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Pendant que Macron parle aux jeunes, la crise de l’autorité s’accentue

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Malgré son discours bienveillant à destination de la jeunesse, les black blocs ont de nouveau donné une image pitoyable du maintien de l’ordre sous Macron ce samedi.


Le président de la République a dialogué avec la jeunesse – 7 millions – sur Brut et il a dénoncé les contrôles au faciès. Il devra expliquer cependant comment, dans certaines cités sensibles où la police est généralement très mal accueillie, contrôler des Blancs quand il n’y en a pratiquement pas un seul ou inventer une couleur de délinquance qui répondrait à son humanisme ?

Mais samedi ordinaire à Paris. On manifeste contre la précarité et la loi sécurité globale. Beaucoup de Gilets jaunes qui se souviennent des jours anciens et recommencent.

Il paraît que les 18/25 ans soutiennent majoritairement Macron. Mais samedi ordinaire à Paris avec des scènes de dévastation où des voyous frénétiques et des brutes d’extrême gauche ont été, durant quelques heures, le visage de la France

Des syndicats policiers regrettent de n’avoir pas été soutenus par le président et en conséquence vont en appeler à l’arrêt des contrôles d’identité.

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Mais samedi ordinaire à Paris. En tête du cortège, 400 à 500 Black Blocs se mettent en branle et c’est l’enfer.

Le président annonce la création d’une plate-forme où on pourra se plaindre de la police.

Mais samedi ordinaire à Paris. Les Black Blocs détruisent, incendient, cassent. Le Président pense, commente, analyse, demeure équilibré, nuancé. Le « en même temps » dans toute sa splendeur abstraite.

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Mais samedi ordinaire à Paris. Les policiers et les gendarmes tentent de résister, font ce qu’ils peuvent. À l’évidence ils sont débordés. Qui oserait encore soutenir qu’ils laissent délibérément les violences se commettre et les désordres se multiplier ? Les Black Blocs sont les maîtres.

On continue à discuter de l’article 24 et de la sémantique: il ne faudrait pas parler de violences policières puisque la police a l’usage de la force légitime et que les fonctionnaires trahissant leur mission sont poursuivis et, pour certains, incarcérés.

Mais samedi ordinaire à Paris. Les Black Blocs font la loi, attaquent les banques, brisent les vitrines, se coagulent puis se dispersent. Des personnes seront interpellées, combien seront condamnés ?

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Le président, paraît-il, a été à son avantage face à la jeunesse. Il paraît que de 18 à 25 ans, cette génération le soutient majoritairement. Sa jeunesse le sert.

Mais samedi ordinaire à Paris. Des scènes de dévastation où des voyous frénétiques, des brutes d’extrême gauche, ont été durant quelques heures le visage de la France.

Il y a trop de décalage entre le verbe d’un Président qui disserte sur la réalité et ce samedi ordinaire où un pouvoir dépassé et impuissant est totalement à la merci des Black Blocs.

Un samedi ordinaire à Paris. Recherche désespérément honneur et autorité.

Moi, Emmanuel Macron, je me dis que...

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Et voici que s’avance l’inquisition policière

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Après l’agression de Michel Zecler et alors que la loi «sécurité globale» est critiquée, le ministre de l’Intérieur a été invité à s’exprimer sur le maintien de l’ordre en France. Lors de son audition à la Commission des lois, Gérald Darmanin a dressé la semaine dernière la liste des sept “pêchés capitaux” de la police nationale: le manque de formation initiale / la faiblesse de l’encadrement dans la rue / le manque de moyens matériels (1 milliard est prévu pour rénover locaux et flotte automobile) / le manque d’effectifs / l’IGPN, à laquelle on envisage de placer une personnalité indépendante à la tête / et enfin, le divorce avec la population.

Que penser des annonces du ministre et de cette nouvelle philosophie?


Ainsi donc, le révérend père Darmanin, appelé au chevet d’une police semble-t-il promise aux feux de l’enfer, pense pouvoir l’exorciser en nommant et en guérissant chacun des péchés capitaux dont cette pécheresse d’un nouveau genre souffrirait. Il est dommage, au demeurant, que d’autres pans de son ministère, qui dysfonctionnent ô combien davantage, n’aient pas autant attiré son attention. Pour un observateur avisé, il semble pourtant que la Préfectorale, et plus encore son cortège de seconds couteaux sortis des Instituts Régionaux d’Administration, posent pourtant largement plus de problèmes dans le fonctionnement quotidien de son ministère. Mais passons.

Le premier péché de cette coupable police serait le manque de formation. Il faut dire que former les gens, c’est très tendance, c’est même un véritable business chez les gens qui ont tout fait pour éviter de mettre en pratique ce à quoi ils prétendent former. C’est juste que ça ne résiste pas toujours à l’épreuve du feu.

Darmanin veut une formation initiale plus importante

En premier lieu, s’agissant de la formation initiale, l’inquisiteur omet curieusement de dire que le nombre de candidats, et donc le niveau de recrutement, se sont effondrés, contraignant actuellement à prendre n’importe qui ou presque. Grâce doit en être rendue à la couverture médiatique partiale des actions de police depuis le début des gilets jaunes, et à l’incapacité de l’État à défendre publiquement les policiers, à rappeler les lois, et à obliger à leur application. Et quand un président de la République se permet, le 5 décembre suivant, d’expliquer que la police contrôle au faciès, on peut s’attendre à ce que la crise des vocations soit durable, surtout au tarif horaire où l’on paie les policiers. On en est, c’est dire, à diffuser des messages en interne au ministère de l’Intérieur pour proposer à de simples administratifs de devenir gardiens de la paix. On peine donc à voir comment une formation initiale plus pointue, plus complète, sera convenablement absorbée par des élèves d’un niveau moindre.

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L’état des effectifs est même tel que les réservistes, ceux-là même dont Darmanin veut augmenter le nombre, sont devenus indispensables au fonctionnement de l’institution : actuellement, sans réservistes, la police nationale serait dans l’incapacité d’assurer son fonctionnement quotidien normal dans nombre de départements métropolitains. Autant dire qu’en cas d’imprévu majeur, la machine bloquera aussitôt.

La peur de la bavure

En outre, il se trouve que la police est un métier en prise directe avec la réalité, loin des théories et plans tous faits, de sorte qu’on ne peut, au final, s’y vraiment former qu’en l’exerçant réellement, sur le terrain, dans des conditions suffisamment bonnes pour qu’elles ne soient pas un obstacle. En plus d’une nombre de fonctionnaires suffisant, ce qu’il n’est donc pas, cela passe par l’octroi de moyens adéquats, promis par ce ministre comme par les précédents ; c’est dire s’il y a loin de la coupe aux lèvres. On peut parier que comme à l’habitude, les directions spécialisées telle la Direction Centrale de la Police Judiciaire, en capteront l’essentiel, sans bénéfice mesurable pour le public, alors que la police du quotidien, la Sécurité Publique, ne touchera qu’une portion congrue. La seule vraie surprise serait que pour une fois, la priorité d’attribution soit inversée ; cela ne permettrait de toute façon que de renouveler un parc de véhicules obsolètes et en nombre insuffisant.

Mais de bonnes conditions de travail passent avant tout par le fait qu’un policier, quand il est amené à se défendre ou à utiliser la violence légitime pour maîtriser un voyou, ne devrait pas avoir en premier lieu à l’esprit la peur de la réaction de sa hiérarchie et de la justice, qui en cas de problème, le soupçonneront d’emblée d’avoir failli. Car c’est ça, la hantise du policier de voie publique, la seule chose à laquelle on le forme, et même on le déforme, encore et encore jusqu’à que cette crainte soit omniprésente : la peur de la bavure, la peur de ne pas être en légitime défense quand il se bat, quand il tire, etc… C’est cette peur-là qui a sans doute paralysé l’un des trois policiers intervenant sur l’assassinat de Samuel Paty, l’empêchant de tirer alors que les conditions de la légitime défense étaient réunies. 

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Qui donc va former la hiérarchie et les magistrats aux difficultés de la police de terrain ? Va-t-on donner une arme et un uniforme à un magistrat durant six mois, pour en faire le premier intervenant sur toutes les situations, charge à lui de les gérer, pour comprendre de quoi il retourne ? Non ? Alors il n’y a aucun miracle à attendre : dans la police, la formation continue sert depuis des décennies à couvrir l’administration face aux erreurs d’un agent, et est utilisée dès que faire se peut par la Justice contre ce même agent, en lui reprochant de ne pas avoir décidé en un quart de seconde, d’agir comme on le lui avait expliqué, dix ans auparavant, autour d’une table.

Lâcheté de l’Etat et de la justice

Et d’ailleurs, à quoi bon former des policiers aux lois, puisqu’elles ne sont plus appliquées sur le territoire ? À quoi bon les former au Code de Procédure Pénale, puisque les voyous ressortent libres plus vite qu’ils sont interpellés ? À quoi bon les former à l’Ordre Public, puisqu’on laisse des manifestations illégales, ou qui le deviennent, se tenir et détruire biens publics et privés sans intervenir ? Le policier est formé à la théorie, et la lâcheté perpétuelle de l’État aboutit à une pratique totalement contraire. Alors on va les former à quoi ? À encaisser des boulons en pleine tête ? À moins brûler quand ils reçoivent un cocktail Molotov ? À s’enfuir plus rapidement ? 

Visiblement, la seule réponse prévue à la non-application des lois en matière de droit des manifestations, et aux tentatives d’homicides volontaires sur les policiers et gendarmes dont ces événements sont l’occasion, est d’augmenter le nombre de fonctionnaires dédiés à la gestion du Maintien de l’Ordre. Non, correction : à la gestion des attroupements armés et autres émeutes qui se tiennent impunément dans les rues de nos villes. Il ne s’agit pas d’empêcher que les Forces de l’Ordre soient décimées : juste de garantir leur renouvellement sur la ligne de front. Une stratégie digne des maréchaux de 1914, que la police appréciera à sa juste valeur.

On passera rapidement sur ce qui a été dit sur l’IGPN, inspection qui est sans contestation possible la plus féroce de toutes les administrations de l’État, et que seuls les gauchistes et les experts de salon avachis qui peuplent les réseaux sociaux, peuvent imaginer complaisante avec les fonctionnaires de police. Le problème vient de ces imbéciles qui croient pouvoir se permettre d’avoir une opinion sur un sujet auxquels ils ne comprennent rien.

Remettre des cadres en soutien des forces sur le terrain

Non, si l’on doit retenir quelque chose qui pourrait avoir un résultat positif dans le quotidien des policiers de terrain, c’est tout d’abord l’idée de remettre des cadres sur la voie publique, dont ils ont complètement disparu pour aller peupler des bureaux où ils alignent des chiffres dans des colonnes, alors même que leur présence aux côtés des troupes serait plus précieuse que jamais. Le commandement doit aussi s’exercer au feu, ou alors il n’a pas de raison d’être. 

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Mais encore faudrait-il que les lois soient de nouveau appliquées, faute de quoi les mêmes causes continueront à produire les mêmes effets. Encore faudrait-t-il que ces cadres puissent avoir une latitude d’action, une autonomie décisionnelle, et surtout que la carrière d’un homme de terrain soit valorisée par rapport à celle d’un rat d’état-major. Or, les risques disciplinaires qui pèsent depuis peu sur Patrick Vissier-Bourdon, Commissaire de Police du 91 issu du rang, et donc l’un des rares vrais policiers au sein de ce corps de sous-hauts-fonctionnaires timorés, parce qu’il a donné une interview au Figaro pour expliquer le quotidien de ce métier, en sont le signal contraire.

Tous filmés

Et puis, enfin, il y a la caméra piéton individuelle, qui est sans doute la meilleure mesure individuelle de protection proposée dans le sermon de Darmanin. Loin d’être un moyen de flicage des policiers comme les plus anciens le pensaient au début, c’est devenu pour chacun d’eux le seul moyen d’assurer ses arrières face à la lâcheté du politique et de la haute hiérarchie. Mais attention, pas simplement pour que le policier puisse se défendre de fausses accusations : tout autant pour qu’il puisse en disposer librement pour traîner devant les tribunaux toute personne qui l’accuserait à tort. Et comme nous sommes à présent dans cette société où l’image est reine, le contenu de ces vidéos doit pouvoir être présenté comme preuves de tout délit ou crime, puis que c’est comme cela que les subversifs et les voyous les utilisent déjà. L’égalité de droits n’est pas au seul bénéfice des nuisibles.

Quant au lien avec la population… Se demander si la confiance du peuple envers la police est rompue n’est franchement plus d’actualité : il vaut mieux commencer à se demander combien de temps la police supportera encore une population et des médias qui ignorent tout de ce qui se passe mais prétendent demander des comptes, avant de mettre les crosses en l’air et de laisser les choses se faire sans elle.

Syndrome de Stockholm: les femmes ravies


Le syndrome de Stockholm, qui n’est pas lié à une curiosité pathologique, relève de ce que des chercheurs en psychologie évolutionnaire désignent comme l’«attachement par capture». 


