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Censure, contrôle, rationnement: le nouveau projet de nos progressistes pour Internet

Réseaux sociaux: ils veulent reprendre le contrôle


Censure, contrôle, rationnement: le nouveau projet de nos progressistes pour Internet
L'ancienne ministre socialiste Najat Vallaud-Belkacem photographiée à Cannes le 18 mai 2026 ©Lionel Urman/SIPA

Le député macroniste Paul Midy propose d’encadrer les temps de parole sur les réseaux sociaux et de mettre au pas les algorithmes des Gafam. De son côté, sur Radio Nova, Najat Vallaud-Belkacem lève le voile sur des désirs de censure plus explicites. Puis, elle s’en va fouler le tapis rouge du festival de Cannes – après avoir foulé aux pieds la liberté d’expression.


On comprend peut-être de mieux en mieux pour quelles raisons le système en place a tenu absolument à ce que Najat Vallaud-Belkacem entre à la Cour des comptes et jouisse par conséquent d’une position avantageuse lui permettant, qui sait, de soutenir de prochaines décisions autoritaires, pour ne pas dire pire. Celles, entre autres, limitant la liberté d’expression tout en prétendant la défendre. S’asseyant une nouvelle fois sur le devoir de réserve inhérent à sa fonction[1], Mme Vallaud-Belkacem, décomplexée, très à l’aise dans les locaux de Radio Nova, la radio gauchiste du banquier Matthieu Pigasse, n’a pas hésité à préconiser la censure des réseaux sociaux et des plateformes numériques qui regimbent devant les grandes avancées socialistes, les magnifiques projets de l’UE, bref, l’avenir radieux que nous promettent les élites progressistes.

Maudits algorithmes

Si elle n’a pas utilisé le mot « label », on sentait bien quand même qu’il lui brûlait les lèvres. Idem pour « contrôle », « surveillance » et « interdit », autant de termes qu’il eût été trop brutal d’utiliser directement mais qui flottaient dans l’air, dans une atmosphère d’intolérance assumée. Au sujet des réseaux sociaux, Mme Vallaud-Belkacem affirme que « ce sont les contenus toxiques les plus haineux qui sont mis en avant par les algorithmes au détriment des contenus nuancés, de complexité, de science » – ces derniers ne pouvant provenir que des milieux progressistes, bien entendu. D’après elle, la liberté d’expression n’existe pas sur les plateformes numériques, c’est un fantasme alimenté par des gens comme Elon Musk: « Ces acteurs-là ont mené toute une bataille culturelle pour réussir à convaincre l’opinion publique que ces outils leur permettaient la liberté d’expression. » En vérité, la toujours présidente de l’association France terre d’asile – présidence bénévole qui pose toutefois le problème d’un conflit d’intérêt latent, la Cour des comptes étant chargée de contrôler l’usage des deniers publics et ladite association ayant un budget de plus de 68 millions d’euros par an, dont 70% proviennent du ministère de l’Intérieur – la présidente de cette association, donc, reproche surtout aux plateformes numériques de ne pas censurer suffisamment les messages remettant en cause l’immigration illimitée dans notre pays, ceux s’interrogeant sur l’insécurité et les « faits divers » impliquant régulièrement des migrants sous OQTF, ceux contestant les subventions publiques versées aux ONG et associations immigrationnistes. Elle y devine des messages de haine, mot-valise permettant de censurer tout ce qui ne va pas dans le sens de son idéologie. « Il faut absolument réguler sévèrement les plateformes » et « les attaquer en justice à chaque fois qu’il y a un contenu problématique ». Bel euphémisme pour camoufler son objectif réel, lequel est de censurer absolument toutes les opinions qui la contrarient ou remettent en cause les projets de l’association qu’elle préside : ne pas enrayer l’immigration, réduire considérablement le nombre d’OQTF émises à l’encontre des étrangers en situation irrégulière, régulariser au minimum 250 000 d’entre eux, développer l’hébergement pour les demandeurs d’asile, etc.

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Dans un entretien donné au média “Tout va bien” à l’occasion de la sortie de son livre intitulé Sevrage numérique, Mme Vallaud-Belkacem, qui ne manque décidément pas d’idées dès qu’il s’agit d’entraver la liberté d’expression, préconise d’imposer aux constructeurs de smartphones un tableau de bord du temps passé en ligne, le but étant de rationner ce temps, à l’instar, dit-elle, de ce qui a été fait pour l’automobile en limitant la vitesse et « en imposant la ceinture de sécurité » (sic). Bien entendu, les bons sentiments viennent à la rescousse du projet prohibitif : l’ex-catastrophique ministre de l’Éducation nationale dit vouloir protéger les enfants en appliquant des règles qui, au bout du compte, s’appliqueront à tout le monde, d’une manière ou d’une autre. Elle avait d’ailleurs décrit l’une d’entre elles, radicale, dans Le Figaro du 18 mars 2024: « Comme nous sommes incapables de nous poser des limites, il faut que la contrainte vienne d’ailleurs : donc de la loi, donc de l’État. Voilà pourquoi je souhaiterais que l’on réfléchisse concrètement aux moyens de rationner internet, par exemple en accordant un nombre limité de gigas à utiliser quotidiennement. »

Les progressistes ont peur de voir leurs idées perdre la bataille culturelle sur les réseaux sociaux

Le député de l’Essonne Paul Midy. DR.

