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Louis de Funès contre Lilian Thuram

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À la récente sortie de Lilian Thuram sur le «privilège blanc» on peut répondre qu’il existe assurément un «privilège racisé»: celui d’être applaudi par la Gôche quand on gagne des millions en jouant à la balle et qu’on réduit des centaines de milliers de prolétaires à leur seule couleur de peau pour les dénigrer.


Réduire des centaines de milliers de prolétaires à leur seule couleur de peau pour les dénigrer. Voilà bien une chose qu’aucun Blanc ne pourrait faire.

Mais à la réflexion, est-ce vraiment un privilège ? Car les mêmes n’hésiteraient pas à traiter de « bounty », « nègre de maison », « arabe de service » et autre « native informant » un racisé qui oserait exprimer un avis différent de celui que promeut leur soi-disant « progressisme ». Ils n’applaudissent Thuram que parce qu’il dit et pense ce qu’il est à la mode pour les Noirs de dire et de penser – du moins selon eux.

Julien Bayou échappe au lynchage racialiste

On ne dira jamais assez à quel point sont malsains ces gens pour qui un « racisé » doit nécessairement être obsédé par sa propre couleur de peau, et ne voir les autres humains qu’à travers ce seul prisme.

Ainsi de Julien Bayou d’EELV, si lâche, si empressé, si servile devant la première activiste « afro-féministe » venue prétendant que sa couleur de peau lui donnerait le droit de décider arbitrairement des emplois légitimes du mot « lynchage ». Au mépris de toute vérité historique évidemment, gageons d’ailleurs que cette donneuse de leçons n’a jamais pris la peine de s’intéresser à la vie de Charles Lynch.

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Mais ne leur en déplaise, nous sommes en France. Et notre langue n’a pas pour but de satisfaire les caprices des minorités hurlantes, mais de permettre la clarté de la communication, l’échange, le partage des idées et le débat. Fixer son bon usage et arbitrer le sens de ses mots, préambules indispensables pour se comprendre – y compris lorsqu’il s’agit d’exprimer un désaccord et d’argumenter pour donner tort à l’autre – relève de l’Académie Française, et d’elle seule. Telle est sa mission, voulue par le Cardinal de Richelieu : « donner des règles certaines à notre langue et la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences. »

George Kourounis / Unsplash
George Kourounis / Unsplash

Et cela dit beaucoup de choses de ce qu’est la France, de ce qu’est l’identité française, que de constater que sous la coupole de l’Institut il n’est pas question de couleur de peau ni d’origines, mais de culture, de talent, de travail, de rigueur.

La culture contre la race

Car à qui avons-nous confié les clefs de notre langue ? À François Cheng, né Chinois à Nanchang. À Dany Laferrière, né Haïtien à Port-au-Prince. À Hélène Carrère d’Encausse, née à Paris d’un père Géorgien et d’une mère Germano-Russe. À Alain Finkielkraut, que les lecteurs de Causeur connaissent bien et que j’ai eu le plaisir d’avoir jadis comme professeur, né à Paris d’un couple de réfugiés Juifs Polonais. Et avant eux à Léopold Sédar Senghor, dont on sait la destinée, et à l’immense Jacqueline de Romilly à qui je dois de connaître cette phrase magnifique d’Isocrate : « Notre cité a fait employer le nom de Grecs non plus comme celui de la race, mais comme celui de la culture. » En cela au moins, nous pouvons dire avec fierté que notre France est une digne élève de l’antique Athènes.

Ne laissons pas les obsessions médiocres de certains effacer notre histoire : nous avons des députés Noirs depuis 1793, et en 1955 quand de l’autre côté de l’Atlantique Rosa Parks n’était pas libre de s’asseoir dans un bus, ici Gaston Monnerville était président du Conseil de la République depuis près de 10 ans.

Antiracisme dévoyé

Au soi-disant « antiracisme » des obsédés de la race, de ces êtres à ce point dénués de profondeur qu’ils sont incapables de voir plus loin que l’épaisseur de l’épiderme, de ces faux intellectuels qui prétendent comprendre le monde en mettant dans la même catégorie Charles de Gaulle et Adolf Hitler parce qu’ils sont Blancs, et dans une autre Denis Mukwege et Youssouf Fofana parce qu’ils sont Noirs, nous devons sans faiblir opposer notre antiracisme à la française.

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Il n’est pas à la mode, il n’a pas la gloriole de faire les gros titres des publications américaines, mais c’est le seul valable. C’est celui qui met ensemble le Général de Gaulle et le Docteur Mukwege parce que ce sont des types bien, et qui associe Hitler et Fofana parce que ce sont des ordures – et que par rapport à ces critères fort simples, leurs couleurs de peau respectives n’ont pas la plus petite espèce d’importance.

Le Monde chante les louanges de Thuram ? Fort bien. Ma France n’est pas la leur, et qu’ils me traitent de beauf autant qu’ils le voudront, je proclame sans honte que mon antiracisme est celui de Louis de Funès et de Rabbi Jacob, avec son schtreimel et son « blackface » devant l’église de Montjavoult. À leurs théories pompeuses qui se gargarisent d’une complexité de façade pour tenter de masquer leur vacuité, je préfère deux mots, deux mots très brefs qui valent infiniment mieux que toutes les grandes phrases et toutes les longues ratiocinations de Rokhaya Diallo ou Angela Davis.

Ces deux mots, ce sont ceux du gendarme (Clément Michu) à qui Victor Pivert (De Funès) fait remarquer que la mariée est Noire, et qui répond tout simplement : « Et alors ? »

Un président antiraciste

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Lors de son entretien à la jeunesse sur les réseaux sociaux, Emmanuel Macron a affirmé que « quand on a une couleur de peau qui n’est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé. » Le propos est problématique compte tenu de notre contexte où l’assimilation est en panne.


Les délinquants qui composent la clientèle des policiers en tenue et des baqueux sont aujourd’hui, en grande majorité, des arabes, des immigrés des pays de l’est ou des noirs, que les causes de cet état de fait soient économiques, sociales, psychologiques ou même djihadistes. Dans la rue, on ne contrôle pas la délinquance en col blanc qui est généralement en règle mais celle qui empoisonne la vie quotidienne des gens. Les policiers font du profilage fondé sur des statistiques, puisque c’est leur travail et qu’ils doivent aussi faire du chiffre demandé par leur hiérarchie. Les délinquants en col blanc, quant à eux, sont appréhendés par d’autres services qui ne travaillent pas sur la voie publique.

En déclarant que « quand on a une couleur de peau qui n’est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé », le président Macron, semblant énoncer une parole tout à fait factuelle, conforte les thèses indigénistes et islamistes et jette de l’huile sur le feu des relations déjà fort mauvaises entre la jeunesse des quartiers et la police.

Jusqu’à présent par souci légitimiste et par respect pour la fonction présidentielle et pour des institutions qui permettent à un pays divisé et chancelant de tenir encore debout, j’ai tenu bon face aux perpétuels « en même temps », aux errements de la politique sécuritaire ou sanitaire, mais cette fois-ci mes limites sont atteintes. On ne peut pas parler de séparatisme et en même temps creuser davantage par des formulations irresponsables le fossé entre la police et précisément les principaux candidats au séparatisme. A-t-il mesuré la portée de ses paroles? Croit-il peut-être apaiser les haines d’une jeunesse en rupture de la nation, favoriser son intégration ? Est-ce par un calcul électoraliste pour amadouer ceux qu’il voit comme des jeunes turbulents à qui il suffit de donner un sucre pour les amadouer ou pour complaire à une partie de ce qui reste du peuple de gauche ? Ou bien est-il simplement manipulé, lui et ses conseillers par la doxa antiraciste de leur milieu bourgeois ?

Adèle H. parle de sa « déconstruction » au personnel de la Clinique Médiapart

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Pour la grande penseuse Adèle Haenel, invitée chez Mediapart, les violences sexuelles sont « des faits politiques ». Elle ne veut pas écouter Gérald Darmanin, qu’elle estime « problématique vis-à-vis des violences sexuelles ». Quant aux policiers, ce sont évidemment d’affreux racistes payés par notre Etat machiste et blanc.


La Clinique Médiapart (Service “À l’air libre”) vient de mettre en ligne une vidéo grâce à laquelle nous comprenons enfin ce qu’est réellement la pathologie déconstructiviste (ou wokiste, aux USA). Les personnes atteintes de « déconstructivisme » pensent qu’elles sont le « produit d’une construction », que cette construction est « occidentalo-blanche », et que les fruits pourris de ce mécano « blanco-occidental » sont le sexisme et, surtout, le « racisme systémique ».

Selon elles, tout a été fait pour qu’elles soient, d’une manière consciente ou non, sexistes et/ou racistes. Elles ont été « constituées » par une « société gangrénée par le sexisme et le racisme » qui « produit de la violence » et dans laquelle il y a « beaucoup de strates de domination. » De la même manière que Lilian Thuram affirme que la pensée blanche des Blancs est une pensée fondamentalement raciste, les personnes déconstructivistes pensent que la société les a « construites » selon un plan précis de domination sur les minorités dont elles sont à la fois les promotrices et les victimes.

Dès lors, elles n’ont plus qu’une obsession : se déconstruire.

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À des fins pédagogiques, la Clinique Médiapart (établissement spécialisé dans le recueil des propos des personnes souffrant de « déconstructivisme » et de ses déclinaisons “racialistes”, “décolonialistes”, “indigénistes”, etc.) a donc enregistré, une artiste atteinte de la pathologie déconstructiviste. Cette consultation est visible sur YouTube. Adèle H. (aucun lien de parenté avec Victor Hugo) y déclare : « Si moi en tant que femme blanche je ne fais pas un travail de déconstruction sur comment j’ai été construite, alors forcément en fait je me fais moi-même le véhicule du racisme. » Le fond et la forme de la « pensée » déconstructiviste s’accordent. Les deux penchent et semblent toujours sur le point de chuter. Remercions le personnel soignant de la Clinique Médiapart d’avoir permis la diffusion des propos édifiants de cette patiente visiblement éprouvée par son désir déconstructiviste : « Je suis sorti d’un déni personnel et collectif concernant mon histoire en fait et j’ai compris ce que ça avait de super vivant de déconstruire, et de travailler et de sortir en fait d’un point de vue de l’assignation. » 



La pathologie déconstructiviste ne peut laisser personne indifférent. 

Cette vidéo jette une lumière crue mais nécessaire sur un trouble qui semble atteindre de plus en plus de monde. On y découvre une Adèle H. hypersensible, souvent au bord des larmes, qui ânonne des bouts de phrases dont il faut parfois deviner le sens sous la syntaxe bancale et la répétition de l’expression « en fait ». Tendue comme un arc, le regard endurci par sa lutte constante, l’on ne sait jamais si elle va s’effondrer en larmes ou vous sauter à la gorge. Âmes sensibles s’abstenir : les 30 minutes que durent l’anamnèse conduite de main de maître par l’analyste sont assez éprouvantes. Au moins nous auront-elles permis de comprendre la symptomatologie de la pathologie déconstructiviste à un stade avancé, et d’espérer pour ces personnes en cours de « déconstruction » un rétablissement prochain. Autrement, comme dirait Adèle H., une vie comme ça « c’est juste pas possible. »

Les pépites de Guido Ceronetti

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Le billet du vaurien


J’ouvre au hasard un livre de Guido Ceronetti et je tombe sur un passage où il explique qu’au lieu de perdre son temps à compulser la presse ou à suivre des débats à la télévision pour mesurer le degré de dégénérescence de nos démocraties, il serait sans doute préférable de relire Baudelaire et, pourquoi pas, « Une charogne » où l’on voit les mouches bourdonner sur un ventre putride. Ce ventre putride est aujourd’hui partout. Et nous sommes ces mouches auxquelles consciencieusement, pour notre bien, on arrache tantôt une aile, tantôt une patte. 

La nature est criminelle

Il est troublant de voir jusqu’où l’asservissement volontaire est plébiscité par des populations paniquées auxquelles l’idée même de liberté a perdu toute signification, comme si seule importait encore une forme de survie à l’image, tant elle est parlante, de Joe Biden se terrant dans sa cave pour mener une campagne électorale visant au premier chef à imposer le port du masque à chaque Américain. La dégénérescence de la démocratie est fascinante quand elle aboutit à transformer chaque citoyen en esclave de sa propre survie. 

Aurait-on oublié, s’interroge Ceronetti, à quel point la nature est criminelle ? Les preuves surabondent. Ses récidives sont illimitées. Un tribunal honnête ne pourrait que la condamner. Et pourtant dans un élan grotesque une jeunesse décérébrée, appuyée par des politiciens véreux ou démagogues, n’aspire plus qu’à sauver la planète. Le degré zéro de la démocratie est enfin atteint. Les messages optimistes poignardent dans le dos l’infini martyre des êtres humains, à supposer qu’il en reste.

