Accueil Site

Le cafteur et le rapporteur

Patrick Cohen en arbitre du pluralisme : on croit rêver ! Malmené lors de son audition, l’éditorialiste vedette a fustigé la commission et exposé une morale à géométrie variable. Ainsi qu’un goût pour la délation.


9 avril 2026. 7 h 43. Sur France Inter, Patrick Cohen tire les leçons d’une commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public qui le laisse sur sa faim. Selon lui, elle est passée à côté « des questions de fond, la spécificité du service public, la façon de garantir l’accès à une information fiable ou de concilier pluralisme et impartialité ». On se pince pour y croire : celui qui tient ces propos est le même qui a été pris la main dans le sac de la collusion médiatico-politique dans un café parisien en compagnie de son confrère Thomas Legrand et de deux pontes du PS ; le même qui s’est fait réprimander par l’Arcom pour des commentaires sur le meurtre de Thomas Perotto « ne satisfaisant pas aux exigences de mesure, de rigueur et d’honnêteté » ; le même qui, un soir d’ébriété idéologique en 2013, affirma spontanément, sur le plateau de « C à vous » que chacun n’a pas le droit de penser ce qu’il veut.

La star de France Inter et France 5 n’a toujours pas digéré son audition par la commission d’enquête sur l’audiovisuel public et les questions pertinentes posées par le rapporteur Charles Alloncle. Ce jour-là, il a refusé de répondre précisément et a tenté à de multiples reprises d’inverser les rôles en interrogeant sèchement le rapporteur. Derrière les affèteries dédaigneuses et les soupirs condescendants a transparu l’estime infinie que l’éditorialiste se porte à lui-même.

A lire aussi: «Malgré des mois d’investigation, Charles Alloncle n’a rien trouvé d’illégal!»

Patrick Cohen s’est plaint d’avoir été enregistré par L’Incorrect à son insu. « Atteinte à la vie privée », a-t-il geint devant les parlementaires. Pourtant, lui a judicieusement rappelé Charles Alloncle, il justifiait en 2018 la divulgation d’un enregistrement fait à l’insu de Laurent Wauquiez et évoquait alors une « démarche journalistique tout à fait légitime ». Ajoutons qu’il ne rechigne pas à cafarder à l’occasion. Ainsi, lors de ce fameux quadrille avec son confrère et deux éminents représentants du PS, l’entend-on balancer le nom d’un journaliste du Figaro qui l’informait discrètement sur les atermoiements de la rédaction dudit quotidien à propos de l’écologie.

Plus récemment, sur le plateau de « C à vous », le sycophante n’a pas hésité à rapporter à l’antenne une blague indécente que Fabien Roussel lui avait racontée en privé. Au moins, les futurs invités de l’émission phare de France 5 savent-ils maintenant à qui ils auront affaire : derrière le sourire du technico-commercial médiatique se cachent de furieuses envies de cancaner méchamment, qui renseignent sur l’esprit vertueux et les manières irréprochables dont il se prévaut.

En plus de Charles Alloncle, l’éditorialiste est obsédé par les « médias bollorisés ». Le 6 avril dernier, sur RMC, il lâche : « Dans l’état actuel, c’est purement factuel, je pense que CNews est hors-la-loi. » Se prendre pour un juge quand on est journaliste, c’est cocasse. Puis en avril toujours, le journaliste se fâche encore tout rouge sur France Inter en consacrant deux de ses éditos politiques au milliardaire breton, « dont la photo géante,façon Staline à la une de L’Huma » illustre, à son grand dam, la couverture d’un article dans Le JDD. Signalons au passage que Cohen ne répugne pas afficher sa bobine plein pot en couverture de son dernier livre paru chez Flammarion. Un ouvrage intitulé, ça ne s’invente pas… Les Mystificateurs.

🎙️ Podcast: Lula versus Bolsonaro: socialisme et corruption au Brésil et ailleurs

0

Avec Driss Ghali et Jeremy Stubbs.


L’élection présidentielle brésilienne se tiendra les 4 et 25 octobre, pourtant la campagne est déjà perturbée par des accusations de corruption qui touchent les deux candidats principaux: le président actuel, Lula, et Flávio Bolsonaro, le fils de l’ex-président populiste, Jair Bolsonaro. Effectivement, la corruption est endémique dans les élites brésiliennes, qu’elles soient socialistes ou non. D’ailleurs, le pays emprunte actuellement une voie qui risque d’aboutir un jour à la création d’un narco-Etat.

A lire aussi: Pakistan, l’allié du milieu

Entre-temps, Lula a bien joué ses cartes face à Donald Trump, qui n’a pas imposé de tarifs punitifs au Brésil, car les Etats-Unis ont grand besoin de produits brésiliens, comme le café. En revanche, le président brésilien actuel est très gêné par le succès comparé de l’Argentine de Milei et du Salvador de Bukele, deux dirigeants qui sont loins d’être socialistes. Le grand problème de la gauche en Amérique du Sud, c’est qu’elle donne la priorité à la réduction des inégalités plutôt quà la réduction de la criminalité.

A lire aussi: La liberté à Cuba: un fondement de valeurs et de foi

En France, la suggestion du maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, qu’une insurrection serait nécessaire dans le cas d’une victoire du RN en 2027, joue non seulement contre son propre parti, LFI, mais aussi contre le RN. En effet, les électeurs qui ont voté pour Emmanuel Macron craindront un déchaînement de violence si la gauche radicale ou la droite nationale gagne et risquent de voter majoritairement pour un Macron bis, comme Gabriel Attal.

Une contre-histoire de la colonisation française

Price: ---

0 used & new available from

Ben-Gvir, le monstre attendu

Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir fait honte à Israël. La vidéo des activistes de la « flottille pour Gaza » arrêtés, agenouillés et les mains liées, diffusée par son ministère, provoque un tollé.


Puis l’image suivante apparut. Le gros Itamar Ben-Gvir hilare, presque rouge de satisfaction, brandissant le drapeau israélien comme un supporter ivre après une bagarre de stade. On lisait sur ses lèvres cette phrase lourde, provocatrice, animale : « On est chez nous. »

Et cette fois, même une partie du gouvernement israélien détourna le regard avec irritation. Non par tendresse pour les militants de la flottille, mais parce qu’ils comprenaient ce que cette scène allait produire dans le monde : une nouvelle souillure symbolique, une nouvelle victoire offerte à ceux qui rêvent de présenter Israël non comme une nation en guerre, mais comme une caricature brutale d’elle-même.

Car la guerre moderne ne se joue plus seulement avec des armes. Elle se joue avec les images. Et Itamar Ben-Gvir semblait offrir au monde exactement ce qu’il attendait : un Israël ricanant, humiliant, ivre de sa force, presque vulgaire dans sa manière de jouir de la confrontation. Non plus l’État inquiet et encerclé, mais le vainqueur mauvais, exhibant sa puissance comme un homme montre ses muscles dans une taverne.

La scène avait quelque chose de profondément méditerranéen, presque antique. On aurait dit un chef de bande levant son étendard au-dessus de prisonniers capturés sur une galère. Il y avait dans son rire une fatigue nerveuse, celle des peuples qui vivent depuis trop longtemps dans la guerre et dont certains finissent par transformer leur peur en insolence.

Preuve historique

Mais le problème d’Israël est terrible : chaque faiblesse morale y devient immédiatement mondiale. Chaque excès de langage s’y transforme en preuve historique. Chaque geste y porte un poids démesuré. Un ministre iranien peut sourire pendant qu’on pend des opposants à l’aube; le monde protestera quelques heures avant de retourner dormir. Des chefs islamistes peuvent promettre publiquement l’extermination; on parlera de “contexte”, de “radicalisation”, de “désespoir”. En Nigeria, des villages chrétiens peuvent brûler dans une quasi-indifférence médiatique. Les survivants Yézidis peuvent raconter les marchés d’esclaves de État islamique sans bouleverser durablement les consciences occidentales. Mais un ministre israélien hilare avec un drapeau suffit à enflammer la planète entière.

Parce qu’Israël est observé non comme un pays ordinaire, mais comme une scène morale permanente. Chaque image y devient allégorie. Chaque faute y prend aussitôt une dimension métaphysique. Et le plus tragique est peut-être que Itamar Ben-Gvir semble parfois jouer consciemment avec cela, comme s’il voulait défier le monde entier à coups de provocations calculées. Il nourrit ainsi exactement le récit que les ennemis d’Israël espéraient : celui d’un pays devenu arrogant, brutal, indifférent à l’humiliation infligée. Or la force véritable d’Israël n’a jamais été dans la brutalité théâtrale. Elle était dans cette tension douloureuse entre la nécessité de se défendre et la peur de devenir semblable à ses ennemis. Quand cette tension disparaît, quand le sarcasme remplace la gravité, quand la guerre devient spectacle identitaire, alors quelque chose se fissure — non dans la puissance militaire du pays, mais dans son image morale auprès d’un monde déjà prêt à le condamner.

Mauvais théâtre

Et pourtant, derrière cette scène grotesque du ministre brandissant son drapeau, il reste toujours la même réalité que beaucoup refusent de regarder : ces militants n’étaient pas des anges humanitaires flottant sur une mer innocente. Beaucoup soutiennent ouvertement ou implicitement des forces qui rêvent d’un Israël effacé “de la rivière à la mer”. La flottille cherchait elle aussi une image, une confrontation, une humiliation filmée.

Ainsi chacun jouait son rôle. Les militants leur innocence sacrificielle. Ben Gvir son nationalisme provocateur. Et le monde, sa grande passion contemporaine pour les spectacles moraux simples. Pendant ce temps, les vraies ténèbres continuaient d’avancer ailleurs, loin des caméras, dans le silence épais des pendaisons, des massacres et des guerres oubliées. 

Patrick Bruel: la loi du nombre ?

Le chanteur et comédien est présumé innocent. Les accusations de viols ou de violences, pour certaines remontant à plusieurs décennies, s’accumulent contre lui.


Il est hors de question de me prononcer sur la culpabilité ou l’innocence de Patrick Bruel, d’autant plus qu’il conteste l’ensemble des accusations, invoquant le consentement des plaignantes pour les faits qui lui sont reprochés, et que, sur le plan judiciaire, nous n’en sommes encore qu’aux prémices, avec la centralisation de toutes les procédures au parquet de Nanterre.

Comme l’avocate de Daniela Elstner, on est en droit d’espérer que ce parquet se montrera à la hauteur de celui de Paris, dont les diligences ont permis de traiter avec efficacité une affaire au retentissement artistique et médiatique considérable, touchant un chanteur et acteur au succès immense.

On peut éprouver quelque inquiétude lorsqu’on considère qu’un classement sans suite global a été prononcé en 2020 par le parquet de Nanterre, alors même que huit plaintes l’avaient déjà saisi et qu’elles présentaient, peu ou prou, des similitudes dont on aurait pu penser qu’elles appelleraient une autre réaction. D’autant plus que ce parquet avait alors une pratique consistant à ne pas examiner individuellement les agissements dénoncés, avec pour conséquence de les fondre tous dans une même décision de classement.

Une présomption authentique ou artificielle

Rien n’est plus délicat à appréhender que la présomption d’innocence. Je me souviens du très grand avocat, tellement regretté, Hervé Temime, qui considérait qu’elle n’existait pas réellement car, selon lui, dès lors qu’une enquête était ouverte et qu’une procédure était engagée, elle disparaissait sous le rouleau compresseur de la police et de la justice.

On n’est pas obligé d’aller aussi loin que cette provocation stimulante pour appréhender la difficulté assez fréquente, née du hiatus entre une présomption d’innocence invoquée en théorie et une certitude inverse sur une probable culpabilité.

