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Yves d’Amécourt, ou l’écologie contre les petits gardes rouges de l’effondrement

Alors que l’écologiste Sandrine Rousseau propose de renommer les steaks en «cadavres d’animaux», Yves d’Amécourt publie un manifeste touchant d’humanité. L’écologie qu’il décrit, celle du terrain et de la responsabilité, est un rappel que l’Homme n’est pas en conflit avec la nature, il dialogue avec elle.


Il existe aujourd’hui deux écologies. La première aime les paysages mais déteste ceux qui y vivent. Elle adore les cartes, les normes, les interdictions, les schémas régionaux, les conférences citoyennes et les comités Théodule. Elle parle du vivant avec des mots morts. Elle rêve d’une planète administrée par des experts en mobilité douce et des diplômés de Sciences Po sous perfusion de subventions publiques.

Et puis il y a l’autre. L’écologie des gens qui vivent quelque part. Celle des paysans, des forestiers, des chasseurs, des maires ruraux, des viticulteurs, des ingénieurs, des artisans. Une écologie enracinée. Charnelle. Empirique. Une écologie qui sait qu’un paysage n’est pas un décor mais une civilisation. C’est cette écologie-là qu’Yves d’Amécourt défend dans un livre passionnant, L’humain, l’écologie et la politique

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Autant prévenir immédiatement le lecteur parisien sous anxiolytiques climatiques : ce livre risque de lui déplaire. Car son auteur commet plusieurs fautes désormais presque impardonnables dans le débat public français : il croit au progrès, à la liberté, à la responsabilité… et à l’homme. Oui, à l’homme. Pas à « l’usager ». Pas au « consommateur ». Pas à « l’individu déconstruit ». À l’homme concret. Celui qui travaille, transmet, construit, plante, entreprend, décide… et parfois se trompe, mais librement.

Un homme de terrain

Ancien maire de Sauveterre-de-Guyenne, ancien conseiller général, viticulteur, ingénieur de formation, Yves d’Amécourt écrit comme il gouvernait : à partir du terrain. Et cela change tout. Son livre est rempli d’anecdotes locales qui disent souvent davantage sur l’état réel du pays que bien des rapports parlementaires. Chez lui, la critique de la bureaucratie n’est jamais théorique. Elle sent le dossier absurde, la commission inutile, l’étude publique coûtant plus cher que les travaux eux-mêmes. Lorsqu’il raconte qu’il a fallu mobiliser quinze personnes et une étude réglementaire pour conclure qu’il suffisait… d’ajouter une buse sous une route inondable en Gironde, on comprend soudain pourquoi la France s’épuise administrativement. 

Le grand mérite du livre est là : montrer que l’écologie punitive procède souvent du même logiciel que l’hypercentralisation technocratique. Dans les deux cas, on ne fait plus confiance aux hommes. On les administre. D’Amécourt décrit admirablement cette transformation de l’État protecteur en État infantilisant. Tout doit désormais être encadré, surveillé, normé, contrôlé. Le moindre problème appelle une loi, le moindre risque une interdiction, le moindre fait divers un nouveau formulaire CERFA. À force de vouloir protéger les Français de tout, on finit par les empêcher de vivre.

Une vision de la liberté et de la responsabilité humaine

Le plus intéressant est que cette critique n’est jamais libertarienne au sens américain du terme. Le livre est profondément français. Il parle d’autorité, de transmission, de bien commun, de mérite, de travail, de civilisation. 

On y retrouve cette vieille idée française (presque disparue) selon laquelle la liberté n’a de sens que si elle s’accompagne de responsabilité.

Voilà pourquoi L’humain, l’écologie et la politique est plus qu’un essai politique : c’est une contre-offensive intellectuelle contre l’air du temps.

Depuis trente ans, l’écologie politique française a progressivement cessé d’aimer le monde réel. Elle préfère désormais la société rêvée à la société vécue. Elle protège parfois davantage les procédures que les paysages eux-mêmes.

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Le paradoxe est cruel : jamais on n’a autant parlé de nature et jamais les campagnes françaises n’ont semblé aussi méprisées par les élites urbaines. On interdit des retenues d’eau à des agriculteurs mais on bétonne les périphéries commerciales. On détruit des barrages hydroélectriques au nom de la continuité écologique. On culpabilise les éleveurs français tout en important des produits étrangers fabriqués selon des normes que nous refusons chez nous.

À travers tout cela, Yves d’Amécourt rappelle une évidence devenue révolutionnaire : l’homme n’est pas l’ennemi de la nature. Mieux encore: la civilisation peut embellir le monde lorsqu’elle repose sur l’enracinement et la transmission. Au fond, ce livre pose une question simple : une société qui ne croit plus en l’homme peut-elle encore protéger quoi que ce soit ? La réponse d’Yves d’Amécourt est clairement non. Et il se pourrait bien qu’il ait raison.


Yves d’Amécourt, L’humain, l’écologie et la politique, Les éditions du bien commun, 2026, 148 pages

L'humain, l'écologie et la politique

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Cherchez la femme

Alors qu’on lui demandait pourquoi elle n’irait pas soutenir Gabriel Attal le 30 mai lors de son grand meeting de lancement de campagne présidentielle à Paris, Yaël Braun-Pivet a sottement répondu que «le pays serait mieux dirigé s’il était dirigé en mixité». Le commentaire d’Élisabeth Lévy.


Yaël Braun-Pivet voudrait que la France soit dirigée « en mixité ». Avec tout le respect qu’on doit à la présidente de l’Assemblée nationale, on aimerait qu’elle s’exprime en français plutôt que dans ce sabir techno-bobo. « En mixité » est aussi déplorable qu’« en situation de handicap » pour dire « handicapé », et encore plus dénué de sens : Madame Braun-Pivet suggère-t-elle que la France élise un être hybride, mi-homme mi-femme ? Ou un président « iel », ni homme ni femme ? Si elle trouve que la France serait mieux dirigée par une femme, qu’elle le dise !

Pour les malcomprenants comme votre servante, Yaël Braun-Pivet précise sa pensée : « Lorsque l’on voit ceux qui prennent les décisions dans notre pays, c’est quasiment 100 % d’hommes, ça ne va pas. » Il y a quelque temps, elle fustigeait le « club de machos qui se déclarent quasiment quotidiennement » candidats à la présidentielle.

Une quarantaine d’appelés, dont plusieurs femmes, se verraient bien se lancer dans la course à l’Élysée. Attention, Yaël Braun-Pivet n’en fait pas partie. Et si elle annonce qu’elle séchera les meetings de lancement de Gabriel Attal et d’Édouard Philippe, c’est parce qu’elle refuse les aventures personnelles. Curieux car, primo, Attal et Philippe sont soutenus par des partis (qui appartiennent à la même majorité qu’elle), et deuxio, l’élection présidentielle est par nature personnelle – la rencontre d’un homme et d’un peuple.

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Vous allez me reprocher mon ironie, alors que la place des femmes en politique serait un vrai problème. Eh bien non ! Si on était en 1946, quand les femmes venaient d’obtenir le droit de vote, j’admettrais peut-être qu’il faut un peu forcer les choses. Mais aujourd’hui ? Une femme a-t-elle été exclue du pouvoir ou de la compétition électorale parce qu’elle était une femme ? Nullement. Des femmes occupent d’ailleurs les plus hautes fonctions politiques, elles dirigent l’audiovisuel public (Delphine Ernotte et Sibyle Veil), la Cour des comptes (Amélie de Montchalin) ou… l’Assemblée nationale. Elles ne sont pas jugées sur leur sexe mais sur leur compétence. Et il n’existe aucune preuve qu’elles gouverneraient mieux que les hommes.

Enfin, j’estime que je ne suis pas mieux représentée politiquement par une femme. Les femmes ne sont pas une espèce protégée ni une minorité opprimée. Elles n’ont besoin ni de quotas, ni de pleurnicheries. D’ailleurs, si les juges décident finalement le 7 juillet prochain de limiter l’inéligibilité de Marine Le Pen pour lui permettre de se présenter, une femme sera la favorite de l’élection présidentielle. Cela réjouira certainement Yaël Braun-Pivet…


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio

Gilles Lellouche: Je ne suis pas un héros, faut pas croire ce que disent les journaux

Lors d’une conférence de presse au Festival de Cannes pour le film Moulin de László Nemes, l’acteur Gilles Lellouche a rembarré un journaliste « décolonial » de Paroles d’honneur, média d’extrême gauche sulfureux lié au Parti des indigènes de la République, qui l’interrogeait sur le Rassemblement national et présentait La France insoumise comme le meilleur « rempart face à l’extrême droite ». « Elle n’est pas un peu orientée, votre question ? » a-t-il répondu, refusant de commenter la politique française.


Le Festival de Cannes, dans les conférences de presse organisées après les projections, est, en général, tellement accordé au registre convenu, paresseusement progressiste, d’un militantisme confortable et d’une politisation dans le sens du vent, qu’une intervention d’acteur ou de réalisateur qui, soudain, sort de l’ordinaire en ne répondant pas à l’appel de la meute relève presque du miracle. C’est ce qu’a fait Gilles Lellouche, que j’apprécie dans toutes ses facettes artistiques, quand, après avoir relevé le caractère « orienté » d’une question, il a refusé d’y répondre lors de la conférence de presse qui suivait la projection de Moulin, le film de László Nemes où il joue le rôle-titre. Un journaliste ostensiblement partisan y présentait LFI comme un barrage contre le RN et reliait à ce dernier les bourreaux de Jean Moulin.

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Courage et héroïsme

On comprend bien pourquoi Gilles Lellouche n’a pas désiré s’engager dans un débat de ce type, et je l’en félicite. Mais on imagine aisément comment la gauche et l’extrême gauche, avec leur conscience politique portée comme un ostensoir, auraient exploité jusqu’à plus soif cette opportunité de dériver. Même si Gilles Lellouche a fait preuve, en l’occurrence, d’un certain courage intellectuel, il n’est pas devenu pour autant un héros et il le sait, évidemment. Sur ce plan, on peut avoir un désaccord avec lui quand, parlant de ce film et de son héros, il affirme que leur leçon serait que n’importe qui peut devenir un héros. C’est, à mes yeux, l’inverse. Devenir un héros fait passer l’être humain d’une quotidienneté ordinaire à un régime d’exception. Cela suppose que le héros détenait déjà en lui un terreau virtuel, un riche vivier au sein duquel, lorsque surviennent la crise ou la tragédie, il n’avait plus qu’à puiser. Cette réserve latente, l’homme ou la femme ordinaires n’en disposent pas nécessairement. Il y a presque toujours, chez le héros, des prédispositions à l’être, une nature prête au dépassement.

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Face à ces destins d’exception, on peut admettre cependant que des êtres ordinaires, des tempéraments sans éclat particulier, soient, dans certaines circonstances, poussés à des actes révélant, aux yeux de tous, des ressources insoupçonnées que l’homme ou la femme paraît découvrir au moment même où elles se manifestent. Je songe à cette forme d’héroïsme qu’incarna le jeune Mamoudou Gassama grimpant le long d’un immeuble pour sauver un enfant.