Ceronetti par Cioran interposé

Inutile de préciser que c’est notre ami Cioran qui a contribué à la notoriété de Ceronetti en France. J’imagine sa jubilation quand il a lu sous sa plume: « Aucune femme ne s’aime vraiment, si ce n’est superficiellement, parce qu’elle a le pressentiment de l’épouvantable réalité qu’elle cache » ou encore à propos de la vieillesse: « Le corps qui vieillit est le bourreau érigé tous les jours en tortionnaire impitoyable de toute l’innocence perdue. »

À défaut d’avoir rencontré Ceronetti, j’ai connu sa fille que Cioran hébergeait. Elle était d’une beauté incroyable et d’une lucidité rare chez une adolescente. Elle fascinait également Matzneff. Et elle souscrivait à la prophétie, aujourd’hui inaudible, de son père qui annonçait que les petites filles, bientôt sexuellement libres, n’auront d’autre choix à l’avenir que de prendre pour amants des partenaires de leur âge. Si l’amant, écrivait-il, a vingt-cinq ou trente ans de plus, alors c’est la fin du monde. Arrivent les menottes, la géhenne, la réprobation. Matzneff en sait quelque chose. 

Et pourtant, concluait Ceronetti, le seul vrai amour qu’elles puissent avoir à quinze ou vingt ans, c’est avec un homme qui pourrait être leur père. Il n’avait pas prévu que viendrait le jour où il n’y aurait plus de pères. Nous y sommes.

L’islam français, otage des Frères musulmans et d’Erdogan

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Une tribune libre d’Abdelrahim Ali, islamologue et PDG du groupe de presse « Al Bawaba » au Caire.


Pendant les vingt dernières années, la France a vu de nombreuses initiatives visant à organiser l’islam sur son sol.

Cela a commencé en 1999 par la création de la fédération représentant les musulmans de France suite à une suggestion qui n’a pas vu le jour du ministre français de l’Intérieur de l’époque Jean-Pierre Chevènement. C’est sous le mandat de Nicolas Sarkozy que ce projet a pris corps en 2003 par la création du Conseil français du culte musulman, pour finir avec le dernier discours du président Emmanuel Macron dans lequel il a déclaré que l’islam traversait une crise mondiale. Pour empêcher ce qu’il a appelé le séparatisme, le président a appelé à redéfinir le lien entre l’État et cette religion. Cette initiative a provoqué la colère de nombre de chefs et penseurs du monde musulman ainsi que des musulmans de France.

Outre l’action politique, diverses écoles d’analyse sociologique, islamologique, et géopolitique dominèrent les médias ces dernières années. Ainsi, on a vu des dizaines de tentatives de présenter des solutions possibles selon l’orientation idéologique de l’analyste. Mais malheureusement, tous ces projets ont été voués à l’échec, parce qu’ils n’ont pas abordé le fond du problème. En réalité, l’islam et les musulmans en France sont « littéralement » les otages de l’organisation internationale des Frères musulmans. Ces derniers ont remis récemment les rênes de leur mouvement au service des ambitions de l’actuel président turc. Un bref retour en arrière est nécessaire pour comprendre l’ampleur de la crise actuelle.

L’arrivée de la troisième génération des Frères en Europe

Le vrai drame de l’Europe avec l’islamisme a commencé avec l’arrivée de la troisième génération des Frères sur le continent européen dans les années quatre-vingts et quatre-vingt-dix du siècle dernier. Jusqu’à ce moment-là, l’islam ou les musulmans ne représentaient pas un fardeau ni un problème dans la société française. Les musulmans ordinaires se sont succédé en Europe depuis plus d’un siècle: commerçants, savants ou étudiants échangeant leurs compétences en les transmettant à leur pays ou s’intégrant dans ces nouvelles sociétés. Les problèmes ne vont pas tarder à apparaître avec l’arrivée d’un groupe politique islamique croyant que le musulman doit tenter de créer l’État de l’islam partout où il vit sur Terre. Un groupe qui considérait que les pays européens étaient un butin dont il fallait convertir progressivement les habitants et en devenir, in fine, les maîtres.

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La réalisation de ce plan est conçu en six étapes théorisées par le fondateur de la confrérie Hassan al-Banna et que chaque membre des Frères musulmans a le devoir de réaliser dans le pays où il se trouve. Le plan comporte ces six étapes : L’homme musulman > La famille musulmane > La société musulmane > Le gouvernement islamique > Le gouvernement du monde. La dernière étape exprime l’ambition du fondateur d’instaurer un régime de califat mondial, autrement dit de dominer le monde. Des programmes éducatifs intensifs sont imposés aux membres actifs, aux cadres mais aussi aux sympathisants du groupe. Cette doctrine est considérée par eux comme un « Coran Frériste » à la place du Coran de Dieu auquel croient les musulmans ordinaires.

Les Frères ont appris dans leurs écoles de pensée que ces six étapes s’obtiennent de plusieurs façons, en commençant par la prédication et l’enrôlement pour former le système des familles fréristes, proches du modèle d’une cellule d’organisation idéologique ou de l’unité partisane dans les partis politiques. Puis vient la réorganisation de la société en faisant tomber ses piliers civils ou laïcs, qu’il s’agisse d’associations, de syndicats, de fédérations professionnelles ou estudiantines, pour s’inspirer des principes de l’État religieux qui adopte des apparences religieuses dans toutes ses formations, et qui adopte aussi la fraternité issue de la seule appartenance à l’islam en lieu et place de la fraternité citoyenne de la nation. À cela se rajoute la préférence de la pensée du Guide par rapport aux autres obédiences au sein de l’islam. Vient enfin l’utilisation de la démocratie comme moyen, et non pas comme une fin et un choix fondé sur des valeurs fondamentales telles les libertés d’opinion, d’expression et de croyance. La démocratie devient ainsi un outil pour la conquête du pouvoir, un pont qui ne permet qu’une seule traversée vers l’autre rive sans pouvoir revenir.

Les recours à la violence

Viennent enfin les concepts de recours à la violence, en fonction de ce que permettent les rapports de force dans le pays concerné, ou la diffusion du chaos ou, le cas échéant, la formation d’alliances de circonstance, même avec le diable. Cette stratégie en toile d’araignée a pris en otage l’islam en France. Elle profite de toutes les initiatives des autorités visant à la reconnaître, ainsi que ses dirigeants et représentants, de façon officielle. C’est ainsi que cela s’est passé avec le projet de Sarkozy en 2003 qui a octroyé aux représentants du groupe le droit de représenter des musulmans de France auprès des autorités françaises, par le biais du libre choix à travers les mosquées et fédérations. C’est ainsi qu’ils ont réalisé des transactions avec des pays étrangers pour financer la construction de grandes mosquées en tant que voie d’accès à la direction et la représentation des musulmans de France, de même qu’ils ont formé des associations leur permettant à travers leurs représentants le contrôle total sur l’organisation nouvelle, qui est devenue le seul organe légitime représentant les musulmans de France. L’ancien président Nicolas Sarkozy a ainsi donné à l’organisation des Frères l’outil légal pour prendre en otage l’islam et les musulmans de France, et reformer leurs cadres organisationnels, pour devenir ainsi un Etat dans l’État. C’est là que commença le séparatisme.

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La preuve en est que lorsque l’organisation internationale des Frères a remis les rênes de sa direction à Erdogan après la chute de leur régime en Égypte et leur échec dans nombre de pays arabes, ils ont choisi un Turc, Ahmet Ogras pour la présidence du Conseil français du culte musulman, en 2017, malgré le faible nombre de Turcs et la domination des Marocains et Algériens sur le Conseil depuis sa création en 2003. C’est pourquoi toute solution à la crise de ce qu’on appelle l’islam français doit commencer par combattre cette organisation frériste et sa branche en France, à savoir l’Union des musulmans de France. Cela doit commencer également par le démantèlement de sa structure, l’assèchement de ses sources de financement, et l’interdiction de ses associations, sinon cela reviendra à tourner en rond, pour revenir à la case départ à chaque fois. C’est ce qui s’est passé avec les expériences que j’ai mentionnées plus haut, et peut-être aussi avec celle qui n’a pas encore commencé.

Réfuter la matrice idéologique des Fréristes

Le démantèlement de cette organisation qui prend en otage, on l’a dit, l’islam et les musulmans de France ne se fera pas seulement en interdisant ses structures et ses associations ou en asséchant ses sources de financement. Il faut aussi réfuter les idées utilisées pour recruter ses membres, en révélant au grand jour les manœuvres utilisées par ses dirigeants dans des débats sérieux, tournant autour des bases idéologiques auxquelles ils croient et qui conduisent finalement au concept de séparatisme.

Pour réussir cette stratégie, le décideur doit respecter trois principes fondamentaux, le premier: ne pas confondre l’islam comme religion avec l’organisation en question. Il faut également traiter la crise par le prisme de l’influence étrangère et non pas comme un problème intrinsèque à la religion musulmane elle-même. Un tel traitement éviterait le discours victimaire de la persécution et de l’islamophobie auquel recourront aussitôt les cadres et ténors de l’organisation des Frères dans les médias du monde entier. Le second: que cette nouvelle politique se fasse sur le terrain du consensus national. Car le problème touche d’abord la sécurité nationale notamment par le problème du terrorisme. Enfin, il faut cesser de traiter le problème de la construction de l’islam en France comme on a traité avec le modèle de l’émancipation des juifs sous Napoléon Ier. Ce sont deux modèles différents. Nous y reviendrons ultérieurement.

Crèche à Béziers: comme sur des roulettes

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Face aux créchophobes, le maire Robert Ménard pare à toute éventualité. Les défenseurs sourcilleux de la laïcité qui s’opposent à la vue de l’âne, du bœuf et de l’enfant Jésus sont surtout des adversaires résolus de l’identité française traditionnelle.


Avec le mois de décembre, les sapins de Noël font leur retour dans nos villes (sauf  à Bordeaux dont les habitants sont privés d’arbres morts). À cette funeste exception près, même les partisans les plus fanatiques de la table rase ne font pas trop d’histoire avec les arbres enrubannés qui réjouissent la vue et l’âme. Ni d’ailleurs avec les illuminations festives destinées à attirer les grâces des dieux du commerce et de la dépense.

Bizarre que les Verts, qui ne sont jamais à court de trouvailles peine-à-jouir pour gâcher les plaisirs simples ne se soient pas avisés de calculer leur bilan carbone. Mais ne désespérons pas, il leur reste trois semaines.

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Il serait étonnant, en revanche, que personne ne s’indigne de voir les crèches ressortir de leurs cartons ou de leur atelier (selon leur taille) pour être installées ici dans une mairie, là dans un hôtel départemental ou régional. Encore que, peut-être certains ont-ils compris qu’il valait mieux ne pas trop chatouiller le populo sur son coupable goût des traditions et des racines.

Déménagement possible en cas de décision judiciaire défavorable

Robert Ménard est l’un des premiers à dégainer. Comme tous les ans depuis 2014, le maire de Béziers installera la crèche de Noël dans la cour d’honneur de la mairie de sorte qu’il sera impossible pour quiconque pénètre dans le bâtiment de la rater. Il faut noter que cette crèche a la particularité d’être montée sur roulettes. Pour pouvoir déménager rapidement en cas de décision judiciaire défavorable.

La crèche de Béziers
La crèche de Béziers

roulettes-beziersEn effet, les polémiques sont presque aussi traditionnelles que la crèche elle-même. Il se trouve toujours quelques militants pour s’offusquer de l’insupportable atteinte à la laïcité que constitue cette représentation naïve de la Nativité, des préfets pour relayer leurs récriminations et un Tribunal administratif pour condamner les collectivités contrevenantes. Les condamnations étant assorties d’une injonction de faire cesser le scandale et d’astreintes à payer en attendant, le maire de Béziers a imaginé l’astucieuse crèche à roulettes : ainsi peut-elle être déplacée facilement en cas de décision judiciaire défavorable. Cependant, l’an dernier, le Préfet de l’Hérault a laissé la crèche tranquille. Donc, il n’est pas impossible qu’il ait lâché l’affaire et que les roulettes soient encore inutiles cette année.

Le santon du professeur Raoult

On me dira que la crèche est effectivement problématique d’un point de vue laïque, puisque l’article 28 de la loi de 1905 interdit « d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions ». Cependant, dans un arrêt de 2016, le Conseil d’Etat a estimé que les crèches devaient être interdites dans les bâtiments publics, sauf si elles présentaient « un caractère culturel, artistique ou festif ». C’est ainsi que grâce aux santons, qui sont un art des classes populaires, les crèches installées à Lyon et dans nombre de villes du sud ont désormais droit de cité.