Cette contradiction n’a rien à voir avec le ridicule extrême de ces médias, souvent TF1, qui, confrontés à un flagrant délit ou à un crime flagrant, avec parfois l’aveu de l’auteur, se réfugient pourtant, comme de bons élèves, derrière une présomption d’innocence artificielle.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Bruel: la meute fait salle comble

Avec Patrick Bruel, on est soumis à une vigilance complexe qui doit, en effet, concilier deux constats : d’un côté, on ne sait rigoureusement rien, sur le plan judiciaire, de son éventuelle implication ni de sa culpabilité dans l’ensemble de ces affaires ; de l’autre, ce qu’on en apprend médiatiquement ne rend pas absurde ce sentiment ordinaire selon lequel il n’y a pas de fumée sans feu et que la multiplicité comme la grande similitude des pratiques transgressives alléguées finissent par laisser peu de place au doute. Comme si, en quelque sorte, le nombre faisait loi.

Impératif d’interrogation

Ce n’est pas de l’hypocrisie que cette exigence imposant de tenir les deux bouts de la chaîne : d’un côté, la présomption d’innocence ; de l’autre, le droit de penser ce que l’on veut de la matérialité des faits, de leurs modalités et des dénégations opposées.

En revenant au propos d’Hervé Temime, et pour répondre à ce qu’il peut avoir de lucide autant que de préoccupant, il me semble qu’au-delà des journalistes, ce sont surtout les magistrats qu’il interpelle. Car, pour eux plus que pour quiconque, la présomption d’innocence doit constituer un impératif absolu.

Avant même que la condamnation ne soit prononcée et que les voies de recours ne soient épuisées, il est capital que les juges et les procureurs laissent toujours subsister cet espace de doute, d’incertitude, d’hésitation et d’interrogation qui pourrait se résumer ainsi lorsque le mis en cause, à quelque stade procédural que ce soit, nie les faits : « Et s’il disait vrai ? »

MeTooMuch ?

Price: ---

0 used & new available from

Roland, un morceau de France

Le premier tour des Internationaux de France débute ce dimanche. Pour Monsieur Nostalgie, le tournoi de tennis fait office à la fois de borne temporelle et exprime un art de vivre à la française…


Tout s’écroule autour de nous. Nous vivons sous le coup de l’élection présidentielle permanente. Elle est dans toutes les têtes, dans toutes les bouches et dans tous les sondages alors que les Français n’ont pas encore digéré ces deux quinquennats. Tout se délite chez nous. Et nous regardons les trains passer. Nous naviguons à vue. Sans cap, sans idéal, sans solution(s). Les empires s’organisent à nos portes et le poids des défis technologiques paraît démesuré sur nos frêles épaules hexagonales. Qui croire ? Qui suivre ? Vers quel destin, notre vieille nation se dirigera-t-elle ? Sommes-nous arrivés au terminus des prétentieux ? Dans ce grand flou, une chose demeure encore. Immuable. Quand tout se dérègle, les institutions, les corps constitués et l’ordre public, quand tout vacille à l’école, à l’hôpital et dans les jurys des prix littéraires, un bloc Central, mémoriel, ocre de couleur et fait d’une matière friable, une terre battue par les vents, se profile, chaque mois de mai, à cheval sur le début de juin. Roland-Garros, à l’instar de la Tour Eiffel et de la Loire prenant sa source au mont Gerbier-de-Jonc, résiste aux aléas et aux déroutes successives. Elle nous honore et nous console. On sait que l’on retrouvera le tournoi de tennis au même endroit, près des serres d’Auteuil, avec la même excitation gamine et le même pincement au cœur. Sur la frise chronologique de nos vies respectives, Roland a rythmé nos existences ; il a plus compté que les programmes des candidats de ces trente dernières années. Plus loin que l’on se souvienne, Roland a toujours été là, du temps de la victoire de Yannick en 1983, nous avions dix ans à peine, et depuis, quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, il sera le héros à jamais de notre adolescence. Nous le défendrons. Parce que l’on ne peut renier sa famille, ses amis, ses idoles. Grâce à lui, nous avons tapé des heures durant des balles molles sur des murs improvisés. Nous pouvions disserter entre copains sur les vertus des raquettes en bois, en fer et bientôt en carbone, en graphite ou en radial. Le quick, fourbe et éreintant, planté en plein cagnard, à la sortie de notre village, fut notre principale résidence secondaire durant les vacances scolaires. Une terre d’accueil et un refuge de l’adolescence. Plus tard, Roland fut synonyme de révisions lycéennes et de flirts impossibles. Adulte, ressassant un hypothétique âge d’or, fatiguant nos propres enfants, nous leur parlions de joueurs comme s’il s’agissait de du Guesclin ou de Bayard. Il y avait Guillermo, John, Jimmy, Martina et Chris Evert, et nous insistons sur le talent pur, naturel, la virtuosité, la main féérique d’Henri Leconte de Paris. Quand Roland arrive, nous prenons conscience que le tournoi, ce monument, est tout simplement beau, que les allées y sont propres, les hôtesses accueillantes, les ramasseurs plus disciplinés que nos députés en séance et que cette surface, méditerranéenne par essence, nous la partageons avec Monte-Carlo, Rome et Madrid, est au croisement des Arts et du sport. La terre battue, c’est de la danse et de la peinture, de la littérature et du cinéma, des fulgurances et de la stratégie. Amélie est la sainte patronne de cette capsule en lévitation durant quinze jours, à la fois pleinement dans son époque et n’ignorant pas le sens de la tradition. Les revers y sont plus beaux qu’ailleurs, ils semblent en suspension. Sur le dur, sur le rapide, les coups sont secs et éclatants, musculairement efficaces, puissants et catégoriques, presque trop manichéens, alors que sur la terre, les gestes se déploient dans une poésie dont seuls les esthètes ne se lassent pas. Roland, c’est une France exigeante et charnelle, polie et avenante, qui refuse le prêt-à-penser, qui ne crache pas sur son passé, tout en préparant l’avenir, qui aime le sens du spectacle et promeut une forme avancée de courtoisie. Le style et le fair-play aux portes de Paris, c’est un programme inspirant comme disent les novlangueurs. Roland, c’est le Général qui dit non, c’est la chorégraphie contre le matraquage des formes, c’est une singularité dans un monde de plus en plus global. Roland, c’est peut-être l’impossible troisième voie que nous cherchons tous…

Super Ruffin et les grincheux

La meute de Jean-Luc Mélenchon se déchaîne contre le député de la Somme François Ruffin, qui évoque la question du racisme dans une bande dessinée, après avoir déjà osé affirmer qu’il était contre l’immigration de travail.


François Ruffin, on le sait, aime à se démarquer des autres, cheminer à l’écart de la meute. La meute, pléthorique, ces temps-ci dans la perspective de 2027, si bien qu’on aura bientôt plus vite fait de décompter « celles et ceux » qui n’iront pas que ceux qui se sentent des fourmis dans les jambes.

Ruffin est de ceux-là. Il rêve de l’Élysée dont, promet-il, il serait le premier locataire de toute l’histoire à se contenter d’être payé au SMIC. On applaudit.

Alors, pour se distinguer du troupeau et lancer sa campagne, il s’est abstenu de publier un livre comme font tous les autres, vous savez ce mélange rebattu d’autobiographie et de litanies programmatiques, le résultat étant le plus souvent une soupe assez indigeste dont on aurait mieux fait de s’en remettre à l’IA pour le concocter. Non, le candidat Ruffin a choisi, quant à lui, le mode B.D. A priori l’idée n’était pas mauvaise.

Le titre de cette œuvre magistrale : Picardie Splendor : les aventures de François Ruffin député-reporter. C’est édité aux éditions les Arènes. N’y cherchez pas de Milou. Il n’y en a pas. Il y a seulement l’auteur-candidat-député-reporter en super héros. En Super Ruffin.

On l’y voit dans la vraie vie, notamment dans les travées d’un train Intercités ou d’un tram, intervenant, tel le bon ange veillant sur le respect des règles du vivre ensemble citoyen dans les transports en commun, picards en l’occurrence, ces transports. On l’y voit donc invitant tel usager à respecter la police après avoir pris fort mal le contrôle de son titre de transport, et, dans la foulée, exhorter les forces de l’ordre à respecter elles, leur uniforme. L’équité républicaine, morale et humaniste dans toute sa rigueur et sa vigueur. Là aussi, on applaudirait. Évidemment, c’est un peu puéril, un peu niais, et de voir Super Ruffin se donner ainsi le beau rôle ne peut que faire sourire.

À gauche toute, on ne sourit pas. Du côté de LFI, l’ancienne écurie de notre Super Héros, on s’est empressé de monter dans les tours. L’accusation de raciste a fusé. Dans ces rangs-là, avant toute chose, il faut sortir le fourre-tout du racisme lorsqu’on veut se payer une tête, quelle qu’elle soit. Faut-il préciser que le passager à qui s’en prend notre super héros est « racisé » ? Faut-il rappeler aussi que Super Ruffin, malheur à lui, honte à lui, ne l’est pas. En d’autres termes, il pâtit de la tare inexpiable d’être blanc. Ce qui fait de lui le dernier des êtres vivants habilités à faire la leçon à qui que ce soit.

Circonstance terriblement aggravante : de quoi se permet-il de parler dans sa BD ? De l’immigration ! Mais comment a-t-il pu se fourvoyer à ce point ? Mmes Autain et Tondelier, fort opportunément, sont là pour le rappeler à un minimum de bon sens. Évoquer, ne serait-ce qu’à demi-mot l’immigration revient à ensemencer les terres de l’horrible RN, de l’épouvantable extrême droite. On ne doit pas en parler. Jamais. Comment Ruffin, militant de gauche avéré et sans aucun doute sincère, a-t-il pu oublier la règle fondamentale de la gauche selon laquelle les mots tiennent lieu de réalité, le réel se limitant donc au discours qu’on veut bien en tenir ? Les mots sont rois. N’existe que ce qu’on met en mots. Le reste est nul et non avenu. Et voilà bien que Super Ruffin, non seulement met les mots sur la réalité d’un banal trajet en transport en commun, mais en outre il ose plaquer des images sur ces mots. Il se permet, le bougre, de montrer la chose. Les vrais visages de la chose ! Là, on se dit que Super Ruffin s’est trop laissé influencer par un ancien slogan de Paris-Match : « Le poids des mots, le choc des photos ». De l’image, en la circonstance. Quelle folie !

L’inquisition rouge, donc s’est mise en branle. Le bûcher n’est pas loin. Le coupable, d’ores et déjà, a cru opportun de faire amende honorable. Il se dit désormais dépité-reporter. Il affirme comprendre qu’il ait pu blesser et s’en excuse. Face à l’inquisition, il faut toujours commencer par-là, battre sa coulpe. Sera-ce suffisant ? Certainement pas. D’autant que le garçon est par ailleurs un dangereux récidiviste. N’a-t-il pas condamné voilà peu le recours à l’immigration de travail, médecins et autres. C’était déjà dépasser de beaucoup les bornes de la bien-pensance. La BD, c’était le coup de trop. Les grincheux n’allaient pas laisser passer l’aubaine de flinguer l’impertinent dès son envol. De ce côté-là, il est vrai, il ne peut y avoir de place que pour un seul super héros : l’éructator-exterminator en chef. Je vous laisse le loisir de le nommer. 

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

Price: ---

0 used & new available from

Censure, contrôle, rationnement: le nouveau projet de nos progressistes pour Internet

Le député macroniste Paul Midy propose d’encadrer les temps de parole sur les réseaux sociaux et de mettre au pas les algorithmes des Gafam. De son côté, sur Radio Nova, Najat Vallaud-Belkacem lève le voile sur des désirs de censure plus explicites. Puis, elle s’en va fouler le tapis rouge du festival de Cannes – après avoir foulé aux pieds la liberté d’expression.