Ce billet sur Gilles Lellouche satisfait un penchant que je partage avec beaucoup: rien ne plaît davantage que de découvrir, sous l’artiste, l’homme ; sous le jeu, le vrai.

L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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Les intermittents de la police

La police nationale innove: elle mise sur des citoyens en uniforme, armés et formés en un temps record. Elle se donne quinze jours pour transformer un volontaire en intermittent de la sécurité. Ou en cible mobile… Une solution de fortune qui en dit long.


Vous cherchez un complément de salaire, un petit boulot pour boucler les fins de mois ? Appelez la police ! Elle recrute des intermittents de la sécurité. Il ne s’agit pas de figurants mais de citoyens volontaires, lesquels, sans être policiers, sont armés, portent le même uniforme et effectuent les mêmes missions qu’un policier (pour un temps de travail limité à quatre-vingt-dix jours par an) ! Conditions d’accès : être de nationalité française, avoir entre 18 et 67 ans, et ne pas sortir de prison, bref avoir un casier vierge…

Le candidat bénéficie alors d’une formation express. En quinze jours ! Comme l’explique dans les colonnes du Républicain lorrain1, Marc Delaplace, référent pour la direction zonale est de la police nationale : « Une petite visite médicale est faite, on ne demande pas des athlètes de compétition. Ensuite, vous avez une période de formation gratuite de quinze jours. La moitié du temps est consacrée à la formation sur l’arme, pour que vous soyez en capacité de porter un pistolet dans la rue sans être dangereux. »

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Une semaine pour apprivoiser une arme ! Faut espérer que ce ne soient pas des pistolets à eau ! Car dans certains quartiers, où la simple vue d’un uniforme provoque des pulsions meurtrières, il est conseillé de savoir utiliser son arme de service à bon escient, pour sauver sa peau et éviter les bavures.

Cet appel citoyen est national. Sur le site de recrutement une vidéo salue ces volontaires :

« […] des policiers comme les autres […], qui ont une expérience, qui ont un vécu et qui amènent au bénéfice de la police des compétences rares [] c’est cette richesse que peut apporter la réserve opérationnelle ».

En réalité cette richesse est un cache-misère, ces policiers réservistes qui ne peuvent effectuer que 90 vacations par an, soit quatre-vingt-dix jours par an (à 80 euros bruts non imposables la journée) sont des bouche-trous. Actuellement, la police compte 11 400 « intermittents », avec l’objectif d’en compter 40 000 en 2030, embauchés à la petite semaine pour pallier le manque d’effectifs, qu’on peut donc évaluer à 10 000 policiers à temps plein…


  1. https://www.republicain-lorrain.fr/education/2026/03/26/on-ne-demande-pas-des-athletes-la-police-nationale-cherche-des-citoyens-pour-etoffer-sa-reserve-operationnelle ↩︎

Le collectif «Zapper Bolloré» est à son tour zappé

Et, franchement, il l’a bien mérité


« Voulons-nous prendre le risque que demain ne soient plus financés que des films de propagande au service d’une idéologie ? » Étrange question, qui envisage un phénomène à venir alors qu’il est déjà là : le cinéma français alterne en effet depuis des années, hormis quelques rares exceptions, daubes wokes et bouses idéologiques. Ah ! mais, suis-je bête, il ne s’agit pas de ça : cette angoissante question a été posée par 600 professionnels du cinéma dénonçant, dans Libération, « l’emprise de Bolloré ». Après s’être gavés d’argent public (CNC, France TV, régions, etc.) et privé (essentiellement Canal +), ces écornifleurs pleurnichent dans les chaumières parce que Vincent Bolloré vient d’acquérir 34 % du capital d’UGC et envisage de posséder 100 % des parts du groupe d’ici à 2028. Le ridicule, heureusement, ne tue pas : « En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif », écrivent ces sangsues incultes qui, en plus de farcir leur texte de mots inclusifs et illisibles, utilisent des termes dont ils ignorent visiblement le sens.

Hypocrites

Une belle bande d’hypocrites. Le premier financeur du cinéma français n’a nullement empêché ces artistes de concocter des films idéologiquement très orientés, de plus en plus wokes, de plus en plus nuls. Si nuls que le public les boude et que même les critiques les plus complaisants ont eu parfois du mal à en faire la publicité. Le cinéma est entièrement vérolé par la propagande de gauche. Le deuxième financeur du cinéma français est France TV, institution publique qui promeut presque exclusivement des films dits progressistes. J’ai raconté dans ces colonnes une de mes plus terrifiantes expériences cinématographiques, le visionnage du pire navet de l’année 2025, Toutes pour une, film d’Houda Benyamina censé « revisiter » l’œuvre d’Alexandre Dumas et la transformer en un brûlot féministe. Même le critique de Télérama avait craqué : « Scénario poussif et confus. Réalisation bourrine. » Résultat des courses : 14 059 entrées. Un exemple parmi cent. Pour rappel, le budget de cette camelote a été de… 10 millions d’euros, dont 2,6 millions provenant de France TV et 850 000 du CNC ! Tout le monde, sauf le public, en a eu pour son argent. Derrière les minauderies gauchistes se dissimulent de véritables aigrefins. « Ce qui vient de se passer avec Bolloré et Grasset dit l’ampleur des destructions en cours », s’émeut dans La Tribune Dimanche l’actrice Laure Calamy qui joue dans C’est quoi l’amour ?, film au budget de cinq millions d’euros, dont 1,2 provenant des caisses de… Bolloré. L’actrice Nina Meurisse, signataire de la tribune parue dans Libé, a joué, elle, dans plusieurs séries produites par et diffusées sur Canal +, la plus célèbre étant B.R.I. – nous ne sachons pas que cette belle âme ait refusé son cachet. Jean-Pascal Zadi, acteur, réalisateur et revendicateur attitré, donc signataire de ladite tribune, s’est fait connaître avec Tout simplement noir, film financé en grande partie par Canal + qui a également produit et diffusé en 2013 sa série de sketchs intitulée Kôkôrikô !, une série censée « interroger l’origine des discriminations et la persistance de leur banalité ». C’est dire si l’artiste a été bridé par l’empire Bolloré. Son deuxième film, Le Grand déplacement, avait toutes les qualités requises pour faire un flop : bien-pensance antiraciste woke, scénario bâclé, gags laborieux. Une critique élogieuse de France Info a fini de dissuader le public d’aller voir ce tract gauchiste. Score final : 130 900 spectateurs ! Une catastrophe au vu du budget engagé : 17 millions d’euros ! Qui ne sont pas perdus pour tout le monde, rassurez-vous ! Par ailleurs, le film est disponible en VOD sur… MyCanal.

La majorité des signataires de ladite tribune sont des comédiens, des directeurs de casting, des programmateurs, des producteurs et des réalisateurs inconnus du grand public. Juliette Binoche est réputée, elle, pour sa filmographie pléthorique : la place manque pour reproduire ici la liste des films dans lesquels elle a joué et qui ont bénéficié de financements bolloréens. Il en va de même pour Charles Berling, Judith Godrèche ou Swann Arlaud. Ce dernier, craignant visiblement d’avoir poussé le bouchon un peu loin, a tenu à expliquer dans L’Humanité la raison de sa signature. C’est assez tortueux. Tout en reconnaissant que Notre salut, le film d’Emmanuel Marre sélectionné à Cannes dans lequel il joue, n’aurait « probablement pas vu le jour » sans « l’engagement » des équipes de Canal +, l’acteur dit s’inquiéter du « danger qui s’installe progressivement, insidieusement » et ne pas vouloir « attendre sagement avant qu’il soit trop tard ». Il en appelle à la liberté d’expression, « principe fondamental en démocratie ». Bref, il rabâche sans réfléchir les arguments fallacieux de ses congénères en espérant que cela ne nuira pas trop à sa carrière. Au bal des faux-culs, ces gens-là ne font jamais tapisserie.

Quel cinéma !

Le rachat des salles UGC par Vincent Bolloré a donc mis le feu aux poudres de cette révolution de cinoche. Il y a quelques mois, c’est pour une tout autre raison que les professionnels du 7ème art se montraient très inquiets : mécontente des accords avantageant Disney, la direction de Canal + avait en effet brandi la menace d’un désengagement total envers le cinéma français. Cris et chuchotements terrifiés dans le milieu. Finalement, Maxime Saada, président du directoire du groupe, annonçait avoir négocié avec ses représentants un nouvel accord. De 220 millions en 2024, les investissements prévus sont passés à 160 millions en 2026 et 170 millions en 2027. Le nombre de films français préachetés par le groupe Canal a été de 85 en 2025, contre une centaine auparavant, minimum contractuel qui était souvent dépassé – Canal + a financé 138 des 230 films français sortis en 2024. Même réduits, les budgets qu’il consacre au cinéma français font du groupe Canal, qui conserve en retour le privilège de diffuser les films dès six mois après leur sortie en salles, son premier financeur.

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Conjointement à la parution de la tribune anti-Bolloré, Libération a toutefois estimé utile de rappeler que le groupe Canal a financé de nombreux films présentés à Cannes cette année, dont celui de Pierre Salvadori, La Vénus électrique. Lors de sa conférence de presse, ce réalisateur a répondu à la question fielleuse d’une journaliste du média de gauche Brut à propos de la pétition parue dans Libé en affirmant… jouir d’une liberté totale : « Les gens qui nous garantissent cette liberté et cette indépendance, ce sont Laurent Hassid [directeur des acquisitions cinéma au sein de Canal] et Maxime Saada, avec qui on a des rapports forts, en particulier Laurent Hassid qui est proche des cinéastes depuis des années. […] Il n’y a pas d’intervention de Canal + sur le contenu des films. » Le producteur du film, Philippe Martin, a enfoncé le clou : « Mes interlocuteurs sont les mêmes que ceux que j’avais avant que Bolloré n’arrive à Canal +. Je ne sens pas un infléchissement de leurs décisions par rapport à une dimension politique qu’il pourrait y avoir dans un film. »

Le logo Canal + sifflé au festival de Cannes

Après s’être congratulés et admirés mutuellement, les 600 signataires de cette énième tribune anti-Bolloré ont sans doute cru que la direction de la chaîne cryptée allait laisser passer l’orage et se contenter d’un démenti apaisant. Raté ! Maxime Saada vient d’annoncer qu’il ne souhaite plus que « Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition », tout en prenant soin de défendre le CNC, trop souvent attaqué à son goût. De son côté, sur France Inter, Gaëtan Brunel, président dudit CNC, déclare qu’il est « factuellement faux de dire que Canal aurait renoncé à soutenir la diversité du cinéma français » et rappelle que des films comme Dossier 137 de Dominik Moll ou L’Histoire de Souleymane de Boris Lojine ont été financés et soutenus par le groupe. Il regrette toutefois la réaction de Maxime Saada qui « aggrave les clivages au lieu de rassembler ». C’est bien beau de vouloir rassembler, mais ce n’est pas M. Brunel qui a été traité de fasciste et est régulièrement insulté : en ce moment, à chaque apparition du logo de Canal + sur les écrans, une partie du public professionnel cannois siffle et hurle : « Bolloré ! Enculé ! », entre autres gracieusetés. 

