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Pays-Bas : Thierry Baudet se bat pour sa survie en politique

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Thierry Baudet, le dandy de la droite dure néerlandaise, concurrent principal de M. Geert Wilders, ne supporte plus les « procès par médias interposés », a-t-il annoncé lundi 23 novembre.


Thierry Baudet, le dandy de la droite dure néerlandaise, promis il y a peu à un grand avenir, se bat pour sa survie politique.

Ne supportant plus le « procès par médias interposés », il annonça sa démission le lundi 23 novembre. Pour se raviser peu après, laissant en désarroi le parti fondé par lui-même en 2017, le Forum voor (pour la) Democratie (FVD). C’est comme si Marine Le Pen quittait le Rassemblement national avant de changer d’avis et de préparer son retour.

Tout avait commencé au printemps par une  fronde au sein du FVD. M. Baudet aurait réagi trop mollement contre des membres de l’aile de la jeunesse de Forum, accusés de tweets, d’apps et de posts sur Instagram avec un contenu raciste, antisémite et homophobe.

Baudet, francophile et francophone, musicien de talent, fier des gouttes de sang indonésien dans ses veines, feignait d’abord que le sujet l’ennuyait. Il admonestait mollement les coupables et enjoignait le dirigeant des jeunes du Forum à mettre de l’ordre. Efforts restés sans effet, car des journalistes de la presse néerlandaise continuent de fouiner les tweets et apps de jeunes fans de « Thierry ». Spectacle quelque peu désolant, que celui des limiers de la presse d’un certain âge chassant les élucubrations d’adolescents ou post-adolescents qui, comme chacun sait, déconnent ferme sur les réseaux sociaux. Aussi n’est-il pas facile d’ établir si ces frasques racistes ou homophobes étaient de véritables professions de foi, ou des provocations mêlées d’humour potache.

Un doute que certains journalistes et commentateurs ne se permettaient pas, sûrs dans leur conviction que ses garçons et filles sont d’affreux fascistes tolérés, sinon encouragés, par M. Baudet en personne. Celui-ci fut traîné dans la boue d’une manière qui rappela le lynchage médiatique de M. Pim Fortuyn, assassiné pour ses idées en 2002.

Baudet refusa de désavouer « sa » jeunesse, plaidant pour une solution tres politicienne: l’instauration d’une commission d’enquête. Mais son cercle restreint commençait à le lâcher à mesure que les révélations sur ces scandaleux jeunots se succédèrent, exigeant notamment le renvoi de leur dirigeant, M. Freek Jansen. Cet ami intime et conseiller de M. Baudet avait été accusé de sympathies pour les nazis, qu’il niait. Quand ses plus proches collaborateurs exigeaient eux-aussi le renvoi de M. Freek Jansen, M. Baudet embrassa son camarade longuement devant les caméras en guise de pied de nez à ses détracteurs dans son parti et dans la presse. Quelques heures après, il annonça sa démission comme tête de liste et président du parti. Décision qu’il regretta un peu plus tard, quand il annonça sa volonté de revenir. Ce qui donnait lieu à des soucis sur son état mental.

Il est vrai que, ces derniers mois, M. Baudet avait fait preuve de lassitude sous le feu des médias dits sérieux qui en général le détestent copieusement. Au Parlement, où son parti n’occupe que trois des 150 sièges, M. Geert Wilders, son concurrent à la droite de la droite, dont le parti PVV en occupe vingt, lui vola la vedette. M. Baudet, écrivain d’un certain renom, ne semblait pas doué pour la politique pratique ou pour un rapport apaisé avec les médias. Qui ne cessèrent de lui reprocher ses contacts avec un dirigeant de l’alt-right aux Etats-Unis, son souhait que les Pays-Bas puissent rester une nation Blanche, son admiration pour MM. Poutine et Orban, sa rencontre avec le très admiré Jean-Marie Le Pen.…

Non sans raison, M. Baudet avait accusé les médias néerlandais de considérer sa curiosité comme un vilain défaut. Une rencontre avec un penseur fulgurant de l’extrême droite américaine n’équivaut pas à partager ses idées, répétait-il à satiété avant  de sombrer dans un certain morosité.

Et dans une folie autodestructrice, selon ses adversaires. Quand soudain il annonça sa volonté de revenir à la tête du parti, ses adversaires, furieux, lui interdirent l’accès au siège à Amsterdam. Pour être certains que M. Baudet n’y mettrait plus les pieds, les « putschistes », selon l’intéressé, firent remplacer la serrure. En même temps, ses derniers soutiens de poids  s’évaporèrent  après les révélations, venant d’ une sénatrice de son parti, que M. Baudet avait proféré des opinions tachées d’antisémitisme. Surtout en ce qui concerne George Soros et la ‘responsabilité’ de celui-ci dans la propagation du coronavirus. C’était le signal du départ des derniers cadres du parti.

Baudet reste populaire, cependant, parmi les membres ordinaires qu’il compte consulter sur son désir de retour. « Référendum », dont la date reste à déterminer, avec l’aval grinçant de ce qui reste de la direction, qui l’avait pourtant congédié.

Qu’il semblait loin, le temps pourtant proche quand son parti sortit vainqueur des élections provinciales fin 2019. Environ un million de Néerlandais avait opté pour les candidats de Forum voor Democratie, ce qui fit sensation dans un pays peu enclin au renouvellement en politique. Rétrospectivement, le triomphe portait en lui les germes de la chute de M. Baudet. Car son discours cette nuit-là, avec moult références au philosophe Hegel, la civilisation boréale et autres sujets incompréhensibles pour le Néerlandais moyen, mécontentait fort ses plus étroits collaborateurs. Thierry, disaient-ils en substance et en coulisses, aurait dû avoir la décence de se joindre à une soirée électorale festive et arrosée, au lieu de prendre ses électeurs par le haut. Critique encore feutrée, mais qui mena directement à l’implosion du parti dans laquelle la droite dure tendance intello avait fondé tant d’espoirs.

Les sondages prévoient que, pour les élections législatives de mars 2021, bon nombre d’électeurs déçus de M. Baudet vont jeter leur dévolu sur le très terre-à-terre M. Wilders. Pour beaucoup, c’est un retour au bercail. Leur flirt avec M. Baudet fut aussi intense que bref.

Article mis à jour le 04 décembre 2020. 

 

OUI-MÉ-LÉ-ZÔTRES !

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Les critiques faites à l’encontre de l’islam provoquent un réflexe pavlovien : le « ouimélézôtres ». Or, les « zôtres » ont déjà fait leur autocritique depuis bien longtemps…


« C’est vrai, Madame la juge, mon client a tué et opprimé des millions de personnes et appelé à en tourmenter encore bien plus, mais il faut l’acquitter puisque d’autres ont fait pareil. » Étrange plaidoirie, que même l’inénarrable Jacques Vergès ou notre audacieux Garde des Sceaux n’ont, je crois, jamais osée.

Non seulement les zôtres ont fait et font leur autocritique, mais on constate quotidiennement qu’il est possible de critiquer ces zôtres sans être immédiatement accusé de zôtrophobie, sans être injurié, harcelé, menacé, agressé

Et pourtant ! Combien de fois n’ai-je pas entendu cette parodie d’argument venant de ceux qui tentent de défendre l’islam. « Ouimélézôtres »: oui mais l’Inquisition, oui mais les Croisades, oui mais la colonisation, oui mais l’esclavage, oui mais les Territoires Occupés, oui mais les bombardements par les États-Unis et leurs alliés, oui mais, oui mais, oui mais. Et bien sûr, tour à tour lamentation geignarde ou accusation rageuse, « pourquoi ne critiquez-vous toujours que l’islam ? » Peut-être parce que de nos jours l’islam est la seule idéologie présente sur notre sol (avec ses alliés « woke ») à remettre sérieusement en cause l’égalité des droits civiques entre les sexes, la liberté de conscience, et le droit de rechercher la vérité?

À lire aussi: Terrorisme: pour eux, c’est (toujours) la faute de la France!

Mais reprenons. Ceux qui, à mes critiques de l’islam, répondent « ouimélézôtres » seraient-ils prêts à aller jusqu’au bout de leur propre logique ? Accepteraient-ils d’être volés ou tués sous prétexte qu’il y a ailleurs dans le monde des voleurs et des meurtriers? Qu’il y a, même, des voleurs et des meurtriers impunis? Je crois raisonnable d’affirmer qu’ils refuseraient….

« Rien à voir avec l’islam ! » disent-ils…

Les crimes des autres ne sont pas une excuse, et ils le sont encore moins lorsque l’on prétend être « la meilleure communauté » (je sais, l’humilité n’est pas la caractéristique première de certains). L’argument a même un degré d’absurdité supplémentaire lorsqu’il est évoqué pour justifier une loi prétendument révélée par un dieu, dictée, éternelle et incréée. Allah ne saurait se prévaloir des crimes commis par des mortels livrés à eux-mêmes, pour justifier le fait qu’il prescrive à ses adeptes de commettre les mêmes crimes, voire pire – ou alors, il faudrait qu’il renonce à bon nombre des attributs que lui donnent généralement ses fidèles.

Il est très révélateur que, pratiquement comme un réflexe, les critiques faites à l’islam et/ou aux musulmans suscitent en réponse ce « ouimélézôtres », surtout lorsque ces autres sont déjà tout autant critiqués, voire – et c’est le plus intéressant – lorsqu’ils font déjà leur autocritique.

À titre d’exemple, on se souvient trop peu des mots de Jean-Paul II confessant en mars 2000 les fautes commises par l’Église pendant ses vingt siècles d’histoire, ou encore implorant en 2003 « le Seigneur tout-puissant pour sa miséricorde envers les fautes commises contre l’Homme, sa dignité et sa liberté, y compris par les fils de l’Église catholique. » À quand l’un des plus hauts dignitaires musulmans implorant le pardon pour tous les crimes commis par l’islam, ou par des musulmans, contre l’Homme, sa dignité et sa liberté? Il faudrait d’abord qu’il commence par admettre que les crimes commis au nom de l’islam est en parfaite conformité avec les enseignements de textes sacrés.

Le refus de l’autocritique

« Ouimélézôtres »: les zôtres sont capables de se préoccuper d’éthique et de morale, ils sont capables de se préoccuper du Bien et du Mal, et d’en débattre. Tant qu’il ne raisonnera qu’en termes de conformité aux prescriptions autoréférentes de ses textes, de permis et d’interdit, licite et illicite, halal et haram, l’islam ne pourra pas être à la hauteur de tous ces autres, et restera désespérément prisonnier de ce qu’il y a de pire en lui. Et ce pire, ces versets et ces « beaux exemples » jamais vraiment rejetés, jamais vraiment désavoués, ce pire est un crachat au visage de la dignité humaine, et une déclaration de guerre au monde entier.

À lire aussi, Aurélien Marq: Cé-pa-ça-li-slam !

« Ouimélézôtres »: parce qu’ils n’ont pas étouffé le sens moral au nom de l’obéissance, les zôtres ont pu apprendre et grandir. En d’autres temps, sans doute, Charlie Hebdo et Mila auraient été brûlés vifs ou embastillés, au nom du Christ ou au nom du Roi, mais plus aujourd’hui. Aujourd’hui, il n’y a qu’une seule religion au nom de laquelle on massacre pour des dessins. Aujourd’hui, il n’y a qu’un seul dieu au nom duquel des dizaines de milliers d’adeptes appellent à violer et tuer une adolescente. Aujourd’hui, les seuls peuples à vouloir ces horreurs ne sont pas les peuples qui ont fait l’Occident.

« Ouimélézôtres »: les zôtres, voyez-vous, ont encore autre chose qui manque cruellement à l’islam et à trop de musulmans. Non seulement les zôtres ont fait et font leur autocritique, mais on constate quotidiennement qu’il est possible de critiquer ces zôtres sans être immédiatement accusé de zôtrophobie, sans être injurié, harcelé, menacé, agressé. Or, il y a un principe général que confirme l’observation de tous les totalitarismes, toutes les dictatures, et qui doit nous guider: la critique la plus urgente est toujours celle de ceux qui refusent d’être critiqués.

Les jeunes musulmans bruxellois frappés d’antilibéralisme social et culturel

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Depuis 2006, les crimes antisémites sont, tant en Belgique qu’en France, le fait de musulmans radicalisés. Mais au-delà de ce constat brut, peut-on parler d’un antisémitisme musulman ? Et plus largement, quel rapport les jeunes musulmans entretiennent-ils avec les valeurs occidentales ? Une étude menée auprès des jeunes lycéens bruxellois tente de répondre à cette question.


Joël Kotek et Joël Tournemenne sont tous deux chercheurs au Centre européen d’études sur la Shoah, l’Antisémitisme, les Génocides[tooltips content= »Un laboratoire lié à l’Institut d’Études du Judaïsme près de l’Université Libre de Bruxelles »](1)[/tooltips]. Les résultats de leur étude intitulée « Le Juif et l’Autre dans les écoles francophones bruxelloises », publiés en octobre 2020 par la Fondation Jean Jaurès, révèlent un indéniable antisémitisme parmi les lycéens musulmans, mais aussi un certain « antilibéralisme sociétal et culturel », autrement dit un positionnement nettement conservateur sur le plan des mœurs.

38 écoles secondaires francophones bruxelloises parmi les 60 tirées au sort (sur un total de 115 écoles) ont accepté de participer à cette étude ciblant les jeunes lycéens bruxellois. 1672 jeunes de 16 à 22 ans ont ainsi pu être sondés[tooltips content= »L’âge normal pour ce public est de 16 à 18 ans, mais il est fréquent en Belgique qu un élève doive recommencer une ou plusieurs années d études. »](2)[/tooltips], ce qui constitue un échantillon représentatif de la population scolaire bruxelloise francophone. Parmi ces jeunes, 649 (39%) se réclament de l’islam, et l’immense majorité de ceux-ci (537) se disent pratiquants. 451 (26%) sont non croyants, 418 (25%) sont catholiques (dont 201 pratiquants), 13 seulement sont juifs, et 76 « autres ».

Dans cette étude, les auteurs partent du constat selon lequel l’antisémitisme est depuis 1945 en Belgique « un angle mort », que même l’attentat de 2014 contre le musée juif situé en plein cœur de Bruxelles n’a pas levé. Ainsi, l’accord régional bruxellois de gouvernement conclu en juillet 2019 n‘a pas jugé opportun de citer l’antisémitisme parmi les maux spécifiques bruxellois, à la différence de « la stigmatisation due à un discours récurrent sur la radicalisation et le terrorisme ».

Les populations musulmanes de Belgique sont en termes religieux à contre-courant de l’évolution religieuse de notre continent

De manière plus évidente encore, le lien entre islam et antisémitisme constitue un véritable impensé, auquel les auteurs avancent plusieurs facteurs explicatifs. Parmi eux, l’inclinaison « nettement à gauche » du monde des sciences sociales, qui suscite en son sein une répugnance à interroger « les préjugés d’autres populations discriminées ». Ainsi , l’antisémitisme, conformément à un logiciel politique mâtiné d’ « ethos antifasciste », ne saurait provenir que de l’extrême droite, tandis que les musulmans, dès lors qu’ils seraient les premières victimes de discriminations, seraient en quelque sorte immunisés contre le racisme et l’antisémitisme. Pourtant, comme le rappellent les auteurs, les 17 personnes assassinées depuis 2006 en France et en Belgique parce que juives ou supposées telles l’ont été par de jeunes musulmans radicalisés, comme Merah, Koulibali ou Nemmouche.

Les musulmans, premières victimes de discriminations?

L’étude permet en tout cas d’affirmer que c’est bien ainsi que l’islam est globalement perçu : 39% des non musulmans estiment que l’islam est la religion la plus persécutée, et ce chiffre monte à 65% pour les élèves musulmans sondés. Vient ensuite, quelles que soient les convictions religieuses des sondés, le judaïsme, puis le christianisme, et enfin l’athéisme.

Pourtant, rien ne vient corroborer ce sentiment. Au contraire, les statistiques montrent qu’en Belgique comme en France, depuis 2000, les actes antisémites sont proportionnellement plus fréquents que les actes antimusulmans, et ce alors que les Juifs représentent 0,23% à peine de la population belge, et les musulmans 6 à 7% (et plus de 30% de la population bruxelloise). De plus, la grande majorité des plaintes pour « islamophobie » se rapporte à des refus de port du voile, alors que les actes à caractère antisémite prennent souvent la forme d’agressions physiques.

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Quant à l’étude proprement dite, interrogeant les sondés sur le caractère de « religion de paix et d’amour » de chacun des trois monothéismes, elle met en évidence le fait que l’islam est la religion qui jouit en réalité du plus grand capital de sympathie auprès des sondés, le judaïsme bénéficiant quant à lui de l’image la plus négative, et ce toutes confessions confondues. Seuls 2% des sondés non musulmans se déclarent d’accord avec l’énoncé selon lequel « Chaque musulman est un terroriste potentiel », et la tolérance religieuse la plus large semble régner parmi les élèves bruxellois : 39% des élèves non musulmans (et 71% des élèves musulmans) souscrivent à l’affirmation « Les musulmans doivent avoir la possibilité de vivre publiquement leur foi en Belgique et ce, sans la moindre restriction » – y compris l’autorisation du voile intégral.

On semble donc loin, à la fois dans la société en général et au sein de la jeunesse francophone bruxelloise, d’une quelconque persécution attestée des musulmans en tant que tels, sauf à considérer, à l’instar du Collectif contre l’islamophobie, que l’interdiction du port de signes convictionnels est en soi une discrimination anti-musulmane. De l’aveu même de ce collectif, en effet, « dans près de 76% des cas où le genre de la victime est connu, il s’agit d’une femme (…) C’est lié au port du foulard, un signe visible d’appartenance, mais pas seulement. » 

Un antisémitisme culturel

En revanche, les préjugés antisémites sont bien présents parmi la jeunesse bruxelloise de confession musulmane. L’étude révèle ainsi que pour 17% des sondés musulmans (et 13% des lycéens sondés, toutes confessions confondues), les Juifs constituent une race, mais aussi que 21% des musulmans sondés pensent qu’on a fortement exagéré le nombre de victimes juives assassinées par les nazis, et que 28% des musulmans sondés pensent que les attentats du 11 septembre 2001 sont l’œuvre du Mossad et de la CIA. Ils sont également plus de 35% à croire que « Les Juifs contrôlent les banques et les médias avec les francs-maçons » et plus de 35% à estimer que les sionistes sont des criminels.

Ce qui amène les auteurs à conclure que de manière générale, « La prévalence antisémite est deux fois plus élevée chez les catholiques pratiquants (…) et trois fois plus élevée chez les musulmans, même non-pratiquants. ». Revenant sur une étude réalisée en 2011 par Marc Elchardus, sociologue de l’université flamande VUB, qui concluait de manière similaire, ils rappellent que « les représentations antisémites [ne sont] pas liées au faible niveau d’éducation, ni au désavantage social mais bien à la religiosité des personnes interrogées.»

L’islam, religion de paix et d’amour, mais…

L’islam est religion de paix et d’amour pour 92% des musulmans (et 63% des sondés, toutes convictions confondues) ce qui en fait la religion la plus plébiscitée, devant le catholicisme et enfin le judaïsme. Ce qui n’empêche pas 47% des catholiques de considérer que l’islam veut étendre sa religion au monde entier, opinion qui est d’ailleurs partagée (et donc confirmée) par 40% des musulmans ! De même, l’énoncé selon lequel l’islam est incompatible avec la modernité rencontre l’adhésion de 27% des catholiques pratiquants sondés, de 20% des non croyants, mais aussi, ce qui peut étonner,  de 19% des musulmans !

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Si l’on peut parfaitement comprendre que les musulmans eux-mêmes témoignent d’une affection particulière pour leur religion, y compris dans ses aspects les plus prosélytes et hostiles à la modernité, il est en revanche plus étonnant de constater une attitude similaire chez les non-musulmans. Ainsi, l’étude met en évidence l’attachement de ces derniers à une Europe plus solidaire et tolérante, sensible aux droits de l’homme et à l’altérité. Faut-il en conclure que cette sensibilité à l’altérité va, chez ces jeunes non musulmans, jusqu’à accorder à l’islam fondamentaliste et conquérant le droit de s’imposer à tous ? 

Un rejet des valeurs occidentales

Enfin, sur les questions liées à des valeurs sociales et culturelles, les élèves musulmans sondés se caractérisent par ce que les auteurs appellent un certain « antilibéralisme sociétal et culturel », conservatisme qui se révèle au travers de questions portant sur le rôle des femmes dans la société, l’homosexualité, la peine de mort, la séparation du politique et du religieux ou le rapport à la science. Ainsi, 29% des musulmans pratiquants rejettent le darwinisme, 25% refusent d’avoir un enseignant homosexuel, et 22% des musulmans considèrent devoir rompre une amitié en cas d’homosexualité, contre 3% des non-croyants. Et ils sont 38% de musulmans pratiquants à considérer que la loi religieuse est plus importante que la loi civile (pour 29% de musulmans non pratiquants, ce chiffre tombant à 19% pour les catholiques pratiquants et 8% pour les catholiques non pratiquants).

Ce constat amène les auteurs de l’étude à conclure que « les populations musulmanes de Belgique sont en termes religieux à contre-courant de l’évolution religieuse de notre continent pour être engagées dans un processus de réactivation du religieux. Face à leurs concitoyens qui sont sortis, non sans mal de l’emprise de la religion, celles-ci apparaissent porteurs d’une foi tout à la fois très traditionnelle et très affirmative. »

Il peut dès lors sembler paradoxal que, comme de nombreuses enquêtes le soulignent, les musulmans votent préférentiellement pour deux partis situés à gauche de l’échiquier politique belge francophone, le PS et le PTB. Ce qui se traduit sans doute par un phénomène de renforcement réciproque, où les partis traditionnellement considérés comme progressistes n’hésitent pas à flirter avec un tissu associatif proche des Frères musulmans très actif à Bruxelles, ou intègrent en leur sein des tenants d’un islam conservateur, voire rigoriste, au nom d’une conception de la liberté religieuse qui renforce précisément ces tendances les plus conservatrices. Tout cela, bien entendu, au nom de la liberté de conscience.

Dis, c’est quoi une religion ?

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Erdogan, le sultan voyou


Les invectives à répétition dont le président turc Erdogan abreuve Emmanuel Macron ont sans doute une visée politique: faire de la Turquie une puissance mondiale et de lui-même un nouveau calife. Elles sont aussi le reflet de son caractère profond, celui d’un homme élevé à la fois à l’école islamique et à l’école de la rue. 


« Tout ce qu’on peut dire d’un chef d’État qui traite des millions de membres de communautés religieuses différentes de cette manière, c’est : allez d’abord faire des examens de santé mentale. » Ces mots du président turc Recep Tayyip Erdogan à l’adresse d’Emmanuel Macron mettent en évidence le style personnel de l’homme qui préside au destin de la Turquie sans interruption depuis le début du XXIe siècle et la marque qu’il imprime aux relations franco-turques.

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Pour comprendre Erdogan, pas besoin de maîtriser le turc, apprendre un seul mot suffit : kabadayi. Ce terme désigne un « fier-à-bras », un zeste voyou, bref celui qui s’impose dans le quartier – qu’on appellerait aujourd’hui en français « petit caïd ». Il résume parfaitement l’homme et son histoire, mais aussi l’essence de son charisme, le secret de son pouvoir politique.

Un détricotage minutieux des réformes kémalistes

Erdogan est né en 1954 dans une famille de migrants caucasiens. Une ascendance si ordinaire qu’elle est devenue proverbiale, « si tu grattes un Turc, tu trouves un Caucasien », dit-on en Turquie. Comme des millions d’autres familles, les aïeux d’Erdogan ont fui leur terre natale devant l’inexorable avancée de l’Empire russe. Ils se sont installés dans les quartiers populaires d’Istanbul et des autres grandes villes de l’ouest de la Turquie. Élevé dans ce milieu très provincial, Erdogan a reçu une éducation imbibée de valeurs traditionnelles (domination masculine appuyée et culture de l’honneur) et encadrée par une pratique assidue de l’islam. Ces milieux populaires conservateurs et farouchement antirépublicains étaient totalement insensibles aux réformes d’Atatürk. Dès que l’ouverture démocratique du régime l’a permis, ils ont chassé du pouvoir Ismet Inönü, le successeur attitré de Mustafa Kemal, pour le remplacer par Adnan Menderes. Arrivé au pouvoir en 1950, ce dernier s’est empressé de détricoter les réformes kémalistes, vidant ainsi la laïcité turque de son sens. Pour ses électeurs, Menderes incarnait l’homme de foi, défenseur du peuple et du libre-marché face à la dictature laïciste et athéiste d’un État bureaucratique et interventionniste soutenu par des élites composées de traîtres occidentalisés.

C’est ainsi qu’à la rentrée 1951, le gouvernement Menderes a permis la réouverture des écoles imam Hatip, réseau d’écoles religieuses privées dont la fermeture par Atatürk une vingtaine d’années plus tôt avait été l’une plus importantes mesures de laïcisation. Dans un climat de guerre froide et de haine anti-Russes – ennemis de toujours devenus en prime communistes et athées –, l’armée, pourtant garante de la laïcité, a choisi face à l’URSS de nouer avec l’islam une alliance de circonstance. Le loup a donc été réintroduit dans la bergerie. Erdogan et nombre de ceux qui dirigent aujourd’hui la Turquie ont été scolarisés dans ces écoles où l’islamisme est la continuité naturelle et la conclusion logique d’un islam vécu comme une religion, une idéologie et une civilisation.

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Menderes a fini par épuiser la patience des généraux. En 1960, il a été renversé par un putsch, avant d’être exécuté un an plus tard. Pour Recep Tayyip Erdogan, alors âgé de sept ans, c’est le drame de sa vie. « Mon père, racontera-t-il quarante ans plus tard, avait apporté à la maison une revue avec des photos de cet homme qui marchait à la potence. Pour mes parents, ce furent des instants de grande émotion. » Le souvenir de l’homme en chemise condamné à mort, les mains liées dans le dos et du chagrin de ses parents accompagneront Erdogan tout au long de sa vie et de sa carrière politique, commencée à la fin des années 1970.

La taqqiya à tous les étages

Dans les rangs de la mouvance islamiste turque fortement inspirée par les Frères musulmans, Erdogan a tout pour réussir. Formé à l’école islamique, mais aussi à celle de la rue, le kabadayi est un excellent footballeur : le « Beckenbauer de Kasipacha » a failli intégrer le Fenerbahçe mais son père a dit yok, niet. À 13 ans, il vend des simit (des pains ronds au sésame qui ressemblent à de gros bagels) pour se faire de l’argent de poche. Ce dur à cuire au mental d’athlète de haut niveau a en plus un vrai talent d’orateur, il connaît par cœur un grand nombre de poèmes et déclame comme nul autre les versets du Coran. Très vite, il s’impose comme un chef et comme une tête politique. Il analyse les raisons de l’échec de l’islamisme turc et en tire les conséquences : taqqiya (dissimulation) à tous les étages et alliances de circonstances. Il avance masqué, jouant le musulman modéré dont tout le monde rêve et mobilise les libéraux turcs et l’Union européenne pour contrer le pouvoir des généraux, ultime rempart de la laïcité. La chose faite, en 2010, se retourne contre ses anciens alliés. En 2018, grâce à une modification de la constitution validée par référendum, il accède au pouvoir quasi absolu. Et toujours au service de la même idéologie.

À lire aussi, Cyril Garcia: Erdogan, sultan aux pieds d’argile

Pour ce chef du parti dont l’emblème est une ampoule, l’objectif est l’instauration d’un islam des lumières au sens littéral du terme : le Coran plus l’électricité, le conservatisme plus l’informatique, le capitalisme plus le voile, le stade de football et la mosquée, le nationalisme et l’oumma. La modernité est pour Erdogan une boîte à outils qui servira la revanche que lui et sa génération ont à prendre sur l’élite laïque qui a réprimé l’islam et sur l’élite occidentale qui l’a soutenue, les « Mon Cher » comme on les appelle en turc. Ce n’est pas un hasard si c’est un mot français qui exprime le mépris des kabadayi pour la civilisation occidentale et ses joyaux : la liberté des femmes et de conscience.

