Entretien avec Olivier Amiel, auteur de Voir le pire: L’altérité dans l’oeuvre de Bret Easton Ellis remède à l’épidémie de supériorité morale (Les Presses littéraires)


À travers une littérature singulière, alimentée par la violence, la star américaine Bret Easton Ellis a dépeint une Amérique riche et qui s’ennuie. Dans son petit essai publié ces jours-ci, notre contributeur perpignanais Olivier Amiel passe en revue l’ensemble des romans du provocateur et y voit la préfiguration de la cancel culture, et de la terrible fragmentation qui affecte aujourd’hui l’Amérique – les militants pro-Trump les plus radicaux sont allés jusqu’à envahir le Capitole! Amiel voit dans l’œuvre de l’écrivain un plaidoyer en faveur de l’altérité.

Malheureusement, la génération X, aguerrie au débat, s’efface actuellement devant l’intransigeance des millenials, et l’altérité vue comme empathie et mise en danger de soi pour mieux comprendre l’Autre disparait. Bret Easton Ellis ne remet pas en cause le combat passé pour lutter contre les discriminations raciales ou sexuelles. Il ne dit pas non plus que les antifascistes sont les nouveaux fascistes, mais… il constate que des combats sont dévoyés et conduisent aujourd’hui à une nouvelle discrimination contre ceux qui ne vont pas dans le sens de l’idéologie dominante (mépris, trolling sur les réseaux sociaux, appels au boycott etc.).

Causeur. En sous-titre sur la couverture de votre livre(1), vous mettez en exergue une épidémie qui n’est pas celle dont nous parlent les journaux quotidiennement. De quoi s’agit-il?

Olivier Amiel. Je reprends l’expression utilisée par Bret Easton Ellis dans son essai White en 2019 d’une « épidémie de supériorité morale ». C’est-à-dire une idéologie dominante et faussement bienveillante, qui dégouline de bons sentiments avec un discours victimaire et surprotecteur des offensés de tout poil. Ce mouvement militant a la particularité d’être porté par des personnes s’autoproclamant « progressistes » et pensant avoir seules la vérité face aux autres forcément « fascistes ». Sauf que pour imposer leur vision du monde, ils n’hésitent pas à agir eux-mêmes comme les vrais fascistes allant jusqu’à vouloir interdire, bannir, censurer, effacer, les idées, les œuvres et même les individus qui ne pensent pas comme eux. C’est la fameuse « Cancel culture ».

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Olivier Amiel

Pourquoi relire l’ensemble de l’œuvre de Bret Easton Ellis est nécessaire dans notre époque troublée? Quelle clé y trouvera-t-on et par quel roman commencer?

On peut commencer par n’importe lequel de ses livres. Lire ou relire Bret Easton Ellis me semble en effet opportun dans notre époque fragmentée et polarisée, car on retrouve dans toute sa bibliographie le principe de l’altérité, c’est-à-dire le rapport que nous avons avec « l’autre ». Ça peut être une source d’affrontement et d’opposition car on rejette instinctivement ce qui est différent, mais ça peut surtout être une s

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