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On peut opposer plusieurs arguments aux tenants d’une conception littérale de la laïcité. Premièrement, comme le rappelait l’ami Brighelli dans Le Point en 2014, il n’est nullement question dans la bible d’animaux qui adorent Dieu. Comme le sapin et le père Noël, la crèche, qui a été interdite par le Concile de Trente résulte d’un mélange de légendes païennes, de superstitions et de traditions artisanes. À Marseille, le santon qui fait fureur cette année est celui du professeur Raoult. Même si celui-ci est pour certains un dieu vivant, on admettra qu’on est assez loin de la foi catholique.

Une expression de l’identité française

Surtout, les créchophobes ne sont pas tant des défenseurs sourcilleux de la laïcité que des adversaires résolus de l’identité française dont l’existence même serait raciste, offensante pour les derniers arrivés, en particulier les musulmans. Ceux que la vue de l’âne, du bœuf et de l’enfant Jésus indispose ne peuvent pas supporter les expressions de l’identité française traditionnelle, laquelle est fortement teintée de catholicisme. Nul ne songe aujourd’hui à regretter la tutelle sur les esprits de l’Église catholique, même pas cette dernière. Mais il s’agit bien ici de culture et, n’en déplaise aux partisans d’un multiculturalisme dont une majorité de Français ne veut pas, l’égalité entre les individus ne suppose pas l’égalité entre les cultures. Autrement dit, la culture française doit jouir en France d’une sorte de droit d’aînesse. Au demeurant, elle n’est pas une punition mais un cadeau. Les crèches font plaisir aux enfants et leur parlent de l’histoire de leur pays, quelle que soit leur religion. Ceux qui se sentent offensés par les sapins, les crèches ou les clochers devraient peut-être se trouver un autre pays.

Les Rien-pensants

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Joe Biden: le fossoyeur des classes moyennes sera-t-il leur sauveur?


Le président élu prétend se battre pour ses concitoyens appauvris par vingt ans de mondialisation. Sauf que, pendant tout ce temps, Biden a été au service des banques qui ont contribué à cet appauvrissement. Un sacré conflit d’intérêts. 


Selon toute probabilité, le 20 janvier prochain en fin d’après-midi, Joe Biden deviendra POTUS, le président des États-Unis. Il doit d’abord ses victoires électorales – les primaires démocrates d’abord, la présidentielle ensuite – à la pandémie du Covid-19 et à la perception qu’ont une majorité d’Américains de sa gestion par Donald Trump. Pour le reste, le bilan du 45e président a été très peu débattu pendant la campagne. Si l’ensemble de ses décisions économiques, politiques et diplomatiques peuvent être aussi bien défendues que critiquées, deux éléments me semblent déterminants.

Joe Biden ou la mise à mort des classes moyennes 

Le premier est son rapport à la vérité qui demeure pour moi rédhibitoire. Certes, au cœur de la politique, il y a le secret, qui a le mensonge pour garde du corps. Difficile donc de reprocher à Donald Trump d’avoir menti beaucoup et souvent. Lyndon Johnson et Richard Nixon, pour ne prendre que ces deux exemples récents, n’étaient pas connus à Washington comme des adeptes acharnés de la vérité. Le problème avec Trump est qu’il a anéanti, ou laissé anéantir, l’idée même de vérité. Même s’il n’est pas QAnon, QAnon c’est lui[tooltips content= »QAnon est une théorie du complot qui se propage aux États-Unis depuis fin 2017. Ses adeptes croient qu’une cabale de pédophiles adorateurs de Satan tient le vrai pouvoir à Washington. Cet « État profond » aurait conspiré contre le président américain Donald Trump, seul capable de lui résister et de l’éliminer. »](1)[/tooltips]. Trump a vidé les signifiants de leur sens pour les transformer en pures armes rhétoriques dénuées de rapport avec un signifié quelconque. Or, sans la possibilité d’une vérité, l’idée même de politique n’a pas de sens. Rien que pour cela, sa défaite me paraît être une bonne chose.

Pour autant, et c’est le deuxième point, Trump a eu l’immense mérite de mettre au cœur du débat – grossièrement, de manière chaotique et souvent contre-productive – la plus grande question de notre temps : quel avenir proposer aux classes moyennes écrasées par la mondialisation ? Après des décennies de stagnation salariale et de précarisation, les petits-enfants des GI’s subissent un processus brutal et sans issue de paupérisation dont personne ne sait comment les sortir. Aux États-Unis, la perte de pouvoir d’achat a longtemps été camouflée par un système de crédit à la consommation allant des prêts étudiants aux crédits immobiliers en passant par les cartes de crédit. Comme avec le sucre que ces Américains déclassés consomment sans modération, le plaisir est de très courte durée et le prix à long terme, exorbitant.

Or, Joe Biden, qui a été sénateur trente-sept ans et vice-président de Barack Obama huit ans, a passé l’essentiel de sa carrière politique au service de ceux qui ont participé à la mise à mort des classes moyennes depuis les années 1980.

Le Delaware: un énorme paradis fiscal 

Le Delaware est connu aux États-Unis comme « The First State » (« le premier État »), car il a été le premier à ratifier la Constitution des États-Unis en 1787. Deux siècles et demi plus tard, cette primauté prend un tout autre sens, beaucoup moins glorieux. Tout petit État (49e sur 50 en surface, 46e en population), le Delaware est un énorme paradis fiscal national. Dès la fin du XIXe siècle, l’élite de cet État sans aucun atout particulier a misé sur la domiciliation de sociétés. Grâce à une loi adoptée en 1899, le Delaware est rapidement devenu le premier État en matière de droit des sociétés : plus de 50 % des sociétés cotées en bourse aux États-Unis et 60 % des sociétés du classement Fortune 500 sont constituées (et donc domiciliées) dans ce micro-État. Ainsi les entreprises de la finance et les sociétés de cartes de crédit y détiennent un pouvoir. On peut donc aisément comprendre que le véritable premier devoir de chaque élu fédéral du Delaware, en particulier de ses deux sénateurs, est de rendre heureuses ces entreprises et leurs actionnaires. Pour y parvenir, le Delaware est devenu un sanctuaire juridique pour le monde des affaires. Biden n’a pas fait exception à la règle, comme en témoigne sa longue carrière.

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Pour les sociétés américaines, des États tels que le Nevada et le Delaware offrent des « abris fiscaux » (tax shelters) favorables. Le premier avantage est la discrétion : une société créée au Delaware n’est pas obligée de divulguer l’identité de ses dirigeants et administrateurs lors de sa constitution. Pour ce qui concerne les impôts, l’État offre aux entreprises dont les activités sont situées hors de ses frontières de payer un taux d’impôt sur les bénéfices plus faible (une franchise) que celui qu’elle aurait payé là où elle fait ses bénéfices. D’autres allègements et exonérations – pas de TVA par exemple – complètent un paquet fiscal considéré comme le plus avantageux des États-Unis.

Autre avantage intéressant : des lois favorables à l’usure permettent aux entreprises financières, par exemple les émettrices de cartes de crédit, d’appliquer des taux d’intérêt plus élevés sur les prêts. Enfin, un tribunal spécial et une administration rapide et efficace offrent aux entreprises la possibilité de faire des démarches et de régler des litiges avec simplicité et célérité. Ainsi, on peut créer une société à responsabilité limitée (SARL) souvent en quelques heures et jamais en plus de cinq jours ouvrables.

Joe Biden lors d'une conférence de presse à Wilmington, Delaware, 16 novembre 2020. © Joe Raedle/Getty Images/AFP
Joe Biden lors d’une conférence de presse à Wilmington, Delaware, 16 novembre 2020. © Joe Raedle/Getty Images/AFP

Entre janvier 1973 et janvier 2009, Joe Biden a été sans interruption un sénateur au service d’un paradis fiscal qui a systématiquement siphonné les recettes d’autres États, contribuant ainsi à transformer la vie de millions d’Américains en un enfer économique et social. Mais ce n’est pas tout : dès le début des années 1980, le Delaware est devenu le First State de l’industrie des cartes de crédit.

Un lobbying acharné

La Maryland National Bank a été fondée au début du siècle dernier. Dans les années 1960, sa société mère, MNC Financial, s’est lancée dans les cartes de crédit, les vraies – pas celles que nous utilisons en France et que nous appelons cartes bancaires. Il s’agit d’un véritable crédit proposé au détenteur de la carte par la société émettrice. Le client règle tout ou une partie de sa facture mensuelle après réception d’un relevé de ses dépenses majorées de l’intérêt et autres commissions. Pas de lien donc entre l’émettrice et la banque où le compte du client est géré. Comme avec les téléphones portables, le marché des cartes de crédit, en très forte croissance au début, arrive à maturité à la fin des années 1970. La concurrence est rude et il faut trouver des moyens de faire de la marge. Ainsi, au début des années 1980, les banques du Maryland et parmi elles MNC Financial se livrent à un lobbying acharné auprès de l’Assemblée de l’État du Maryland pour qu’elle vote une loi autorisant des taux d’intérêt plus élevés sur les frais des cartes de crédit. Cela s’appelle de l’usure et les élus de cet État, qui tire son nom de la fille d’Henri IV de France mariée à Charles Ier d’Angleterre, refusent. En revanche, ceux de l’État voisin du Delaware n’ont pas autant de scrupules et en 1981, ils suppriment les restrictions sur les taux d’intérêt. Pour les émettrices de cartes de crédit, c’est le jackpot et MNC Financial délocalise ses activités de cartes de crédit au-delà de la frontière. En 1982, une nouvelle société, Maryland Bank, N.A. (MBNA) est enregistrée au Delaware. Et elle cartonne. Au fur et à mesure de sa croissance, MBNA est devenue l’une des entreprises les plus rentables des États-Unis, le plus grand émetteur indépendant de cartes de crédit au monde et le plus grand employeur privé du Delaware. En 1995, MBNA déplace son siège social de la banlieue au centre de Wilmington, la plus grande ville du Delaware, une opération immobilière gigantesque à l’échelle du petit État.

Existence d’un conflit d’intérêts ?

Les talents d’homme d’affaires de Charles Cawley, PDG et fondateur de MBNA, expliquent sans doute les performances financières exceptionnelles de la société. Mais il y avait autre chose. Pour gagner de l’argent dans un marché saturé et concurrentiel, les sociétés de cartes de crédit ont utilisé des pratiques commerciales douteuses et notamment l’augmentation des taux d’intérêt sans avertissement, ainsi que l’utilisation dans leurs communications écrites avec les clients d’un langage compliqué pour semer la confusion chez eux. Ainsi, selon une enquête de la chaîne CBS diffusée en 2004, la MBNA s’est avérée être l’une des principales entreprises à mettre en œuvre ces pratiques, que l’on peut qualifier de « casher, mais puantes ». Barack Obama, qui avait fait de la défense des consommateurs face aux sociétés émettrices de cartes de crédit l’un des principaux chevaux de bataille de sa campagne de 2008, résumait le problème de cette façon : « Depuis trop longtemps, les sociétés de cartes de crédit ont recours à des pratiques injustes et trompeuses pour inciter les Américains à signer des accords qu’ils ne peuvent pas se permettre. » Gordon Brown, Premier ministre britannique de 2007-2010, aurait pu faire le même commentaire au sujet des pratiques en vigueur dans la filiale anglaise de la MBNA.

(Hunter Biden) touchait un salaire à six chiffres au moment même où son père utilisait son pouvoir de sénateur pour promouvoir les intérêts de cette industrie.

Biden, que les médias français fantasment en président de gauche, a été l’un des principaux champions démocrates des sociétés émettrices de cartes de crédit, notamment depuis son poste au sein de la commission judiciaire du Sénat (1987-1995). Cette bienveillance n’était pas totalement désintéressée.

En 1996, la MBNA, dont les cadres ont généreusement contribué à financer les campagnes électorales de Joe Biden, a embauché son fils Hunter comme lobbyiste. Or, à cette période, son père défendait à Washington les intérêts des sociétés de cartes de crédit, telles que la MBNA. Et en 2001, alors que le fiston avait commencé à travailler comme lobbyiste fédéral, activité encadrée au niveau des États et au niveau fédéral, la MBNA continuait à lui verser 100 000 dollars par an pour ses conseils. Autrement dit, il touchait un salaire à six chiffres au moment même où son père utilisait son pouvoir de sénateur pour promouvoir les intérêts de cette industrie.