On comprend peut-être de mieux en mieux pour quelles raisons le système en place a tenu absolument à ce que Najat Vallaud-Belkacem entre à la Cour des comptes et jouisse par conséquent d’une position avantageuse lui permettant, qui sait, de soutenir de prochaines décisions autoritaires, pour ne pas dire pire. Celles, entre autres, limitant la liberté d’expression tout en prétendant la défendre. S’asseyant une nouvelle fois sur le devoir de réserve inhérent à sa fonction[1], Mme Vallaud-Belkacem, décomplexée, très à l’aise dans les locaux de Radio Nova, la radio gauchiste du banquier Matthieu Pigasse, n’a pas hésité à préconiser la censure des réseaux sociaux et des plateformes numériques qui regimbent devant les grandes avancées socialistes, les magnifiques projets de l’UE, bref, l’avenir radieux que nous promettent les élites progressistes.

Maudits algorithmes

Si elle n’a pas utilisé le mot « label », on sentait bien quand même qu’il lui brûlait les lèvres. Idem pour « contrôle », « surveillance » et « interdit », autant de termes qu’il eût été trop brutal d’utiliser directement mais qui flottaient dans l’air, dans une atmosphère d’intolérance assumée. Au sujet des réseaux sociaux, Mme Vallaud-Belkacem affirme que « ce sont les contenus toxiques les plus haineux qui sont mis en avant par les algorithmes au détriment des contenus nuancés, de complexité, de science » – ces derniers ne pouvant provenir que des milieux progressistes, bien entendu. D’après elle, la liberté d’expression n’existe pas sur les plateformes numériques, c’est un fantasme alimenté par des gens comme Elon Musk: « Ces acteurs-là ont mené toute une bataille culturelle pour réussir à convaincre l’opinion publique que ces outils leur permettaient la liberté d’expression. » En vérité, la toujours présidente de l’association France terre d’asile – présidence bénévole qui pose toutefois le problème d’un conflit d’intérêt latent, la Cour des comptes étant chargée de contrôler l’usage des deniers publics et ladite association ayant un budget de plus de 68 millions d’euros par an, dont 70% proviennent du ministère de l’Intérieur – la présidente de cette association, donc, reproche surtout aux plateformes numériques de ne pas censurer suffisamment les messages remettant en cause l’immigration illimitée dans notre pays, ceux s’interrogeant sur l’insécurité et les « faits divers » impliquant régulièrement des migrants sous OQTF, ceux contestant les subventions publiques versées aux ONG et associations immigrationnistes. Elle y devine des messages de haine, mot-valise permettant de censurer tout ce qui ne va pas dans le sens de son idéologie. « Il faut absolument réguler sévèrement les plateformes » et « les attaquer en justice à chaque fois qu’il y a un contenu problématique ». Bel euphémisme pour camoufler son objectif réel, lequel est de censurer absolument toutes les opinions qui la contrarient ou remettent en cause les projets de l’association qu’elle préside : ne pas enrayer l’immigration, réduire considérablement le nombre d’OQTF émises à l’encontre des étrangers en situation irrégulière, régulariser au minimum 250 000 d’entre eux, développer l’hébergement pour les demandeurs d’asile, etc.

A lire aussi, Stéphane Sitbon-Gomez: «Si on écoute Charles Alloncle, demain on fera TF1 en moins bien!»

Dans un entretien donné au média “Tout va bien” à l’occasion de la sortie de son livre intitulé Sevrage numérique, Mme Vallaud-Belkacem, qui ne manque décidément pas d’idées dès qu’il s’agit d’entraver la liberté d’expression, préconise d’imposer aux constructeurs de smartphones un tableau de bord du temps passé en ligne, le but étant de rationner ce temps, à l’instar, dit-elle, de ce qui a été fait pour l’automobile en limitant la vitesse et « en imposant la ceinture de sécurité » (sic). Bien entendu, les bons sentiments viennent à la rescousse du projet prohibitif : l’ex-catastrophique ministre de l’Éducation nationale dit vouloir protéger les enfants en appliquant des règles qui, au bout du compte, s’appliqueront à tout le monde, d’une manière ou d’une autre. Elle avait d’ailleurs décrit l’une d’entre elles, radicale, dans Le Figaro du 18 mars 2024: « Comme nous sommes incapables de nous poser des limites, il faut que la contrainte vienne d’ailleurs : donc de la loi, donc de l’État. Voilà pourquoi je souhaiterais que l’on réfléchisse concrètement aux moyens de rationner internet, par exemple en accordant un nombre limité de gigas à utiliser quotidiennement. »

Les progressistes ont peur de voir leurs idées perdre la bataille culturelle sur les réseaux sociaux

Le député de l’Essonne Paul Midy. DR.

À moins d’un an des élections présidentielles, Najat Vallaud-Belkacem se propose de participer activement à la mise en place du système de contrôle qu’Emmanuel Macron, Thierry Breton, Nathalie Loiseau et la Commission européenne ont créé, système qui a pris une telle ampleur que d’aucuns le qualifient de véritable complexe industriel de la censure. Tout le monde s’y met. Le député macroniste Paul Midy qui, ce n’est pas anodin, a travaillé pour le cabinet McKinsey de 2007 à 2014, vient de déposer une proposition de loi visant « à garantir le respect de l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion sur les réseaux sociaux » durant les périodes électorales. « La moitié des Français s’informent sur les réseaux sociaux », s’alarme le député sur le plateau de CNews. Dès lors, ajoute-t-il en accusant les algorithmes des différents opérateurs, il est nécessaire de faire en sorte qu’il y ait des « équités de temps de parole politique » sur ces réseaux, à l’instar de ce qui se pratique, d’après lui, dans les médias audiovisuels grâce à nos « bonnes règles démocratiques ». Cet homme se moque du monde. Les Français voient depuis des années les règles essentielles d’un véritable pluralisme remplacées par des méthodes soi-disant démocratiques mais en réalité toujours plus autoritaires et partiales, bénéficiant systématiquement à la même partie de la classe politique. Les médias audiovisuels mainstream, le service public en tête, n’ont pas besoin d’algorithmes pour pousser tel ou tel programme politique et, surtout, dévaluer ou invisibiliser tel ou tel autre.

A lire aussi, du même auteur: Information: tout est sous contrôle

Les Français ne sont plus dupes et cherchent d’autres moyens de s’informer. Les réseaux sociaux et les médias numériques alternatifs, s’ils ne sont pas sans défauts, permettent, en plus de prendre connaissance de faits relégués dans les oubliettes par le système politico-médiatique, de lire et d’entendre des opinions qui divergent du discours dominant. Il y a un peu plus d’un an, sur France 5, Clara Chappaz, à l’époque ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du numérique, dénonçait spontanément les « fausses opinions » circulant sur la toile. Reprise par le journaliste, elle se corrigea et parla de « fausses informations ». Trop tard ! Le lapsus révélait la vision idéologique et binaire de la caste au pouvoir : d’un côté, des opinions considérées comme douteuses, nauséabondes et censurables parce que provenant de citoyens situés du côté obscur de la politique ; de l’autre, des opinions indéfectibles, indiscutables, qui ne sauraient être remises en cause puisqu’elles trouvent leur source dans le camp du bien. Cette même caste en appelle donc à la régulation et la modération sur les plateformes numériques et réclame des moyens de les contrôler. Pour ce faire, elle désigne des « signaleurs de confiance » en ânonnant les consignes du DSA (Digital Services Act) élaboré par la Commission européenne. Qui désigne ces « signaleurs de confiance » ? Qui collecte leurs rapports de police ? Dans les deux cas, la réponse est : l’Arcom. Ce n’est pas pour rien que le député Paul Midy propose de confier à cette dernière de nouveaux pouvoirs de contrôle, lesquels sont d’ores et déjà exposés sur son site[2] : le « projet stratégique 2026-2028 de l’Arcom » ne peut que satisfaire Najat Vallaud-Belkacem. Nul doute qu’elle le soutiendra vigoureusement dès son retour de Cannes où, nous dit-on, elle parade sur la Croisette aux côtés d’Aurore Bergé, dans le cadre d’un festival qui est manifestement devenu le lieu ultime de l’entre-soi, le théâtre médiatique de toutes les vanités.


[1] Relire https://www.causeur.fr/les-aventures-de-najat-vallaud-belkacem-et-des-fact-checkers-319167

[2] https://www.arcom.fr/actualites/projet-strategique-2026-2028-de-larcom-une-regulation-du-numerique-plus-forte-proteger-les-francais

Swatch x Audemars Piguet: quand le luxe fait faire la queue pour sa propre publicité

0

Ces derniers jours, il y avait autant de monde devant les magasins de montres Swatch que devant les magasins de poulet halal Master Poulet. Ces queues interminables qui attirent les médias sont devenues en tant que telles ces derniers temps de véritables opérations marketing pour les marques. Ce n’est pas flatteur pour l’industrie du luxe.


L’affaire Swatch x Audemars Piguet n’est pas une fantaisie horlogère. C’est un aveu.

En mai 2026, les deux marques ont lancé Royal Pop : huit montres de poche en biocéramique, vendues dans certaines boutiques Swatch, à raison d’une pièce par personne et par jour. On a vu des files massives à Milan, New York, Dubaï. Des bousculades. Des fermetures de boutiques. Du gaz lacrymogène à Paris face à 300 personnes. Des exemplaires revendus en quelques heures à deux ou trois fois leur prix. Et 11 milliards de vues revendiquées par Swatch sur les réseaux sociaux.

Voilà le vrai produit de l’opération. Pas les montres. La scène

Le luxe a toujours reposé sur la rareté. Mais la rareté n’est pas la cohue. La rareté classique consistait à produire moins, distribuer mieux, laisser le désir travailler à distance. Ici, le mécanisme est d’une autre nature, et parfaitement lisible : attirer des foules, scénariser la frustration, capter les images de saturation, nourrir la spéculation immédiate, puis laisser ce désordre servir de preuve publique du désir. On ne vend plus seulement un objet. On fait travailler des files, des attentes et des déceptions au service d’une machine de visibilité.

L’opération, du reste, est habile. Audemars Piguet a protégé son totem. Royal Pop n’est pas une Royal Oak bon marché. On n’a pas démocratisé l’icône. On en a prélevé les codes, la silhouette, le capital visuel, pour les injecter dans un dispositif de masse. L’objet est protégé. Le signe, lui, est mis au travail. C’est précisément ce qui rend l’affaire plus révélatrice.

(C) Swatch

Le point le plus grave est là : dans la manière dont l’opération traite indistinctement l’amateur sincère et le petit revendeur venu capter une prime immédiate. Les uns apportent la légitimité affective. Les autres apportent la preuve qu’il y avait de l’argent à faire. Ensemble, ils produisent la même image. Le client sérieux se retrouve noyé dans la même foule que le spécialiste de l’achat-revente. Il n’y a plus de hiérarchie. Plus de protection symbolique du rapport à l’objet. Tout le monde sert à la même chose : alimenter la scène.

A lire aussi: Quand Canal + démasque les Jean-Moulin de la Croisette

Or le luxe commence précisément là où tout le monde ne sert pas à la même chose

Le consommateur n’est plus le destinataire d’une proposition. Il devient un figurant. Mieux : un figurant solvable. Sa présence, son attente, sa frustration, tout cela entre dans la valeur de l’opération. Il ne sert pas seulement à acheter. Il sert à faire voir qu’il y avait quelque chose à acheter.

On dira qu’une collaboration bien pensée crée de nouveaux points d’entrée, élargit le public, fait vivre l’horlogerie au-delà de ses cercles habituels. C’est possible. Mais ce n’est pas le sujet. Une marque de luxe n’a pas pour mission d’élargir indéfiniment son public. Elle a pour mission de maintenir l’intelligibilité de ce qu’elle est. Et dans le luxe, cette intelligibilité passe souvent par le refus.

Une marque qui sait encore ce qu’elle vaut n’a pas besoin d’organiser des scènes de cohue pour rappeler qu’on la désire. Elle sait que la force ne vient ni du bruit ni de la foule. Elle sait surtout qu’on ne monétise pas tout.

Ce que Royal Pop révèle, c’est une industrie qui croit moins à la seule puissance silencieuse de ses objets qu’à l’organisation spectaculaire de leur accès. Elle emprunte ici ses méthodes au divertissement de masse et au drop streetwear : logique de l’instant, de la foule, de la revente, de la saturation sociale. Swatch a revendiqué des milliards de vues. La mesure du succès ne se limite donc plus à la vente. Elle englobe désormais tout le trafic émotionnel produit autour d’elle.

