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Mabrouk s’en va-t-en guerre…

Mabrouk s’en va-t-en guerre…
Sonia Mabrouk et Yann Barthès. Image: capture d'écran MyTF1.

Cette semaine, la journaliste Sonia Mabrouk a renvoyé dans les cordes l’inquisiteur professionnel Yann Barthès, lequel tentait de lui faire dire du mal de la chaîne C News. Philippe Bilger raconte et analyse cette réjouissante joute verbale.


Il y a parfois, au soir de journées tragiques et criminelles qui révèlent une nouvelle fois la faillite de l’exécution des peines et l’impuissance régalienne du pouvoir, des hasards d’allure et de pugnacité qui rassurent sur le courage intellectuel et médiatique.

Je m’apprête le 28 mai à éteindre mon ordinateur quand sur le site de Valeurs actuelles je peux prendre connaissance de la teneur d’échanges, le 25 mai, sur le plateau de Quotidien, entre Sonia Mabrouk et Yann Barthès.

Retour à l’envoyeur

Ils ne pourraient pas être mieux résumés que par mon titre si on veut bien admettre qu’il y a des guerres de velours et des combattantes de soie, des acidités élégantes et des ripostes de classe. Sonia Mabrouk a usé de toute cette palette pour défendre C News et, bien au-delà, pour montrer un art élémentaire mais trop peu pratiqué dans le domaine du verbe, ce que je pourrais familièrement nommer : le retour à l’envoyeur.

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Pour résumer, Yann Barthès lui demande s’il y a une idéologie à C News. “Absolument pas”, répond-elle. “Et il y en a une à Quotidien ?” “Euh non, pas spécialement”, réplique Yann Barthès. “Vous êtes sûr ?”, continue Sonia Mabrouk avec le sourire. “Ouais, ouais”, affirme Yann Barthès qui interroge : “Vous semblez en douter ?” Et Sonia Mabrouk de conclure : “Pas du tout ; comme vous vous ne doutez pas”.

Dupond-Moretti boycotte C News

Ce petit bijou d’intelligence et de rhétorique a été enrichi, si j’ose dire, par une autre partie du dialogue où Yann Barthès invoquait, pour incriminer C News, le fait que le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti ne voulait pas venir sur cette chaîne. Victoire facile de Sonia Mabrouk qui se contentait de souligner que d’autres ministres – et pas des moindres, notamment Bruno Le Maire et Gabriel Attal – n’avaient plus ces pudeurs médiatiques, prenant acte de la qualité et de l’impact des questionnements.

Prendre l’abstention de Eric Dupond-Moretti pour le signe d’une avancée démocratique était assez comique quand on sait la manière dont le ministre de la Justice, dans sa campagne partisane pour les régionales, se permet de traiter Marine Le Pen. Je n’ose imaginer les tombereaux d’insultes qui se déverseraient sur le locuteur si la victime de ces grossièretés était une femme de LREM, du PS ou de LFI. Et ce serait normal.

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La joute entre Yann Barthès et Sonia Mabrouk démontre que la pire des attitudes est d’accepter le procès qu’on vous intente comme s’il était légitime. Alors qu’il convient au contraire de dénoncer l’ambiguïté de celui ou de celle qui s’érige en juge. Eric Zemmour maîtrise à la perfection cette technique qui conduit à se servir contre son contradicteur de l’arme avec laquelle il prétend vous atteindre. Sonia Mabrouk s’est contentée – mais c’est décisif – de mettre en lumière que C News n’est pas plus gangrenée d’idéologie que tous les bons apôtres qui s’arrogent le droit de l’accabler. C News est composée d’une pluralité de libertés dont le concert, parfois, fait apparaître une vision conservatrice de la politique, de la Justice, de l’Homme et de la société. Et alors ?

Inquisiteurs professionnels

Ce que Sonia Mabrouk a su faire remarquablement en déplaçant la charge de l’inquisition sur Quotidien devrait être mis en œuvre à l’encontre de tous ceux oubliant de balayer l’idéologie devant leur porte, trop préoccupés de la soupçonner là où elle n’est pas. Je songe notamment au Monde, à Libération, à France Inter ou à Mediapart qui malgré leurs qualités pâtissent d’une vision hémiplégique, ostensiblement orientée, manifestant sans l’ombre d’une mauvaise conscience leur choix, parti pris et préjugés.

Ce n’est pas un crime mais cela devrait leur interdire au moins de se quitter trop vite de la critique pour se consacrer exclusivement à C News ou à Valeurs actuelles. Il y a de la volupté à voir des inquisiteurs professionnels renvoyés dans leurs cordes ! Qui peut se permettre de donner des leçons dans l’espace médiatique français ? C’est au fond l’interrogation que la vigueur souriante de Sonia Mabrouk a fait surgir. On sait maintenant que Quotidien a une idéologie. Il faut se méfier quand Sonia Mabrouk s’en va-t-en guerre…


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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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