Personnellement, je me contrefiche de savoir ce que vont devenir ces belles âmes. Le cinéma français des trois dernières décennies, parfait reflet du conformisme progressiste dans lequel baigne le monde dit de la culture, est lamentable. La cérémonie des César et le festival de Cannes ressemblent de plus en plus à des soirées mondaines au cours desquelles les membres de la petite coterie du cinéma se mettent sur leur 31 pour se prosterner devant eux-mêmes et s’admirer. Tous ces gens « aiment étaler leur vertu et se foutent du cinéma », dit à juste titre Élisabeth Lévy sur Sud Radio avant d’ajouter que, si la « pétitionnaire compulsive » Judith Godrèche est à Cannes cette année, c’est « parce que le groupe de Vincent Bolloré finance son film Mémoire de fille[1]et ça, franchement, on aurait pu s’en passer. » Mme Godrèche a sûrement et malheureusement l’intention de réaliser d’autres films. Espérons que Maxime Saada saura tenir sa promesse…


[1] Ce film est inspiré de l’opuscule nombriliste et soporifique d’Annie Ernaux – ça promet !

Bruel: la meute fait salle comble

Le gouvernement s’invite dans l’affaire Patrick Bruel


« S’inviter » est exagéré. Maud Bregeon aurait certainement préféré que la question ne lui soit pas posée. C’était hier dans Télématin sur France 2. La porte-parole du gouvernement s’exprimait à titre personnel et a vaillamment défendu deux principes fondamentaux : la présomption d’innocence et la séparation des pouvoirs, répétant que c’est à la justice de trancher. Face à l’insistance du journaliste, qui voulait absolument lui faire dire que Bruel devrait être interdit de concert et de théâtre, elle a concédé qu’elle n’irait sans doute pas le voir, même s’il avait le droit de se produire.

Une dizaine de plaintes pour agressions sexuelles et viols, dont celle de Flavie Flament, une trentaine d’années après les faits allégués, en sont au stade de l’enquête préliminaire ; aucune instruction n’est encore ouverte. Patrick Bruel nie en bloc.

Mais dans l’âge post-judiciaire ouvert par #MeToo, des meutes lyncheuses se substituent à la justice, exigeant qu’un homme soit condamné à la mort sociale dès qu’il est accusé. Hier, quatre concerts prévus au Québec en décembre ont été annulés. Marine Turchi, de Mediapart, voudrait institutionnaliser ce système en faisant payer les frais d’annulation par les assurances.

Le plus grave, c’est que ces meutes numériques terrorisent et intimident. Ne pas participer au lynchage, c’est être complice.

« Peut-être, mais les témoignages sont nombreux et choquants », me réplique-t-on. Certes, mais êtes-vous juge ? Avez-vous interrogé les plaignantes, le prévenu, confronté leurs versions ? Non, pas plus que moi. Vous ne pouvez donc pas vous prononcer, encore moins condamner.

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Au-delà du cas Bruel, on peut observer un mécanisme récurrent. Souvent, dans ce genre d’affaire, la multiplication des témoignages dans les médias produit un effet de vérité trompeur. En réalité, on peut en déduire soit que la parole d’une victime donne du courage aux autres, soit qu’un effet d’entraînement, conjugué à la séduction du statut victimaire, pousse certaines femmes à qualifier a posteriori de non consentie une relation insatisfaisante ou regrettée.

Oui, à entendre ces récits douloureux, nous sommes choqués et indignés. « Nul ne ment autant qu’un homme indigné », disait Nietzsche. La civilisation, c’est le dépassement des pulsions, de l’émotion et de l’indignation par la raison. Et la raison nous dit trois choses :

  • Premièrement, que seule la justice peut condamner — il faut bien le rappeler.
  • Deuxièmement, que même un homme condamné a le droit de reprendre sa vie une fois sa dette payée. Mais, bizarrement, en ce domaine, la gauche ne croit ni à la rédemption ni aux deuxièmes chances.
  • Troisièmement, que lorsqu’on prétend faire disparaître le mal de la société, cela finit toujours très mal.

On voudrait que les politiques résistent au chantage émotionnel et moral des militants et des journalistes. D’ailleurs, un tel courage pourrait être payant. Malgré le battage médiatique, la pétition exigeant l’annulation des concerts de Bruel n’a recueilli que 22 000 signatures. Ce n’est pas beaucoup. Peut-être les électeurs sont-ils plus sages que les journalistes.

Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud radio

La liberté à Cuba: un fondement de valeurs et de foi

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Alors que le régime communiste de Cuba cherche à faire disparaître la religion chrétienne de l’île, voilà qu’elle connaît un renouveau inattendu. Zoé Valdés témoigne de cette nouvelle espérance qui anime de nombreux Cubains.


Depuis quelques années, un nouveau mouvement citoyen se développe sur l’île. Tel une vague qui n’a pas encore déferlé, il pourrait bien être le point d’appui qui fera tomber le régime. Ce mouvement rassemble des croyants, hommes et femmes de confession catholique et chrétiens, qui, inspirés d’abord par le Mouvement chrétien de libération et son leader assassiné, Oswaldo Payá, trouvent réconfort et espoir dans les églises depuis 2012. Ils découvrent des vérités dans les paroles prononcées depuis les autels, les chaires et les églises où prêtres et religieuses s’adressent à eux, ainsi que dans les écrits qu’ils leur adressent avec dignité et simplicité. Ces homélies et articles sont profonds car ils puisent leur inspiration dans l’Esprit et sont destinés à l’Esprit, avec une perspective d’éternité bien loin de l’immédiateté qui si souvent trouble et accable. Ce mouvement a été réduit au silence à plusieurs reprises par d’autres, moins importants mais plus visibles, qui servent parfaitement les intérêts de la tyrannie. Ces mouvements encouragent le conflit, l’ignorance, la bassesse et un libertinage qu’ils imposent sans tarder, le confondant avec la liberté. De plus, ils érigent une barrière, isolant le problème cubain du reste du monde, qui n’est pourtant pas exempt de graves problèmes.

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Depuis 1959, et à de nombreux moments clés de son histoire, le peuple cubain a été contraint de renier le Christ et de renoncer à sa foi. Bien que plusieurs patriotes cubains aient été sauvagement exécutés par des pelotons d’exécution, criant « Vive le Christ Roi ! », le peuple ne pouvait ni les entendre ni les apprécier. Pour ce peuple, trahir sa culture religieuse constituait l’une des premières injustices et le premier pas vers l’abîme et la trahison. La résistance chrétienne trouva l’un de ses plus grands représentants en la personne du père Miguel Ángel Loredo, prisonnier et victime des représailles des frères Castro, qui était aussi un grand poète. J’ai connu le Père Miguel Ángel Loredo ; j’étais son amie et son disciple. On sait qu’il rassemblait autour de lui des jeunes gens rebelles qui ne trouvaient nulle part où confier leurs aspirations et qui, grâce à lui, trouvaient un refuge différent au sein de l’Église. J’ai été confessée par le Père Ángel Gaztelu dans son église du Saint-Esprit, et j’ai également été son catéchiste pendant quatre ans. Lui aussi était un poète très important de la Génération des Origines, menée par José Lezama Lima. Je possède un poème inédit du Père Gaztelu et plusieurs livres dédicacés par le Père Loredo. Leur amitié m’a enrichi ; la formation que j’ai reçue d’eux m’a inculqué des valeurs auxquelles je ne renoncerai jamais, même si j’ai parfois emprunté des chemins très controversés et différents. Lorsque j’ai revu le Père Loredo ici à Paris, chez Margarita et Jorge Camacho, j’étais terrifiée à l’idée qu’il puisse me rejeter à cause de mes écrits et de l’évolution de mes idées. Pourtant, c’est tout le contraire qui s’est produit. Le prêtre s’est approché de moi en souriant et m’a serré dans une étreinte réconfortante ; puis il a dit :
« Vous n’imaginez pas à quel point j’aime vos livres ! Je les dévore ! Ils me font tellement rire ; et ils me font pleurer, ils me font pleurer aussi. »
Je ne remercierai jamais assez Loredo pour ces paroles. Je l’ai vu pour la dernière fois à New York, près de sa paroisse franciscaine à Manhattan. C’est dans cet esprit d’une certaine idée de liberté — celle que le mot signifie littéralement — et d’un amour profond et désintéressé que s’est développé ce mouvement dont je vous parle : un mouvement composé de Cubains exaspérés par le chaos et la mascarade. Des Cubains cultivés et instruits, qui se reconnaissent dans les lois de Dieu et celles des hommes, et qui les recherchent et les respectent.

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Leurs modèles sont des prêtres et des religieuses, eux aussi jeunes, imprégnés d’histoire de la création et de foi, mais aussi de la culture universelle au sein de laquelle Cuba doit se réintégrer. Il est essentiel de prendre conscience qu’une autre Cuba existe au sein des possibilités infinies de José Martí, qu’une autre Cuba vibre entre ses propres mains, guidée par la vérité et la justice. J’espère que toute action de libération entreprise par Donald Trump et Marco Rubio en faveur de Cuba tiendra compte de ces valeurs fondamentales : Foi, Dieu, Patrie et Liberté, telles qu’elles figurent sur notre emblème national.

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Peut-on critiquer « L’Abandon » ?

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Entre hommage commémoratif et reconstitution pudique, le film interroge : la France a-t-elle vraiment tiré les leçons de son étrange défaite face à l’islamisme ?


La presse, dans son ensemble, reconnaît au film de Vincent Garenq des qualités indéniables. Elle souligne la sobriété de sa mise en scène, la rigueur de la reconstitution des faits, tels qu’ils ont été établis lors du procès, sa force pédagogique, son intensité dramatique sans artifice et surtout, une incarnation juste des différents protagonistes de l’histoire. Le film bouleverse tout en restant à distance du voyeurisme. Il se garde enfin de toute passion accusatoire.

Bon démarrage dans les salles, bon accueil à Cannes

Applaudi à Cannes, L’Abandon présente également une dimension commémorative. Celle-ci déroge à l’intention proclamée dans le carton d’ouverture de s’en tenir « fidèlement » aux évènements. Dès la première séquence, où l’on voit le professeur sortir du collège pour courir vers son destin, Samuel Paty se parle à lui-même. Il se dit, en voix off, qu’il va « entrer dans les livres d’histoire ». 

Le film se referme dans l’imaginaire lorsque, dans le hall du collège, la photo de l’acteur incarnant le professeur s’efface derrière celle de Samuel Paty. Cette dimension commémorative, lyrique, si elle peut paraître un peu maladroite sur un plan cinématographique, n’annule pas le geste initial du réalisateur mais l’encadre, comme s’il fallait concéder que la reconstitution du réel n’est pas une fin en soi. 

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Le réalisateur pouvait-il décemment ne pas rendre hommage au professeur qui, de façon vivante et humaine, s’efforçait dans ses cours de réaliser l’idéal républicain d’une école pour tous, d’une école dont la mission première serait d’instruire et de développer le jugement des élèves afin de les rendre libres et de les préparer à devenir des citoyens – une mission qui, disons-le d’emblée, ne correspond plus du tout à la réalité de notre école ?

