Accueil Site Page 1218

Pour un management moins humain


L’idée d’avoir un robot comme psy germe dans les esprits…


On ne sera guère étonné d’apprendre que 2020 aura été l’année la plus stressante pour les salariés à travers le monde. Une étude conduite dans 11 pays par Oracle, la multinationale américaine, un des leaders dans la technologie de l’information, et Workplace Intelligence, un cabinet de consultants en ressources humaines, révèle que 78 % des 12 000 personnes interrogées considèrent que la pandémie a eu un impact négatif sur leur santé mentale. Ce qui est plus surprenant, c’est que 82 % croient que l’intelligence artificielle est mieux à même de répondre à leurs besoins en termes de santé mentale que d’autres êtres humains. Aussi 68 % des salariés interrogés préféreraient-ils parler de leurs problèmes à un robot qu’à leur manager, tandis que 80 % sont tout à fait ouverts à l’idée d’avoir un robot comme psy.

Le management moderne aime se dire à visage humain

L’avantage des robothérapeutes est que ceux-ci ne portent pas de jugement sur le salarié et ne risquent pas de considérer l’aveu d’un problème de santé mentale comme une faiblesse. La gêne et la honte que nous pourrions ressentir devant un autre être humain nous sont épargnées quand nous nous confions à un chatbot ou « agent conversationnel », pur produit d’un algorithme. Déjà, en 1966, un programme informatique en langage naturel, Eliza, a été développé au célèbre Massachusetts Institute of Technology afin de simuler les échanges entre un psychothérapeute et son patient selon l’approche du grand psychologue de l’époque, Carl Rogers. Malgré les capacités linguistiques très limitées de ce programme et son manque total d’intelligence et d’empathie véritables, Eliza arrivait non seulement à maintenir des interactions avec des êtres humains, mais à en convaincre certains qu’il comprenait leur cas et éprouvait de la sympathie pour eux.

Le management moderne aime se dire à visage humain. Dommage : les salariés préfèrent un visage d’automate.

Se séparer? Quelle bonne idée!

0

L’exécutif semble avoir relégué le terme séparatisme au placard. Demain, c’est un projet de loi « confortant les principes républicains » qui sera présenté en conseil des ministres. L’analyse de la philosophe Françoise Bonardel.


La chose est-elle vraiment si difficile à nommer qu’un projet de lutte contre les « séparatismes » soit finalement requalifié en loi « confortant la laïcité et les principes républicains » ? Le pluriel n’étant qu’un artifice pour ne pas avoir l’air de cibler d’entrée l’ambition islamique de créer un État dans l’État avant de planter, sur les ruines de la République, l’étendard de la charia. L’abandon pur et simple du mot « séparatisme » confirme ce repli, qu’on espère stratégique. Mais au profit de qui ? De la République bien sûr affirment les politiques qui refusent de voir qu’elle a perdu l’autorité qui, il y a quelques décennies, la faisait à ce point respecter qu’il n’était pas nécessaire de légiférer pour la protéger. Nous n’en sommes plus là et le mot « séparatisme » est aussi, il faut bien le reconnaître, chargé de trop d’ambiguïtés pour être fédérateur, et de trop d’affects comme tout ce qui touche à la séparation. 

Les islamistes veulent séparer le pur et l’impur

Quoi de commun d’ailleurs entre la séparation qui comme l’apartheid isole, discrimine et ghettoïse, et celle qui libère et autonomise ? Lutter pour son indépendance, à titre individuel ou collectif, n’est pas pratiquer le « séparatisme » aujourd’hui reproché aux islamistes radicaux qui ne se contentent pas de vivre de manière pacifique en marge de la société comme le font d’autres communautés dont l’existence passe inaperçue ; la République étant suffisamment généreuse pour abriter sous sa cape, telle la Madone de la miséricorde de Piero della Francesca, les réfractaires et les « marginaux » de tous bords qui sont légion et participent à leur manière à la vie collective. Marianne n’est-elle pas également parvenue à laïciser nombre des vertus chrétiennes après la séparation effective de l’Église catholique et de l’État français ? La vie est faite de ruptures, de compromis plus ou moins honorables et de réconciliations, mais il n’y aura pas, avec les islamistes, de retour des fils prodigues et de festin pour célébrer ces retrouvailles familiales.

La mosquée radicale de Pantin, qui avait critiqué sur Facebook le professeur assassiné à Conflans Sainte Honorine © CHRISTOPHE SAIDI/SIPA Numéro de reportage : 00986850_000004
La mosquée radicale de Pantin, qui avait critiqué sur Facebook le professeur assassiné à Conflans Sainte Honorine © CHRISTOPHE SAIDI/SIPA
Numéro de reportage : 00986850_000004

Mieux vaudrait donc ne pas attendre une Saint Barthelemy pour réaliser pleinement qu’on a affaire à un projet de conquête planétaire et que le « séparatisme », qui offusque notre vision républicaine du « vivre ensemble », est aux yeux de ces intégristes une nécessité quasi théologique – séparer le pur de l’impur – qui est elle-même le prélude à une réunification des sociétés occidentales sous l’égide de l’Islam qui mettra fin au « séparatisme » comme au terrorisme. Que des attentats soient perpétrés dans les pays occidentaux est en effet le signe que l’islamisation qui rendrait de tels actes superflus n’est pas encore achevée. C’est pourquoi l’expression « Islam politique » est à la fois compréhensible en raison de la volonté affichée des islamistes de conquérir le pouvoir, et erronée puisque l’Islam radical veut abolir la politique telle que la conçoivent les démocraties occidentales pour installer à sa place la loi de Dieu par une application stricte de la charia. Ce projet foncièrement théocratique n’a donc rien de « politique », même s’il se sert des institutions en place – du vote démocratique et de la protection de la République en particulier  – pour parvenir à ses fins. 

Le catéchisme républicain ne suffit plus

Toutes les mesures prises pour endiguer, contrer, rendre impossible le « séparatisme » islamique seront certes les bienvenues, mais aucune ne pourra contraindre ceux dont le projet politico-religieux est par nature impérialiste à respecter et à aimer la République. Notre aveuglément est là : dans le fait de considérer l’islamisme comme une errance, une déviance par rapport au véritable Islam – religion de paix comme le savent tous les peuples qui en ont subi le joug ! – et de faire éperdument confiance aux valeurs laïques et républicaines quant à la rééducation les déviants, des délinquants qui un jour nous remercieront de les avoir remis sur le droit chemin républicain. Certains d’entre eux sans aucun doute, mais les autres, l’immense majorité des autres qui, parmi les jeunes musulmans, placent depuis peu les lois coraniques au-dessus de celles de la République ? Comment peut-on encore faire crédit à ce catéchisme républicain inefficace, et bafoué par des actes de barbarie devenus quotidiens ?

La manière dont on parle communément de la « radicalisation » est d’ailleurs représentative de cette psychologie hygiéniste qui, s’exerçant pour la bonne cause, n’aurait bien sûr rien à voir avec certaines rééducations totalitaires de triste mémoire.  Il s’agirait simplement de soigner une maladie, curable dans la plupart des cas grâce à une bonne hygiène de vie républicaine qui s’accommode en la circonstance d’exercer son influence sur des esprits qu’elle juge par ailleurs faibles et influençables. Que dire d’autre, il est vrai, sinon que couper des têtes n’est effectivement pas un projet de vie « normal », mais que la santé mentale ne consiste pas non plus dans l’omission des différences irréductibles entre les groupes humains quant à la manière dont ils entendent vivre en commun. Or, notre obsession de l’entente cordiale à tout prix est si forte que nous ne voulons plus reconnaître l’incompatibilité de certains de ces projets, comme si les plus barbares d’entre eux n’étaient que la déviance pathologique de ceux que nous jugeons sains. Les sociétés postmodernes ne supportent l’altérité qu’après en avoir gommé les aspérités ! Les vertus réconciliatrices que nous prêtons à nos principes et institutions nous égarent, et font finalement le jeu de ceux qui ne cachent ni leur haine ni leur volonté de nous détruire ou de nous convertir. Arrêtons donc de tenir un langage de psychologues compréhensifs, d’éducateurs sociaux compatissants envers ceux qui se présentent ouvertement comme nos ennemis, et qui ne veulent à aucun prix changer de mode de vie.

La “mystique républicaine” chère à Péguy

Le glissement du projet de loi initial concernant le « séparatisme » vers l’adoption consensuelle des valeurs de la laïcité et de la République est donc à la fois réconfortant et  consternant. Réconfortant dans la mesure où il donne l’impression que la République « tient bon » face à ses ennemis, qu’elle défendra ses fondements et ses acquis en se dotant d’un arsenal juridique à la hauteur du fléau qu’elle entend combattre. À quoi bon une nouvelle loi sans cela ? Mais consternant car ce durcissement affiché révèle aussi la fragilité psychique du corps politique et social qui recourt à la loi parce qu’il désespère d’être respecté et aimé, et qu’il ne se remet pas d’avoir offert ce qu’il pensait posséder de meilleur – l’école de la République par exemple – et de ne recevoir en retour que des coups bas et des menaces de mort. Une odeur de trahison flotte dans l’air, que durent respirer les Troyens lorsqu’ils découvrirent dans leurs murs le cheval qui allait précipiter leur perte. On a donc raison de vouloir lutter contre le « séparatisme », mais à condition de surveiller aussi la solidité des murs de nos cités sans avoir à éprouver de honte pour ce geste lui aussi « séparateur ». 

Sylvain Tesson a donc parfaitement raison de rappeler que « la laïcité et la liberté d’expression, certes, cela vaut le coup, mais cela ne suffit pas. »[tooltips content= »Le Point du 10/11/2020. Propos recueillis par Sébastien Le Fol et Saïd Mahrane. »](1)[/tooltips] Mais qui peut dire aujourd’hui ce qui « suffirait », et en vue de quoi ? Si les démocraties occidentales sont à ce point en crise, c’est bien qu’elles ne réussissent plus à trouver en elles ce qui rendrait ce qu’elles incarnent audible et surtout « aimable » : quelque chose du même ordre sans doute que ce que Charles Péguy nommait « mystique républicaine »[tooltips content= »Dans Notre jeunesse en particulier : Mystique et politique, Paris, Robert Laffont (coll. « Bouquins »), 2015. »](2)[/tooltips], et dont il n’a jamais donné une définition précise hormis en l’opposant à la politique et en se disant prêt à mourir pour elle, ce qui n’est pas rien. Quelque chose qui ressemblerait de près ou de loin à ce que Tesson trouve encore dans ses voyages : une aventure à hauteur d’homme, sans décapitations ni prêchi-prêcha laïc et républicain. Mais on ne légifère pas en matière d’affects, et aucune loi ne pourra jamais susciter l’élan d’adhésion et d’amour qui dissuaderait certains d’entrer en guerre contre la République. 

Si la lutte contre le séparatisme se révèle être un moindre mal, ce serait un plus grand bien encore de prendre l’initiative d’une séparation qui mettrait un terme à la régression intellectuelle et culturelle qui nous est collectivement imposée. N’avons-nous pas mieux à faire que de consacrer tant de temps, d’énergie et d’argent pour tenter de préserver l’ordre républicain, et convaincre de la qualité de notre mode de vie ceux qui ont décidé de vivre différemment mais surtout pas ailleurs, là où les conditions de vie seraient pour eux plus précaires ? Il serait grand temps que les peuples européens, et tous ceux qui sont dans le monde victimes de la propagande islamique, retrouvent le fil de leur propre histoire et puissent vivre en paix avec ceux des musulmans qui souhaitent sincèrement s’y intégrer.

Mon Dumas

0

Le 5 décembre 1870, Alexandre Dumas mourait près de Dieppe — au moment même où l’armée française abandonnait Rouen aux Prussiens et se repliait savamment au Havre.
Les Trois mousquetaires est le premier roman un peu long que j’ai lu — vers 8 ans. Et que j’ai relu depuis au moins une fois par an.

L’attitude des universitaires envers Dumas a été globalement dégueulasse. Sous prétexte qu’il eut, pour certains de ses romans, quelques nègres qui lui préparaient la besogne, il est rejeté des études universitaires. On le prend en considération, à la rigueur, dans le cadre de thèses sur le roman feuilleton, ce sous-genre où s’illustrèrent quand même Balzac ou Zola. Serial writer, probablement.

Puis j’ai lu Vingt ans après, déjà bien plus sombre, que je n’ai vraiment compris que lorsque moi-même j’ai eu quarante ans (c’est l’âge de D’Artagnan dans cette suite) et que les amis autour de moi ont commencé à disparaître.

Puis Bragelonne.

« C’est très Vingt ans après ! » avait coutume de dire Proust pour expliquer la fuite du temps. « Pis encore ! renchérissait Lucien Daudet, c’est très Bragelonne ! »

J’ai fait une hypothèse sur la création des quatre mousquetaires : ils sont la réfraction, chacun dans son domaine, du père d’Alexandre, le général Dumas. D’Artagnan lui emprunte son habileté aux armes, Aramis sa force de séduction, Athos sa noblesse, et Porthos son physique de géant.

À lire aussi, du même auteur: Victor Hugo était un con

Ce qui explique l’anecdote suivante…

Dumas écrivait le plus souvent directement dans les locaux des journaux qui l’éditaient. Il arrivait après le spectacle, après le souper, vers minuit, saisissait les feuilles qu’avait noircies Auguste Maquet dans son travail préparatoire, et s’enfermait seul dans un bureau, pendant que les protes de l’imprimerie, au rez-de-chaussée, attendaient la copie. Seul, car il se déshabillait pour écrire — et comme plus tard Hemingway, il écrivait debout. Une nuit, Maquet, qui attendait à la porte pour porter d’urgence la copie aux imprimeurs (le feuilleton était imprimé sur la dernière page, solidaire de la première, pas de journal fini sans lui), ne voit rien sortir. Vers deux heures et demie, il hasarde trois coups, d’un index timide, sur la porte, et n’a pour réponse qu’un grognement d’ours mal léché. Une heure plus tard enfin, Dumas paraît — en chemise, une épaisse liasse à la main, ses beaux yeux bleus pleins de larmes.

« Mais Alexandre… Mais que se passe-t-il ? »

Et Dumas, en lui tendant sa copie du jour, lui répond : « J’ai dû faire mourir Porthos. » (chapitre CCLVI). Une amie proche, quelque peu journaliste, m’a confié que comme moi, elle ne peut lire ce passage — ni, plus loin, la mort d’Athos — sans avoir les larmes aux yeux.

J’ai une théorie personnelle sur ce qui fait écrire…

>>> Lisez la fin de cet article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Hold-up: le sens d’une absurdité


C’est entendu, ce documentaire est un tissu d’âneries conspirationnistes. Toutefois, on a le droit de regretter qu’il soit désormais censuré par les grandes plates-formes. Et le devoir de s’interroger sur les raisons de son succès. 


Le 25 octobre, un ancien secrétaire général du gouvernorat de la Cité du Vatican et nonce apostolique à Washington, le cardinal Carlo Maria Viganò, a écrit à Donald Trump pour l’avertir de l’existence d’un complot mondial : la « Grande Réinitialisation », ou « Great Reset » en anglais, viserait l’asservissement de la plupart des habitants de la terre à une élite incarnant les forces du Mal. La présentation de cette lettre constitue la dernière séquence du film documentaire, Hold-up : retour sur un chaos qui, sous prétexte d’aborder les défaillances dans la gestion de la crise pandémique, livre le récit d’une conspiration sinistre. La lettre de Son Éminence, aujourd’hui âgé de 79 ans et visiblement obsédé par l’imminence d’une apocalypse biblique, est affichée à l’écran tandis que, sur un fond sonore dramatique, des extraits sont lus par une voix off soulignant la fiabilité du jugement cardinalesque et suggérant qu’il est urgent de faire quelque chose, sans préciser quoi. C’est ainsi que le film exploite des critiques sans doute légitimes de nos institutions gouvernementales et scientifiques pour étayer la thèse selon laquelle le confinement et le Covid lui-même font partie d’un grand projet du Forum économique mondial pour exterminer une partie de la population de la terre, jugée inutile, et réduire le reste en esclavage. Cette théorie circulait déjà depuis un certain temps sur les réseaux sociaux où elle avait tendance à fusionner avec la thèse du célèbre QAnon, selon laquelle Donald Trump mènerait une guerre clandestine contre un réseau global de pédophiles sataniques. C’est d’ailleurs le 30 octobre, quand le « Q » qui serait à l’origine de cette théorie a relayé la lettre du cardinal à ses propres disciples, que la Toile s’est enflammée, faisant de Son Éminence le saint patron des internautes paranoïaques. Nous pouvons rendre grâce à Hold-up pour une chose : cette rencontre entre scepticisme légitime et délire conspirationniste constitue désormais un cas d’école en trois leçons.

