Parmi bien d’autres, dix questions se posent. Quel rôle pour l’Europe dans un monde anxiogène ? Les effets du Brexit, le respect de la souveraineté des États, l’avenir du dogme libéral doivent être regardés sous un jour nouveau. Comment l’Europe peut-elle s’assurer que la reprise économique sera la plus verte possible ? Comment mieux gérer la zone euro, rapprocher l’Europe des citoyens, faire face au défi migratoire ? Le modèle institutionnel est-il adapté ? Et enfin, que signifie « la souveraineté européenne » ?

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À ces questions, je propose mes réponses et les soumets à votre jugement.

Attardons-nous sur la dernière d’entre elles : la souveraineté européenne. Cette notion est mise en avant dans les discours du président Macron. Mais que signifie-t-elle ?

Le peuple européen reste introuvable

La souveraineté est une prérogative des États, un privilège des nations et en démocratie, l’apanage du peuple. Or, il n’existe ni État, ni nation, ni peuple européens.

Aussi cette souveraineté européenne est-elle exercée non par un seul titulaire mais plusieurs.

L’Union européenne assure les fonctions de souveraineté qui lui ont été déléguées par les États-membres, dans la limite de ses compétences. Celles-ci sont par exemple exclusives pour la monnaie, la concurrence ou la politique commerciale, partagées pour le marché intérieur ou l’immigration, mais inexistantes pour la diplomatie, la justice, la santé ou la défense. 

Dans ces derniers domaines, les instruments forgés au fil du temps restent de caractère intergouvernemental. Cela veut dire que personne ne tient la main de la France quand elle envoie des soldats sur théâtres extérieurs, vote au Conseil de Sécurité, ou gère son système de santé.

Une Europe à la souveraineté floue et dépendante de l’extérieur

Quant aux États non-membres, ils détiennent eux aussi une part significative de la souveraineté européenne. On pense naturellement au Royaume-Uni, mais aussi à la Suisse ou à la Norvège.

Entre les États et l’Union se situe une zone grise. On y trouve le Conseil de l’Europe et la Cour européenne des droits de l’homme. On y trouve l’espace à géométrie variable qui abrite par exemple Airbus ou Ariane Espace. Et bien sûr les relations bilatérales, parmi lesquelles le partenariat franco-allemand.

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La souveraineté européenne pourrait résulter de la confédération de toutes ces énergies. Mais cela n’est pas suffisant. Car malheureusement, il est trop de cas où cette souveraineté est exercée par des acteurs extérieurs à notre continent. C’est vrai en matière énergétique, économique, industrielle, diplomatique ou militaire. 

La dépendance de l’Europe envers les deux superpuissances du XXème siècle est considérable. La boîte à outils des États-Unis demeure bien fournie quant à la monnaie, au commerce, à la technologie, aux forces militaires. Quant à la Chine, elle ne procède pas par décret mais par influence en tant qu’atelier du monde, géant numérique, bailleur de fonds. La crise du Covid a tardivement provoqué une prise de conscience de cette dépendance mais le mal est fait.

Même des puissances moyennes comme la Turquie tiennent les Européens sous leur coupe, notamment par la menace d’une vague migratoire.

Cette réalité relativise la querelle entre « européistes » et « patriotes ». Les uns comme les autres pourraient s’accorder sur un objectif commun : récupérer des pouvoirs que le Vieux Continent a laissé échapper à son contrôle.

Reprendre le contrôle

Comment y parvenir ? La réponse varie selon trois grands domaines.

Pour la monnaie, l’Europe a fait le plus difficile en se dotant, du moins pour les membres de la zone euro, d’une devise unique. Nul ne sait comment nos États auraient résisté aux crises – subprimes, défaillance de la Grèce, Covid – sans la Banque centrale européenne (BCE). Des propositions sont faites pour que l’euro soit géré de manière plus efficace et plus démocratique, en équilibrant le rôle de la BCE par une direction politique plus assurée.

Pour l’économie, le plan de relance adopté  par le Conseil Européen constitue un premier déblocage de l’instrument budgétaire, complété par la mise au rancart des critères de Maastricht. Mais des initiatives plus hardies sont nécessaires pour reconquérir notre indépendance industrielle ou numérique.

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Souveraineté politique enfin. Celle-ci passe par la reconquête de la maîtrise des frontières communes du continent. Mais l’Europe doit aussi prendre en charge sa sécurité collective. Il ne faut pas se bercer de mots, s’illusionner sur des concepts ronflants comme l’autonomie stratégique ou le Schengen de la défense. L’Europe doit constituer la force diplomatique dont le monde a besoin.

Aborder ce problème sous l’angle de votes à la majorité ou d’un siège européen au Conseil de Sécurité de l’ONU n’a aucun sens. La souveraineté politique ne peut émerger des institutions européennes actuelles, trop diluées pour permettre l’émergence d’un projet marquant une volonté collective. C’est pourquoi je préconise de reprendre l’ambitieux plan Fouchet présenté par le Général de Gaulle en 1961, par la création d’un Conseil de Sécurité européen où siégeraient des États-membres de l’Union mais aussi des États non-membres comme le Royaume-Uni.