Antoine Reinartz interprète le professeur Samuel Paty © Guy Ferrandis / UGC

Pour toute critique, comme on pouvait s’y attendre, certains ont entonné contre ce film les habituels procès d’intention, ceux-là mêmes qui ont contribué à l’abandon du professeur : le film ferait le jeu de l’extrême droite, voire serait « stigmatisant ». Un propos inique qui vise à salir la mémoire de Samuel Paty, comme s’il était besoin de le tuer une seconde fois. 

Il faut dire que les islamistes, qu’ils soient de simples instigateurs d’une sécession communautaire, des entrepreneurs de colère ou des terroristes, ont trouvé au sein de la petite bourgeoisie intellectuelle qui se prétend « antiraciste » leurs collaborateurs les plus serviles. À l’époque de la montée d’un autre totalitarisme en Europe, c’étaient les mêmes qui, sous couvert de « pacifisme », finirent par troquer leur bonne conscience contre des avantages en nature.

Paralysie idéologique

Si L’Abandon expose donc l’enchaînement implacable des faits, le comment, il reste cependant en retrait sur le pourquoi. Or, peut-on expliquer les faits par les faits ? Certes, certains faits peuvent en déclencher d’autres, comme on le voit très bien dans le film. Mais les faits résultent aussi de représentations, de choix, d’intentions. Aucun historien ne peut mettre de côté la subjectivité pour expliquer les faits. 

En l’occurrence, ici, outre l’inconscience, la peur et l’idéologie collaborationniste, c’est la crainte d’être perçu comme « raciste » ou « islamophobe » qui explique en grande partie la paralysie des enseignants au sein du collège. Sans elle, ces derniers se seraient inquiétés des menaces portant sur la vie de leur collègue. Ils auraient fait corps avec lui. Ils n’auraient sans doute pas accepté comme allant de soi certaines décisions de la direction : accepter dans son bureau un imam qu’elle ne devait normalement pas recevoir dans ce cadre et imputer au professeur un « incident grave », faisant de lui un potentiel coupable.

On ne sait plus très bien, à la fin du film, qui, au juste, a abandonné Samuel Paty. Il n’est d’ailleurs plus question que d’un « sentiment d’abandon ». S’il n’y a que des exécutants et jamais des décisionnaires, alors, en effet, personne n’a vraiment abandonné le professeur. Pourtant, il faut rappeler qu’un procès en responsabilité contre l’État est en cours, engagé par Maître Chaix au nom de Mickaëlle Paty. 

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Tôt ou tard, il faudra bien poser ces questions : pourquoi la rectrice n’a-t-elle pas démenti les mensonges contre le professeur ? Pourquoi a-t-elle contribué à confirmer la rumeur par les accusations portées contre lui par le référent laïcité ? Pourquoi les ministres de l’Intérieur et de l’Éducation nationale n’ont-ils pas octroyé une protection policière au professeur ? Il est un peu trop facile de se cacher derrière un « engrenage », comme on le répète à l’envi, pour expliquer l’assassinat de Samuel Paty. L’engrenage a bon dos pour occulter des choix ou l’incapacité à prendre en compte le réel et à agir. Faut-il rappeler que Daech a déclaré son intention de s’attaquer aux enseignants français dès 2016 ?

Quelques mois après que la France se soit enfoncée dans le déni et que nos généraux, faute d’avoir anticipé les conditions de la guerre moderne, aient mené notre armée au désastre, Marc Bloch écrivait dans L’Étrange défaite : « Quoi que l’on pense des causes profondes du désastre, la cause directe fut l’incapacité du commandement »

En évitant de remonter la chaîne hiérarchique pour pointer la cause directe de l’assassinat de Samuel Paty, on peut se demander si le film de Vincent Garenq, malgré toutes ses qualités, ne laisse pas dans l’ombre une partie du réel. Peut-on écarter la question de la responsabilité politique dans cette étrange défaite face à la haine islamiste ?

Petite Philosophie de la nation

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Quand Canal + démasque les Jean-Moulin de la Croisette

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Les signataires de la pétition « Zapper Bolloré », comme l’ex-actrice Adèle Haenel, redoutent de faire désormais partie d’une « liste noire » qu’ils ont pourtant eux-mêmes établie.


Scandale : le patron de Canal + n’entend pas se laisser insulter par ceux qu’il finance. Mardi, la ministre de la Culture, Catherine Pégard, a jugé « disproportionnée » la décision de Maxime Saada d’envoyer paître les 600 pétitionnaires du monde du cinéma, infamant la chaîne de Vincent Bolloré. Dans une tribune publiée le 11 mai par Libération (« Zapper Bolloré »), ces Jean-Moulin de la Croisette écrivent : « En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif ».

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Réponse de Saada, dimanche : « Je ne travaillerai plus, je ne souhaite plus que Canal+ travaille avec les gens qui ont signé cette pétition. (…) Je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fasciste ». Comment ne pas comprendre cette indignation ? La multiplication des accusations en fascisme ou en nazisme, lancées par l’extrême gauche et une partie de la gauche sociale-démocrate, relève d’un vieux procédé stalinien. Il dispense d’argumenter et détourne les regards. Or, s’il y a bien une menace totalitaire en France, elle est portée par ces faux résistants. Ces comités de salut public auto-promus s’estiment les uniques dépositaires de la morale.

Ce sont les mêmes qui pactisent, derrière Jean-Luc Mélenchon, avec un islam régressif qui méprise les femmes, la liberté d’expression, la démocratie. Ce petit cercle de privilégiés, protégés par une préférence nationale (l’exception culturelle) qu’ils dénoncent pour les autres, ne brille pas par l’esprit. Non content de cracher dans la main (Canal) qui les nourrit, ils récitent des slogans qui illustrent leur panurgisme.

Face à ces intimidations à gros sabots, qui prospèrent en terrain conquis, rien n’est plus légitime que la réplique. Cet hégémonisme d’une caste, qui assimile les angoisses existentielles du peuple oublié à des caractéristiques fascistes ou d’extrême droite, a toutes les raisons d’être contesté dans son manichéisme.

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Comment s’émouvoir que ceux qui veulent « zapper Bolloré » soient zappés en retour ? D’autant que Canal +, premier soutien du cinéma français, ne peut être accusé de parti pris au vu de la diversité des films qu’il finance. Pour ma part, confronté au déversoir d’insultes que la meute déverse sur X, j’ai décidé depuis quelques mois de ne plus être poli. Je réponds et duplique désormais, assez systématiquement, à mes procureurs bas du front : « J’emmerde les fascistes ».

Je nomme ainsi un poison qui, en puisant dans le lynchage et la haine, ressemble en effet comme deux gouttes d’eau au fascisme que ces automates disent combattre. Les « antifas », bras armés de l’islamo-gauchisme, sont en réalité les « néofas ». La guerre menée contre Bolloré par les derniers bastions de la gauche sectaire et prolophobe révèle la volonté désespérée de maintenir une pensée unique, interdisant d’aborder d’autres sujets que ceux autorisés par les promoteurs du wokisme, de la société ouverte et du multiculturalisme. « L’esprit Canal », en partant ainsi à l’assaut des sycophantes et des épurateurs éthiques, ne fait que renouer avec sa tradition d’impertinence. Oui, il est urgent d’emmerder les fascistes.

La révolution des oubliés

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Etty Hillesum sur Arte: l’éclat d’«Une vie bouleversée» à l’écran

Hagai Levi (créateur de la série originale qui a donné En thérapie) adapte au cinéma et sur arte (jeudi 20h50) les journaux intimes d’Etty Hillesum. Ce projet retrace le destin de cette jeune femme juive néerlandaise qui, malgré la terreur nazie, est restée habitée par une grande spiritualité. Passée par le camp de Westerbork en 1942 via le Conseil juif, puis réinternée comme détenue en juillet 1943, elle fut assassinée à Auschwitz la même année, à seulement 29 ans.


Etty, assassinée à Auschwitz en 1943, est morte à l’âge de 29 ans. La jeune et belle Etty Hillesum d’Amsterdam. Etty était une lumière que rien ni personne ne sut éteindre, pas même le feu de la Shoah. Etty, c’est notre enfant à tous. Notre humanité, parfois si bête et si méchante, fit naître, par un de ces miracles comme il en existe parfois, une enfant qui osa chercher au plus profond d’elle-même le trésor sacré qui nous est donné à tous, avec la vie.

Etty Hillesum aimait tant la vie, sensuelle et sensible, que la beauté du monde la submergeait parfois d’une trop grande émotion. Elle rêvait de transmettre tout ce qui, en elle, exprimait sa joie de vivre à travers les livres qu’elle imaginait écrire après la guerre. Face au sombre destin qui l’entraîna vers la mort parce qu’elle était juive, Etty décida de faire face. Elle ne voulait pas haïr, pas même ses bourreaux. Elle ne voulait qu’aimer, elle voulait panser les plaies de l’humanité souffrante.

C’est ainsi qu’elle se fit embaucher comme fonctionnaire auprès du Conseil juif d’Amsterdam, qui recevait tous les appels au secours et toutes les demandes d’exemption pour éviter la déportation. Un enfer de détresse humaine qu’elle supporta avec bravoure, au point de demander à être affectée au camp de Westerbork, d’où chaque semaine partait un train vers la Pologne et les chambres à gaz.

A lire ensuite: Samuel Paty: une leçon mal apprise…

Elle se donna entièrement à ces pauvres gens dont elle s’efforça d’adoucir la peine et la détresse. Puis ce fut son tour de prendre le train, en même temps que sa famille. Elle savait quel sort l’attendait lorsqu’elle décida d’intégrer le camp, un sort que, sans doute, elle aurait pu éviter.

D’une jeune fille instable et autocentrée, rêveuse et inhibée, Etty était devenue un être humain accompli, aimant la vie plus que tout, mais qui accepta de mourir en solidarité avec son peuple. Son aventure spirituelle et humaine est saisissante. Elle est notre fille, elle est notre sœur en humanité. Cette jeune femme, aujourd’hui encore, nous réconforte et nous rassure. Il est des êtres, il y aura toujours des êtres qui oseront dépasser toute haine, cette haine qui est la seule source du mal.

Une magnifique série en 6 épisodes, qui s’inspire du journal d’Etty Hillesum, vient de débuter sur Arte TV. Ceux qui ont lu le journal d’Etty Hillesum ne seront pas déçus par cette formidable adaptation, passionnante et inspirée. Et, bien sûr, il faut lire son journal, qui peut-être ne vous quittera plus : Une vie bouleversée.


6 épisodes d’environ une heure, à partir de jeudi 21 mai à 20h50 sur Arte, et sur le site de la chaîne dès maintenant.

Une vie bouleversée: suivi de Lettres de Westerbork

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Yves d’Amécourt, ou l’écologie contre les petits gardes rouges de l’effondrement

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Yves d'Amécourt. D.R.

Alors que l’écologiste Sandrine Rousseau propose de renommer les steaks en «cadavres d’animaux», Yves d’Amécourt publie un manifeste touchant d’humanité. L’écologie qu’il décrit, celle du terrain et de la responsabilité, est un rappel que l’Homme n’est pas en conflit avec la nature, il dialogue avec elle.