La nostalgie de l’autorité

Le succès – véritable succès de scandale – du film, sorti le 11 novembre, a été impressionnant. En à peine quelques heures, Hold-up cumulait un nombre record de vues sur les plates-formes de streaming, affichant une exposition potentielle de plus de 8 millions de personnes. L’engouement pour ce type de récit, qui fait contrepoids au discours officiel, est tout à fait typique de cette démocratisation de la parole sur internet, qui permet au quidam de s’ériger en expert et de répandre ses propres opinions au nez et à la barbe des médias conventionnels, des spécialistes scientifiques et des représentants de l’État.

Le complotisme est une forme exacerbée de ces fake news dont la circulation inquiète depuis au moins cinq ans. De manière prévisible, des équipes de « Fact Checkers » se sont ruées sur Hold-up pour colmater les brèches dans l’objectivité de l’infosphère, celle de Libération épinglant les « dix contre-vérités » du film. Et tant mieux. Mais protéger l’intégrité de la « vérité » à notre époque est hasardeux. Dans une fine analyse, Stéphane Fouks souligne les risques, en temps de pandémie, d’une communication archaïque, « verticale, martiale et viriliste », qui essaie de dompter le chaos en surjouant l’autoritarisme étatique[tooltips content= »Stéphane Fouks, La Pandémie médiatique, Plon, 2020. »](1)[/tooltips]. Aujourd’hui, mater l’anarchie informationnelle, c’est alimenter l’esprit de révolte.

@ D.R.
@ D.R.

Censure : de l’huile sur le feu

Difficile désormais de visionner Hold-up qui a été retiré des plates-formes de streaming comme Vimeo ou des sites d’hébergement de vidéos tels que YouTube. Les dénonciations du faux documentaire qui ont fleuri de toutes parts ont conduit à sa suppression. Les dirigeants des médias sociaux ont de nouveau assumé leur rôle de tribunal moral de grande instance. Pourtant, répondre au complotisme par la censure promet à ce dernier de beaux jours. Car une des caractéristiques de la mentalité conspirationniste est une forme de raisonnement circulaire où l’absence de preuves constitue une preuve et le bannissement d’une idée absurde démontre sa crédibilité. Pour les complotistes, le monde est divisé entre les « éveillés », ceux qui ont tout compris, et les autres, les naïfs, les victimes prédestinées. Dans le jargon actuel, ceux qui refusent de croire sont des « sheeple », un mélange de « gens » (people) et « moutons » (sheep). Paradoxalement, les éveillés sont eux aussi des victimes, car l’élite derrière le complot tente justement de les faire taire. Supprimer leurs idées n’est donc qu’une preuve supplémentaire de la réalité du complot. À l’heure où l’on souligne l’importance de la liberté d’expression pour la démocratie, il faut rappeler que cette liberté permet non seulement aux bonnes idées de convaincre, mais aussi aux mauvaises de se couvrir de ridicule.

Voyage aller-retour en Absurdie

Le complotisme représente un point d’intersection entre la psychologie et la politique. Si nous l’associons à la paranoïa, c’est que celle-ci correspond à une insuffisance dans notre capacité à interpréter le monde. Le cerveau humain déteste l’ambiguïté. Il préfère des certitudes, même simplistes, même sinistres[tooltips content= »Daniel Freeman, Jason freeman, Paranoia: the 21st Century Fear, Oxford University Press, 2008. »](2)[/tooltips]. Le complotiste peut accepter la coexistence de plusieurs conspirations contradictoires. Hold-up nous apprend que la pandémie est une illusion, créée pour nous priver de nos libertés, et en même temps une véritable arme biologique inventée pour nous tuer. La simplicité des explications prime sur leur cohérence. Le complotisme fait rage quand la complexité du monde devient inquiétante, quand il y a en quelque sorte une panne générale de sens. Le sociologue Christian Morel parle de situations où les décisions absurdes prolifèrent à cause d’une « perte de sens ». Incapables de formuler des objectifs clairs et convaincants, les hommes se réfugient dans l’action pour l’action ; ils font « de la technique » et non « de la politique[tooltips content= »Les Décisions absurdes, Gallimard, 2002. »](3)[/tooltips] ». Cette aporie semble bien caractériser au moins une partie du comportement de nos gouvernements occidentaux. L’État fera reculer l’absurdité simpliste du complotisme non en censurant celui-ci, mais en démontrant par sa propre action que personne n’en a vraiment besoin.

Petite philosophie du selfie

0

Du doute méthodique de Descartes à l’incertitude existentielle du moderne


« Quand les protestants et les libres-penseurs s’insurgent contre la confession auriculaire, ils ignorent qu’ils n’en rejettent point l’idée, mais seulement la forme extérieure. Ils refusent de se confesser au prêtre tout en se confessant à eux-mêmes, à leurs amis, à la foule » (Oswald Spengler, Le déclin de l’Occident, 1918)

On ne me contestera pas, j’espère, l’actualité de cette observation : les confessions planétaires croissent et se multiplient, à mesure que, symétriquement, l’auriculaire dépérit. Les rentrées « littéraires » sont colonisées de manière grandissante par les récits autofictionnels ; quant aux réseaux sociaux, hauts lieux du naturisme numérique, leur vitalité est tout bonnement exubérante. A l’autre extrémité du spectre, en revanche, les confessionnaux sont vides. 

A grands coups de stories, par liasses de confessions intimes, on livre à la planète entière ce qu’on ne consentirait pour rien au monde à confier à la seule oreille du prêtre de sa paroisse. Étonnant paradoxe donc, a priori, que cette passion moderne de l’épanchement, combinant déchaînement délicieux sur le net, et dégoût instinctif du confessionnal catholique, faisant office d’absolu repoussoir. Comment comprendre, décidément, cette apparente schizophrénie de l’exhibitionnisme 2.0 ?

L’insoutenable réserve ecclésiastique

La faute inamendable du prêtre, c’est qu’il n’applaudit pas. Comment l’époque le lui pardonnerait-elle ? Elle ne pratique pas la rémission des péchés. Car n’applaudir point, c’est à l’évidence lui manquer ; non véniellement, mais mortellement. Troubler de sa voix le chœur unanime des louangeurs modernes, c’est-à-dire introduire fielleusement une note discordante dans l’hymne joué inlassablement en l’honneur de toutes les fiertés de la Terre, est-il seulement un crime plus grave ?

On interprète généralement cette photomanie, et ses avatars selfiesques tout particulièrement, sous l’angle du narcissisme, c’est-à-dire d’un amour excessif porté à soi-même ; je voudrais précisément vous proposer une explication absolument inverse

Dans une modernité ne tolérant plus rien qu’elle-même à ses côtés (Philippe Muray) – ainsi qu’en témoigne le plaisir pris à convoquer le passé devant ses tribunaux, et à en instruire inlassablement le procès -, toute réprobation manifestée à son égard devient insoutenable par la contradiction qu’elle apporte. L’époque, et l’exhibitionniste numérique avec elle, ne veulent plus entendre, autour d’eux, qu’un concert d’assentiments donnés unanimement et sans réserves ; tout le reste, qui ne roule pas avec eux, est voué aux gémonies, dans l’attente impatiente de leur liquidation à venir.

Ô clergé catholique, ô survivance insupportable ! Tes confessionnaux sont vides ? C’est que ta voix dépare ! Que ne t’es-tu converti aux nouvelles Évangiles de l’esprit du temps ? Que n’as-tu accordé ton chant à la grande chorale des thuriféraires de la modernité ? Tout, dans la réserve que tu lui manifestes, te condamne évidemment ; car les zélotes contemporains sont priés d’être ardents. Ô Eglise de Rome, ô anachronisme invraisemblable ! Que n’apprends-tu à liker les confidences que l’on te fait ? Que t’acharnes-tu à soupeser la part de péchés qu’elles comportent ? Que n’ouvres-tu tes isoloirs à tous les vents, et ne lèves-tu ton pouce à tous les récits ? Ô prêtre, l’esprit critique dans lequel tu t’enfermes est un autre réduit tout aussi promis à disparaître que ces loges de bois dans lesquelles tu continues encore de recevoir les confessions

Mais d’où nous vient cet impérieux besoin de l’acquiescement d’autrui ? Et surtout, pourquoi sa nécessité intérieure ne cesse-t-elle de se renforcer dans une époque n’ayant pourtant de cesse de proclamer combien il importe d’en faire fi, pour s’accepter et s’affirmer dans la vérité pure de son être authentique ? 

Le doute affirmatif de Descartes

Dans son Discours de la méthode, Descartes écrivait : « enfin, considérant que toutes les mêmes pensées que nous avons étant éveillés nous peuvent aussi venir quand nous dormons, sans qu’il y en ait aucune pour lors qui soit vraie, je me résolus de feindre que toutes les choses qui m’étaient jamais entrées en l’esprit n’étaient non plus vraies que les illusions de mes songes. Mais aussitôt après je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi qui le pensais fusse quelque chose ; et remarquant que cette vérité : Je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n’étaient pas capables de l’ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchais. »

Nous n’en sommes plus là. Le doute de Descartes continue de nous parler ; mais les affirmations, ou les réaffirmations, auxquelles il le conduit, nous deviennent inaudibles. De son exercice, nous ne ressortons pas plein d’une assurance nouvelle ; mais saisis, au contraire, dans un état d’incertitude spectral et glacé.

Requiem pour un cogito

Pour le physicien et mathématicien français, l’exercice méthodique du doute commençait certes par mettre à nu et par saper jusqu’aux radiers des édifices philosophiques et spirituels, mais il ne se terminait jamais, pour ceux qu’il conservait, sans leur avoir redonné des assises plus épaisses et mieux fondées que celles sur lesquelles ils s’appuyaient précédemment. Les anciennes vérités qui survivaient à son examen devaient précisément en ressortir plus fermes et assurées qu’elles ne l’avaient abordé, telles des lames d’acier retrempées par leur immersion brutale dans les eaux glacées de leur possible évanescence. Par sa pratique, Descartes inventait un baptême dans l’ordre de l’esprit, un plongeon dans le nouveau Jourdain du Doute, ayant les mêmes vertus lustrales, et la même dynamique de mort puis de renaissance à une vie nouvelle et éternelle.

Telle n’est plus l’expérience que nous en faisons. En nous, un doute cosmique et ontologique continue certes de travailler, mais il ne débouche plus sur rien, il n’accouche plus d’aucune affirmation. Descartes, doutant de tout, y compris de sa propre existence, ressortait du bain gelé dans lequel il s’était lui-même immergé avec l’assurance ferme du cogito, ergo sum. Mais sur nous, cette certitude n’agit plus : l’homme du 21ème siècle peine de plus en plus à se convaincre de sa réalité ontologique. Suis-je ? se demande-t-il anxieusement ; et aucune réponse décisive ne lui vient. 

Les documentalistes de nos propres existences

La vie moderne tend à faire de nous les photos-reporters de nos propres vies. Grâce à nos téléphones portables – toujours à portée de main, sinon perpétuellement dégainés -, chacun peut en effet devenir, à défaut de héros, le cameraman de sa propre existence. C’est ainsi qu’on voit fleurir, dans la rue comme sur les réseaux, ces sortes de bourgeons terminaux de l’humanité que sont ces individus attachés à photographier, archiver et rapporter le moindre de leurs faits et gestes. 

Qui donc exige d’eux ce compte-rendu de leurs journées, détaillé jusqu’à l’absurde ? suis-je systématiquement amené à me demander. Auprès de quelle administration terriblement pointilleuse leur faut-il se justifier, minute par minute, voire seconde par seconde, du juste emploi de leur temps libre ? Prévoient-ils de présenter leurs clichés à St-Pierre, au cas où leur situation serait litigieuse – y a-t-il seulement, d’ailleurs, une cour d’appel au Purgatoire ? – Oui, décidément, pauvres serveurs informatiques, reconvertis en décharges numériques pour derniers hommes, contraints d’héberger la documentation pléthorique de leurs ultimes clignements d’yeux.

La numérisation de l’Être, dernière station avant sa disparition complète

On interprète généralement cette photomanie, et ses avatars selfiesques tout particulièrement, sous l’angle du narcissisme, c’est-à-dire d’un amour excessif porté à soi-même ; je voudrais précisément vous proposer une explication absolument inverse. Le frénétique du cliché n’est pas un infatué du Moi, c’est un anémié de l’Être ; il n’est pas obnubilé par la contemplation de son visage dans le miroir aqueux, il sent confusément la fragilité du reflet que lui renvoie sa glace. 

S’il mitraille tout ce qui bouge, et son visage au premier plan, c’est qu’il s’escrime désespérément à combattre le dépérissement de sa réalité par son archivage sous forme de mégapixels ; de ses images, il attend véritablement qu’elles le substantifient. Tel est l’état, pathétique certes, auquel il est réduit : sa propre existence lui fait l’effet d’un songe. Il se sent s’effilocher tel un nuage, se délitant par poignées cotonneuses. S’il photographie heure par heure sa journée, ce n’est donc pas par narcissisme, c’est pour apaiser une angoisse qui le ronge : la nuit venue, toutes ces activités, il ne sera plus bien sûr de ne les avoir pas rêvées. Pour le dire autrement, les images qu’il produit à la chaîne sont les preuves qu’il accumule en vue d’un procès en irréalité qu’il redoute qu’on lui intente, parce qu’à vrai dire, il ne se sent pas très sûr de le gagner. 

Ô, poussière d’homme, c’est en vain que tu t’essaies à remplumer ta carcasse existentielle avec la viande sans consistance de tes clichés ! Tu es pareil à ces temples de l’antique cité de Palmyre, qui ne subsistent plus que sous forme hologrammique. Eux aussi, il a fallu s’empresser de les imager en 3 dimensions ; car la numérisation de l’Être est la dernière station qui précède sa disparition complète. Tu vas bientôt t’évanouir, sans qu’une onde même ne vienne rider les eaux étales du monde ; tes photos sont l’infime remous par lesquelles tu espères signaler que tu fus un jour. Ô photo-reporter de ta propre vie, cela ne suffira pourtant pas…

L’ère du post-cogito : je poste, donc je suis. Mendicité ontologique et déficit d’Être

Tel est le post-cartésianisme moderne : un renversement des valeurs ; plus précisément, un bouleversement de la hiérarchie du certain. Le philosophe français, regardant par la fenêtre, pouvait se demander si les silhouettes qu’il voyait évoluer dans la rue n’étaient pas que des capes et des chapeaux juchés sur des ressorts ; son existence propre était attestée par l’interrogation même qui lui venait à l’esprit. Avec l’entrée dans le post-cogito, la configuration s’inverse douloureusement : la consistance d’autrui devient le fait établi ; la nôtre le point douteux. Nos ancêtres du 17ème siècle pouvaient exiger d’un tiers la preuve de sa réalité ; nous en sommes réduits à lui quémander quelque indice de la nôtre.  

Car oui, ne nous méprenons pas, notre pratique des réseaux sociaux est une mendicité ontologique ; on y part en quête des piécettes d’Être que nos semblables veulent bien nous jeter. Mais de ces richesses-ci, personne n’est opulent : la désertification spirituelle est un changement climatique qui n’a pas attendu 2050, et la famine des âmes qui en résulte ne méconnaît aucune bourse. La lutte pour l’existence ne se déroule plus désormais qu’entre miséreux ; aussi cette mendicité ne pourra-t-elle pas trouver à s’exercer encore bien longtemps. Déjà, l’on sent se profiler le cannibalisme ontologique qui lui succédera, bataille de spectres pour se dérober un peu d’Être, conflit entre statues incomplètes ne cessant de se chiper les unes les autres les membres qui leur manquent. Ici, je songe à la phrase de de Gaulle, commentant le conflit armé de 63 entre le Maroc et l’Algérie : « il fallait bien qu’ils essaient de se chaparder un peu de sable »…

Ô ombres d’hommes, réduits à la lutte pour votre parcelle de Sahara ! Ô fantômes déliquescents, ectoplasmes tremblants ! Une brise un peu forte disperserait votre éther. Où sont donc passés les êtres qui tenaient par grand vent, et dont l’échine ne gîtait pas sous l’assaut furieux des bourrasques de l’Histoire ? Ô djinns émaciés, génies évanescents ! Qu’avez-vous fait de la flamme originelle dont vous fûtes jadis tirés ? Contemplez-vous donc, bûchers pour cheminées électriques, brasiers brûlant sans réchauffer ! Vous n’êtes plus que des cendres pâles, jetées sur du papier glacé…

Le désarroi de l’individu nu

Par ce qui s’apparente à une nécessité psychique, l’immortalisation des existences progresse ainsi à mesure que la vie se retire. En ce sens, le selfie stick est moins une perche qu’il n’est une canne ; son addition n’élève pas au Surhomme, elle pallie une ontologie vacillante. Cessons donc de voir dans l’égoportrait le triomphe de l’individu tout-puisssant ; sous ces apparences de narcissisme, c’est le désarroi de l’individu nu qu’il faut apprendre à lire…

Transition énergétique: rouvrir Fessenheim avant qu’il ne soit trop tard!

