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Howard Hawks: grandeur du cinéma humaniste

Ce film à la mauvaise réputation m'a plu

Howard Hawks: grandeur du cinéma humaniste
Scène du film Rio Lobo, de Howard Hawks.© REX FEATURES/SIPA Numéro de reportage : REX43048253_000001

Découverte enthousiaste du dernier film d’Howard Hawks, Rio Lobo.


Rio Lobo est le dernier film de l’immense cinéaste Howard Hawks. Ce film traine depuis sa sortie sur les écrans de cinéma une réputation exécrable de remake parfois parodique de Rio Bravo et El Dorado, tournés respectivement onze et quatre ans auparavant. Une histoire que chacun s’escrime à nous décrire comme peu intéressante, un rythme trop lent et soi-disant cahotant, des personnages aux caractères pas assez définis… Pourtant ce film dont le scénario est signé par la romancière Leigh Brackett, la complice des grands films d’après-guerre de Hawks, est une grande réussite. C’est avec un immense plaisir que je l’ai découvert récemment sur Arte, ne l’ayant jamais vu au cinéma pour toutes ces mauvaises raisons.

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Fin de la Guerre de Sécession

Une nouvelle fois ce film raconte l’histoire d’hommes pour qui l’amitié, la camaraderie et le bon whisky sont les valeurs cardinales. L’action débute à la fin de la Guerre de Sécession. Des soldats sudistes volent l’or des Nordistes en attaquant le train qui le transporte. Scène splendide et spectaculaire filmée de main de maître par Hawks.

La guerre s’achève et le Colonel McNally (John Wayne) se lie d’amitié avec les deux leaders sudistes qu’il vient de combattre, le capitaine Pierre Cordona, interprété par le Mexicain Jorge Rivero, une sorte de latin lover vif et drôle et le Lieutenant Tuscarora joué par Chris Mitchum, le fils de Robert. La réconciliation entre Nordistes et Sudistes permet une magnifique et très plaisante tirade du Colonel McNally qui donne une leçon de patriotisme en expliquant qu’il déteste ceux qui l’ont trahi mais admire ceux qui l’ont combattu.

Le colonel et le capitaine se déplacent au Texas pour pourchasser le traitre lorsque surgit dans le bureau du Shériff Bill Williams, un ami de Mc Nally, la belle Shasta Delaney (Jennifer O’Neill) qui vient accuser la bande de Ketcham qui contrôle Rio Lobo du meurtre de son vieil ami. Superbe intrusion d’une femme à l’allure d’institutrice dans cet univers d’homme. Lors de la séquence de tentative d’enlèvement de Shasta par les hommes de main du petit tyran de Rio Lobo, la jeune femme se révèle de plus habile tireuse.

Sous sa conduite, les deux amis se rendent à Rio Lobo pour affronter les malfaisants. Le trio va se trouver rejoint au cours des péripéties de l’action par deux autres femmes Maria Carmen et Amelita ainsi que par un vieil homme, le propriétaire terrien Phillips, spolié par Ketcham, le shériff Hendricks et leur bande.

Le dernier film de Hawks

Si Hawks s’avère le plus souvent dans son œuvre, un cinéaste du commando qui ne peut intégrer ni les femmes ni les vieillards, force est de constater que dans son ultime film, la place des femmes et des anciens est importante. Pour preuve, les rôles accordés aux trois personnages féminins qui luttent avec détermination aux côtés du colonel. Ce rôle central des femmes, pistolet au poing dans Rio Lobo, est assez rare dans les westerns classiques… Et la superbe scène ou Shasta fait perdre leurs doutes à ses compagnons sur ses qualités de cavalière est une pure réussite humaniste et formelle.

Les hommes vieillissant comme Phillips – alcoolique, mais adroit -, interprété par Jack Elam qui reprend ici la place occupée par Walter Brennan dans Rio Bravo, en plus vindicatif, sont aussi à l’honneur. Il me semble important de rappeler que le Colonel est aussi un homme vieillissant – John Wayne a 63 ans en 1970 – moins agile mais déterminé, patriote, amoureux de la liberté et de la justice.

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Rio Lobo servi par la mise en scène classique et limpide de Howard Hawks, la superbe partition musicale de Jerry Goldsmith, une belle lumière et des cadres d’une grande précision du chef-opérateur William H. Clothier est un film hautement hawksien et très savoureux. Une déclaration d’amour à l’honneur, à la droiture d’hommes et de femmes au caractère bien trempé. Du beau et grand cinéma humaniste!

Rio Lobo un film de Howard Hawks
Etats-Unis – 1970 – 1h50
Intreprétation: John Wayne, Jorge Rivero, Jennifer O'Neill, Jack Elam, Christopher
Mitchum, Victor French, Susana Dosamantes, Sherry Lansing, David Huddleston, Mike Henry, Bill Williams, Jim Davis, Dean Smith, Robert Donner, George Plimpton

Rio Lobo

Price: 3,99 €

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est directeur de cinéma.

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