Il existe aujourd’hui deux écologies. La première aime les paysages mais déteste ceux qui y vivent. Elle adore les cartes, les normes, les interdictions, les schémas régionaux, les conférences citoyennes et les comités Théodule. Elle parle du vivant avec des mots morts. Elle rêve d’une planète administrée par des experts en mobilité douce et des diplômés de Sciences Po sous perfusion de subventions publiques.

Et puis il y a l’autre. L’écologie des gens qui vivent quelque part. Celle des paysans, des forestiers, des chasseurs, des maires ruraux, des viticulteurs, des ingénieurs, des artisans. Une écologie enracinée. Charnelle. Empirique. Une écologie qui sait qu’un paysage n’est pas un décor mais une civilisation. C’est cette écologie-là qu’Yves d’Amécourt défend dans un livre passionnant, L’humain, l’écologie et la politique

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Autant prévenir immédiatement le lecteur parisien sous anxiolytiques climatiques : ce livre risque de lui déplaire. Car son auteur commet plusieurs fautes désormais presque impardonnables dans le débat public français : il croit au progrès, à la liberté, à la responsabilité… et à l’homme. Oui, à l’homme. Pas à « l’usager ». Pas au « consommateur ». Pas à « l’individu déconstruit ». À l’homme concret. Celui qui travaille, transmet, construit, plante, entreprend, décide… et parfois se trompe, mais librement.

Un homme de terrain

Ancien maire de Sauveterre-de-Guyenne, ancien conseiller général, viticulteur, ingénieur de formation, Yves d’Amécourt écrit comme il gouvernait : à partir du terrain. Et cela change tout. Son livre est rempli d’anecdotes locales qui disent souvent davantage sur l’état réel du pays que bien des rapports parlementaires. Chez lui, la critique de la bureaucratie n’est jamais théorique. Elle sent le dossier absurde, la commission inutile, l’étude publique coûtant plus cher que les travaux eux-mêmes. Lorsqu’il raconte qu’il a fallu mobiliser quinze personnes et une étude réglementaire pour conclure qu’il suffisait… d’ajouter une buse sous une route inondable en Gironde, on comprend soudain pourquoi la France s’épuise administrativement. 

Le grand mérite du livre est là : montrer que l’écologie punitive procède souvent du même logiciel que l’hypercentralisation technocratique. Dans les deux cas, on ne fait plus confiance aux hommes. On les administre. D’Amécourt décrit admirablement cette transformation de l’État protecteur en État infantilisant. Tout doit désormais être encadré, surveillé, normé, contrôlé. Le moindre problème appelle une loi, le moindre risque une interdiction, le moindre fait divers un nouveau formulaire CERFA. À force de vouloir protéger les Français de tout, on finit par les empêcher de vivre.

Une vision de la liberté et de la responsabilité humaine

Le plus intéressant est que cette critique n’est jamais libertarienne au sens américain du terme. Le livre est profondément français. Il parle d’autorité, de transmission, de bien commun, de mérite, de travail, de civilisation. 

On y retrouve cette vieille idée française (presque disparue) selon laquelle la liberté n’a de sens que si elle s’accompagne de responsabilité.

Voilà pourquoi L’humain, l’écologie et la politique est plus qu’un essai politique : c’est une contre-offensive intellectuelle contre l’air du temps.

Depuis trente ans, l’écologie politique française a progressivement cessé d’aimer le monde réel. Elle préfère désormais la société rêvée à la société vécue. Elle protège parfois davantage les procédures que les paysages eux-mêmes.

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Le paradoxe est cruel : jamais on n’a autant parlé de nature et jamais les campagnes françaises n’ont semblé aussi méprisées par les élites urbaines. On interdit des retenues d’eau à des agriculteurs mais on bétonne les périphéries commerciales. On détruit des barrages hydroélectriques au nom de la continuité écologique. On culpabilise les éleveurs français tout en important des produits étrangers fabriqués selon des normes que nous refusons chez nous.

À travers tout cela, Yves d’Amécourt rappelle une évidence devenue révolutionnaire : l’homme n’est pas l’ennemi de la nature. Mieux encore: la civilisation peut embellir le monde lorsqu’elle repose sur l’enracinement et la transmission. Au fond, ce livre pose une question simple : une société qui ne croit plus en l’homme peut-elle encore protéger quoi que ce soit ? La réponse d’Yves d’Amécourt est clairement non. Et il se pourrait bien qu’il ait raison.


Yves d’Amécourt, L’humain, l’écologie et la politique, Les éditions du bien commun, 2026, 148 pages

L'humain, l'écologie et la politique

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Cherchez la femme

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"Ceux qui prennent les décisions dans notre pays, c'est quasiment 100 % d'hommes" pleurniche la centriste Yaël Braun-Pivet au micro de France inter, le 20 mai 2026. DR.

Alors qu’on lui demandait pourquoi elle n’irait pas soutenir Gabriel Attal le 30 mai lors de son grand meeting de lancement de campagne présidentielle à Paris, Yaël Braun-Pivet a sottement répondu que «le pays serait mieux dirigé s’il était dirigé en mixité». Le commentaire d’Élisabeth Lévy.


Yaël Braun-Pivet voudrait que la France soit dirigée « en mixité ». Avec tout le respect qu’on doit à la présidente de l’Assemblée nationale, on aimerait qu’elle s’exprime en français plutôt que dans ce sabir techno-bobo. « En mixité » est aussi déplorable qu’« en situation de handicap » pour dire « handicapé », et encore plus dénué de sens : Madame Braun-Pivet suggère-t-elle que la France élise un être hybride, mi-homme mi-femme ? Ou un président « iel », ni homme ni femme ? Si elle trouve que la France serait mieux dirigée par une femme, qu’elle le dise !

Pour les malcomprenants comme votre servante, Yaël Braun-Pivet précise sa pensée : « Lorsque l’on voit ceux qui prennent les décisions dans notre pays, c’est quasiment 100 % d’hommes, ça ne va pas. » Il y a quelque temps, elle fustigeait le « club de machos qui se déclarent quasiment quotidiennement » candidats à la présidentielle.

Une quarantaine d’appelés, dont plusieurs femmes, se verraient bien se lancer dans la course à l’Élysée. Attention, Yaël Braun-Pivet n’en fait pas partie. Et si elle annonce qu’elle séchera les meetings de lancement de Gabriel Attal et d’Édouard Philippe, c’est parce qu’elle refuse les aventures personnelles. Curieux car, primo, Attal et Philippe sont soutenus par des partis (qui appartiennent à la même majorité qu’elle), et deuxio, l’élection présidentielle est par nature personnelle – la rencontre d’un homme et d’un peuple.

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Vous allez me reprocher mon ironie, alors que la place des femmes en politique serait un vrai problème. Eh bien non ! Si on était en 1946, quand les femmes venaient d’obtenir le droit de vote, j’admettrais peut-être qu’il faut un peu forcer les choses. Mais aujourd’hui ? Une femme a-t-elle été exclue du pouvoir ou de la compétition électorale parce qu’elle était une femme ? Nullement. Des femmes occupent d’ailleurs les plus hautes fonctions politiques, elles dirigent l’audiovisuel public (Delphine Ernotte et Sibyle Veil), la Cour des comptes (Amélie de Montchalin) ou… l’Assemblée nationale. Elles ne sont pas jugées sur leur sexe mais sur leur compétence. Et il n’existe aucune preuve qu’elles gouverneraient mieux que les hommes.

Enfin, j’estime que je ne suis pas mieux représentée politiquement par une femme. Les femmes ne sont pas une espèce protégée ni une minorité opprimée. Elles n’ont besoin ni de quotas, ni de pleurnicheries. D’ailleurs, si les juges décident finalement le 7 juillet prochain de limiter l’inéligibilité de Marine Le Pen pour lui permettre de se présenter, une femme sera la favorite de l’élection présidentielle. Cela réjouira certainement Yaël Braun-Pivet…


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio

Gilles Lellouche: Je ne suis pas un héros, faut pas croire ce que disent les journaux

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Gilles Lellouche à Cannes, 18 mai 2026 © Nicolas Genin-POOL/SIPA

Lors d’une conférence de presse au Festival de Cannes pour le film Moulin de László Nemes, l’acteur Gilles Lellouche a rembarré un journaliste « décolonial » de Paroles d’honneur, média d’extrême gauche sulfureux lié au Parti des indigènes de la République, qui l’interrogeait sur le Rassemblement national et présentait La France insoumise comme le meilleur « rempart face à l’extrême droite ». « Elle n’est pas un peu orientée, votre question ? » a-t-il répondu, refusant de commenter la politique française.


Le Festival de Cannes, dans les conférences de presse organisées après les projections, est, en général, tellement accordé au registre convenu, paresseusement progressiste, d’un militantisme confortable et d’une politisation dans le sens du vent, qu’une intervention d’acteur ou de réalisateur qui, soudain, sort de l’ordinaire en ne répondant pas à l’appel de la meute relève presque du miracle. C’est ce qu’a fait Gilles Lellouche, que j’apprécie dans toutes ses facettes artistiques, quand, après avoir relevé le caractère « orienté » d’une question, il a refusé d’y répondre lors de la conférence de presse qui suivait la projection de Moulin, le film de László Nemes où il joue le rôle-titre. Un journaliste ostensiblement partisan y présentait LFI comme un barrage contre le RN et reliait à ce dernier les bourreaux de Jean Moulin.

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Courage et héroïsme

On comprend bien pourquoi Gilles Lellouche n’a pas désiré s’engager dans un débat de ce type, et je l’en félicite. Mais on imagine aisément comment la gauche et l’extrême gauche, avec leur conscience politique portée comme un ostensoir, auraient exploité jusqu’à plus soif cette opportunité de dériver. Même si Gilles Lellouche a fait preuve, en l’occurrence, d’un certain courage intellectuel, il n’est pas devenu pour autant un héros et il le sait, évidemment. Sur ce plan, on peut avoir un désaccord avec lui quand, parlant de ce film et de son héros, il affirme que leur leçon serait que n’importe qui peut devenir un héros. C’est, à mes yeux, l’inverse. Devenir un héros fait passer l’être humain d’une quotidienneté ordinaire à un régime d’exception. Cela suppose que le héros détenait déjà en lui un terreau virtuel, un riche vivier au sein duquel, lorsque surviennent la crise ou la tragédie, il n’avait plus qu’à puiser. Cette réserve latente, l’homme ou la femme ordinaires n’en disposent pas nécessairement. Il y a presque toujours, chez le héros, des prédispositions à l’être, une nature prête au dépassement.

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Face à ces destins d’exception, on peut admettre cependant que des êtres ordinaires, des tempéraments sans éclat particulier, soient, dans certaines circonstances, poussés à des actes révélant, aux yeux de tous, des ressources insoupçonnées que l’homme ou la femme paraît découvrir au moment même où elles se manifestent. Je songe à cette forme d’héroïsme qu’incarna le jeune Mamoudou Gassama grimpant le long d’un immeuble pour sauver un enfant.

Ce billet sur Gilles Lellouche satisfait un penchant que je partage avec beaucoup: rien ne plaît davantage que de découvrir, sous l’artiste, l’homme ; sous le jeu, le vrai.

L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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Les intermittents de la police

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D.R.

La police nationale innove: elle mise sur des citoyens en uniforme, armés et formés en un temps record. Elle se donne quinze jours pour transformer un volontaire en intermittent de la sécurité. Ou en cible mobile… Une solution de fortune qui en dit long.