0

«Moi, j’ai besoin du nucléaire», affirme le Président de la République lors de son interview à Brut vendredi dernier. Chiche, lui répondons-nous ! Une tribune libre de Laurence Trochu, Présidente du Mouvement Conservateur Sens Commun, Conseillère départementale des Yvelines.


Dans un contexte d’urgence climatique et de profonde crise économique, nous demandons que le gouvernement revienne sur la décision de fermeture de la centrale de Fessenheim, par l’arrêt immédiat du démantèlement et le redémarrage au plus tôt de ses deux réacteurs.

En effet, la mise à l’arrêt des réacteurs de la centrale a seulement conduit à interrompre sa production électronucléaire. L’arrêt définitif n’est pas encore effectif mais le sera dans plusieurs mois, lorsque les opérations menées actuellement auront conduit à rendre cet arrêt physiquement irréversible, probablement lors de la seconde moitié de l’année 2021. C’est pour des raisons purement électoralistes, remontant à 2012, et aucunement scientifiques, que les deux réacteurs de Fessenheim ont été mis à l’arrêt en février puis juin 2020, malgré d’importants travaux de modernisation permettant à la centrale d’atteindre un niveau de sûreté supérieur à la moyenne nationale, selon l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN). Il est donc encore temps de mettre fin à l’obscurantisme vert auquel se sont enchaînés François Hollande puis Emmanuel Macron pour récupérer les voix des écologistes.

Sécurisons notre approvisionnement électrique

La France, jusqu’à présent très faible émettrice de CO² d’origine électrique, a dû rallumer dès le mois de septembre ses quatre dernières centrales à charbon pour assurer notre approvisionnement d’électricité en l’absence de vent et de soleil lors des pics de consommation. Près de deux tiers de la puissance totale de ces centrales à charbon, fortes émettrices de CO², correspondent à la puissance des deux réacteurs nucléaires de la centrale de Fessenheim ! Avec la fermeture des quatre centrales thermiques programmée en 2022, la France aura perdu 5 GW de puissance pilotable, augmentant par la même occasion le risque de microcoupures, voire de blackout, comme nous nous apprêtons à le vivre cet hiver.

A lire aussi: La Commission européenne préparerait le démantèlement d’EDF

Réduisons instantanément nos émissions de carbone

En mai 2019, l’AIEA (Agence Internationale pour l’Énergie Atomique) publiait un rapport qui « recommande des actions gouvernementales dans le but de maintenir la production des centrales nucléaires existantes tant que la sûreté peut être démontrée, de soutenir la construction de nouvelles centrales nucléaires et d’encourager le développement de nouvelles technologies nucléaires » pour parvenir à atteindre les objectifs ambitieux de l’Accord de Paris, ou au moins à s’en approcher. N’oublions pas que dans sa décision du 19 novembre 2020, dit « Grande Synthe », le Conseil d’État a donné trois mois au gouvernement pour prouver qu’il tiendra son engagement de limiter les gaz à effet de serre de 40% d’ici à 2030. Comment compte-t-il s’y prendre lorsque la fermeture de deux réacteurs nucléaires, pilotables et bas carbone, entraine le redémarrage de centrales à charbon fortement émettrices de CO² (820 CO²/kWh contre 12 g CO²/kWh pour les centrales nucléaires françaises) ? Pourquoi s’entête-t-il à vouloir réduire à 50% le parc nucléaire alors qu’il faudrait pour cela ouvrir 20 centrales à gaz, contraires à nos objectifs climatiques ?

Évitons les dépenses inutiles

Du fait du préjudice résultant de la fermeture anticipée de la centrale, dont la construction est pourtant amortie, l’État doit verser à EDF des indemnités dont la part fixe s’élève à 370 millions d’euros, à laquelle s’ajoute une part variable calculée selon les bénéfices manqués par l’entreprise jusqu’en 2041, fin de vie théorique de la centrale. Cette somme, issue directement de la poche du contribuable, ne pourrait-elle pas être utilement investie ailleurs ?

La France n’a pas les moyens de payer de nouvelles indemnités lors de la fermeture anticipée d’autres tranches nucléaires, sources stables et bas carbone.

Préparons l’avenir

Le Mouvement Conservateur Sens Commun demande à Emmanuel Macron qu’il soit à la hauteur de la responsabilité de la France, pays qui lui a été confié pour nous conduire vers des améliorations. Un entêtement à détruire ce qui a fait ses preuves serait l’œuvre d’un progressisme idéologique bien éloigné du progrès qu’il prétend incarner.

De même, pour anticiper le nécessaire renouvellement de nos actuelles centrales et passer le cap des 40 ans d’ici 2040, la Société française de l’énergie nucléaire enjoint à construire de nouveaux réacteurs. Il est donc grand temps d’investir à nouveau dans la recherche sur la technologie du neutron rapide. Super Phénix a été scandaleusement fermée en 1997 et le projet Astrid stoppé net en 2019 alors que 738 millions d’euros avaient déjà été déployés. Pendant ce temps, Russes et Chinois continuent leurs essais sur cette technique permettant de réutiliser les matières radioactives issues de la production du parc nucléaire actuel pour résoudre le problème du stockage des déchets nucléaires.

En faisant preuve de discernement paré de pragmatisme, on pourrait enfin éviter à la France de s’enfoncer davantage encore dans l’impasse stratégique, écologique et financière qui l’affaiblit et ruine les Français.

Macron: les mimiques de Sarkozy, le discours de Taubira

0

Sur le média en ligne Brut, Emmanuel Macron est tombé dans la plus vile démagogie. Ses propos viennent légitimer les discours racialistes qui rebutent la majorité des électeurs de droite. 


Emmanuel Macron a le don d’ubiquité. Il est ici, à droite pour les naïfs, et là, à gauche pour les « jeunes » qu’il a entrepris de séduire en accordant un long entretien à Brut et son journaliste Rémy Buisine, autodidacte n’ayant pas eu son baccalauréat et ancien gagnant de l’émission de téléréalité The Social Rush sur Direct Star. Le président de la République aura donc passé deux heures à jouer au « bon flic », cédant sur à peu près tous les sujets régaliens et identitaires que les internautes lui ont soumis.

Les policiers ne sont pas tous des Brut

Sur le média Brut, que son créateur Renaud Le Van Kim définit comme une entreprise cherchant à « attirer une génération nouvelle de consommateur d’infos », Emmanuel Macron a viré la barre à gauche toute, s’aventurant sur des terres progressistes nourries à la victimisation larmoyante qu’il désertait pourtant depuis quelques semaines. « Il y a une défiance entre la population et la police dans les quartiers difficiles. Quand on a une couleur de peau qui n’est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé car on est identifié comme étant un facteur de risque », a ainsi dit le président. A-t-il été poussé à adopter cette position étonnante par Christophe Castaner – son grand ami qui s’était mis à genoux devant la famille Traoré et l’émotion suscitée par la mort de George Floyd aux Etats-Unis – ? L’un et l’autre ont en tout cas réussi à se mettre à dos les syndicats de policiers, après avoir toutefois tenté de les flatter.

A lire aussi, Philippe Bilger: Pendant que Macron parle aux jeunes, la crise de l’autorité s’accentue

Emmanuel Macron a accrédité l’idée voulant que les Français soient « contrôlés au faciès ». De fait, les passants sont contrôlés en fonction d’indices de leur potentiel criminel. Un père de famille chargé de sacs de courses avec un enfant aura moins de chance d’être contrôlé qu’un adolescent au volant d’une berline allemande, un homme ivre, des personnes cagoulées à proximité d’une émeute ou une bande de jeunes sentant le cannabis à trois kilomètres à la ronde. Mais passons, nous pourrons vite en finir avec ces « injustices » une fois créée la plate-forme internet gérée par l’État, le Défenseur des Droits et les associations comme la Licra pour dénoncer les discriminations… De quoi pousser les policiers à enfin lancer une grève du zèle, consistant à ne plus contrôler personne et surtout pas les personnes susceptibles de commettre des crimes ou des actes de délinquance. L’appel a été lancé par les principaux syndicats de la police, légitimement outrés par la parole présidentielle.

Macron cajole une certaine jeunesse

On pouvait croire qu’Emmanuel Macron s’en tiendrait à l’actualité la plus brûlante ou botterait en touche pour éluder les questions les plus absurdes des internautes de Brut, censément représentatifs de la jeunesse. Que nenni. Ses propos sur les contrôles policiers n’étaient malheureusement que le prélude d’une longue descente aux enfers indigéno-diversitaires. Tombant dans le piège de l’idée voulant que la France soit frappée par un « racisme systémique », Emmanuel Macron a confondu sciemment la jeunesse de France avec les « noirs et les arabes » qu’il a nommément désignés sous ces vocables. Une génération qu’il ne voit pas « déboussolée mais en quête de sens »… Une quête de sens à laquelle Emmanuel Macron répondra en débaptisant des rues et en déboulonnant des statues … tout en se défendant d’adhérer à la « cancel culture » (il n’y a manifestement rien compris).

Le président appelle ainsi à identifier « 300 à 500 noms de personnalités noires et arabes pour les honorer dans l’espace public ». Quid de la communauté des gens du voyage (diverse et multiple en soi) ? Des asiatiques ? Des Français d’origine portugaise ? Espagnole ? Italienne ? Polonaise ? Ils ne crient pas assez ? Ne font pas assez d’attentats ? Ne rappent pas suffisamment fort dans le poste ? Certains d’entre eux ont tapé dans le ballon assez correctement avant Zidane et M’Bappé, à l’image de Kopa, Fernandez et Platini. Sorte de synthèse mal née du pire de Nicolas Sarkozy et de Christiane Taubira, Emmanuel Macron s’est prêté à un jeu dangereux à l’heure du terrorisme, de l’hyper-délinquance et des émeutes. Un jeu dont il n’est pas ressorti grandi. Un exemple : interrogé sur l’affaire Mila, Emmanuel Macron a commencé sa réponse en citant la très ancienne affaire Mennel, jeune femme aujourd’hui conspuée depuis qu’elle a décidé de ne plus porter le voile !

En allant chez Brut, Macron abaisse la fonction présidentielle

Mûr pour les vidéos tik-tok, les lives sur Twitch et peut-être même les sextapes sur Onlyfans ?

En abaissant la fonction présidentielle à un exercice aussi cynique, qu’il n’a pas su maîtriser, ne comprenant semble-t-il rien à son propre pays, Emmanuel Macron a douché les espoirs des quelques optimistes de droite qui pensaient avoir trouvé en lui un homme qui, s’il n’était pas de leur famille, semblait au moins gagné par la raison la plus élémentaire. Durant ces deux longues heures, Emmanuel Macron a parlé de précarité menstruelle (au sens de menstrues), des banlieues qu’il faut encore arroser d’argent alors que ça ne sert à rien, des méchants policiers et des gentils immigrés.

A lire aussi, Yves Mamou: Contrôle au faciès: la légende noire de la police française

Rien sur l’emploi, la ruralité, les villes moyennes, le spectacle vivant, la sécurité ou les traditions. Rien de rien. Des commentateurs ont prétendu qu’il n’a pas pu le faire, se contentant de répondre aux questions qui lui étaient posées. C’est faux. Il aurait pu dévier, détourner ses interlocuteurs. Il n’en avait tout simplement pas envie.

Un moment fut même glaçant, terrible. Appelé à définir ce qu’était « être Français » ; Emmanuel Macron a répondu que cela revenait à « participer à un projet de société », ajoutant qu’il fallait adhérer aux valeurs de notre « pays monde nourri des cultures de tous les continents ».

Reconfinement: on a préféré la punition collective à la frappe chirurgicale


Au nom de l’égalité, le gouvernement impose une réponse sanitaire pour tous : le confinement. Cette mesure désastreuse pour la société et l’économie s’avère aussi contre-productive car elle étale la crise dans la durée. Pourtant, une autre approche, plus efficace médicalement et moins coûteuse pour l’économie, est possible : cibler et protéger les plus fragiles. 


Depuis bientôt un an, le monde vit au rythme de l’épidémie de Covid-19. En mars, quand cette maladie nouvelle s’est répandue en France comme une traînée de poudre, il n’y a pas eu d’autre solution que d’imposer dans l’urgence un confinement généralisé. Devant l’impréparation générale et la pénurie de moyens (équipements de protection individuels, matériel de réanimation, personnel soignant, etc.), c’était la seule solution. Il fallait ralentir la propagation de la maladie, éviter l’effondrement des hôpitaux, permettre de s’organiser… ce que le premier confinement a permis, il faut en convenir.

Un pays sous cloche

Dix mois après l’émergence de la maladie, les conditions ne sont plus les mêmes. Sur le plan scientifique, on a beaucoup appris sur le Covid-19, ses modes de contamination, ses victimes privilégiées, son traitement, les façons de s’en protéger. On a développé des tests, PCR et maintenant tests antigéniques rapides. On a eu du temps pour réorganiser le système de santé qui avait été débordé pendant la première vague. Et pourtant, dans notre pays, on a l’impression d’avoir fait du surplace. Et le verdict est tombé : reconfinement !

Le confinement généralisé est un désastre. Ses conséquences économiques et sociales sont tellement évidentes qu’il n’est point besoin de les souligner à nouveau. Mais surtout, ces dommages collatéraux sont imposés en pure perte. En vérité, le confinement généralisé s’avère très peu efficace pour sauver des vies. Il permet juste de parer au plus pressé, de gagner du temps en attendant des mesures plus énergiques – dépister, soigner les malades et isoler les contagieux. C’est que le confinement ne vise nullement à en finir avec l’épidémie. Il transforme simplement une épidémie brutale, mais brève en une situation qui traîne et s’éternise. On passe d’un problème aigu à une situation chronique. En mettant le pays sous cloche, on diminue la circulation du virus et on soulage certes temporairement les structures de santé ; mais, bloquant l’évolution vers l’immunité collective, on ne peut empêcher que l’épidémie reparte dès que les mesures restrictives sont allégées ; d’où la nécessité de « reconfiner » régulièrement, au gré de la reprise épidémique. Pis encore : en ralentissant l’évolution vers l’immunité collective, le confinement pourrait pérenniser la maladie. Un scénario cauchemardesque pourrait même se profiler du fait de l’étalement dans le temps de l’épidémie : le virus circulerait encore au-delà de la durée de l’immunité obtenue chez les premiers infectés. Ces personnes seraient alors susceptibles de se recontaminer, et ce avant même que soit atteint dans la population générale le seuil protecteur qui arrête la circulation du virus (autour de 50 % de personnes immunisées) ! Seul un vaccin serait à même de rompre ce cercle vicieux. Dans l’intervalle, l’effondrement économique aurait de toute façon eu raison du système de santé, rendant impossible son financement et contraignant à diminuer les soins pour tous les malades, même ceux qui ne sont pas atteints du Covid. Avec le confinement, la catastrophe économique et sociale se double donc d’une catastrophe sanitaire, à court, moyen et long terme.

Les meilleurs experts plaident pour un confinement ciblé 

Fondés sur une sérieuse analyse scientifique, ces arguments ont été développés par les meilleurs experts. Ils sont à l’origine de la « déclaration de Great Barrington », initiée par Kuldorff, Gulpa et Bhattacharya, professeurs d’épidémiologie qui exercent respectivement à Harvard, Oxford et Stanford. Le grand public en trouvera une présentation détaillée dans l’excellent « Tract » de Jean-Loup Bonnamy et Renaud Girard, Quand la psychose fait dérailler le monde (Gallimard, 2020).

À lire aussi, Renaud Girard et Jean-Loup Bonnamy : “Si le confinement était un essai médicamenteux, on l’arrêterait tout de suite à cause des effets secondaires terribles”

Ces spécialistes plaident pour un confinement ciblé, appelé « protection focalisée » dans la déclaration de Great Barrington. Il s’agit de séparer la population en deux groupes, en fonction de critères mesurant le risque de développer une maladie grave. Le groupe « à haut risque », constitué par les personnes âgées et/ou présentant des comorbidités (insuffisance respiratoire, maladie évolutive, obésité, etc.), doit être protégé de la contamination par un confinement strict. Le groupe « à faible risque » (personnes jeunes et bien-portantes) doit reprendre une vie normale, notamment sur le plan professionnel, sans limitation des interactions sociales. L’objectif est de faire progresser l’immunité collective dans le groupe à faible risque, ce qui permet d’espérer un arrêt de l’épidémie, tout en protégeant le groupe à haut risque qui doit rester indemne de la maladie. Une fois l’immunité collective installée dans le groupe à faible risque, le virus ne circule plus, et les personnes à haut risque peuvent reprendre une vie sociale normale. En attendant cette libération, les jeunes/bien-portants, potentiellement contaminants pour leurs proches, doivent conditionner leur fréquentation des personnes âgées/fragiles à la réalisation de tests (tests PCR ou tests antigéniques rapides), respecter strictement les gestes barrières, le port du masque et la distanciation physique, essayer de mener leurs visites à l’extérieur… à moins qu’ils ne soient déjà guéris, donc immunisés et non contaminants… ou à moins que les personnes âgées/fragiles, dûment informées des risques encourus, décident de braver le danger pour continuer à mener une vie sociale ! (Situation qui peut par exemple se justifier en toute fin de vie : à quoi sert de se priver de ses proches si on est atteint d’une maladie létale à très court terme ? Faut-il vivre le peu de temps qui reste dans la solitude, ou accepter le risque d’écourter ce peu pour maintenir le lien social ?)