Le défenseur de tous les musulmans dans le monde

Dans ces conditions, on comprend mieux les attaques contre Emmanuel Macron, président « Mon Cher » par excellence. Le ton d’Erdogan – qui rappelle celui de Trump – résume son message politique. Certes, le président turc est un sanguin qui recourt naturellement à la provocation et à l’insulte, mais il reste un fin stratège qui surjoue le rôle du pieux-voyou pour s’ériger en défenseur des musulmans du monde, éternellement humiliés et offensés. Comme Ahmadinejad avant lui, Erdogan sait qu’il peut gagner des voix et des cœurs en flattant le penchant victimaire et les ressentiments des couches populaires.

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Ces succès faciles, Erdogan en a besoin. Lui qui a tout misé sur les Frères musulmans depuis le début des révolutions arabes enchaîne les échecs. En Syrie, sa politique a été un fiasco qui le met en porte-à-faux avec l’Iran et la Russie. Dans le monde arabe, il a fait de l’Égypte, de l’Arabie saoudite et des Émirats ses ennemis déterminés. Dans le bassin oriental de la Méditerranée, c’est un bloc composé d’Israël, Chypre, la Grèce, l’Égypte et la France qui se dresse à présent contre lui. En Libye, où il a remporté quelques succès militaires, il a tout misé sur le gouvernement de Tripoli mais risque, comme en Syrie, de quitter la table mains et poches vides. Pour ne rien arranger, une crise économique profonde secoue la Turquie et touche durement sa propre base populaire.

Après presque deux décennies de pouvoir d’Erdogan, la Turquie est faible et isolée. Seul dans le palais de mille pièces qu’il a fait construire à Ankara, rejeté par presque la moitié de l’électorat turc (en 2014 et 2018, il a été élu avec à peu près 52 % des suffrages), Erdogan revient à sa nature profonde de kabadayi. Aux défis du monde, il répond par des roulements de mécaniques et par une fuite en avant dans la surenchère nationaliste, islamiste et narcissique.

Dans la tête de Recep Tayyip Erdogan

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Monseigneur Aupetit, mais qu’est-ce qu’il a sous sa mitre?

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Les projets de Monseigneur Aupetit pour la rénovation de Notre-Dame de Paris ne sont pas au goût de l’académicien Jean-Marie Rouart


Quelques précisions pour commencer afin de rendre plus clair ce qui va suivre. La chirurgie esthétique a pour mission de réparer les outrages du temps. On retendra la peau d’un cou affaissé par les années. On effacera telle ou telle ride jugée disgracieuse. Mais on s’abstiendra de porter le scalpel sur un visage demeuré éternellement jeune !

Ensuite, rappelons que Notre-Dame est comme son nom l’indique notre. Elle est à nous tous: croyants, non-croyants, catholiques, athées. Les droits de propriété que s’arroge sur elle l’archevêque de Paris sont donc parfaitement contestables.

Mgr Aupetit est un prélat résolument moderne et progressiste. Il a donc décidé, pour sacrifier aux goûts du jour et aux siens, de retaper Notre-Dame pour la mettre en conformité avec ce qu’il juge être la mode. Et surtout il a eu à cœur de faire la peau de ce vieux réac de Viollet-le-Duc. Il envisage ainsi de faire appel à des artistes « contemporains » pour refaire les vitraux brûlés de la cathédrale. Les sièges détruits par l’incendie seront, selon ses vœux, remplacés par des bancs dont l’élaboration sera confiée à des designers modernes. Et sous la nef, il y aura même un parcours lumineux.

Des charpentiers partageant leur savoir-faire à l'occasion des Journées du patrimoine, sur le parvis de Notre-Dame de Paris, le 20 septembre 2020. © Alfonso Jimenez/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40793209_000029
Des charpentiers partageant leur savoir-faire à l’occasion des Journées du patrimoine, sur le parvis de Notre-Dame de Paris, le 20 septembre 2020. © Alfonso Jimenez/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40793209_000029

La fête qui s’annonce sera parfaite si pour la quête il est fait appel à des jeunes bonnes sœurs en tutu. Pour défigurer définitivement Notre-Dame, Mgr Aupetit devrait solliciter Jeff Koons et McCarthy les auteurs immortels du « Vagin de la Reine » et du « Plug anal ». Ils sont certes très chers. Mais pour Notre-Dame ils accepteront de travailler gratuitement car cela leur fera une pub d’enfer.

Pour renflouer les caisses un peu vides de l’archevêché, Mgr Aupetit organisera des spectacles son et lumières sur le parvis de Notre-Dame. On y verra Esmeralda incarnée par une migrante. Ce qui est aussi très tendance.

Bientôt Notre-Dame sera rafistolée et laide. Pour célébrer cet événement, il y aura une messe conduite par l’archevêque de Paris. Rien que d’y penser ça donne furieusement envie d’aller prier à Saint-Nicolas du Chardonnet!

Chic, on peut tourner 20 km autour de la maison!

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Ce second déconfinement se déroulera en trois étapes…


Les allocutions se suivent et se ressemblent. Les mêmes questions après les mêmes restrictions. Quelle appréciation le président de la République allait-il nous donner ? Quelles libertés allions-nous recouvrer ?

Se faisant le défenseur de l’art de vivre à la française, Emmanuel Macron n’a tout de même pas hésité à laisser les restaurateurs – entendez « les pestiférés » – fermer leurs portes encore deux mois. C’est le « en même temps » macronien !

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Les restaurateurs peuvent pousser des cris d’orfraie, mais le peuple a un calendrier de sortie progressive du confinement. Trois dates : 28 novembre, 15 décembre et 20 janvier 2021.

Le 28 novembre, les petits commerces rouvriront (mais n’oubliez pas votre attestation !). Les promenades et activités physiques seront permises dans un rayon de 20 kilomètres pour trois heures. 

Le 15 décembre, si la situation sanitaire le permet, le confinement sera à nouveau allégé. L’autorisation ne sera plus nécessaire pour se déplacer, mais un couvre-feu national de 21 heures à 7 heures sera instauré. Les salles de cinéma, les théâtres et les musées pourront rouvrir. Noël est sauvé, et papi et mamie pourront manger seuls dans la cuisine. 

Enfin, le 20 janvier, il sera alors question d’ouvrir les restaurants et les salles de sport. Quant aux lycées, ils pourront être pleinement ouverts. Et le couvre-feu national sera levé. 

Si Emmanuel Macron a dissipé les doutes et les craintes autour de l’éventualité d’une vaccination obligatoire, il est toujours étonnant de voir notre président de la République faire fi des spécificités locales. Dès la fin du premier confinement, le maître-mot était « adaptation ». Aujourd’hui, il n’est même plus évoqué. Une preuve de plus que le déconfinement de mai fut très mal préparé.

Elisabeth Lévy réagit à la dernière adresse du président français sur Sud Radio
« Encore cette folie réglementaire et son cortège d’absurdités »

Quand exfiltration rime avec désinformation


En octobre, la police a été accusée d’homophobie suite à l’exfiltration de deux personnes au milieu de la Manif pour tous. Sauf que les deux victimes ont finalement assuré avoir été protégées par les forces de l’ordre.


De nombreux militants progressistes se livrent volontiers à des amalgames éhontés sur les policiers, soupçonnés en bloc de brutalité et de racisme.

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Et bien sûr, ils tiennent pour acquis qu’un flic est forcément homophobe. Samedi 10 octobre, place Vendôme, en pleine Manif pour tous, un couple d’hommes qui avait choisi de s’embrasser au milieu des participants était exfiltré par la police. Les intéressés n’avaient même pas eu le temps de donner leur version des faits que le site de Têtu titrait, photo à l’appui : « La préfecture de police estime que ces baisers représentaient un trouble à l’ordre public ». Ni une ni deux, les réseaux sociaux partaient en vrille, dénonçant l’homophobie systémique de nos flics. Manque de chance, les deux victimes, militants d’Extinction Rébellion, ont tenu à remercier les policiers qui leur auraient « sauvé la vie », et expliqué que les forces de l’ordre les avaient protégés des agressions du service d’ordre de la Manif pour tous.

La Préfecture de police a parlé de raccourcis fallacieux. Et Têtu a mis à jour son article, ce qui signifie qu’il a fait disparaître les bobards qu’on avait publiés.

Et en même temps, il fallait bien l’évacuer cette place de la République…

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Trois ans après son élection, on se pose toujours la question de la stratégie d’Emmanuel Macron quant aux migrants. Après l’évacuation agitée d’un camping à la Nuit Debout place de la République (en était-il possible autrement?), voilà que Gérald Darmanin charge la police…


Un ministre de l’Intérieur, garant de l’ordre public, aurait dû s’indigner que des groupuscules gauchistes et des ONG instrumentalisent des migrants illégaux et occupent quasi militairement la place de la République à Paris, lundi 23 novembre au soir. En quelques minutes, les gauchistes ont monté plusieurs centaines de tentes de camping pour réclamer une «mise à l’abri» de 400 migrants illégaux tous issus selon les associations du camp de Saint-Denis, évacué mardi dernier par la police.

Ce squat politique de la place de la République était un raid politique à l’instar de ceux qui ont eu lieu à la basilique de Saint Denis en mars 2018, au Panthéon en juillet 2019, ou dans les rues de Paris en mai 2020. Ce squat politique était de plus en infraction avec les règles du confinement sanitaire. Que voulaient les gauchistes ? Comme d’habitude : faire savoir à l’État qu’il était raciste, islamophobe et antimusulman. 

Indignation surjouée

Avec une célérité qui l’honore, la police a immédiatement démantelé le camping illégal des migrants. Mais au lieu de féliciter ses troupes de leur rapidité d’intervention, au lieu de se féliciter d’avoir rendu un espace public au public, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, a pointé contre ses troupes un doigt accusateur. « Certaines images de la dispersion du campement illicite de migrants place de la République sont choquantes. Je viens de demander un rapport circonstancié sur la réalité des faits au Préfet de police d’ici demain midi. Je prendrai des décisions dès sa réception ».

Le tweet de Gérald Darmanin est d’autant plus surprenant qu’aucune charge policière n’a été menée, qu’aucun tir de LBD ne semble avoir eu lieu et qu’aucun œil n’a été crevé. Et l’épisode Shahbuddin que rapporte le Figaro, cet Afghan de 34 ans qui revisse un bonnet gris sur son crâne et qui sanglote après avoir été sorti de sa tente « C’est trop violent, on veut juste un toit » prêterait finalement presqu’à sourire.


À qui l’indignation surjouée du ministre s’adresse-t-elle ? Aux médias, afin qu’ils ne soient pas tentés de donner de lui une image de ministre botté et casqué ? À Eric Dupond-Moretti, ministre de la Justice tout acquis à la diversité et à une politique droit-de-l’hommiste ? A une gauche favorable à l’invasion migratoire musulmane ? 

Darmanin imite le patron

Comme à chaque fois, toutes les interprétations contradictoires sont permises. Comme si l’« en-même temps » avait cessé d’être le marqueur du seul Emmanuel Macon, pour devenir celui de toute son équipe ! Quelle que soit la situation, deux discours contraires sont toujours mis en avant ; une parole vient annuler un acte ; à moins que ce ne soit l’inverse ; tantôt Darmanin (la droite de Macron) contredit Dupond-Moretti (la gauche de Macron) ; tantôt c’est le même Darmanin qui annonce une chose et son contraire. Le gouvernement prépare une loi contre le « séparatisme » ? Mais il omet volontairement de mentionner le « séparatisme islamiste » et il préparerait une journée nationale de repentance à propos de la guerre d’Algérie. Il veut obliger les photographes de presse à flouter le visage des policiers, mais quand les médias protestent, le ministre de l’Intérieur tance publiquement les forces de l’ordre parce qu’elles bousculent des migrants. Le gouvernement veut couper les financements étrangers pour promouvoir l’islam de France ? Mais il s’apprête à confier la formation d’imams « républicains » au CFCM (émantion des Frères Musulmans, cette multinationale qui considère que la charia est supérieure aux lois de la République !) Et ainsi de suite…

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Cet « en même temps » serait mortel face à une opposition résolue qui aurait une analyse critique de la situation et un contre projet consistant pour la France. Mais tel n’est pas le cas. Face à une opposition qui ne sait jamais à quoi elle doit s’opposer, la névrose « en même temps » introduite par Emmanuel Macron devient en politique un avantage tactique. Le même gouvernement occupe toutes les positions et empêche l’adversaire d’en occuper solidement une seule. Avantage non négligeable, cette tactique désoriente toujours plus un électorat qui se désintéresse toujours plus de la politique. Telle est la finalité de cette tactique politicienne permanente : empêcher de poser jamais la question de la stratégie.

Carrefour et le racisme imaginaire

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Jeudi 19 novembre, deux vigiles ont battu à mort un client de l’hypermarché Carrefour de Porto Alegre (Brésil). Comme la victime était noire, des manifestants accusent depuis la firme de racisme, mettant le groupe dans la tourmente.


Le motif du drame est encore à établir mais il semble que tout ait commencé par une banale altercation avec une caissière. Quelques secondes plus tard, le client a été intercepté au niveau du parking par les vigiles qui l’ont passé à tabac. Dans les images captées par un passant, l’on voit un homme à terre qui reçoit des coups de poing au visage, sous les yeux de sa femme et d’une employée de Carrefour qui, au lieu de s’interposer, se contente de filmer la scène avec un téléphone portable.  La victime, João Alberto Silveira Freitas, est mort dans les minutes suivantes. Il était noir, ses deux meurtriers étaient de type latino.

