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Radicalisation gastronomique

Alerte Saucisson : le Canon français fait vaciller la République !


Radicalisation gastronomique
© Le Canon français

Quel est ce malheureux pays qui voit du terrorisme dans le terroir mis en avant par les rassemblements du «Canon français» ou les chansons de Michel Sardou, et ne s’inquiète pas de la disparition du jambon-beurre dans les rues où ouvre l’enseigne « Master Poulet »?


Mesdames et messieurs, citoyens vigilants, l’heure est grave. Selon plusieurs experts autoproclamés du vivre-ensemble anxieux, la France serait aujourd’hui confrontée à une menace d’une ampleur inédite : des gens se réunissent autour d’une table.

Oui.

Ils mangent du saucisson. Parfois même du fromage. Et certains, dans un accès de radicalisation gastronomique absolument terrifiant, osent ouvrir… une bouteille de rouge. Le phénomène porterait un nom de code inquiétant : « le Canon français ».

À première vue, l’observateur naïf pourrait croire qu’il s’agit simplement de copains qui discutent autour d’un barbecue, d’un porcelet rôti, d’un cassoulet ou d’une planche de charcuterie en chantant du Michel Sardou entre deux blagues douteuses sur les années 70.

Erreur.

Car derrière le pâté de campagne se cacherait en réalité une mécanique d’oppression d’une sophistication idéologique redoutable. Le danger commence toujours de manière anodine. Un type commande un sandwich jambon-beurre. Puis un autre. Puis un troisième. Et soudain, la République vacille.

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Imaginez la scène. Trois ouvriers assis sur un banc. Une baguette sous le bras. Un demi pression. Du Michel Delpech qui sort d’une enceinte Bluetooth. « Quand j’étais chanteur… » La barbarie. Comment ne pas voir là une démonstration de domination civilisationnelle ?

À ce rythme, demain, certains réclameront peut-être le droit monstrueux de faire des barbecues dans leur jardin sans validation préalable de la Haute Autorité de Déconstruction Alimentaire. Mais heureusement, les nouveaux inquisiteurs de la convivialité veillent. On évoque déjà plusieurs mesures de bon sens.

Le permis de charcuterie

Avant tout achat de rosette, chaque citoyen devra remplir un formulaire CERFA attestant qu’il ne nourrit aucune pensée rétrograde pendant l’ingestion. Le simple fait d’aimer le saucisson sec sans y adjoindre une autocritique anticoloniale de huit minutes pourrait entraîner un stage obligatoire de rééducation culturelle.

Septembre 2023.

La brigade anti-Sardou

Des contrôles aléatoires seront organisés dans les foyers.

— Bonjour monsieur, police culturelle.

— Nous avons été alertés par un voisin.

— Possédez-vous des disques de Michel Sardou ?

— Euh… oui… mais aussi du jazz.

— Le jazz ne compensera pas.

Les récidivistes surpris à écouter « Les Lacs du Connemara » lors d’un apéritif non inclusif risqueront une suspension de barbecue de six mois.

L’interdiction du sandwich parisien

Car enfin, il faut poser les vraies questions. Quand un homme mange un jambon-beurre devant quelqu’un qui n’en mange pas, n’est-ce pas une violence symbolique ? Ne faudrait-il pas flouter les tranches de jambon dans les vitrines des boulangeries ? Mettre des avertissements sanitaires ? « Attention : ce sandwich peut contenir des traces de France périphérique. »

Le fichage des suspects

Les autorités devront naturellement surveiller les individus présentant plusieurs facteurs de radicalisation culturelle :

possession d’un Laguiole ;

goût prononcé pour le pâté en croûte ;

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écoute régulière de Michel Polnareff ;

usage excessif du mot “terroir” ;

présence d’un oncle qui fait son propre vin.

Les cas les plus lourds pourraient même être envoyés dans des centres de déradicalisation républicaine où ils apprendraient à manger des crackers de quinoa à tremper dans un tajine aux olives en silence.

La fin du banquet

Car au fond, ce qui semble insupportable à certains militants, ce n’est pas le porc. Ce n’est pas le vin. Ce n’est même pas Sardou. C’est peut-être simplement l’existence persistante d’un peuple qui continue à vivre selon ses habitudes ordinaires sans demander la permission idéologique. Des gens qui mangent. Qui chantent. Qui trinquent. Qui se moquent. Qui vivent encore dans une culture populaire charnelle, imparfaite, parfois vulgaire, souvent excessive, mais profondément humaine. Alors évidemment, vu depuis certains bureaux militants, un barbecue entre amis peut finir par ressembler à une menace civilisationnelle. À force de voir du fascisme dans un jambon-beurre, on finit par déclarer la guerre à la boulangerie.

Et le plus ironique dans tout cela, c’est que les nouveaux procureurs de la pureté imaginent lutter contre la stigmatisation… en transformant chaque saucisson en affaire politique. Demain, peut-être faudra-t-il manger des lentilles sous surveillance administrative, casque antibiais sur la tête, pendant qu’un médiateur agréé vérifiera que personne n’a fredonné Michel Sardou entre deux bouchées. Mais rassurons-nous. Tant qu’il restera quelque part une nappe à carreaux, un vieux transistor qui grésille, une odeur de merguez ou de cochon grillé, un ballon de rouge posé sur une table en plastique et deux types capables de refaire le monde en parlant trop fort après le troisième verre… la France ne sera pas totalement morte.



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