Stupeur, trahison et ingratitude. Ainsi pourrait-on résumer l’état d’esprit de l’opinion italienne depuis le retour, à la mi-mai, de Silvia Romano, otage du groupe terroriste Al-Shabab depuis 2018 et libérée grâce au paiement d’une rançon estimée à plusieurs millions d’euros de deniers publics. La raison du tumulte ? Silvia Romano, qui se fait désormais appeler Aïcha, s’est convertie à l’islam rigoriste de ses geôliers. Celle qui fut enlevée alors qu’elle était en mission humanitaire au Kenya niait cependant avoir changé sous la contrainte. Elle avait simplement lu le Coran durant sa captivité et la religion musulmane l’avait captivée. Le même scénario s’est déroulé en France en octobre après la libération de Sophie Pétronin, otage de djihadistes maliens durant quatre ans. Pétronin se fait désormais appeler Mariam et, comme son homologue italienne, affirme s’être convertie de son plein gré.

L'enlèvement des Sabines (1634), un tableau de Nicolas Poussin. © Trujillo Juan
L’enlèvement des Sabines (1634), un tableau de Nicolas Poussin. © Trujillo Juan

L’attachement par capture

Ces affaires fleurent bon le syndrome de Stockholm – conceptualisé par le psychiatre Nils Bejerot après un hold-up dans une banque de la capitale suédoise à l’été 1973, qui avait vu les otages prendre fait et cause pour les braqueurs. Le phénomène, qui n’a rien d’une curiosité pathologique, relève de ce que des chercheurs en psychologie évolutionnaire désignent comme l’« attachement par capture ». Lorsqu’un individu est isolé de son cercle social habituel et soumis au joug de tiers tenant littéralement sa vie entre leurs mains, les chances qu’il en vienne à changer son mode de pensée et à déplacer sa loyauté d’une façon aussi radicale que soudaine sont élevées. Pour une raison simple : dans un tel contexte, cette réorientation sociale a tout d’une carte survie. Dans sa forme la plus pure, l’attachement par capture s’active durant les prises d’otage et les séquestrations, mais il est aussi décelable dans d’autres phénomènes plus ou moins tragiques : syndrome de la femme battue, embrigadement sectaire, séminaires d’entreprise ou émissions de télé-réalité exigeant de leurs concurrents une réclusion dans un loft de La Plaine-Saint-Denis ou sur une île thaïlandaise.

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Comment un tel trait a-t-il pu améliorer le succès reproductif de nos ancêtres au cours des millions d’années où ces primates sociaux ont vivoté dans de petites hordes ? Les données archéologiques, qu’elles concernent l’Afrique, l’Amérique du Nord ou l’Amérique du Sud, indiquent que la capture par un clan extérieur à celui de sa naissance y était un événement fréquent. Le sujet est même encore saillant dans la mémoire des nomades et des chasseurs-cueilleurs contemporains – en particulier dans le riche corpus sur les Yanomamö d’Amazonie établi par l’anthropologue Napoléon Chagnon. Pas besoin de remonter les générations pendant des lustres pour trouver un parent – et surtout une parente – qui en a fait les frais. Des études génétiques enfoncent le clou : en Islande, la plupart des femmes constituant le peuplement originel de l’île n’étaient pas scandinaves, mais venaient des régions connues aujourd’hui sous les noms de France et d’Angleterre. Si la génétique des populations n’a aucun moyen de le prouver, il y a cependant de lourdes raisons de croire qu’elles n’ont pas sauté de joie lorsque des Vikings les ont jetées dans leurs bateaux voici une quarantaine de générations.

Se battre pour se protéger et protéger ses apparentés

De fait, guerre et viol sont des amis de longue date. S’il a fallu attendre les années 1990, avec le génocide au Rwanda et la guerre des Balkans, pour que le drame du « sexe de la femme comme champ de bataille » devienne un sujet de préoccupation internationale, il est universel dans l’espace et dans le temps. On le détecte chez Homère, dans la Torah, la chronique anglo-saxonne ou la mythologie avec l’enlèvement des Sabines. Comme le détaille là encore Napoléon Chagnon, la promesse d’un accès aux femmes des adversaires est l’une des premières motivations explicites d’un conflit dans les sociétés de petites échelles, celles que l’on a longtemps qualifiées de primitives. Mais le phénomène n’a pas disparu, loin de là, avec les guerres des sociétés modernes. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, en Europe occidentale, on estime que la fréquence des viols a augmenté de 300 à 400 % avec l’arrivée des Alliés et que 5 % des grossesses d’après-guerre ont été imputables à ces viols. Plus à l’Est, les hypothèses les plus basses font état de plus d’un million de femmes violées par les soldats de l’Armée rouge. Durant la troisième guerre indo-pakistanaise, qui se soldera par l’indépendance du Bangladesh, environ 200 000 femmes ont été violées par les soldats pakistanais en seulement quelques mois de 1971 et 1972. Selon des chiffres de 2004 de l’Organisation mondiale de la santé, 50 % des femmes avaient été violées dans certaines zones de conflit, souvent de manière répétée – la palme du pire revenant à l’époque à l’Afrique des Grands Lacs, où l’interdiction de l’avortement, largement répandue, a abouti à un nombre très élevé de grossesses consécutives à des viols.

silvia romano italie somalie
Silvia Romano, Rome, 10 mai 2020. FABIO FRUSTACI / ANSA / AFP

Nous sommes les héritiers de temps et de lieux où la contraception scientifique était aussi inexistante que les rapts étaient courants. Se battre pour se protéger et protéger ses apparentés est une bonne stratégie pour ses gènes, mais lorsqu’on est capturé et qu’il est impossible de s’échapper, éviter la mort et tirer le meilleur parti possible de la nouvelle situation est également une très bonne technique pour les perpétuer. En particulier, elle est bénéfique pour des gènes façonnant des esprits capables de se débarrasser d’attaches émotionnelles antérieures pour créer de nouveaux liens avec ceux et celles qui vous ont ravi. Le processus ne doit être ni trop rapide (du côté de votre clan d’origine, on pourrait chercher à venir vous sauver) ni trop lent (parce que la patience de vos ravisseurs a ses limites). Résultat : la sélection naturelle nous a offert des mécanismes psychologiques permettant l’attachement par capture, soit la réorientation des mêmes processus sociaux qui avaient constitué nos premiers liens dans la fabrication des seconds, cette fois-ci galvanisés par la violence, la peur et l’isolement. Les plus aptes à cette « réorientation sociale » sont devenus nos ancêtres, les gènes des autres sont restés sur le carreau et l’indignation face aux « traîtres » tombés en pâmoison devant les coutumes de leurs tortionnaires n’en a pas fini de gronder.

Arnaud Salaün: l’art français du roman noir

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Mogok, son premier roman, s’inscrit dans la tradition de Jean-Patrick Manchette.


Enfin, un roman noir français qui renoue avec les archétypes du roman noir. Urbain, violent, en phase avec son temps : nos chères années 2020. Enfin un roman qui ne mime pas les Américains du « rural noir » avec des personnages qui confondent l’Auvergne et le Kentucky. Dans Mogok, Arnaud Salaün met en scène un tueur professionnel, un Serbe solitaire qui vit du côté de Clignancourt et traine sa quarantaine dans des bars où des artistes branchés ont remplacé les prolos il y a belle lurette. Il s’appelle Bandian, il a fui Belgrade il y a quinze ans, il est passé par la Légion étrangère et puis s’est mis à son compte. 

Friches urbaines et drogues de synthèse

Comme il n’a pas de préjugés, il supporte assez bien la compagnie d’une jeunesse qui pratique le street art, les rave en plein jour dans les friches urbaines et l’ingestion de toutes les drogues de synthèse existant sur le marché. Et comme il est plein de bonne volonté et qu’il a envie de plaire, il se met lui-même à l’art contemporain et fabrique des tortues avec des imprimantes 3D qu’il recouvre de poils de veste.

Le problème des tueurs, ce sont toujours les mêmes. Ils acceptent des commandes dangereuses et ils tombent amoureux. Pour la commande dangereuse, il s’agira d’Herman, marchand d’armes paranoïaque qui vit reclus. Pour l’histoire d’amour, c’est Ailis, une jeune photographe qui l’emmène en visite guidée dans les squats pour voir des performances et danser sur de la techno.

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On pariera sans trop de risque qu’Arnaud Salaün a lu Manchette. On a connu de plus mauvais maîtres. Son Bandian fait penser au Martin Terrier de La Position du tireur couché et son Herman à l’ancien responsable de la police politique d’Haïti réfugié en France dans Le Petit bleu de la Côte Ouest. La différence est bien sûr liée à l’époque. Aujourd’hui, il y a les SMS, Google, les start-up et des désordres géopolitiques qui n’étaient pas ceux des années 70. Mais Salaün a la même manière distanciée, dépourvue de jugement à part une discrète ironie et un humour noir qui se faufile dans les sous-entendus, de traiter les temps qui sont les nôtres.

Quelque part en Birmanie

On verra par exemple le bras droit d’Herman, Mortier, archétype du cadre dirigeant, aller vendre six drones équipés de mitrailleuses à un milliardaire texan qui veut s’en servir pour surveiller son ranch à la frontière mexicaine. La scène du massacre des vaches, en attendant celui des migrants, pour tester les machines de morts, vaut à elle seule la lecture du roman et prouve que Salaün maitrise de surcroit ce qu’il y a de plus difficile dans un roman noir : la représentation de la violence. On est dans Mogok, si l’on s’en fie aux références de l’auteur, quelque part entre Cannibal Holocaust et Georges Bataille, entre le film gore et la littérature envisagée comme une exploration des limites.

Bandian, comme tous les tueurs professionnels, finit bien entendu par être la cible de ses commanditaires et il faudra au lecteur aller quelque part en Birmanie pour voir comment s’accomplit un destin dérisoire autant qu’héroïque et finalement poignant.

Trouver son style

Aussi à l’aise dans la tuerie exotique que dans l’underground parisien, Arnaud Salaün a d’emblée trouvé son style, ce qui permettra pour la suite de le distinguer sans mal dans le tout-venant pléthorique de la littérature de genre.

Mogok d’Arnaud Salaün (Seuil, « Cadre Noir »)

Howard Hawks: grandeur du cinéma humaniste

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Découverte enthousiaste du dernier film d’Howard Hawks, Rio Lobo.


Rio Lobo est le dernier film de l’immense cinéaste Howard Hawks. Ce film traine depuis sa sortie sur les écrans de cinéma une réputation exécrable de remake parfois parodique de Rio Bravo et El Dorado, tournés respectivement onze et quatre ans auparavant. Une histoire que chacun s’escrime à nous décrire comme peu intéressante, un rythme trop lent et soi-disant cahotant, des personnages aux caractères pas assez définis… Pourtant ce film dont le scénario est signé par la romancière Leigh Brackett, la complice des grands films d’après-guerre de Hawks, est une grande réussite. C’est avec un immense plaisir que je l’ai découvert récemment sur Arte, ne l’ayant jamais vu au cinéma pour toutes ces mauvaises raisons.

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Fin de la Guerre de Sécession

Une nouvelle fois ce film raconte l’histoire d’hommes pour qui l’amitié, la camaraderie et le bon whisky sont les valeurs cardinales. L’action débute à la fin de la Guerre de Sécession. Des soldats sudistes volent l’or des Nordistes en attaquant le train qui le transporte. Scène splendide et spectaculaire filmée de main de maître par Hawks.

La guerre s’achève et le Colonel McNally (John Wayne) se lie d’amitié avec les deux leaders sudistes qu’il vient de combattre, le capitaine Pierre Cordona, interprété par le Mexicain Jorge Rivero, une sorte de latin lover vif et drôle et le Lieutenant Tuscarora joué par Chris Mitchum, le fils de Robert. La réconciliation entre Nordistes et Sudistes permet une magnifique et très plaisante tirade du Colonel McNally qui donne une leçon de patriotisme en expliquant qu’il déteste ceux qui l’ont trahi mais admire ceux qui l’ont combattu.

Le colonel et le capitaine se déplacent au Texas pour pourchasser le traitre lorsque surgit dans le bureau du Shériff Bill Williams, un ami de Mc Nally, la belle Shasta Delaney (Jennifer O’Neill) qui vient accuser la bande de Ketcham qui contrôle Rio Lobo du meurtre de son vieil ami. Superbe intrusion d’une femme à l’allure d’institutrice dans cet univers d’homme. Lors de la séquence de tentative d’enlèvement de Shasta par les hommes de main du petit tyran de Rio Lobo, la jeune femme se révèle de plus habile tireuse.

Sous sa conduite, les deux amis se rendent à Rio Lobo pour affronter les malfaisants. Le trio va se trouver rejoint au cours des péripéties de l’action par deux autres femmes Maria Carmen et Amelita ainsi que par un vieil homme, le propriétaire terrien Phillips, spolié par Ketcham, le shériff Hendricks et leur bande.

Le dernier film de Hawks

Si Hawks s’avère le plus souvent dans son œuvre, un cinéaste du commando qui ne peut intégrer ni les femmes ni les vieillards, force est de constater que dans son ultime film, la place des femmes et des anciens est importante. Pour preuve, les rôles accordés aux trois personnages féminins qui luttent avec détermination aux côtés du colonel. Ce rôle central des femmes, pistolet au poing dans Rio Lobo, est assez rare dans les westerns classiques… Et la superbe scène ou Shasta fait perdre leurs doutes à ses compagnons sur ses qualités de cavalière est une pure réussite humaniste et formelle.

