La meute de Jean-Luc Mélenchon se déchaîne contre le député de la Somme François Ruffin, qui évoque la question du racisme dans une bande dessinée, après avoir déjà osé affirmer qu’il était contre l’immigration de travail.
François Ruffin, on le sait, aime à se démarquer des autres, cheminer à l’écart de la meute. La meute, pléthorique, ces temps-ci dans la perspective de 2027, si bien qu’on aura bientôt plus vite fait de décompter « celles et ceux » qui n’iront pas que ceux qui se sentent des fourmis dans les jambes.
Ruffin est de ceux-là. Il rêve de l’Élysée dont, promet-il, il serait le premier locataire de toute l’histoire à se contenter d’être payé au SMIC. On applaudit.

Alors, pour se distinguer du troupeau et lancer sa campagne, il s’est abstenu de publier un livre comme font tous les autres, vous savez ce mélange rebattu d’autobiographie et de litanies programmatiques, le résultat étant le plus souvent une soupe assez indigeste dont on aurait mieux fait de s’en remettre à l’IA pour le concocter. Non, le candidat Ruffin a choisi, quant à lui, le mode B.D. A priori l’idée n’était pas mauvaise.
Le titre de cette œuvre magistrale : Picardie Splendor : les aventures de François Ruffin député-reporter. C’est édité aux éditions les Arènes. N’y cherchez pas de Milou. Il n’y en a pas. Il y a seulement l’auteur-candidat-député-reporter en super héros. En Super Ruffin.
On l’y voit dans la vraie vie, notamment dans les travées d’un train Intercités ou d’un tram, intervenant, tel le bon ange veillant sur le respect des règles du vivre ensemble citoyen dans les transports en commun, picards en l’occurrence, ces transports. On l’y voit donc invitant tel usager à respecter la police après avoir pris fort mal le contrôle de son titre de transport, et, dans la foulée, exhorter les forces de l’ordre à respecter elles, leur uniforme. L’équité républicaine, morale et humaniste dans toute sa rigueur et sa vigueur. Là aussi, on applaudirait. Évidemment, c’est un peu puéril, un peu niais, et de voir Super Ruffin se donner ainsi le beau rôle ne peut que faire sourire.
À gauche toute, on ne sourit pas. Du côté de LFI, l’ancienne écurie de notre Super Héros, on s’est empressé de monter dans les tours. L’accusation de raciste a fusé. Dans ces rangs-là, avant toute chose, il faut sortir le fourre-tout du racisme lorsqu’on veut se payer une tête, quelle qu’elle soit. Faut-il préciser que le passager à qui s’en prend notre super héros est « racisé » ? Faut-il rappeler aussi que Super Ruffin, malheur à lui, honte à lui, ne l’est pas. En d’autres termes, il pâtit de la tare inexpiable d’être blanc. Ce qui fait de lui le dernier des êtres vivants habilités à faire la leçon à qui que ce soit.
Circonstance terriblement aggravante : de quoi se permet-il de parler dans sa BD ? De l’immigration ! Mais comment a-t-il pu se fourvoyer à ce point ? Mmes Autain et Tondelier, fort opportunément, sont là pour le rappeler à un minimum de bon sens. Évoquer, ne serait-ce qu’à demi-mot l’immigration revient à ensemencer les terres de l’horrible RN, de l’épouvantable extrême droite. On ne doit pas en parler. Jamais. Comment Ruffin, militant de gauche avéré et sans aucun doute sincère, a-t-il pu oublier la règle fondamentale de la gauche selon laquelle les mots tiennent lieu de réalité, le réel se limitant donc au discours qu’on veut bien en tenir ? Les mots sont rois. N’existe que ce qu’on met en mots. Le reste est nul et non avenu. Et voilà bien que Super Ruffin, non seulement met les mots sur la réalité d’un banal trajet en transport en commun, mais en outre il ose plaquer des images sur ces mots. Il se permet, le bougre, de montrer la chose. Les vrais visages de la chose ! Là, on se dit que Super Ruffin s’est trop laissé influencer par un ancien slogan de Paris-Match : « Le poids des mots, le choc des photos ». De l’image, en la circonstance. Quelle folie !
L’inquisition rouge, donc s’est mise en branle. Le bûcher n’est pas loin. Le coupable, d’ores et déjà, a cru opportun de faire amende honorable. Il se dit désormais dépité-reporter. Il affirme comprendre qu’il ait pu blesser et s’en excuse. Face à l’inquisition, il faut toujours commencer par-là, battre sa coulpe. Sera-ce suffisant ? Certainement pas. D’autant que le garçon est par ailleurs un dangereux récidiviste. N’a-t-il pas condamné voilà peu le recours à l’immigration de travail, médecins et autres. C’était déjà dépasser de beaucoup les bornes de la bien-pensance. La BD, c’était le coup de trop. Les grincheux n’allaient pas laisser passer l’aubaine de flinguer l’impertinent dès son envol. De ce côté-là, il est vrai, il ne peut y avoir de place que pour un seul super héros : l’éructator-exterminator en chef. Je vous laisse le loisir de le nommer.
Les aventures de François Ruffin Député Reporter: Picardie Splendor
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