Lecture raciale et identitaire immédiate des multinationales

Sans attendre les résultats de l’enquête, les bien-pensants brésiliens ont crié au crime raciste et des militants d’extrême-gauche ont dévalisé un magasin Carrefour à São Paulo. Comme si piétiner des yaourts allait ressusciter le pauvre João Alberto et alléger le deuil de sa famille. 

Pire, Alexandre Bompard, PDG mondial du groupe Carrefour, n’a rien trouvé de mieux que de sauter les deux pieds joints dans le marécage antiraciste en déclarant sur Twitter que sa société récuse le « racisme » et appuie la « diversité ». Déconcertante est la facilité qu’ont certains grands patrons de plaquer sur le réel une lecture raciale ou identitaire (LGBT, féministe notamment). Ils feraient mieux d’examiner les faits avec la hauteur de vue et le discernement qui siéent aux élites.

Au lieu de s’autoflageller sur la diversité, Carrefour ferait mieux de revoir de fond en comble ses politiques d’achats et de RH pour s’assurer que l’humain n’est pas traité comme une marchandise

Pour qu’un crime soit raciste, il ne suffit que les mis en cause soient de couleurs de peaux différentes. Il faut arriver à démontrer qu’il a été motivé par la haine raciale. Autrement, 50% ou plus des vols à main armée commis dans les grandes villes brésiliennes seraient des crimes racistes puisqu’en général les victimes sont blanches et les auteurs sont de couleur. Et prise sous cet angle, la criminalité en France serait la pure et simple expression du racisme antiblanc, les victimes étant souvent « de souche » et les prévenus en majorité d’origine africaine et arabe.

Les faits, rien que les faits

La première certitude dont nous disposons est que les deux vigiles sont employés d’une société privée, très connue dans la place. La deuxième est que l’un des meurtriers de João Alberto est un policier de 24 ans qui n’aurait jamais dû être là, n’ayant pas été autorisé par sa hiérarchie à arrondir ses fins de mois en tant que vigile. 

La photo de la chienne Manchinha avait fait le tour des réseaux sociaux grâce aux défenseurs des animaux au Brésil. D.R.
La photo de la chienne Manchinha, tuée par des vigiles employés par Carrefour, avait fait le tour des réseaux sociaux, grâce aux défenseurs des animaux au Brésil. D.R.

Et ce n’est pas la première fois que des agents de sécurité privée au service de Carrefour font parler d’eux. En décembre 2018, un gardien a tué une chienne à coup de barre de fer dans un magasin de la banlieue de São Paulo (elle s’appelait Manchinha). Au Brésil, le recours à la sous-traitance est devenu une course au prix le plus bas, parfois au mépris de la performance et la sécurité. Au lieu de s’autoflageller sur la diversité, Carrefour ferait mieux de revoir de fond en comble ses politiques d’achats et de RH pour s’assurer que l’humain n’est pas traité comme une marchandise

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Le meurtre du pauvre João Alberto a eu lieu sous les yeux d’une employée du groupe Carrefour. Pourquoi s’est-elle contentée de filmer le supplice de la victime ? Est-ce qu’elle a été instruite à le faire ? Si oui, par qui ? Ou bien souhaitait-elle « se couvrir » face à la hiérarchie ? Ce cas rappelle un incident survenu en août dernier au magasin Carrefour de Recife lorsqu’un homme de 53 ans a perdu la vie suite à un infarctus fulminant. Les employés n’ont rien trouvé de mieux à faire que de couvrir le corps avec des parasols déployés. Personne n’a cru bon de fermer le point de vente.

Dans un magasin de Sao Paolo, la manifestation dégénère le 20 novmbre 2020...
Dans un magasin de Sao Paolo, la manifestation dégénère le 20 novembre 2020…

Il y a quelque chose à revoir du côté de la culture d’entreprise de Carrefour au Brésil. Et loin de moi l’idée de donner l’impression que Carrefour est le vilain petit canard au milieu d’un marché qui respire l’humanisme. En réalité, le contexte brésilien est très tendu, partout les salariés ont peur de perdre leur emploi, le taux de chômage dépasse désormais les 14% de la population active. En effet, le pays est plongé dans une crise économique sévère depuis 2015, que le confinement n’a fait qu’aggraver. Aussi, est-il normal que les gens se conforment à des procédures absurdes afin de préserver leur poste. Difficile de leur en vouloir, il revient aux responsables les plus proches du terrain de rassurer les employés en les autorisant à prendre des initiatives à chaque fois que la vie et la dignité humaines sont en jeu.

Le racket des entreprises au nom de l’antiracisme

Il est fort probable que les dirigeants de Carrefour ne soient pas interpellés par les militants antiracistes sur ces questions de fond. L’époque veut que ce genre de drame reçoive une justice intéressée et expéditive. Avant que le cadavre ne refroidisse, l’on désigne le coupable idéal : le racisme c’est-à-dire tous les blancs pris collectivement, le racisme étant un crime collectif et hérité de père en fils. Ensuite, on fait un chèque à la « bonne cause » comme on payait jadis un tribut pour avoir la paix. Il est fort probable que Carrefour se trouve obligé de financer des initiatives antiracistes aux mains d’ONG qui œuvrent pour le « bien », le « progrès » et « l’égalité ». Comprenez des ONG qui se nourrissent du sentiment de culpabilité des grandes entreprises et de leur désir de respectabilité.

Et, dans les cas extrêmes, l’on s’inflige des campagnes de publicité scandaleusement biaisées où l’homme blanc hétéro est écrasé sous le poids de sa « dette historique ». 

Ainsi, la responsabilité sociétale est en train de devenir une opération de racket et d’intimidation au détriment des multinationales. Du sort du noir, peu se préoccupent réellement. L’essentiel est de donner à manger à la bureaucratie en émergence, celle de la société civile progressiste, qui a besoin de martyrs pour mettre le couteau sous la gorge au grand capital. Et si cela veut dire faire du pauvre João Albert un Martin Luther King brésilien, on le fera, comme on ne reculera devant rien pour présenter le Brésil aux yeux du monde comme le Mississipi des années 1960. When money speaks, truth is silent. 

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À terme, nos bienpensants alliés au grand capital feront de l’homme noir un bibelot que l’on pose bien en vue dans une salle de réunion. Un objet précieux et fragile qui se brise dès qu’une femme de ménage rustre pose ses gros doigts dessus. Alors, on gémit, on s’indigne, on s’agenouille pour en ramasser les morceaux et l’on confie, toujours aux mêmes amis de la cause noire, le soin de reconstruire le fétiche tel quel. Il suffit de payer. 

Les choses changeront le jour où le noir présidera la réunion et en définira l’agenda. Il se débarrassera alors du bibelot et des marchands d’antiquités qui font antichambre. 

Au Brésil, pour que le noir s’approprie la salle de réunion, il n’a pas besoin que Carrefour, Walmart ou Peugeot s’agenouille devant lui. Il suffit que les multinationales prohibent définitivement et sans appel le principe de cooptation, qu’au Brésil nous appelons indicação. Cette pratique gangrène le marché de l’emploi et réserve les meilleures places à ceux qui ont des relations. Bannissez l’indicação et vous verrez des noirs concurrencer honnêtement et sur un pied d’égalité les « fils de » et les « bien nés ». Au lieu de stigmatiser 90 millions de blancs brésiliens au nom du racisme systémique, il suffit d’appuyer sur un bouton. Et ce bouton est à la portée des conseils d’administration. Tout cela est très simple, ne coûte rien et en plus c’est éthique ! 

Mon père, le Maroc et moi: Une chronique contemporaine

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L’art d’intensifier la vie en la réécrivant

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Dans un livre écrit il y a plus de dix ans, Didier Blonde nous raconte la quête d’un amour impossible. Quant à Jan Baetens, il fait paraître Une fille comme toi, un récit étonnant où les personnages changent régulièrement de nom et de visage. 


Didier Blonde a écrit en 2009 Un amour sans paroles (Gallimard). Ce livre magnifique raconte la quête d’un amour impossible pour une actrice morte, Suzanne Grandais, étoile filante du cinéma muet des années 1910 à 1920, admirée de son vivant et ayant tourné avec les plus grands de l’époque (dont Feuillade), morte à 27 ans dans un accident de voiture, puis tombée dans l’oubli. Des décennies plus tard, le narrateur d’Un amour sans paroles va découvrir par hasard l’existence de cette actrice, en tomber furtivement amoureux, l’oublier à son tour, puis découvrir les notes d’un autre admirateur de Suzanne Grandais, adorateur de l’actrice puis de son fantôme. Suzanne Grandais survivra dans l’esprit des deux hommes, projetée sur la toile nocturne des songes, image muette « d’un visage, d’une silhouette, d’un sourire », fruit de tous les fantasmes. Figée dans leurs souvenirs, rehaussée par sa jeunesse éternelle, l’image cinématographique de l’actrice restera imprimée sur l’écran spectral des amoureux comme une photographie se répétant à l’infini. À la fin du livre, le narrateur s’interroge : « Palimpseste des souvenirs. A quelle inconnue de ma mémoire ai-je donné le nom de Suzanne Grandais – et son visage comme un masque mortuaire ? Elle est là comme un mot qui hésite sur le bout de la langue, le bougé d’une silhouette au bord d’une photographie. […] N’est-ce, moi aussi, qu’une image que je poursuis ? »

Un ciné-roman-photo très prisé dans les années 1950-60

L’historien et poète Jan Baetens poursuit lui aussi les images. Il collectionne des ciné-romans-photos, genre très prisé dans les années 1950-60 qui consistait à reprendre sous un format papier-photographique un film réellement projeté sur les écrans. Il fait paraître aujourd’hui Une fille comme toi (Jean Boîte Éditions – JBE Books), sorte de “palimpseste des souvenirs” de l’auteur puisque ce nouveau ciné-roman-photo est composé de trois cents photogrammes tirés de sa collection privée (mille cinq cents ciné-romans-photos). Une fille comme toi est par conséquent le ciné-roman-photo d’un film qui n’a jamais existé mais dont nous reconnaissons de nombreuses scènes et les vedettes de cinéma de cette époque.

Les photogrammes utilisés étant strictement ceux des différents romans-photos d’origine (cadrages, textes, typographies…), Une fille comme toi décline un étonnant récit où les personnages changent de nom et de visage à presque chaque plan, dans des décors toujours nouveaux. Le lecteur a la sensation de lire un rêve, une aventure étrange dont l’onirisme est amplifié par les changements d’atmosphère comme par les photographies aux qualités inégales.

Didier Blonde.  © Francesca Mantovani/ Gallimard
Didier Blonde. © Francesca Mantovani/ Gallimard

Didier Blonde fait revivre l’oubliée et fantomatique Suzanne Grandais sur l’écran de ses rêves ; Jan Baetens réécrit un ciné-roman-photo empli de spectres cinématographiques. L’image photographique, à l’inverse du déroulement infatigable de l’image animée, laisse une grande liberté d’interprétation. Le rêveur est à son aise au bord de l’image figée, il peut s’y reposer et laisser libre cours à son imagination. Qui se souvient de ses rêves se souvient souvent d’abord de plans fixes, visages ou paysages, saccadés, brouillés, intemporels. Une histoire apparaît, mais mouvementée et étrange, au milieu d’un chaos d’images, et se transforme en un souvenir difficilement racontable, d’où émergent quelques clichés plus ou moins nets, apparemment sans lien. Apparemment…

Une déclaration d’amour à un genre disparu

Une fille comme toi est un de ces rêves. Des fantômes magnifiques sortis de l’écran se laissent admirer sur le papier et chamboulent nos sens : Ingrid Bergman y côtoie Dany Carrel, Michèle Morgan ressemble à Danièle Delorme qui ressemble à Anouk Aimée, une inconnue se transforme en Marina Vlady. L’homme y est tour à tour transi d’amour, viril, impuissant, violent, et prend indifféremment le visage de Bébel, Jean-Claude Brialy, Bernard Blier ou Burt Lancaster.
Godard, Visconti, Cayatte, Hitchcock, et d’autres moins connus, co-dirigent malgré eux Une fille comme toi, film qui n’existe que sous le format populaire du roman-photo créé par Jan Baetens et qui mêle tous les genres du cinéma : Hélène de Troie et le Prince Corbera de Salina du Guépard y descendent de leur piédestal et se mêlent aux aventures ordinaires de couples qui s’enlacent puis s’entretuent ; un homme crocodile et une tarentule géante y peuplent les cauchemars d’une femme qui s’interroge sur son amant ; un meurtre y a lieu et le meurtrier a les traits de trois acteurs différents.

Photogrammes issus du livre de Jan Baetens "Une fille comme toi", parmi une collection de plus de 1500 ciné-romans-photos.

Photogrammes issus du livre de Jan Baetens "Une fille comme toi", parmi une collection de plus de 1500 ciné-romans-photos.
Photogrammes issus du livre de Jan Baetens « Une fille comme toi » (JBE Books), parmi une collection de plus de 1500 ciné-romans-photos.

Une fille comme toi, en plus d’être une réflexion sur l’art, l’imaginaire et les possibilités modernes de réécriture inventive, est une déclaration d’amour à un genre disparu auquel Jan Baetens redonne ses lettres de noblesse en créant une fiction inédite sous la forme d’un roman-photo à la fois populaire et conceptuel. Cette fiction est le “palimpseste des souvenirs” cher à Didier Blonde, la réécriture d’une mémoire, celle de nouveaux souvenirs imaginés par quelques-uns, amoureux, théoricien, poète, historien ou éditeur, ne faisant plus qu’un à la recherche « du même plaisir, du même travail, intensifier la vie » (Truffaut).

Pays-Bas : Thierry Baudet se bat pour sa survie en politique

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Thierry Baudet © Shutterstock/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40792088_000071

Thierry Baudet, le dandy de la droite dure néerlandaise, concurrent principal de M. Geert Wilders, ne supporte plus les « procès par médias interposés », a-t-il annoncé lundi 23 novembre.


Thierry Baudet, le dandy de la droite dure néerlandaise, promis il y a peu à un grand avenir, se bat pour sa survie politique.