Les hommes vieillissant comme Phillips – alcoolique, mais adroit -, interprété par Jack Elam qui reprend ici la place occupée par Walter Brennan dans Rio Bravo, en plus vindicatif, sont aussi à l’honneur. Il me semble important de rappeler que le Colonel est aussi un homme vieillissant – John Wayne a 63 ans en 1970 – moins agile mais déterminé, patriote, amoureux de la liberté et de la justice.

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Rio Lobo servi par la mise en scène classique et limpide de Howard Hawks, la superbe partition musicale de Jerry Goldsmith, une belle lumière et des cadres d’une grande précision du chef-opérateur William H. Clothier est un film hautement hawksien et très savoureux. Une déclaration d’amour à l’honneur, à la droiture d’hommes et de femmes au caractère bien trempé. Du beau et grand cinéma humaniste!

Rio Lobo un film de Howard Hawks
Etats-Unis – 1970 – 1h50
Intreprétation: John Wayne, Jorge Rivero, Jennifer O'Neill, Jack Elam, Christopher
Mitchum, Victor French, Susana Dosamantes, Sherry Lansing, David Huddleston, Mike Henry, Bill Williams, Jim Davis, Dean Smith, Robert Donner, George Plimpton

Citizen Trump, en quatrième vitesse

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La cinéphilie vagabonde de Michel Marmin, Pierre-Guillaume de Roux Éditions.


À ceux qui doutent encore que la réalité imite l’art, je suggère d’imaginer Donald Trump à la place de William H. Hearst, le magnat de la presse, dans le chef-d’œuvre d’Orson Welles : Citizen Kane. Les coïncidences sont plus que troublantes. Donald Trump est le Citizen Kane du vingt et unième siècle dont la morale pourrait se résumer ainsi : dans la vie, il n’y a que les gagnants et les perdants. Plus dure sera la chute pour les loosers, car leur vie recèle sans doute plus d’énigmes et de blessures intimes.

Affranchi de toute morale

Barack Obama est un enfant de chœur à côté de Trump et Joe Biden une chiffe-molle sans Rosebud. Aucun des deux ne pourrait inspirer un metteur en scène comme Fritz Lang, celui du docteur Mabuse, ou comme Orson Welles. Si j’ose ici une confidence – et pourquoi ne me le permettrais-pas ? – « La soif du mal », « La dame de Shanghai », sans oublier « Monsieur Verdoux » (il en fut le scénariste) et, bien sûr, « Le Troisième Homme » qui lui doit tout, sont parmi mes favoris. Ils m’ont initié au septième art et affranchi de toute morale.

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J’y songeais ce matin en dégustant La cinéphilie vagabonde de Michel Marmin qui s’ouvre sur « Kiss me deadly » (1955) qui reste gravé dans la mémoire de tout cinéphile qui se respecte comme un chef-d’œuvre du genre. J’avais quinze ans quand je l’ai vu et, comme Marmin, j’ai été secoué par le climat de désespoir métaphysique absolu qui emporte le film où la seule promesse faite à l’humanité est celle de son anéantissement sans le moindre indice de transcendance. Michel Marmin écrit dans le pur esprit mac-mahonien, le seul qui vaille, que c’est la mise en scène, et la mise en scène seule, qui confère au film sa singulière beauté. Elle est fondée, ajoute-t-il, sur un parti-pris d’esthétisme visuel et sonore qui vise à une dématérialisation des êtres et des choses, ceux-ci devenant alors les figures quasi abstraites d’une danse macabre stylisée et épurée par un noir et blanc radical.

L’apocalypse en quatrième vitesse

Ce que le film annonce, c’est la fin du monde, l’apocalypse nucléaire. Rassurez-vous: elle ne saurait tarder. Le cinéma a toujours une longueur d’avance sur son temps (si vous en doutez, revoyez « Soleil vert » de Richard Fleischer) et c’est pourquoi il vieillit moins vite que la littérature. Il ne se soucie pas d’être dans le monde de la culture, ni d’atteindre un clacissisme universitaire. « En quatrième vitesse » est le titre français de « Kiss me deadly », titre que Marmin trouve idiot et insignifiant. Il a tort : tous les grands films ont été tournés en quatrième vitesse, à l’image de nos vies quand elles ne s’embourbent pas dans une routine sans saveur. Le jour où nous accordons trop d’importance à nos vies, voire à nos œuvres, signe un déclin irréversible dont même le baiser de la mort ne nous procurera plus le moindre orgasme.

La cinéphilie vagabonde de Michel Marmin, Pierre-Guillaume de Roux Editions.

Une cavalcade nommée de Broca

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Un beau livre richement illustré recompose l’image d’un réalisateur aussi populaire que secret


On a tous quelque chose de Philippe de Broca (1933-2004). Notre dette envers lui est immense. Qui n’a pas vu Le Magnifique, L’Homme de Rio, Cartouche, Le Cavaleur ou Le Diable par la queue ne connaît rien des soubresauts de l’âme, la polka des sentiments contradictoires et les fanfaronnades tristes de l’homme français. Nous plaignons sincèrement cet être incomplet. Car de Broca fut ce phare dans un océan de sérieux, ce pincement au cœur quand la comédie se voulait grossière, cette tornade qui emportait le spectateur tout en instillant chez lui, un sentiment d’abandon.

Mécanique joyeuse

Ses films sans cesse revus ou redécouverts agissent comme des bornes existentielles, ils réenchantent notre quotidien, nous emportent et nous subjuguent. Broca est à la fois notre refuge et notre exil intérieur. Plus le temps avance, plus son génie nous manque cruellement. Nous avons appris à nous méfier des cinéastes d’avant-garde, ces chéris de la critique, encensés par les pouvoirs publics qui trustent les positions dominantes dans les médias mais dont l’empreinte émotionnelle est complètement nulle. Ils ont beau faire l’objet de conférences, de débats qui ennuient, de toute cette gesticulation intellectuelle un peu vaine, un peu vulgaire, ils n’arrivent pas à toucher.

Alors que les films de Broca brillent dans la nuit par leur parfum d’éternité, leur douceur désenchantée, leur dialogue confectionné dans ce friable organdi, cette mécanique joyeuse et pétaradante qui nous libère de nos chaînes. Broca est un libérateur, il ouvre les fenêtres de cette grande maison de famille, assoupie dans la campagne, à la façade défraîchie et fait valser les amours impossibles. L’instabilité des hommes vient se fracasser sur le rivage des femmes, cette terre inconnue dont le mystère est source de bonheur intense et de perplexité profonde. Aujourd’hui, les langues se délient, les vraies valeurs finissent par s’imposer, le talent exploser, les contemporains peuvent juger sur pièces.

Aristocrate de la pellicule

Certains jeunes réalisateurs osent même avouer que ce cinéma-là, celui du dimanche soir, populaire et étincelant, à l’humour légèrement ébréché et à l’action échevelée les a profondément nourris. Ils reconnaissent en de Broca un maître doublé d’un professionnel hors pair, c’est-à-dire un cinéaste star du box-office qui donne du confort de visionnage et de l’épaisseur à ses personnages, qui ne néglige jamais la qualité au détriment du plaisir gamin de s’amuser. Rares sont ceux qui réussirent aussi bien à doser l’aventure et le frisson, la fantaisie et l’introspection, sans tirer à la ligne, sans jouer les trémolos, Broca fut ce funambule délicat qui avançait sur cette mince corde sans jamais chuter dans la facilité.

Nous verrons fleurir bientôt des dizaines d’héritiers à Philippe de Broca, son aura commence à se propager. Il fallait un livre (Un Monsieur de comédie aux éditions Neva) signé Philippe Sichler et Laurent Benyayer pour recomposer la figure de cet aristocrate de la pellicule, un beau livre de Noël rempli de photos et de témoignages, une déclaration d’amour à un réalisateur finalement assez méconnu. Cet ouvrage de référence vient s’ajouter au formidable travail d’Alexandra de Broca qui perpétue l’œuvre de son mari, notamment en restaurant des films ou en faisant simplement vivre ce bel héritage culturel. On sait combien le réalisateur est admiré aux Etats-Unis, sa filmographie auscultée dans les meilleures écoles depuis Le Roi de cœur, sorti en 1966. Broca, l’oublié de la Nouvelle Vague et des revues spécialisées hexagonales, jalousé aussi pour ses millions d’entrées en salles et ses collaborations prestigieuses avec, entre autres, Belmondo, Cassel, Noiret, Girardot ou Montand a été, très tôt, reconnu et adoubé, outre-Atlantique, comme un authentique créateur.

Ce merveilleux livre, idéal pour les fêtes de fin d’année, comprend en cadeau le DVD « Les 1001 nuits » dans sa version TV de 4 X 52 mn. Il débute par un avant-propos de Jean-Paul Belmondo qui déclare : « J’ai aimé son rire, son imaginaire, son extrême rigueur dans la loufoquerie, la gravité secrète que dissimulaient ses pirouettes ». Dans la préface qui suit, Cédric Klapisch enfonce le clou : « Peu de réalisateurs ont autant réussi à mettre de la grandeur dans la légèreté ».

Cartographe intime

De mon côté, je considère de Broca comme le meilleur cartographe intime de la province française. Lui seul savait saisir ces moments instables où une ville endormie, au pavé glissant, embaume l’odeur de chèvrefeuille et au loin, un homme déambule cherchant une explication à sa vie. Il y a des scènes signées de Broca qui nous accompagneront jusqu’à notre mort, Jean Rochefort et Nicole Garcia, place des Victoires dans Le Cavaleur ou Philippe Noiret et Annie Girardot, square Viviani dans Tendre Poulet. Ce cinéaste-là est absolument à (re)découvrir !

Philippe de Broca, un Monsieur de comédie de Philippe Sichler et Laurent Benyayer – Neva éditions.

Embargo sur le blasphème danois


Brûler la bible ne serait pas aussi répréhensible que brûler le coran…


Il dit agir au nom de « la liberté d’expression contre l’islamisation de la société ». Le Danois Rasmus Paludan est le fondateur du parti Stram Kurs – « Ligne dure » –, qui a récolté 60 000 voix lors des dernières élections législatives. Convaincu d’un lien entre islam et délinquance, il s’est spécialisé dans l’autodafé de corans – qu’il enrobe parfois avec du bacon – et prévoyait d’en brûler un exemplaire sous l’Arc de triomphe. Mais le 11 novembre, il a été devancé par le renseignement français, qui l’a cueilli manu militari dans sa voiture puis placé en rétention administrative. La menace ayant été jugée sérieuse, à peine quelques heures plus tard, l’homme fiché S et son briquet étaient escortés jusqu’à un avion, pour être expulsés – direction Copenhague !

Or, quelle est la jurisprudence pour ce type d’agissements ? Le 23 mars 2016, un événement analogue s’était produit en plein Paris. L’individu ne s’était pas contenté de planifier son acte, mais avait bel et bien réalisé l’autodafé d’un texte « sacré ». Il ne s’agissait pas d’un homme, mais d’une femme vêtue d’une burqa qui, face à la Seine, avait enflammé une bible. La protagoniste, originaire du 93 et alors âgée de 34 ans, avait été interpellée par des policiers puis conduite au commissariat. Le parquet ordonna qu’elle soit emmenée à l’Hôtel-Dieu pour une évaluation psychologique dont elle fut rapidement libérée, car déclarée saine d’esprit. Durant l’entretien avec les fonctionnaires, elle expliqua se sentir « persécutée ».

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Si le projet du militant danois a été considéré comme une incitation à la haine qui lui vaudra une lourde procédure, le geste de la trentenaire n’a finalement entraîné aucune condamnation. Seul grief retenu contre elle : le port de la burqa, pour lequel l’habitante d’Aulnay-sous-Bois a dû s’acquitter d’une contravention de 150 euros. Face aux pyromanes, y aurait-il « deux poids, deux mesures » ?

Autriche: un leader est né


L’attentat de Vienne a propulsé Sebastian Kurz, le jeune chancelier de l’Autriche, au centre de l’attention médiatique. En quelques jours, l’enfant prodige de la politique autrichienne a acquis, grâce à sa fermeté face à l’islamisme, la stature d’un leader européen. Portrait. 


Cheveux gominés et parfaitement peignés, allure grave et masque rouge-blanc-rouge de rigueur : Sebastian Kurz s’avance une gerbe de fleurs à la main le 3 novembre sur la Schwedenplatz de Vienne, afin de rendre hommage aux victimes de l’attentat qui a tué quatre personnes dans la capitale autrichienne et en a blessé plus d’une vingtaine d’autres. La veille, l’horreur djihadiste a touché de plein fouet un pays d’à peine 9 millions d’habitants, réputé pour sa tranquillité, du moins depuis les attaques terroristes de groupuscules propalestiniens dans les années 1970-1980. Et pourtant, les Autrichiens ont dû faire face à un constat accablant : l’islamisme politique s’est infiltré dans ce pays d’Europe centrale comme il l’a fait chez nous. Nicolas Stockhammer, professeur à l’université de Vienne, rappelle l’existence « d’une scène islamiste relativement bien développée » et de 320 djihadistes partis combattre en Syrie et en Irak, ce qui, par rapport à sa population globale, place l’Autriche au quatrième rang européen en la matière. Le défi est donc immense pour le chancelier.

