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Qui a tué Ségolène ?

Ségolène Royal faisait partie du paysage politique français. Sa chute s’explique par son indépendance et les libertés qu’elle a prises vis-à-vis du Parti Socialiste.

Pas besoin d’aller chercher midi à quatorze heures. Ce qui a torpillé Ségolène Royal ce sont les sondages. Pas tellement le fait qu’elle n’était que troisième. Mais parce qu’elle était pronostiquée battue au second tour de la présidentielle face à Sarkozy. Contrairement à Hollande et Aubry pronostiqués vainqueurs. Argument imparable. Mathématique. Fatal.

Les sondages ont donc influé sur le cours des événements. Ils ont entretenu l’idée que Ségolène n’était pas le bon cheval. Qu’on ne pouvait pas parier sur elle. Dès lors, le vote utile dictait de se tourner vers l’un des deux favoris. Royal n’a pas su inverser la vapeur de cette dynamique perdante par un coup d’éclat. De l’avis général, sa performance lors du premier débat -le seul à être retransmis sur une chaîne publique- fut médiocre. Les jeux étaient donc faits.

Reste à savoir pourquoi les premiers sondages, ceux effectués auprès de sondés qui n’avaient pas encore pu être influencés par d’autres sondages, donnaient déjà Hollande et Aubry devant elle. Autrement dit, qu’est-ce qui, sur le fond, a fait péricliter la maison Royal ? On pense, en premier lieu, à cette série de critères impalpables qui déterminent la popularité. Elle a pu être une femme politique desservie par sa ressemblance avec sa marionnette satirique, qui exaspérait paradoxalement beaucoup de femmes, qui abusait de l’emploi du « je », du « je ferai », etc.

Plus généralement, le produit Ségolène pouvait être un excellent produit, mais pas forcément destiné à tenir la route. Royal s’est retrouvée prise à son propre piège, qui était d’incarner la nouveauté. Cet argument de la nouveauté est porteur en politique mais peut se retourner contre celui qui en use. Par définition, l’électeur sensible à la nouveauté est versatile. De Philippe de Villiers à François Bayrou, plusieurs hommes politiques français ont connu des vaches maigres après un vif succès. Le candidat ayant franchi la barre des 15% n’est pas assuré, quelque années plus tard, de dépasser celle des 5%.

En l’occurrence, la nouveauté la plus visible de Ségolène Royal, le fait d’être une femme, fut singulièrement concurrencée par l’arrivée de Martine Aubry à la tête du PS, voire par la médiatisation des femmes ministres sous Nicolas Sarkozy. A cela s’ajoute un brouillage de la marque Ségolène qui manquait de lisibilité. Fallait-il se fier à ses appels du pied aux banlieues ou au fait qu’elle était aussi restrictive que Manuel Valls en matière de régularisation des sans-papiers ? Etait-elle la championne des PME ou une candidate hostile aux licenciements boursiers comme Arnaud Montebourg ? Il y avait là un positionnement « chevènementiste » compliqué à concilier avec la logique binaire du PS.

La chute de la maison Royal

L’essentiel tient à la chute de respectabilité de cette Maison Royal auprès des médias et du parti socialiste. Ségolène fut successivement abandonnée par tous ses lieutenants, à commencer par Valls et Montebourg. Il ne restait plus dans son entourage que Jean-Louis Bianco, un mitterrandien sans visibilité médiatique. Cela tient à la violence des accusations contre elle au sein du parti. Ségolène est soupçonnée de ne pas être socialiste et de ne pas respecter la discipline de parti. De ne pas être bonne camarade. De manquer de foi laïque. D’avoir trop d’ambition personnelle. D’être incontrôlable. Cette posture en décalage lui a valu d’être excommuniée. Elle était dès lors marquée du stigmate de la défaite : face à Sarkozy puis face à Martine Aubry.

A cette occasion, Ségolène a commis un crime de lèse-majesté en accusant le parti socialiste de tricherie. C’est un véritable blasphème. Passible de vendetta. Le parti de Jaurès a, quoi qu’il arrive, les mains pures. Le contester, c’est faire le jeu de la droite, donc être suspect de dérive droitière. Mais il y a pire. Royal a attaqué Hollande dans les colonnes du Figaro. C’est inadmissible. A gauche, il est toléré de s’attaquer mutuellement, mais pas de le faire chez l’ennemi en lui donnant du grain à moudre. Impardonnable sacrilège. Enfin, dernier affront à l’église de gauche et à son credo, l’encadrement par des militaires des jeunes délinquants est une idée reprise par Sarkozy. Donc forcément suspecte. Et à bannir.


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est politologue et chroniqueur. https://www.facebook.com/crapezmarc/

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