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La série télévisée espagnole Antidisturbios vue de France

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© 2019 Caballo Films.

La série espagnole Antidisturbios de Rodriguo Sorogoyen est désormais disponible sur Canal Plus. Une vision intéressante de la police espagnole.


Le duo du cinéma espagnol composé du réalisateur Rodriguo Sorogoyen et de la scénariste Isabel Peña est particulièrement apprécié en France depuis les sorties des films Que Dios nos perdone (2016), El Reino (2018) et Madre (2019). Le thème de leur mini-série Antidisturbios (2020) sur le quotidien d’une brigade anti-émeute à Madrid accusée de bavure – que vient de diffuser la chaîne Canal Plus en France – interpelle particulièrement de ce côté des Pyrénées alors que notre pays traverse une crise importante de confiance dans sa police. 

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La haine de la police n’est pas récente en France

L’intense communion entre les forces de l’ordre et la population française au moment des attentats terroristes de 2015 symbolisée par l’image de Parisiens formant une haie d’honneur pour applaudir le passage de fourgons de CRS (notre équivalent français de la Policía antidisturbios) pendant les grandes manifestations de soutien aux victimes de Charlie Hebdo et du Bataclan, a depuis laissé la place au rejet et à la haine des policiers pour une partie des Français, certes minoritaire, mais bruyante.

L’instauration d’une journée d’hommage à la Police nationale le 9 juillet ne devrait rien y changer. D’un côté, la répression du mouvement des violences commises par les classes populaires et déclassées des Gilets jaunes, et de l’autre les positions d’une frange privilégiée de la société française et de certains médias bien-pensants qui tentent d’imiter le prétendu progressisme nord-américain en dénonçant les violences policières, ont pris les forces de l’ordre dans un étau idéologique. 

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Les assassinats récents de plusieurs d’entre eux et les revendications de meilleures conditions de travail ont conduit les policiers à une grande manifestation le 19 mai à Paris devant l’Assemblée nationale. Une fois de plus, cela a été l’occasion pour une partie de la gauche de critiquer l’institution policière, à l’image de la candidate du PS pour l’élection régionale d’Île-de-France Audrey Pulvar qui a trouvé ce rassemblement « glaçant » ou bien du leader de La France Insoumise Jean-Luc Mélenchon qui en a dénoncé le « caractère factieux ».

Notre pays a une longue tradition de haine de la police partagée par les extrémistes : depuis les ligues d’extrême droite dans les années 1930, jusqu’à l’extrême gauche en mai 1968 criant « CRS : SS ! ».  

En Espagne aussi, la police est mal aimée

Pour les Français, les forces de l’ordre espagnoles ont une image d’autorité crainte mais aussi respectée. Tout habitant des zones transfrontalières sait très bien qu’il ne faut pas plaisanter lors d’un contrôle de la Guardia civil, de la Policía nacional ou d’une police régionale comme les Mossos d’Esquadra en Catalogne… La différence avec l’irrespect croissant envers l’autorité policière en France est ainsi très frappante. Néanmoins, dans la série Antidisturbios qui débute avec une opération d’expulsion d’un logement virant au drame avec la mort accidentelle d’un migrant, les créateurs Sorogoyen et Peña montrent également cette haine « anti-flics » présente dans la société espagnole.

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Ce qui fait toute la force de la série, c’est de ne pas juger ces individus aux caractères et motivations différents qui composent cette « famille » unie, exerçant un métier difficile, ingrat, sans aucune reconnaissance des pouvoirs publics ni de la population.

Ils sont en première ligne des difficultés de la société (violences urbaines, terrorisme, crises migratoires, crises du logement, etc.) et ne bénéficient d’aucune considération pour autant. Au contraire, ils sont pointés du doigt par la « bien-pensance » (associations politisées, magistrats et autres notables) comme des « animaux » armés de matraques.

Un fragment de lutte des classes avec une inversion de valeurs que dénonçait déjà Pier Paolo Pasolini (qu’on peut difficilement soupçonner de fascisme) quand il fustigeait en 1968 les étudiants s’en prenant aux policiers, car les premiers étaient des « fils à papa » alors que les seconds étaient issus de la classe ouvrière. 

Dans le même sens, les policiers d’Antidisturbios sont représentatifs d’un prolétariat mal aimé et mal considéré par ceux qu’ils protègent au quotidien.

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Sans la révéler, la dernière image de la série rappelle un élément important du film La Grande Illusion de Jean Renoir (1937) dans lequel, même si la solidarité nationale entre un officier aristocratique et un simple soldat l’emporte, elle montre déjà quelques fissures au profit d’une solidarité de classes sociales.

Au-delà des clivages politiques et des différences de classes sociales, il est commun de dire que « la sécurité est la première des libertés ». Un des personnages de policiers d’Antidisturbios répond lors d’une audition des affaires internes : «  Je ne fais pas ce métier pour cogner sur les gens. Je le fais pour plusieurs raisons. J’espère aider la société à fonctionner un peu mieux et être utile ». Il est temps de les en remercier, des deux côtés des Pyrénées.

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