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Thé et sympathie

Le Moi de Basile

Thé et sympathie
Les services de nettoyage du métro londonien ont effacé cette fresque anti-Covid signée Banksy, "prise pour un simple graffiti". © D.R.

L’actualité étant particulièrement sinistre, j’ai glissé çà et là dans cette chronique, pour détendre l’atmosphère, quelques digressions personnelles, concernant notamment l’« artiste urbain » Banksy, talentueux fumiste, et mes maux d’estomac. (Ça va mieux, merci.)


MES OVERDOSES

Mardi 6 octobre

La semaine dernière, je me suis réveillé tous les jours barbouillé, quasi nauséeux. Certes, un bon citrate de bétaïne suffisait ordinairement à dissiper le malaise. N’empêche ! À la longue, j’ai fini par m’interroger sur l’étiologie de ce problème d’ennui – avant d’aller consulter.

Au terme d’un rapide examen de conscience alimentaire, il s’est avéré que je n’avais abusé de rien plus que de coutume, sauf du thé. J’en étais à trois litres par jour, et apparemment mon organisme protestait contre cette overdose inattendue. Depuis, je m’en tiens à deux litres par jour, l’un de thé vert, l’autre de thym, et je n’ai que des compliments dudit organisme.

Ma première overdose date des années 1990, et là c’était du sérieux. Va savoir comment, j’étais devenu accro à la Vichy Saint-Yorre, et je ne comptais plus les bouteilles. Après deux ans de ce régime, j’ai commencé à souffrir d’inexplicables douleurs et autres troubles gastriques.

Mon médecin m’a fait subir une pelletée d’examens avant de m’annoncer que je n’avais rien… C’est alors qu’en un éclair m’est revenu le nom du coupable, avec le sourire traître de Patrick Sabatier : « Saint-Yorre, ça va pas fort ».

J’avais trouvé tout seul, d’un seul coup, le diagnostic et le remède ! D’un autre côté, j’aurais pu y penser avant. Après je suis passé à la Châteldon, et du coup j’ai été augmenté.

#NIGHTLIFEMATTERS

Mercredi 14 octobre

Dorénavant, par décision présidentielle, les soirées privées devront durer au moins de 21 h à 6 h. Courage !

LES MALHEURS DE BANKSY

Jeudi 15 octobre

Banksy se dit « artivist », c’est-à-dire « street artist » engagé (par Sotheby’s), et l’un des cinq plus vendus au monde.

Ce qui est beau, dans son cas, c’est que ça ne l’empêche pas de rester au service du peuple. Ainsi, l’été dernier, avait-il dessiné gratuitement dans les rames du métro londonien des rats éternuant, bavant et vomissant – « pour inciter au port du masque », nous expliquaient Les Inrocks.

Tout le monde n’a-t-il pas saisi d’emblée le message ? Le fait est que le jour même, les équipes de nettoyage du Tube ont effacé consciencieusement jusqu’à la queue du dernier rat banksyen : « Elles n’ont pas fait la différence avec un simple graffiti », déplorent Les Inrocks. Et pour cause : ce sont des graffitis.

Vous imaginez un des nettoyeurs se figeant soudain : « Attendez les gars ! Ne touchez à rien ! Je crois bien que c’est des Banksy !! »

L’affaire se pimente encore quand l’œuvre effacée par erreur avait été préalablement estimée à un ou plusieurs millions d’euros. C’est ce qui s’est passé récemment dans un hôtel en Jamaïque : l’artiste avait gratifié ses hôtes, en remerciement pour leur accueil, d’un mur de pochoirs. Las ! Quelques années plus tard, l’équipe de maintenance – encore elle – « croyant à un acte de vandalisme », a repeint par-dessus cette œuvre, estimée entre-temps à 4,6 millions d’euros.