Ne supportant plus le « procès par médias interposés », il annonça sa démission le lundi 23 novembre. Pour se raviser peu après, laissant en désarroi le parti fondé par lui-même en 2017, le Forum voor (pour la) Democratie (FVD). C’est comme si Marine Le Pen quittait le Rassemblement national avant de changer d’avis et de préparer son retour.

Tout avait commencé au printemps par une  fronde au sein du FVD. M. Baudet aurait réagi trop mollement contre des membres de l’aile de la jeunesse de Forum, accusés de tweets, d’apps et de posts sur Instagram avec un contenu raciste, antisémite et homophobe.

Baudet, francophile et francophone, musicien de talent, fier des gouttes de sang indonésien dans ses veines, feignait d’abord que le sujet l’ennuyait. Il admonestait mollement les coupables et enjoignait le dirigeant des jeunes du Forum à mettre de l’ordre. Efforts restés sans effet, car des journalistes de la presse néerlandaise continuent de fouiner les tweets et apps de jeunes fans de « Thierry ». Spectacle quelque peu désolant, que celui des limiers de la presse d’un certain âge chassant les élucubrations d’adolescents ou post-adolescents qui, comme chacun sait, déconnent ferme sur les réseaux sociaux. Aussi n’est-il pas facile d’ établir si ces frasques racistes ou homophobes étaient de véritables professions de foi, ou des provocations mêlées d’humour potache.

Un doute que certains journalistes et commentateurs ne se permettaient pas, sûrs dans leur conviction que ses garçons et filles sont d’affreux fascistes tolérés, sinon encouragés, par M. Baudet en personne. Celui-ci fut traîné dans la boue d’une manière qui rappela le lynchage médiatique de M. Pim Fortuyn, assassiné pour ses idées en 2002.

Baudet refusa de désavouer « sa » jeunesse, plaidant pour une solution tres politicienne: l’instauration d’une commission d’enquête. Mais son cercle restreint commençait à le lâcher à mesure que les révélations sur ces scandaleux jeunots se succédèrent, exigeant notamment le renvoi de leur dirigeant, M. Freek Jansen. Cet ami intime et conseiller de M. Baudet avait été accusé de sympathies pour les nazis, qu’il niait. Quand ses plus proches collaborateurs exigeaient eux-aussi le renvoi de M. Freek Jansen, M. Baudet embrassa son camarade longuement devant les caméras en guise de pied de nez à ses détracteurs dans son parti et dans la presse. Quelques heures après, il annonça sa démission comme tête de liste et président du parti. Décision qu’il regretta un peu plus tard, quand il annonça sa volonté de revenir. Ce qui donnait lieu à des soucis sur son état mental.

Il est vrai que, ces derniers mois, M. Baudet avait fait preuve de lassitude sous le feu des médias dits sérieux qui en général le détestent copieusement. Au Parlement, où son parti n’occupe que trois des 150 sièges, M. Geert Wilders, son concurrent à la droite de la droite, dont le parti PVV en occupe vingt, lui vola la vedette. M. Baudet, écrivain d’un certain renom, ne semblait pas doué pour la politique pratique ou pour un rapport apaisé avec les médias. Qui ne cessèrent de lui reprocher ses contacts avec un dirigeant de l’alt-right aux Etats-Unis, son souhait que les Pays-Bas puissent rester une nation Blanche, son admiration pour MM. Poutine et Orban, sa rencontre avec le très admiré Jean-Marie Le Pen.…

Non sans raison, M. Baudet avait accusé les médias néerlandais de considérer sa curiosité comme un vilain défaut. Une rencontre avec un penseur fulgurant de l’extrême droite américaine n’équivaut pas à partager ses idées, répétait-il à satiété avant  de sombrer dans un certain morosité.

Et dans une folie autodestructrice, selon ses adversaires. Quand soudain il annonça sa volonté de revenir à la tête du parti, ses adversaires, furieux, lui interdirent l’accès au siège à Amsterdam. Pour être certains que M. Baudet n’y mettrait plus les pieds, les « putschistes », selon l’intéressé, firent remplacer la serrure. En même temps, ses derniers soutiens de poids  s’évaporèrent  après les révélations, venant d’ une sénatrice de son parti, que M. Baudet avait proféré des opinions tachées d’antisémitisme. Surtout en ce qui concerne George Soros et la ‘responsabilité’ de celui-ci dans la propagation du coronavirus. C’était le signal du départ des derniers cadres du parti.

Baudet reste populaire, cependant, parmi les membres ordinaires qu’il compte consulter sur son désir de retour. « Référendum », dont la date reste à déterminer, avec l’aval grinçant de ce qui reste de la direction, qui l’avait pourtant congédié.

Qu’il semblait loin, le temps pourtant proche quand son parti sortit vainqueur des élections provinciales fin 2019. Environ un million de Néerlandais avait opté pour les candidats de Forum voor Democratie, ce qui fit sensation dans un pays peu enclin au renouvellement en politique. Rétrospectivement, le triomphe portait en lui les germes de la chute de M. Baudet. Car son discours cette nuit-là, avec moult références au philosophe Hegel, la civilisation boréale et autres sujets incompréhensibles pour le Néerlandais moyen, mécontentait fort ses plus étroits collaborateurs. Thierry, disaient-ils en substance et en coulisses, aurait dû avoir la décence de se joindre à une soirée électorale festive et arrosée, au lieu de prendre ses électeurs par le haut. Critique encore feutrée, mais qui mena directement à l’implosion du parti dans laquelle la droite dure tendance intello avait fondé tant d’espoirs.

Les sondages prévoient que, pour les élections législatives de mars 2021, bon nombre d’électeurs déçus de M. Baudet vont jeter leur dévolu sur le très terre-à-terre M. Wilders. Pour beaucoup, c’est un retour au bercail. Leur flirt avec M. Baudet fut aussi intense que bref.

Article mis à jour le 04 décembre 2020. 

 

OUI-MÉ-LÉ-ZÔTRES !

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Marche contre l'islamophobie, le 10 novembre 2019. © SEVGI/SIPA Numéro de reportage : 00931703_000026

Les critiques faites à l’encontre de l’islam provoquent un réflexe pavlovien : le « ouimélézôtres ». Or, les « zôtres » ont déjà fait leur autocritique depuis bien longtemps…


« C’est vrai, Madame la juge, mon client a tué et opprimé des millions de personnes et appelé à en tourmenter encore bien plus, mais il faut l’acquitter puisque d’autres ont fait pareil. » Étrange plaidoirie, que même l’inénarrable Jacques Vergès ou notre audacieux Garde des Sceaux n’ont, je crois, jamais osée.

Non seulement les zôtres ont fait et font leur autocritique, mais on constate quotidiennement qu’il est possible de critiquer ces zôtres sans être immédiatement accusé de zôtrophobie, sans être injurié, harcelé, menacé, agressé

Et pourtant ! Combien de fois n’ai-je pas entendu cette parodie d’argument venant de ceux qui tentent de défendre l’islam. « Ouimélézôtres »: oui mais l’Inquisition, oui mais les Croisades, oui mais la colonisation, oui mais l’esclavage, oui mais les Territoires Occupés, oui mais les bombardements par les États-Unis et leurs alliés, oui mais, oui mais, oui mais. Et bien sûr, tour à tour lamentation geignarde ou accusation rageuse, « pourquoi ne critiquez-vous toujours que l’islam ? » Peut-être parce que de nos jours l’islam est la seule idéologie présente sur notre sol (avec ses alliés « woke ») à remettre sérieusement en cause l’égalité des droits civiques entre les sexes, la liberté de conscience, et le droit de rechercher la vérité?

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Mais reprenons. Ceux qui, à mes critiques de l’islam, répondent « ouimélézôtres » seraient-ils prêts à aller jusqu’au bout de leur propre logique ? Accepteraient-ils d’être volés ou tués sous prétexte qu’il y a ailleurs dans le monde des voleurs et des meurtriers? Qu’il y a, même, des voleurs et des meurtriers impunis? Je crois raisonnable d’affirmer qu’ils refuseraient….

« Rien à voir avec l’islam ! » disent-ils…

Les crimes des autres ne sont pas une excuse, et ils le sont encore moins lorsque l’on prétend être « la meilleure communauté » (je sais, l’humilité n’est pas la caractéristique première de certains). L’argument a même un degré d’absurdité supplémentaire lorsqu’il est évoqué pour justifier une loi prétendument révélée par un dieu, dictée, éternelle et incréée. Allah ne saurait se prévaloir des crimes commis par des mortels livrés à eux-mêmes, pour justifier le fait qu’il prescrive à ses adeptes de commettre les mêmes crimes, voire pire – ou alors, il faudrait qu’il renonce à bon nombre des attributs que lui donnent généralement ses fidèles.

Il est très révélateur que, pratiquement comme un réflexe, les critiques faites à l’islam et/ou aux musulmans suscitent en réponse ce « ouimélézôtres », surtout lorsque ces autres sont déjà tout autant critiqués, voire – et c’est le plus intéressant – lorsqu’ils font déjà leur autocritique.

À titre d’exemple, on se souvient trop peu des mots de Jean-Paul II confessant en mars 2000 les fautes commises par l’Église pendant ses vingt siècles d’histoire, ou encore implorant en 2003 « le Seigneur tout-puissant pour sa miséricorde envers les fautes commises contre l’Homme, sa dignité et sa liberté, y compris par les fils de l’Église catholique. » À quand l’un des plus hauts dignitaires musulmans implorant le pardon pour tous les crimes commis par l’islam, ou par des musulmans, contre l’Homme, sa dignité et sa liberté? Il faudrait d’abord qu’il commence par admettre que les crimes commis au nom de l’islam est en parfaite conformité avec les enseignements de textes sacrés.

Le refus de l’autocritique

« Ouimélézôtres »: les zôtres sont capables de se préoccuper d’éthique et de morale, ils sont capables de se préoccuper du Bien et du Mal, et d’en débattre. Tant qu’il ne raisonnera qu’en termes de conformité aux prescriptions autoréférentes de ses textes, de permis et d’interdit, licite et illicite, halal et haram, l’islam ne pourra pas être à la hauteur de tous ces autres, et restera désespérément prisonnier de ce qu’il y a de pire en lui. Et ce pire, ces versets et ces « beaux exemples » jamais vraiment rejetés, jamais vraiment désavoués, ce pire est un crachat au visage de la dignité humaine, et une déclaration de guerre au monde entier.

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« Ouimélézôtres »: parce qu’ils n’ont pas étouffé le sens moral au nom de l’obéissance, les zôtres ont pu apprendre et grandir. En d’autres temps, sans doute, Charlie Hebdo et Mila auraient été brûlés vifs ou embastillés, au nom du Christ ou au nom du Roi, mais plus aujourd’hui. Aujourd’hui, il n’y a qu’une seule religion au nom de laquelle on massacre pour des dessins. Aujourd’hui, il n’y a qu’un seul dieu au nom duquel des dizaines de milliers d’adeptes appellent à violer et tuer une adolescente. Aujourd’hui, les seuls peuples à vouloir ces horreurs ne sont pas les peuples qui ont fait l’Occident.

« Ouimélézôtres »: les zôtres, voyez-vous, ont encore autre chose qui manque cruellement à l’islam et à trop de musulmans. Non seulement les zôtres ont fait et font leur autocritique, mais on constate quotidiennement qu’il est possible de critiquer ces zôtres sans être immédiatement accusé de zôtrophobie, sans être injurié, harcelé, menacé, agressé. Or, il y a un principe général que confirme l’observation de tous les totalitarismes, toutes les dictatures, et qui doit nous guider: la critique la plus urgente est toujours celle de ceux qui refusent d’être critiqués.

Les jeunes musulmans bruxellois frappés d’antilibéralisme social et culturel

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Scene de rue dans le bas Molenbeek, au croisement des rue des quatre vents et Jean-Baptiste Decock, en 2017 © VIRGILIO MARTINI/SIPA Numéro de reportage: 00814077_000001.

Depuis 2006, les crimes antisémites sont, tant en Belgique qu’en France, le fait de musulmans radicalisés. Mais au-delà de ce constat brut, peut-on parler d’un antisémitisme musulman ? Et plus largement, quel rapport les jeunes musulmans entretiennent-ils avec les valeurs occidentales ? Une étude menée auprès des jeunes lycéens bruxellois tente de répondre à cette question.


Joël Kotek et Joël Tournemenne sont tous deux chercheurs au Centre européen d’études sur la Shoah, l’Antisémitisme, les Génocides[tooltips content= »Un laboratoire lié à l’Institut d’Études du Judaïsme près de l’Université Libre de Bruxelles »](1)[/tooltips]. Les résultats de leur étude intitulée « Le Juif et l’Autre dans les écoles francophones bruxelloises », publiés en octobre 2020 par la Fondation Jean Jaurès, révèlent un indéniable antisémitisme parmi les lycéens musulmans, mais aussi un certain « antilibéralisme sociétal et culturel », autrement dit un positionnement nettement conservateur sur le plan des mœurs.

38 écoles secondaires francophones bruxelloises parmi les 60 tirées au sort (sur un total de 115 écoles) ont accepté de participer à cette étude ciblant les jeunes lycéens bruxellois. 1672 jeunes de 16 à 22 ans ont ainsi pu être sondés[tooltips content= »L’âge normal pour ce public est de 16 à 18 ans, mais il est fréquent en Belgique qu un élève doive recommencer une ou plusieurs années d études. »](2)[/tooltips], ce qui constitue un échantillon représentatif de la population scolaire bruxelloise francophone. Parmi ces jeunes, 649 (39%) se réclament de l’islam, et l’immense majorité de ceux-ci (537) se disent pratiquants. 451 (26%) sont non croyants, 418 (25%) sont catholiques (dont 201 pratiquants), 13 seulement sont juifs, et 76 « autres ».

Dans cette étude, les auteurs partent du constat selon lequel l’antisémitisme est depuis 1945 en Belgique « un angle mort », que même l’attentat de 2014 contre le musée juif situé en plein cœur de Bruxelles n’a pas levé. Ainsi, l’accord régional bruxellois de gouvernement conclu en juillet 2019 n‘a pas jugé opportun de citer l’antisémitisme parmi les maux spécifiques bruxellois, à la différence de « la stigmatisation due à un discours récurrent sur la radicalisation et le terrorisme ».