Samuel Paty n’avait pas envie d’être un héros: juste de faire son boulot

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Manifestation à Bordeaux le 18 octobre 2020 après l'assassinat du Samuel Paty © SIPA Numéro de reportage: 00986500_000015

Il aura fallu la décapitation de Samuel Paty pour que le prof devienne le nouveau héros. Les larmes des crocodiles de tous bords ont de quoi désespérer ou mettre en colère les enseignants, jusque-là méprisés ou abandonnés, y compris par leur hiérarchie. Un édito de Jérôme Leroy.


C’est fou ce que depuis vendredi 16 octobre, la France aime les profs. Je suis bien content. J’ai été prof la première moitié de ma vie et l’image que m’a renvoyée la société était le plus souvent celle d’un privilégié. Ah, les vacances des profs ! Ah leur quinze ou dix-huit heures par semaine ! Quels veinards on était ! Et puis la sécurité de l’emploi, ce n’était pas un privilège, ça, la sécurité de l’emploi, à l’époque du chômage de masse ? Et on osait encore se plaindre : le manque de moyens pour travailler dans l’intérêt de tous les élèves, les injonctions contradictoires de programmes dont le salmigondis sémantique cachait mal le manque d’ambition, le pouvoir d’achat qui ne cessait d’être rogné

Du prof bashing à l’héroïsation obscène

Non, décidément, ils ne se rendaient pas compte, les profs : toujours à faire grève, comme les cheminots ou les soignants des urgences. Personne ne nous aimait, même pas nos ministres, surtout pas nos ministres. J’ai encore le souvenir de Claude Allègre, un ministre d’un gouvernement de gauche, pourtant. Un vrai champion du mépris. On devait être les seuls fonctionnaires à qui la hiérarchie tirait dans le dos, n’hésitait pas à monter les parents d’élèves, voire les élèves eux-mêmes contre nous.

Tout récemment encore, au moment du déconfinement, il y a eu ce prof bashing hallucinant de mai-juin quand les enseignants, malgré leur envie de le faire, ont renâclé à retourner en classe sans véritables garanties sanitaires. Qu’est-ce qu’ils n’ont pas entendu, les profs ? Ils étaient lâches, paresseux, « décrocheurs » a même dit Blanquer. J’en passe et des pires.

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Je suis heureux de voir depuis le martyre de Samuel Paty que le prof, surtout mort, est devenu un héros. Il a fallu une décapitation par un islamiste manipulé par d’autres islamistes mais bon, vaut mieux tard que jamais. Le prof est même devenu un saint pour la droite dure, celle du choc des civilisations, celle qui aimerait bien substituer une guerre de religion à la lutte des classes. Voilà un soutien dont il se passerait bien, le prof. Comme il se passerait bien aussi celui de la gauche indigéniste qui a tendance à ne voir dans l’Éducation Nationale l’institution la plus représentative du racisme systémique, comme ils disent.

La laïcité à l’école ? Souvenez-vous de 1984

Il est probable pourtant que Samuel Paty n’ait pas eu particulièrement envie d’être un héros ou un saint. Juste un prof qui faisait son boulot de prof en éveillant le sens critique, et la tolérance chez ses élèves, en rappelant que la laïcité n’est pas une religion, plutôt un espace neutre où on laisse à la porte ses croyances familiales. Je me souviens qu’à une autre époque, vers 1984, que ceux qui aiment tant la laïcité aujourd’hui n’avaient pas eu de mots assez durs pour le projet de « grand service public unifié et laïque de l’éducation nationale » porté par Alain Savary. Il a été abandonné. On n’en serait peut-être pas là. Pour lutter contre le terrorisme islamique, cela aurait été une arme de plus dans l’arsenal dont on a besoin. Une arme humaniste. Une arme qui nous venait en ligne droite des pères fondateurs de la IIIème République.

Le terrorisme islamiste est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux politiques qui instrumentalisent la question à des fins électorales. C’est une affaire trop sérieuse aussi pour la laisser à l’Éducation Nationale telle quelle est en l’état : une machine à utiliser le mot laïcité tout en assignant les élèves à leur origines ou leur environnement parce que c’est plus pratique. Essayez d’enseigner le latin et le grec dans une REP, vous verrez….

Samuel Paty soutenu par sa hiérarchie ? À voir…

En attendant, en tant qu’ancien prof, j’ai de sérieux doutes sur le soutien de la hiérarchie à Samuel Paty. Les fact checkers ont beau démonter l’info selon laquelle Samuel Paty aurait été sur le point d’être sanctionné, j’ai des doutes. La sanction, peut-être pas mais n’importe quel prof sait que lorsqu’on fait descendre un inspecteur pour une question particulière concernant un prof, c’est rarement pour lui faire des câlins.

En tant qu’ancien prof, aussi, j’ai une pensée fraternelle pour tous les collègues, en particulier ceux qui bossent dans les zones sensibles, et vont reprendre, loin des plateaux télés et des déclarations opportunistes, loin de l’hypocrisie et des larmes de crocodile, leurs cours le lundi de la rentrée. Ce n’est peut-être pas facile d’être flic dans les quartiers mais je ne souhaite à personne de devoir entrer dans une classe à Roubaix ou La Courneuve après une telle horreur et de se demander quel discours tenir. Parce que là comme ailleurs, et comme toujours, le prof sera toujours seul.

Comme Samuel Paty était seul.