Pour remplir leur mission avec le discernement requis, les nettoyeurs municipaux devraient être titulaires d’un mastère d’art contemporain. Il y va de la survie du street art, c’est-à-dire de l’art vivant, c’est-à-dire de l’art tout court. Tout le reste n’est que culture morte.

La meilleure blague qui soit arrivée à notre artiste engagé est, comme il se doit, politique, et elle a une jolie forme de boomerang. En 2014, à l’occasion d’une législative partielle à Clacton (est de l’Angleterre), Super Banksy décide d’« intervenir » pour dénoncer la xénophobie du parti UKIP, dont le candidat menace d’être élu. Il peint donc sur un mur des oiseaux porteurs de pancartes en sommant d’autres de « retourner en Afrique » et autres amabilités.

Bilan des opérations : suite à la plainte d’un résident, qui a visiblement séché l’enseignement du second degré, l’œuvre sera interdite et effacée par la mairie bien-pensante pour… « racisme ».

C’est dur de militer avec des cons. Mais bon, tant que ça paye.

À lire aussi, Pierre Lamalattie : Art contemporain: supercherie en bande organisée

LA DÉFENSE SARKOZY

Jeudi 15 octobre

Nicolas Sarkozy mis en examen pour la quatrième fois dans le dossier dit du « financement libyen » de sa campagne.

Si je compte bien, ça fait quatre présomptions d’innocence dans la même affaire !

LA DÉCAPITATION SELON FRANCE CU

Vendredi 16 octobre

Décapitation d’un enseignant qui avait montré à ses élèves des caricatures de Mahomet. Dans un tweet, France Culture nous livre son analyse du drame : « L’assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty pose la question de la résurgence de l’accusation de blasphème dans nos sociétés modernes et laïques. »

Tu le crois, ça ? Comment ils noient le poisson, jusqu’à l’escamoter ! Pas un mot sur l’origine exclusivement islamiste de cette sanguinaire « résurgence ». Mieux ! Avec un culot d’enfer, France Cu illustre son tweet par la photo d’un petit troupeau de cathos tradis, frileusement regroupés sous une banderole « Non aux insultes à Jésus-Christ ».

Il est là, le problème posé par l’assassinat sauvage d’un enseignant ? Décidément, parfois France Culture se fout de notre gueule. C’est dur, aussi, d’être pris pour des cons.

DES NOUVELLES D’ANTOINE

Mercredi 21 octobre

En revanche, ça fait toujours plaisir d’avoir des nouvelles de l’ami Antoine, pas vu depuis tantôt cinq ou dix ans.

Quand je l’ai connu, c’était une sorte de punk sans chien, limite borderline. Aux avant-dernières nouvelles, il s’était enfin fixé, avec sa copine, dans une bâtisse à rénover d’urgence, du côté de Nîmes ou de Poitiers. Et apparemment ça tenait, la bâtisse et le couple.

Antoine est un ami bien fêlé comme j’aime, auprès de qui je me sentais presque équilibré. Une anecdote ? Bien volontiers. Du temps qu’il était cuistot dans un restau très achalandé à Rouen, il avait répondu au chef qui lui proposait de devenir son second : « Je préfère faire la plonge ! » Et de préciser aussitôt, pour lever toute ambiguïté : « Je voudrais le moins de responsabilités possible. » Une philosophie de la vie qui en vaut une autre.

Quant à son meilleur gag, à ma connaissance et sans me vanter, c’est à moi qu’Antoine l’a réservé. Il squattait chez des amis à Paris quand une nuit, vers 4 h du matin il m’appelle, échoué sur un banc, mais raide comme un passe-lacet : « Basile-Basile-Basile, là je ne sais plus du tout où je suis… Le mieux, c’est que tu viennes me chercher. »

CHAT PERCHÉ

Lundi 26 octobre

Marinette : « C’est quoi déjà, le couvre-feu ? »

Delphine : « C’est quand les grandes personnes vont se coucher à la même heure que les enfants. »

Novembre 2020 – Causeur #84

Article extrait du Magazine Causeur


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