Les populations musulmanes de Belgique sont en termes religieux à contre-courant de l’évolution religieuse de notre continent

De manière plus évidente encore, le lien entre islam et antisémitisme constitue un véritable impensé, auquel les auteurs avancent plusieurs facteurs explicatifs. Parmi eux, l’inclinaison « nettement à gauche » du monde des sciences sociales, qui suscite en son sein une répugnance à interroger « les préjugés d’autres populations discriminées ». Ainsi , l’antisémitisme, conformément à un logiciel politique mâtiné d’ « ethos antifasciste », ne saurait provenir que de l’extrême droite, tandis que les musulmans, dès lors qu’ils seraient les premières victimes de discriminations, seraient en quelque sorte immunisés contre le racisme et l’antisémitisme. Pourtant, comme le rappellent les auteurs, les 17 personnes assassinées depuis 2006 en France et en Belgique parce que juives ou supposées telles l’ont été par de jeunes musulmans radicalisés, comme Merah, Koulibali ou Nemmouche.

Les musulmans, premières victimes de discriminations?

L’étude permet en tout cas d’affirmer que c’est bien ainsi que l’islam est globalement perçu : 39% des non musulmans estiment que l’islam est la religion la plus persécutée, et ce chiffre monte à 65% pour les élèves musulmans sondés. Vient ensuite, quelles que soient les convictions religieuses des sondés, le judaïsme, puis le christianisme, et enfin l’athéisme.

Pourtant, rien ne vient corroborer ce sentiment. Au contraire, les statistiques montrent qu’en Belgique comme en France, depuis 2000, les actes antisémites sont proportionnellement plus fréquents que les actes antimusulmans, et ce alors que les Juifs représentent 0,23% à peine de la population belge, et les musulmans 6 à 7% (et plus de 30% de la population bruxelloise). De plus, la grande majorité des plaintes pour « islamophobie » se rapporte à des refus de port du voile, alors que les actes à caractère antisémite prennent souvent la forme d’agressions physiques.

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Quant à l’étude proprement dite, interrogeant les sondés sur le caractère de « religion de paix et d’amour » de chacun des trois monothéismes, elle met en évidence le fait que l’islam est la religion qui jouit en réalité du plus grand capital de sympathie auprès des sondés, le judaïsme bénéficiant quant à lui de l’image la plus négative, et ce toutes confessions confondues. Seuls 2% des sondés non musulmans se déclarent d’accord avec l’énoncé selon lequel « Chaque musulman est un terroriste potentiel », et la tolérance religieuse la plus large semble régner parmi les élèves bruxellois : 39% des élèves non musulmans (et 71% des élèves musulmans) souscrivent à l’affirmation « Les musulmans doivent avoir la possibilité de vivre publiquement leur foi en Belgique et ce, sans la moindre restriction » – y compris l’autorisation du voile intégral.

On semble donc loin, à la fois dans la société en général et au sein de la jeunesse francophone bruxelloise, d’une quelconque persécution attestée des musulmans en tant que tels, sauf à considérer, à l’instar du Collectif contre l’islamophobie, que l’interdiction du port de signes convictionnels est en soi une discrimination anti-musulmane. De l’aveu même de ce collectif, en effet, « dans près de 76% des cas où le genre de la victime est connu, il s’agit d’une femme (…) C’est lié au port du foulard, un signe visible d’appartenance, mais pas seulement. » 

Un antisémitisme culturel

En revanche, les préjugés antisémites sont bien présents parmi la jeunesse bruxelloise de confession musulmane. L’étude révèle ainsi que pour 17% des sondés musulmans (et 13% des lycéens sondés, toutes confessions confondues), les Juifs constituent une race, mais aussi que 21% des musulmans sondés pensent qu’on a fortement exagéré le nombre de victimes juives assassinées par les nazis, et que 28% des musulmans sondés pensent que les attentats du 11 septembre 2001 sont l’œuvre du Mossad et de la CIA. Ils sont également plus de 35% à croire que « Les Juifs contrôlent les banques et les médias avec les francs-maçons » et plus de 35% à estimer que les sionistes sont des criminels.

Ce qui amène les auteurs à conclure que de manière générale, « La prévalence antisémite est deux fois plus élevée chez les catholiques pratiquants (…) et trois fois plus élevée chez les musulmans, même non-pratiquants. ». Revenant sur une étude réalisée en 2011 par Marc Elchardus, sociologue de l’université flamande VUB, qui concluait de manière similaire, ils rappellent que « les représentations antisémites [ne sont] pas liées au faible niveau d’éducation, ni au désavantage social mais bien à la religiosité des personnes interrogées.»

L’islam, religion de paix et d’amour, mais…

L’islam est religion de paix et d’amour pour 92% des musulmans (et 63% des sondés, toutes convictions confondues) ce qui en fait la religion la plus plébiscitée, devant le catholicisme et enfin le judaïsme. Ce qui n’empêche pas 47% des catholiques de considérer que l’islam veut étendre sa religion au monde entier, opinion qui est d’ailleurs partagée (et donc confirmée) par 40% des musulmans ! De même, l’énoncé selon lequel l’islam est incompatible avec la modernité rencontre l’adhésion de 27% des catholiques pratiquants sondés, de 20% des non croyants, mais aussi, ce qui peut étonner,  de 19% des musulmans !

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Si l’on peut parfaitement comprendre que les musulmans eux-mêmes témoignent d’une affection particulière pour leur religion, y compris dans ses aspects les plus prosélytes et hostiles à la modernité, il est en revanche plus étonnant de constater une attitude similaire chez les non-musulmans. Ainsi, l’étude met en évidence l’attachement de ces derniers à une Europe plus solidaire et tolérante, sensible aux droits de l’homme et à l’altérité. Faut-il en conclure que cette sensibilité à l’altérité va, chez ces jeunes non musulmans, jusqu’à accorder à l’islam fondamentaliste et conquérant le droit de s’imposer à tous ? 

Un rejet des valeurs occidentales

Enfin, sur les questions liées à des valeurs sociales et culturelles, les élèves musulmans sondés se caractérisent par ce que les auteurs appellent un certain « antilibéralisme sociétal et culturel », conservatisme qui se révèle au travers de questions portant sur le rôle des femmes dans la société, l’homosexualité, la peine de mort, la séparation du politique et du religieux ou le rapport à la science. Ainsi, 29% des musulmans pratiquants rejettent le darwinisme, 25% refusent d’avoir un enseignant homosexuel, et 22% des musulmans considèrent devoir rompre une amitié en cas d’homosexualité, contre 3% des non-croyants. Et ils sont 38% de musulmans pratiquants à considérer que la loi religieuse est plus importante que la loi civile (pour 29% de musulmans non pratiquants, ce chiffre tombant à 19% pour les catholiques pratiquants et 8% pour les catholiques non pratiquants).

Ce constat amène les auteurs de l’étude à conclure que « les populations musulmanes de Belgique sont en termes religieux à contre-courant de l’évolution religieuse de notre continent pour être engagées dans un processus de réactivation du religieux. Face à leurs concitoyens qui sont sortis, non sans mal de l’emprise de la religion, celles-ci apparaissent porteurs d’une foi tout à la fois très traditionnelle et très affirmative. »

Il peut dès lors sembler paradoxal que, comme de nombreuses enquêtes le soulignent, les musulmans votent préférentiellement pour deux partis situés à gauche de l’échiquier politique belge francophone, le PS et le PTB. Ce qui se traduit sans doute par un phénomène de renforcement réciproque, où les partis traditionnellement considérés comme progressistes n’hésitent pas à flirter avec un tissu associatif proche des Frères musulmans très actif à Bruxelles, ou intègrent en leur sein des tenants d’un islam conservateur, voire rigoriste, au nom d’une conception de la liberté religieuse qui renforce précisément ces tendances les plus conservatrices. Tout cela, bien entendu, au nom de la liberté de conscience.

Dis, c’est quoi une religion ?

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Erdogan, le sultan voyou

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Recep Tayyip Erdogan en visite à Cologne pour présider l'inauguration d'une des plus grandes mosquées d'Europe, 29 septembre 2018. © Federico Gambarini/dpa/AFP

Les invectives à répétition dont le président turc Erdogan abreuve Emmanuel Macron ont sans doute une visée politique: faire de la Turquie une puissance mondiale et de lui-même un nouveau calife. Elles sont aussi le reflet de son caractère profond, celui d’un homme élevé à la fois à l’école islamique et à l’école de la rue. 


« Tout ce qu’on peut dire d’un chef d’État qui traite des millions de membres de communautés religieuses différentes de cette manière, c’est : allez d’abord faire des examens de santé mentale. » Ces mots du président turc Recep Tayyip Erdogan à l’adresse d’Emmanuel Macron mettent en évidence le style personnel de l’homme qui préside au destin de la Turquie sans interruption depuis le début du XXIe siècle et la marque qu’il imprime aux relations franco-turques.

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Pour comprendre Erdogan, pas besoin de maîtriser le turc, apprendre un seul mot suffit : kabadayi. Ce terme désigne un « fier-à-bras », un zeste voyou, bref celui qui s’impose dans le quartier – qu’on appellerait aujourd’hui en français « petit caïd ». Il résume parfaitement l’homme et son histoire, mais aussi l’essence de son charisme, le secret de son pouvoir politique.

Un détricotage minutieux des réformes kémalistes

Erdogan est né en 1954 dans une famille de migrants caucasiens. Une ascendance si ordinaire qu’elle est devenue proverbiale, « si tu grattes un Turc, tu trouves un Caucasien », dit-on en Turquie. Comme des millions d’autres familles, les aïeux d’Erdogan ont fui leur terre natale devant l’inexorable avancée de l’Empire russe. Ils se sont installés dans les quartiers populaires d’Istanbul et des autres grandes villes de l’ouest de la Turquie. Élevé dans ce milieu très provincial, Erdogan a reçu une éducation imbibée de valeurs traditionnelles (domination masculine appuyée et culture de l’honneur) et encadrée par une pratique assidue de l’islam. Ces milieux populaires conservateurs et farouchement antirépublicains étaient totalement insensibles aux réformes d’Atatürk. Dès que l’ouverture démocratique du régime l’a permis, ils ont chassé du pouvoir Ismet Inönü, le successeur attitré de Mustafa Kemal, pour le remplacer par Adnan Menderes. Arrivé au pouvoir en 1950, ce dernier s’est empressé de détricoter les réformes kémalistes, vidant ainsi la laïcité turque de son sens. Pour ses électeurs, Menderes incarnait l’homme de foi, défenseur du peuple et du libre-marché face à la dictature laïciste et athéiste d’un État bureaucratique et interventionniste soutenu par des élites composées de traîtres occidentalisés.

C’est ainsi qu’à la rentrée 1951, le gouvernement Menderes a permis la réouverture des écoles imam Hatip, réseau d’écoles religieuses privées dont la fermeture par Atatürk une vingtaine d’années plus tôt avait été l’une plus importantes mesures de laïcisation. Dans un climat de guerre froide et de haine anti-Russes – ennemis de toujours devenus en prime communistes et athées –, l’armée, pourtant garante de la laïcité, a choisi face à l’URSS de nouer avec l’islam une alliance de circonstance. Le loup a donc été réintroduit dans la bergerie. Erdogan et nombre de ceux qui dirigent aujourd’hui la Turquie ont été scolarisés dans ces écoles où l’islamisme est la continuité naturelle et la conclusion logique d’un islam vécu comme une religion, une idéologie et une civilisation.

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Menderes a fini par épuiser la patience des généraux. En 1960, il a été renversé par un putsch, avant d’être exécuté un an plus tard. Pour Recep Tayyip Erdogan, alors âgé de sept ans, c’est le drame de sa vie. « Mon père, racontera-t-il quarante ans plus tard, avait apporté à la maison une revue avec des photos de cet homme qui marchait à la potence. Pour mes parents, ce furent des instants de grande émotion. » Le souvenir de l’homme en chemise condamné à mort, les mains liées dans le dos et du chagrin de ses parents accompagneront Erdogan tout au long de sa vie et de sa carrière politique, commencée à la fin des années 1970.

La taqqiya à tous les étages

Dans les rangs de la mouvance islamiste turque fortement inspirée par les Frères musulmans, Erdogan a tout pour réussir. Formé à l’école islamique, mais aussi à celle de la rue, le kabadayi est un excellent footballeur : le « Beckenbauer de Kasipacha » a failli intégrer le Fenerbahçe mais son père a dit yok, niet. À 13 ans, il vend des simit (des pains ronds au sésame qui ressemblent à de gros bagels) pour se faire de l’argent de poche. Ce dur à cuire au mental d’athlète de haut niveau a en plus un vrai talent d’orateur, il connaît par cœur un grand nombre de poèmes et déclame comme nul autre les versets du Coran. Très vite, il s’impose comme un chef et comme une tête politique. Il analyse les raisons de l’échec de l’islamisme turc et en tire les conséquences : taqqiya (dissimulation) à tous les étages et alliances de circonstances. Il avance masqué, jouant le musulman modéré dont tout le monde rêve et mobilise les libéraux turcs et l’Union européenne pour contrer le pouvoir des généraux, ultime rempart de la laïcité. La chose faite, en 2010, se retourne contre ses anciens alliés. En 2018, grâce à une modification de la constitution validée par référendum, il accède au pouvoir quasi absolu. Et toujours au service de la même idéologie.

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Pour ce chef du parti dont l’emblème est une ampoule, l’objectif est l’instauration d’un islam des lumières au sens littéral du terme : le Coran plus l’électricité, le conservatisme plus l’informatique, le capitalisme plus le voile, le stade de football et la mosquée, le nationalisme et l’oumma. La modernité est pour Erdogan une boîte à outils qui servira la revanche que lui et sa génération ont à prendre sur l’élite laïque qui a réprimé l’islam et sur l’élite occidentale qui l’a soutenue, les « Mon Cher » comme on les appelle en turc. Ce n’est pas un hasard si c’est un mot français qui exprime le mépris des kabadayi pour la civilisation occidentale et ses joyaux : la liberté des femmes et de conscience.