Protocole sanitaire renforcé dans un Ehpad à Nice, à l'occasion de la visite de Christian Estrosi, 23 septembre 2020. © Arié Botbol / Hans Lucas / AFP
Protocole sanitaire renforcé dans un Ehpad à Nice, à l’occasion de la visite de Christian Estrosi, 23 septembre 2020. © Arié Botbol / Hans Lucas / AFP

Avec cette approche, l’immense majorité des jeunes/bien-portants développent une forme bénigne de la maladie. Dans les rares cas où il s’agit d’une forme grave, ils sont bien sûr traités avec tous les moyens de la réanimation moderne, ce qui permet une évolution le plus souvent favorable. Quant aux personnes âgées/fragiles, le but est qu’elles n’attrapent pas du tout le Covid. Si cela survient quand même, malgré toutes les précautions prises, les malades âgés sont soignés avec des moyens proportionnés : les formes bénignes (tout de même 80 % des cas à 90 ans !) ne posent pas de problèmes moraux ; mais pour les formes graves (20 % des cas à 90 ans), il faut bien peser le pour et le contre des traitements lourds. La réanimation notamment n’a pas fait la preuve de son bénéfice à cet âge. On doit lui préférer une prise en charge palliative, visant à accompagner jusqu’au bout les personnes en fin de vie.

Le risque zéro n’existe pas 

Bien sûr, la protection focalisée n’empêche pas complètement les morts : quelques jeunes/bien-portants développent quand même des formes très graves, et quelques personnes âgées/fragiles attrapent la maladie quand même. En la matière, comme d’ailleurs dans toute la médecine, le risque zéro n’existe pas. Le but est d’arriver à l’immunité collective, donc à l’arrêt de la circulation du virus, avec le moins de morts possible. Notons que cette immunité pourrait être acquise plus rapidement grâce à la vaccination. Tout le monde espère cette fin heureuse du fléau qui dévaste notre société.

Ainsi la solution tient en un mot : discrimination. Discriminer, dit le dictionnaire, c’est établir une différence entre des personnes ou des choses en se fondant sur des critères distinctifs. Discriminer, on pourrait dire aussi différencier ou distinguer – et on éviterait alors le sens déplaisant qu’a pris ce mot à l’heure de la « lutte contre toutes les discriminations » –, c’est exactement ce que vise la médecine moderne : le bon soin au bon patient. Chaque patient doit recevoir une prise en charge adaptée à son cas particulier, une prise en charge personnalisée. La personnalisation repose sur la discrimination entre les différents cas pathologiques. Ce classement repose sur des critères scientifiques, tenant compte des caractéristiques physiologiques de chacun, et n’a évidemment rien à voir avec une quelconque « médecine à deux vitesses » qui consacrerait l’injustice sociale.

Une personnalisation grandissante de la médecine

Pour comprendre cette évolution de la médecine vers plus de personnalisation et donc plus d’efficacité avec moins d’effets secondaires, on peut considérer l’histoire de la lutte contre le cancer, par exemple le cancer du sein, une des formes les plus fréquentes de cette méchante maladie. Dans un premier temps, la médecine est impuissante face au cancer. La maladie suit son cours spontané, naturel, qui évolue vers la mort. On se contente d’accompagner le patient en soulageant comme on peut ses symptômes. Dans une deuxième période, on commence à traiter la maladie avec l’espoir de la guérir. Dans l’ignorance des variations d’une tumeur à l’autre, d’un patient à l’autre, on applique à tous un traitement maximaliste : chirurgie étendue (mastectomie totale et curage ganglionnaire dans notre exemple), radiothérapie, chimiothérapie lourde. Ce traitement permet des guérisons, mais au prix de pénibles séquelles (dans notre exemple, le « gros bras », qui a empoisonné la vie de millions de femmes après chirurgie extensive). Le troisième stade est celui de la médecine personnalisée. Les différentes tumeurs ont été analysées finement et classées selon leur comportement biologique et leur extension anatomique. Si certaines restent dans la catégorie « haut risque de récidive » et imposent de persévérer dans un traitement lourd, beaucoup passent dans la catégorie « faible risque de récidive », permettant d’engager une « désescalade thérapeutique », c’est-à-dire de diminuer les séquelles liées au traitement sans perdre en efficacité.

À lire aussi, Lydia Pouga : Covid-19: errance en terre inconnue

En jugeant la prise en charge du Covid à l’aune de cet exemple, et puisqu’une épidémie est bien une maladie de toute la société, on peut dire que le confinement appartient au deuxième stade de la médecine : efficacité moyenne sur la maladie, effets secondaires lourds et même très lourds sur le malade. Le confinement revient à tenter d’écraser une mouche (ou plutôt un frelon… asiatique !) avec une massue ; on ne peut éviter d’assommer du même coup le malade (la société). Ne serait-il pas temps de passer au troisième stade, celui d’une médecine moderne, ingénieuse et raffinée, une médecine personnalisée, plutôt que d’en rester à une médecine de masse, rustique, voire archaïque ? D’autres pays ont fait ce choix : des pays asiatiques qui ont tout misé sur le dépistage, le traçage et l’isolement des seules personnes contaminées ; la Suède qui compte sur la discipline individuelle pour protéger les sujets à risque. Ils obtiennent des résultats sanitaires meilleurs que les pays ayant recours au confinement indifférencié, tout en évitant la faillite économique.

Mais il y a des freins à l’adoption de la protection focalisée. Particulièrement dans notre pays, ces freins tiennent en une formule : la passion de l’égalité. C’est la passion de l’égalité qui explique le refus de discriminer du gouvernement. Rappelons les mots du président de la République : « Pour des raisons de solidarité entre les générations, […] il ne saurait être question de confiner les plus vulnérables d’entre nous. » Ligoté par une idéologie politiquement correcte, le gouvernement a choisi l’indifférenciation contre la personnalisation, l’archaïsme contre la modernité, la paralysie contre l’activité, et au final, pour notre malheur, le dépérissement contre la vitalité.

Quand la psychose fait dérailler le monde

Price: ---

0 used & new available from

La gauche Charlot


Gilles Clavreul ne lit pas Causeur. Dommage pour lui, car comme le disait Montaigne, il gagnerait à frotter sa cervelle contre celle d’austruy. Il apprendrait que le désaccord est une chose fort amusante. Mais Clavreul ne rit pas avec n’importe qui.


Le 19 novembre, Gilles Clavreul s’étrangle en découvrant sur notre site internet l’entretien que l’ami Jean-Baptiste Roques a tourné avec Thaïs, jeune militante de Génération identitaire. Il ne mange pas de ce pain rassis. Pas lui, pas ça. Il le fait savoir sur Facebook :

« Comme je ne lis pas Causeur, j’étais passé à côté de ce publi-reportage en faveur du groupuscule d’extrême-droite Génération identitaire datant de fin juin dernier. C’est comme une vidéo d’AJ+, la chaîne qatarie, mais en version réac qui s’assume.

Voilà pourquoi il n’y a rien de commun entre ceux qui défendent les principes républicains et cette droite qui se veut iconoclaste en faisant des clins d’œil à des petits fafs en bomber. On ne peut pas être républicain et identitaire à la fois, on ne peut pas se trouver de luttes communes, on ne peut pas s’allier, en aucune circonstance. Ligne rouge infranchissable. » J’apprends que le bomber[tooltips content= »Pour ma mère et celle des autres : un bomber (prononcer « bombeur ») est un blouson. J’ai dû en avoir un ado. Il n’y a pas de hasard. »](1)[/tooltips], c’est facho. Et « réac qui s’assume », c’est un compliment ?

Si je vous cause des offuscations de cet estimable garçon, l’un des fondateurs du Printemps républicain[tooltips content= »Il a fait un très bon travail lorsqu’il était à la tête de la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, refusant de
noyer le poisson de l’antisémitisme des quartiers. »](2)[/tooltips], ce n’est pas pour nous disculper de l’accusation de complicité avec la bête immonde, qui nous indiffère totalement, mais parce qu’elles sont emblématiques des ambigüités de cette « gauche Charlie » (également dite républicaine) qui après des années d’antifascisme en peau de lapin, ne se trompait plus d’ennemi, c’est même pour ça qu’elle a rompu avec le reste de la famille. Elle avait compris que le vrai danger, pour le pays, venait de l’islam radical et de ses alliés extrêmes gauchistes. Elle avait arrêté d’engueuler la France des églises et des bistrots, dont elle paraissait même partager le désir coupable de défendre les mœurs et la culture françaises en France. Bref, on croyait être d’accord sur l’essentiel, en particulier l’urgence du combat commun.

On s’est trompés. On dirait qu’on n’est même pas d’accord pour s’engueuler. Certes, il reste des francs-tireurs qui préfèrent la réflexion aux réflexes, la preuve par Élisabeth Badinter, Richard Malka, Philippe Val et quelques autres, qui se fichent autant d’être accusés de dérive droitière que d’islamophobie. Chez nombre de militants « laïques et républicains », le naturel (ou l’inconscient) de gauche revient au galop, les mêmes travers collés à ses sabots : sectarisme, bonne conscience, aveuglement.

Clavreul et ses amis politiques tiennent des propos qu’on pouvait entendre il y a vingt ans dans la bouche de Le Pen

Passons sur le refus de l’altérité idéologique, qui est dans l’ADN du « parti de l’Autre ». Gilles Clavreul pourrait répondre à Thaïs, mais il y a des gens avec qui on ne parle pas, des fois que leurs idées seraient contagieuses – d’ailleurs il a été longtemps question de les isoler derrière un cordon sanitaire, maintenant on dit « ligne rouge », il y a du progrès. En somme, il est pour la liberté de penser comme lui. Pour ma part, je trouve les identitaires un brin trop « France blanche », mais j’aime bien discuter avec eux. D’ailleurs, nous avons aussi publié un texte de Cyril Bennasar sur « la remigration » (des délinquants étrangers) proposée par Génération identitaire. Je parle avec Aurélien Taché et Rokhaya Diallo. Qu’il soit impossible de parler avec Gilles Clavreul, c’est un peu triste.

Cette obsession de l’extrême droite est d’autant plus incompréhensible que, sur l’immigration et l’islam, Clavreul et ses amis politiques tiennent des propos qu’on pouvait entendre il y a vingt ans dans la bouche de Le Pen (blagues de pétomane en moins il est vrai) et il y a trente ans dans celle de Chirac. Il est vrai que la réalité a changé. Mais eux veulent croire qu’ils n’ont pas changé. Alors, quand ils entendent le mot « identité », ils sortent leur République, comme on brandirait un crucifix devant un vampire. « On ne peut pas être républicain et identitaire », assène Clavreul. Première nouvelle. Et mon Général, il était intersectionnel ?

Certes, ce sont des bisbilles de café du commerce numérique. Seulement, nous sommes supposés mener une guerre idéologique et sur le champ de bataille, mieux vaut savoir sur qui on peut compter. Charlie Hebdo ne veut pas du soutien de Ménard. Clavreul « ne peut pas s’allier, en aucune façon » avec les identitaires (ni avec Causeur, « qui leur fait des clins d’œil »). C’est la nouvelle thématique à la mode de la « tenaille identitaire » qui permet de ne pas choisir entre la peste islamiste et le choléra populiste. Si on comprend bien, en 1940, il aurait refusé de rallier Londres pour cause de « ligne rouge infranchissable » avec les maurrassiens antisémites qui s’y trouvaient. Les renvoyeurs dos à dos finissent souvent en apôtres de l’apaisement.

Autant dire que, pour l’union sacrée dont on nous rebat les oreilles après chaque attentat, on attendra. Tant pis, on se passera de ces alliés aux délicatesses de jeunes filles, qui d’ailleurs comptent de moins en moins de divisions, ceci expliquant largement cela. Et puis, beaucoup semblaient si heureux de retrouver leurs vieux copains et leurs vieux slogans : les manifestations contre la loi « sécurité globale » (et son article 24 qui interdit, non pas de filmer, mais de diffuser le visage de policiers) ont été l’occasion d’une reconstitution de gauche dissoute délicieusement vintage. Brailler contre le fascisme imaginaire de Macron et Darmanin, c’est marrant et c’est sans danger. Et voilà pourquoi votre gauche est muette.

Pendant que Macron parle aux jeunes, la crise de l’autorité s’accentue

0

Malgré son discours bienveillant à destination de la jeunesse, les black blocs ont de nouveau donné une image pitoyable du maintien de l’ordre sous Macron ce samedi.


Le président de la République a dialogué avec la jeunesse – 7 millions – sur Brut et il a dénoncé les contrôles au faciès. Il devra expliquer cependant comment, dans certaines cités sensibles où la police est généralement très mal accueillie, contrôler des Blancs quand il n’y en a pratiquement pas un seul ou inventer une couleur de délinquance qui répondrait à son humanisme ?

Mais samedi ordinaire à Paris. On manifeste contre la précarité et la loi sécurité globale. Beaucoup de Gilets jaunes qui se souviennent des jours anciens et recommencent.

Il paraît que les 18/25 ans soutiennent majoritairement Macron. Mais samedi ordinaire à Paris avec des scènes de dévastation où des voyous frénétiques et des brutes d’extrême gauche ont été, durant quelques heures, le visage de la France

Des syndicats policiers regrettent de n’avoir pas été soutenus par le président et en conséquence vont en appeler à l’arrêt des contrôles d’identité.

A lire aussi, Yves Mamou: Contrôle au faciès: la légende noire de la police française

Mais samedi ordinaire à Paris. En tête du cortège, 400 à 500 Black Blocs se mettent en branle et c’est l’enfer.

Le président annonce la création d’une plate-forme où on pourra se plaindre de la police.

Mais samedi ordinaire à Paris. Les Black Blocs détruisent, incendient, cassent. Le Président pense, commente, analyse, demeure équilibré, nuancé. Le « en même temps » dans toute sa splendeur abstraite.

A lire aussi: Petite sociologie du manifestant black-bloc

Mais samedi ordinaire à Paris. Les policiers et les gendarmes tentent de résister, font ce qu’ils peuvent. À l’évidence ils sont débordés. Qui oserait encore soutenir qu’ils laissent délibérément les violences se commettre et les désordres se multiplier ? Les Black Blocs sont les maîtres.

On continue à discuter de l’article 24 et de la sémantique: il ne faudrait pas parler de violences policières puisque la police a l’usage de la force légitime et que les fonctionnaires trahissant leur mission sont poursuivis et, pour certains, incarcérés.

Mais samedi ordinaire à Paris. Les Black Blocs font la loi, attaquent les banques, brisent les vitrines, se coagulent puis se dispersent. Des personnes seront interpellées, combien seront condamnés ?

A lire aussi: Et voici que s’avance l’inquisition policière

Le président, paraît-il, a été à son avantage face à la jeunesse. Il paraît que de 18 à 25 ans, cette génération le soutient majoritairement. Sa jeunesse le sert.

Mais samedi ordinaire à Paris. Des scènes de dévastation où des voyous frénétiques, des brutes d’extrême gauche, ont été durant quelques heures le visage de la France.

Il y a trop de décalage entre le verbe d’un Président qui disserte sur la réalité et ce samedi ordinaire où un pouvoir dépassé et impuissant est totalement à la merci des Black Blocs.

Un samedi ordinaire à Paris. Recherche désespérément honneur et autorité.

Moi, Emmanuel Macron, je me dis que...

Price: ---

0 used & new available from

Pour un management moins humain

0
© D.R.