En 2005, après presque une décennie de luttes et de lobbying, la fameuse « Loi sur la prévention des abus de la faillite et la protection des consommateurs » (BAPCPA) a été votée. Certes, la MBNA et consorts n’ont pas eu tout ce qu’ils voulaient, mais ont gagné sur l’essentiel : trois ans avant la crise financière de 2008, et nonobstant son titre prometteur, ce texte aggravait les difficultés des Américains des classes moyennes et modestes aux prises avec la dette. Quoi qu’il en dise aujourd’hui, Joe Biden a joué un rôle prépondérant dans cette affaire. Le projet de loi initial était très dur pour les sociétés de crédit qui comptaient peu d’avocats au Sénat. C’est très probablement grâce à ses efforts que 18 sénateurs démocrates se sont rangés du côté des républicains pour voter en faveur d’une loi qui réduisait la protection des consommateurs. Quinze ans et une crise financière majeure après, la BAPCPA rend toujours la déclaration de faillite plus coûteuse et plus lourde pour de très nombreux Américains : depuis son adoption, les dépôts de bilan par la voie dure, dite « chapitre 13 », sont passés de 24 % de l’ensemble annuel en 2005 à 39 % en 2017.

Une semaine avant l’élection présidentielle, un porte-parole de la campagne de Biden a publié le communiqué suivant : « Joe Biden s’est battu pour les familles de travailleurs pendant toute sa carrière et se présente à la présidence pour reconstruire la classe moyenne afin que personne ne soit oublié au bord de la route. Il pense que nous devons remodeler fondamentalement notre système de faillite afin que les familles de la classe moyenne écrasées par la dette – situation aggravée par une crise économique sans précédente causée par l’échec du leadership de Donald Trump – puissent obtenir l’aide dont elles ont désespérément besoin. » Nous voilà rassurés. Il aurait été inquiétant que le nouveau président des États-Unis soit l’ancien sénateur du Delaware.

Chopin porté sur les hommes? Pédale douce!

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J’aurais dû me douter en le contemplant figé dans le bronze face à la mer…


Élégamment vêtu, Chopin semblait narguer le pain de sucre de Rio de Janeiro pour l’éternité. J’aurais dû me douter que sa posture pensive dissimulait un trésor identitaire plus étincelant que celui de mâle blanc « daté » – comme disent les jeunes – faisant de la musique pour Blancs. Derrière les sonates de Chopin se draperait-il une nouvelle icône LGBT?

Statue de Frédéric Chopin à praia vermelha, Rio de Janeiro. Photo : Alexis Brunet.
Statue de Frédéric Chopin à praia vermelha, Rio de Janeiro. Photo : Alexis Brunet.

Durant le confinement printanier, un journaliste helvète dénommé Moritz Weber a épluché des lettres de Frédéric Chopin. « Vous n’aimez pas être embrassé. S’il vous plaît, laissez-moi le faire aujourd’hui. Vous devez payer pour le rêve salace que j’ai fait à votre égard la nuit dernière », aurait écrit le pianiste en polonais au compositeur Tytus Woyciechowski. « Les archivistes et biographes ont délibérément fermé les yeux sur les lettres homo-érotiques du compositeur durant des siècles pour rendre l’icône nationale polonaise conforme aux normes conservatrices », abonde le quotidien britannique The Guardian – qui échappe lui aux accusations de complotisme.

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Statue de Frédéric Chopin à praia vermelha, Rio de Janeiro. Facebook de l’Institut Frédéric Chopin.

Des mots qui sonnent un peu différemment en polonais

« Chopin était un romantique qui ne faisait absolument pas la différence entre les hommes et les femmes dans ses lettres d’amour. Voir une sorte de conspiration derrière les lettres cachées est absurde », a tempéré un dénommé Frick, professeur retraité du département de langues slaves de l’université de Yale. Un porte-parole de l’Institut Frédéric Chopin -créé au début du siècle et situé à Varsovie – souligne que la tonalité érotique des lettres du pianiste relève du grand élan romantique du XIXème – auquel on peut rattacher les mouvements de Chopin – et assure que ses mots doux « sonnent un peu différemment en polonais ».

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De quoi lever le pied de la pédale d’amplification des faits visant à mieux les récupérer? Loin s’en faut. « Les lettres d’amour enflammées du pianiste Frédéric Chopin à des hommes sortent des tiroirs », s’est ébaudi le magazine Têtu en guise de titre. Euphorique, le journal émet l’hypothèse que « sa passion supposée avec l’autrice féministe et très probablement bisexuelle George Sand pourrait dès lors n’avoir été qu’une façade ».

Qu’il soit de la fanfare ou pas, écoutons Chopin !

La palme revient néanmoins à la « page » Twitter Le coin des LGBT+. Forte de ses treize mille abonnés, elle a tweeté un poil courroucée: « Passer sous silence qu’une personne (Chopin) était LGBT+, c’est laisser croire (à dessein!) qu’elle était dyadique[1], cisgenre[2] et hétéro ». Bientôt des valses labellisées LGBT+ lors de nocturnes chopinesques déconseillés aux couples « binaires »? En l’attente du meilleur des mondes, le meilleur moyen d’honorer le génie que fut Chopin et d’ « empêcher que le monde ne se défasse » (complètement), comme dit Albert Camus à Stockholm, est encore d’écouter ou de jouer ses valses. Et pour cela, nul besoin d’abuser de la pédale douce!

[1] « Dyadique (dyadic) : une personne qui rentre dans les standards mâles ou femelles, c’est à dire non-intersexe », nous apprend le site internet uniqueensongenre

[2]  « L’adjectif cisgenre est un néologisme désignant un type d’identité de genre où le genre ressenti d’une personne correspond au genre assigné à sa naissance. Le mot est construit par opposition à celui de transgenre », assure Wikipédia.

La France perd ses facultés?


Dans le monde universitaire on continue de brandir la liberté académique et les combats pour l’émancipation, plutôt que de dénoncer les dérives de la pensée indigéniste, racialiste et « décoloniale ». 


Le 22 octobre, Jean-Michel Blanquer déclare sur Europe 1 que l’islamo-gauchisme « fait des ravages à l’université ». Suscitant dès le lendemain une réaction de vierge outragée de la Conférence des présidents d’université qui fait part de son émotion et jure ses grands dieux que « non, les universités ne sont pas des lieux d’expression ou d’encouragement du fanatisme » et qu’elles ne « sauraient être tenues pour complices du terrorisme ». Tous les universitaires ne partagent pas ce point de vue irénique : le 31 octobre, paraît dans Le Monde le « manifeste des cent », qui compte aujourd’hui 250 signataires parmi lesquels figurent nos plus grands intellectuels : Marcel Gauchet, Pierre Nora, Gilles Kepel et bien d’autres. Ils dénoncent « les idéologies indigéniste, racialiste et “décoloniale” » qui nourrissent, selon eux « une haine des “Blancs” et de la France » et évoquent « un militantisme parfois violent » qui « s’en prend à ceux qui osent encore braver la doxa antioccidentale et le prêchi-prêcha multiculturaliste ». Ils demandent donc « des mesures de détection des dérives islamistes ».

Réplique des adeptes de l’accommodement

Le 4 novembre, les adeptes de l’accommodement répliquent, toujours dans Le Monde, par une tribune qui récolte environ 2 000 signatures, ce qui laisse penser que le rapport de forces est plutôt favorable à cette tendance. Brandissant la liberté académique, et leur constant combat pour l’émancipation (mais de qui et de quoi ?), ils reprochent à leurs collègues de faire « appel à la police de la pensée » et de pratiquer la censure. Sauf que ce ne sont pas les gauchistes qui sont interdits de parole dans certaines facs, mais Alain Finkielkraut, Mohamed Sifaoui, Philippe Val, Sylviane Agacinski ou encore le linguiste Jean Szlamowicz, coupable d’écrire dans « ce torchon raciste et sexiste qu’est Causeur ». En clair, le camp du déni persiste… et signe.

Quant à la ministre de l’Enseignement supérieur, elle ignore avec détermination ce qui se passe dans nos facs.

« Le cave se rebiffe » de Gilles Grangier, mieux que les Tontons


En attendant la réouverture des salles de cinéma, on peut toujours étancher sa soif de cinéma avec des DVD et Blu-ray: les éditeurs en profitent pour exhumer quelques pépites. Aujourd’hui Le cave se rebiffe, de Gilles Grangier, une pépite du cinéma français où tout sonne juste.


À l’origine de ce film de Gilles Grangier, le roman homonyme d’Albert Simonin issu de la trilogie dite de « Max le Menteur » publiée dans les années 1950 et dont les deux autres volets donneront naissance eux aussi à des films : Touchez pas au grisbi de Jacques Becker et Les Tontons flingueurs de Georges Lautner. Si Becker joue sans modération et avec brio la carte du polar très noir, Grangier, imité ensuite par un Lautner qui lui en sera toujours reconnaissant, s’éloigne très nettement du roman initial pour inventer un genre à lui tout seul : le vrai-faux polar déconnant à souhait. Certes, Simonin et Grangier ont participé à l’écriture de l’adaptation, mais c’est essentiellement Audiard qui est ici à la manœuvre, et seul même aux dialogues. Le moindre second couteau est ainsi susceptible d’incarner un prototype de crétin qui fera date (dans le cas présent, c’est Éric dit « le Gigolpince ») et de prononcer des répliques d’anthologie. C’est que l’histoire n’a réellement aucune importance : côté scénario, tout est dans le titre, ou presque. Ce qui compte ici c’est le plaisir simple et brut d’entendre et de voir des cabots de génie proférer des âneries admirables, parfois perles de chauffeurs de taxi parisiens recyclées par un styliste talentueux, la plupart du temps inventions débridées d’un athlète du dialogue en forme de combat de boxe. Michel Audiard est en effet au centre de ce film, comme de tant d’autres, exceptés peut-être ceux qu’il a réalisés lui-même qui, paradoxalement, tiennent beaucoup moins bien la route.

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Or donc, il faudrait citer l’intégralité de la distribution du Cave se rebiffe, Jean Gabin en tête. Grangier se paye le luxe de ne faire apparaître sa vedette absolue qu’au bout de vingt minutes durant lesquelles on peut savourer à loisir la ronde des premiers ou seconds couteaux incarnés par Bernard Blier, Frank Villard, Antoine Balpétré, Françoise Rosay, Martine Carol et Ginette Leclerc. Ça fuse de toutes parts : « L’Honnêteté, ça se paye », « Dans un ménage, quand l’homme ne ramène pas un certain volume d’oseille, l’autorité devient, ni plus, ni moins, que d’la tyrannie… », ou encore « Les bénéfices ça se divise, la réclusion ça s’additionne ». Et ce n’est là qu’un petit échantillon représentatif de ce qu’Audiard parvient à mettre dans la bouche de ces messieurs-dames. Les mets royaux revenant au « Dab », c’est-à-dire à Gabin qui à propos du fameux « Gigolpince » lance à Rosay cette réplique immortelle : « Celui-là c’est un gabarit exceptionnel ! Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre étalon ! Il serait à Sèvres ! » On s’en voudrait de ne pas citer enfin le cave dont il est question : Maurice Biraud qui trouvait là un rôle à la mesure de son talent. Il est impeccable dans le rôle du prolo graveur aux mains d’or, effectuant avec Gabin un pas de deux jubilatoire.

Pochette du film "Le cave se rebiffe".©Gaumont
Pochette du film « Le cave se rebiffe ».©Gaumont

Un classique qui ne vieillit pas

Ce film a soixante ans et pas une ride, contrairement à la plupart des comédies françaises actuelles qui sont comme des petites vieilles se régalant de sujets sociaux avec une bienveillance dégoûtante. Le cave se rebiffe ne se prend jamais au sérieux et ne méprise jamais son spectateur, autre différence essentielle. Et puis, c’est une nouvelle occasion de réhabiliter encore et toujours Gilles Grangier. Auteur de Mémoires intitulées Passé la Loire, c’est l’aventure, Grangier fut un artisan plus que digne du cinéma français dit commercial. En dépit de cette étiquette, il a su donner à Gabin parmi ses plus beaux rôles de la seconde moitié de sa carrière (Le Désordre et la Nuit en tête, mais aussi Le rouge est mis, Gas-oil, Le Sang à la tête, Maigret voit rouge, Sous le signe du taureau). Et c’est un peintre habile de ce peuple derrière lequel nombre de ses petits confrères réalisateurs couraient sans jamais pouvoir le saisir véritablement. Chez Grangier, tout sonne juste, même dans un ironique vrai-faux polar comme Le cave se rebiffe.

Le cave se rebiffe, de Gilles Grangier. En Blu-ray, édité par Gaumont.

Louis de Funès contre Lilian Thuram

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À la récente sortie de Lilian Thuram sur le «privilège blanc» on peut répondre qu’il existe assurément un «privilège racisé»: celui d’être applaudi par la Gôche quand on gagne des millions en jouant à la balle et qu’on réduit des centaines de milliers de prolétaires à leur seule couleur de peau pour les dénigrer.