Le défenseur de tous les musulmans dans le monde

Dans ces conditions, on comprend mieux les attaques contre Emmanuel Macron, président « Mon Cher » par excellence. Le ton d’Erdogan – qui rappelle celui de Trump – résume son message politique. Certes, le président turc est un sanguin qui recourt naturellement à la provocation et à l’insulte, mais il reste un fin stratège qui surjoue le rôle du pieux-voyou pour s’ériger en défenseur des musulmans du monde, éternellement humiliés et offensés. Comme Ahmadinejad avant lui, Erdogan sait qu’il peut gagner des voix et des cœurs en flattant le penchant victimaire et les ressentiments des couches populaires.

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Ces succès faciles, Erdogan en a besoin. Lui qui a tout misé sur les Frères musulmans depuis le début des révolutions arabes enchaîne les échecs. En Syrie, sa politique a été un fiasco qui le met en porte-à-faux avec l’Iran et la Russie. Dans le monde arabe, il a fait de l’Égypte, de l’Arabie saoudite et des Émirats ses ennemis déterminés. Dans le bassin oriental de la Méditerranée, c’est un bloc composé d’Israël, Chypre, la Grèce, l’Égypte et la France qui se dresse à présent contre lui. En Libye, où il a remporté quelques succès militaires, il a tout misé sur le gouvernement de Tripoli mais risque, comme en Syrie, de quitter la table mains et poches vides. Pour ne rien arranger, une crise économique profonde secoue la Turquie et touche durement sa propre base populaire.

Après presque deux décennies de pouvoir d’Erdogan, la Turquie est faible et isolée. Seul dans le palais de mille pièces qu’il a fait construire à Ankara, rejeté par presque la moitié de l’électorat turc (en 2014 et 2018, il a été élu avec à peu près 52 % des suffrages), Erdogan revient à sa nature profonde de kabadayi. Aux défis du monde, il répond par des roulements de mécaniques et par une fuite en avant dans la surenchère nationaliste, islamiste et narcissique.

Dans la tête de Recep Tayyip Erdogan

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Monseigneur Aupetit, mais qu’est-ce qu’il a sous sa mitre?

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L'archevêque de Paris, Mgr Aupetit, célèbrant la messe de Pâques dans l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, à Paris, le 12 avril 2020. © Dominique Boutin/SIPA Numéro de reportage : 00955670_000007

Les projets de Monseigneur Aupetit pour la rénovation de Notre-Dame de Paris ne sont pas au goût de l’académicien Jean-Marie Rouart


Quelques précisions pour commencer afin de rendre plus clair ce qui va suivre. La chirurgie esthétique a pour mission de réparer les outrages du temps. On retendra la peau d’un cou affaissé par les années. On effacera telle ou telle ride jugée disgracieuse. Mais on s’abstiendra de porter le scalpel sur un visage demeuré éternellement jeune !

Ensuite, rappelons que Notre-Dame est comme son nom l’indique notre. Elle est à nous tous: croyants, non-croyants, catholiques, athées. Les droits de propriété que s’arroge sur elle l’archevêque de Paris sont donc parfaitement contestables.

Mgr Aupetit est un prélat résolument moderne et progressiste. Il a donc décidé, pour sacrifier aux goûts du jour et aux siens, de retaper Notre-Dame pour la mettre en conformité avec ce qu’il juge être la mode. Et surtout il a eu à cœur de faire la peau de ce vieux réac de Viollet-le-Duc. Il envisage ainsi de faire appel à des artistes « contemporains » pour refaire les vitraux brûlés de la cathédrale. Les sièges détruits par l’incendie seront, selon ses vœux, remplacés par des bancs dont l’élaboration sera confiée à des designers modernes. Et sous la nef, il y aura même un parcours lumineux.

Des charpentiers partageant leur savoir-faire à l'occasion des Journées du patrimoine, sur le parvis de Notre-Dame de Paris, le 20 septembre 2020. © Alfonso Jimenez/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40793209_000029
Des charpentiers partageant leur savoir-faire à l’occasion des Journées du patrimoine, sur le parvis de Notre-Dame de Paris, le 20 septembre 2020. © Alfonso Jimenez/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40793209_000029

La fête qui s’annonce sera parfaite si pour la quête il est fait appel à des jeunes bonnes sœurs en tutu. Pour défigurer définitivement Notre-Dame, Mgr Aupetit devrait solliciter Jeff Koons et McCarthy les auteurs immortels du « Vagin de la Reine » et du « Plug anal ». Ils sont certes très chers. Mais pour Notre-Dame ils accepteront de travailler gratuitement car cela leur fera une pub d’enfer.

Pour renflouer les caisses un peu vides de l’archevêché, Mgr Aupetit organisera des spectacles son et lumières sur le parvis de Notre-Dame. On y verra Esmeralda incarnée par une migrante. Ce qui est aussi très tendance.

Bientôt Notre-Dame sera rafistolée et laide. Pour célébrer cet événement, il y aura une messe conduite par l’archevêque de Paris. Rien que d’y penser ça donne furieusement envie d’aller prier à Saint-Nicolas du Chardonnet!

Chic, on peut tourner 20 km autour de la maison!

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24 novembre 2020 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00992403_000010

Ce second déconfinement se déroulera en trois étapes…


Les allocutions se suivent et se ressemblent. Les mêmes questions après les mêmes restrictions. Quelle appréciation le président de la République allait-il nous donner ? Quelles libertés allions-nous recouvrer ?

Se faisant le défenseur de l’art de vivre à la française, Emmanuel Macron n’a tout de même pas hésité à laisser les restaurateurs – entendez « les pestiférés » – fermer leurs portes encore deux mois. C’est le « en même temps » macronien !

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Les restaurateurs peuvent pousser des cris d’orfraie, mais le peuple a un calendrier de sortie progressive du confinement. Trois dates : 28 novembre, 15 décembre et 20 janvier 2021.

Le 28 novembre, les petits commerces rouvriront (mais n’oubliez pas votre attestation !). Les promenades et activités physiques seront permises dans un rayon de 20 kilomètres pour trois heures. 

Le 15 décembre, si la situation sanitaire le permet, le confinement sera à nouveau allégé. L’autorisation ne sera plus nécessaire pour se déplacer, mais un couvre-feu national de 21 heures à 7 heures sera instauré. Les salles de cinéma, les théâtres et les musées pourront rouvrir. Noël est sauvé, et papi et mamie pourront manger seuls dans la cuisine. 

Enfin, le 20 janvier, il sera alors question d’ouvrir les restaurants et les salles de sport. Quant aux lycées, ils pourront être pleinement ouverts. Et le couvre-feu national sera levé. 

Si Emmanuel Macron a dissipé les doutes et les craintes autour de l’éventualité d’une vaccination obligatoire, il est toujours étonnant de voir notre président de la République faire fi des spécificités locales. Dès la fin du premier confinement, le maître-mot était « adaptation ». Aujourd’hui, il n’est même plus évoqué. Une preuve de plus que le déconfinement de mai fut très mal préparé.

Elisabeth Lévy réagit à la dernière adresse du président français sur Sud Radio
« Encore cette folie réglementaire et son cortège d’absurdités »

Quand exfiltration rime avec désinformation

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Caroline Roux, déléguée générale adjointe d’Alliance VITA, le 10 octobre à Paris lors de la manifestation "Marchons enfants". © Georges Gonon-Guillermas/Hans Lucas/AFP

En octobre, la police a été accusée d’homophobie suite à l’exfiltration de deux personnes au milieu de la Manif pour tous. Sauf que les deux victimes ont finalement assuré avoir été protégées par les forces de l’ordre.


De nombreux militants progressistes se livrent volontiers à des amalgames éhontés sur les policiers, soupçonnés en bloc de brutalité et de racisme.

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Et bien sûr, ils tiennent pour acquis qu’un flic est forcément homophobe. Samedi 10 octobre, place Vendôme, en pleine Manif pour tous, un couple d’hommes qui avait choisi de s’embrasser au milieu des participants était exfiltré par la police. Les intéressés n’avaient même pas eu le temps de donner leur version des faits que le site de Têtu titrait, photo à l’appui : « La préfecture de police estime que ces baisers représentaient un trouble à l’ordre public ». Ni une ni deux, les réseaux sociaux partaient en vrille, dénonçant l’homophobie systémique de nos flics. Manque de chance, les deux victimes, militants d’Extinction Rébellion, ont tenu à remercier les policiers qui leur auraient « sauvé la vie », et expliqué que les forces de l’ordre les avaient protégés des agressions du service d’ordre de la Manif pour tous.

La Préfecture de police a parlé de raccourcis fallacieux. Et Têtu a mis à jour son article, ce qui signifie qu’il a fait disparaître les bobards qu’on avait publiés.

Et en même temps, il fallait bien l’évacuer cette place de la République…

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Place de la République à Paris, le 23 novembre 2020 © MICHEL SETBOUN/SIPA Numéro de reportage: 00992241_000006.

Trois ans après son élection, on se pose toujours la question de la stratégie d’Emmanuel Macron quant aux migrants. Après l’évacuation agitée d’un camping à la Nuit Debout place de la République (en était-il possible autrement?), voilà que Gérald Darmanin charge la police…


Un ministre de l’Intérieur, garant de l’ordre public, aurait dû s’indigner que des groupuscules gauchistes et des ONG instrumentalisent des migrants illégaux et occupent quasi militairement la place de la République à Paris, lundi 23 novembre au soir. En quelques minutes, les gauchistes ont monté plusieurs centaines de tentes de camping pour réclamer une «mise à l’abri» de 400 migrants illégaux tous issus selon les associations du camp de Saint-Denis, évacué mardi dernier par la police.

Ce squat politique de la place de la République était un raid politique à l’instar de ceux qui ont eu lieu à la basilique de Saint Denis en mars 2018, au Panthéon en juillet 2019, ou dans les rues de Paris en mai 2020. Ce squat politique était de plus en infraction avec les règles du confinement sanitaire. Que voulaient les gauchistes ? Comme d’habitude : faire savoir à l’État qu’il était raciste, islamophobe et antimusulman. 

Indignation surjouée

Avec une célérité qui l’honore, la police a immédiatement démantelé le camping illégal des migrants. Mais au lieu de féliciter ses troupes de leur rapidité d’intervention, au lieu de se féliciter d’avoir rendu un espace public au public, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, a pointé contre ses troupes un doigt accusateur. « Certaines images de la dispersion du campement illicite de migrants place de la République sont choquantes. Je viens de demander un rapport circonstancié sur la réalité des faits au Préfet de police d’ici demain midi. Je prendrai des décisions dès sa réception ».

Le tweet de Gérald Darmanin est d’autant plus surprenant qu’aucune charge policière n’a été menée, qu’aucun tir de LBD ne semble avoir eu lieu et qu’aucun œil n’a été crevé. Et l’épisode Shahbuddin que rapporte le Figaro, cet Afghan de 34 ans qui revisse un bonnet gris sur son crâne et qui sanglote après avoir été sorti de sa tente « C’est trop violent, on veut juste un toit » prêterait finalement presqu’à sourire.


À qui l’indignation surjouée du ministre s’adresse-t-elle ? Aux médias, afin qu’ils ne soient pas tentés de donner de lui une image de ministre botté et casqué ? À Eric Dupond-Moretti, ministre de la Justice tout acquis à la diversité et à une politique droit-de-l’hommiste ? A une gauche favorable à l’invasion migratoire musulmane ? 

Darmanin imite le patron

Comme à chaque fois, toutes les interprétations contradictoires sont permises. Comme si l’« en-même temps » avait cessé d’être le marqueur du seul Emmanuel Macon, pour devenir celui de toute son équipe ! Quelle que soit la situation, deux discours contraires sont toujours mis en avant ; une parole vient annuler un acte ; à moins que ce ne soit l’inverse ; tantôt Darmanin (la droite de Macron) contredit Dupond-Moretti (la gauche de Macron) ; tantôt c’est le même Darmanin qui annonce une chose et son contraire. Le gouvernement prépare une loi contre le « séparatisme » ? Mais il omet volontairement de mentionner le « séparatisme islamiste » et il préparerait une journée nationale de repentance à propos de la guerre d’Algérie. Il veut obliger les photographes de presse à flouter le visage des policiers, mais quand les médias protestent, le ministre de l’Intérieur tance publiquement les forces de l’ordre parce qu’elles bousculent des migrants. Le gouvernement veut couper les financements étrangers pour promouvoir l’islam de France ? Mais il s’apprête à confier la formation d’imams « républicains » au CFCM (émantion des Frères Musulmans, cette multinationale qui considère que la charia est supérieure aux lois de la République !) Et ainsi de suite…

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Cet « en même temps » serait mortel face à une opposition résolue qui aurait une analyse critique de la situation et un contre projet consistant pour la France. Mais tel n’est pas le cas. Face à une opposition qui ne sait jamais à quoi elle doit s’opposer, la névrose « en même temps » introduite par Emmanuel Macron devient en politique un avantage tactique. Le même gouvernement occupe toutes les positions et empêche l’adversaire d’en occuper solidement une seule. Avantage non négligeable, cette tactique désoriente toujours plus un électorat qui se désintéresse toujours plus de la politique. Telle est la finalité de cette tactique politicienne permanente : empêcher de poser jamais la question de la stratégie.

Carrefour et le racisme imaginaire

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Après le meurtre de Joao Alberto Silveira Freitas au Brésil, un militant devant un magasin de Rio, le 22 novembre 2020 © CARL DE SOUZA / AFP

Jeudi 19 novembre, deux vigiles ont battu à mort un client de l’hypermarché Carrefour de Porto Alegre (Brésil). Comme la victime était noire, des manifestants accusent depuis la firme de racisme, mettant le groupe dans la tourmente.