À moins d’un an des élections présidentielles, Najat Vallaud-Belkacem se propose de participer activement à la mise en place du système de contrôle qu’Emmanuel Macron, Thierry Breton, Nathalie Loiseau et la Commission européenne ont créé, système qui a pris une telle ampleur que d’aucuns le qualifient de véritable complexe industriel de la censure. Tout le monde s’y met. Le député macroniste Paul Midy qui, ce n’est pas anodin, a travaillé pour le cabinet McKinsey de 2007 à 2014, vient de déposer une proposition de loi visant « à garantir le respect de l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion sur les réseaux sociaux » durant les périodes électorales. « La moitié des Français s’informent sur les réseaux sociaux », s’alarme le député sur le plateau de CNews. Dès lors, ajoute-t-il en accusant les algorithmes des différents opérateurs, il est nécessaire de faire en sorte qu’il y ait des « équités de temps de parole politique » sur ces réseaux, à l’instar de ce qui se pratique, d’après lui, dans les médias audiovisuels grâce à nos « bonnes règles démocratiques ». Cet homme se moque du monde. Les Français voient depuis des années les règles essentielles d’un véritable pluralisme remplacées par des méthodes soi-disant démocratiques mais en réalité toujours plus autoritaires et partiales, bénéficiant systématiquement à la même partie de la classe politique. Les médias audiovisuels mainstream, le service public en tête, n’ont pas besoin d’algorithmes pour pousser tel ou tel programme politique et, surtout, dévaluer ou invisibiliser tel ou tel autre.

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Les Français ne sont plus dupes et cherchent d’autres moyens de s’informer. Les réseaux sociaux et les médias numériques alternatifs, s’ils ne sont pas sans défauts, permettent, en plus de prendre connaissance de faits relégués dans les oubliettes par le système politico-médiatique, de lire et d’entendre des opinions qui divergent du discours dominant. Il y a un peu plus d’un an, sur France 5, Clara Chappaz, à l’époque ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du numérique, dénonçait spontanément les « fausses opinions » circulant sur la toile. Reprise par le journaliste, elle se corrigea et parla de « fausses informations ». Trop tard ! Le lapsus révélait la vision idéologique et binaire de la caste au pouvoir : d’un côté, des opinions considérées comme douteuses, nauséabondes et censurables parce que provenant de citoyens situés du côté obscur de la politique ; de l’autre, des opinions indéfectibles, indiscutables, qui ne sauraient être remises en cause puisqu’elles trouvent leur source dans le camp du bien. Cette même caste en appelle donc à la régulation et la modération sur les plateformes numériques et réclame des moyens de les contrôler. Pour ce faire, elle désigne des « signaleurs de confiance » en ânonnant les consignes du DSA (Digital Services Act) élaboré par la Commission européenne. Qui désigne ces « signaleurs de confiance » ? Qui collecte leurs rapports de police ? Dans les deux cas, la réponse est : l’Arcom. Ce n’est pas pour rien que le député Paul Midy propose de confier à cette dernière de nouveaux pouvoirs de contrôle, lesquels sont d’ores et déjà exposés sur son site[2] : le « projet stratégique 2026-2028 de l’Arcom » ne peut que satisfaire Najat Vallaud-Belkacem. Nul doute qu’elle le soutiendra vigoureusement dès son retour de Cannes où, nous dit-on, elle parade sur la Croisette aux côtés d’Aurore Bergé, dans le cadre d’un festival qui est manifestement devenu le lieu ultime de l’entre-soi, le théâtre médiatique de toutes les vanités.


[1] Relire https://www.causeur.fr/les-aventures-de-najat-vallaud-belkacem-et-des-fact-checkers-319167

[2] https://www.arcom.fr/actualites/projet-strategique-2026-2028-de-larcom-une-regulation-du-numerique-plus-forte-proteger-les-francais




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Amateur de livres et de musique. Dernier ouvrage paru : Les Gobeurs ne se reposent jamais (éditions Ovadia, avril 2022).

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