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Le Hamas, premier parti israélien?

12 ans de pouvoir pour Benyamin Netanyahou

Le Hamas, premier parti israélien?
Yahya Sinwar, chef du Hamas, porte l'enfant d'un combattant des brigades Izz al-Din al-Qassam, mort dans les récents affrontements avec Israël, Gaza, 24 mai 2021 © MAHMUD HAMS / AFP)

En 2005, le retrait de Gaza et l’espoir d’un règlement pacifique du conflit israélo-palestinien qu’il a suscité ont permis pour la dernière fois à une majorité modérée d’arriver au pouvoir en Israël. Mais la prise du pouvoir par le parti islamiste à Gaza a transformé ce territoire en usine de violence dont l’unique objectif est de perpétuer la guerre. Conséquence : la radicalisation de la société israélienne et l’exceptionnelle longévité politique de Benyamin Netanyahou.


Le 28 mars 2006, les Israéliens étaient appelés aux urnes pour élire la 17e Knesset. Ariel Sharon, Premier ministre depuis 2001, était tombé dans le coma début janvier mais Kadima, la formation politique qu’il a créée en quittant le Likoud en novembre 2005, l’a emporté et son leader, Ehud Olmert, est devenu chef de gouvernement. Le Likoud, dirigé par Benyamin Netanyahou, a quant à lui subi la pire défaite de son histoire avec 10 % des suffrages. Ce résultat s’explique simplement : en 2005, Ariel Sharon avait pu mener à bien le « désengagement », le retrait total de toute présence israélienne de la bande de Gaza ainsi que d’un secteur au nord de la Cisjordanie. Plus de 8 000 civils avaient été évacués – souvent de force – après une bataille longue et difficile qui a fait éclater le paysage politique israélien. Mais en ce début de printemps 2006, le pari semblait avoir été gagné par Sharon et ses héritiers.

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Pourtant, en janvier 2006, deux mois avant les élections israéliennes, la victoire du Hamas aux élections palestiniennes (les dernières à ce jour) a été perçue par Netanyahou comme une divine surprise. Le Likoud a immédiatement changé de slogan : « Fort contre le Hamas : Benyamin Netanyahou ». Pour le chef du Likoud, la victoire du Hamas n’a pas été uniquement un échec de la majorité (et de Sharon) qui, se fondant sur des rapports erronés des services de renseignement, tablait sur la victoire du Fatah et de Mahmoud Abbas. Cette victoire allait à l’encontre de la logique du désengagement : créer les conditions d’une dynamique positive par le développement économique en transformant la bande de Gaza en zone prospère intégrée à l’économie israélienne.

L’échec du désengagement

Netanyahou a eu raison. Le Hamas avait l’intention de transformer la bande de Gaza en plate-forme de guerre contre Israël. Et ses dirigeants n’ont pas perdu du temps. Trois mois après les élections israéliennes, le 25 juin au matin, un commando du Hamas a pénétré en territoire israélien par un tunnel et, après avoir surpris l’équipage d’un char, a fait deux morts, un blessé et un prisonnier : Guilad Shalit. Cette réussite du Hamas avait déclenché l’opération « Pluies d’été », le premier des cycles de violence « post-désengagement ». Le 12 juillet, le Hezbollah décide d’imiter le Hamas et enlève deux soldats israéliens (il s’avéra plus tard qu’ils ont été tués pendant l’opération). La poursuite israélienne devenue riposte a duré cinq semaines. Ce fut la deuxième guerre du Liban.

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L’opération du Hamas a eu lieu cinq mois après sa victoire électorale. La décision n’a pas été prise par le gouvernement palestinien. Comme le Hezbollah, le Hamas voulait profiter des institutions étatiques sans en payer le prix ni en assumer la responsabilité. Cet été sanglant a condamné le projet politique d’Ariel Sharon. Quand la guerre du Liban prend fin, à peine cinq mois après les élections israéliennes, c’en est fini du camp de la paix. L’autorité palestinienne est elle aussi K.-O., désavouée par les électeurs essentiellement à cause de sa corruption : 40 % de ceux qui ont voté Hamas l’ont fait pour protester contre le Fatah plutôt que par adhésion à ses idées et sa stratégie). Pour les héritiers politiques de Sharon (Ehud Olmert, Tzipi Livni et Amir Peretz), la suite a été une longue descente aux enfers que même la destruction du réacteur nucléaire syrien un an plus tard n’a pas pu arrêter.

Affiche de campagne de Benyamin Netanyahou à Tel Aviv (Israël), mars 2019. ©Oded Balilty/AP/SIPA / AP22318752_000002

Le succès de Netanyahou

En février 2009, moins de trois ans après les élections pour la 17e Knesset, les Israéliens sont de nouveau appelés aux urnes. Et cette fois, ils votent pour ceux qui se sont opposés au désengagement. Un bloc de droite dirigé par Netanyahou à la tête d’un Likoud triomphant (27 députés contre 12 en 2006) s’installe au pouvoir en Israël, tandis qu’à Gaza, le Hamas ne cesse de renforcer son emprise. Entre les deux, l’Autorité palestinienne, évincée de Gaza manu militari par le Hamas en juin 2007, n’a pas retrouvé sa place. Unique représentant officiel du peuple palestinien reconnu par la communauté internationale, elle souffre toujours d’un déficit de légitimité aux yeux de ses propres citoyens, raison pour laquelle Mahmoud Abbas a décidé quelques semaines auparavant de reporter sine die les élections législatives palestiniennes. Il n’est pas prêt à refaire l’erreur de janvier 2006.

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Quant à Netanyahou, si on ne sait pas encore comment se terminera le cycle de violence déclenché le 10 mai, une chose semble être acquise : le « bloc du changement », véritable alternative à l’actuelle majorité, est la première victime des roquettes du Hamas. Bibi, déjà résigné à sa défaite fin avril, a de nouveau une marge de manœuvre politique. 

Tout s’est joué entre la fin du désengagement israélien de la bande de Gaza, le 11 septembre 2005, et la fin de la deuxième guerre du Liban le 14 août 2006. En clair, le Hamas a sciemment tué le maigre espoir généré par la politique de Sharon. Cette stratégie du mouvement islamiste et terroriste est largement responsable de l’impasse dans lequel se trouve le conflit israélo-palestinien ainsi que de l’exceptionnelle longévité de Netanyahou au pouvoir : il fait désormais mieux que Ben Gourion.

Juin 2021 – Causeur #91

Article extrait du Magazine Causeur


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est historien et directeur de la publication de Causeur.

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