Vous cherchez un complément de salaire, un petit boulot pour boucler les fins de mois ? Appelez la police ! Elle recrute des intermittents de la sécurité. Il ne s’agit pas de figurants mais de citoyens volontaires, lesquels, sans être policiers, sont armés, portent le même uniforme et effectuent les mêmes missions qu’un policier (pour un temps de travail limité à quatre-vingt-dix jours par an) ! Conditions d’accès : être de nationalité française, avoir entre 18 et 67 ans, et ne pas sortir de prison, bref avoir un casier vierge…

Le candidat bénéficie alors d’une formation express. En quinze jours ! Comme l’explique dans les colonnes du Républicain lorrain1, Marc Delaplace, référent pour la direction zonale est de la police nationale : « Une petite visite médicale est faite, on ne demande pas des athlètes de compétition. Ensuite, vous avez une période de formation gratuite de quinze jours. La moitié du temps est consacrée à la formation sur l’arme, pour que vous soyez en capacité de porter un pistolet dans la rue sans être dangereux. »

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Une semaine pour apprivoiser une arme ! Faut espérer que ce ne soient pas des pistolets à eau ! Car dans certains quartiers, où la simple vue d’un uniforme provoque des pulsions meurtrières, il est conseillé de savoir utiliser son arme de service à bon escient, pour sauver sa peau et éviter les bavures.

Cet appel citoyen est national. Sur le site de recrutement une vidéo salue ces volontaires :

« […] des policiers comme les autres […], qui ont une expérience, qui ont un vécu et qui amènent au bénéfice de la police des compétences rares [] c’est cette richesse que peut apporter la réserve opérationnelle ».

En réalité cette richesse est un cache-misère, ces policiers réservistes qui ne peuvent effectuer que 90 vacations par an, soit quatre-vingt-dix jours par an (à 80 euros bruts non imposables la journée) sont des bouche-trous. Actuellement, la police compte 11 400 « intermittents », avec l’objectif d’en compter 40 000 en 2030, embauchés à la petite semaine pour pallier le manque d’effectifs, qu’on peut donc évaluer à 10 000 policiers à temps plein…


  1. https://www.republicain-lorrain.fr/education/2026/03/26/on-ne-demande-pas-des-athletes-la-police-nationale-cherche-des-citoyens-pour-etoffer-sa-reserve-operationnelle ↩︎

Le collectif «Zapper Bolloré» est à son tour zappé

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L'acteur Swann Arlaud, ici photographié aux César en 2020, donne l'impression de regretter d'avoir signé la tribune des artistes de gauche contre Canal + dans "Libération" © PIERRE VILLARD/SIPA

Et, franchement, il l’a bien mérité


« Voulons-nous prendre le risque que demain ne soient plus financés que des films de propagande au service d’une idéologie ? » Étrange question, qui envisage un phénomène à venir alors qu’il est déjà là : le cinéma français alterne en effet depuis des années, hormis quelques rares exceptions, daubes wokes et bouses idéologiques. Ah ! mais, suis-je bête, il ne s’agit pas de ça : cette angoissante question a été posée par 600 professionnels du cinéma dénonçant, dans Libération, « l’emprise de Bolloré ». Après s’être gavés d’argent public (CNC, France TV, régions, etc.) et privé (essentiellement Canal +), ces écornifleurs pleurnichent dans les chaumières parce que Vincent Bolloré vient d’acquérir 34 % du capital d’UGC et envisage de posséder 100 % des parts du groupe d’ici à 2028. Le ridicule, heureusement, ne tue pas : « En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif », écrivent ces sangsues incultes qui, en plus de farcir leur texte de mots inclusifs et illisibles, utilisent des termes dont ils ignorent visiblement le sens.

Hypocrites

Une belle bande d’hypocrites. Le premier financeur du cinéma français n’a nullement empêché ces artistes de concocter des films idéologiquement très orientés, de plus en plus wokes, de plus en plus nuls. Si nuls que le public les boude et que même les critiques les plus complaisants ont eu parfois du mal à en faire la publicité. Le cinéma est entièrement vérolé par la propagande de gauche. Le deuxième financeur du cinéma français est France TV, institution publique qui promeut presque exclusivement des films dits progressistes. J’ai raconté dans ces colonnes une de mes plus terrifiantes expériences cinématographiques, le visionnage du pire navet de l’année 2025, Toutes pour une, film d’Houda Benyamina censé « revisiter » l’œuvre d’Alexandre Dumas et la transformer en un brûlot féministe. Même le critique de Télérama avait craqué : « Scénario poussif et confus. Réalisation bourrine. » Résultat des courses : 14 059 entrées. Un exemple parmi cent. Pour rappel, le budget de cette camelote a été de… 10 millions d’euros, dont 2,6 millions provenant de France TV et 850 000 du CNC ! Tout le monde, sauf le public, en a eu pour son argent. Derrière les minauderies gauchistes se dissimulent de véritables aigrefins. « Ce qui vient de se passer avec Bolloré et Grasset dit l’ampleur des destructions en cours », s’émeut dans La Tribune Dimanche l’actrice Laure Calamy qui joue dans C’est quoi l’amour ?, film au budget de cinq millions d’euros, dont 1,2 provenant des caisses de… Bolloré. L’actrice Nina Meurisse, signataire de la tribune parue dans Libé, a joué, elle, dans plusieurs séries produites par et diffusées sur Canal +, la plus célèbre étant B.R.I. – nous ne sachons pas que cette belle âme ait refusé son cachet. Jean-Pascal Zadi, acteur, réalisateur et revendicateur attitré, donc signataire de ladite tribune, s’est fait connaître avec Tout simplement noir, film financé en grande partie par Canal + qui a également produit et diffusé en 2013 sa série de sketchs intitulée Kôkôrikô !, une série censée « interroger l’origine des discriminations et la persistance de leur banalité ». C’est dire si l’artiste a été bridé par l’empire Bolloré. Son deuxième film, Le Grand déplacement, avait toutes les qualités requises pour faire un flop : bien-pensance antiraciste woke, scénario bâclé, gags laborieux. Une critique élogieuse de France Info a fini de dissuader le public d’aller voir ce tract gauchiste. Score final : 130 900 spectateurs ! Une catastrophe au vu du budget engagé : 17 millions d’euros ! Qui ne sont pas perdus pour tout le monde, rassurez-vous ! Par ailleurs, le film est disponible en VOD sur… MyCanal.

La majorité des signataires de ladite tribune sont des comédiens, des directeurs de casting, des programmateurs, des producteurs et des réalisateurs inconnus du grand public. Juliette Binoche est réputée, elle, pour sa filmographie pléthorique : la place manque pour reproduire ici la liste des films dans lesquels elle a joué et qui ont bénéficié de financements bolloréens. Il en va de même pour Charles Berling, Judith Godrèche ou Swann Arlaud. Ce dernier, craignant visiblement d’avoir poussé le bouchon un peu loin, a tenu à expliquer dans L’Humanité la raison de sa signature. C’est assez tortueux. Tout en reconnaissant que Notre salut, le film d’Emmanuel Marre sélectionné à Cannes dans lequel il joue, n’aurait « probablement pas vu le jour » sans « l’engagement » des équipes de Canal +, l’acteur dit s’inquiéter du « danger qui s’installe progressivement, insidieusement » et ne pas vouloir « attendre sagement avant qu’il soit trop tard ». Il en appelle à la liberté d’expression, « principe fondamental en démocratie ». Bref, il rabâche sans réfléchir les arguments fallacieux de ses congénères en espérant que cela ne nuira pas trop à sa carrière. Au bal des faux-culs, ces gens-là ne font jamais tapisserie.

Quel cinéma !

Le rachat des salles UGC par Vincent Bolloré a donc mis le feu aux poudres de cette révolution de cinoche. Il y a quelques mois, c’est pour une tout autre raison que les professionnels du 7ème art se montraient très inquiets : mécontente des accords avantageant Disney, la direction de Canal + avait en effet brandi la menace d’un désengagement total envers le cinéma français. Cris et chuchotements terrifiés dans le milieu. Finalement, Maxime Saada, président du directoire du groupe, annonçait avoir négocié avec ses représentants un nouvel accord. De 220 millions en 2024, les investissements prévus sont passés à 160 millions en 2026 et 170 millions en 2027. Le nombre de films français préachetés par le groupe Canal a été de 85 en 2025, contre une centaine auparavant, minimum contractuel qui était souvent dépassé – Canal + a financé 138 des 230 films français sortis en 2024. Même réduits, les budgets qu’il consacre au cinéma français font du groupe Canal, qui conserve en retour le privilège de diffuser les films dès six mois après leur sortie en salles, son premier financeur.

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Conjointement à la parution de la tribune anti-Bolloré, Libération a toutefois estimé utile de rappeler que le groupe Canal a financé de nombreux films présentés à Cannes cette année, dont celui de Pierre Salvadori, La Vénus électrique. Lors de sa conférence de presse, ce réalisateur a répondu à la question fielleuse d’une journaliste du média de gauche Brut à propos de la pétition parue dans Libé en affirmant… jouir d’une liberté totale : « Les gens qui nous garantissent cette liberté et cette indépendance, ce sont Laurent Hassid [directeur des acquisitions cinéma au sein de Canal] et Maxime Saada, avec qui on a des rapports forts, en particulier Laurent Hassid qui est proche des cinéastes depuis des années. […] Il n’y a pas d’intervention de Canal + sur le contenu des films. » Le producteur du film, Philippe Martin, a enfoncé le clou : « Mes interlocuteurs sont les mêmes que ceux que j’avais avant que Bolloré n’arrive à Canal +. Je ne sens pas un infléchissement de leurs décisions par rapport à une dimension politique qu’il pourrait y avoir dans un film. »

Le logo Canal + sifflé au festival de Cannes

Après s’être congratulés et admirés mutuellement, les 600 signataires de cette énième tribune anti-Bolloré ont sans doute cru que la direction de la chaîne cryptée allait laisser passer l’orage et se contenter d’un démenti apaisant. Raté ! Maxime Saada vient d’annoncer qu’il ne souhaite plus que « Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition », tout en prenant soin de défendre le CNC, trop souvent attaqué à son goût. De son côté, sur France Inter, Gaëtan Brunel, président dudit CNC, déclare qu’il est « factuellement faux de dire que Canal aurait renoncé à soutenir la diversité du cinéma français » et rappelle que des films comme Dossier 137 de Dominik Moll ou L’Histoire de Souleymane de Boris Lojine ont été financés et soutenus par le groupe. Il regrette toutefois la réaction de Maxime Saada qui « aggrave les clivages au lieu de rassembler ». C’est bien beau de vouloir rassembler, mais ce n’est pas M. Brunel qui a été traité de fasciste et est régulièrement insulté : en ce moment, à chaque apparition du logo de Canal + sur les écrans, une partie du public professionnel cannois siffle et hurle : « Bolloré ! Enculé ! », entre autres gracieusetés. 