Réduire des centaines de milliers de prolétaires à leur seule couleur de peau pour les dénigrer. Voilà bien une chose qu’aucun Blanc ne pourrait faire.

Mais à la réflexion, est-ce vraiment un privilège ? Car les mêmes n’hésiteraient pas à traiter de « bounty », « nègre de maison », « arabe de service » et autre « native informant » un racisé qui oserait exprimer un avis différent de celui que promeut leur soi-disant « progressisme ». Ils n’applaudissent Thuram que parce qu’il dit et pense ce qu’il est à la mode pour les Noirs de dire et de penser – du moins selon eux.

Julien Bayou échappe au lynchage racialiste

On ne dira jamais assez à quel point sont malsains ces gens pour qui un « racisé » doit nécessairement être obsédé par sa propre couleur de peau, et ne voir les autres humains qu’à travers ce seul prisme.

Ainsi de Julien Bayou d’EELV, si lâche, si empressé, si servile devant la première activiste « afro-féministe » venue prétendant que sa couleur de peau lui donnerait le droit de décider arbitrairement des emplois légitimes du mot « lynchage ». Au mépris de toute vérité historique évidemment, gageons d’ailleurs que cette donneuse de leçons n’a jamais pris la peine de s’intéresser à la vie de Charles Lynch.

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Mais ne leur en déplaise, nous sommes en France. Et notre langue n’a pas pour but de satisfaire les caprices des minorités hurlantes, mais de permettre la clarté de la communication, l’échange, le partage des idées et le débat. Fixer son bon usage et arbitrer le sens de ses mots, préambules indispensables pour se comprendre – y compris lorsqu’il s’agit d’exprimer un désaccord et d’argumenter pour donner tort à l’autre – relève de l’Académie Française, et d’elle seule. Telle est sa mission, voulue par le Cardinal de Richelieu : « donner des règles certaines à notre langue et la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences. »

George Kourounis / Unsplash
George Kourounis / Unsplash

Et cela dit beaucoup de choses de ce qu’est la France, de ce qu’est l’identité française, que de constater que sous la coupole de l’Institut il n’est pas question de couleur de peau ni d’origines, mais de culture, de talent, de travail, de rigueur.

La culture contre la race

Car à qui avons-nous confié les clefs de notre langue ? À François Cheng, né Chinois à Nanchang. À Dany Laferrière, né Haïtien à Port-au-Prince. À Hélène Carrère d’Encausse, née à Paris d’un père Géorgien et d’une mère Germano-Russe. À Alain Finkielkraut, que les lecteurs de Causeur connaissent bien et que j’ai eu le plaisir d’avoir jadis comme professeur, né à Paris d’un couple de réfugiés Juifs Polonais. Et avant eux à Léopold Sédar Senghor, dont on sait la destinée, et à l’immense Jacqueline de Romilly à qui je dois de connaître cette phrase magnifique d’Isocrate : « Notre cité a fait employer le nom de Grecs non plus comme celui de la race, mais comme celui de la culture. » En cela au moins, nous pouvons dire avec fierté que notre France est une digne élève de l’antique Athènes.

Ne laissons pas les obsessions médiocres de certains effacer notre histoire : nous avons des députés Noirs depuis 1793, et en 1955 quand de l’autre côté de l’Atlantique Rosa Parks n’était pas libre de s’asseoir dans un bus, ici Gaston Monnerville était président du Conseil de la République depuis près de 10 ans.

Antiracisme dévoyé

Au soi-disant « antiracisme » des obsédés de la race, de ces êtres à ce point dénués de profondeur qu’ils sont incapables de voir plus loin que l’épaisseur de l’épiderme, de ces faux intellectuels qui prétendent comprendre le monde en mettant dans la même catégorie Charles de Gaulle et Adolf Hitler parce qu’ils sont Blancs, et dans une autre Denis Mukwege et Youssouf Fofana parce qu’ils sont Noirs, nous devons sans faiblir opposer notre antiracisme à la française.

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Il n’est pas à la mode, il n’a pas la gloriole de faire les gros titres des publications américaines, mais c’est le seul valable. C’est celui qui met ensemble le Général de Gaulle et le Docteur Mukwege parce que ce sont des types bien, et qui associe Hitler et Fofana parce que ce sont des ordures – et que par rapport à ces critères fort simples, leurs couleurs de peau respectives n’ont pas la plus petite espèce d’importance.

Le Monde chante les louanges de Thuram ? Fort bien. Ma France n’est pas la leur, et qu’ils me traitent de beauf autant qu’ils le voudront, je proclame sans honte que mon antiracisme est celui de Louis de Funès et de Rabbi Jacob, avec son schtreimel et son « blackface » devant l’église de Montjavoult. À leurs théories pompeuses qui se gargarisent d’une complexité de façade pour tenter de masquer leur vacuité, je préfère deux mots, deux mots très brefs qui valent infiniment mieux que toutes les grandes phrases et toutes les longues ratiocinations de Rokhaya Diallo ou Angela Davis.

Ces deux mots, ce sont ceux du gendarme (Clément Michu) à qui Victor Pivert (De Funès) fait remarquer que la mariée est Noire, et qui répond tout simplement : « Et alors ? »

Un président antiraciste

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Emmanuel Macron le 4 décembre 2020 Image capture d'écran YouTube

Lors de son entretien à la jeunesse sur les réseaux sociaux, Emmanuel Macron a affirmé que « quand on a une couleur de peau qui n’est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé. » Le propos est problématique compte tenu de notre contexte où l’assimilation est en panne.


Les délinquants qui composent la clientèle des policiers en tenue et des baqueux sont aujourd’hui, en grande majorité, des arabes, des immigrés des pays de l’est ou des noirs, que les causes de cet état de fait soient économiques, sociales, psychologiques ou même djihadistes. Dans la rue, on ne contrôle pas la délinquance en col blanc qui est généralement en règle mais celle qui empoisonne la vie quotidienne des gens. Les policiers font du profilage fondé sur des statistiques, puisque c’est leur travail et qu’ils doivent aussi faire du chiffre demandé par leur hiérarchie. Les délinquants en col blanc, quant à eux, sont appréhendés par d’autres services qui ne travaillent pas sur la voie publique.

En déclarant que « quand on a une couleur de peau qui n’est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé », le président Macron, semblant énoncer une parole tout à fait factuelle, conforte les thèses indigénistes et islamistes et jette de l’huile sur le feu des relations déjà fort mauvaises entre la jeunesse des quartiers et la police.

Jusqu’à présent par souci légitimiste et par respect pour la fonction présidentielle et pour des institutions qui permettent à un pays divisé et chancelant de tenir encore debout, j’ai tenu bon face aux perpétuels « en même temps », aux errements de la politique sécuritaire ou sanitaire, mais cette fois-ci mes limites sont atteintes. On ne peut pas parler de séparatisme et en même temps creuser davantage par des formulations irresponsables le fossé entre la police et précisément les principaux candidats au séparatisme. A-t-il mesuré la portée de ses paroles? Croit-il peut-être apaiser les haines d’une jeunesse en rupture de la nation, favoriser son intégration ? Est-ce par un calcul électoraliste pour amadouer ceux qu’il voit comme des jeunes turbulents à qui il suffit de donner un sucre pour les amadouer ou pour complaire à une partie de ce qui reste du peuple de gauche ? Ou bien est-il simplement manipulé, lui et ses conseillers par la doxa antiraciste de leur milieu bourgeois ?

Adèle H. parle de sa « déconstruction » au personnel de la Clinique Médiapart

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Capture d'écran YouTube

Pour la grande penseuse Adèle Haenel, invitée chez Mediapart, les violences sexuelles sont « des faits politiques ». Elle ne veut pas écouter Gérald Darmanin, qu’elle estime « problématique vis-à-vis des violences sexuelles ». Quant aux policiers, ce sont évidemment d’affreux racistes payés par notre Etat machiste et blanc.


La Clinique Médiapart (Service “À l’air libre”) vient de mettre en ligne une vidéo grâce à laquelle nous comprenons enfin ce qu’est réellement la pathologie déconstructiviste (ou wokiste, aux USA). Les personnes atteintes de « déconstructivisme » pensent qu’elles sont le « produit d’une construction », que cette construction est « occidentalo-blanche », et que les fruits pourris de ce mécano « blanco-occidental » sont le sexisme et, surtout, le « racisme systémique ».

Selon elles, tout a été fait pour qu’elles soient, d’une manière consciente ou non, sexistes et/ou racistes. Elles ont été « constituées » par une « société gangrénée par le sexisme et le racisme » qui « produit de la violence » et dans laquelle il y a « beaucoup de strates de domination. » De la même manière que Lilian Thuram affirme que la pensée blanche des Blancs est une pensée fondamentalement raciste, les personnes déconstructivistes pensent que la société les a « construites » selon un plan précis de domination sur les minorités dont elles sont à la fois les promotrices et les victimes.

Dès lors, elles n’ont plus qu’une obsession : se déconstruire.

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À des fins pédagogiques, la Clinique Médiapart (établissement spécialisé dans le recueil des propos des personnes souffrant de « déconstructivisme » et de ses déclinaisons “racialistes”, “décolonialistes”, “indigénistes”, etc.) a donc enregistré, une artiste atteinte de la pathologie déconstructiviste. Cette consultation est visible sur YouTube. Adèle H. (aucun lien de parenté avec Victor Hugo) y déclare : « Si moi en tant que femme blanche je ne fais pas un travail de déconstruction sur comment j’ai été construite, alors forcément en fait je me fais moi-même le véhicule du racisme. » Le fond et la forme de la « pensée » déconstructiviste s’accordent. Les deux penchent et semblent toujours sur le point de chuter. Remercions le personnel soignant de la Clinique Médiapart d’avoir permis la diffusion des propos édifiants de cette patiente visiblement éprouvée par son désir déconstructiviste : « Je suis sorti d’un déni personnel et collectif concernant mon histoire en fait et j’ai compris ce que ça avait de super vivant de déconstruire, et de travailler et de sortir en fait d’un point de vue de l’assignation. » 



La pathologie déconstructiviste ne peut laisser personne indifférent. 

Cette vidéo jette une lumière crue mais nécessaire sur un trouble qui semble atteindre de plus en plus de monde. On y découvre une Adèle H. hypersensible, souvent au bord des larmes, qui ânonne des bouts de phrases dont il faut parfois deviner le sens sous la syntaxe bancale et la répétition de l’expression « en fait ». Tendue comme un arc, le regard endurci par sa lutte constante, l’on ne sait jamais si elle va s’effondrer en larmes ou vous sauter à la gorge. Âmes sensibles s’abstenir : les 30 minutes que durent l’anamnèse conduite de main de maître par l’analyste sont assez éprouvantes. Au moins nous auront-elles permis de comprendre la symptomatologie de la pathologie déconstructiviste à un stade avancé, et d’espérer pour ces personnes en cours de « déconstruction » un rétablissement prochain. Autrement, comme dirait Adèle H., une vie comme ça « c’est juste pas possible. »

Les pépites de Guido Ceronetti

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Guido Ceronetti à Turin en 2003 © Leonardo Cendamo/Leemage Leemage via AFP.

Le billet du vaurien


J’ouvre au hasard un livre de Guido Ceronetti et je tombe sur un passage où il explique qu’au lieu de perdre son temps à compulser la presse ou à suivre des débats à la télévision pour mesurer le degré de dégénérescence de nos démocraties, il serait sans doute préférable de relire Baudelaire et, pourquoi pas, « Une charogne » où l’on voit les mouches bourdonner sur un ventre putride. Ce ventre putride est aujourd’hui partout. Et nous sommes ces mouches auxquelles consciencieusement, pour notre bien, on arrache tantôt une aile, tantôt une patte. 

La nature est criminelle

Il est troublant de voir jusqu’où l’asservissement volontaire est plébiscité par des populations paniquées auxquelles l’idée même de liberté a perdu toute signification, comme si seule importait encore une forme de survie à l’image, tant elle est parlante, de Joe Biden se terrant dans sa cave pour mener une campagne électorale visant au premier chef à imposer le port du masque à chaque Américain. La dégénérescence de la démocratie est fascinante quand elle aboutit à transformer chaque citoyen en esclave de sa propre survie. 

Aurait-on oublié, s’interroge Ceronetti, à quel point la nature est criminelle ? Les preuves surabondent. Ses récidives sont illimitées. Un tribunal honnête ne pourrait que la condamner. Et pourtant dans un élan grotesque une jeunesse décérébrée, appuyée par des politiciens véreux ou démagogues, n’aspire plus qu’à sauver la planète. Le degré zéro de la démocratie est enfin atteint. Les messages optimistes poignardent dans le dos l’infini martyre des êtres humains, à supposer qu’il en reste.

Ceronetti par Cioran interposé

Inutile de préciser que c’est notre ami Cioran qui a contribué à la notoriété de Ceronetti en France. J’imagine sa jubilation quand il a lu sous sa plume: « Aucune femme ne s’aime vraiment, si ce n’est superficiellement, parce qu’elle a le pressentiment de l’épouvantable réalité qu’elle cache » ou encore à propos de la vieillesse: « Le corps qui vieillit est le bourreau érigé tous les jours en tortionnaire impitoyable de toute l’innocence perdue. »

À défaut d’avoir rencontré Ceronetti, j’ai connu sa fille que Cioran hébergeait. Elle était d’une beauté incroyable et d’une lucidité rare chez une adolescente. Elle fascinait également Matzneff. Et elle souscrivait à la prophétie, aujourd’hui inaudible, de son père qui annonçait que les petites filles, bientôt sexuellement libres, n’auront d’autre choix à l’avenir que de prendre pour amants des partenaires de leur âge. Si l’amant, écrivait-il, a vingt-cinq ou trente ans de plus, alors c’est la fin du monde. Arrivent les menottes, la géhenne, la réprobation. Matzneff en sait quelque chose. 

Et pourtant, concluait Ceronetti, le seul vrai amour qu’elles puissent avoir à quinze ou vingt ans, c’est avec un homme qui pourrait être leur père. Il n’avait pas prévu que viendrait le jour où il n’y aurait plus de pères. Nous y sommes.

L’islam français, otage des Frères musulmans et d’Erdogan

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Abdelrahim Ali, islamologue et PDG du groupe de presse "Al Bawaba" au Caire.© D.R

Une tribune libre d’Abdelrahim Ali, islamologue et PDG du groupe de presse « Al Bawaba » au Caire.


Pendant les vingt dernières années, la France a vu de nombreuses initiatives visant à organiser l’islam sur son sol.

Cela a commencé en 1999 par la création de la fédération représentant les musulmans de France suite à une suggestion qui n’a pas vu le jour du ministre français de l’Intérieur de l’époque Jean-Pierre Chevènement. C’est sous le mandat de Nicolas Sarkozy que ce projet a pris corps en 2003 par la création du Conseil français du culte musulman, pour finir avec le dernier discours du président Emmanuel Macron dans lequel il a déclaré que l’islam traversait une crise mondiale. Pour empêcher ce qu’il a appelé le séparatisme, le président a appelé à redéfinir le lien entre l’État et cette religion. Cette initiative a provoqué la colère de nombre de chefs et penseurs du monde musulman ainsi que des musulmans de France.

Outre l’action politique, diverses écoles d’analyse sociologique, islamologique, et géopolitique dominèrent les médias ces dernières années. Ainsi, on a vu des dizaines de tentatives de présenter des solutions possibles selon l’orientation idéologique de l’analyste. Mais malheureusement, tous ces projets ont été voués à l’échec, parce qu’ils n’ont pas abordé le fond du problème. En réalité, l’islam et les musulmans en France sont « littéralement » les otages de l’organisation internationale des Frères musulmans. Ces derniers ont remis récemment les rênes de leur mouvement au service des ambitions de l’actuel président turc. Un bref retour en arrière est nécessaire pour comprendre l’ampleur de la crise actuelle.

L’arrivée de la troisième génération des Frères en Europe

Le vrai drame de l’Europe avec l’islamisme a commencé avec l’arrivée de la troisième génération des Frères sur le continent européen dans les années quatre-vingts et quatre-vingt-dix du siècle dernier. Jusqu’à ce moment-là, l’islam ou les musulmans ne représentaient pas un fardeau ni un problème dans la société française. Les musulmans ordinaires se sont succédé en Europe depuis plus d’un siècle: commerçants, savants ou étudiants échangeant leurs compétences en les transmettant à leur pays ou s’intégrant dans ces nouvelles sociétés. Les problèmes ne vont pas tarder à apparaître avec l’arrivée d’un groupe politique islamique croyant que le musulman doit tenter de créer l’État de l’islam partout où il vit sur Terre. Un groupe qui considérait que les pays européens étaient un butin dont il fallait convertir progressivement les habitants et en devenir, in fine, les maîtres.

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La réalisation de ce plan est conçu en six étapes théorisées par le fondateur de la confrérie Hassan al-Banna et que chaque membre des Frères musulmans a le devoir de réaliser dans le pays où il se trouve. Le plan comporte ces six étapes : L’homme musulman > La famille musulmane > La société musulmane > Le gouvernement islamique > Le gouvernement du monde. La dernière étape exprime l’ambition du fondateur d’instaurer un régime de califat mondial, autrement dit de dominer le monde. Des programmes éducatifs intensifs sont imposés aux membres actifs, aux cadres mais aussi aux sympathisants du groupe. Cette doctrine est considérée par eux comme un « Coran Frériste » à la place du Coran de Dieu auquel croient les musulmans ordinaires.

Les Frères ont appris dans leurs écoles de pensée que ces six étapes s’obtiennent de plusieurs façons, en commençant par la prédication et l’enrôlement pour former le système des familles fréristes, proches du modèle d’une cellule d’organisation idéologique ou de l’unité partisane dans les partis politiques. Puis vient la réorganisation de la société en faisant tomber ses piliers civils ou laïcs, qu’il s’agisse d’associations, de syndicats, de fédérations professionnelles ou estudiantines, pour s’inspirer des principes de l’État religieux qui adopte des apparences religieuses dans toutes ses formations, et qui adopte aussi la fraternité issue de la seule appartenance à l’islam en lieu et place de la fraternité citoyenne de la nation. À cela se rajoute la préférence de la pensée du Guide par rapport aux autres obédiences au sein de l’islam. Vient enfin l’utilisation de la démocratie comme moyen, et non pas comme une fin et un choix fondé sur des valeurs fondamentales telles les libertés d’opinion, d’expression et de croyance. La démocratie devient ainsi un outil pour la conquête du pouvoir, un pont qui ne permet qu’une seule traversée vers l’autre rive sans pouvoir revenir.

Les recours à la violence

Viennent enfin les concepts de recours à la violence, en fonction de ce que permettent les rapports de force dans le pays concerné, ou la diffusion du chaos ou, le cas échéant, la formation d’alliances de circonstance, même avec le diable. Cette stratégie en toile d’araignée a pris en otage l’islam en France. Elle profite de toutes les initiatives des autorités visant à la reconnaître, ainsi que ses dirigeants et représentants, de façon officielle. C’est ainsi que cela s’est passé avec le projet de Sarkozy en 2003 qui a octroyé aux représentants du groupe le droit de représenter des musulmans de France auprès des autorités françaises, par le biais du libre choix à travers les mosquées et fédérations. C’est ainsi qu’ils ont réalisé des transactions avec des pays étrangers pour financer la construction de grandes mosquées en tant que voie d’accès à la direction et la représentation des musulmans de France, de même qu’ils ont formé des associations leur permettant à travers leurs représentants le contrôle total sur l’organisation nouvelle, qui est devenue le seul organe légitime représentant les musulmans de France. L’ancien président Nicolas Sarkozy a ainsi donné à l’organisation des Frères l’outil légal pour prendre en otage l’islam et les musulmans de France, et reformer leurs cadres organisationnels, pour devenir ainsi un Etat dans l’État. C’est là que commença le séparatisme.

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La preuve en est que lorsque l’organisation internationale des Frères a remis les rênes de sa direction à Erdogan après la chute de leur régime en Égypte et leur échec dans nombre de pays arabes, ils ont choisi un Turc, Ahmet Ogras pour la présidence du Conseil français du culte musulman, en 2017, malgré le faible nombre de Turcs et la domination des Marocains et Algériens sur le Conseil depuis sa création en 2003. C’est pourquoi toute solution à la crise de ce qu’on appelle l’islam français doit commencer par combattre cette organisation frériste et sa branche en France, à savoir l’Union des musulmans de France. Cela doit commencer également par le démantèlement de sa structure, l’assèchement de ses sources de financement, et l’interdiction de ses associations, sinon cela reviendra à tourner en rond, pour revenir à la case départ à chaque fois. C’est ce qui s’est passé avec les expériences que j’ai mentionnées plus haut, et peut-être aussi avec celle qui n’a pas encore commencé.

Réfuter la matrice idéologique des Fréristes

Le démantèlement de cette organisation qui prend en otage, on l’a dit, l’islam et les musulmans de France ne se fera pas seulement en interdisant ses structures et ses associations ou en asséchant ses sources de financement. Il faut aussi réfuter les idées utilisées pour recruter ses membres, en révélant au grand jour les manœuvres utilisées par ses dirigeants dans des débats sérieux, tournant autour des bases idéologiques auxquelles ils croient et qui conduisent finalement au concept de séparatisme.

Pour réussir cette stratégie, le décideur doit respecter trois principes fondamentaux, le premier: ne pas confondre l’islam comme religion avec l’organisation en question. Il faut également traiter la crise par le prisme de l’influence étrangère et non pas comme un problème intrinsèque à la religion musulmane elle-même. Un tel traitement éviterait le discours victimaire de la persécution et de l’islamophobie auquel recourront aussitôt les cadres et ténors de l’organisation des Frères dans les médias du monde entier. Le second: que cette nouvelle politique se fasse sur le terrain du consensus national. Car le problème touche d’abord la sécurité nationale notamment par le problème du terrorisme. Enfin, il faut cesser de traiter le problème de la construction de l’islam en France comme on a traité avec le modèle de l’émancipation des juifs sous Napoléon Ier. Ce sont deux modèles différents. Nous y reviendrons ultérieurement.

Crèche à Béziers: comme sur des roulettes

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Emmanuelle et Robert Ménard. Photo: Hannah Assouline.

Face aux créchophobes, le maire Robert Ménard pare à toute éventualité. Les défenseurs sourcilleux de la laïcité qui s’opposent à la vue de l’âne, du bœuf et de l’enfant Jésus sont surtout des adversaires résolus de l’identité française traditionnelle.


Avec le mois de décembre, les sapins de Noël font leur retour dans nos villes (sauf  à Bordeaux dont les habitants sont privés d’arbres morts). À cette funeste exception près, même les partisans les plus fanatiques de la table rase ne font pas trop d’histoire avec les arbres enrubannés qui réjouissent la vue et l’âme. Ni d’ailleurs avec les illuminations festives destinées à attirer les grâces des dieux du commerce et de la dépense.

Bizarre que les Verts, qui ne sont jamais à court de trouvailles peine-à-jouir pour gâcher les plaisirs simples ne se soient pas avisés de calculer leur bilan carbone. Mais ne désespérons pas, il leur reste trois semaines.

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Il serait étonnant, en revanche, que personne ne s’indigne de voir les crèches ressortir de leurs cartons ou de leur atelier (selon leur taille) pour être installées ici dans une mairie, là dans un hôtel départemental ou régional. Encore que, peut-être certains ont-ils compris qu’il valait mieux ne pas trop chatouiller le populo sur son coupable goût des traditions et des racines.

Déménagement possible en cas de décision judiciaire défavorable

Robert Ménard est l’un des premiers à dégainer. Comme tous les ans depuis 2014, le maire de Béziers installera la crèche de Noël dans la cour d’honneur de la mairie de sorte qu’il sera impossible pour quiconque pénètre dans le bâtiment de la rater. Il faut noter que cette crèche a la particularité d’être montée sur roulettes. Pour pouvoir déménager rapidement en cas de décision judiciaire défavorable.

La crèche de Béziers
La crèche de Béziers

roulettes-beziersEn effet, les polémiques sont presque aussi traditionnelles que la crèche elle-même. Il se trouve toujours quelques militants pour s’offusquer de l’insupportable atteinte à la laïcité que constitue cette représentation naïve de la Nativité, des préfets pour relayer leurs récriminations et un Tribunal administratif pour condamner les collectivités contrevenantes. Les condamnations étant assorties d’une injonction de faire cesser le scandale et d’astreintes à payer en attendant, le maire de Béziers a imaginé l’astucieuse crèche à roulettes : ainsi peut-elle être déplacée facilement en cas de décision judiciaire défavorable. Cependant, l’an dernier, le Préfet de l’Hérault a laissé la crèche tranquille. Donc, il n’est pas impossible qu’il ait lâché l’affaire et que les roulettes soient encore inutiles cette année.

Le santon du professeur Raoult

On me dira que la crèche est effectivement problématique d’un point de vue laïque, puisque l’article 28 de la loi de 1905 interdit « d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions ». Cependant, dans un arrêt de 2016, le Conseil d’Etat a estimé que les crèches devaient être interdites dans les bâtiments publics, sauf si elles présentaient « un caractère culturel, artistique ou festif ». C’est ainsi que grâce aux santons, qui sont un art des classes populaires, les crèches installées à Lyon et dans nombre de villes du sud ont désormais droit de cité.

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On peut opposer plusieurs arguments aux tenants d’une conception littérale de la laïcité. Premièrement, comme le rappelait l’ami Brighelli dans Le Point en 2014, il n’est nullement question dans la bible d’animaux qui adorent Dieu. Comme le sapin et le père Noël, la crèche, qui a été interdite par le Concile de Trente résulte d’un mélange de légendes païennes, de superstitions et de traditions artisanes. À Marseille, le santon qui fait fureur cette année est celui du professeur Raoult. Même si celui-ci est pour certains un dieu vivant, on admettra qu’on est assez loin de la foi catholique.

Une expression de l’identité française

Surtout, les créchophobes ne sont pas tant des défenseurs sourcilleux de la laïcité que des adversaires résolus de l’identité française dont l’existence même serait raciste, offensante pour les derniers arrivés, en particulier les musulmans. Ceux que la vue de l’âne, du bœuf et de l’enfant Jésus indispose ne peuvent pas supporter les expressions de l’identité française traditionnelle, laquelle est fortement teintée de catholicisme. Nul ne songe aujourd’hui à regretter la tutelle sur les esprits de l’Église catholique, même pas cette dernière. Mais il s’agit bien ici de culture et, n’en déplaise aux partisans d’un multiculturalisme dont une majorité de Français ne veut pas, l’égalité entre les individus ne suppose pas l’égalité entre les cultures. Autrement dit, la culture française doit jouir en France d’une sorte de droit d’aînesse. Au demeurant, elle n’est pas une punition mais un cadeau. Les crèches font plaisir aux enfants et leur parlent de l’histoire de leur pays, quelle que soit leur religion. Ceux qui se sentent offensés par les sapins, les crèches ou les clochers devraient peut-être se trouver un autre pays.

Les Rien-pensants

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Joe Biden: le fossoyeur des classes moyennes sera-t-il leur sauveur?

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Joe Biden, 7 novembre 2020. © Angela Weiss / AFP

Le président élu prétend se battre pour ses concitoyens appauvris par vingt ans de mondialisation. Sauf que, pendant tout ce temps, Biden a été au service des banques qui ont contribué à cet appauvrissement. Un sacré conflit d’intérêts. 


Selon toute probabilité, le 20 janvier prochain en fin d’après-midi, Joe Biden deviendra POTUS, le président des États-Unis. Il doit d’abord ses victoires électorales – les primaires démocrates d’abord, la présidentielle ensuite – à la pandémie du Covid-19 et à la perception qu’ont une majorité d’Américains de sa gestion par Donald Trump. Pour le reste, le bilan du 45e président a été très peu débattu pendant la campagne. Si l’ensemble de ses décisions économiques, politiques et diplomatiques peuvent être aussi bien défendues que critiquées, deux éléments me semblent déterminants.

Joe Biden ou la mise à mort des classes moyennes 

Le premier est son rapport à la vérité qui demeure pour moi rédhibitoire. Certes, au cœur de la politique, il y a le secret, qui a le mensonge pour garde du corps. Difficile donc de reprocher à Donald Trump d’avoir menti beaucoup et souvent. Lyndon Johnson et Richard Nixon, pour ne prendre que ces deux exemples récents, n’étaient pas connus à Washington comme des adeptes acharnés de la vérité. Le problème avec Trump est qu’il a anéanti, ou laissé anéantir, l’idée même de vérité. Même s’il n’est pas QAnon, QAnon c’est lui[tooltips content= »QAnon est une théorie du complot qui se propage aux États-Unis depuis fin 2017. Ses adeptes croient qu’une cabale de pédophiles adorateurs de Satan tient le vrai pouvoir à Washington. Cet « État profond » aurait conspiré contre le président américain Donald Trump, seul capable de lui résister et de l’éliminer. »](1)[/tooltips]. Trump a vidé les signifiants de leur sens pour les transformer en pures armes rhétoriques dénuées de rapport avec un signifié quelconque. Or, sans la possibilité d’une vérité, l’idée même de politique n’a pas de sens. Rien que pour cela, sa défaite me paraît être une bonne chose.

Pour autant, et c’est le deuxième point, Trump a eu l’immense mérite de mettre au cœur du débat – grossièrement, de manière chaotique et souvent contre-productive – la plus grande question de notre temps : quel avenir proposer aux classes moyennes écrasées par la mondialisation ? Après des décennies de stagnation salariale et de précarisation, les petits-enfants des GI’s subissent un processus brutal et sans issue de paupérisation dont personne ne sait comment les sortir. Aux États-Unis, la perte de pouvoir d’achat a longtemps été camouflée par un système de crédit à la consommation allant des prêts étudiants aux crédits immobiliers en passant par les cartes de crédit. Comme avec le sucre que ces Américains déclassés consomment sans modération, le plaisir est de très courte durée et le prix à long terme, exorbitant.

Or, Joe Biden, qui a été sénateur trente-sept ans et vice-président de Barack Obama huit ans, a passé l’essentiel de sa carrière politique au service de ceux qui ont participé à la mise à mort des classes moyennes depuis les années 1980.

Le Delaware: un énorme paradis fiscal 

Le Delaware est connu aux États-Unis comme « The First State » (« le premier État »), car il a été le premier à ratifier la Constitution des États-Unis en 1787. Deux siècles et demi plus tard, cette primauté prend un tout autre sens, beaucoup moins glorieux. Tout petit État (49e sur 50 en surface, 46e en population), le Delaware est un énorme paradis fiscal national. Dès la fin du XIXe siècle, l’élite de cet État sans aucun atout particulier a misé sur la domiciliation de sociétés. Grâce à une loi adoptée en 1899, le Delaware est rapidement devenu le premier État en matière de droit des sociétés : plus de 50 % des sociétés cotées en bourse aux États-Unis et 60 % des sociétés du classement Fortune 500 sont constituées (et donc domiciliées) dans ce micro-État. Ainsi les entreprises de la finance et les sociétés de cartes de crédit y détiennent un pouvoir. On peut donc aisément comprendre que le véritable premier devoir de chaque élu fédéral du Delaware, en particulier de ses deux sénateurs, est de rendre heureuses ces entreprises et leurs actionnaires. Pour y parvenir, le Delaware est devenu un sanctuaire juridique pour le monde des affaires. Biden n’a pas fait exception à la règle, comme en témoigne sa longue carrière.

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Pour les sociétés américaines, des États tels que le Nevada et le Delaware offrent des « abris fiscaux » (tax shelters) favorables. Le premier avantage est la discrétion : une société créée au Delaware n’est pas obligée de divulguer l’identité de ses dirigeants et administrateurs lors de sa constitution. Pour ce qui concerne les impôts, l’État offre aux entreprises dont les activités sont situées hors de ses frontières de payer un taux d’impôt sur les bénéfices plus faible (une franchise) que celui qu’elle aurait payé là où elle fait ses bénéfices. D’autres allègements et exonérations – pas de TVA par exemple – complètent un paquet fiscal considéré comme le plus avantageux des États-Unis.

Autre avantage intéressant : des lois favorables à l’usure permettent aux entreprises financières, par exemple les émettrices de cartes de crédit, d’appliquer des taux d’intérêt plus élevés sur les prêts. Enfin, un tribunal spécial et une administration rapide et efficace offrent aux entreprises la possibilité de faire des démarches et de régler des litiges avec simplicité et célérité. Ainsi, on peut créer une société à responsabilité limitée (SARL) souvent en quelques heures et jamais en plus de cinq jours ouvrables.

Joe Biden lors d'une conférence de presse à Wilmington, Delaware, 16 novembre 2020. © Joe Raedle/Getty Images/AFP
Joe Biden lors d’une conférence de presse à Wilmington, Delaware, 16 novembre 2020. © Joe Raedle/Getty Images/AFP

Entre janvier 1973 et janvier 2009, Joe Biden a été sans interruption un sénateur au service d’un paradis fiscal qui a systématiquement siphonné les recettes d’autres États, contribuant ainsi à transformer la vie de millions d’Américains en un enfer économique et social. Mais ce n’est pas tout : dès le début des années 1980, le Delaware est devenu le First State de l’industrie des cartes de crédit.

Un lobbying acharné

La Maryland National Bank a été fondée au début du siècle dernier. Dans les années 1960, sa société mère, MNC Financial, s’est lancée dans les cartes de crédit, les vraies – pas celles que nous utilisons en France et que nous appelons cartes bancaires. Il s’agit d’un véritable crédit proposé au détenteur de la carte par la société émettrice. Le client règle tout ou une partie de sa facture mensuelle après réception d’un relevé de ses dépenses majorées de l’intérêt et autres commissions. Pas de lien donc entre l’émettrice et la banque où le compte du client est géré. Comme avec les téléphones portables, le marché des cartes de crédit, en très forte croissance au début, arrive à maturité à la fin des années 1970. La concurrence est rude et il faut trouver des moyens de faire de la marge. Ainsi, au début des années 1980, les banques du Maryland et parmi elles MNC Financial se livrent à un lobbying acharné auprès de l’Assemblée de l’État du Maryland pour qu’elle vote une loi autorisant des taux d’intérêt plus élevés sur les frais des cartes de crédit. Cela s’appelle de l’usure et les élus de cet État, qui tire son nom de la fille d’Henri IV de France mariée à Charles Ier d’Angleterre, refusent. En revanche, ceux de l’État voisin du Delaware n’ont pas autant de scrupules et en 1981, ils suppriment les restrictions sur les taux d’intérêt. Pour les émettrices de cartes de crédit, c’est le jackpot et MNC Financial délocalise ses activités de cartes de crédit au-delà de la frontière. En 1982, une nouvelle société, Maryland Bank, N.A. (MBNA) est enregistrée au Delaware. Et elle cartonne. Au fur et à mesure de sa croissance, MBNA est devenue l’une des entreprises les plus rentables des États-Unis, le plus grand émetteur indépendant de cartes de crédit au monde et le plus grand employeur privé du Delaware. En 1995, MBNA déplace son siège social de la banlieue au centre de Wilmington, la plus grande ville du Delaware, une opération immobilière gigantesque à l’échelle du petit État.

Existence d’un conflit d’intérêts ?

Les talents d’homme d’affaires de Charles Cawley, PDG et fondateur de MBNA, expliquent sans doute les performances financières exceptionnelles de la société. Mais il y avait autre chose. Pour gagner de l’argent dans un marché saturé et concurrentiel, les sociétés de cartes de crédit ont utilisé des pratiques commerciales douteuses et notamment l’augmentation des taux d’intérêt sans avertissement, ainsi que l’utilisation dans leurs communications écrites avec les clients d’un langage compliqué pour semer la confusion chez eux. Ainsi, selon une enquête de la chaîne CBS diffusée en 2004, la MBNA s’est avérée être l’une des principales entreprises à mettre en œuvre ces pratiques, que l’on peut qualifier de « casher, mais puantes ». Barack Obama, qui avait fait de la défense des consommateurs face aux sociétés émettrices de cartes de crédit l’un des principaux chevaux de bataille de sa campagne de 2008, résumait le problème de cette façon : « Depuis trop longtemps, les sociétés de cartes de crédit ont recours à des pratiques injustes et trompeuses pour inciter les Américains à signer des accords qu’ils ne peuvent pas se permettre. » Gordon Brown, Premier ministre britannique de 2007-2010, aurait pu faire le même commentaire au sujet des pratiques en vigueur dans la filiale anglaise de la MBNA.

(Hunter Biden) touchait un salaire à six chiffres au moment même où son père utilisait son pouvoir de sénateur pour promouvoir les intérêts de cette industrie.

Biden, que les médias français fantasment en président de gauche, a été l’un des principaux champions démocrates des sociétés émettrices de cartes de crédit, notamment depuis son poste au sein de la commission judiciaire du Sénat (1987-1995). Cette bienveillance n’était pas totalement désintéressée.

En 1996, la MBNA, dont les cadres ont généreusement contribué à financer les campagnes électorales de Joe Biden, a embauché son fils Hunter comme lobbyiste. Or, à cette période, son père défendait à Washington les intérêts des sociétés de cartes de crédit, telles que la MBNA. Et en 2001, alors que le fiston avait commencé à travailler comme lobbyiste fédéral, activité encadrée au niveau des États et au niveau fédéral, la MBNA continuait à lui verser 100 000 dollars par an pour ses conseils. Autrement dit, il touchait un salaire à six chiffres au moment même où son père utilisait son pouvoir de sénateur pour promouvoir les intérêts de cette industrie.

En 2005, après presque une décennie de luttes et de lobbying, la fameuse « Loi sur la prévention des abus de la faillite et la protection des consommateurs » (BAPCPA) a été votée. Certes, la MBNA et consorts n’ont pas eu tout ce qu’ils voulaient, mais ont gagné sur l’essentiel : trois ans avant la crise financière de 2008, et nonobstant son titre prometteur, ce texte aggravait les difficultés des Américains des classes moyennes et modestes aux prises avec la dette. Quoi qu’il en dise aujourd’hui, Joe Biden a joué un rôle prépondérant dans cette affaire. Le projet de loi initial était très dur pour les sociétés de crédit qui comptaient peu d’avocats au Sénat. C’est très probablement grâce à ses efforts que 18 sénateurs démocrates se sont rangés du côté des républicains pour voter en faveur d’une loi qui réduisait la protection des consommateurs. Quinze ans et une crise financière majeure après, la BAPCPA rend toujours la déclaration de faillite plus coûteuse et plus lourde pour de très nombreux Américains : depuis son adoption, les dépôts de bilan par la voie dure, dite « chapitre 13 », sont passés de 24 % de l’ensemble annuel en 2005 à 39 % en 2017.

Une semaine avant l’élection présidentielle, un porte-parole de la campagne de Biden a publié le communiqué suivant : « Joe Biden s’est battu pour les familles de travailleurs pendant toute sa carrière et se présente à la présidence pour reconstruire la classe moyenne afin que personne ne soit oublié au bord de la route. Il pense que nous devons remodeler fondamentalement notre système de faillite afin que les familles de la classe moyenne écrasées par la dette – situation aggravée par une crise économique sans précédente causée par l’échec du leadership de Donald Trump – puissent obtenir l’aide dont elles ont désespérément besoin. » Nous voilà rassurés. Il aurait été inquiétant que le nouveau président des États-Unis soit l’ancien sénateur du Delaware.

Chopin porté sur les hommes? Pédale douce!

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Frédéric Chopin par Eugène Delacroix © E.R.L./SIPA Numéro de reportage: 00345292_000001

J’aurais dû me douter en le contemplant figé dans le bronze face à la mer…


Élégamment vêtu, Chopin semblait narguer le pain de sucre de Rio de Janeiro pour l’éternité. J’aurais dû me douter que sa posture pensive dissimulait un trésor identitaire plus étincelant que celui de mâle blanc « daté » – comme disent les jeunes – faisant de la musique pour Blancs. Derrière les sonates de Chopin se draperait-il une nouvelle icône LGBT?

Statue de Frédéric Chopin à praia vermelha, Rio de Janeiro. Photo : Alexis Brunet.
Statue de Frédéric Chopin à praia vermelha, Rio de Janeiro. Photo : Alexis Brunet.

Durant le confinement printanier, un journaliste helvète dénommé Moritz Weber a épluché des lettres de Frédéric Chopin. « Vous n’aimez pas être embrassé. S’il vous plaît, laissez-moi le faire aujourd’hui. Vous devez payer pour le rêve salace que j’ai fait à votre égard la nuit dernière », aurait écrit le pianiste en polonais au compositeur Tytus Woyciechowski. « Les archivistes et biographes ont délibérément fermé les yeux sur les lettres homo-érotiques du compositeur durant des siècles pour rendre l’icône nationale polonaise conforme aux normes conservatrices », abonde le quotidien britannique The Guardian – qui échappe lui aux accusations de complotisme.

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Statue de Frédéric Chopin à praia vermelha, Rio de Janeiro. Facebook de l’Institut Frédéric Chopin.

Des mots qui sonnent un peu différemment en polonais

« Chopin était un romantique qui ne faisait absolument pas la différence entre les hommes et les femmes dans ses lettres d’amour. Voir une sorte de conspiration derrière les lettres cachées est absurde », a tempéré un dénommé Frick, professeur retraité du département de langues slaves de l’université de Yale. Un porte-parole de l’Institut Frédéric Chopin -créé au début du siècle et situé à Varsovie – souligne que la tonalité érotique des lettres du pianiste relève du grand élan romantique du XIXème – auquel on peut rattacher les mouvements de Chopin – et assure que ses mots doux « sonnent un peu différemment en polonais ».

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De quoi lever le pied de la pédale d’amplification des faits visant à mieux les récupérer? Loin s’en faut. « Les lettres d’amour enflammées du pianiste Frédéric Chopin à des hommes sortent des tiroirs », s’est ébaudi le magazine Têtu en guise de titre. Euphorique, le journal émet l’hypothèse que « sa passion supposée avec l’autrice féministe et très probablement bisexuelle George Sand pourrait dès lors n’avoir été qu’une façade ».

Qu’il soit de la fanfare ou pas, écoutons Chopin !

La palme revient néanmoins à la « page » Twitter Le coin des LGBT+. Forte de ses treize mille abonnés, elle a tweeté un poil courroucée: « Passer sous silence qu’une personne (Chopin) était LGBT+, c’est laisser croire (à dessein!) qu’elle était dyadique[1], cisgenre[2] et hétéro ». Bientôt des valses labellisées LGBT+ lors de nocturnes chopinesques déconseillés aux couples « binaires »? En l’attente du meilleur des mondes, le meilleur moyen d’honorer le génie que fut Chopin et d’ « empêcher que le monde ne se défasse » (complètement), comme dit Albert Camus à Stockholm, est encore d’écouter ou de jouer ses valses. Et pour cela, nul besoin d’abuser de la pédale douce!

[1] « Dyadique (dyadic) : une personne qui rentre dans les standards mâles ou femelles, c’est à dire non-intersexe », nous apprend le site internet uniqueensongenre

[2]  « L’adjectif cisgenre est un néologisme désignant un type d’identité de genre où le genre ressenti d’une personne correspond au genre assigné à sa naissance. Le mot est construit par opposition à celui de transgenre », assure Wikipédia.

La France perd ses facultés?

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Étudiants dans un amphithéâtre. © Valentino Belloni/Hans Lucas/AFP

Dans le monde universitaire on continue de brandir la liberté académique et les combats pour l’émancipation, plutôt que de dénoncer les dérives de la pensée indigéniste, racialiste et « décoloniale ». 


Le 22 octobre, Jean-Michel Blanquer déclare sur Europe 1 que l’islamo-gauchisme « fait des ravages à l’université ». Suscitant dès le lendemain une réaction de vierge outragée de la Conférence des présidents d’université qui fait part de son émotion et jure ses grands dieux que « non, les universités ne sont pas des lieux d’expression ou d’encouragement du fanatisme » et qu’elles ne « sauraient être tenues pour complices du terrorisme ». Tous les universitaires ne partagent pas ce point de vue irénique : le 31 octobre, paraît dans Le Monde le « manifeste des cent », qui compte aujourd’hui 250 signataires parmi lesquels figurent nos plus grands intellectuels : Marcel Gauchet, Pierre Nora, Gilles Kepel et bien d’autres. Ils dénoncent « les idéologies indigéniste, racialiste et “décoloniale” » qui nourrissent, selon eux « une haine des “Blancs” et de la France » et évoquent « un militantisme parfois violent » qui « s’en prend à ceux qui osent encore braver la doxa antioccidentale et le prêchi-prêcha multiculturaliste ». Ils demandent donc « des mesures de détection des dérives islamistes ».

Réplique des adeptes de l’accommodement

Le 4 novembre, les adeptes de l’accommodement répliquent, toujours dans Le Monde, par une tribune qui récolte environ 2 000 signatures, ce qui laisse penser que le rapport de forces est plutôt favorable à cette tendance. Brandissant la liberté académique, et leur constant combat pour l’émancipation (mais de qui et de quoi ?), ils reprochent à leurs collègues de faire « appel à la police de la pensée » et de pratiquer la censure. Sauf que ce ne sont pas les gauchistes qui sont interdits de parole dans certaines facs, mais Alain Finkielkraut, Mohamed Sifaoui, Philippe Val, Sylviane Agacinski ou encore le linguiste Jean Szlamowicz, coupable d’écrire dans « ce torchon raciste et sexiste qu’est Causeur ». En clair, le camp du déni persiste… et signe.

Quant à la ministre de l’Enseignement supérieur, elle ignore avec détermination ce qui se passe dans nos facs.

« Le cave se rebiffe » de Gilles Grangier, mieux que les Tontons

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Bernard Blier et Martine Carol dans "Le cave se rebiffe". © Gaumont

En attendant la réouverture des salles de cinéma, on peut toujours étancher sa soif de cinéma avec des DVD et Blu-ray: les éditeurs en profitent pour exhumer quelques pépites. Aujourd’hui Le cave se rebiffe, de Gilles Grangier, une pépite du cinéma français où tout sonne juste.


À l’origine de ce film de Gilles Grangier, le roman homonyme d’Albert Simonin issu de la trilogie dite de « Max le Menteur » publiée dans les années 1950 et dont les deux autres volets donneront naissance eux aussi à des films : Touchez pas au grisbi de Jacques Becker et Les Tontons flingueurs de Georges Lautner. Si Becker joue sans modération et avec brio la carte du polar très noir, Grangier, imité ensuite par un Lautner qui lui en sera toujours reconnaissant, s’éloigne très nettement du roman initial pour inventer un genre à lui tout seul : le vrai-faux polar déconnant à souhait. Certes, Simonin et Grangier ont participé à l’écriture de l’adaptation, mais c’est essentiellement Audiard qui est ici à la manœuvre, et seul même aux dialogues. Le moindre second couteau est ainsi susceptible d’incarner un prototype de crétin qui fera date (dans le cas présent, c’est Éric dit « le Gigolpince ») et de prononcer des répliques d’anthologie. C’est que l’histoire n’a réellement aucune importance : côté scénario, tout est dans le titre, ou presque. Ce qui compte ici c’est le plaisir simple et brut d’entendre et de voir des cabots de génie proférer des âneries admirables, parfois perles de chauffeurs de taxi parisiens recyclées par un styliste talentueux, la plupart du temps inventions débridées d’un athlète du dialogue en forme de combat de boxe. Michel Audiard est en effet au centre de ce film, comme de tant d’autres, exceptés peut-être ceux qu’il a réalisés lui-même qui, paradoxalement, tiennent beaucoup moins bien la route.

À lire aussi: Audiard, bateleur de mots

Or donc, il faudrait citer l’intégralité de la distribution du Cave se rebiffe, Jean Gabin en tête. Grangier se paye le luxe de ne faire apparaître sa vedette absolue qu’au bout de vingt minutes durant lesquelles on peut savourer à loisir la ronde des premiers ou seconds couteaux incarnés par Bernard Blier, Frank Villard, Antoine Balpétré, Françoise Rosay, Martine Carol et Ginette Leclerc. Ça fuse de toutes parts : « L’Honnêteté, ça se paye », « Dans un ménage, quand l’homme ne ramène pas un certain volume d’oseille, l’autorité devient, ni plus, ni moins, que d’la tyrannie… », ou encore « Les bénéfices ça se divise, la réclusion ça s’additionne ». Et ce n’est là qu’un petit échantillon représentatif de ce qu’Audiard parvient à mettre dans la bouche de ces messieurs-dames. Les mets royaux revenant au « Dab », c’est-à-dire à Gabin qui à propos du fameux « Gigolpince » lance à Rosay cette réplique immortelle : « Celui-là c’est un gabarit exceptionnel ! Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre étalon ! Il serait à Sèvres ! » On s’en voudrait de ne pas citer enfin le cave dont il est question : Maurice Biraud qui trouvait là un rôle à la mesure de son talent. Il est impeccable dans le rôle du prolo graveur aux mains d’or, effectuant avec Gabin un pas de deux jubilatoire.

Pochette du film "Le cave se rebiffe".©Gaumont
Pochette du film « Le cave se rebiffe ».©Gaumont

Un classique qui ne vieillit pas

Ce film a soixante ans et pas une ride, contrairement à la plupart des comédies françaises actuelles qui sont comme des petites vieilles se régalant de sujets sociaux avec une bienveillance dégoûtante. Le cave se rebiffe ne se prend jamais au sérieux et ne méprise jamais son spectateur, autre différence essentielle. Et puis, c’est une nouvelle occasion de réhabiliter encore et toujours Gilles Grangier. Auteur de Mémoires intitulées Passé la Loire, c’est l’aventure, Grangier fut un artisan plus que digne du cinéma français dit commercial. En dépit de cette étiquette, il a su donner à Gabin parmi ses plus beaux rôles de la seconde moitié de sa carrière (Le Désordre et la Nuit en tête, mais aussi Le rouge est mis, Gas-oil, Le Sang à la tête, Maigret voit rouge, Sous le signe du taureau). Et c’est un peintre habile de ce peuple derrière lequel nombre de ses petits confrères réalisateurs couraient sans jamais pouvoir le saisir véritablement. Chez Grangier, tout sonne juste, même dans un ironique vrai-faux polar comme Le cave se rebiffe.

Le cave se rebiffe, de Gilles Grangier. En Blu-ray, édité par Gaumont.