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Burqa et téléréalité aux Pays-Bas

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Aux Pays-Bas, critiquer l’islam peut vous coûter très cher. Là-bas, une vedette de la téléréalité vient d’être mise au ban par ses sponsors pour ce qu’a écrit… sa mère. 


Qu’on les conspue comme les intellectuels, ou qu’on les adore comme une bonne partie du peuple, tous les Néerlandais connaissent la famille Meiland, protagoniste de son propre programme de téléréalité qui a débuté en 2019 en France. Les Meiland avaient acquis un manoir aux environs de Limoges, rebaptisé “château Meiland”, qu’ils tentaient d’emménager en chambres d’hôtes pour les nombreux touristes néerlandais de la région.

L’aventure a tourné court et les Meiland sont revenus aux Pays-Bas, où une télévision commerciale continue de ne rien manquer de leurs moindres faits et gestes.

Les parents, stars du programme

Le père, Martien, est l’indéniable star de la série. La soixantaine, il s’est découvert homosexuel il y a une vingtaine d’années, ce qui avait alors causé une rupture avec son épouse Erica. Laquelle, après avoir vaincu son désir de l’empoisonner, s’est finalement réconciliée avec lui. Martien est un homo du genre “folle”, très années 70, agitant ses foulards avec force gestes féminins, s’acheminant d’une crise de nerfs à une autre en picolant ferme. Tout un contraste avec sa très terre-à-terre compagne Erica. 

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Une de leurs deux filles, Maxime, 26 ans, aux amours compliquées, mère de deux jeunes enfants de pères différents, joue un rôle secondaire dans la série. Sa vie télévisuelle s’est confondue avec sa vie réelle depuis son récent mariage avec le cameraman de la série, père de leur nouveau-né. Le succès de “château Meiland” aidant, Maxime a développé un talent d’influenceuse, notamment sur Instagram où elle compte 575 000 followers. 

Un livre de confessions qui fait scandale

C’est surtout elle qui fait actuellement les frais des propos de sa mère qui, dans un livre présenté comme ses mémoires, écrit des choses qui vont à l’encontre du dogme quasi-officiel en faveur de la société multiculturelle dans le pays. Ainsi, Erica s’oppose à l’immigration de pays musulmans et à “ces profiteurs turcs qui envoient tout l’argent gagné chez nous en Turquie”. Elle se dit féministe et par conséquent s’oppose au voile islamique. “Je ne peux vraiment pas concevoir qu’une fille se couvre ainsi de son plein gré, surtout en été quand, sur son vélo, elle veut sentir le vent dans ses cheveux. C’est cela la liberté, d’ailleurs je suis pour l’interdiction de la burqa. J’ai vu des femmes qui en portent, ce n’est pas normal, ces pingouins, qu’elles foutent le camp.”

Du coup, certaines entreprises craignent évidemment plus que tout au monde d’être associées à cette famille “raciste”, dont le père vient de plus de confier qu’il vote pour Geert Wilders. Martien et Erica étant hors d’atteinte grâce à leur immense popularité et se souciant peu du qu’en-dira-t-on, les entreprises ont décidé de s’en prendre à leur plutôt discrète fille Maxime.

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Fin novembre, un fabricant de matelas, Emma Matrassen, était le premier à rompre son contrat publicitaire avec elle, invoquant ses principes “d’inclusivité” que Maxime aurait violées, par maman interposée. Le matelassier fut bientôt suivi des cosmétiques Nivéa, du chocolatier Milka, du fabricant de cartes de vœux Hallmark, d’un distributeur de repas, d’un producteur d’albums photo en ligne et d’autres Tartuffes du monde des affaires. 

Le matelassier osa proposer que, pour sauver son contrat, Maxime se désolidarise de sa mère. Elle a refusé, mais l’épisode rappelle la révolution culturelle, période terrible où les enfants chinois étaient censés dénoncer leurs parents. 

Tempête dans le milieu restreint du show-business néerlandais ? Non, un commentateur du magazine libéral EW y voit “un cas intéressant qui démontre jusqu’où le pouvoir de l’islam a pénétré notre société”. Et de plaider, avec l’auteur du livre d’Erica Meiland, pour un boycot des boycotteurs. Erica et Maxime Meiland se savent soutenues par l’écrivaine turco-néerlandaise Lale Gül (dont nous vous parlions ici) qui a abjuré l’islam et le foulard, et qui, de ce fait, se sait menacée de mort. Un chroniqueur du journal de l’intelligentsia NRC Handelsblad est allé jusqu’à déconseiller vivement la lecture “de ce livre propagateur de haine, plus dangereux que les écrits de Geert Wilders”. À ceux qui trouveraient tout de même ce grand succès de librairie sous le sapin, il suggère maintenant a minima d’en déchirer le chapitre six, où se trouvent les passages qui ont conduit à l’anathème contre Maxime Meiland !