Personnellement, je me contrefiche de savoir ce que vont devenir ces belles âmes. Le cinéma français des trois dernières décennies, parfait reflet du conformisme progressiste dans lequel baigne le monde dit de la culture, est lamentable. La cérémonie des César et le festival de Cannes ressemblent de plus en plus à des soirées mondaines au cours desquelles les membres de la petite coterie du cinéma se mettent sur leur 31 pour se prosterner devant eux-mêmes et s’admirer. Tous ces gens « aiment étaler leur vertu et se foutent du cinéma », dit à juste titre Élisabeth Lévy sur Sud Radio avant d’ajouter que, si la « pétitionnaire compulsive » Judith Godrèche est à Cannes cette année, c’est « parce que le groupe de Vincent Bolloré finance son film Mémoire de fille[1]et ça, franchement, on aurait pu s’en passer. » Mme Godrèche a sûrement et malheureusement l’intention de réaliser d’autres films. Espérons que Maxime Saada saura tenir sa promesse…


[1] Ce film est inspiré de l’opuscule nombriliste et soporifique d’Annie Ernaux – ça promet !

Bruel: la meute fait salle comble

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© THIERRY LE FOUILLE/SIPA

Le gouvernement s’invite dans l’affaire Patrick Bruel


« S’inviter » est exagéré. Maud Bregeon aurait certainement préféré que la question ne lui soit pas posée. C’était hier dans Télématin sur France 2. La porte-parole du gouvernement s’exprimait à titre personnel et a vaillamment défendu deux principes fondamentaux : la présomption d’innocence et la séparation des pouvoirs, répétant que c’est à la justice de trancher. Face à l’insistance du journaliste, qui voulait absolument lui faire dire que Bruel devrait être interdit de concert et de théâtre, elle a concédé qu’elle n’irait sans doute pas le voir, même s’il avait le droit de se produire.

Une dizaine de plaintes pour agressions sexuelles et viols, dont celle de Flavie Flament, une trentaine d’années après les faits allégués, en sont au stade de l’enquête préliminaire ; aucune instruction n’est encore ouverte. Patrick Bruel nie en bloc.

Mais dans l’âge post-judiciaire ouvert par #MeToo, des meutes lyncheuses se substituent à la justice, exigeant qu’un homme soit condamné à la mort sociale dès qu’il est accusé. Hier, quatre concerts prévus au Québec en décembre ont été annulés. Marine Turchi, de Mediapart, voudrait institutionnaliser ce système en faisant payer les frais d’annulation par les assurances.

Le plus grave, c’est que ces meutes numériques terrorisent et intimident. Ne pas participer au lynchage, c’est être complice.

« Peut-être, mais les témoignages sont nombreux et choquants », me réplique-t-on. Certes, mais êtes-vous juge ? Avez-vous interrogé les plaignantes, le prévenu, confronté leurs versions ? Non, pas plus que moi. Vous ne pouvez donc pas vous prononcer, encore moins condamner.

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Au-delà du cas Bruel, on peut observer un mécanisme récurrent. Souvent, dans ce genre d’affaire, la multiplication des témoignages dans les médias produit un effet de vérité trompeur. En réalité, on peut en déduire soit que la parole d’une victime donne du courage aux autres, soit qu’un effet d’entraînement, conjugué à la séduction du statut victimaire, pousse certaines femmes à qualifier a posteriori de non consentie une relation insatisfaisante ou regrettée.

Oui, à entendre ces récits douloureux, nous sommes choqués et indignés. « Nul ne ment autant qu’un homme indigné », disait Nietzsche. La civilisation, c’est le dépassement des pulsions, de l’émotion et de l’indignation par la raison. Et la raison nous dit trois choses :

  • Premièrement, que seule la justice peut condamner — il faut bien le rappeler.
  • Deuxièmement, que même un homme condamné a le droit de reprendre sa vie une fois sa dette payée. Mais, bizarrement, en ce domaine, la gauche ne croit ni à la rédemption ni aux deuxièmes chances.
  • Troisièmement, que lorsqu’on prétend faire disparaître le mal de la société, cela finit toujours très mal.

On voudrait que les politiques résistent au chantage émotionnel et moral des militants et des journalistes. D’ailleurs, un tel courage pourrait être payant. Malgré le battage médiatique, la pétition exigeant l’annulation des concerts de Bruel n’a recueilli que 22 000 signatures. Ce n’est pas beaucoup. Peut-être les électeurs sont-ils plus sages que les journalistes.

Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud radio

La liberté à Cuba: un fondement de valeurs et de foi

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Zoé Valdés. D.R.

Alors que le régime communiste de Cuba cherche à faire disparaître la religion chrétienne de l’île, voilà qu’elle connaît un renouveau inattendu. Zoé Valdés témoigne de cette nouvelle espérance qui anime de nombreux Cubains.


Depuis quelques années, un nouveau mouvement citoyen se développe sur l’île. Tel une vague qui n’a pas encore déferlé, il pourrait bien être le point d’appui qui fera tomber le régime. Ce mouvement rassemble des croyants, hommes et femmes de confession catholique et chrétiens, qui, inspirés d’abord par le Mouvement chrétien de libération et son leader assassiné, Oswaldo Payá, trouvent réconfort et espoir dans les églises depuis 2012. Ils découvrent des vérités dans les paroles prononcées depuis les autels, les chaires et les églises où prêtres et religieuses s’adressent à eux, ainsi que dans les écrits qu’ils leur adressent avec dignité et simplicité. Ces homélies et articles sont profonds car ils puisent leur inspiration dans l’Esprit et sont destinés à l’Esprit, avec une perspective d’éternité bien loin de l’immédiateté qui si souvent trouble et accable. Ce mouvement a été réduit au silence à plusieurs reprises par d’autres, moins importants mais plus visibles, qui servent parfaitement les intérêts de la tyrannie. Ces mouvements encouragent le conflit, l’ignorance, la bassesse et un libertinage qu’ils imposent sans tarder, le confondant avec la liberté. De plus, ils érigent une barrière, isolant le problème cubain du reste du monde, qui n’est pourtant pas exempt de graves problèmes.

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Depuis 1959, et à de nombreux moments clés de son histoire, le peuple cubain a été contraint de renier le Christ et de renoncer à sa foi. Bien que plusieurs patriotes cubains aient été sauvagement exécutés par des pelotons d’exécution, criant « Vive le Christ Roi ! », le peuple ne pouvait ni les entendre ni les apprécier. Pour ce peuple, trahir sa culture religieuse constituait l’une des premières injustices et le premier pas vers l’abîme et la trahison. La résistance chrétienne trouva l’un de ses plus grands représentants en la personne du père Miguel Ángel Loredo, prisonnier et victime des représailles des frères Castro, qui était aussi un grand poète. J’ai connu le Père Miguel Ángel Loredo ; j’étais son amie et son disciple. On sait qu’il rassemblait autour de lui des jeunes gens rebelles qui ne trouvaient nulle part où confier leurs aspirations et qui, grâce à lui, trouvaient un refuge différent au sein de l’Église. J’ai été confessée par le Père Ángel Gaztelu dans son église du Saint-Esprit, et j’ai également été son catéchiste pendant quatre ans. Lui aussi était un poète très important de la Génération des Origines, menée par José Lezama Lima. Je possède un poème inédit du Père Gaztelu et plusieurs livres dédicacés par le Père Loredo. Leur amitié m’a enrichi ; la formation que j’ai reçue d’eux m’a inculqué des valeurs auxquelles je ne renoncerai jamais, même si j’ai parfois emprunté des chemins très controversés et différents. Lorsque j’ai revu le Père Loredo ici à Paris, chez Margarita et Jorge Camacho, j’étais terrifiée à l’idée qu’il puisse me rejeter à cause de mes écrits et de l’évolution de mes idées. Pourtant, c’est tout le contraire qui s’est produit. Le prêtre s’est approché de moi en souriant et m’a serré dans une étreinte réconfortante ; puis il a dit :
« Vous n’imaginez pas à quel point j’aime vos livres ! Je les dévore ! Ils me font tellement rire ; et ils me font pleurer, ils me font pleurer aussi. »
Je ne remercierai jamais assez Loredo pour ces paroles. Je l’ai vu pour la dernière fois à New York, près de sa paroisse franciscaine à Manhattan. C’est dans cet esprit d’une certaine idée de liberté — celle que le mot signifie littéralement — et d’un amour profond et désintéressé que s’est développé ce mouvement dont je vous parle : un mouvement composé de Cubains exaspérés par le chaos et la mascarade. Des Cubains cultivés et instruits, qui se reconnaissent dans les lois de Dieu et celles des hommes, et qui les recherchent et les respectent.

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Leurs modèles sont des prêtres et des religieuses, eux aussi jeunes, imprégnés d’histoire de la création et de foi, mais aussi de la culture universelle au sein de laquelle Cuba doit se réintégrer. Il est essentiel de prendre conscience qu’une autre Cuba existe au sein des possibilités infinies de José Martí, qu’une autre Cuba vibre entre ses propres mains, guidée par la vérité et la justice. J’espère que toute action de libération entreprise par Donald Trump et Marco Rubio en faveur de Cuba tiendra compte de ces valeurs fondamentales : Foi, Dieu, Patrie et Liberté, telles qu’elles figurent sur notre emblème national.

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Peut-on critiquer « L’Abandon » ?

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Didier Lemaire © Céline Nieszawe

Entre hommage commémoratif et reconstitution pudique, le film interroge : la France a-t-elle vraiment tiré les leçons de son étrange défaite face à l’islamisme ?


La presse, dans son ensemble, reconnaît au film de Vincent Garenq des qualités indéniables. Elle souligne la sobriété de sa mise en scène, la rigueur de la reconstitution des faits, tels qu’ils ont été établis lors du procès, sa force pédagogique, son intensité dramatique sans artifice et surtout, une incarnation juste des différents protagonistes de l’histoire. Le film bouleverse tout en restant à distance du voyeurisme. Il se garde enfin de toute passion accusatoire.

Bon démarrage dans les salles, bon accueil à Cannes

Applaudi à Cannes, L’Abandon présente également une dimension commémorative. Celle-ci déroge à l’intention proclamée dans le carton d’ouverture de s’en tenir « fidèlement » aux évènements. Dès la première séquence, où l’on voit le professeur sortir du collège pour courir vers son destin, Samuel Paty se parle à lui-même. Il se dit, en voix off, qu’il va « entrer dans les livres d’histoire ». 

Le film se referme dans l’imaginaire lorsque, dans le hall du collège, la photo de l’acteur incarnant le professeur s’efface derrière celle de Samuel Paty. Cette dimension commémorative, lyrique, si elle peut paraître un peu maladroite sur un plan cinématographique, n’annule pas le geste initial du réalisateur mais l’encadre, comme s’il fallait concéder que la reconstitution du réel n’est pas une fin en soi. 

A lire aussi, Gerald Olivier : Epic Fury: cette guerre que l’Amérique aurait “perdue”… en la gagnant

Le réalisateur pouvait-il décemment ne pas rendre hommage au professeur qui, de façon vivante et humaine, s’efforçait dans ses cours de réaliser l’idéal républicain d’une école pour tous, d’une école dont la mission première serait d’instruire et de développer le jugement des élèves afin de les rendre libres et de les préparer à devenir des citoyens – une mission qui, disons-le d’emblée, ne correspond plus du tout à la réalité de notre école ?