L’idée d’avoir un robot comme psy germe dans les esprits…


On ne sera guère étonné d’apprendre que 2020 aura été l’année la plus stressante pour les salariés à travers le monde. Une étude conduite dans 11 pays par Oracle, la multinationale américaine, un des leaders dans la technologie de l’information, et Workplace Intelligence, un cabinet de consultants en ressources humaines, révèle que 78 % des 12 000 personnes interrogées considèrent que la pandémie a eu un impact négatif sur leur santé mentale. Ce qui est plus surprenant, c’est que 82 % croient que l’intelligence artificielle est mieux à même de répondre à leurs besoins en termes de santé mentale que d’autres êtres humains. Aussi 68 % des salariés interrogés préféreraient-ils parler de leurs problèmes à un robot qu’à leur manager, tandis que 80 % sont tout à fait ouverts à l’idée d’avoir un robot comme psy.

Le management moderne aime se dire à visage humain

L’avantage des robothérapeutes est que ceux-ci ne portent pas de jugement sur le salarié et ne risquent pas de considérer l’aveu d’un problème de santé mentale comme une faiblesse. La gêne et la honte que nous pourrions ressentir devant un autre être humain nous sont épargnées quand nous nous confions à un chatbot ou « agent conversationnel », pur produit d’un algorithme. Déjà, en 1966, un programme informatique en langage naturel, Eliza, a été développé au célèbre Massachusetts Institute of Technology afin de simuler les échanges entre un psychothérapeute et son patient selon l’approche du grand psychologue de l’époque, Carl Rogers. Malgré les capacités linguistiques très limitées de ce programme et son manque total d’intelligence et d’empathie véritables, Eliza arrivait non seulement à maintenir des interactions avec des êtres humains, mais à en convaincre certains qu’il comprenait leur cas et éprouvait de la sympathie pour eux.

Le management moderne aime se dire à visage humain. Dommage : les salariés préfèrent un visage d’automate.

Se séparer? Quelle bonne idée!

0
Ecole privée dans le quartier du Mirail à Toulouse, 2014 © REMY GABALDA / AFP.

L’exécutif semble avoir relégué le terme séparatisme au placard. Demain, c’est un projet de loi « confortant les principes républicains » qui sera présenté en conseil des ministres. L’analyse de la philosophe Françoise Bonardel.


La chose est-elle vraiment si difficile à nommer qu’un projet de lutte contre les « séparatismes » soit finalement requalifié en loi « confortant la laïcité et les principes républicains » ? Le pluriel n’étant qu’un artifice pour ne pas avoir l’air de cibler d’entrée l’ambition islamique de créer un État dans l’État avant de planter, sur les ruines de la République, l’étendard de la charia. L’abandon pur et simple du mot « séparatisme » confirme ce repli, qu’on espère stratégique. Mais au profit de qui ? De la République bien sûr affirment les politiques qui refusent de voir qu’elle a perdu l’autorité qui, il y a quelques décennies, la faisait à ce point respecter qu’il n’était pas nécessaire de légiférer pour la protéger. Nous n’en sommes plus là et le mot « séparatisme » est aussi, il faut bien le reconnaître, chargé de trop d’ambiguïtés pour être fédérateur, et de trop d’affects comme tout ce qui touche à la séparation. 

Les islamistes veulent séparer le pur et l’impur

Quoi de commun d’ailleurs entre la séparation qui comme l’apartheid isole, discrimine et ghettoïse, et celle qui libère et autonomise ? Lutter pour son indépendance, à titre individuel ou collectif, n’est pas pratiquer le « séparatisme » aujourd’hui reproché aux islamistes radicaux qui ne se contentent pas de vivre de manière pacifique en marge de la société comme le font d’autres communautés dont l’existence passe inaperçue ; la République étant suffisamment généreuse pour abriter sous sa cape, telle la Madone de la miséricorde de Piero della Francesca, les réfractaires et les « marginaux » de tous bords qui sont légion et participent à leur manière à la vie collective. Marianne n’est-elle pas également parvenue à laïciser nombre des vertus chrétiennes après la séparation effective de l’Église catholique et de l’État français ? La vie est faite de ruptures, de compromis plus ou moins honorables et de réconciliations, mais il n’y aura pas, avec les islamistes, de retour des fils prodigues et de festin pour célébrer ces retrouvailles familiales.

La mosquée radicale de Pantin, qui avait critiqué sur Facebook le professeur assassiné à Conflans Sainte Honorine © CHRISTOPHE SAIDI/SIPA Numéro de reportage : 00986850_000004
La mosquée radicale de Pantin, qui avait critiqué sur Facebook le professeur assassiné à Conflans Sainte Honorine © CHRISTOPHE SAIDI/SIPA
Numéro de reportage : 00986850_000004

Mieux vaudrait donc ne pas attendre une Saint Barthelemy pour réaliser pleinement qu’on a affaire à un projet de conquête planétaire et que le « séparatisme », qui offusque notre vision républicaine du « vivre ensemble », est aux yeux de ces intégristes une nécessité quasi théologique – séparer le pur de l’impur – qui est elle-même le prélude à une réunification des sociétés occidentales sous l’égide de l’Islam qui mettra fin au « séparatisme » comme au terrorisme. Que des attentats soient perpétrés dans les pays occidentaux est en effet le signe que l’islamisation qui rendrait de tels actes superflus n’est pas encore achevée. C’est pourquoi l’expression « Islam politique » est à la fois compréhensible en raison de la volonté affichée des islamistes de conquérir le pouvoir, et erronée puisque l’Islam radical veut abolir la politique telle que la conçoivent les démocraties occidentales pour installer à sa place la loi de Dieu par une application stricte de la charia. Ce projet foncièrement théocratique n’a donc rien de « politique », même s’il se sert des institutions en place – du vote démocratique et de la protection de la République en particulier  – pour parvenir à ses fins. 

Le catéchisme républicain ne suffit plus

Toutes les mesures prises pour endiguer, contrer, rendre impossible le « séparatisme » islamique seront certes les bienvenues, mais aucune ne pourra contraindre ceux dont le projet politico-religieux est par nature impérialiste à respecter et à aimer la République. Notre aveuglément est là : dans le fait de considérer l’islamisme comme une errance, une déviance par rapport au véritable Islam – religion de paix comme le savent tous les peuples qui en ont subi le joug ! – et de faire éperdument confiance aux valeurs laïques et républicaines quant à la rééducation les déviants, des délinquants qui un jour nous remercieront de les avoir remis sur le droit chemin républicain. Certains d’entre eux sans aucun doute, mais les autres, l’immense majorité des autres qui, parmi les jeunes musulmans, placent depuis peu les lois coraniques au-dessus de celles de la République ? Comment peut-on encore faire crédit à ce catéchisme républicain inefficace, et bafoué par des actes de barbarie devenus quotidiens ?

La manière dont on parle communément de la « radicalisation » est d’ailleurs représentative de cette psychologie hygiéniste qui, s’exerçant pour la bonne cause, n’aurait bien sûr rien à voir avec certaines rééducations totalitaires de triste mémoire.  Il s’agirait simplement de soigner une maladie, curable dans la plupart des cas grâce à une bonne hygiène de vie républicaine qui s’accommode en la circonstance d’exercer son influence sur des esprits qu’elle juge par ailleurs faibles et influençables. Que dire d’autre, il est vrai, sinon que couper des têtes n’est effectivement pas un projet de vie « normal », mais que la santé mentale ne consiste pas non plus dans l’omission des différences irréductibles entre les groupes humains quant à la manière dont ils entendent vivre en commun. Or, notre obsession de l’entente cordiale à tout prix est si forte que nous ne voulons plus reconnaître l’incompatibilité de certains de ces projets, comme si les plus barbares d’entre eux n’étaient que la déviance pathologique de ceux que nous jugeons sains. Les sociétés postmodernes ne supportent l’altérité qu’après en avoir gommé les aspérités ! Les vertus réconciliatrices que nous prêtons à nos principes et institutions nous égarent, et font finalement le jeu de ceux qui ne cachent ni leur haine ni leur volonté de nous détruire ou de nous convertir. Arrêtons donc de tenir un langage de psychologues compréhensifs, d’éducateurs sociaux compatissants envers ceux qui se présentent ouvertement comme nos ennemis, et qui ne veulent à aucun prix changer de mode de vie.

La “mystique républicaine” chère à Péguy

Le glissement du projet de loi initial concernant le « séparatisme » vers l’adoption consensuelle des valeurs de la laïcité et de la République est donc à la fois réconfortant et  consternant. Réconfortant dans la mesure où il donne l’impression que la République « tient bon » face à ses ennemis, qu’elle défendra ses fondements et ses acquis en se dotant d’un arsenal juridique à la hauteur du fléau qu’elle entend combattre. À quoi bon une nouvelle loi sans cela ? Mais consternant car ce durcissement affiché révèle aussi la fragilité psychique du corps politique et social qui recourt à la loi parce qu’il désespère d’être respecté et aimé, et qu’il ne se remet pas d’avoir offert ce qu’il pensait posséder de meilleur – l’école de la République par exemple – et de ne recevoir en retour que des coups bas et des menaces de mort. Une odeur de trahison flotte dans l’air, que durent respirer les Troyens lorsqu’ils découvrirent dans leurs murs le cheval qui allait précipiter leur perte. On a donc raison de vouloir lutter contre le « séparatisme », mais à condition de surveiller aussi la solidité des murs de nos cités sans avoir à éprouver de honte pour ce geste lui aussi « séparateur ». 

Sylvain Tesson a donc parfaitement raison de rappeler que « la laïcité et la liberté d’expression, certes, cela vaut le coup, mais cela ne suffit pas. »[tooltips content= »Le Point du 10/11/2020. Propos recueillis par Sébastien Le Fol et Saïd Mahrane. »](1)[/tooltips] Mais qui peut dire aujourd’hui ce qui « suffirait », et en vue de quoi ? Si les démocraties occidentales sont à ce point en crise, c’est bien qu’elles ne réussissent plus à trouver en elles ce qui rendrait ce qu’elles incarnent audible et surtout « aimable » : quelque chose du même ordre sans doute que ce que Charles Péguy nommait « mystique républicaine »[tooltips content= »Dans Notre jeunesse en particulier : Mystique et politique, Paris, Robert Laffont (coll. « Bouquins »), 2015. »](2)[/tooltips], et dont il n’a jamais donné une définition précise hormis en l’opposant à la politique et en se disant prêt à mourir pour elle, ce qui n’est pas rien. Quelque chose qui ressemblerait de près ou de loin à ce que Tesson trouve encore dans ses voyages : une aventure à hauteur d’homme, sans décapitations ni prêchi-prêcha laïc et républicain. Mais on ne légifère pas en matière d’affects, et aucune loi ne pourra jamais susciter l’élan d’adhésion et d’amour qui dissuaderait certains d’entrer en guerre contre la République. 

Si la lutte contre le séparatisme se révèle être un moindre mal, ce serait un plus grand bien encore de prendre l’initiative d’une séparation qui mettrait un terme à la régression intellectuelle et culturelle qui nous est collectivement imposée. N’avons-nous pas mieux à faire que de consacrer tant de temps, d’énergie et d’argent pour tenter de préserver l’ordre républicain, et convaincre de la qualité de notre mode de vie ceux qui ont décidé de vivre différemment mais surtout pas ailleurs, là où les conditions de vie seraient pour eux plus précaires ? Il serait grand temps que les peuples européens, et tous ceux qui sont dans le monde victimes de la propagande islamique, retrouvent le fil de leur propre histoire et puissent vivre en paix avec ceux des musulmans qui souhaitent sincèrement s’y intégrer.

Mon Dumas

0
Alexandre Dumas (1802-1870). © MARY EVANS/SIPA Numéro de reportage : 51001729_000002

Le 5 décembre 1870, Alexandre Dumas mourait près de Dieppe — au moment même où l’armée française abandonnait Rouen aux Prussiens et se repliait savamment au Havre.
Les Trois mousquetaires est le premier roman un peu long que j’ai lu — vers 8 ans. Et que j’ai relu depuis au moins une fois par an.

L’attitude des universitaires envers Dumas a été globalement dégueulasse. Sous prétexte qu’il eut, pour certains de ses romans, quelques nègres qui lui préparaient la besogne, il est rejeté des études universitaires. On le prend en considération, à la rigueur, dans le cadre de thèses sur le roman feuilleton, ce sous-genre où s’illustrèrent quand même Balzac ou Zola. Serial writer, probablement.

Puis j’ai lu Vingt ans après, déjà bien plus sombre, que je n’ai vraiment compris que lorsque moi-même j’ai eu quarante ans (c’est l’âge de D’Artagnan dans cette suite) et que les amis autour de moi ont commencé à disparaître.

Puis Bragelonne.

« C’est très Vingt ans après ! » avait coutume de dire Proust pour expliquer la fuite du temps. « Pis encore ! renchérissait Lucien Daudet, c’est très Bragelonne ! »

J’ai fait une hypothèse sur la création des quatre mousquetaires : ils sont la réfraction, chacun dans son domaine, du père d’Alexandre, le général Dumas. D’Artagnan lui emprunte son habileté aux armes, Aramis sa force de séduction, Athos sa noblesse, et Porthos son physique de géant.

À lire aussi, du même auteur: Victor Hugo était un con

Ce qui explique l’anecdote suivante…

Dumas écrivait le plus souvent directement dans les locaux des journaux qui l’éditaient. Il arrivait après le spectacle, après le souper, vers minuit, saisissait les feuilles qu’avait noircies Auguste Maquet dans son travail préparatoire, et s’enfermait seul dans un bureau, pendant que les protes de l’imprimerie, au rez-de-chaussée, attendaient la copie. Seul, car il se déshabillait pour écrire — et comme plus tard Hemingway, il écrivait debout. Une nuit, Maquet, qui attendait à la porte pour porter d’urgence la copie aux imprimeurs (le feuilleton était imprimé sur la dernière page, solidaire de la première, pas de journal fini sans lui), ne voit rien sortir. Vers deux heures et demie, il hasarde trois coups, d’un index timide, sur la porte, et n’a pour réponse qu’un grognement d’ours mal léché. Une heure plus tard enfin, Dumas paraît — en chemise, une épaisse liasse à la main, ses beaux yeux bleus pleins de larmes.

« Mais Alexandre… Mais que se passe-t-il ? »

Et Dumas, en lui tendant sa copie du jour, lui répond : « J’ai dû faire mourir Porthos. » (chapitre CCLVI). Une amie proche, quelque peu journaliste, m’a confié que comme moi, elle ne peut lire ce passage — ni, plus loin, la mort d’Athos — sans avoir les larmes aux yeux.

J’ai une théorie personnelle sur ce qui fait écrire…

>>> Lisez la fin de cet article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Hold-up: le sens d’une absurdité

0
Pierre Barnerias, realisateur du film "HOLD UP" © AUDEBERT DIDIER/SIPA Numéro de reportage : 00991347_000001

C’est entendu, ce documentaire est un tissu d’âneries conspirationnistes. Toutefois, on a le droit de regretter qu’il soit désormais censuré par les grandes plates-formes. Et le devoir de s’interroger sur les raisons de son succès. 


Le 25 octobre, un ancien secrétaire général du gouvernorat de la Cité du Vatican et nonce apostolique à Washington, le cardinal Carlo Maria Viganò, a écrit à Donald Trump pour l’avertir de l’existence d’un complot mondial : la « Grande Réinitialisation », ou « Great Reset » en anglais, viserait l’asservissement de la plupart des habitants de la terre à une élite incarnant les forces du Mal. La présentation de cette lettre constitue la dernière séquence du film documentaire, Hold-up : retour sur un chaos qui, sous prétexte d’aborder les défaillances dans la gestion de la crise pandémique, livre le récit d’une conspiration sinistre. La lettre de Son Éminence, aujourd’hui âgé de 79 ans et visiblement obsédé par l’imminence d’une apocalypse biblique, est affichée à l’écran tandis que, sur un fond sonore dramatique, des extraits sont lus par une voix off soulignant la fiabilité du jugement cardinalesque et suggérant qu’il est urgent de faire quelque chose, sans préciser quoi. C’est ainsi que le film exploite des critiques sans doute légitimes de nos institutions gouvernementales et scientifiques pour étayer la thèse selon laquelle le confinement et le Covid lui-même font partie d’un grand projet du Forum économique mondial pour exterminer une partie de la population de la terre, jugée inutile, et réduire le reste en esclavage. Cette théorie circulait déjà depuis un certain temps sur les réseaux sociaux où elle avait tendance à fusionner avec la thèse du célèbre QAnon, selon laquelle Donald Trump mènerait une guerre clandestine contre un réseau global de pédophiles sataniques. C’est d’ailleurs le 30 octobre, quand le « Q » qui serait à l’origine de cette théorie a relayé la lettre du cardinal à ses propres disciples, que la Toile s’est enflammée, faisant de Son Éminence le saint patron des internautes paranoïaques. Nous pouvons rendre grâce à Hold-up pour une chose : cette rencontre entre scepticisme légitime et délire conspirationniste constitue désormais un cas d’école en trois leçons.