Un discours qui tranche par sa franchise

Né en 1986 d’une mère enseignante et d’un père ingénieur, Sebastian Kurz poursuit des études de droit, qu’il interrompt afin de se consacrer à la politique. Depuis lors, son ascension est fulgurante. Il obtient la présidence du mouvement de jeunesse du Parti populaire autrichien (ÖVP), où il écrase toute concurrence par sa détermination. Il est nommé secrétaire d’État à l’Intégration en 2011, puis propulsé ministre des Affaires européennes et étrangères à seulement 27 ans, sous les gouvernements de grande coalition Faymann II et Kern. À l’époque, son discours tranche déjà par sa franchise et détonne face aux déclarations convenues et policées de ses homologues européens : il veut l’arrêt de l’immigration clandestine, un contrôle accru aux frontières et appelle à la fin des négociations avec la Turquie sur l’entrée dans l’UE.

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Son énergie et son talent lui valent de succéder à Reinhold Mitterlehner à la tête de l’ÖVP en 2017, véritable marchepied pour sa désignation dans la foulée comme chancelier fédéral, à l’âge de 31 ans, suite aux élections législatives anticipées d’octobre. Arrivé en tête avec 31,7 % des voix, l’ÖVP (dont l’électorat s’est alors élargi et rajeuni) met en place une coalition turquoise-bleu avec le parti populiste FPÖ qui crée la surprise avec un score de 25,97 %. Le FPÖ réalise notamment d’excellents scores dans les États du sud tels que la Carinthie et la Styrie, des régions rurales en première ligne face aux vagues migratoires.

Le sujet de l’islam politique reste éminemment complexe, y compris pour Kurz. Il parle lui-même d’une « bombe à retardement » .

Kurz mène tambour battant un programme audacieux jusqu’à la chute du FPÖ sur fond de sombre affaire de corruption passive présumée. De 2017 à 2019, le chancelier se montre déjà très ambitieux sur le combat contre la radicalisation : expulsion d’imams étrangers qui ne se conforment pas aux lois fédérales ou locales, renforcement des services de renseignement et poursuite de la lutte contre l’immigration clandestine. Déchu de son poste en mai 2019 par une motion de censure, cela n’empêche pas son parti d’arriver largement en tête aux élections anticipées qui suivent, et donc Kurz de retrouver la Ballhausplatz. L’Autriche, qui n’est pas une ancienne puissance coloniale et qui ne connaît pas la laïcité et l’assimilation à la française, a opté depuis la seconde moitié du XXe siècle pour une relative tolérance envers les signes d’appartenance religieuse, tout en voulant les restreindre plus récemment face à l’avancée de l’islam, donnant lieu parfois à certaines contorsions juridiques et à une terminologie évasive. Le sujet de l’islam politique reste éminemment complexe, y compris pour Kurz. Il parle lui-même d’une « bombe à retardement ». L’actuelle coalition avec les Verts – leur première participation à un gouvernement –, d’apparence contre-nature (« protéger les frontières et le climat », slogan non officiel pour le moins cocasse), ne semble pas affecter ce combat, tant le chancelier semble rassembler derrière lui sur ce sujet.

Une Europe diantrement pusillanime

Le 10 novembre, Kurz est venu à Paris participer à un mini-sommet sur la « réponse européenne à la menace terroriste », selon les termes de l’Élysée. Macron semblait très content de s’afficher aux côtés de ce chancelier qui prend des mesures beaucoup plus sévères que lui. Ainsi, il veut créer une infraction d’« islam politique », et son ministre de l’Intérieur Karl Nehammer propose la détention préventive ou la surveillance électronique pour les djihadistes présents sur le territoire autrichien. Lors de sa conférence de presse à Paris, Sebastian Kurz a haussé le ton pour exiger qu’au niveau européen les actes suivent sans délai. Il a également évoqué l’énorme problème des entrées incontrôlées sur le territoire Schengen. Invités par visioconférence au mini-sommet, sans doute pour tenir les chandelles à distance, Angela Merkel, Ursula von der Leyen, Charles Michel, ainsi que le Premier ministre néerlandais Mark Rutte se sont fendus de déclarations convenues sur la « nécessaire réponse coordonnée » au niveau européen. La stratégie du « pas de vagues » semble être devenue leur marque de fabrique.

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La presse italienne a révélé les dessous du communiqué de presse commun établi par les ministres de l’Intérieur des membres de l’UE après leur visioconférence du 13 novembre – une réunion censée s’inscrire dans la continuité du mini-sommet de Paris. Las, on n’y retrouve ni le ton déterminé affiché par Kurz et Macron ni la référence explicite à l’islamisme. Le document européen parle de manière générique de la « lutte contre l’extrémisme ». Comme l’observe Il Giornale, « la ligne prudente, pour ne pas dire pusillanime, l’emporte ». Nos confrères précisent que le terme « islamisme » apparaissait plusieurs fois dans la rédaction initiale : « La déclaration signée par les 27 énonce [à la place] que “la lutte contre le terrorisme n’est pas dirigée contre les croyances religieuses ou politiques, mais contre l’extrémisme fanatique et violent”. Dont il n’est pas donné de connaître la matrice. Il est impossible de le mettre sur papier. Du moins pour Berlin, qui préside le Conseil de l’UE jusqu’au 31 décembre. » Encore une fois, Madame Merkel brise la dynamique de contre-offensive face au danger islamiste. Sebastian Kurz, dirigeant d’un petit pays, semble désormais mener la danse sur le sujet. Reste à savoir si les faits suivront : une grande majorité d’Autrichiens, mais aussi d’Européens, ont désormais les yeux rivés sur lui.

L'étrange suicide de l'Europe: Immigration, identité, Islam

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Contrôle au faciès: la légende noire de la police française

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Des groupes ethniques sont-ils plus délinquants que les autres? Épineuse question.


Dans l’entretien qu’il a accordé à Brut, Emmanuel Macron a abordé la question des « contrôles au faciès ». Cette formule sous entend que la police est raciste dans la mesure où elle contrôle plus fréquemment les Noirs et les Arabes que les Blancs. Le président de la République n’a pas disculpé la police, il n’a pas récusé l’idée que la police était intrinsèquement raciste. Il a seulement annoncé la création de deux plates-formes en ligne, l’une où il sera possible de signaler toute forme de discrimination (logement, travail…) ; et l’autre consacrée aux contrôles dans la rue, avec un numéro d’appel. Ceci afin de « rétablir la confiance » a dit le Président.

En 2009, Fabien Jobard et René Lévy, deux chercheurs du CNRS, ont mené une étude destinée à prouver que les contrôles étaient menés « au faciès », c’est-à-dire « non pas sur ce que les gens font, mais sur ce qu’ils sont, ou paraissent être ». Les chercheurs ont constaté qu’à Gare du Nord, à Chatelet…, les Noirs et les Arabes étaient plus systématiquement contrôlés que les Blancs. Entre trois et quatre fois plus environ. Forts de ces statistiques, les deux auteurs de l’étude en ont conclu que les contrôles de population représentaient une forme de « délinquance policière ». 

Proportionnalité raciale

Cette grave accusation a été relayée en 2017, par le Défenseur des Droits. Cette institution – connue pour ses positions complaisantes – a produit une enquête qui a confirmé que les Noirs et les Arabes étaient contrôlés plus fréquemment que les autres catégories ethniques de la population. 

Derrière cette idée que la police contrôle « trop » les Noirs et les Arabes, on trouve l’idée que les contrôles de police devraient s’effectuer au prorata de la composition ethnique de la population[tooltips content= »Mesurer les discriminations selon l’apparence : une analyse des contrôles d’identité à Paris Fabien Jobard, René Lévy, John Lamberth, Sophie Névanen, Population 2012/3 (Vol. 67), pages 423 à 451″](1)[/tooltips]. Une idée qui n’est pas spécifiquement française. Heather Mac Donald, universitaire américaine, spécialiste de la police, rapporte dans son livre War on Cops (la Guerre contre les Flics, non traduit en français) qu’en août 2013, un juge du district de New York, Shira Scheindlin, a fait sien l’argument de la « proportionnalité raciale » et a déclaré que les contrôles au faciès du New York Police Département étaient illégaux. 

Quelques trimestres plus tard, les contrôles menés en 2015 ne représentaient plus que 90% des contrôles qui étaient menés en 2011. La conséquence de ce retrait policier, souligne Heather Mac Donald, est que la circulation des armes a repris de plus belle. Une augmentation significative des règlements de comptes dans les rues de New York a été constatée. 

Plus récemment, le meurtre de George Floyd (mort asphyxié sous le genou d’un policier en mai 2020) a occasionné une remise en cause massive du comportement de la police. Si bien que là encore, les statistiques criminelles américaines ont fait état d’un ralentissement de l’activité policière. Les contrôles en général ont chuté et plus encore les contrôles de Noirs. Là encore, le résultat ne s’est pas fait attendre. Pour les seuls mois de juin et juillet 2020, les États-Unis ont enregistré 710 meurtres de plus et 2 800 fusillades de rues en plus. « Dans toutes les villes des États, les fusillades ont repris de plus belle peu après que les manifestations aient pris à partie les policiers les incitant à baisser les bras » écrit Paul Cassel, professeur à l’université de l’Utah. 

Une question qui a amené Zemmour devant le tribunal

La question des contrôles de police « égalitaristes » pose en réalité la question de la répartition de la délinquance dans les sociétés multiculturelles. Autrement dit, la délinquance est-elle également répartie entre les Blancs, les Noirs, les Arabes, les Asiatiques, les Latinos etc ?

Il est difficile de répondre à cette question en France, car ce type de statistiques ethniques est interdit. Eric Zemmour a été condamné par la justice pour avoir affirmé que dans les prisons françaises, les Noirs et les Arabes étaient surreprésentés par rapport à la taille de leur communauté dans la population française. En France, seul le Conseil supérieur de l’audiovisuel a le droit de dire que les Noirs et les Arabes sont sous représentés à la télévision tant en nombre que dans des rôles positifs. Et Delphine Ernotte, présidente de l’audiovisuel public, s’est engagée à faire un effort.

En revanche, dans les pays ou les statistiques ethniques sont autorisées, les chiffres sont hélas imparables. « À Los Angeles, par exemple, les Noirs commettent 42% de tous les vols et 34% de tous les délits, alors qu’ils représentent 10 pour cent de la population de la ville. Les Blancs commettent 5% des cambriolages et 13% des escroqueries, et pourtant ils représentent 29%, de la population de Los Angeles » indique Heather Mac Donald.

Autre exemple, à New York en 2018, 73% des victimes de fusillades entre gangs étaient noires, alors que les résidents noirs ne représentent que 24% de la population de la ville. À l’échelon national, les Afro-Américains âgés de 10 à 34 ans courent le risque de mourir assassinés par d’autres Noirs treize fois plus souvent qu’un Blanc de la même tranche d’âge. Un sondage Gallup de 2015 indiquait déjà que la demande de police en provenance des quartiers ou la population est majoritairement noire est deux fois plus élevée que dans les quartiers blancs[tooltips content= »Cité in There is no epidemic of fatal police shootings against unarmed Black Americans, Heather Mac Donald, usatoday.com, 6 juillet 2020″](2)[/tooltips].

Dire que la police est raciste, ça on peut

Autrement dit, si l’activité de la police de Los Angeles ou de New York devait être organisée sur des bases égalitaristes et non en fonction de la population criminelle, la délinquance se développerait au-delà de tout contrôle.

En Grande Bretagne aussi, les statistiques 2018 confirment que la criminalité est inégalement répartie entre les communautés : les Noirs britanniques sont trois fois plus nombreux que les Blancs à commettre des délits et à être arrêtés par la police. Et les femmes noires sont aux prises avec la police deux fois plus souvent que les femmes blanches. 

En France, l’interdiction des statistiques ethniques empêche d’évoquer la surreprésentation de certains groupes ethniques dans la population carcérale ou la surexpression de certains groupes ethniques dans le nombre de délits commis sur le territoire national. En revanche, il est permis de publier des études qui accusent la police de racisme.

Ici, un aparté est nécessaire : tout corps social comporte des brebis galeuses et la police ne fait pas exception. En revanche, il est particulièrement grave d’accuser des fonctionnaires de l’État de comportement raciste systématique.

Il n’est pas interdit de penser que cette accusation de racisme contre la police, accusation récurrente et sans preuve statistique, est une forme de guerre livrée par des gangs ethniques et les narco-trafiquants – avec l’appui de l’extrême gauche, des people et des médias – ait pour finalité de débarrasser les banlieues de toute présence policière. 

Si tel était le cas, le soutien objectif – et peut être subjectif – que les intellectuels progressistes, les people et certains médias apportent – sous prétexte d’antiracisme – à la frange criminelle de certains groupes ethniques mériterait d’être pénalisée à tous les sens du terme. 

Pendant que Macron parle aux jeunes, la crise de l’autorité s’accentue

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Philippe Bilger D.R.

Malgré son discours bienveillant à destination de la jeunesse, les black blocs ont de nouveau donné une image pitoyable du maintien de l’ordre sous Macron ce samedi.


Le président de la République a dialogué avec la jeunesse – 7 millions – sur Brut et il a dénoncé les contrôles au faciès. Il devra expliquer cependant comment, dans certaines cités sensibles où la police est généralement très mal accueillie, contrôler des Blancs quand il n’y en a pratiquement pas un seul ou inventer une couleur de délinquance qui répondrait à son humanisme ?