Le luxe avait autrefois quelque chose d’aristocratique : il savait laisser venir. Il adopte ici un réflexe beaucoup plus contemporain. Une marque ne s’abîme pas seulement quand elle vend trop. Elle s’abîme aussi quand elle rend trop visible la mécanique par laquelle elle fait désirer.

La vraie question n’est donc pas de savoir si cette collaboration était habile. Elle l’était. La vraie question est plus sévère. Qu’est-ce qu’une marque admet de faire de ses consommateurs lorsqu’elle décide qu’une telle opération lui est devenue normale ? La réponse, ici, n’est pas flatteuse. Et le fait que l’industrie se garde bien de la poser est déjà un diagnostic.

Radicalisation gastronomique

Quel est ce malheureux pays qui voit du terrorisme dans le terroir mis en avant par les rassemblements du «Canon français» ou les chansons de Michel Sardou, et ne s’inquiète pas de la disparition du jambon-beurre dans les rues où ouvre l’enseigne « Master Poulet »?


Mesdames et messieurs, citoyens vigilants, l’heure est grave. Selon plusieurs experts autoproclamés du vivre-ensemble anxieux, la France serait aujourd’hui confrontée à une menace d’une ampleur inédite : des gens se réunissent autour d’une table.

Oui.

Ils mangent du saucisson. Parfois même du fromage. Et certains, dans un accès de radicalisation gastronomique absolument terrifiant, osent ouvrir… une bouteille de rouge. Le phénomène porterait un nom de code inquiétant : « le Canon français ».

À première vue, l’observateur naïf pourrait croire qu’il s’agit simplement de copains qui discutent autour d’un barbecue, d’un porcelet rôti, d’un cassoulet ou d’une planche de charcuterie en chantant du Michel Sardou entre deux blagues douteuses sur les années 70.

Erreur.

Car derrière le pâté de campagne se cacherait en réalité une mécanique d’oppression d’une sophistication idéologique redoutable. Le danger commence toujours de manière anodine. Un type commande un sandwich jambon-beurre. Puis un autre. Puis un troisième. Et soudain, la République vacille.

A lire aussi, Dominique Labarrière: Et mon culte, c’est du poulet?

Imaginez la scène. Trois ouvriers assis sur un banc. Une baguette sous le bras. Un demi pression. Du Michel Delpech qui sort d’une enceinte Bluetooth. « Quand j’étais chanteur… » La barbarie. Comment ne pas voir là une démonstration de domination civilisationnelle ?

À ce rythme, demain, certains réclameront peut-être le droit monstrueux de faire des barbecues dans leur jardin sans validation préalable de la Haute Autorité de Déconstruction Alimentaire. Mais heureusement, les nouveaux inquisiteurs de la convivialité veillent. On évoque déjà plusieurs mesures de bon sens.

Le permis de charcuterie

Avant tout achat de rosette, chaque citoyen devra remplir un formulaire CERFA attestant qu’il ne nourrit aucune pensée rétrograde pendant l’ingestion. Le simple fait d’aimer le saucisson sec sans y adjoindre une autocritique anticoloniale de huit minutes pourrait entraîner un stage obligatoire de rééducation culturelle.

Septembre 2023.

La brigade anti-Sardou

Des contrôles aléatoires seront organisés dans les foyers.

— Bonjour monsieur, police culturelle.

— Nous avons été alertés par un voisin.

— Possédez-vous des disques de Michel Sardou ?

— Euh… oui… mais aussi du jazz.

— Le jazz ne compensera pas.

Les récidivistes surpris à écouter « Les Lacs du Connemara » lors d’un apéritif non inclusif risqueront une suspension de barbecue de six mois.

L’interdiction du sandwich parisien

Car enfin, il faut poser les vraies questions. Quand un homme mange un jambon-beurre devant quelqu’un qui n’en mange pas, n’est-ce pas une violence symbolique ? Ne faudrait-il pas flouter les tranches de jambon dans les vitrines des boulangeries ? Mettre des avertissements sanitaires ? « Attention : ce sandwich peut contenir des traces de France périphérique. »

Le fichage des suspects

Les autorités devront naturellement surveiller les individus présentant plusieurs facteurs de radicalisation culturelle :

possession d’un Laguiole ;

goût prononcé pour le pâté en croûte ;

A lire aussi; Didier Desrimais: Le collectif «Zapper Bolloré» est à son tour zappé

écoute régulière de Michel Polnareff ;

usage excessif du mot “terroir” ;

présence d’un oncle qui fait son propre vin.

Les cas les plus lourds pourraient même être envoyés dans des centres de déradicalisation républicaine où ils apprendraient à manger des crackers de quinoa à tremper dans un tajine aux olives en silence.

La fin du banquet

Car au fond, ce qui semble insupportable à certains militants, ce n’est pas le porc. Ce n’est pas le vin. Ce n’est même pas Sardou. C’est peut-être simplement l’existence persistante d’un peuple qui continue à vivre selon ses habitudes ordinaires sans demander la permission idéologique. Des gens qui mangent. Qui chantent. Qui trinquent. Qui se moquent. Qui vivent encore dans une culture populaire charnelle, imparfaite, parfois vulgaire, souvent excessive, mais profondément humaine. Alors évidemment, vu depuis certains bureaux militants, un barbecue entre amis peut finir par ressembler à une menace civilisationnelle. À force de voir du fascisme dans un jambon-beurre, on finit par déclarer la guerre à la boulangerie.

Et le plus ironique dans tout cela, c’est que les nouveaux procureurs de la pureté imaginent lutter contre la stigmatisation… en transformant chaque saucisson en affaire politique. Demain, peut-être faudra-t-il manger des lentilles sous surveillance administrative, casque antibiais sur la tête, pendant qu’un médiateur agréé vérifiera que personne n’a fredonné Michel Sardou entre deux bouchées. Mais rassurons-nous. Tant qu’il restera quelque part une nappe à carreaux, un vieux transistor qui grésille, une odeur de merguez ou de cochon grillé, un ballon de rouge posé sur une table en plastique et deux types capables de refaire le monde en parlant trop fort après le troisième verre… la France ne sera pas totalement morte.

Télescopages

Sur le Boulevard Saint-Martin de Farhadi, tout le monde épie tout le monde et le spectateur s’ennuie. Passez votre chemin… Autant revoir Fenêtre sur cour. Ou un bon film iranien


N’importe quel vrai Parisien reconnaîtra instantanément dans le foyer de l’action (outre quelques séquences musclées dans les entrailles du métro et sur le quai de Magenta, station RER) cette merveille du réseau viaire qu’est le boulevard Saint-Martin, avec sa chaussée encaissée entre les rives adverses de ses trottoirs qu’on escalade par des marches dallées de belle pierre, son double parapet calcaire et ses noirs garde-corps en fonte ouvragée, résultat du terrassement haussmannien propre à faciliter alors le dense trafic hippomobile… Pour l’heure, on s’y espionne au télescope d’un bord à l’autre, de l’étage sommital d’un immeuble qui a vue sur un appartement situé pile en face, de l’autre côté de l’artère.  

Cuisson à petit feu

Nous voilà donc loin de l’Iran, et à bonne distance, hélas, des chefs d’œuvres autochtones d’Asghar Farhadi – Une séparation (2011), Le client (2016), Un héros (2021)… Le cinéaste natif d’Ispahan n’en est certes pas à sa première incursion dans la cinématographie européenne – cf. Le passé (2013), ou Everybody Knows (2018), avec Pelenope Cruz, Javier Bardem et Ricardo Darin. Mais Histoires parallèles, qui s’annonce pour une adaptation de Brève histoire d’amour, numéro six du Décalogue, de feu le cinéaste polonais Krysztof Kieslowski, Dieu ait son âme (épisode auquel le film emprunte accessoirement jusqu’à la nausée une lancinante ponctuation musicale à la guitare), réussit au premier chef l’exploit d’embrocher pas moins de cinq stars dans sa longue cuisson à petit feu : Huppert, Efira, Cassel, Niney, et même Deneuve (en éditrice planquée, le temps d’un plan express, derrière sa table de travail).

A lire aussi, Dominique Labarrière: Cannes: la reine Isabelle en son royaume

Car la Huppert, bagouzée, nippée comme une sorcière, incarne Sylvie, poétesse et romancière, éthylique et fumeuse, laquelle, en quête d’inspiration, espionne ses voisins à la longue-vue pour y trouver matière à fiction. Elle n’en finit pas de taper ses feuillets, frappant une antédiluvienne machine à écrire Olivetti, noyée dans le capharnaüm de l’appartement surchargé de bouquins et autres vieilleries accumulées depuis le demi-siècle qu’elle l’occupe. On comprend peu à peu que l’écrivaine parcheminée a l’usufruit du bien, mais que sa fille (India Hair, dans le rôle), enceinte et impécunieuse mais bénéficiaire de la donation-partage, est impatiente qu’il soit vendu : pour commencer, il faut bien débarrasser ce fourbi.  

Imbroglio obscur

La harpie à demi timbrée engage comme manutentionnaire un immigré SDF (Adam Bessa). Celui-ci commence lui-même à s’immiscer de façon de plus en plus intrusive dans ce microcosme, dont le pendant est constitué par un trio:  Nita, plus deux frères improbables, Pierre et Christophe (Efira/Cassel/Niney). Précisément dans le logis espionné, ils exercent de concert leur profession de « bruiteurs » pour le septième art – docus animaliers ou autres commandes de cinéma. S’ensuit un imbroglio assez obscur dans lequel les protagonistes se dédoublent comme personnages de fiction, d’où le titre du film. Et se voient bientôt investis dans des rivalités libidinales et les attendues ‘’violences-sexuelles-et-sexistes’’ dans l’air du temps. Occasion, pour Pierre Niney, en proie à une soudaine poussée de priapisme incoercible, de se jeter sur la pucelle Efira – no excuse –, laquelle au demeurant le trompe avec le frangin.

Décontenancé par les télescopages, fausses pistes et bifurcations de cette partition chorale au casting cinq étoiles racoleur, le spectateur le mieux intentionné du monde finit par perdre le fil d’un exercice de style qui lui apparaît un peu trop fabriqué. Même si décidément, la virtuosité d’Isabelle Huppert reste encore et toujours, d’un film à l’autre, fascinante.

On vous conseillera plutôt de regarder Taxi Téhéran, chef d’œuvre du génial compatriote persan Jafar Panahi, durablement en accès libre sur Arte TV.

https://www.youtube.com/watch?v=SXuLiRIkVkw

Histoires parallèles. Film de Asghar Farhadi. Avec Isabelle Huppert, Virginie Efira, Vincent Cassel, Pierre Niney, Adam Bessa, India Hair, Catherine Deneuve. France, couleur, 2026

Durée : 2h19

En salles.

Et sur Arte.tv : Taxi Téhéran, docu-fiction de Jafar Panahi. Couleur, 2025.  Durée :  1h19. En accès libre à la demande jusqu’au 9 octobre 2026.

Le cafteur et le rapporteur

0
Patrick Cohen, Paris, 18 décembre 2025 © Stephane Lemouton/SIPA

Patrick Cohen en arbitre du pluralisme : on croit rêver ! Malmené lors de son audition, l’éditorialiste vedette a fustigé la commission et exposé une morale à géométrie variable. Ainsi qu’un goût pour la délation.


9 avril 2026. 7 h 43. Sur France Inter, Patrick Cohen tire les leçons d’une commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public qui le laisse sur sa faim. Selon lui, elle est passée à côté « des questions de fond, la spécificité du service public, la façon de garantir l’accès à une information fiable ou de concilier pluralisme et impartialité ». On se pince pour y croire : celui qui tient ces propos est le même qui a été pris la main dans le sac de la collusion médiatico-politique dans un café parisien en compagnie de son confrère Thomas Legrand et de deux pontes du PS ; le même qui s’est fait réprimander par l’Arcom pour des commentaires sur le meurtre de Thomas Perotto « ne satisfaisant pas aux exigences de mesure, de rigueur et d’honnêteté » ; le même qui, un soir d’ébriété idéologique en 2013, affirma spontanément, sur le plateau de « C à vous » que chacun n’a pas le droit de penser ce qu’il veut.