La nostalgie de l’autorité

Le succès – véritable succès de scandale – du film, sorti le 11 novembre, a été impressionnant. En à peine quelques heures, Hold-up cumulait un nombre record de vues sur les plates-formes de streaming, affichant une exposition potentielle de plus de 8 millions de personnes. L’engouement pour ce type de récit, qui fait contrepoids au discours officiel, est tout à fait typique de cette démocratisation de la parole sur internet, qui permet au quidam de s’ériger en expert et de répandre ses propres opinions au nez et à la barbe des médias conventionnels, des spécialistes scientifiques et des représentants de l’État.

Le complotisme est une forme exacerbée de ces fake news dont la circulation inquiète depuis au moins cinq ans. De manière prévisible, des équipes de « Fact Checkers » se sont ruées sur Hold-up pour colmater les brèches dans l’objectivité de l’infosphère, celle de Libération épinglant les « dix contre-vérités » du film. Et tant mieux. Mais protéger l’intégrité de la « vérité » à notre époque est hasardeux. Dans une fine analyse, Stéphane Fouks souligne les risques, en temps de pandémie, d’une communication archaïque, « verticale, martiale et viriliste », qui essaie de dompter le chaos en surjouant l’autoritarisme étatique[tooltips content= »Stéphane Fouks, La Pandémie médiatique, Plon, 2020. »](1)[/tooltips]. Aujourd’hui, mater l’anarchie informationnelle, c’est alimenter l’esprit de révolte.

@ D.R.
@ D.R.

Censure : de l’huile sur le feu

Difficile désormais de visionner Hold-up qui a été retiré des plates-formes de streaming comme Vimeo ou des sites d’hébergement de vidéos tels que YouTube. Les dénonciations du faux documentaire qui ont fleuri de toutes parts ont conduit à sa suppression. Les dirigeants des médias sociaux ont de nouveau assumé leur rôle de tribunal moral de grande instance. Pourtant, répondre au complotisme par la censure promet à ce dernier de beaux jours. Car une des caractéristiques de la mentalité conspirationniste est une forme de raisonnement circulaire où l’absence de preuves constitue une preuve et le bannissement d’une idée absurde démontre sa crédibilité. Pour les complotistes, le monde est divisé entre les « éveillés », ceux qui ont tout compris, et les autres, les naïfs, les victimes prédestinées. Dans le jargon actuel, ceux qui refusent de croire sont des « sheeple », un mélange de « gens » (people) et « moutons » (sheep). Paradoxalement, les éveillés sont eux aussi des victimes, car l’élite derrière le complot tente justement de les faire taire. Supprimer leurs idées n’est donc qu’une preuve supplémentaire de la réalité du complot. À l’heure où l’on souligne l’importance de la liberté d’expression pour la démocratie, il faut rappeler que cette liberté permet non seulement aux bonnes idées de convaincre, mais aussi aux mauvaises de se couvrir de ridicule.

Voyage aller-retour en Absurdie

Le complotisme représente un point d’intersection entre la psychologie et la politique. Si nous l’associons à la paranoïa, c’est que celle-ci correspond à une insuffisance dans notre capacité à interpréter le monde. Le cerveau humain déteste l’ambiguïté. Il préfère des certitudes, même simplistes, même sinistres[tooltips content= »Daniel Freeman, Jason freeman, Paranoia: the 21st Century Fear, Oxford University Press, 2008. »](2)[/tooltips]. Le complotiste peut accepter la coexistence de plusieurs conspirations contradictoires. Hold-up nous apprend que la pandémie est une illusion, créée pour nous priver de nos libertés, et en même temps une véritable arme biologique inventée pour nous tuer. La simplicité des explications prime sur leur cohérence. Le complotisme fait rage quand la complexité du monde devient inquiétante, quand il y a en quelque sorte une panne générale de sens. Le sociologue Christian Morel parle de situations où les décisions absurdes prolifèrent à cause d’une « perte de sens ». Incapables de formuler des objectifs clairs et convaincants, les hommes se réfugient dans l’action pour l’action ; ils font « de la technique » et non « de la politique[tooltips content= »Les Décisions absurdes, Gallimard, 2002. »](3)[/tooltips] ». Cette aporie semble bien caractériser au moins une partie du comportement de nos gouvernements occidentaux. L’État fera reculer l’absurdité simpliste du complotisme non en censurant celui-ci, mais en démontrant par sa propre action que personne n’en a vraiment besoin.

Petite philosophie du selfie

0
Andy Falconer / Unsplash.

Du doute méthodique de Descartes à l’incertitude existentielle du moderne


« Quand les protestants et les libres-penseurs s’insurgent contre la confession auriculaire, ils ignorent qu’ils n’en rejettent point l’idée, mais seulement la forme extérieure. Ils refusent de se confesser au prêtre tout en se confessant à eux-mêmes, à leurs amis, à la foule » (Oswald Spengler, Le déclin de l’Occident, 1918)

On ne me contestera pas, j’espère, l’actualité de cette observation : les confessions planétaires croissent et se multiplient, à mesure que, symétriquement, l’auriculaire dépérit. Les rentrées « littéraires » sont colonisées de manière grandissante par les récits autofictionnels ; quant aux réseaux sociaux, hauts lieux du naturisme numérique, leur vitalité est tout bonnement exubérante. A l’autre extrémité du spectre, en revanche, les confessionnaux sont vides. 

A grands coups de stories, par liasses de confessions intimes, on livre à la planète entière ce qu’on ne consentirait pour rien au monde à confier à la seule oreille du prêtre de sa paroisse. Étonnant paradoxe donc, a priori, que cette passion moderne de l’épanchement, combinant déchaînement délicieux sur le net, et dégoût instinctif du confessionnal catholique, faisant office d’absolu repoussoir. Comment comprendre, décidément, cette apparente schizophrénie de l’exhibitionnisme 2.0 ?

L’insoutenable réserve ecclésiastique

La faute inamendable du prêtre, c’est qu’il n’applaudit pas. Comment l’époque le lui pardonnerait-elle ? Elle ne pratique pas la rémission des péchés. Car n’applaudir point, c’est à l’évidence lui manquer ; non véniellement, mais mortellement. Troubler de sa voix le chœur unanime des louangeurs modernes, c’est-à-dire introduire fielleusement une note discordante dans l’hymne joué inlassablement en l’honneur de toutes les fiertés de la Terre, est-il seulement un crime plus grave ?

On interprète généralement cette photomanie, et ses avatars selfiesques tout particulièrement, sous l’angle du narcissisme, c’est-à-dire d’un amour excessif porté à soi-même ; je voudrais précisément vous proposer une explication absolument inverse

Dans une modernité ne tolérant plus rien qu’elle-même à ses côtés (Philippe Muray) – ainsi qu’en témoigne le plaisir pris à convoquer le passé devant ses tribunaux, et à en instruire inlassablement le procès -, toute réprobation manifestée à son égard devient insoutenable par la contradiction qu’elle apporte. L’époque, et l’exhibitionniste numérique avec elle, ne veulent plus entendre, autour d’eux, qu’un concert d’assentiments donnés unanimement et sans réserves ; tout le reste, qui ne roule pas avec eux, est voué aux gémonies, dans l’attente impatiente de leur liquidation à venir.

Ô clergé catholique, ô survivance insupportable ! Tes confessionnaux sont vides ? C’est que ta voix dépare ! Que ne t’es-tu converti aux nouvelles Évangiles de l’esprit du temps ? Que n’as-tu accordé ton chant à la grande chorale des thuriféraires de la modernité ? Tout, dans la réserve que tu lui manifestes, te condamne évidemment ; car les zélotes contemporains sont priés d’être ardents. Ô Eglise de Rome, ô anachronisme invraisemblable ! Que n’apprends-tu à liker les confidences que l’on te fait ? Que t’acharnes-tu à soupeser la part de péchés qu’elles comportent ? Que n’ouvres-tu tes isoloirs à tous les vents, et ne lèves-tu ton pouce à tous les récits ? Ô prêtre, l’esprit critique dans lequel tu t’enfermes est un autre réduit tout aussi promis à disparaître que ces loges de bois dans lesquelles tu continues encore de recevoir les confessions

Mais d’où nous vient cet impérieux besoin de l’acquiescement d’autrui ? Et surtout, pourquoi sa nécessité intérieure ne cesse-t-elle de se renforcer dans une époque n’ayant pourtant de cesse de proclamer combien il importe d’en faire fi, pour s’accepter et s’affirmer dans la vérité pure de son être authentique ? 

Le doute affirmatif de Descartes

Dans son Discours de la méthode, Descartes écrivait : « enfin, considérant que toutes les mêmes pensées que nous avons étant éveillés nous peuvent aussi venir quand nous dormons, sans qu’il y en ait aucune pour lors qui soit vraie, je me résolus de feindre que toutes les choses qui m’étaient jamais entrées en l’esprit n’étaient non plus vraies que les illusions de mes songes. Mais aussitôt après je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi qui le pensais fusse quelque chose ; et remarquant que cette vérité : Je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n’étaient pas capables de l’ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchais. »

Nous n’en sommes plus là. Le doute de Descartes continue de nous parler ; mais les affirmations, ou les réaffirmations, auxquelles il le conduit, nous deviennent inaudibles. De son exercice, nous ne ressortons pas plein d’une assurance nouvelle ; mais saisis, au contraire, dans un état d’incertitude spectral et glacé.

Requiem pour un cogito

Pour le physicien et mathématicien français, l’exercice méthodique du doute commençait certes par mettre à nu et par saper jusqu’aux radiers des édifices philosophiques et spirituels, mais il ne se terminait jamais, pour ceux qu’il conservait, sans leur avoir redonné des assises plus épaisses et mieux fondées que celles sur lesquelles ils s’appuyaient précédemment. Les anciennes vérités qui survivaient à son examen devaient précisément en ressortir plus fermes et assurées qu’elles ne l’avaient abordé, telles des lames d’acier retrempées par leur immersion brutale dans les eaux glacées de leur possible évanescence. Par sa pratique, Descartes inventait un baptême dans l’ordre de l’esprit, un plongeon dans le nouveau Jourdain du Doute, ayant les mêmes vertus lustrales, et la même dynamique de mort puis de renaissance à une vie nouvelle et éternelle.

Telle n’est plus l’expérience que nous en faisons. En nous, un doute cosmique et ontologique continue certes de travailler, mais il ne débouche plus sur rien, il n’accouche plus d’aucune affirmation. Descartes, doutant de tout, y compris de sa propre existence, ressortait du bain gelé dans lequel il s’était lui-même immergé avec l’assurance ferme du cogito, ergo sum. Mais sur nous, cette certitude n’agit plus : l’homme du 21ème siècle peine de plus en plus à se convaincre de sa réalité ontologique. Suis-je ? se demande-t-il anxieusement ; et aucune réponse décisive ne lui vient. 

Les documentalistes de nos propres existences

La vie moderne tend à faire de nous les photos-reporters de nos propres vies. Grâce à nos téléphones portables – toujours à portée de main, sinon perpétuellement dégainés -, chacun peut en effet devenir, à défaut de héros, le cameraman de sa propre existence. C’est ainsi qu’on voit fleurir, dans la rue comme sur les réseaux, ces sortes de bourgeons terminaux de l’humanité que sont ces individus attachés à photographier, archiver et rapporter le moindre de leurs faits et gestes. 

Qui donc exige d’eux ce compte-rendu de leurs journées, détaillé jusqu’à l’absurde ? suis-je systématiquement amené à me demander. Auprès de quelle administration terriblement pointilleuse leur faut-il se justifier, minute par minute, voire seconde par seconde, du juste emploi de leur temps libre ? Prévoient-ils de présenter leurs clichés à St-Pierre, au cas où leur situation serait litigieuse – y a-t-il seulement, d’ailleurs, une cour d’appel au Purgatoire ? – Oui, décidément, pauvres serveurs informatiques, reconvertis en décharges numériques pour derniers hommes, contraints d’héberger la documentation pléthorique de leurs ultimes clignements d’yeux.

La numérisation de l’Être, dernière station avant sa disparition complète

On interprète généralement cette photomanie, et ses avatars selfiesques tout particulièrement, sous l’angle du narcissisme, c’est-à-dire d’un amour excessif porté à soi-même ; je voudrais précisément vous proposer une explication absolument inverse. Le frénétique du cliché n’est pas un infatué du Moi, c’est un anémié de l’Être ; il n’est pas obnubilé par la contemplation de son visage dans le miroir aqueux, il sent confusément la fragilité du reflet que lui renvoie sa glace. 

S’il mitraille tout ce qui bouge, et son visage au premier plan, c’est qu’il s’escrime désespérément à combattre le dépérissement de sa réalité par son archivage sous forme de mégapixels ; de ses images, il attend véritablement qu’elles le substantifient. Tel est l’état, pathétique certes, auquel il est réduit : sa propre existence lui fait l’effet d’un songe. Il se sent s’effilocher tel un nuage, se délitant par poignées cotonneuses. S’il photographie heure par heure sa journée, ce n’est donc pas par narcissisme, c’est pour apaiser une angoisse qui le ronge : la nuit venue, toutes ces activités, il ne sera plus bien sûr de ne les avoir pas rêvées. Pour le dire autrement, les images qu’il produit à la chaîne sont les preuves qu’il accumule en vue d’un procès en irréalité qu’il redoute qu’on lui intente, parce qu’à vrai dire, il ne se sent pas très sûr de le gagner. 

Ô, poussière d’homme, c’est en vain que tu t’essaies à remplumer ta carcasse existentielle avec la viande sans consistance de tes clichés ! Tu es pareil à ces temples de l’antique cité de Palmyre, qui ne subsistent plus que sous forme hologrammique. Eux aussi, il a fallu s’empresser de les imager en 3 dimensions ; car la numérisation de l’Être est la dernière station qui précède sa disparition complète. Tu vas bientôt t’évanouir, sans qu’une onde même ne vienne rider les eaux étales du monde ; tes photos sont l’infime remous par lesquelles tu espères signaler que tu fus un jour. Ô photo-reporter de ta propre vie, cela ne suffira pourtant pas…

L’ère du post-cogito : je poste, donc je suis. Mendicité ontologique et déficit d’Être

Tel est le post-cartésianisme moderne : un renversement des valeurs ; plus précisément, un bouleversement de la hiérarchie du certain. Le philosophe français, regardant par la fenêtre, pouvait se demander si les silhouettes qu’il voyait évoluer dans la rue n’étaient pas que des capes et des chapeaux juchés sur des ressorts ; son existence propre était attestée par l’interrogation même qui lui venait à l’esprit. Avec l’entrée dans le post-cogito, la configuration s’inverse douloureusement : la consistance d’autrui devient le fait établi ; la nôtre le point douteux. Nos ancêtres du 17ème siècle pouvaient exiger d’un tiers la preuve de sa réalité ; nous en sommes réduits à lui quémander quelque indice de la nôtre.  

Car oui, ne nous méprenons pas, notre pratique des réseaux sociaux est une mendicité ontologique ; on y part en quête des piécettes d’Être que nos semblables veulent bien nous jeter. Mais de ces richesses-ci, personne n’est opulent : la désertification spirituelle est un changement climatique qui n’a pas attendu 2050, et la famine des âmes qui en résulte ne méconnaît aucune bourse. La lutte pour l’existence ne se déroule plus désormais qu’entre miséreux ; aussi cette mendicité ne pourra-t-elle pas trouver à s’exercer encore bien longtemps. Déjà, l’on sent se profiler le cannibalisme ontologique qui lui succédera, bataille de spectres pour se dérober un peu d’Être, conflit entre statues incomplètes ne cessant de se chiper les unes les autres les membres qui leur manquent. Ici, je songe à la phrase de de Gaulle, commentant le conflit armé de 63 entre le Maroc et l’Algérie : « il fallait bien qu’ils essaient de se chaparder un peu de sable »…

Ô ombres d’hommes, réduits à la lutte pour votre parcelle de Sahara ! Ô fantômes déliquescents, ectoplasmes tremblants ! Une brise un peu forte disperserait votre éther. Où sont donc passés les êtres qui tenaient par grand vent, et dont l’échine ne gîtait pas sous l’assaut furieux des bourrasques de l’Histoire ? Ô djinns émaciés, génies évanescents ! Qu’avez-vous fait de la flamme originelle dont vous fûtes jadis tirés ? Contemplez-vous donc, bûchers pour cheminées électriques, brasiers brûlant sans réchauffer ! Vous n’êtes plus que des cendres pâles, jetées sur du papier glacé…

Le désarroi de l’individu nu

Par ce qui s’apparente à une nécessité psychique, l’immortalisation des existences progresse ainsi à mesure que la vie se retire. En ce sens, le selfie stick est moins une perche qu’il n’est une canne ; son addition n’élève pas au Surhomme, elle pallie une ontologie vacillante. Cessons donc de voir dans l’égoportrait le triomphe de l’individu tout-puisssant ; sous ces apparences de narcissisme, c’est le désarroi de l’individu nu qu’il faut apprendre à lire…

Transition énergétique: rouvrir Fessenheim avant qu’il ne soit trop tard!

