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N’oublions pas les interprètes afghans!

N’oublions pas les interprètes afghans!
Manifestation d'anciens interprètes afghans, interpellant les USA et l'OTAN, le 30 avril 2021, à Kaboul, Afghanistan © Mariam Zuhaib/AP/SIPA, Numéro de reportage : AP22567813_000014

Mon frère d’armes est mon frère, même s’il n’est pas mon frère de sang. Aurélien Marq analyse le sort fait aux interprètes afghans après le départ de la coalition.


Alors que les troupes de la coalition internationale quittent l’Afghanistan, abandonner les Afghans qui ont servi cette coalition et les livrer aux Talibans serait un crime impardonnable, une négation de tout ce que nous sommes et devons être, une trahison de toutes les valeurs que notre civilisation porte depuis des millénaires. S’il y a des réfugiés que nous avons véritablement le devoir d’accueillir, c’est eux.

Le 14 avril dernier, Joe Biden a annoncé le retrait d’Afghanistan de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis. Commencé en mai, ce retrait devrait être terminé dans quelques mois, peut-être en septembre.

Appelés à la repentance par les Talibans

Mon propos ici n’est pas de juger des responsabilités des uns ou des autres dans cette défaite cuisante, ni d’en analyser les multiples raisons. Soulignons simplement que les Talibans défaits en 2001 parviennent 20 ans plus tard à tenir tête à une coalition comprenant certaines des plus grandes puissances militaires mondiales, et que le gouvernement afghan semble bien mal préparé pour les empêcher d’étendre leur contrôle sur une part sans cesse croissante du territoire, dont ils maîtriseraient déjà plus de la moitié. Face à cette réalité, les éléments de langage de l’OTAN sont d’une naïveté (ou d’une hypocrisie) qui laisse songeur.

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C’est dans ce cadre désastreux que les Talibans ont demandé aux interprètes afghans employés par les armées de la coalition de « se repentir », leur promettant que s’ils le faisaient l’Emirat islamique prendrait acte de leurs « remords » et pourrait pardonner cette « trahison contre l’islam et leur pays ».

Regardons les choses en face : les promesses des Talibans ne valent rien, et le gouvernement afghan officiel sera rapidement incapable d’assurer la sécurité de qui que ce soit. Laisser derrière nous nos interprètes en Afghanistan, c’est les condamner à mort avec leurs familles, probablement dans des conditions atroces. Et c’est inacceptable (je parle des interprètes, mais ma réflexion vaut aussi évidemment pour d’autres employés des armées coalisées, comme des cuisiniers, des chauffeurs, etc). J’ajouterai, à destination des cyniques, qu’abandonner ceux qui ont travaillé avec nous serait nous faire une réputation de traîtres sans parole et sans honneur, ce qui ne peut qu’accentuer la « légende noire de l’Occident » qui fait obstacle à l’assimilation des immigrés, et bien sûr compliquer considérablement la tâche de nos troupes lors de prochaines OPEX. Que l’on se souvienne des Harkis, ou des Vietnamiens qui se battirent à nos côtés. Non seulement il est de notre devoir moral d’accueillir nos anciens auxiliaires afghans, et de les accueillir dignement, c’est aussi notre intérêt stratégique. Depuis 2014 nous le faisons, mais au compte-goutte, et la récente et bienvenue accélération de cet accueil doit impérativement s’accentuer.

Ne nous déshonorons pas, le temps presse!

Bien sûr le processus est complexe, et une certaine prudence nécessaire, ne serait-ce que pour faire la distinction entre ceux qui ont vraiment travaillé à nos côtés entre 2001 et 2014 et des imposteurs. Bien sûr, si nous les accueillons tous sans distinction en France, il y aura parmi eux des opportunistes, des gens qui ne parviendront pas à s’adapter à notre mode de vie – ou ne le voudront pas – et même des agents islamistes infiltrés. Mais le temps presse, ce n’est qu’une affaire de quelques mois avant que les Talibans ne viennent toquer aux portes de ceux qui se sont battus à nos côtés. Il n’est plus temps pour les complexités administratives, et sans hésiter le doute doit bénéficier à nos auxiliaires afghans.

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Après tout, on parle ici peut-être d’un millier de personnes et de leurs familles, alors que nous subissons chaque année l’arrivée de plus de 250 000 immigrés dont une proportion considérable méprise profondément notre civilisation et notre peuple ! Dans un tel contexte, il est aussi ubuesque que déshonorant d’ergoter sur la situation de nos anciens interprètes, cuisiniers, mécaniciens, chauffeurs…. Jadis, Saint Louis accueillit dans le royaume des sarrasins convertis au christianisme, et sut veiller à leur parfaite assimilation. Ne sommes-nous pas capables de faire de même pour des gens dont les vies et les familles sont menacées parce qu’ils ont œuvré à nos côtés contre le totalitarisme théocratique islamique ? Parce qu’ils ont été dans les mêmes convois que nos soldats, prenant le risque de sauter sur les mêmes pièges, d’être tués par les mêmes balles dans les mêmes embuscades ? Et nous les laisserions maintenant seuls face aux fanatiques sanguinaires contre lesquels hier encore nous demandions leur expertise et leur aide ?

Qu’est-ce désormais que la France ? Une start-up dans la guerre de tous contre tous de la spéculation débridée et du dumping social mondialisé ? Une zone géographique administrée comme un hub d’aéroport par les fermiers-généraux de Bercy ? Ou une Nation ?

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Et nous ? Sommes-nous seulement les occupants d’un territoire ou un peuple ? Sommes-nous tout juste bons à consommer et produire, produire et consommer, comme des bêtes de somme rêvant devant la téléréalité et Netflix, ou reste-t-il encore en nous quelque chose du sens de l’honneur des chevaliers du Moyen-Âge et des mousquetaires du Grand Siècle ? « Un pour tous, et tous pour un. » Ni D’Artagnan, ni Cyrano, ni Jeanne d’Arc n’auraient livré leurs compagnons d’armes à l’ennemi.


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Haut fonctionnaire, polytechnicien. Sécurité, anti-terrorisme, sciences des religions. Disciple de Plutarque.

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