Le motif du drame est encore à établir mais il semble que tout ait commencé par une banale altercation avec une caissière. Quelques secondes plus tard, le client a été intercepté au niveau du parking par les vigiles qui l’ont passé à tabac. Dans les images captées par un passant, l’on voit un homme à terre qui reçoit des coups de poing au visage, sous les yeux de sa femme et d’une employée de Carrefour qui, au lieu de s’interposer, se contente de filmer la scène avec un téléphone portable.  La victime, João Alberto Silveira Freitas, est mort dans les minutes suivantes. Il était noir, ses deux meurtriers étaient de type latino.

Lecture raciale et identitaire immédiate des multinationales

Sans attendre les résultats de l’enquête, les bien-pensants brésiliens ont crié au crime raciste et des militants d’extrême-gauche ont dévalisé un magasin Carrefour à São Paulo. Comme si piétiner des yaourts allait ressusciter le pauvre João Alberto et alléger le deuil de sa famille. 

Pire, Alexandre Bompard, PDG mondial du groupe Carrefour, n’a rien trouvé de mieux que de sauter les deux pieds joints dans le marécage antiraciste en déclarant sur Twitter que sa société récuse le « racisme » et appuie la « diversité ». Déconcertante est la facilité qu’ont certains grands patrons de plaquer sur le réel une lecture raciale ou identitaire (LGBT, féministe notamment). Ils feraient mieux d’examiner les faits avec la hauteur de vue et le discernement qui siéent aux élites.

Au lieu de s’autoflageller sur la diversité, Carrefour ferait mieux de revoir de fond en comble ses politiques d’achats et de RH pour s’assurer que l’humain n’est pas traité comme une marchandise

Pour qu’un crime soit raciste, il ne suffit que les mis en cause soient de couleurs de peaux différentes. Il faut arriver à démontrer qu’il a été motivé par la haine raciale. Autrement, 50% ou plus des vols à main armée commis dans les grandes villes brésiliennes seraient des crimes racistes puisqu’en général les victimes sont blanches et les auteurs sont de couleur. Et prise sous cet angle, la criminalité en France serait la pure et simple expression du racisme antiblanc, les victimes étant souvent « de souche » et les prévenus en majorité d’origine africaine et arabe.

Les faits, rien que les faits

La première certitude dont nous disposons est que les deux vigiles sont employés d’une société privée, très connue dans la place. La deuxième est que l’un des meurtriers de João Alberto est un policier de 24 ans qui n’aurait jamais dû être là, n’ayant pas été autorisé par sa hiérarchie à arrondir ses fins de mois en tant que vigile. 

La photo de la chienne Manchinha avait fait le tour des réseaux sociaux grâce aux défenseurs des animaux au Brésil. D.R.
La photo de la chienne Manchinha, tuée par des vigiles employés par Carrefour, avait fait le tour des réseaux sociaux, grâce aux défenseurs des animaux au Brésil. D.R.

Et ce n’est pas la première fois que des agents de sécurité privée au service de Carrefour font parler d’eux. En décembre 2018, un gardien a tué une chienne à coup de barre de fer dans un magasin de la banlieue de São Paulo (elle s’appelait Manchinha). Au Brésil, le recours à la sous-traitance est devenu une course au prix le plus bas, parfois au mépris de la performance et la sécurité. Au lieu de s’autoflageller sur la diversité, Carrefour ferait mieux de revoir de fond en comble ses politiques d’achats et de RH pour s’assurer que l’humain n’est pas traité comme une marchandise

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Le meurtre du pauvre João Alberto a eu lieu sous les yeux d’une employée du groupe Carrefour. Pourquoi s’est-elle contentée de filmer le supplice de la victime ? Est-ce qu’elle a été instruite à le faire ? Si oui, par qui ? Ou bien souhaitait-elle « se couvrir » face à la hiérarchie ? Ce cas rappelle un incident survenu en août dernier au magasin Carrefour de Recife lorsqu’un homme de 53 ans a perdu la vie suite à un infarctus fulminant. Les employés n’ont rien trouvé de mieux à faire que de couvrir le corps avec des parasols déployés. Personne n’a cru bon de fermer le point de vente.

Dans un magasin de Sao Paolo, la manifestation dégénère le 20 novmbre 2020...
Dans un magasin de Sao Paolo, la manifestation dégénère le 20 novembre 2020…

Il y a quelque chose à revoir du côté de la culture d’entreprise de Carrefour au Brésil. Et loin de moi l’idée de donner l’impression que Carrefour est le vilain petit canard au milieu d’un marché qui respire l’humanisme. En réalité, le contexte brésilien est très tendu, partout les salariés ont peur de perdre leur emploi, le taux de chômage dépasse désormais les 14% de la population active. En effet, le pays est plongé dans une crise économique sévère depuis 2015, que le confinement n’a fait qu’aggraver. Aussi, est-il normal que les gens se conforment à des procédures absurdes afin de préserver leur poste. Difficile de leur en vouloir, il revient aux responsables les plus proches du terrain de rassurer les employés en les autorisant à prendre des initiatives à chaque fois que la vie et la dignité humaines sont en jeu.

Le racket des entreprises au nom de l’antiracisme

Il est fort probable que les dirigeants de Carrefour ne soient pas interpellés par les militants antiracistes sur ces questions de fond. L’époque veut que ce genre de drame reçoive une justice intéressée et expéditive. Avant que le cadavre ne refroidisse, l’on désigne le coupable idéal : le racisme c’est-à-dire tous les blancs pris collectivement, le racisme étant un crime collectif et hérité de père en fils. Ensuite, on fait un chèque à la « bonne cause » comme on payait jadis un tribut pour avoir la paix. Il est fort probable que Carrefour se trouve obligé de financer des initiatives antiracistes aux mains d’ONG qui œuvrent pour le « bien », le « progrès » et « l’égalité ». Comprenez des ONG qui se nourrissent du sentiment de culpabilité des grandes entreprises et de leur désir de respectabilité.

Et, dans les cas extrêmes, l’on s’inflige des campagnes de publicité scandaleusement biaisées où l’homme blanc hétéro est écrasé sous le poids de sa « dette historique ». 

Ainsi, la responsabilité sociétale est en train de devenir une opération de racket et d’intimidation au détriment des multinationales. Du sort du noir, peu se préoccupent réellement. L’essentiel est de donner à manger à la bureaucratie en émergence, celle de la société civile progressiste, qui a besoin de martyrs pour mettre le couteau sous la gorge au grand capital. Et si cela veut dire faire du pauvre João Albert un Martin Luther King brésilien, on le fera, comme on ne reculera devant rien pour présenter le Brésil aux yeux du monde comme le Mississipi des années 1960. When money speaks, truth is silent. 

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À terme, nos bienpensants alliés au grand capital feront de l’homme noir un bibelot que l’on pose bien en vue dans une salle de réunion. Un objet précieux et fragile qui se brise dès qu’une femme de ménage rustre pose ses gros doigts dessus. Alors, on gémit, on s’indigne, on s’agenouille pour en ramasser les morceaux et l’on confie, toujours aux mêmes amis de la cause noire, le soin de reconstruire le fétiche tel quel. Il suffit de payer. 

Les choses changeront le jour où le noir présidera la réunion et en définira l’agenda. Il se débarrassera alors du bibelot et des marchands d’antiquités qui font antichambre. 

Au Brésil, pour que le noir s’approprie la salle de réunion, il n’a pas besoin que Carrefour, Walmart ou Peugeot s’agenouille devant lui. Il suffit que les multinationales prohibent définitivement et sans appel le principe de cooptation, qu’au Brésil nous appelons indicação. Cette pratique gangrène le marché de l’emploi et réserve les meilleures places à ceux qui ont des relations. Bannissez l’indicação et vous verrez des noirs concurrencer honnêtement et sur un pied d’égalité les « fils de » et les « bien nés ». Au lieu de stigmatiser 90 millions de blancs brésiliens au nom du racisme systémique, il suffit d’appuyer sur un bouton. Et ce bouton est à la portée des conseils d’administration. Tout cela est très simple, ne coûte rien et en plus c’est éthique ! 

Mon père, le Maroc et moi: Une chronique contemporaine

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L’art d’intensifier la vie en la réécrivant

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"Une fille comme toi" et "Un amour sans paroles", deux livres respectifs de Jan Baetens et Didier Blonde.

Dans un livre écrit il y a plus de dix ans, Didier Blonde nous raconte la quête d’un amour impossible. Quant à Jan Baetens, il fait paraître Une fille comme toi, un récit étonnant où les personnages changent régulièrement de nom et de visage. 


Didier Blonde a écrit en 2009 Un amour sans paroles (Gallimard). Ce livre magnifique raconte la quête d’un amour impossible pour une actrice morte, Suzanne Grandais, étoile filante du cinéma muet des années 1910 à 1920, admirée de son vivant et ayant tourné avec les plus grands de l’époque (dont Feuillade), morte à 27 ans dans un accident de voiture, puis tombée dans l’oubli. Des décennies plus tard, le narrateur d’Un amour sans paroles va découvrir par hasard l’existence de cette actrice, en tomber furtivement amoureux, l’oublier à son tour, puis découvrir les notes d’un autre admirateur de Suzanne Grandais, adorateur de l’actrice puis de son fantôme. Suzanne Grandais survivra dans l’esprit des deux hommes, projetée sur la toile nocturne des songes, image muette « d’un visage, d’une silhouette, d’un sourire », fruit de tous les fantasmes. Figée dans leurs souvenirs, rehaussée par sa jeunesse éternelle, l’image cinématographique de l’actrice restera imprimée sur l’écran spectral des amoureux comme une photographie se répétant à l’infini. À la fin du livre, le narrateur s’interroge : « Palimpseste des souvenirs. A quelle inconnue de ma mémoire ai-je donné le nom de Suzanne Grandais – et son visage comme un masque mortuaire ? Elle est là comme un mot qui hésite sur le bout de la langue, le bougé d’une silhouette au bord d’une photographie. […] N’est-ce, moi aussi, qu’une image que je poursuis ? »

Un ciné-roman-photo très prisé dans les années 1950-60

L’historien et poète Jan Baetens poursuit lui aussi les images. Il collectionne des ciné-romans-photos, genre très prisé dans les années 1950-60 qui consistait à reprendre sous un format papier-photographique un film réellement projeté sur les écrans. Il fait paraître aujourd’hui Une fille comme toi (Jean Boîte Éditions – JBE Books), sorte de “palimpseste des souvenirs” de l’auteur puisque ce nouveau ciné-roman-photo est composé de trois cents photogrammes tirés de sa collection privée (mille cinq cents ciné-romans-photos). Une fille comme toi est par conséquent le ciné-roman-photo d’un film qui n’a jamais existé mais dont nous reconnaissons de nombreuses scènes et les vedettes de cinéma de cette époque.

Les photogrammes utilisés étant strictement ceux des différents romans-photos d’origine (cadrages, textes, typographies…), Une fille comme toi décline un étonnant récit où les personnages changent de nom et de visage à presque chaque plan, dans des décors toujours nouveaux. Le lecteur a la sensation de lire un rêve, une aventure étrange dont l’onirisme est amplifié par les changements d’atmosphère comme par les photographies aux qualités inégales.

Didier Blonde.  © Francesca Mantovani/ Gallimard
Didier Blonde. © Francesca Mantovani/ Gallimard

Didier Blonde fait revivre l’oubliée et fantomatique Suzanne Grandais sur l’écran de ses rêves ; Jan Baetens réécrit un ciné-roman-photo empli de spectres cinématographiques. L’image photographique, à l’inverse du déroulement infatigable de l’image animée, laisse une grande liberté d’interprétation. Le rêveur est à son aise au bord de l’image figée, il peut s’y reposer et laisser libre cours à son imagination. Qui se souvient de ses rêves se souvient souvent d’abord de plans fixes, visages ou paysages, saccadés, brouillés, intemporels. Une histoire apparaît, mais mouvementée et étrange, au milieu d’un chaos d’images, et se transforme en un souvenir difficilement racontable, d’où émergent quelques clichés plus ou moins nets, apparemment sans lien. Apparemment…

Une déclaration d’amour à un genre disparu

Une fille comme toi est un de ces rêves. Des fantômes magnifiques sortis de l’écran se laissent admirer sur le papier et chamboulent nos sens : Ingrid Bergman y côtoie Dany Carrel, Michèle Morgan ressemble à Danièle Delorme qui ressemble à Anouk Aimée, une inconnue se transforme en Marina Vlady. L’homme y est tour à tour transi d’amour, viril, impuissant, violent, et prend indifféremment le visage de Bébel, Jean-Claude Brialy, Bernard Blier ou Burt Lancaster.
Godard, Visconti, Cayatte, Hitchcock, et d’autres moins connus, co-dirigent malgré eux Une fille comme toi, film qui n’existe que sous le format populaire du roman-photo créé par Jan Baetens et qui mêle tous les genres du cinéma : Hélène de Troie et le Prince Corbera de Salina du Guépard y descendent de leur piédestal et se mêlent aux aventures ordinaires de couples qui s’enlacent puis s’entretuent ; un homme crocodile et une tarentule géante y peuplent les cauchemars d’une femme qui s’interroge sur son amant ; un meurtre y a lieu et le meurtrier a les traits de trois acteurs différents.

Photogrammes issus du livre de Jan Baetens "Une fille comme toi", parmi une collection de plus de 1500 ciné-romans-photos.

Photogrammes issus du livre de Jan Baetens "Une fille comme toi", parmi une collection de plus de 1500 ciné-romans-photos.
Photogrammes issus du livre de Jan Baetens « Une fille comme toi » (JBE Books), parmi une collection de plus de 1500 ciné-romans-photos.

Une fille comme toi, en plus d’être une réflexion sur l’art, l’imaginaire et les possibilités modernes de réécriture inventive, est une déclaration d’amour à un genre disparu auquel Jan Baetens redonne ses lettres de noblesse en créant une fiction inédite sous la forme d’un roman-photo à la fois populaire et conceptuel. Cette fiction est le “palimpseste des souvenirs” cher à Didier Blonde, la réécriture d’une mémoire, celle de nouveaux souvenirs imaginés par quelques-uns, amoureux, théoricien, poète, historien ou éditeur, ne faisant plus qu’un à la recherche « du même plaisir, du même travail, intensifier la vie » (Truffaut).