Quantcast
Home Politique Et en même temps, il fallait bien l’évacuer cette place de la République…


Et en même temps, il fallait bien l’évacuer cette place de la République…

Le macronisme et la tactique permanente

Et en même temps, il fallait bien l’évacuer cette place de la République…
Place de la République à Paris, le 23 novembre 2020 © MICHEL SETBOUN/SIPA Numéro de reportage: 00992241_000006.

Trois ans après son élection, on se pose toujours la question de la stratégie d’Emmanuel Macron quant aux migrants. Après l’évacuation agitée d’un camping à la Nuit Debout place de la République (en était-il possible autrement?), voilà que Gérald Darmanin charge la police…


Un ministre de l’Intérieur, garant de l’ordre public, aurait dû s’indigner que des groupuscules gauchistes et des ONG instrumentalisent des migrants illégaux et occupent quasi militairement la place de la République à Paris, lundi 23 novembre au soir. En quelques minutes, les gauchistes ont monté plusieurs centaines de tentes de camping pour réclamer une «mise à l’abri» de 400 migrants illégaux tous issus selon les associations du camp de Saint-Denis, évacué mardi dernier par la police.

Ce squat politique de la place de la République était un raid politique à l’instar de ceux qui ont eu lieu à la basilique de Saint Denis en mars 2018, au Panthéon en juillet 2019, ou dans les rues de Paris en mai 2020. Ce squat politique était de plus en infraction avec les règles du confinement sanitaire. Que voulaient les gauchistes ? Comme d’habitude : faire savoir à l’État qu’il était raciste, islamophobe et antimusulman. 

Indignation surjouée

Avec une célérité qui l’honore, la police a immédiatement démantelé le camping illégal des migrants. Mais au lieu de féliciter ses troupes de leur rapidité d’intervention, au lieu de se féliciter d’avoir rendu un espace public au public, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, a pointé contre ses troupes un doigt accusateur. « Certaines images de la dispersion du campement illicite de migrants place de la République sont choquantes. Je viens de demander un rapport circonstancié sur la réalité des faits au Préfet de police d’ici demain midi. Je prendrai des décisions dès sa réception ».

Le tweet de Gérald Darmanin est d’autant plus surprenant qu’aucune charge policière n’a été menée, qu’aucun tir de LBD ne semble avoir eu lieu et qu’aucun œil n’a été crevé. Et l’épisode Shahbuddin que rapporte le Figaro, cet Afghan de 34 ans qui revisse un bonnet gris sur son crâne et qui sanglote après avoir été sorti de sa tente « C’est trop violent, on veut juste un toit » prêterait finalement presqu’à sourire.


À qui l’indignation surjouée du ministre s’adresse-t-elle ? Aux médias, afin qu’ils ne soient pas tentés de donner de lui une image de ministre botté et casqué ? À Eric Dupond-Moretti, ministre de la Justice tout acquis à la diversité et à une politique droit-de-l’hommiste ? A une gauche favorable à l’invasion migratoire musulmane ? 

Darmanin imite le patron

Comme à chaque fois, toutes les interprétations contradictoires sont permises. Comme si l’« en-même temps » avait cessé d’être le marqueur du seul Emmanuel Macon, pour devenir celui de toute son équipe ! Quelle que soit la situation, deux discours contraires sont toujours mis en avant ; une parole vient annuler un acte ; à moins que ce ne soit l’inverse ; tantôt Darmanin (la droite de Macron) contredit Dupond-Moretti (la gauche de Macron) ; tantôt c’est le même Darmanin qui annonce une chose et son contraire. Le gouvernement prépare une loi contre le « séparatisme » ? Mais il omet volontairement de mentionner le « séparatisme islamiste » et il préparerait une journée nationale de repentance à propos de la guerre d’Algérie. Il veut obliger les photographes de presse à flouter le visage des policiers, mais quand les médias protestent, le ministre de l’Intérieur tance publiquement les forces de l’ordre parce qu’elles bousculent des migrants. Le gouvernement veut couper les financements étrangers pour promouvoir l’islam de France ? Mais il s’apprête à confier la formation d’imams « républicains » au CFCM (émantion des Frères Musulmans, cette multinationale qui considère que la charia est supérieure aux lois de la République !) Et ainsi de suite…

A lire aussi: Le poids des mots, le flop des tribunaux

Cet « en même temps » serait mortel face à une opposition résolue qui aurait une analyse critique de la situation et un contre projet consistant pour la France. Mais tel n’est pas le cas. Face à une opposition qui ne sait jamais à quoi elle doit s’opposer, la névrose « en même temps » introduite par Emmanuel Macron devient en politique un avantage tactique. Le même gouvernement occupe toutes les positions et empêche l’adversaire d’en occuper solidement une seule. Avantage non négligeable, cette tactique désoriente toujours plus un électorat qui se désintéresse toujours plus de la politique. Telle est la finalité de cette tactique politicienne permanente : empêcher de poser jamais la question de la stratégie.


Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Previous article Carrefour et le racisme imaginaire
Next article Quand exfiltration rime avec désinformation

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Le système de commentaires sur Causeur.fr évolue : nous vous invitons à créer ci-dessous un nouveau compte Disqus si vous n'en avez pas encore.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération