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Les pépites de Guido Ceronetti

Le billet du vaurien

Les pépites de Guido Ceronetti
Guido Ceronetti à Turin en 2003 © Leonardo Cendamo/Leemage Leemage via AFP.

Le billet du vaurien


J’ouvre au hasard un livre de Guido Ceronetti et je tombe sur un passage où il explique qu’au lieu de perdre son temps à compulser la presse ou à suivre des débats à la télévision pour mesurer le degré de dégénérescence de nos démocraties, il serait sans doute préférable de relire Baudelaire et, pourquoi pas, « Une charogne » où l’on voit les mouches bourdonner sur un ventre putride. Ce ventre putride est aujourd’hui partout. Et nous sommes ces mouches auxquelles consciencieusement, pour notre bien, on arrache tantôt une aile, tantôt une patte. 

La nature est criminelle

Il est troublant de voir jusqu’où l’asservissement volontaire est plébiscité par des populations paniquées auxquelles l’idée même de liberté a perdu toute signification, comme si seule importait encore une forme de survie à l’image, tant elle est parlante, de Joe Biden se terrant dans sa cave pour mener une campagne électorale visant au premier chef à imposer le port du masque à chaque Américain. La dégénérescence de la démocratie est fascinante quand elle aboutit à transformer chaque citoyen en esclave de sa propre survie. 

Aurait-on oublié, s’interroge Ceronetti, à quel point la nature est criminelle ? Les preuves surabondent. Ses récidives sont illimitées. Un tribunal honnête ne pourrait que la condamner. Et pourtant dans un élan grotesque une jeunesse décérébrée, appuyée par des politiciens véreux ou démagogues, n’aspire plus qu’à sauver la planète. Le degré zéro de la démocratie est enfin atteint. Les messages optimistes poignardent dans le dos l’infini martyre des êtres humains, à supposer qu’il en reste.

Ceronetti par Cioran interposé

Inutile de préciser que c’est notre ami Cioran qui a contribué à la notoriété de Ceronetti en France. J’imagine sa jubilation quand il a lu sous sa plume: « Aucune femme ne s’aime vraiment, si ce n’est superficiellement, parce qu’elle a le pressentiment de l’épouvantable réalité qu’elle cache » ou encore à propos de la vieillesse: « Le corps qui vieillit est le bourreau érigé tous les jours en tortionnaire impitoyable de toute l’innocence perdue. »

À défaut d’avoir rencontré Ceronetti, j’ai connu sa fille que Cioran hébergeait. Elle était d’une beauté incroyable et d’une lucidité rare chez une adolescente. Elle fascinait également Matzneff. Et elle souscrivait à la prophétie, aujourd’hui inaudible, de son père qui annonçait que les petites filles, bientôt sexuellement libres, n’auront d’autre choix à l’avenir que de prendre pour amants des partenaires de leur âge. Si l’amant, écrivait-il, a vingt-cinq ou trente ans de plus, alors c’est la fin du monde. Arrivent les menottes, la géhenne, la réprobation. Matzneff en sait quelque chose. 

Et pourtant, concluait Ceronetti, le seul vrai amour qu’elles puissent avoir à quinze ou vingt ans, c’est avec un homme qui pourrait être leur père. Il n’avait pas prévu que viendrait le jour où il n’y aurait plus de pères. Nous y sommes.


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