Mais samedi ordinaire à Paris. On manifeste contre la précarité et la loi sécurité globale. Beaucoup de Gilets jaunes qui se souviennent des jours anciens et recommencent.

Il paraît que les 18/25 ans soutiennent majoritairement Macron. Mais samedi ordinaire à Paris avec des scènes de dévastation où des voyous frénétiques et des brutes d’extrême gauche ont été, durant quelques heures, le visage de la France

Des syndicats policiers regrettent de n’avoir pas été soutenus par le président et en conséquence vont en appeler à l’arrêt des contrôles d’identité.

A lire aussi, Yves Mamou: Contrôle au faciès: la légende noire de la police française

Mais samedi ordinaire à Paris. En tête du cortège, 400 à 500 Black Blocs se mettent en branle et c’est l’enfer.

Le président annonce la création d’une plate-forme où on pourra se plaindre de la police.

Mais samedi ordinaire à Paris. Les Black Blocs détruisent, incendient, cassent. Le Président pense, commente, analyse, demeure équilibré, nuancé. Le « en même temps » dans toute sa splendeur abstraite.

A lire aussi: Petite sociologie du manifestant black-bloc

Mais samedi ordinaire à Paris. Les policiers et les gendarmes tentent de résister, font ce qu’ils peuvent. À l’évidence ils sont débordés. Qui oserait encore soutenir qu’ils laissent délibérément les violences se commettre et les désordres se multiplier ? Les Black Blocs sont les maîtres.

On continue à discuter de l’article 24 et de la sémantique: il ne faudrait pas parler de violences policières puisque la police a l’usage de la force légitime et que les fonctionnaires trahissant leur mission sont poursuivis et, pour certains, incarcérés.

Mais samedi ordinaire à Paris. Les Black Blocs font la loi, attaquent les banques, brisent les vitrines, se coagulent puis se dispersent. Des personnes seront interpellées, combien seront condamnés ?

A lire aussi: Et voici que s’avance l’inquisition policière

Le président, paraît-il, a été à son avantage face à la jeunesse. Il paraît que de 18 à 25 ans, cette génération le soutient majoritairement. Sa jeunesse le sert.

Mais samedi ordinaire à Paris. Des scènes de dévastation où des voyous frénétiques, des brutes d’extrême gauche, ont été durant quelques heures le visage de la France.

Il y a trop de décalage entre le verbe d’un Président qui disserte sur la réalité et ce samedi ordinaire où un pouvoir dépassé et impuissant est totalement à la merci des Black Blocs.

Un samedi ordinaire à Paris. Recherche désespérément honneur et autorité.

Moi, Emmanuel Macron, je me dis que...

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Et voici que s’avance l’inquisition policière

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Paris, 5 décembre 2020, débordements lors de la manifestation contre la loi "Securite Globale" © Gabrielle CEZARD/SIPA Numéro de reportage : 00994096_000006

Après l’agression de Michel Zecler et alors que la loi «sécurité globale» est critiquée, le ministre de l’Intérieur a été invité à s’exprimer sur le maintien de l’ordre en France. Lors de son audition à la Commission des lois, Gérald Darmanin a dressé la semaine dernière la liste des sept “pêchés capitaux” de la police nationale: le manque de formation initiale / la faiblesse de l’encadrement dans la rue / le manque de moyens matériels (1 milliard est prévu pour rénover locaux et flotte automobile) / le manque d’effectifs / l’IGPN, à laquelle on envisage de placer une personnalité indépendante à la tête / et enfin, le divorce avec la population.

Que penser des annonces du ministre et de cette nouvelle philosophie?


Ainsi donc, le révérend père Darmanin, appelé au chevet d’une police semble-t-il promise aux feux de l’enfer, pense pouvoir l’exorciser en nommant et en guérissant chacun des péchés capitaux dont cette pécheresse d’un nouveau genre souffrirait. Il est dommage, au demeurant, que d’autres pans de son ministère, qui dysfonctionnent ô combien davantage, n’aient pas autant attiré son attention. Pour un observateur avisé, il semble pourtant que la Préfectorale, et plus encore son cortège de seconds couteaux sortis des Instituts Régionaux d’Administration, posent pourtant largement plus de problèmes dans le fonctionnement quotidien de son ministère. Mais passons.

Le premier péché de cette coupable police serait le manque de formation. Il faut dire que former les gens, c’est très tendance, c’est même un véritable business chez les gens qui ont tout fait pour éviter de mettre en pratique ce à quoi ils prétendent former. C’est juste que ça ne résiste pas toujours à l’épreuve du feu.

Darmanin veut une formation initiale plus importante

En premier lieu, s’agissant de la formation initiale, l’inquisiteur omet curieusement de dire que le nombre de candidats, et donc le niveau de recrutement, se sont effondrés, contraignant actuellement à prendre n’importe qui ou presque. Grâce doit en être rendue à la couverture médiatique partiale des actions de police depuis le début des gilets jaunes, et à l’incapacité de l’État à défendre publiquement les policiers, à rappeler les lois, et à obliger à leur application. Et quand un président de la République se permet, le 5 décembre suivant, d’expliquer que la police contrôle au faciès, on peut s’attendre à ce que la crise des vocations soit durable, surtout au tarif horaire où l’on paie les policiers. On en est, c’est dire, à diffuser des messages en interne au ministère de l’Intérieur pour proposer à de simples administratifs de devenir gardiens de la paix. On peine donc à voir comment une formation initiale plus pointue, plus complète, sera convenablement absorbée par des élèves d’un niveau moindre.

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L’état des effectifs est même tel que les réservistes, ceux-là même dont Darmanin veut augmenter le nombre, sont devenus indispensables au fonctionnement de l’institution : actuellement, sans réservistes, la police nationale serait dans l’incapacité d’assurer son fonctionnement quotidien normal dans nombre de départements métropolitains. Autant dire qu’en cas d’imprévu majeur, la machine bloquera aussitôt.

La peur de la bavure

En outre, il se trouve que la police est un métier en prise directe avec la réalité, loin des théories et plans tous faits, de sorte qu’on ne peut, au final, s’y vraiment former qu’en l’exerçant réellement, sur le terrain, dans des conditions suffisamment bonnes pour qu’elles ne soient pas un obstacle. En plus d’une nombre de fonctionnaires suffisant, ce qu’il n’est donc pas, cela passe par l’octroi de moyens adéquats, promis par ce ministre comme par les précédents ; c’est dire s’il y a loin de la coupe aux lèvres. On peut parier que comme à l’habitude, les directions spécialisées telle la Direction Centrale de la Police Judiciaire, en capteront l’essentiel, sans bénéfice mesurable pour le public, alors que la police du quotidien, la Sécurité Publique, ne touchera qu’une portion congrue. La seule vraie surprise serait que pour une fois, la priorité d’attribution soit inversée ; cela ne permettrait de toute façon que de renouveler un parc de véhicules obsolètes et en nombre insuffisant.

Mais de bonnes conditions de travail passent avant tout par le fait qu’un policier, quand il est amené à se défendre ou à utiliser la violence légitime pour maîtriser un voyou, ne devrait pas avoir en premier lieu à l’esprit la peur de la réaction de sa hiérarchie et de la justice, qui en cas de problème, le soupçonneront d’emblée d’avoir failli. Car c’est ça, la hantise du policier de voie publique, la seule chose à laquelle on le forme, et même on le déforme, encore et encore jusqu’à que cette crainte soit omniprésente : la peur de la bavure, la peur de ne pas être en légitime défense quand il se bat, quand il tire, etc… C’est cette peur-là qui a sans doute paralysé l’un des trois policiers intervenant sur l’assassinat de Samuel Paty, l’empêchant de tirer alors que les conditions de la légitime défense étaient réunies. 

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Qui donc va former la hiérarchie et les magistrats aux difficultés de la police de terrain ? Va-t-on donner une arme et un uniforme à un magistrat durant six mois, pour en faire le premier intervenant sur toutes les situations, charge à lui de les gérer, pour comprendre de quoi il retourne ? Non ? Alors il n’y a aucun miracle à attendre : dans la police, la formation continue sert depuis des décennies à couvrir l’administration face aux erreurs d’un agent, et est utilisée dès que faire se peut par la Justice contre ce même agent, en lui reprochant de ne pas avoir décidé en un quart de seconde, d’agir comme on le lui avait expliqué, dix ans auparavant, autour d’une table.

Lâcheté de l’Etat et de la justice

Et d’ailleurs, à quoi bon former des policiers aux lois, puisqu’elles ne sont plus appliquées sur le territoire ? À quoi bon les former au Code de Procédure Pénale, puisque les voyous ressortent libres plus vite qu’ils sont interpellés ? À quoi bon les former à l’Ordre Public, puisqu’on laisse des manifestations illégales, ou qui le deviennent, se tenir et détruire biens publics et privés sans intervenir ? Le policier est formé à la théorie, et la lâcheté perpétuelle de l’État aboutit à une pratique totalement contraire. Alors on va les former à quoi ? À encaisser des boulons en pleine tête ? À moins brûler quand ils reçoivent un cocktail Molotov ? À s’enfuir plus rapidement ? 

Visiblement, la seule réponse prévue à la non-application des lois en matière de droit des manifestations, et aux tentatives d’homicides volontaires sur les policiers et gendarmes dont ces événements sont l’occasion, est d’augmenter le nombre de fonctionnaires dédiés à la gestion du Maintien de l’Ordre. Non, correction : à la gestion des attroupements armés et autres émeutes qui se tiennent impunément dans les rues de nos villes. Il ne s’agit pas d’empêcher que les Forces de l’Ordre soient décimées : juste de garantir leur renouvellement sur la ligne de front. Une stratégie digne des maréchaux de 1914, que la police appréciera à sa juste valeur.

On passera rapidement sur ce qui a été dit sur l’IGPN, inspection qui est sans contestation possible la plus féroce de toutes les administrations de l’État, et que seuls les gauchistes et les experts de salon avachis qui peuplent les réseaux sociaux, peuvent imaginer complaisante avec les fonctionnaires de police. Le problème vient de ces imbéciles qui croient pouvoir se permettre d’avoir une opinion sur un sujet auxquels ils ne comprennent rien.

Remettre des cadres en soutien des forces sur le terrain

Non, si l’on doit retenir quelque chose qui pourrait avoir un résultat positif dans le quotidien des policiers de terrain, c’est tout d’abord l’idée de remettre des cadres sur la voie publique, dont ils ont complètement disparu pour aller peupler des bureaux où ils alignent des chiffres dans des colonnes, alors même que leur présence aux côtés des troupes serait plus précieuse que jamais. Le commandement doit aussi s’exercer au feu, ou alors il n’a pas de raison d’être. 

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Mais encore faudrait-il que les lois soient de nouveau appliquées, faute de quoi les mêmes causes continueront à produire les mêmes effets. Encore faudrait-t-il que ces cadres puissent avoir une latitude d’action, une autonomie décisionnelle, et surtout que la carrière d’un homme de terrain soit valorisée par rapport à celle d’un rat d’état-major. Or, les risques disciplinaires qui pèsent depuis peu sur Patrick Vissier-Bourdon, Commissaire de Police du 91 issu du rang, et donc l’un des rares vrais policiers au sein de ce corps de sous-hauts-fonctionnaires timorés, parce qu’il a donné une interview au Figaro pour expliquer le quotidien de ce métier, en sont le signal contraire.

Tous filmés

Et puis, enfin, il y a la caméra piéton individuelle, qui est sans doute la meilleure mesure individuelle de protection proposée dans le sermon de Darmanin. Loin d’être un moyen de flicage des policiers comme les plus anciens le pensaient au début, c’est devenu pour chacun d’eux le seul moyen d’assurer ses arrières face à la lâcheté du politique et de la haute hiérarchie. Mais attention, pas simplement pour que le policier puisse se défendre de fausses accusations : tout autant pour qu’il puisse en disposer librement pour traîner devant les tribunaux toute personne qui l’accuserait à tort. Et comme nous sommes à présent dans cette société où l’image est reine, le contenu de ces vidéos doit pouvoir être présenté comme preuves de tout délit ou crime, puis que c’est comme cela que les subversifs et les voyous les utilisent déjà. L’égalité de droits n’est pas au seul bénéfice des nuisibles.

Quant au lien avec la population… Se demander si la confiance du peuple envers la police est rompue n’est franchement plus d’actualité : il vaut mieux commencer à se demander combien de temps la police supportera encore une population et des médias qui ignorent tout de ce qui se passe mais prétendent demander des comptes, avant de mettre les crosses en l’air et de laisser les choses se faire sans elle.

Syndrome de Stockholm: les femmes ravies

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Peggy Sastre Crédit photo : Natacha Nikouline.

Le syndrome de Stockholm, qui n’est pas lié à une curiosité pathologique, relève de ce que des chercheurs en psychologie évolutionnaire désignent comme l’«attachement par capture». 


Stupeur, trahison et ingratitude. Ainsi pourrait-on résumer l’état d’esprit de l’opinion italienne depuis le retour, à la mi-mai, de Silvia Romano, otage du groupe terroriste Al-Shabab depuis 2018 et libérée grâce au paiement d’une rançon estimée à plusieurs millions d’euros de deniers publics. La raison du tumulte ? Silvia Romano, qui se fait désormais appeler Aïcha, s’est convertie à l’islam rigoriste de ses geôliers. Celle qui fut enlevée alors qu’elle était en mission humanitaire au Kenya niait cependant avoir changé sous la contrainte. Elle avait simplement lu le Coran durant sa captivité et la religion musulmane l’avait captivée. Le même scénario s’est déroulé en France en octobre après la libération de Sophie Pétronin, otage de djihadistes maliens durant quatre ans. Pétronin se fait désormais appeler Mariam et, comme son homologue italienne, affirme s’être convertie de son plein gré.