La star de France Inter et France 5 n’a toujours pas digéré son audition par la commission d’enquête sur l’audiovisuel public et les questions pertinentes posées par le rapporteur Charles Alloncle. Ce jour-là, il a refusé de répondre précisément et a tenté à de multiples reprises d’inverser les rôles en interrogeant sèchement le rapporteur. Derrière les affèteries dédaigneuses et les soupirs condescendants a transparu l’estime infinie que l’éditorialiste se porte à lui-même.

A lire aussi: «Malgré des mois d’investigation, Charles Alloncle n’a rien trouvé d’illégal!»

Patrick Cohen s’est plaint d’avoir été enregistré par L’Incorrect à son insu. « Atteinte à la vie privée », a-t-il geint devant les parlementaires. Pourtant, lui a judicieusement rappelé Charles Alloncle, il justifiait en 2018 la divulgation d’un enregistrement fait à l’insu de Laurent Wauquiez et évoquait alors une « démarche journalistique tout à fait légitime ». Ajoutons qu’il ne rechigne pas à cafarder à l’occasion. Ainsi, lors de ce fameux quadrille avec son confrère et deux éminents représentants du PS, l’entend-on balancer le nom d’un journaliste du Figaro qui l’informait discrètement sur les atermoiements de la rédaction dudit quotidien à propos de l’écologie.

Plus récemment, sur le plateau de « C à vous », le sycophante n’a pas hésité à rapporter à l’antenne une blague indécente que Fabien Roussel lui avait racontée en privé. Au moins, les futurs invités de l’émission phare de France 5 savent-ils maintenant à qui ils auront affaire : derrière le sourire du technico-commercial médiatique se cachent de furieuses envies de cancaner méchamment, qui renseignent sur l’esprit vertueux et les manières irréprochables dont il se prévaut.

En plus de Charles Alloncle, l’éditorialiste est obsédé par les « médias bollorisés ». Le 6 avril dernier, sur RMC, il lâche : « Dans l’état actuel, c’est purement factuel, je pense que CNews est hors-la-loi. » Se prendre pour un juge quand on est journaliste, c’est cocasse. Puis en avril toujours, le journaliste se fâche encore tout rouge sur France Inter en consacrant deux de ses éditos politiques au milliardaire breton, « dont la photo géante,façon Staline à la une de L’Huma » illustre, à son grand dam, la couverture d’un article dans Le JDD. Signalons au passage que Cohen ne répugne pas afficher sa bobine plein pot en couverture de son dernier livre paru chez Flammarion. Un ouvrage intitulé, ça ne s’invente pas… Les Mystificateurs.

🎙️ Podcast: Lula versus Bolsonaro: socialisme et corruption au Brésil et ailleurs

0
(A gauche) Le président de la République du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva, lors du lancement de Move Apps, à la Casa de Portugal, dans le quartier de Liberdade, région centrale de Sao Paulo, ce mardi 19 mai 2026. © Marina Uezima/Brazil Photo Press/Shutterstock/SIPA. (A droite) Le sénateur et candidat à la présidence de la République pour le Parti libéral, Flavio Bolsonaro, lors du lancement de la pré-campagne pour le Sénat fédéral de l'ancien secrétaire à la Sécurité publique, Guilherme Derrite, à l'hôtel Royal Palm Plaza, à Campinas, ce vendredi 15 mai 2026. © Marina Uezima/Brazil Photo Press/Shutterstock/SIPA

Avec Driss Ghali et Jeremy Stubbs.


L’élection présidentielle brésilienne se tiendra les 4 et 25 octobre, pourtant la campagne est déjà perturbée par des accusations de corruption qui touchent les deux candidats principaux: le président actuel, Lula, et Flávio Bolsonaro, le fils de l’ex-président populiste, Jair Bolsonaro. Effectivement, la corruption est endémique dans les élites brésiliennes, qu’elles soient socialistes ou non. D’ailleurs, le pays emprunte actuellement une voie qui risque d’aboutir un jour à la création d’un narco-Etat.

A lire aussi: Pakistan, l’allié du milieu

Entre-temps, Lula a bien joué ses cartes face à Donald Trump, qui n’a pas imposé de tarifs punitifs au Brésil, car les Etats-Unis ont grand besoin de produits brésiliens, comme le café. En revanche, le président brésilien actuel est très gêné par le succès comparé de l’Argentine de Milei et du Salvador de Bukele, deux dirigeants qui sont loins d’être socialistes. Le grand problème de la gauche en Amérique du Sud, c’est qu’elle donne la priorité à la réduction des inégalités plutôt quà la réduction de la criminalité.

A lire aussi: La liberté à Cuba: un fondement de valeurs et de foi

En France, la suggestion du maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, qu’une insurrection serait nécessaire dans le cas d’une victoire du RN en 2027, joue non seulement contre son propre parti, LFI, mais aussi contre le RN. En effet, les électeurs qui ont voté pour Emmanuel Macron craindront un déchaînement de violence si la gauche radicale ou la droite nationale gagne et risquent de voter majoritairement pour un Macron bis, comme Gabriel Attal.

Une contre-histoire de la colonisation française

Price: ---

0 used & new available from

Ben-Gvir, le monstre attendu

0
DR.

Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir fait honte à Israël. La vidéo des activistes de la « flottille pour Gaza » arrêtés, agenouillés et les mains liées, diffusée par son ministère, provoque un tollé.


Puis l’image suivante apparut. Le gros Itamar Ben-Gvir hilare, presque rouge de satisfaction, brandissant le drapeau israélien comme un supporter ivre après une bagarre de stade. On lisait sur ses lèvres cette phrase lourde, provocatrice, animale : « On est chez nous. »

Et cette fois, même une partie du gouvernement israélien détourna le regard avec irritation. Non par tendresse pour les militants de la flottille, mais parce qu’ils comprenaient ce que cette scène allait produire dans le monde : une nouvelle souillure symbolique, une nouvelle victoire offerte à ceux qui rêvent de présenter Israël non comme une nation en guerre, mais comme une caricature brutale d’elle-même.

Car la guerre moderne ne se joue plus seulement avec des armes. Elle se joue avec les images. Et Itamar Ben-Gvir semblait offrir au monde exactement ce qu’il attendait : un Israël ricanant, humiliant, ivre de sa force, presque vulgaire dans sa manière de jouir de la confrontation. Non plus l’État inquiet et encerclé, mais le vainqueur mauvais, exhibant sa puissance comme un homme montre ses muscles dans une taverne.

La scène avait quelque chose de profondément méditerranéen, presque antique. On aurait dit un chef de bande levant son étendard au-dessus de prisonniers capturés sur une galère. Il y avait dans son rire une fatigue nerveuse, celle des peuples qui vivent depuis trop longtemps dans la guerre et dont certains finissent par transformer leur peur en insolence.

Preuve historique

Mais le problème d’Israël est terrible : chaque faiblesse morale y devient immédiatement mondiale. Chaque excès de langage s’y transforme en preuve historique. Chaque geste y porte un poids démesuré. Un ministre iranien peut sourire pendant qu’on pend des opposants à l’aube; le monde protestera quelques heures avant de retourner dormir. Des chefs islamistes peuvent promettre publiquement l’extermination; on parlera de “contexte”, de “radicalisation”, de “désespoir”. En Nigeria, des villages chrétiens peuvent brûler dans une quasi-indifférence médiatique. Les survivants Yézidis peuvent raconter les marchés d’esclaves de État islamique sans bouleverser durablement les consciences occidentales. Mais un ministre israélien hilare avec un drapeau suffit à enflammer la planète entière.

Parce qu’Israël est observé non comme un pays ordinaire, mais comme une scène morale permanente. Chaque image y devient allégorie. Chaque faute y prend aussitôt une dimension métaphysique. Et le plus tragique est peut-être que Itamar Ben-Gvir semble parfois jouer consciemment avec cela, comme s’il voulait défier le monde entier à coups de provocations calculées. Il nourrit ainsi exactement le récit que les ennemis d’Israël espéraient : celui d’un pays devenu arrogant, brutal, indifférent à l’humiliation infligée. Or la force véritable d’Israël n’a jamais été dans la brutalité théâtrale. Elle était dans cette tension douloureuse entre la nécessité de se défendre et la peur de devenir semblable à ses ennemis. Quand cette tension disparaît, quand le sarcasme remplace la gravité, quand la guerre devient spectacle identitaire, alors quelque chose se fissure — non dans la puissance militaire du pays, mais dans son image morale auprès d’un monde déjà prêt à le condamner.

Mauvais théâtre

Et pourtant, derrière cette scène grotesque du ministre brandissant son drapeau, il reste toujours la même réalité que beaucoup refusent de regarder : ces militants n’étaient pas des anges humanitaires flottant sur une mer innocente. Beaucoup soutiennent ouvertement ou implicitement des forces qui rêvent d’un Israël effacé “de la rivière à la mer”. La flottille cherchait elle aussi une image, une confrontation, une humiliation filmée.

Ainsi chacun jouait son rôle. Les militants leur innocence sacrificielle. Ben Gvir son nationalisme provocateur. Et le monde, sa grande passion contemporaine pour les spectacles moraux simples. Pendant ce temps, les vraies ténèbres continuaient d’avancer ailleurs, loin des caméras, dans le silence épais des pendaisons, des massacres et des guerres oubliées. 

Patrick Bruel: la loi du nombre ?

0
Le chanteur et acteur français Patrick Bruel arrive au dîner annuel du Conseil Représentatif des Institutions juives de France (CRIF) au Carrousel du Louvre, à Paris, le 19 février 2026 © Jeanne Accorsini/SIPA

Le chanteur et comédien est présumé innocent. Les accusations de viols ou de violences, pour certaines remontant à plusieurs décennies, s’accumulent contre lui.


Il est hors de question de me prononcer sur la culpabilité ou l’innocence de Patrick Bruel, d’autant plus qu’il conteste l’ensemble des accusations, invoquant le consentement des plaignantes pour les faits qui lui sont reprochés, et que, sur le plan judiciaire, nous n’en sommes encore qu’aux prémices, avec la centralisation de toutes les procédures au parquet de Nanterre.

Comme l’avocate de Daniela Elstner, on est en droit d’espérer que ce parquet se montrera à la hauteur de celui de Paris, dont les diligences ont permis de traiter avec efficacité une affaire au retentissement artistique et médiatique considérable, touchant un chanteur et acteur au succès immense.

On peut éprouver quelque inquiétude lorsqu’on considère qu’un classement sans suite global a été prononcé en 2020 par le parquet de Nanterre, alors même que huit plaintes l’avaient déjà saisi et qu’elles présentaient, peu ou prou, des similitudes dont on aurait pu penser qu’elles appelleraient une autre réaction. D’autant plus que ce parquet avait alors une pratique consistant à ne pas examiner individuellement les agissements dénoncés, avec pour conséquence de les fondre tous dans une même décision de classement.

Une présomption authentique ou artificielle

Rien n’est plus délicat à appréhender que la présomption d’innocence. Je me souviens du très grand avocat, tellement regretté, Hervé Temime, qui considérait qu’elle n’existait pas réellement car, selon lui, dès lors qu’une enquête était ouverte et qu’une procédure était engagée, elle disparaissait sous le rouleau compresseur de la police et de la justice.

On n’est pas obligé d’aller aussi loin que cette provocation stimulante pour appréhender la difficulté assez fréquente, née du hiatus entre une présomption d’innocence invoquée en théorie et une certitude inverse sur une probable culpabilité.