0
Salle de commandes du réacteur numéro 1 de Fessenheim / Image d'archive © M.ASTAR/SIPA Numéro de reportage: 00741701_000005

«Moi, j’ai besoin du nucléaire», affirme le Président de la République lors de son interview à Brut vendredi dernier. Chiche, lui répondons-nous ! Une tribune libre de Laurence Trochu, Présidente du Mouvement Conservateur Sens Commun, Conseillère départementale des Yvelines.


Dans un contexte d’urgence climatique et de profonde crise économique, nous demandons que le gouvernement revienne sur la décision de fermeture de la centrale de Fessenheim, par l’arrêt immédiat du démantèlement et le redémarrage au plus tôt de ses deux réacteurs.

En effet, la mise à l’arrêt des réacteurs de la centrale a seulement conduit à interrompre sa production électronucléaire. L’arrêt définitif n’est pas encore effectif mais le sera dans plusieurs mois, lorsque les opérations menées actuellement auront conduit à rendre cet arrêt physiquement irréversible, probablement lors de la seconde moitié de l’année 2021. C’est pour des raisons purement électoralistes, remontant à 2012, et aucunement scientifiques, que les deux réacteurs de Fessenheim ont été mis à l’arrêt en février puis juin 2020, malgré d’importants travaux de modernisation permettant à la centrale d’atteindre un niveau de sûreté supérieur à la moyenne nationale, selon l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN). Il est donc encore temps de mettre fin à l’obscurantisme vert auquel se sont enchaînés François Hollande puis Emmanuel Macron pour récupérer les voix des écologistes.

Sécurisons notre approvisionnement électrique

La France, jusqu’à présent très faible émettrice de CO² d’origine électrique, a dû rallumer dès le mois de septembre ses quatre dernières centrales à charbon pour assurer notre approvisionnement d’électricité en l’absence de vent et de soleil lors des pics de consommation. Près de deux tiers de la puissance totale de ces centrales à charbon, fortes émettrices de CO², correspondent à la puissance des deux réacteurs nucléaires de la centrale de Fessenheim ! Avec la fermeture des quatre centrales thermiques programmée en 2022, la France aura perdu 5 GW de puissance pilotable, augmentant par la même occasion le risque de microcoupures, voire de blackout, comme nous nous apprêtons à le vivre cet hiver.

A lire aussi: La Commission européenne préparerait le démantèlement d’EDF

Réduisons instantanément nos émissions de carbone

En mai 2019, l’AIEA (Agence Internationale pour l’Énergie Atomique) publiait un rapport qui « recommande des actions gouvernementales dans le but de maintenir la production des centrales nucléaires existantes tant que la sûreté peut être démontrée, de soutenir la construction de nouvelles centrales nucléaires et d’encourager le développement de nouvelles technologies nucléaires » pour parvenir à atteindre les objectifs ambitieux de l’Accord de Paris, ou au moins à s’en approcher. N’oublions pas que dans sa décision du 19 novembre 2020, dit « Grande Synthe », le Conseil d’État a donné trois mois au gouvernement pour prouver qu’il tiendra son engagement de limiter les gaz à effet de serre de 40% d’ici à 2030. Comment compte-t-il s’y prendre lorsque la fermeture de deux réacteurs nucléaires, pilotables et bas carbone, entraine le redémarrage de centrales à charbon fortement émettrices de CO² (820 CO²/kWh contre 12 g CO²/kWh pour les centrales nucléaires françaises) ? Pourquoi s’entête-t-il à vouloir réduire à 50% le parc nucléaire alors qu’il faudrait pour cela ouvrir 20 centrales à gaz, contraires à nos objectifs climatiques ?

Évitons les dépenses inutiles

Du fait du préjudice résultant de la fermeture anticipée de la centrale, dont la construction est pourtant amortie, l’État doit verser à EDF des indemnités dont la part fixe s’élève à 370 millions d’euros, à laquelle s’ajoute une part variable calculée selon les bénéfices manqués par l’entreprise jusqu’en 2041, fin de vie théorique de la centrale. Cette somme, issue directement de la poche du contribuable, ne pourrait-elle pas être utilement investie ailleurs ?

La France n’a pas les moyens de payer de nouvelles indemnités lors de la fermeture anticipée d’autres tranches nucléaires, sources stables et bas carbone.

Préparons l’avenir

Le Mouvement Conservateur Sens Commun demande à Emmanuel Macron qu’il soit à la hauteur de la responsabilité de la France, pays qui lui a été confié pour nous conduire vers des améliorations. Un entêtement à détruire ce qui a fait ses preuves serait l’œuvre d’un progressisme idéologique bien éloigné du progrès qu’il prétend incarner.

De même, pour anticiper le nécessaire renouvellement de nos actuelles centrales et passer le cap des 40 ans d’ici 2040, la Société française de l’énergie nucléaire enjoint à construire de nouveaux réacteurs. Il est donc grand temps d’investir à nouveau dans la recherche sur la technologie du neutron rapide. Super Phénix a été scandaleusement fermée en 1997 et le projet Astrid stoppé net en 2019 alors que 738 millions d’euros avaient déjà été déployés. Pendant ce temps, Russes et Chinois continuent leurs essais sur cette technique permettant de réutiliser les matières radioactives issues de la production du parc nucléaire actuel pour résoudre le problème du stockage des déchets nucléaires.

En faisant preuve de discernement paré de pragmatisme, on pourrait enfin éviter à la France de s’enfoncer davantage encore dans l’impasse stratégique, écologique et financière qui l’affaiblit et ruine les Français.

Macron: les mimiques de Sarkozy, le discours de Taubira

0
Rémy Buisine, journaliste au média en ligne Brut, et Emmanuel Macron. © Captures d'écran du compte Youtube de Brut

Sur le média en ligne Brut, Emmanuel Macron est tombé dans la plus vile démagogie. Ses propos viennent légitimer les discours racialistes qui rebutent la majorité des électeurs de droite. 


Emmanuel Macron a le don d’ubiquité. Il est ici, à droite pour les naïfs, et là, à gauche pour les « jeunes » qu’il a entrepris de séduire en accordant un long entretien à Brut et son journaliste Rémy Buisine, autodidacte n’ayant pas eu son baccalauréat et ancien gagnant de l’émission de téléréalité The Social Rush sur Direct Star. Le président de la République aura donc passé deux heures à jouer au « bon flic », cédant sur à peu près tous les sujets régaliens et identitaires que les internautes lui ont soumis.

Les policiers ne sont pas tous des Brut

Sur le média Brut, que son créateur Renaud Le Van Kim définit comme une entreprise cherchant à « attirer une génération nouvelle de consommateur d’infos », Emmanuel Macron a viré la barre à gauche toute, s’aventurant sur des terres progressistes nourries à la victimisation larmoyante qu’il désertait pourtant depuis quelques semaines. « Il y a une défiance entre la population et la police dans les quartiers difficiles. Quand on a une couleur de peau qui n’est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé car on est identifié comme étant un facteur de risque », a ainsi dit le président. A-t-il été poussé à adopter cette position étonnante par Christophe Castaner – son grand ami qui s’était mis à genoux devant la famille Traoré et l’émotion suscitée par la mort de George Floyd aux Etats-Unis – ? L’un et l’autre ont en tout cas réussi à se mettre à dos les syndicats de policiers, après avoir toutefois tenté de les flatter.

A lire aussi, Philippe Bilger: Pendant que Macron parle aux jeunes, la crise de l’autorité s’accentue

Emmanuel Macron a accrédité l’idée voulant que les Français soient « contrôlés au faciès ». De fait, les passants sont contrôlés en fonction d’indices de leur potentiel criminel. Un père de famille chargé de sacs de courses avec un enfant aura moins de chance d’être contrôlé qu’un adolescent au volant d’une berline allemande, un homme ivre, des personnes cagoulées à proximité d’une émeute ou une bande de jeunes sentant le cannabis à trois kilomètres à la ronde. Mais passons, nous pourrons vite en finir avec ces « injustices » une fois créée la plate-forme internet gérée par l’État, le Défenseur des Droits et les associations comme la Licra pour dénoncer les discriminations… De quoi pousser les policiers à enfin lancer une grève du zèle, consistant à ne plus contrôler personne et surtout pas les personnes susceptibles de commettre des crimes ou des actes de délinquance. L’appel a été lancé par les principaux syndicats de la police, légitimement outrés par la parole présidentielle.

Macron cajole une certaine jeunesse

On pouvait croire qu’Emmanuel Macron s’en tiendrait à l’actualité la plus brûlante ou botterait en touche pour éluder les questions les plus absurdes des internautes de Brut, censément représentatifs de la jeunesse. Que nenni. Ses propos sur les contrôles policiers n’étaient malheureusement que le prélude d’une longue descente aux enfers indigéno-diversitaires. Tombant dans le piège de l’idée voulant que la France soit frappée par un « racisme systémique », Emmanuel Macron a confondu sciemment la jeunesse de France avec les « noirs et les arabes » qu’il a nommément désignés sous ces vocables. Une génération qu’il ne voit pas « déboussolée mais en quête de sens »… Une quête de sens à laquelle Emmanuel Macron répondra en débaptisant des rues et en déboulonnant des statues … tout en se défendant d’adhérer à la « cancel culture » (il n’y a manifestement rien compris).

Le président appelle ainsi à identifier « 300 à 500 noms de personnalités noires et arabes pour les honorer dans l’espace public ». Quid de la communauté des gens du voyage (diverse et multiple en soi) ? Des asiatiques ? Des Français d’origine portugaise ? Espagnole ? Italienne ? Polonaise ? Ils ne crient pas assez ? Ne font pas assez d’attentats ? Ne rappent pas suffisamment fort dans le poste ? Certains d’entre eux ont tapé dans le ballon assez correctement avant Zidane et M’Bappé, à l’image de Kopa, Fernandez et Platini. Sorte de synthèse mal née du pire de Nicolas Sarkozy et de Christiane Taubira, Emmanuel Macron s’est prêté à un jeu dangereux à l’heure du terrorisme, de l’hyper-délinquance et des émeutes. Un jeu dont il n’est pas ressorti grandi. Un exemple : interrogé sur l’affaire Mila, Emmanuel Macron a commencé sa réponse en citant la très ancienne affaire Mennel, jeune femme aujourd’hui conspuée depuis qu’elle a décidé de ne plus porter le voile !

En allant chez Brut, Macron abaisse la fonction présidentielle

Mûr pour les vidéos tik-tok, les lives sur Twitch et peut-être même les sextapes sur Onlyfans ?

En abaissant la fonction présidentielle à un exercice aussi cynique, qu’il n’a pas su maîtriser, ne comprenant semble-t-il rien à son propre pays, Emmanuel Macron a douché les espoirs des quelques optimistes de droite qui pensaient avoir trouvé en lui un homme qui, s’il n’était pas de leur famille, semblait au moins gagné par la raison la plus élémentaire. Durant ces deux longues heures, Emmanuel Macron a parlé de précarité menstruelle (au sens de menstrues), des banlieues qu’il faut encore arroser d’argent alors que ça ne sert à rien, des méchants policiers et des gentils immigrés.

A lire aussi, Yves Mamou: Contrôle au faciès: la légende noire de la police française

Rien sur l’emploi, la ruralité, les villes moyennes, le spectacle vivant, la sécurité ou les traditions. Rien de rien. Des commentateurs ont prétendu qu’il n’a pas pu le faire, se contentant de répondre aux questions qui lui étaient posées. C’est faux. Il aurait pu dévier, détourner ses interlocuteurs. Il n’en avait tout simplement pas envie.

Un moment fut même glaçant, terrible. Appelé à définir ce qu’était « être Français » ; Emmanuel Macron a répondu que cela revenait à « participer à un projet de société », ajoutant qu’il fallait adhérer aux valeurs de notre « pays monde nourri des cultures de tous les continents ».

Reconfinement: on a préféré la punition collective à la frappe chirurgicale

0
Emmanuel Macron en visite dans un Ehpad de Bracieux (Loir-et-Cher), 22 septembre 2020. © Yoan VALAT / POOL / AFP

Au nom de l’égalité, le gouvernement impose une réponse sanitaire pour tous : le confinement. Cette mesure désastreuse pour la société et l’économie s’avère aussi contre-productive car elle étale la crise dans la durée. Pourtant, une autre approche, plus efficace médicalement et moins coûteuse pour l’économie, est possible : cibler et protéger les plus fragiles. 


Depuis bientôt un an, le monde vit au rythme de l’épidémie de Covid-19. En mars, quand cette maladie nouvelle s’est répandue en France comme une traînée de poudre, il n’y a pas eu d’autre solution que d’imposer dans l’urgence un confinement généralisé. Devant l’impréparation générale et la pénurie de moyens (équipements de protection individuels, matériel de réanimation, personnel soignant, etc.), c’était la seule solution. Il fallait ralentir la propagation de la maladie, éviter l’effondrement des hôpitaux, permettre de s’organiser… ce que le premier confinement a permis, il faut en convenir.

Un pays sous cloche

Dix mois après l’émergence de la maladie, les conditions ne sont plus les mêmes. Sur le plan scientifique, on a beaucoup appris sur le Covid-19, ses modes de contamination, ses victimes privilégiées, son traitement, les façons de s’en protéger. On a développé des tests, PCR et maintenant tests antigéniques rapides. On a eu du temps pour réorganiser le système de santé qui avait été débordé pendant la première vague. Et pourtant, dans notre pays, on a l’impression d’avoir fait du surplace. Et le verdict est tombé : reconfinement !

Le confinement généralisé est un désastre. Ses conséquences économiques et sociales sont tellement évidentes qu’il n’est point besoin de les souligner à nouveau. Mais surtout, ces dommages collatéraux sont imposés en pure perte. En vérité, le confinement généralisé s’avère très peu efficace pour sauver des vies. Il permet juste de parer au plus pressé, de gagner du temps en attendant des mesures plus énergiques – dépister, soigner les malades et isoler les contagieux. C’est que le confinement ne vise nullement à en finir avec l’épidémie. Il transforme simplement une épidémie brutale, mais brève en une situation qui traîne et s’éternise. On passe d’un problème aigu à une situation chronique. En mettant le pays sous cloche, on diminue la circulation du virus et on soulage certes temporairement les structures de santé ; mais, bloquant l’évolution vers l’immunité collective, on ne peut empêcher que l’épidémie reparte dès que les mesures restrictives sont allégées ; d’où la nécessité de « reconfiner » régulièrement, au gré de la reprise épidémique. Pis encore : en ralentissant l’évolution vers l’immunité collective, le confinement pourrait pérenniser la maladie. Un scénario cauchemardesque pourrait même se profiler du fait de l’étalement dans le temps de l’épidémie : le virus circulerait encore au-delà de la durée de l’immunité obtenue chez les premiers infectés. Ces personnes seraient alors susceptibles de se recontaminer, et ce avant même que soit atteint dans la population générale le seuil protecteur qui arrête la circulation du virus (autour de 50 % de personnes immunisées) ! Seul un vaccin serait à même de rompre ce cercle vicieux. Dans l’intervalle, l’effondrement économique aurait de toute façon eu raison du système de santé, rendant impossible son financement et contraignant à diminuer les soins pour tous les malades, même ceux qui ne sont pas atteints du Covid. Avec le confinement, la catastrophe économique et sociale se double donc d’une catastrophe sanitaire, à court, moyen et long terme.

Les meilleurs experts plaident pour un confinement ciblé 

Fondés sur une sérieuse analyse scientifique, ces arguments ont été développés par les meilleurs experts. Ils sont à l’origine de la « déclaration de Great Barrington », initiée par Kuldorff, Gulpa et Bhattacharya, professeurs d’épidémiologie qui exercent respectivement à Harvard, Oxford et Stanford. Le grand public en trouvera une présentation détaillée dans l’excellent « Tract » de Jean-Loup Bonnamy et Renaud Girard, Quand la psychose fait dérailler le monde (Gallimard, 2020).