Antoine Reinartz interprète le professeur Samuel Paty © Guy Ferrandis / UGC

Pour toute critique, comme on pouvait s’y attendre, certains ont entonné contre ce film les habituels procès d’intention, ceux-là mêmes qui ont contribué à l’abandon du professeur : le film ferait le jeu de l’extrême droite, voire serait « stigmatisant ». Un propos inique qui vise à salir la mémoire de Samuel Paty, comme s’il était besoin de le tuer une seconde fois. 

Il faut dire que les islamistes, qu’ils soient de simples instigateurs d’une sécession communautaire, des entrepreneurs de colère ou des terroristes, ont trouvé au sein de la petite bourgeoisie intellectuelle qui se prétend « antiraciste » leurs collaborateurs les plus serviles. À l’époque de la montée d’un autre totalitarisme en Europe, c’étaient les mêmes qui, sous couvert de « pacifisme », finirent par troquer leur bonne conscience contre des avantages en nature.

Paralysie idéologique

Si L’Abandon expose donc l’enchaînement implacable des faits, le comment, il reste cependant en retrait sur le pourquoi. Or, peut-on expliquer les faits par les faits ? Certes, certains faits peuvent en déclencher d’autres, comme on le voit très bien dans le film. Mais les faits résultent aussi de représentations, de choix, d’intentions. Aucun historien ne peut mettre de côté la subjectivité pour expliquer les faits. 

En l’occurrence, ici, outre l’inconscience, la peur et l’idéologie collaborationniste, c’est la crainte d’être perçu comme « raciste » ou « islamophobe » qui explique en grande partie la paralysie des enseignants au sein du collège. Sans elle, ces derniers se seraient inquiétés des menaces portant sur la vie de leur collègue. Ils auraient fait corps avec lui. Ils n’auraient sans doute pas accepté comme allant de soi certaines décisions de la direction : accepter dans son bureau un imam qu’elle ne devait normalement pas recevoir dans ce cadre et imputer au professeur un « incident grave », faisant de lui un potentiel coupable.

On ne sait plus très bien, à la fin du film, qui, au juste, a abandonné Samuel Paty. Il n’est d’ailleurs plus question que d’un « sentiment d’abandon ». S’il n’y a que des exécutants et jamais des décisionnaires, alors, en effet, personne n’a vraiment abandonné le professeur. Pourtant, il faut rappeler qu’un procès en responsabilité contre l’État est en cours, engagé par Maître Chaix au nom de Mickaëlle Paty. 

A lire aussi, Philippe Bilger: Samuel Paty: une leçon mal apprise…

Tôt ou tard, il faudra bien poser ces questions : pourquoi la rectrice n’a-t-elle pas démenti les mensonges contre le professeur ? Pourquoi a-t-elle contribué à confirmer la rumeur par les accusations portées contre lui par le référent laïcité ? Pourquoi les ministres de l’Intérieur et de l’Éducation nationale n’ont-ils pas octroyé une protection policière au professeur ? Il est un peu trop facile de se cacher derrière un « engrenage », comme on le répète à l’envi, pour expliquer l’assassinat de Samuel Paty. L’engrenage a bon dos pour occulter des choix ou l’incapacité à prendre en compte le réel et à agir. Faut-il rappeler que Daech a déclaré son intention de s’attaquer aux enseignants français dès 2016 ?

Quelques mois après que la France se soit enfoncée dans le déni et que nos généraux, faute d’avoir anticipé les conditions de la guerre moderne, aient mené notre armée au désastre, Marc Bloch écrivait dans L’Étrange défaite : « Quoi que l’on pense des causes profondes du désastre, la cause directe fut l’incapacité du commandement »

En évitant de remonter la chaîne hiérarchique pour pointer la cause directe de l’assassinat de Samuel Paty, on peut se demander si le film de Vincent Garenq, malgré toutes ses qualités, ne laisse pas dans l’ombre une partie du réel. Peut-on écarter la question de la responsabilité politique dans cette étrange défaite face à la haine islamiste ?

Petite Philosophie de la nation

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Quand Canal + démasque les Jean-Moulin de la Croisette

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Siège social de Canal+ à Issy-les-Moulineaux. Photo d'illustration prise le 27 décembre 2025. © KARIM ABOU RIALAH/SIPA

Les signataires de la pétition « Zapper Bolloré », comme l’ex-actrice Adèle Haenel, redoutent de faire désormais partie d’une « liste noire » qu’ils ont pourtant eux-mêmes établie.


Scandale : le patron de Canal + n’entend pas se laisser insulter par ceux qu’il finance. Mardi, la ministre de la Culture, Catherine Pégard, a jugé « disproportionnée » la décision de Maxime Saada d’envoyer paître les 600 pétitionnaires du monde du cinéma, infamant la chaîne de Vincent Bolloré. Dans une tribune publiée le 11 mai par Libération (« Zapper Bolloré »), ces Jean-Moulin de la Croisette écrivent : « En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif ».

A lire aussi: Nouvelle France: j’accuse M. Mélenchon d’appropriation culturelle!

Réponse de Saada, dimanche : « Je ne travaillerai plus, je ne souhaite plus que Canal+ travaille avec les gens qui ont signé cette pétition. (…) Je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fasciste ». Comment ne pas comprendre cette indignation ? La multiplication des accusations en fascisme ou en nazisme, lancées par l’extrême gauche et une partie de la gauche sociale-démocrate, relève d’un vieux procédé stalinien. Il dispense d’argumenter et détourne les regards. Or, s’il y a bien une menace totalitaire en France, elle est portée par ces faux résistants. Ces comités de salut public auto-promus s’estiment les uniques dépositaires de la morale.

Ce sont les mêmes qui pactisent, derrière Jean-Luc Mélenchon, avec un islam régressif qui méprise les femmes, la liberté d’expression, la démocratie. Ce petit cercle de privilégiés, protégés par une préférence nationale (l’exception culturelle) qu’ils dénoncent pour les autres, ne brille pas par l’esprit. Non content de cracher dans la main (Canal) qui les nourrit, ils récitent des slogans qui illustrent leur panurgisme.

Face à ces intimidations à gros sabots, qui prospèrent en terrain conquis, rien n’est plus légitime que la réplique. Cet hégémonisme d’une caste, qui assimile les angoisses existentielles du peuple oublié à des caractéristiques fascistes ou d’extrême droite, a toutes les raisons d’être contesté dans son manichéisme.

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Comment s’émouvoir que ceux qui veulent « zapper Bolloré » soient zappés en retour ? D’autant que Canal +, premier soutien du cinéma français, ne peut être accusé de parti pris au vu de la diversité des films qu’il finance. Pour ma part, confronté au déversoir d’insultes que la meute déverse sur X, j’ai décidé depuis quelques mois de ne plus être poli. Je réponds et duplique désormais, assez systématiquement, à mes procureurs bas du front : « J’emmerde les fascistes ».

Je nomme ainsi un poison qui, en puisant dans le lynchage et la haine, ressemble en effet comme deux gouttes d’eau au fascisme que ces automates disent combattre. Les « antifas », bras armés de l’islamo-gauchisme, sont en réalité les « néofas ». La guerre menée contre Bolloré par les derniers bastions de la gauche sectaire et prolophobe révèle la volonté désespérée de maintenir une pensée unique, interdisant d’aborder d’autres sujets que ceux autorisés par les promoteurs du wokisme, de la société ouverte et du multiculturalisme. « L’esprit Canal », en partant ainsi à l’assaut des sycophantes et des épurateurs éthiques, ne fait que renouer avec sa tradition d’impertinence. Oui, il est urgent d’emmerder les fascistes.

La révolution des oubliés

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Etty Hillesum sur Arte: l’éclat d’«Une vie bouleversée» à l’écran

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L'actrice autrichienne Julia Windischbauer interprète Etty Hillesum, dans la série « Etty », de Hagai Levi © Arte

Hagai Levi (créateur de la série originale qui a donné En thérapie) adapte au cinéma et sur arte (jeudi 20h50) les journaux intimes d’Etty Hillesum. Ce projet retrace le destin de cette jeune femme juive néerlandaise qui, malgré la terreur nazie, est restée habitée par une grande spiritualité. Passée par le camp de Westerbork en 1942 via le Conseil juif, puis réinternée comme détenue en juillet 1943, elle fut assassinée à Auschwitz la même année, à seulement 29 ans.


Etty, assassinée à Auschwitz en 1943, est morte à l’âge de 29 ans. La jeune et belle Etty Hillesum d’Amsterdam. Etty était une lumière que rien ni personne ne sut éteindre, pas même le feu de la Shoah. Etty, c’est notre enfant à tous. Notre humanité, parfois si bête et si méchante, fit naître, par un de ces miracles comme il en existe parfois, une enfant qui osa chercher au plus profond d’elle-même le trésor sacré qui nous est donné à tous, avec la vie.

Etty Hillesum aimait tant la vie, sensuelle et sensible, que la beauté du monde la submergeait parfois d’une trop grande émotion. Elle rêvait de transmettre tout ce qui, en elle, exprimait sa joie de vivre à travers les livres qu’elle imaginait écrire après la guerre. Face au sombre destin qui l’entraîna vers la mort parce qu’elle était juive, Etty décida de faire face. Elle ne voulait pas haïr, pas même ses bourreaux. Elle ne voulait qu’aimer, elle voulait panser les plaies de l’humanité souffrante.

C’est ainsi qu’elle se fit embaucher comme fonctionnaire auprès du Conseil juif d’Amsterdam, qui recevait tous les appels au secours et toutes les demandes d’exemption pour éviter la déportation. Un enfer de détresse humaine qu’elle supporta avec bravoure, au point de demander à être affectée au camp de Westerbork, d’où chaque semaine partait un train vers la Pologne et les chambres à gaz.

A lire ensuite: Samuel Paty: une leçon mal apprise…

Elle se donna entièrement à ces pauvres gens dont elle s’efforça d’adoucir la peine et la détresse. Puis ce fut son tour de prendre le train, en même temps que sa famille. Elle savait quel sort l’attendait lorsqu’elle décida d’intégrer le camp, un sort que, sans doute, elle aurait pu éviter.

D’une jeune fille instable et autocentrée, rêveuse et inhibée, Etty était devenue un être humain accompli, aimant la vie plus que tout, mais qui accepta de mourir en solidarité avec son peuple. Son aventure spirituelle et humaine est saisissante. Elle est notre fille, elle est notre sœur en humanité. Cette jeune femme, aujourd’hui encore, nous réconforte et nous rassure. Il est des êtres, il y aura toujours des êtres qui oseront dépasser toute haine, cette haine qui est la seule source du mal.

Une magnifique série en 6 épisodes, qui s’inspire du journal d’Etty Hillesum, vient de débuter sur Arte TV. Ceux qui ont lu le journal d’Etty Hillesum ne seront pas déçus par cette formidable adaptation, passionnante et inspirée. Et, bien sûr, il faut lire son journal, qui peut-être ne vous quittera plus : Une vie bouleversée.


6 épisodes d’environ une heure, à partir de jeudi 21 mai à 20h50 sur Arte, et sur le site de la chaîne dès maintenant.

Une vie bouleversée: suivi de Lettres de Westerbork

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