Cette contradiction n’a rien à voir avec le ridicule extrême de ces médias, souvent TF1, qui, confrontés à un flagrant délit ou à un crime flagrant, avec parfois l’aveu de l’auteur, se réfugient pourtant, comme de bons élèves, derrière une présomption d’innocence artificielle.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Bruel: la meute fait salle comble

Avec Patrick Bruel, on est soumis à une vigilance complexe qui doit, en effet, concilier deux constats : d’un côté, on ne sait rigoureusement rien, sur le plan judiciaire, de son éventuelle implication ni de sa culpabilité dans l’ensemble de ces affaires ; de l’autre, ce qu’on en apprend médiatiquement ne rend pas absurde ce sentiment ordinaire selon lequel il n’y a pas de fumée sans feu et que la multiplicité comme la grande similitude des pratiques transgressives alléguées finissent par laisser peu de place au doute. Comme si, en quelque sorte, le nombre faisait loi.

Impératif d’interrogation

Ce n’est pas de l’hypocrisie que cette exigence imposant de tenir les deux bouts de la chaîne : d’un côté, la présomption d’innocence ; de l’autre, le droit de penser ce que l’on veut de la matérialité des faits, de leurs modalités et des dénégations opposées.

En revenant au propos d’Hervé Temime, et pour répondre à ce qu’il peut avoir de lucide autant que de préoccupant, il me semble qu’au-delà des journalistes, ce sont surtout les magistrats qu’il interpelle. Car, pour eux plus que pour quiconque, la présomption d’innocence doit constituer un impératif absolu.

Avant même que la condamnation ne soit prononcée et que les voies de recours ne soient épuisées, il est capital que les juges et les procureurs laissent toujours subsister cet espace de doute, d’incertitude, d’hésitation et d’interrogation qui pourrait se résumer ainsi lorsque le mis en cause, à quelque stade procédural que ce soit, nie les faits : « Et s’il disait vrai ? »

MeTooMuch ?

Price: ---

0 used & new available from

Roland, un morceau de France

0
Carlos Alcaraz, Paris, 8 juin 2025 © Marcin Cholewinski/ZUMA/SIPA

Le premier tour des Internationaux de France débute ce dimanche. Pour Monsieur Nostalgie, le tournoi de tennis fait office à la fois de borne temporelle et exprime un art de vivre à la française…


Tout s’écroule autour de nous. Nous vivons sous le coup de l’élection présidentielle permanente. Elle est dans toutes les têtes, dans toutes les bouches et dans tous les sondages alors que les Français n’ont pas encore digéré ces deux quinquennats. Tout se délite chez nous. Et nous regardons les trains passer. Nous naviguons à vue. Sans cap, sans idéal, sans solution(s). Les empires s’organisent à nos portes et le poids des défis technologiques paraît démesuré sur nos frêles épaules hexagonales. Qui croire ? Qui suivre ? Vers quel destin, notre vieille nation se dirigera-t-elle ? Sommes-nous arrivés au terminus des prétentieux ? Dans ce grand flou, une chose demeure encore. Immuable. Quand tout se dérègle, les institutions, les corps constitués et l’ordre public, quand tout vacille à l’école, à l’hôpital et dans les jurys des prix littéraires, un bloc Central, mémoriel, ocre de couleur et fait d’une matière friable, une terre battue par les vents, se profile, chaque mois de mai, à cheval sur le début de juin. Roland-Garros, à l’instar de la Tour Eiffel et de la Loire prenant sa source au mont Gerbier-de-Jonc, résiste aux aléas et aux déroutes successives. Elle nous honore et nous console. On sait que l’on retrouvera le tournoi de tennis au même endroit, près des serres d’Auteuil, avec la même excitation gamine et le même pincement au cœur. Sur la frise chronologique de nos vies respectives, Roland a rythmé nos existences ; il a plus compté que les programmes des candidats de ces trente dernières années. Plus loin que l’on se souvienne, Roland a toujours été là, du temps de la victoire de Yannick en 1983, nous avions dix ans à peine, et depuis, quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, il sera le héros à jamais de notre adolescence. Nous le défendrons. Parce que l’on ne peut renier sa famille, ses amis, ses idoles. Grâce à lui, nous avons tapé des heures durant des balles molles sur des murs improvisés. Nous pouvions disserter entre copains sur les vertus des raquettes en bois, en fer et bientôt en carbone, en graphite ou en radial. Le quick, fourbe et éreintant, planté en plein cagnard, à la sortie de notre village, fut notre principale résidence secondaire durant les vacances scolaires. Une terre d’accueil et un refuge de l’adolescence. Plus tard, Roland fut synonyme de révisions lycéennes et de flirts impossibles. Adulte, ressassant un hypothétique âge d’or, fatiguant nos propres enfants, nous leur parlions de joueurs comme s’il s’agissait de du Guesclin ou de Bayard. Il y avait Guillermo, John, Jimmy, Martina et Chris Evert, et nous insistons sur le talent pur, naturel, la virtuosité, la main féérique d’Henri Leconte de Paris. Quand Roland arrive, nous prenons conscience que le tournoi, ce monument, est tout simplement beau, que les allées y sont propres, les hôtesses accueillantes, les ramasseurs plus disciplinés que nos députés en séance et que cette surface, méditerranéenne par essence, nous la partageons avec Monte-Carlo, Rome et Madrid, est au croisement des Arts et du sport. La terre battue, c’est de la danse et de la peinture, de la littérature et du cinéma, des fulgurances et de la stratégie. Amélie est la sainte patronne de cette capsule en lévitation durant quinze jours, à la fois pleinement dans son époque et n’ignorant pas le sens de la tradition. Les revers y sont plus beaux qu’ailleurs, ils semblent en suspension. Sur le dur, sur le rapide, les coups sont secs et éclatants, musculairement efficaces, puissants et catégoriques, presque trop manichéens, alors que sur la terre, les gestes se déploient dans une poésie dont seuls les esthètes ne se lassent pas. Roland, c’est une France exigeante et charnelle, polie et avenante, qui refuse le prêt-à-penser, qui ne crache pas sur son passé, tout en préparant l’avenir, qui aime le sens du spectacle et promeut une forme avancée de courtoisie. Le style et le fair-play aux portes de Paris, c’est un programme inspirant comme disent les novlangueurs. Roland, c’est le Général qui dit non, c’est la chorégraphie contre le matraquage des formes, c’est une singularité dans un monde de plus en plus global. Roland, c’est peut-être l’impossible troisième voie que nous cherchons tous…

Super Ruffin et les grincheux

0
DR

La meute de Jean-Luc Mélenchon se déchaîne contre le député de la Somme François Ruffin, qui évoque la question du racisme dans une bande dessinée, après avoir déjà osé affirmer qu’il était contre l’immigration de travail.


François Ruffin, on le sait, aime à se démarquer des autres, cheminer à l’écart de la meute. La meute, pléthorique, ces temps-ci dans la perspective de 2027, si bien qu’on aura bientôt plus vite fait de décompter « celles et ceux » qui n’iront pas que ceux qui se sentent des fourmis dans les jambes.

Ruffin est de ceux-là. Il rêve de l’Élysée dont, promet-il, il serait le premier locataire de toute l’histoire à se contenter d’être payé au SMIC. On applaudit.

Alors, pour se distinguer du troupeau et lancer sa campagne, il s’est abstenu de publier un livre comme font tous les autres, vous savez ce mélange rebattu d’autobiographie et de litanies programmatiques, le résultat étant le plus souvent une soupe assez indigeste dont on aurait mieux fait de s’en remettre à l’IA pour le concocter. Non, le candidat Ruffin a choisi, quant à lui, le mode B.D. A priori l’idée n’était pas mauvaise.

Le titre de cette œuvre magistrale : Picardie Splendor : les aventures de François Ruffin député-reporter. C’est édité aux éditions les Arènes. N’y cherchez pas de Milou. Il n’y en a pas. Il y a seulement l’auteur-candidat-député-reporter en super héros. En Super Ruffin.

On l’y voit dans la vraie vie, notamment dans les travées d’un train Intercités ou d’un tram, intervenant, tel le bon ange veillant sur le respect des règles du vivre ensemble citoyen dans les transports en commun, picards en l’occurrence, ces transports. On l’y voit donc invitant tel usager à respecter la police après avoir pris fort mal le contrôle de son titre de transport, et, dans la foulée, exhorter les forces de l’ordre à respecter elles, leur uniforme. L’équité républicaine, morale et humaniste dans toute sa rigueur et sa vigueur. Là aussi, on applaudirait. Évidemment, c’est un peu puéril, un peu niais, et de voir Super Ruffin se donner ainsi le beau rôle ne peut que faire sourire.

À gauche toute, on ne sourit pas. Du côté de LFI, l’ancienne écurie de notre Super Héros, on s’est empressé de monter dans les tours. L’accusation de raciste a fusé. Dans ces rangs-là, avant toute chose, il faut sortir le fourre-tout du racisme lorsqu’on veut se payer une tête, quelle qu’elle soit. Faut-il préciser que le passager à qui s’en prend notre super héros est « racisé » ? Faut-il rappeler aussi que Super Ruffin, malheur à lui, honte à lui, ne l’est pas. En d’autres termes, il pâtit de la tare inexpiable d’être blanc. Ce qui fait de lui le dernier des êtres vivants habilités à faire la leçon à qui que ce soit.

Circonstance terriblement aggravante : de quoi se permet-il de parler dans sa BD ? De l’immigration ! Mais comment a-t-il pu se fourvoyer à ce point ? Mmes Autain et Tondelier, fort opportunément, sont là pour le rappeler à un minimum de bon sens. Évoquer, ne serait-ce qu’à demi-mot l’immigration revient à ensemencer les terres de l’horrible RN, de l’épouvantable extrême droite. On ne doit pas en parler. Jamais. Comment Ruffin, militant de gauche avéré et sans aucun doute sincère, a-t-il pu oublier la règle fondamentale de la gauche selon laquelle les mots tiennent lieu de réalité, le réel se limitant donc au discours qu’on veut bien en tenir ? Les mots sont rois. N’existe que ce qu’on met en mots. Le reste est nul et non avenu. Et voilà bien que Super Ruffin, non seulement met les mots sur la réalité d’un banal trajet en transport en commun, mais en outre il ose plaquer des images sur ces mots. Il se permet, le bougre, de montrer la chose. Les vrais visages de la chose ! Là, on se dit que Super Ruffin s’est trop laissé influencer par un ancien slogan de Paris-Match : « Le poids des mots, le choc des photos ». De l’image, en la circonstance. Quelle folie !

L’inquisition rouge, donc s’est mise en branle. Le bûcher n’est pas loin. Le coupable, d’ores et déjà, a cru opportun de faire amende honorable. Il se dit désormais dépité-reporter. Il affirme comprendre qu’il ait pu blesser et s’en excuse. Face à l’inquisition, il faut toujours commencer par-là, battre sa coulpe. Sera-ce suffisant ? Certainement pas. D’autant que le garçon est par ailleurs un dangereux récidiviste. N’a-t-il pas condamné voilà peu le recours à l’immigration de travail, médecins et autres. C’était déjà dépasser de beaucoup les bornes de la bien-pensance. La BD, c’était le coup de trop. Les grincheux n’allaient pas laisser passer l’aubaine de flinguer l’impertinent dès son envol. De ce côté-là, il est vrai, il ne peut y avoir de place que pour un seul super héros : l’éructator-exterminator en chef. Je vous laisse le loisir de le nommer. 

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

Price: ---

0 used & new available from

Censure, contrôle, rationnement: le nouveau projet de nos progressistes pour Internet

0
L'ancienne ministre socialiste Najat Vallaud-Belkacem photographiée à Cannes le 18 mai 2026 ©Lionel Urman/SIPA

Le député macroniste Paul Midy propose d’encadrer les temps de parole sur les réseaux sociaux et de mettre au pas les algorithmes des Gafam. De son côté, sur Radio Nova, Najat Vallaud-Belkacem lève le voile sur des désirs de censure plus explicites. Puis, elle s’en va fouler le tapis rouge du festival de Cannes – après avoir foulé aux pieds la liberté d’expression.