À lire aussi, Renaud Girard et Jean-Loup Bonnamy : “Si le confinement était un essai médicamenteux, on l’arrêterait tout de suite à cause des effets secondaires terribles”

Ces spécialistes plaident pour un confinement ciblé, appelé « protection focalisée » dans la déclaration de Great Barrington. Il s’agit de séparer la population en deux groupes, en fonction de critères mesurant le risque de développer une maladie grave. Le groupe « à haut risque », constitué par les personnes âgées et/ou présentant des comorbidités (insuffisance respiratoire, maladie évolutive, obésité, etc.), doit être protégé de la contamination par un confinement strict. Le groupe « à faible risque » (personnes jeunes et bien-portantes) doit reprendre une vie normale, notamment sur le plan professionnel, sans limitation des interactions sociales. L’objectif est de faire progresser l’immunité collective dans le groupe à faible risque, ce qui permet d’espérer un arrêt de l’épidémie, tout en protégeant le groupe à haut risque qui doit rester indemne de la maladie. Une fois l’immunité collective installée dans le groupe à faible risque, le virus ne circule plus, et les personnes à haut risque peuvent reprendre une vie sociale normale. En attendant cette libération, les jeunes/bien-portants, potentiellement contaminants pour leurs proches, doivent conditionner leur fréquentation des personnes âgées/fragiles à la réalisation de tests (tests PCR ou tests antigéniques rapides), respecter strictement les gestes barrières, le port du masque et la distanciation physique, essayer de mener leurs visites à l’extérieur… à moins qu’ils ne soient déjà guéris, donc immunisés et non contaminants… ou à moins que les personnes âgées/fragiles, dûment informées des risques encourus, décident de braver le danger pour continuer à mener une vie sociale ! (Situation qui peut par exemple se justifier en toute fin de vie : à quoi sert de se priver de ses proches si on est atteint d’une maladie létale à très court terme ? Faut-il vivre le peu de temps qui reste dans la solitude, ou accepter le risque d’écourter ce peu pour maintenir le lien social ?)

Protocole sanitaire renforcé dans un Ehpad à Nice, à l'occasion de la visite de Christian Estrosi, 23 septembre 2020. © Arié Botbol / Hans Lucas / AFP
Protocole sanitaire renforcé dans un Ehpad à Nice, à l’occasion de la visite de Christian Estrosi, 23 septembre 2020. © Arié Botbol / Hans Lucas / AFP

Avec cette approche, l’immense majorité des jeunes/bien-portants développent une forme bénigne de la maladie. Dans les rares cas où il s’agit d’une forme grave, ils sont bien sûr traités avec tous les moyens de la réanimation moderne, ce qui permet une évolution le plus souvent favorable. Quant aux personnes âgées/fragiles, le but est qu’elles n’attrapent pas du tout le Covid. Si cela survient quand même, malgré toutes les précautions prises, les malades âgés sont soignés avec des moyens proportionnés : les formes bénignes (tout de même 80 % des cas à 90 ans !) ne posent pas de problèmes moraux ; mais pour les formes graves (20 % des cas à 90 ans), il faut bien peser le pour et le contre des traitements lourds. La réanimation notamment n’a pas fait la preuve de son bénéfice à cet âge. On doit lui préférer une prise en charge palliative, visant à accompagner jusqu’au bout les personnes en fin de vie.

Le risque zéro n’existe pas 

Bien sûr, la protection focalisée n’empêche pas complètement les morts : quelques jeunes/bien-portants développent quand même des formes très graves, et quelques personnes âgées/fragiles attrapent la maladie quand même. En la matière, comme d’ailleurs dans toute la médecine, le risque zéro n’existe pas. Le but est d’arriver à l’immunité collective, donc à l’arrêt de la circulation du virus, avec le moins de morts possible. Notons que cette immunité pourrait être acquise plus rapidement grâce à la vaccination. Tout le monde espère cette fin heureuse du fléau qui dévaste notre société.

Ainsi la solution tient en un mot : discrimination. Discriminer, dit le dictionnaire, c’est établir une différence entre des personnes ou des choses en se fondant sur des critères distinctifs. Discriminer, on pourrait dire aussi différencier ou distinguer – et on éviterait alors le sens déplaisant qu’a pris ce mot à l’heure de la « lutte contre toutes les discriminations » –, c’est exactement ce que vise la médecine moderne : le bon soin au bon patient. Chaque patient doit recevoir une prise en charge adaptée à son cas particulier, une prise en charge personnalisée. La personnalisation repose sur la discrimination entre les différents cas pathologiques. Ce classement repose sur des critères scientifiques, tenant compte des caractéristiques physiologiques de chacun, et n’a évidemment rien à voir avec une quelconque « médecine à deux vitesses » qui consacrerait l’injustice sociale.

Une personnalisation grandissante de la médecine

Pour comprendre cette évolution de la médecine vers plus de personnalisation et donc plus d’efficacité avec moins d’effets secondaires, on peut considérer l’histoire de la lutte contre le cancer, par exemple le cancer du sein, une des formes les plus fréquentes de cette méchante maladie. Dans un premier temps, la médecine est impuissante face au cancer. La maladie suit son cours spontané, naturel, qui évolue vers la mort. On se contente d’accompagner le patient en soulageant comme on peut ses symptômes. Dans une deuxième période, on commence à traiter la maladie avec l’espoir de la guérir. Dans l’ignorance des variations d’une tumeur à l’autre, d’un patient à l’autre, on applique à tous un traitement maximaliste : chirurgie étendue (mastectomie totale et curage ganglionnaire dans notre exemple), radiothérapie, chimiothérapie lourde. Ce traitement permet des guérisons, mais au prix de pénibles séquelles (dans notre exemple, le « gros bras », qui a empoisonné la vie de millions de femmes après chirurgie extensive). Le troisième stade est celui de la médecine personnalisée. Les différentes tumeurs ont été analysées finement et classées selon leur comportement biologique et leur extension anatomique. Si certaines restent dans la catégorie « haut risque de récidive » et imposent de persévérer dans un traitement lourd, beaucoup passent dans la catégorie « faible risque de récidive », permettant d’engager une « désescalade thérapeutique », c’est-à-dire de diminuer les séquelles liées au traitement sans perdre en efficacité.

À lire aussi, Lydia Pouga : Covid-19: errance en terre inconnue

En jugeant la prise en charge du Covid à l’aune de cet exemple, et puisqu’une épidémie est bien une maladie de toute la société, on peut dire que le confinement appartient au deuxième stade de la médecine : efficacité moyenne sur la maladie, effets secondaires lourds et même très lourds sur le malade. Le confinement revient à tenter d’écraser une mouche (ou plutôt un frelon… asiatique !) avec une massue ; on ne peut éviter d’assommer du même coup le malade (la société). Ne serait-il pas temps de passer au troisième stade, celui d’une médecine moderne, ingénieuse et raffinée, une médecine personnalisée, plutôt que d’en rester à une médecine de masse, rustique, voire archaïque ? D’autres pays ont fait ce choix : des pays asiatiques qui ont tout misé sur le dépistage, le traçage et l’isolement des seules personnes contaminées ; la Suède qui compte sur la discipline individuelle pour protéger les sujets à risque. Ils obtiennent des résultats sanitaires meilleurs que les pays ayant recours au confinement indifférencié, tout en évitant la faillite économique.

Mais il y a des freins à l’adoption de la protection focalisée. Particulièrement dans notre pays, ces freins tiennent en une formule : la passion de l’égalité. C’est la passion de l’égalité qui explique le refus de discriminer du gouvernement. Rappelons les mots du président de la République : « Pour des raisons de solidarité entre les générations, […] il ne saurait être question de confiner les plus vulnérables d’entre nous. » Ligoté par une idéologie politiquement correcte, le gouvernement a choisi l’indifférenciation contre la personnalisation, l’archaïsme contre la modernité, la paralysie contre l’activité, et au final, pour notre malheur, le dépérissement contre la vitalité.

Quand la psychose fait dérailler le monde

Price: ---

0 used & new available from

La gauche Charlot

0
La journaliste Élisabeth Lévy © Photo: Pierre Olivier

Gilles Clavreul ne lit pas Causeur. Dommage pour lui, car comme le disait Montaigne, il gagnerait à frotter sa cervelle contre celle d’austruy. Il apprendrait que le désaccord est une chose fort amusante. Mais Clavreul ne rit pas avec n’importe qui.


Le 19 novembre, Gilles Clavreul s’étrangle en découvrant sur notre site internet l’entretien que l’ami Jean-Baptiste Roques a tourné avec Thaïs, jeune militante de Génération identitaire. Il ne mange pas de ce pain rassis. Pas lui, pas ça. Il le fait savoir sur Facebook :

« Comme je ne lis pas Causeur, j’étais passé à côté de ce publi-reportage en faveur du groupuscule d’extrême-droite Génération identitaire datant de fin juin dernier. C’est comme une vidéo d’AJ+, la chaîne qatarie, mais en version réac qui s’assume.

Voilà pourquoi il n’y a rien de commun entre ceux qui défendent les principes républicains et cette droite qui se veut iconoclaste en faisant des clins d’œil à des petits fafs en bomber. On ne peut pas être républicain et identitaire à la fois, on ne peut pas se trouver de luttes communes, on ne peut pas s’allier, en aucune circonstance. Ligne rouge infranchissable. » J’apprends que le bomber[tooltips content= »Pour ma mère et celle des autres : un bomber (prononcer « bombeur ») est un blouson. J’ai dû en avoir un ado. Il n’y a pas de hasard. »](1)[/tooltips], c’est facho. Et « réac qui s’assume », c’est un compliment ?

Si je vous cause des offuscations de cet estimable garçon, l’un des fondateurs du Printemps républicain[tooltips content= »Il a fait un très bon travail lorsqu’il était à la tête de la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, refusant de
noyer le poisson de l’antisémitisme des quartiers. »](2)[/tooltips], ce n’est pas pour nous disculper de l’accusation de complicité avec la bête immonde, qui nous indiffère totalement, mais parce qu’elles sont emblématiques des ambigüités de cette « gauche Charlie » (également dite républicaine) qui après des années d’antifascisme en peau de lapin, ne se trompait plus d’ennemi, c’est même pour ça qu’elle a rompu avec le reste de la famille. Elle avait compris que le vrai danger, pour le pays, venait de l’islam radical et de ses alliés extrêmes gauchistes. Elle avait arrêté d’engueuler la France des églises et des bistrots, dont elle paraissait même partager le désir coupable de défendre les mœurs et la culture françaises en France. Bref, on croyait être d’accord sur l’essentiel, en particulier l’urgence du combat commun.

On s’est trompés. On dirait qu’on n’est même pas d’accord pour s’engueuler. Certes, il reste des francs-tireurs qui préfèrent la réflexion aux réflexes, la preuve par Élisabeth Badinter, Richard Malka, Philippe Val et quelques autres, qui se fichent autant d’être accusés de dérive droitière que d’islamophobie. Chez nombre de militants « laïques et républicains », le naturel (ou l’inconscient) de gauche revient au galop, les mêmes travers collés à ses sabots : sectarisme, bonne conscience, aveuglement.

Clavreul et ses amis politiques tiennent des propos qu’on pouvait entendre il y a vingt ans dans la bouche de Le Pen

Passons sur le refus de l’altérité idéologique, qui est dans l’ADN du « parti de l’Autre ». Gilles Clavreul pourrait répondre à Thaïs, mais il y a des gens avec qui on ne parle pas, des fois que leurs idées seraient contagieuses – d’ailleurs il a été longtemps question de les isoler derrière un cordon sanitaire, maintenant on dit « ligne rouge », il y a du progrès. En somme, il est pour la liberté de penser comme lui. Pour ma part, je trouve les identitaires un brin trop « France blanche », mais j’aime bien discuter avec eux. D’ailleurs, nous avons aussi publié un texte de Cyril Bennasar sur « la remigration » (des délinquants étrangers) proposée par Génération identitaire. Je parle avec Aurélien Taché et Rokhaya Diallo. Qu’il soit impossible de parler avec Gilles Clavreul, c’est un peu triste.

Cette obsession de l’extrême droite est d’autant plus incompréhensible que, sur l’immigration et l’islam, Clavreul et ses amis politiques tiennent des propos qu’on pouvait entendre il y a vingt ans dans la bouche de Le Pen (blagues de pétomane en moins il est vrai) et il y a trente ans dans celle de Chirac. Il est vrai que la réalité a changé. Mais eux veulent croire qu’ils n’ont pas changé. Alors, quand ils entendent le mot « identité », ils sortent leur République, comme on brandirait un crucifix devant un vampire. « On ne peut pas être républicain et identitaire », assène Clavreul. Première nouvelle. Et mon Général, il était intersectionnel ?

Certes, ce sont des bisbilles de café du commerce numérique. Seulement, nous sommes supposés mener une guerre idéologique et sur le champ de bataille, mieux vaut savoir sur qui on peut compter. Charlie Hebdo ne veut pas du soutien de Ménard. Clavreul « ne peut pas s’allier, en aucune façon » avec les identitaires (ni avec Causeur, « qui leur fait des clins d’œil »). C’est la nouvelle thématique à la mode de la « tenaille identitaire » qui permet de ne pas choisir entre la peste islamiste et le choléra populiste. Si on comprend bien, en 1940, il aurait refusé de rallier Londres pour cause de « ligne rouge infranchissable » avec les maurrassiens antisémites qui s’y trouvaient. Les renvoyeurs dos à dos finissent souvent en apôtres de l’apaisement.

Autant dire que, pour l’union sacrée dont on nous rebat les oreilles après chaque attentat, on attendra. Tant pis, on se passera de ces alliés aux délicatesses de jeunes filles, qui d’ailleurs comptent de moins en moins de divisions, ceci expliquant largement cela. Et puis, beaucoup semblaient si heureux de retrouver leurs vieux copains et leurs vieux slogans : les manifestations contre la loi « sécurité globale » (et son article 24 qui interdit, non pas de filmer, mais de diffuser le visage de policiers) ont été l’occasion d’une reconstitution de gauche dissoute délicieusement vintage. Brailler contre le fascisme imaginaire de Macron et Darmanin, c’est marrant et c’est sans danger. Et voilà pourquoi votre gauche est muette.

Pendant que Macron parle aux jeunes, la crise de l’autorité s’accentue

0
Philippe Bilger D.R.

Malgré son discours bienveillant à destination de la jeunesse, les black blocs ont de nouveau donné une image pitoyable du maintien de l’ordre sous Macron ce samedi.


Le président de la République a dialogué avec la jeunesse – 7 millions – sur Brut et il a dénoncé les contrôles au faciès. Il devra expliquer cependant comment, dans certaines cités sensibles où la police est généralement très mal accueillie, contrôler des Blancs quand il n’y en a pratiquement pas un seul ou inventer une couleur de délinquance qui répondrait à son humanisme ?

Mais samedi ordinaire à Paris. On manifeste contre la précarité et la loi sécurité globale. Beaucoup de Gilets jaunes qui se souviennent des jours anciens et recommencent.

Il paraît que les 18/25 ans soutiennent majoritairement Macron. Mais samedi ordinaire à Paris avec des scènes de dévastation où des voyous frénétiques et des brutes d’extrême gauche ont été, durant quelques heures, le visage de la France

Des syndicats policiers regrettent de n’avoir pas été soutenus par le président et en conséquence vont en appeler à l’arrêt des contrôles d’identité.

A lire aussi, Yves Mamou: Contrôle au faciès: la légende noire de la police française

Mais samedi ordinaire à Paris. En tête du cortège, 400 à 500 Black Blocs se mettent en branle et c’est l’enfer.

Le président annonce la création d’une plate-forme où on pourra se plaindre de la police.

Mais samedi ordinaire à Paris. Les Black Blocs détruisent, incendient, cassent. Le Président pense, commente, analyse, demeure équilibré, nuancé. Le « en même temps » dans toute sa splendeur abstraite.

A lire aussi: Petite sociologie du manifestant black-bloc

Mais samedi ordinaire à Paris. Les policiers et les gendarmes tentent de résister, font ce qu’ils peuvent. À l’évidence ils sont débordés. Qui oserait encore soutenir qu’ils laissent délibérément les violences se commettre et les désordres se multiplier ? Les Black Blocs sont les maîtres.

On continue à discuter de l’article 24 et de la sémantique: il ne faudrait pas parler de violences policières puisque la police a l’usage de la force légitime et que les fonctionnaires trahissant leur mission sont poursuivis et, pour certains, incarcérés.

Mais samedi ordinaire à Paris. Les Black Blocs font la loi, attaquent les banques, brisent les vitrines, se coagulent puis se dispersent. Des personnes seront interpellées, combien seront condamnés ?

A lire aussi: Et voici que s’avance l’inquisition policière

Le président, paraît-il, a été à son avantage face à la jeunesse. Il paraît que de 18 à 25 ans, cette génération le soutient majoritairement. Sa jeunesse le sert.

Mais samedi ordinaire à Paris. Des scènes de dévastation où des voyous frénétiques, des brutes d’extrême gauche, ont été durant quelques heures le visage de la France.

Il y a trop de décalage entre le verbe d’un Président qui disserte sur la réalité et ce samedi ordinaire où un pouvoir dépassé et impuissant est totalement à la merci des Black Blocs.

Un samedi ordinaire à Paris. Recherche désespérément honneur et autorité.

Moi, Emmanuel Macron, je me dis que...

Price: ---

0 used & new available from