L'enlèvement des Sabines (1634), un tableau de Nicolas Poussin. © Trujillo Juan
L’enlèvement des Sabines (1634), un tableau de Nicolas Poussin. © Trujillo Juan

L’attachement par capture

Ces affaires fleurent bon le syndrome de Stockholm – conceptualisé par le psychiatre Nils Bejerot après un hold-up dans une banque de la capitale suédoise à l’été 1973, qui avait vu les otages prendre fait et cause pour les braqueurs. Le phénomène, qui n’a rien d’une curiosité pathologique, relève de ce que des chercheurs en psychologie évolutionnaire désignent comme l’« attachement par capture ». Lorsqu’un individu est isolé de son cercle social habituel et soumis au joug de tiers tenant littéralement sa vie entre leurs mains, les chances qu’il en vienne à changer son mode de pensée et à déplacer sa loyauté d’une façon aussi radicale que soudaine sont élevées. Pour une raison simple : dans un tel contexte, cette réorientation sociale a tout d’une carte survie. Dans sa forme la plus pure, l’attachement par capture s’active durant les prises d’otage et les séquestrations, mais il est aussi décelable dans d’autres phénomènes plus ou moins tragiques : syndrome de la femme battue, embrigadement sectaire, séminaires d’entreprise ou émissions de télé-réalité exigeant de leurs concurrents une réclusion dans un loft de La Plaine-Saint-Denis ou sur une île thaïlandaise.

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Comment un tel trait a-t-il pu améliorer le succès reproductif de nos ancêtres au cours des millions d’années où ces primates sociaux ont vivoté dans de petites hordes ? Les données archéologiques, qu’elles concernent l’Afrique, l’Amérique du Nord ou l’Amérique du Sud, indiquent que la capture par un clan extérieur à celui de sa naissance y était un événement fréquent. Le sujet est même encore saillant dans la mémoire des nomades et des chasseurs-cueilleurs contemporains – en particulier dans le riche corpus sur les Yanomamö d’Amazonie établi par l’anthropologue Napoléon Chagnon. Pas besoin de remonter les générations pendant des lustres pour trouver un parent – et surtout une parente – qui en a fait les frais. Des études génétiques enfoncent le clou : en Islande, la plupart des femmes constituant le peuplement originel de l’île n’étaient pas scandinaves, mais venaient des régions connues aujourd’hui sous les noms de France et d’Angleterre. Si la génétique des populations n’a aucun moyen de le prouver, il y a cependant de lourdes raisons de croire qu’elles n’ont pas sauté de joie lorsque des Vikings les ont jetées dans leurs bateaux voici une quarantaine de générations.

Se battre pour se protéger et protéger ses apparentés

De fait, guerre et viol sont des amis de longue date. S’il a fallu attendre les années 1990, avec le génocide au Rwanda et la guerre des Balkans, pour que le drame du « sexe de la femme comme champ de bataille » devienne un sujet de préoccupation internationale, il est universel dans l’espace et dans le temps. On le détecte chez Homère, dans la Torah, la chronique anglo-saxonne ou la mythologie avec l’enlèvement des Sabines. Comme le détaille là encore Napoléon Chagnon, la promesse d’un accès aux femmes des adversaires est l’une des premières motivations explicites d’un conflit dans les sociétés de petites échelles, celles que l’on a longtemps qualifiées de primitives. Mais le phénomène n’a pas disparu, loin de là, avec les guerres des sociétés modernes. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, en Europe occidentale, on estime que la fréquence des viols a augmenté de 300 à 400 % avec l’arrivée des Alliés et que 5 % des grossesses d’après-guerre ont été imputables à ces viols. Plus à l’Est, les hypothèses les plus basses font état de plus d’un million de femmes violées par les soldats de l’Armée rouge. Durant la troisième guerre indo-pakistanaise, qui se soldera par l’indépendance du Bangladesh, environ 200 000 femmes ont été violées par les soldats pakistanais en seulement quelques mois de 1971 et 1972. Selon des chiffres de 2004 de l’Organisation mondiale de la santé, 50 % des femmes avaient été violées dans certaines zones de conflit, souvent de manière répétée – la palme du pire revenant à l’époque à l’Afrique des Grands Lacs, où l’interdiction de l’avortement, largement répandue, a abouti à un nombre très élevé de grossesses consécutives à des viols.

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Silvia Romano, Rome, 10 mai 2020. FABIO FRUSTACI / ANSA / AFP

Nous sommes les héritiers de temps et de lieux où la contraception scientifique était aussi inexistante que les rapts étaient courants. Se battre pour se protéger et protéger ses apparentés est une bonne stratégie pour ses gènes, mais lorsqu’on est capturé et qu’il est impossible de s’échapper, éviter la mort et tirer le meilleur parti possible de la nouvelle situation est également une très bonne technique pour les perpétuer. En particulier, elle est bénéfique pour des gènes façonnant des esprits capables de se débarrasser d’attaches émotionnelles antérieures pour créer de nouveaux liens avec ceux et celles qui vous ont ravi. Le processus ne doit être ni trop rapide (du côté de votre clan d’origine, on pourrait chercher à venir vous sauver) ni trop lent (parce que la patience de vos ravisseurs a ses limites). Résultat : la sélection naturelle nous a offert des mécanismes psychologiques permettant l’attachement par capture, soit la réorientation des mêmes processus sociaux qui avaient constitué nos premiers liens dans la fabrication des seconds, cette fois-ci galvanisés par la violence, la peur et l’isolement. Les plus aptes à cette « réorientation sociale » sont devenus nos ancêtres, les gènes des autres sont restés sur le carreau et l’indignation face aux « traîtres » tombés en pâmoison devant les coutumes de leurs tortionnaires n’en a pas fini de gronder.

Arnaud Salaün: l’art français du roman noir

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Arnaud Salaün. © Maryan Harrington

Mogok, son premier roman, s’inscrit dans la tradition de Jean-Patrick Manchette.


Enfin, un roman noir français qui renoue avec les archétypes du roman noir. Urbain, violent, en phase avec son temps : nos chères années 2020. Enfin un roman qui ne mime pas les Américains du « rural noir » avec des personnages qui confondent l’Auvergne et le Kentucky. Dans Mogok, Arnaud Salaün met en scène un tueur professionnel, un Serbe solitaire qui vit du côté de Clignancourt et traine sa quarantaine dans des bars où des artistes branchés ont remplacé les prolos il y a belle lurette. Il s’appelle Bandian, il a fui Belgrade il y a quinze ans, il est passé par la Légion étrangère et puis s’est mis à son compte. 

Friches urbaines et drogues de synthèse

Comme il n’a pas de préjugés, il supporte assez bien la compagnie d’une jeunesse qui pratique le street art, les rave en plein jour dans les friches urbaines et l’ingestion de toutes les drogues de synthèse existant sur le marché. Et comme il est plein de bonne volonté et qu’il a envie de plaire, il se met lui-même à l’art contemporain et fabrique des tortues avec des imprimantes 3D qu’il recouvre de poils de veste.

Le problème des tueurs, ce sont toujours les mêmes. Ils acceptent des commandes dangereuses et ils tombent amoureux. Pour la commande dangereuse, il s’agira d’Herman, marchand d’armes paranoïaque qui vit reclus. Pour l’histoire d’amour, c’est Ailis, une jeune photographe qui l’emmène en visite guidée dans les squats pour voir des performances et danser sur de la techno.

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On pariera sans trop de risque qu’Arnaud Salaün a lu Manchette. On a connu de plus mauvais maîtres. Son Bandian fait penser au Martin Terrier de La Position du tireur couché et son Herman à l’ancien responsable de la police politique d’Haïti réfugié en France dans Le Petit bleu de la Côte Ouest. La différence est bien sûr liée à l’époque. Aujourd’hui, il y a les SMS, Google, les start-up et des désordres géopolitiques qui n’étaient pas ceux des années 70. Mais Salaün a la même manière distanciée, dépourvue de jugement à part une discrète ironie et un humour noir qui se faufile dans les sous-entendus, de traiter les temps qui sont les nôtres.

Quelque part en Birmanie

On verra par exemple le bras droit d’Herman, Mortier, archétype du cadre dirigeant, aller vendre six drones équipés de mitrailleuses à un milliardaire texan qui veut s’en servir pour surveiller son ranch à la frontière mexicaine. La scène du massacre des vaches, en attendant celui des migrants, pour tester les machines de morts, vaut à elle seule la lecture du roman et prouve que Salaün maitrise de surcroit ce qu’il y a de plus difficile dans un roman noir : la représentation de la violence. On est dans Mogok, si l’on s’en fie aux références de l’auteur, quelque part entre Cannibal Holocaust et Georges Bataille, entre le film gore et la littérature envisagée comme une exploration des limites.

Bandian, comme tous les tueurs professionnels, finit bien entendu par être la cible de ses commanditaires et il faudra au lecteur aller quelque part en Birmanie pour voir comment s’accomplit un destin dérisoire autant qu’héroïque et finalement poignant.

Trouver son style

Aussi à l’aise dans la tuerie exotique que dans l’underground parisien, Arnaud Salaün a d’emblée trouvé son style, ce qui permettra pour la suite de le distinguer sans mal dans le tout-venant pléthorique de la littérature de genre.

Mogok d’Arnaud Salaün (Seuil, « Cadre Noir »)

Howard Hawks: grandeur du cinéma humaniste

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Scène du film Rio Lobo, de Howard Hawks.© REX FEATURES/SIPA Numéro de reportage : REX43048253_000001

Découverte enthousiaste du dernier film d’Howard Hawks, Rio Lobo.


Rio Lobo est le dernier film de l’immense cinéaste Howard Hawks. Ce film traine depuis sa sortie sur les écrans de cinéma une réputation exécrable de remake parfois parodique de Rio Bravo et El Dorado, tournés respectivement onze et quatre ans auparavant. Une histoire que chacun s’escrime à nous décrire comme peu intéressante, un rythme trop lent et soi-disant cahotant, des personnages aux caractères pas assez définis… Pourtant ce film dont le scénario est signé par la romancière Leigh Brackett, la complice des grands films d’après-guerre de Hawks, est une grande réussite. C’est avec un immense plaisir que je l’ai découvert récemment sur Arte, ne l’ayant jamais vu au cinéma pour toutes ces mauvaises raisons.

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Fin de la Guerre de Sécession

Une nouvelle fois ce film raconte l’histoire d’hommes pour qui l’amitié, la camaraderie et le bon whisky sont les valeurs cardinales. L’action débute à la fin de la Guerre de Sécession. Des soldats sudistes volent l’or des Nordistes en attaquant le train qui le transporte. Scène splendide et spectaculaire filmée de main de maître par Hawks.

La guerre s’achève et le Colonel McNally (John Wayne) se lie d’amitié avec les deux leaders sudistes qu’il vient de combattre, le capitaine Pierre Cordona, interprété par le Mexicain Jorge Rivero, une sorte de latin lover vif et drôle et le Lieutenant Tuscarora joué par Chris Mitchum, le fils de Robert. La réconciliation entre Nordistes et Sudistes permet une magnifique et très plaisante tirade du Colonel McNally qui donne une leçon de patriotisme en expliquant qu’il déteste ceux qui l’ont trahi mais admire ceux qui l’ont combattu.

Le colonel et le capitaine se déplacent au Texas pour pourchasser le traitre lorsque surgit dans le bureau du Shériff Bill Williams, un ami de Mc Nally, la belle Shasta Delaney (Jennifer O’Neill) qui vient accuser la bande de Ketcham qui contrôle Rio Lobo du meurtre de son vieil ami. Superbe intrusion d’une femme à l’allure d’institutrice dans cet univers d’homme. Lors de la séquence de tentative d’enlèvement de Shasta par les hommes de main du petit tyran de Rio Lobo, la jeune femme se révèle de plus habile tireuse.

Sous sa conduite, les deux amis se rendent à Rio Lobo pour affronter les malfaisants. Le trio va se trouver rejoint au cours des péripéties de l’action par deux autres femmes Maria Carmen et Amelita ainsi que par un vieil homme, le propriétaire terrien Phillips, spolié par Ketcham, le shériff Hendricks et leur bande.

Le dernier film de Hawks

Si Hawks s’avère le plus souvent dans son œuvre, un cinéaste du commando qui ne peut intégrer ni les femmes ni les vieillards, force est de constater que dans son ultime film, la place des femmes et des anciens est importante. Pour preuve, les rôles accordés aux trois personnages féminins qui luttent avec détermination aux côtés du colonel. Ce rôle central des femmes, pistolet au poing dans Rio Lobo, est assez rare dans les westerns classiques… Et la superbe scène ou Shasta fait perdre leurs doutes à ses compagnons sur ses qualités de cavalière est une pure réussite humaniste et formelle.

Les hommes vieillissant comme Phillips – alcoolique, mais adroit -, interprété par Jack Elam qui reprend ici la place occupée par Walter Brennan dans Rio Bravo, en plus vindicatif, sont aussi à l’honneur. Il me semble important de rappeler que le Colonel est aussi un homme vieillissant – John Wayne a 63 ans en 1970 – moins agile mais déterminé, patriote, amoureux de la liberté et de la justice.

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Rio Lobo servi par la mise en scène classique et limpide de Howard Hawks, la superbe partition musicale de Jerry Goldsmith, une belle lumière et des cadres d’une grande précision du chef-opérateur William H. Clothier est un film hautement hawksien et très savoureux. Une déclaration d’amour à l’honneur, à la droiture d’hommes et de femmes au caractère bien trempé. Du beau et grand cinéma humaniste!

Rio Lobo un film de Howard Hawks
Etats-Unis – 1970 – 1h50
Intreprétation: John Wayne, Jorge Rivero, Jennifer O'Neill, Jack Elam, Christopher
Mitchum, Victor French, Susana Dosamantes, Sherry Lansing, David Huddleston, Mike Henry, Bill Williams, Jim Davis, Dean Smith, Robert Donner, George Plimpton

Citizen Trump, en quatrième vitesse

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"Kiss Me Deadly" ("En Quatrieme vitesse"), film de Robert Aldrich (1955) © NANA PRODUCTIONS/SIPA Numéro de reportage : 00539895_000003

La cinéphilie vagabonde de Michel Marmin, Pierre-Guillaume de Roux Éditions.


À ceux qui doutent encore que la réalité imite l’art, je suggère d’imaginer Donald Trump à la place de William H. Hearst, le magnat de la presse, dans le chef-d’œuvre d’Orson Welles : Citizen Kane. Les coïncidences sont plus que troublantes. Donald Trump est le Citizen Kane du vingt et unième siècle dont la morale pourrait se résumer ainsi : dans la vie, il n’y a que les gagnants et les perdants. Plus dure sera la chute pour les loosers, car leur vie recèle sans doute plus d’énigmes et de blessures intimes.

Affranchi de toute morale

Barack Obama est un enfant de chœur à côté de Trump et Joe Biden une chiffe-molle sans Rosebud. Aucun des deux ne pourrait inspirer un metteur en scène comme Fritz Lang, celui du docteur Mabuse, ou comme Orson Welles. Si j’ose ici une confidence – et pourquoi ne me le permettrais-pas ? – « La soif du mal », « La dame de Shanghai », sans oublier « Monsieur Verdoux » (il en fut le scénariste) et, bien sûr, « Le Troisième Homme » qui lui doit tout, sont parmi mes favoris. Ils m’ont initié au septième art et affranchi de toute morale.

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J’y songeais ce matin en dégustant La cinéphilie vagabonde de Michel Marmin qui s’ouvre sur « Kiss me deadly » (1955) qui reste gravé dans la mémoire de tout cinéphile qui se respecte comme un chef-d’œuvre du genre. J’avais quinze ans quand je l’ai vu et, comme Marmin, j’ai été secoué par le climat de désespoir métaphysique absolu qui emporte le film où la seule promesse faite à l’humanité est celle de son anéantissement sans le moindre indice de transcendance. Michel Marmin écrit dans le pur esprit mac-mahonien, le seul qui vaille, que c’est la mise en scène, et la mise en scène seule, qui confère au film sa singulière beauté. Elle est fondée, ajoute-t-il, sur un parti-pris d’esthétisme visuel et sonore qui vise à une dématérialisation des êtres et des choses, ceux-ci devenant alors les figures quasi abstraites d’une danse macabre stylisée et épurée par un noir et blanc radical.

L’apocalypse en quatrième vitesse

Ce que le film annonce, c’est la fin du monde, l’apocalypse nucléaire. Rassurez-vous: elle ne saurait tarder. Le cinéma a toujours une longueur d’avance sur son temps (si vous en doutez, revoyez « Soleil vert » de Richard Fleischer) et c’est pourquoi il vieillit moins vite que la littérature. Il ne se soucie pas d’être dans le monde de la culture, ni d’atteindre un clacissisme universitaire. « En quatrième vitesse » est le titre français de « Kiss me deadly », titre que Marmin trouve idiot et insignifiant. Il a tort : tous les grands films ont été tournés en quatrième vitesse, à l’image de nos vies quand elles ne s’embourbent pas dans une routine sans saveur. Le jour où nous accordons trop d’importance à nos vies, voire à nos œuvres, signe un déclin irréversible dont même le baiser de la mort ne nous procurera plus le moindre orgasme.

La cinéphilie vagabonde de Michel Marmin, Pierre-Guillaume de Roux Editions.

Une cavalcade nommée de Broca

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Interview de Philippe de Broca (1933-2004) lors du tournage de "Cartouche" (1962) © Renaud/leemage Leemage via AFP.

Un beau livre richement illustré recompose l’image d’un réalisateur aussi populaire que secret


On a tous quelque chose de Philippe de Broca (1933-2004). Notre dette envers lui est immense. Qui n’a pas vu Le Magnifique, L’Homme de Rio, Cartouche, Le Cavaleur ou Le Diable par la queue ne connaît rien des soubresauts de l’âme, la polka des sentiments contradictoires et les fanfaronnades tristes de l’homme français. Nous plaignons sincèrement cet être incomplet. Car de Broca fut ce phare dans un océan de sérieux, ce pincement au cœur quand la comédie se voulait grossière, cette tornade qui emportait le spectateur tout en instillant chez lui, un sentiment d’abandon.

Mécanique joyeuse

Ses films sans cesse revus ou redécouverts agissent comme des bornes existentielles, ils réenchantent notre quotidien, nous emportent et nous subjuguent. Broca est à la fois notre refuge et notre exil intérieur. Plus le temps avance, plus son génie nous manque cruellement. Nous avons appris à nous méfier des cinéastes d’avant-garde, ces chéris de la critique, encensés par les pouvoirs publics qui trustent les positions dominantes dans les médias mais dont l’empreinte émotionnelle est complètement nulle. Ils ont beau faire l’objet de conférences, de débats qui ennuient, de toute cette gesticulation intellectuelle un peu vaine, un peu vulgaire, ils n’arrivent pas à toucher.

Alors que les films de Broca brillent dans la nuit par leur parfum d’éternité, leur douceur désenchantée, leur dialogue confectionné dans ce friable organdi, cette mécanique joyeuse et pétaradante qui nous libère de nos chaînes. Broca est un libérateur, il ouvre les fenêtres de cette grande maison de famille, assoupie dans la campagne, à la façade défraîchie et fait valser les amours impossibles. L’instabilité des hommes vient se fracasser sur le rivage des femmes, cette terre inconnue dont le mystère est source de bonheur intense et de perplexité profonde. Aujourd’hui, les langues se délient, les vraies valeurs finissent par s’imposer, le talent exploser, les contemporains peuvent juger sur pièces.

Aristocrate de la pellicule

Certains jeunes réalisateurs osent même avouer que ce cinéma-là, celui du dimanche soir, populaire et étincelant, à l’humour légèrement ébréché et à l’action échevelée les a profondément nourris. Ils reconnaissent en de Broca un maître doublé d’un professionnel hors pair, c’est-à-dire un cinéaste star du box-office qui donne du confort de visionnage et de l’épaisseur à ses personnages, qui ne néglige jamais la qualité au détriment du plaisir gamin de s’amuser. Rares sont ceux qui réussirent aussi bien à doser l’aventure et le frisson, la fantaisie et l’introspection, sans tirer à la ligne, sans jouer les trémolos, Broca fut ce funambule délicat qui avançait sur cette mince corde sans jamais chuter dans la facilité.

Nous verrons fleurir bientôt des dizaines d’héritiers à Philippe de Broca, son aura commence à se propager. Il fallait un livre (Un Monsieur de comédie aux éditions Neva) signé Philippe Sichler et Laurent Benyayer pour recomposer la figure de cet aristocrate de la pellicule, un beau livre de Noël rempli de photos et de témoignages, une déclaration d’amour à un réalisateur finalement assez méconnu. Cet ouvrage de référence vient s’ajouter au formidable travail d’Alexandra de Broca qui perpétue l’œuvre de son mari, notamment en restaurant des films ou en faisant simplement vivre ce bel héritage culturel. On sait combien le réalisateur est admiré aux Etats-Unis, sa filmographie auscultée dans les meilleures écoles depuis Le Roi de cœur, sorti en 1966. Broca, l’oublié de la Nouvelle Vague et des revues spécialisées hexagonales, jalousé aussi pour ses millions d’entrées en salles et ses collaborations prestigieuses avec, entre autres, Belmondo, Cassel, Noiret, Girardot ou Montand a été, très tôt, reconnu et adoubé, outre-Atlantique, comme un authentique créateur.

Ce merveilleux livre, idéal pour les fêtes de fin d’année, comprend en cadeau le DVD « Les 1001 nuits » dans sa version TV de 4 X 52 mn. Il débute par un avant-propos de Jean-Paul Belmondo qui déclare : « J’ai aimé son rire, son imaginaire, son extrême rigueur dans la loufoquerie, la gravité secrète que dissimulaient ses pirouettes ». Dans la préface qui suit, Cédric Klapisch enfonce le clou : « Peu de réalisateurs ont autant réussi à mettre de la grandeur dans la légèreté ».

Cartographe intime

De mon côté, je considère de Broca comme le meilleur cartographe intime de la province française. Lui seul savait saisir ces moments instables où une ville endormie, au pavé glissant, embaume l’odeur de chèvrefeuille et au loin, un homme déambule cherchant une explication à sa vie. Il y a des scènes signées de Broca qui nous accompagneront jusqu’à notre mort, Jean Rochefort et Nicole Garcia, place des Victoires dans Le Cavaleur ou Philippe Noiret et Annie Girardot, square Viviani dans Tendre Poulet. Ce cinéaste-là est absolument à (re)découvrir !

Philippe de Broca, un Monsieur de comédie de Philippe Sichler et Laurent Benyayer – Neva éditions.

Embargo sur le blasphème danois

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Rasmus Paludan. © Philip Davali/ Ritzau Scanpix/AFP

Brûler la bible ne serait pas aussi répréhensible que brûler le coran…


Il dit agir au nom de « la liberté d’expression contre l’islamisation de la société ». Le Danois Rasmus Paludan est le fondateur du parti Stram Kurs – « Ligne dure » –, qui a récolté 60 000 voix lors des dernières élections législatives. Convaincu d’un lien entre islam et délinquance, il s’est spécialisé dans l’autodafé de corans – qu’il enrobe parfois avec du bacon – et prévoyait d’en brûler un exemplaire sous l’Arc de triomphe. Mais le 11 novembre, il a été devancé par le renseignement français, qui l’a cueilli manu militari dans sa voiture puis placé en rétention administrative. La menace ayant été jugée sérieuse, à peine quelques heures plus tard, l’homme fiché S et son briquet étaient escortés jusqu’à un avion, pour être expulsés – direction Copenhague !

Or, quelle est la jurisprudence pour ce type d’agissements ? Le 23 mars 2016, un événement analogue s’était produit en plein Paris. L’individu ne s’était pas contenté de planifier son acte, mais avait bel et bien réalisé l’autodafé d’un texte « sacré ». Il ne s’agissait pas d’un homme, mais d’une femme vêtue d’une burqa qui, face à la Seine, avait enflammé une bible. La protagoniste, originaire du 93 et alors âgée de 34 ans, avait été interpellée par des policiers puis conduite au commissariat. Le parquet ordonna qu’elle soit emmenée à l’Hôtel-Dieu pour une évaluation psychologique dont elle fut rapidement libérée, car déclarée saine d’esprit. Durant l’entretien avec les fonctionnaires, elle expliqua se sentir « persécutée ».

À lire aussi, Sophie Bachat: Pas de burqa pour les transgenres antifascistes

Si le projet du militant danois a été considéré comme une incitation à la haine qui lui vaudra une lourde procédure, le geste de la trentenaire n’a finalement entraîné aucune condamnation. Seul grief retenu contre elle : le port de la burqa, pour lequel l’habitante d’Aulnay-sous-Bois a dû s’acquitter d’une contravention de 150 euros. Face aux pyromanes, y aurait-il « deux poids, deux mesures » ?

Autriche: un leader est né

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Le chancelier Sebastian Kurz (à droite) et le président autrichien, Alexander Van der Bellen, au lendemain de l'attaque terroriste de Vienne, 3 novembre 2020. © JOE KLAMAR / AFP

L’attentat de Vienne a propulsé Sebastian Kurz, le jeune chancelier de l’Autriche, au centre de l’attention médiatique. En quelques jours, l’enfant prodige de la politique autrichienne a acquis, grâce à sa fermeté face à l’islamisme, la stature d’un leader européen. Portrait. 


Cheveux gominés et parfaitement peignés, allure grave et masque rouge-blanc-rouge de rigueur : Sebastian Kurz s’avance une gerbe de fleurs à la main le 3 novembre sur la Schwedenplatz de Vienne, afin de rendre hommage aux victimes de l’attentat qui a tué quatre personnes dans la capitale autrichienne et en a blessé plus d’une vingtaine d’autres. La veille, l’horreur djihadiste a touché de plein fouet un pays d’à peine 9 millions d’habitants, réputé pour sa tranquillité, du moins depuis les attaques terroristes de groupuscules propalestiniens dans les années 1970-1980. Et pourtant, les Autrichiens ont dû faire face à un constat accablant : l’islamisme politique s’est infiltré dans ce pays d’Europe centrale comme il l’a fait chez nous. Nicolas Stockhammer, professeur à l’université de Vienne, rappelle l’existence « d’une scène islamiste relativement bien développée » et de 320 djihadistes partis combattre en Syrie et en Irak, ce qui, par rapport à sa population globale, place l’Autriche au quatrième rang européen en la matière. Le défi est donc immense pour le chancelier.