On comprend peut-être de mieux en mieux pour quelles raisons le système en place a tenu absolument à ce que Najat Vallaud-Belkacem entre à la Cour des comptes et jouisse par conséquent d’une position avantageuse lui permettant, qui sait, de soutenir de prochaines décisions autoritaires, pour ne pas dire pire. Celles, entre autres, limitant la liberté d’expression tout en prétendant la défendre. S’asseyant une nouvelle fois sur le devoir de réserve inhérent à sa fonction[1], Mme Vallaud-Belkacem, décomplexée, très à l’aise dans les locaux de Radio Nova, la radio gauchiste du banquier Matthieu Pigasse, n’a pas hésité à préconiser la censure des réseaux sociaux et des plateformes numériques qui regimbent devant les grandes avancées socialistes, les magnifiques projets de l’UE, bref, l’avenir radieux que nous promettent les élites progressistes.

Maudits algorithmes

Si elle n’a pas utilisé le mot « label », on sentait bien quand même qu’il lui brûlait les lèvres. Idem pour « contrôle », « surveillance » et « interdit », autant de termes qu’il eût été trop brutal d’utiliser directement mais qui flottaient dans l’air, dans une atmosphère d’intolérance assumée. Au sujet des réseaux sociaux, Mme Vallaud-Belkacem affirme que « ce sont les contenus toxiques les plus haineux qui sont mis en avant par les algorithmes au détriment des contenus nuancés, de complexité, de science » – ces derniers ne pouvant provenir que des milieux progressistes, bien entendu. D’après elle, la liberté d’expression n’existe pas sur les plateformes numériques, c’est un fantasme alimenté par des gens comme Elon Musk: « Ces acteurs-là ont mené toute une bataille culturelle pour réussir à convaincre l’opinion publique que ces outils leur permettaient la liberté d’expression. » En vérité, la toujours présidente de l’association France terre d’asile – présidence bénévole qui pose toutefois le problème d’un conflit d’intérêt latent, la Cour des comptes étant chargée de contrôler l’usage des deniers publics et ladite association ayant un budget de plus de 68 millions d’euros par an, dont 70% proviennent du ministère de l’Intérieur – la présidente de cette association, donc, reproche surtout aux plateformes numériques de ne pas censurer suffisamment les messages remettant en cause l’immigration illimitée dans notre pays, ceux s’interrogeant sur l’insécurité et les « faits divers » impliquant régulièrement des migrants sous OQTF, ceux contestant les subventions publiques versées aux ONG et associations immigrationnistes. Elle y devine des messages de haine, mot-valise permettant de censurer tout ce qui ne va pas dans le sens de son idéologie. « Il faut absolument réguler sévèrement les plateformes » et « les attaquer en justice à chaque fois qu’il y a un contenu problématique ». Bel euphémisme pour camoufler son objectif réel, lequel est de censurer absolument toutes les opinions qui la contrarient ou remettent en cause les projets de l’association qu’elle préside : ne pas enrayer l’immigration, réduire considérablement le nombre d’OQTF émises à l’encontre des étrangers en situation irrégulière, régulariser au minimum 250 000 d’entre eux, développer l’hébergement pour les demandeurs d’asile, etc.

A lire aussi, Stéphane Sitbon-Gomez: «Si on écoute Charles Alloncle, demain on fera TF1 en moins bien!»

Dans un entretien donné au média “Tout va bien” à l’occasion de la sortie de son livre intitulé Sevrage numérique, Mme Vallaud-Belkacem, qui ne manque décidément pas d’idées dès qu’il s’agit d’entraver la liberté d’expression, préconise d’imposer aux constructeurs de smartphones un tableau de bord du temps passé en ligne, le but étant de rationner ce temps, à l’instar, dit-elle, de ce qui a été fait pour l’automobile en limitant la vitesse et « en imposant la ceinture de sécurité » (sic). Bien entendu, les bons sentiments viennent à la rescousse du projet prohibitif : l’ex-catastrophique ministre de l’Éducation nationale dit vouloir protéger les enfants en appliquant des règles qui, au bout du compte, s’appliqueront à tout le monde, d’une manière ou d’une autre. Elle avait d’ailleurs décrit l’une d’entre elles, radicale, dans Le Figaro du 18 mars 2024: « Comme nous sommes incapables de nous poser des limites, il faut que la contrainte vienne d’ailleurs : donc de la loi, donc de l’État. Voilà pourquoi je souhaiterais que l’on réfléchisse concrètement aux moyens de rationner internet, par exemple en accordant un nombre limité de gigas à utiliser quotidiennement. »

Les progressistes ont peur de voir leurs idées perdre la bataille culturelle sur les réseaux sociaux

Le député de l’Essonne Paul Midy. DR.

À moins d’un an des élections présidentielles, Najat Vallaud-Belkacem se propose de participer activement à la mise en place du système de contrôle qu’Emmanuel Macron, Thierry Breton, Nathalie Loiseau et la Commission européenne ont créé, système qui a pris une telle ampleur que d’aucuns le qualifient de véritable complexe industriel de la censure. Tout le monde s’y met. Le député macroniste Paul Midy qui, ce n’est pas anodin, a travaillé pour le cabinet McKinsey de 2007 à 2014, vient de déposer une proposition de loi visant « à garantir le respect de l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion sur les réseaux sociaux » durant les périodes électorales. « La moitié des Français s’informent sur les réseaux sociaux », s’alarme le député sur le plateau de CNews. Dès lors, ajoute-t-il en accusant les algorithmes des différents opérateurs, il est nécessaire de faire en sorte qu’il y ait des « équités de temps de parole politique » sur ces réseaux, à l’instar de ce qui se pratique, d’après lui, dans les médias audiovisuels grâce à nos « bonnes règles démocratiques ». Cet homme se moque du monde. Les Français voient depuis des années les règles essentielles d’un véritable pluralisme remplacées par des méthodes soi-disant démocratiques mais en réalité toujours plus autoritaires et partiales, bénéficiant systématiquement à la même partie de la classe politique. Les médias audiovisuels mainstream, le service public en tête, n’ont pas besoin d’algorithmes pour pousser tel ou tel programme politique et, surtout, dévaluer ou invisibiliser tel ou tel autre.

A lire aussi, du même auteur: Information: tout est sous contrôle

Les Français ne sont plus dupes et cherchent d’autres moyens de s’informer. Les réseaux sociaux et les médias numériques alternatifs, s’ils ne sont pas sans défauts, permettent, en plus de prendre connaissance de faits relégués dans les oubliettes par le système politico-médiatique, de lire et d’entendre des opinions qui divergent du discours dominant. Il y a un peu plus d’un an, sur France 5, Clara Chappaz, à l’époque ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du numérique, dénonçait spontanément les « fausses opinions » circulant sur la toile. Reprise par le journaliste, elle se corrigea et parla de « fausses informations ». Trop tard ! Le lapsus révélait la vision idéologique et binaire de la caste au pouvoir : d’un côté, des opinions considérées comme douteuses, nauséabondes et censurables parce que provenant de citoyens situés du côté obscur de la politique ; de l’autre, des opinions indéfectibles, indiscutables, qui ne sauraient être remises en cause puisqu’elles trouvent leur source dans le camp du bien. Cette même caste en appelle donc à la régulation et la modération sur les plateformes numériques et réclame des moyens de les contrôler. Pour ce faire, elle désigne des « signaleurs de confiance » en ânonnant les consignes du DSA (Digital Services Act) élaboré par la Commission européenne. Qui désigne ces « signaleurs de confiance » ? Qui collecte leurs rapports de police ? Dans les deux cas, la réponse est : l’Arcom. Ce n’est pas pour rien que le député Paul Midy propose de confier à cette dernière de nouveaux pouvoirs de contrôle, lesquels sont d’ores et déjà exposés sur son site[2] : le « projet stratégique 2026-2028 de l’Arcom » ne peut que satisfaire Najat Vallaud-Belkacem. Nul doute qu’elle le soutiendra vigoureusement dès son retour de Cannes où, nous dit-on, elle parade sur la Croisette aux côtés d’Aurore Bergé, dans le cadre d’un festival qui est manifestement devenu le lieu ultime de l’entre-soi, le théâtre médiatique de toutes les vanités.


[1] Relire https://www.causeur.fr/les-aventures-de-najat-vallaud-belkacem-et-des-fact-checkers-319167

[2] https://www.arcom.fr/actualites/projet-strategique-2026-2028-de-larcom-une-regulation-du-numerique-plus-forte-proteger-les-francais

Swatch x Audemars Piguet: quand le luxe fait faire la queue pour sa propre publicité

0
Des clients quittent une boutique Swatch dans le quartier de SoHo à Manhattan, en passant devant des policiers du NYPD, tandis qu’une foule d'autres personnes fait la queue pour acheter une montre de poche Royal Pop d’Audemars Piguet, New York, 18 mai 2026 © UPI/Newscom/SIPA

Ces derniers jours, il y avait autant de monde devant les magasins de montres Swatch que devant les magasins de poulet halal Master Poulet. Ces queues interminables qui attirent les médias sont devenues en tant que telles ces derniers temps de véritables opérations marketing pour les marques. Ce n’est pas flatteur pour l’industrie du luxe.


L’affaire Swatch x Audemars Piguet n’est pas une fantaisie horlogère. C’est un aveu.

En mai 2026, les deux marques ont lancé Royal Pop : huit montres de poche en biocéramique, vendues dans certaines boutiques Swatch, à raison d’une pièce par personne et par jour. On a vu des files massives à Milan, New York, Dubaï. Des bousculades. Des fermetures de boutiques. Du gaz lacrymogène à Paris face à 300 personnes. Des exemplaires revendus en quelques heures à deux ou trois fois leur prix. Et 11 milliards de vues revendiquées par Swatch sur les réseaux sociaux.

Voilà le vrai produit de l’opération. Pas les montres. La scène

Le luxe a toujours reposé sur la rareté. Mais la rareté n’est pas la cohue. La rareté classique consistait à produire moins, distribuer mieux, laisser le désir travailler à distance. Ici, le mécanisme est d’une autre nature, et parfaitement lisible : attirer des foules, scénariser la frustration, capter les images de saturation, nourrir la spéculation immédiate, puis laisser ce désordre servir de preuve publique du désir. On ne vend plus seulement un objet. On fait travailler des files, des attentes et des déceptions au service d’une machine de visibilité.

L’opération, du reste, est habile. Audemars Piguet a protégé son totem. Royal Pop n’est pas une Royal Oak bon marché. On n’a pas démocratisé l’icône. On en a prélevé les codes, la silhouette, le capital visuel, pour les injecter dans un dispositif de masse. L’objet est protégé. Le signe, lui, est mis au travail. C’est précisément ce qui rend l’affaire plus révélatrice.

(C) Swatch

Le point le plus grave est là : dans la manière dont l’opération traite indistinctement l’amateur sincère et le petit revendeur venu capter une prime immédiate. Les uns apportent la légitimité affective. Les autres apportent la preuve qu’il y avait de l’argent à faire. Ensemble, ils produisent la même image. Le client sérieux se retrouve noyé dans la même foule que le spécialiste de l’achat-revente. Il n’y a plus de hiérarchie. Plus de protection symbolique du rapport à l’objet. Tout le monde sert à la même chose : alimenter la scène.

A lire aussi: Quand Canal + démasque les Jean-Moulin de la Croisette

Or le luxe commence précisément là où tout le monde ne sert pas à la même chose

Le consommateur n’est plus le destinataire d’une proposition. Il devient un figurant. Mieux : un figurant solvable. Sa présence, son attente, sa frustration, tout cela entre dans la valeur de l’opération. Il ne sert pas seulement à acheter. Il sert à faire voir qu’il y avait quelque chose à acheter.

On dira qu’une collaboration bien pensée crée de nouveaux points d’entrée, élargit le public, fait vivre l’horlogerie au-delà de ses cercles habituels. C’est possible. Mais ce n’est pas le sujet. Une marque de luxe n’a pas pour mission d’élargir indéfiniment son public. Elle a pour mission de maintenir l’intelligibilité de ce qu’elle est. Et dans le luxe, cette intelligibilité passe souvent par le refus.

Une marque qui sait encore ce qu’elle vaut n’a pas besoin d’organiser des scènes de cohue pour rappeler qu’on la désire. Elle sait que la force ne vient ni du bruit ni de la foule. Elle sait surtout qu’on ne monétise pas tout.

Ce que Royal Pop révèle, c’est une industrie qui croit moins à la seule puissance silencieuse de ses objets qu’à l’organisation spectaculaire de leur accès. Elle emprunte ici ses méthodes au divertissement de masse et au drop streetwear : logique de l’instant, de la foule, de la revente, de la saturation sociale. Swatch a revendiqué des milliards de vues. La mesure du succès ne se limite donc plus à la vente. Elle englobe désormais tout le trafic émotionnel produit autour d’elle.

Le luxe avait autrefois quelque chose d’aristocratique : il savait laisser venir. Il adopte ici un réflexe beaucoup plus contemporain. Une marque ne s’abîme pas seulement quand elle vend trop. Elle s’abîme aussi quand elle rend trop visible la mécanique par laquelle elle fait désirer.

La vraie question n’est donc pas de savoir si cette collaboration était habile. Elle l’était. La vraie question est plus sévère. Qu’est-ce qu’une marque admet de faire de ses consommateurs lorsqu’elle décide qu’une telle opération lui est devenue normale ? La réponse, ici, n’est pas flatteuse. Et le fait que l’industrie se garde bien de la poser est déjà un diagnostic.

Radicalisation gastronomique

0
© Le Canon français

Quel est ce malheureux pays qui voit du terrorisme dans le terroir mis en avant par les rassemblements du «Canon français» ou les chansons de Michel Sardou, et ne s’inquiète pas de la disparition du jambon-beurre dans les rues où ouvre l’enseigne « Master Poulet »?


Mesdames et messieurs, citoyens vigilants, l’heure est grave. Selon plusieurs experts autoproclamés du vivre-ensemble anxieux, la France serait aujourd’hui confrontée à une menace d’une ampleur inédite : des gens se réunissent autour d’une table.

Oui.

Ils mangent du saucisson. Parfois même du fromage. Et certains, dans un accès de radicalisation gastronomique absolument terrifiant, osent ouvrir… une bouteille de rouge. Le phénomène porterait un nom de code inquiétant : « le Canon français ».

À première vue, l’observateur naïf pourrait croire qu’il s’agit simplement de copains qui discutent autour d’un barbecue, d’un porcelet rôti, d’un cassoulet ou d’une planche de charcuterie en chantant du Michel Sardou entre deux blagues douteuses sur les années 70.

Erreur.

Car derrière le pâté de campagne se cacherait en réalité une mécanique d’oppression d’une sophistication idéologique redoutable. Le danger commence toujours de manière anodine. Un type commande un sandwich jambon-beurre. Puis un autre. Puis un troisième. Et soudain, la République vacille.

A lire aussi, Dominique Labarrière: Et mon culte, c’est du poulet?

Imaginez la scène. Trois ouvriers assis sur un banc. Une baguette sous le bras. Un demi pression. Du Michel Delpech qui sort d’une enceinte Bluetooth. « Quand j’étais chanteur… » La barbarie. Comment ne pas voir là une démonstration de domination civilisationnelle ?

À ce rythme, demain, certains réclameront peut-être le droit monstrueux de faire des barbecues dans leur jardin sans validation préalable de la Haute Autorité de Déconstruction Alimentaire. Mais heureusement, les nouveaux inquisiteurs de la convivialité veillent. On évoque déjà plusieurs mesures de bon sens.

Le permis de charcuterie

Avant tout achat de rosette, chaque citoyen devra remplir un formulaire CERFA attestant qu’il ne nourrit aucune pensée rétrograde pendant l’ingestion. Le simple fait d’aimer le saucisson sec sans y adjoindre une autocritique anticoloniale de huit minutes pourrait entraîner un stage obligatoire de rééducation culturelle.

Septembre 2023.

La brigade anti-Sardou

Des contrôles aléatoires seront organisés dans les foyers.

— Bonjour monsieur, police culturelle.

— Nous avons été alertés par un voisin.

— Possédez-vous des disques de Michel Sardou ?

— Euh… oui… mais aussi du jazz.

— Le jazz ne compensera pas.

Les récidivistes surpris à écouter « Les Lacs du Connemara » lors d’un apéritif non inclusif risqueront une suspension de barbecue de six mois.

L’interdiction du sandwich parisien

Car enfin, il faut poser les vraies questions. Quand un homme mange un jambon-beurre devant quelqu’un qui n’en mange pas, n’est-ce pas une violence symbolique ? Ne faudrait-il pas flouter les tranches de jambon dans les vitrines des boulangeries ? Mettre des avertissements sanitaires ? « Attention : ce sandwich peut contenir des traces de France périphérique. »

Le fichage des suspects

Les autorités devront naturellement surveiller les individus présentant plusieurs facteurs de radicalisation culturelle :

possession d’un Laguiole ;

goût prononcé pour le pâté en croûte ;

A lire aussi; Didier Desrimais: Le collectif «Zapper Bolloré» est à son tour zappé

écoute régulière de Michel Polnareff ;

usage excessif du mot “terroir” ;

présence d’un oncle qui fait son propre vin.

Les cas les plus lourds pourraient même être envoyés dans des centres de déradicalisation républicaine où ils apprendraient à manger des crackers de quinoa à tremper dans un tajine aux olives en silence.

La fin du banquet

Car au fond, ce qui semble insupportable à certains militants, ce n’est pas le porc. Ce n’est pas le vin. Ce n’est même pas Sardou. C’est peut-être simplement l’existence persistante d’un peuple qui continue à vivre selon ses habitudes ordinaires sans demander la permission idéologique. Des gens qui mangent. Qui chantent. Qui trinquent. Qui se moquent. Qui vivent encore dans une culture populaire charnelle, imparfaite, parfois vulgaire, souvent excessive, mais profondément humaine. Alors évidemment, vu depuis certains bureaux militants, un barbecue entre amis peut finir par ressembler à une menace civilisationnelle. À force de voir du fascisme dans un jambon-beurre, on finit par déclarer la guerre à la boulangerie.

Et le plus ironique dans tout cela, c’est que les nouveaux procureurs de la pureté imaginent lutter contre la stigmatisation… en transformant chaque saucisson en affaire politique. Demain, peut-être faudra-t-il manger des lentilles sous surveillance administrative, casque antibiais sur la tête, pendant qu’un médiateur agréé vérifiera que personne n’a fredonné Michel Sardou entre deux bouchées. Mais rassurons-nous. Tant qu’il restera quelque part une nappe à carreaux, un vieux transistor qui grésille, une odeur de merguez ou de cochon grillé, un ballon de rouge posé sur une table en plastique et deux types capables de refaire le monde en parlant trop fort après le troisième verre… la France ne sera pas totalement morte.

Télescopages

0
© Carole Bethuel / Memento Films

Sur le Boulevard Saint-Martin de Farhadi, tout le monde épie tout le monde et le spectateur s’ennuie. Passez votre chemin… Autant revoir Fenêtre sur cour. Ou un bon film iranien


N’importe quel vrai Parisien reconnaîtra instantanément dans le foyer de l’action (outre quelques séquences musclées dans les entrailles du métro et sur le quai de Magenta, station RER) cette merveille du réseau viaire qu’est le boulevard Saint-Martin, avec sa chaussée encaissée entre les rives adverses de ses trottoirs qu’on escalade par des marches dallées de belle pierre, son double parapet calcaire et ses noirs garde-corps en fonte ouvragée, résultat du terrassement haussmannien propre à faciliter alors le dense trafic hippomobile… Pour l’heure, on s’y espionne au télescope d’un bord à l’autre, de l’étage sommital d’un immeuble qui a vue sur un appartement situé pile en face, de l’autre côté de l’artère.  

Cuisson à petit feu

Nous voilà donc loin de l’Iran, et à bonne distance, hélas, des chefs d’œuvres autochtones d’Asghar Farhadi – Une séparation (2011), Le client (2016), Un héros (2021)… Le cinéaste natif d’Ispahan n’en est certes pas à sa première incursion dans la cinématographie européenne – cf. Le passé (2013), ou Everybody Knows (2018), avec Pelenope Cruz, Javier Bardem et Ricardo Darin. Mais Histoires parallèles, qui s’annonce pour une adaptation de Brève histoire d’amour, numéro six du Décalogue, de feu le cinéaste polonais Krysztof Kieslowski, Dieu ait son âme (épisode auquel le film emprunte accessoirement jusqu’à la nausée une lancinante ponctuation musicale à la guitare), réussit au premier chef l’exploit d’embrocher pas moins de cinq stars dans sa longue cuisson à petit feu : Huppert, Efira, Cassel, Niney, et même Deneuve (en éditrice planquée, le temps d’un plan express, derrière sa table de travail).

A lire aussi, Dominique Labarrière: Cannes: la reine Isabelle en son royaume

Car la Huppert, bagouzée, nippée comme une sorcière, incarne Sylvie, poétesse et romancière, éthylique et fumeuse, laquelle, en quête d’inspiration, espionne ses voisins à la longue-vue pour y trouver matière à fiction. Elle n’en finit pas de taper ses feuillets, frappant une antédiluvienne machine à écrire Olivetti, noyée dans le capharnaüm de l’appartement surchargé de bouquins et autres vieilleries accumulées depuis le demi-siècle qu’elle l’occupe. On comprend peu à peu que l’écrivaine parcheminée a l’usufruit du bien, mais que sa fille (India Hair, dans le rôle), enceinte et impécunieuse mais bénéficiaire de la donation-partage, est impatiente qu’il soit vendu : pour commencer, il faut bien débarrasser ce fourbi.  

Imbroglio obscur

La harpie à demi timbrée engage comme manutentionnaire un immigré SDF (Adam Bessa). Celui-ci commence lui-même à s’immiscer de façon de plus en plus intrusive dans ce microcosme, dont le pendant est constitué par un trio:  Nita, plus deux frères improbables, Pierre et Christophe (Efira/Cassel/Niney). Précisément dans le logis espionné, ils exercent de concert leur profession de « bruiteurs » pour le septième art – docus animaliers ou autres commandes de cinéma. S’ensuit un imbroglio assez obscur dans lequel les protagonistes se dédoublent comme personnages de fiction, d’où le titre du film. Et se voient bientôt investis dans des rivalités libidinales et les attendues ‘’violences-sexuelles-et-sexistes’’ dans l’air du temps. Occasion, pour Pierre Niney, en proie à une soudaine poussée de priapisme incoercible, de se jeter sur la pucelle Efira – no excuse –, laquelle au demeurant le trompe avec le frangin.

Décontenancé par les télescopages, fausses pistes et bifurcations de cette partition chorale au casting cinq étoiles racoleur, le spectateur le mieux intentionné du monde finit par perdre le fil d’un exercice de style qui lui apparaît un peu trop fabriqué. Même si décidément, la virtuosité d’Isabelle Huppert reste encore et toujours, d’un film à l’autre, fascinante.

On vous conseillera plutôt de regarder Taxi Téhéran, chef d’œuvre du génial compatriote persan Jafar Panahi, durablement en accès libre sur Arte TV.

https://www.youtube.com/watch?v=SXuLiRIkVkw

Histoires parallèles. Film de Asghar Farhadi. Avec Isabelle Huppert, Virginie Efira, Vincent Cassel, Pierre Niney, Adam Bessa, India Hair, Catherine Deneuve. France, couleur, 2026

Durée : 2h19

En salles.

Et sur Arte.tv : Taxi Téhéran, docu-fiction de Jafar Panahi. Couleur, 2025.  Durée :  1h19. En accès libre à la demande jusqu’au 9 octobre 2026.