Un discours qui tranche par sa franchise

Né en 1986 d’une mère enseignante et d’un père ingénieur, Sebastian Kurz poursuit des études de droit, qu’il interrompt afin de se consacrer à la politique. Depuis lors, son ascension est fulgurante. Il obtient la présidence du mouvement de jeunesse du Parti populaire autrichien (ÖVP), où il écrase toute concurrence par sa détermination. Il est nommé secrétaire d’État à l’Intégration en 2011, puis propulsé ministre des Affaires européennes et étrangères à seulement 27 ans, sous les gouvernements de grande coalition Faymann II et Kern. À l’époque, son discours tranche déjà par sa franchise et détonne face aux déclarations convenues et policées de ses homologues européens : il veut l’arrêt de l’immigration clandestine, un contrôle accru aux frontières et appelle à la fin des négociations avec la Turquie sur l’entrée dans l’UE.

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Son énergie et son talent lui valent de succéder à Reinhold Mitterlehner à la tête de l’ÖVP en 2017, véritable marchepied pour sa désignation dans la foulée comme chancelier fédéral, à l’âge de 31 ans, suite aux élections législatives anticipées d’octobre. Arrivé en tête avec 31,7 % des voix, l’ÖVP (dont l’électorat s’est alors élargi et rajeuni) met en place une coalition turquoise-bleu avec le parti populiste FPÖ qui crée la surprise avec un score de 25,97 %. Le FPÖ réalise notamment d’excellents scores dans les États du sud tels que la Carinthie et la Styrie, des régions rurales en première ligne face aux vagues migratoires.

Le sujet de l’islam politique reste éminemment complexe, y compris pour Kurz. Il parle lui-même d’une « bombe à retardement » .

Kurz mène tambour battant un programme audacieux jusqu’à la chute du FPÖ sur fond de sombre affaire de corruption passive présumée. De 2017 à 2019, le chancelier se montre déjà très ambitieux sur le combat contre la radicalisation : expulsion d’imams étrangers qui ne se conforment pas aux lois fédérales ou locales, renforcement des services de renseignement et poursuite de la lutte contre l’immigration clandestine. Déchu de son poste en mai 2019 par une motion de censure, cela n’empêche pas son parti d’arriver largement en tête aux élections anticipées qui suivent, et donc Kurz de retrouver la Ballhausplatz. L’Autriche, qui n’est pas une ancienne puissance coloniale et qui ne connaît pas la laïcité et l’assimilation à la française, a opté depuis la seconde moitié du XXe siècle pour une relative tolérance envers les signes d’appartenance religieuse, tout en voulant les restreindre plus récemment face à l’avancée de l’islam, donnant lieu parfois à certaines contorsions juridiques et à une terminologie évasive. Le sujet de l’islam politique reste éminemment complexe, y compris pour Kurz. Il parle lui-même d’une « bombe à retardement ». L’actuelle coalition avec les Verts – leur première participation à un gouvernement –, d’apparence contre-nature (« protéger les frontières et le climat », slogan non officiel pour le moins cocasse), ne semble pas affecter ce combat, tant le chancelier semble rassembler derrière lui sur ce sujet.

Une Europe diantrement pusillanime

Le 10 novembre, Kurz est venu à Paris participer à un mini-sommet sur la « réponse européenne à la menace terroriste », selon les termes de l’Élysée. Macron semblait très content de s’afficher aux côtés de ce chancelier qui prend des mesures beaucoup plus sévères que lui. Ainsi, il veut créer une infraction d’« islam politique », et son ministre de l’Intérieur Karl Nehammer propose la détention préventive ou la surveillance électronique pour les djihadistes présents sur le territoire autrichien. Lors de sa conférence de presse à Paris, Sebastian Kurz a haussé le ton pour exiger qu’au niveau européen les actes suivent sans délai. Il a également évoqué l’énorme problème des entrées incontrôlées sur le territoire Schengen. Invités par visioconférence au mini-sommet, sans doute pour tenir les chandelles à distance, Angela Merkel, Ursula von der Leyen, Charles Michel, ainsi que le Premier ministre néerlandais Mark Rutte se sont fendus de déclarations convenues sur la « nécessaire réponse coordonnée » au niveau européen. La stratégie du « pas de vagues » semble être devenue leur marque de fabrique.

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La presse italienne a révélé les dessous du communiqué de presse commun établi par les ministres de l’Intérieur des membres de l’UE après leur visioconférence du 13 novembre – une réunion censée s’inscrire dans la continuité du mini-sommet de Paris. Las, on n’y retrouve ni le ton déterminé affiché par Kurz et Macron ni la référence explicite à l’islamisme. Le document européen parle de manière générique de la « lutte contre l’extrémisme ». Comme l’observe Il Giornale, « la ligne prudente, pour ne pas dire pusillanime, l’emporte ». Nos confrères précisent que le terme « islamisme » apparaissait plusieurs fois dans la rédaction initiale : « La déclaration signée par les 27 énonce [à la place] que “la lutte contre le terrorisme n’est pas dirigée contre les croyances religieuses ou politiques, mais contre l’extrémisme fanatique et violent”. Dont il n’est pas donné de connaître la matrice. Il est impossible de le mettre sur papier. Du moins pour Berlin, qui préside le Conseil de l’UE jusqu’au 31 décembre. » Encore une fois, Madame Merkel brise la dynamique de contre-offensive face au danger islamiste. Sebastian Kurz, dirigeant d’un petit pays, semble désormais mener la danse sur le sujet. Reste à savoir si les faits suivront : une grande majorité d’Autrichiens, mais aussi d’Européens, ont désormais les yeux rivés sur lui.

L'étrange suicide de l'Europe: Immigration, identité, Islam

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Contrôle au faciès: la légende noire de la police française

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Emmanuel Macron lors de son interview accordée au média Brut © BERTRAND GUAY / AFP

Des groupes ethniques sont-ils plus délinquants que les autres? Épineuse question.


Dans l’entretien qu’il a accordé à Brut, Emmanuel Macron a abordé la question des « contrôles au faciès ». Cette formule sous entend que la police est raciste dans la mesure où elle contrôle plus fréquemment les Noirs et les Arabes que les Blancs. Le président de la République n’a pas disculpé la police, il n’a pas récusé l’idée que la police était intrinsèquement raciste. Il a seulement annoncé la création de deux plates-formes en ligne, l’une où il sera possible de signaler toute forme de discrimination (logement, travail…) ; et l’autre consacrée aux contrôles dans la rue, avec un numéro d’appel. Ceci afin de « rétablir la confiance » a dit le Président.

En 2009, Fabien Jobard et René Lévy, deux chercheurs du CNRS, ont mené une étude destinée à prouver que les contrôles étaient menés « au faciès », c’est-à-dire « non pas sur ce que les gens font, mais sur ce qu’ils sont, ou paraissent être ». Les chercheurs ont constaté qu’à Gare du Nord, à Chatelet…, les Noirs et les Arabes étaient plus systématiquement contrôlés que les Blancs. Entre trois et quatre fois plus environ. Forts de ces statistiques, les deux auteurs de l’étude en ont conclu que les contrôles de population représentaient une forme de « délinquance policière ». 

Proportionnalité raciale

Cette grave accusation a été relayée en 2017, par le Défenseur des Droits. Cette institution – connue pour ses positions complaisantes – a produit une enquête qui a confirmé que les Noirs et les Arabes étaient contrôlés plus fréquemment que les autres catégories ethniques de la population. 

Derrière cette idée que la police contrôle « trop » les Noirs et les Arabes, on trouve l’idée que les contrôles de police devraient s’effectuer au prorata de la composition ethnique de la population[tooltips content= »Mesurer les discriminations selon l’apparence : une analyse des contrôles d’identité à Paris Fabien Jobard, René Lévy, John Lamberth, Sophie Névanen, Population 2012/3 (Vol. 67), pages 423 à 451″](1)[/tooltips]. Une idée qui n’est pas spécifiquement française. Heather Mac Donald, universitaire américaine, spécialiste de la police, rapporte dans son livre War on Cops (la Guerre contre les Flics, non traduit en français) qu’en août 2013, un juge du district de New York, Shira Scheindlin, a fait sien l’argument de la « proportionnalité raciale » et a déclaré que les contrôles au faciès du New York Police Département étaient illégaux. 

Quelques trimestres plus tard, les contrôles menés en 2015 ne représentaient plus que 90% des contrôles qui étaient menés en 2011. La conséquence de ce retrait policier, souligne Heather Mac Donald, est que la circulation des armes a repris de plus belle. Une augmentation significative des règlements de comptes dans les rues de New York a été constatée. 

Plus récemment, le meurtre de George Floyd (mort asphyxié sous le genou d’un policier en mai 2020) a occasionné une remise en cause massive du comportement de la police. Si bien que là encore, les statistiques criminelles américaines ont fait état d’un ralentissement de l’activité policière. Les contrôles en général ont chuté et plus encore les contrôles de Noirs. Là encore, le résultat ne s’est pas fait attendre. Pour les seuls mois de juin et juillet 2020, les États-Unis ont enregistré 710 meurtres de plus et 2 800 fusillades de rues en plus. « Dans toutes les villes des États, les fusillades ont repris de plus belle peu après que les manifestations aient pris à partie les policiers les incitant à baisser les bras » écrit Paul Cassel, professeur à l’université de l’Utah. 

Une question qui a amené Zemmour devant le tribunal

La question des contrôles de police « égalitaristes » pose en réalité la question de la répartition de la délinquance dans les sociétés multiculturelles. Autrement dit, la délinquance est-elle également répartie entre les Blancs, les Noirs, les Arabes, les Asiatiques, les Latinos etc ?

Il est difficile de répondre à cette question en France, car ce type de statistiques ethniques est interdit. Eric Zemmour a été condamné par la justice pour avoir affirmé que dans les prisons françaises, les Noirs et les Arabes étaient surreprésentés par rapport à la taille de leur communauté dans la population française. En France, seul le Conseil supérieur de l’audiovisuel a le droit de dire que les Noirs et les Arabes sont sous représentés à la télévision tant en nombre que dans des rôles positifs. Et Delphine Ernotte, présidente de l’audiovisuel public, s’est engagée à faire un effort.

En revanche, dans les pays ou les statistiques ethniques sont autorisées, les chiffres sont hélas imparables. « À Los Angeles, par exemple, les Noirs commettent 42% de tous les vols et 34% de tous les délits, alors qu’ils représentent 10 pour cent de la population de la ville. Les Blancs commettent 5% des cambriolages et 13% des escroqueries, et pourtant ils représentent 29%, de la population de Los Angeles » indique Heather Mac Donald.

Autre exemple, à New York en 2018, 73% des victimes de fusillades entre gangs étaient noires, alors que les résidents noirs ne représentent que 24% de la population de la ville. À l’échelon national, les Afro-Américains âgés de 10 à 34 ans courent le risque de mourir assassinés par d’autres Noirs treize fois plus souvent qu’un Blanc de la même tranche d’âge. Un sondage Gallup de 2015 indiquait déjà que la demande de police en provenance des quartiers ou la population est majoritairement noire est deux fois plus élevée que dans les quartiers blancs[tooltips content= »Cité in There is no epidemic of fatal police shootings against unarmed Black Americans, Heather Mac Donald, usatoday.com, 6 juillet 2020″](2)[/tooltips].

Dire que la police est raciste, ça on peut

Autrement dit, si l’activité de la police de Los Angeles ou de New York devait être organisée sur des bases égalitaristes et non en fonction de la population criminelle, la délinquance se développerait au-delà de tout contrôle.

En Grande Bretagne aussi, les statistiques 2018 confirment que la criminalité est inégalement répartie entre les communautés : les Noirs britanniques sont trois fois plus nombreux que les Blancs à commettre des délits et à être arrêtés par la police. Et les femmes noires sont aux prises avec la police deux fois plus souvent que les femmes blanches. 

En France, l’interdiction des statistiques ethniques empêche d’évoquer la surreprésentation de certains groupes ethniques dans la population carcérale ou la surexpression de certains groupes ethniques dans le nombre de délits commis sur le territoire national. En revanche, il est permis de publier des études qui accusent la police de racisme.

Ici, un aparté est nécessaire : tout corps social comporte des brebis galeuses et la police ne fait pas exception. En revanche, il est particulièrement grave d’accuser des fonctionnaires de l’État de comportement raciste systématique.

Il n’est pas interdit de penser que cette accusation de racisme contre la police, accusation récurrente et sans preuve statistique, est une forme de guerre livrée par des gangs ethniques et les narco-trafiquants – avec l’appui de l’extrême gauche, des people et des médias – ait pour finalité de débarrasser les banlieues de toute présence policière. 

Si tel était le cas, le soutien objectif – et peut être subjectif – que les intellectuels progressistes, les people et certains médias apportent – sous prétexte d’antiracisme – à la frange criminelle de certains groupes ethniques mériterait d’être pénalisée à tous les sens du terme.