Erica: de motor achter de Meilandjes

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Oyez oyez, braves gens! La plainte déchirante de Marine Le Pen

La candidate du Rassemblement national à la présidentielle a de nouveau expliqué à Pascal Praud qu’Eric Zemmour nuisait au « camp national ». L’analyse de Benoît Rayski


La candidate du Rassemblement national à l’élection présidentielle a confié ses tourments chez Pascal Praud sur CNews. « Pourquoi venir affaiblir les chances de victoire du camp national comme le fait Zemmour, alors même que nous n’avons jamais été si proches de gagner ? » a-t-elle déclaré. En termes de suffrages et selon les sondages, elle n’a apparemment pas tort.

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Mais là où elle se trompe, c’est que Zemmour ne veut pas de son « nous ». Lui c’est « je » et rien que « je ». Il ne veut absolument pas s’unir à Marine Le Pen. À la rigueur accepterait-il peut-être qu’elle s’unisse à lui. Mais même ça, ce n’est pas sûr. Car, à ses yeux, la patronne du Rassemblement national est une centriste, une modérée, une mollassonne. Elle a effectivement beaucoup œuvré dans ce sens pour s’affranchir de l’image détestable de papa.

Zemmour, lui, serait plutôt papa, en beaucoup, beaucoup plus jeune. Quiconque a écouté son discours à Villepinte, ne peut qu’en être convaincu. Dans un style inspiré et flamboyant, et avec tous les excès du genre, il a dressé le tableau de la France qu’il aime : c’est selon moi celle de Maurras et de Barrès.

Marine Le Pen semble, ou fait semblant, d’oublier que Zemmour est candidat à la présidence de la République. Ce serait mal le connaître que d’imaginer qu’il puisse accepter un ticket avec la candidate frontiste. Zemmour c’est un homme, un peuple, un camp (le sien). Le nom de son parti, Reconquête, vaut programme. Il est directement copié sur la « Reconquista » des souverains Espagnols qui au XVème siècle chassèrent les musulmans de la péninsule ibérique. Zemmour se voit en guerrier, Marine Le Pen se présente en infirmière.

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Comme l’auteur de La France n’a pas dit son dernier mot n’est pas un sot, on ne lui fera pas l’injure de penser qu’il croit en ses chances pour 2022. Son projet est tout autre : détruire Marine Le Pen. Et sur le cadavre de la pauvre Marine, bâtir un grand parti de droite nationale. Et peut-être espère-t-il que ses idées gagnent en 2027.

La France n'a pas dit son dernier mot

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Ainsi naquit « Reconquête »

Paroles de militants de Zemmour recueillies dans les allées de Villepinte dimanche


Villepinte a vu débarquer hier beaucoup d’endimanchés, pas tous habitués au département de la Seine-Saint-Denis. Pas moins de 12 000 citoyens réunis dans un hangar ! « Il y a eu des menaces venues de l’extrême-gauche. Personnellement, je n’ai pas envie de me laisser intimider. J’admire d’abord Éric Zemmour pour son cran », assure Bénédicte, Parisienne et professeur de Lettres classiques à la retraite. Elle a découvert le chroniqueur « en en entendant parler à son club de bridge ». À Lille, en octobre, le candidat virtuel était encore écouté comme chroniqueur politique et écrivain. Changement de ton à Villepinte ce 5 décembre : Éric Zemmour annonçait la création de son parti politique et entendait relancer une candidature que des observateurs disent embourbée à cause de polémiques à répétition. 

Des militants aguerris côtoyaient encore de parfaits novices. 

Adam-Abdenour et Thomas, tous deux étudiants de 19 ans, s’amusent de la polémique des prénoms. Pour Adam, sa mère qui lui a donné un prénom conforme à ses origines et un prénom du calendrier avait « 20 ans d’avance sur le Z » !
Philippe, jeune actif travaillant dans la finance file la métaphore biblique et voit Zemmour en prophète mais pas encore en « roi ». Valérie à côté de lui est une « vieille militante » de la droite nationale et se dit aujourd’hui surprise par l’ampleur du mouvement…

Pas un homme politique comme les autres

« C’est la première fois que je viens dans une réunion publique. Je ne serais jamais allé écouter un homme politique. Eric Zemmour, c’est autre chose », explique Lucien, un cadre commercial venu tout spécialement d’Amiens. D’ailleurs, il « n’exclu[t] pas de s’engager dans son nouveau parti ». Un groupe de quatre retraités m’attend à la buvette. Ils se présentent comme « militants de tous les partis de droite et de toutes les causes depuis les années 1970 », leur engagement est motivé par « haine du communisme ». Ce motif d’indignation peut sembler désuet, mais François, 61 ans, assure que le « wokisme n’est qu’un produit dérivé du trotskysme qui utilise les identités pour créer des clivages et détruire la communauté nationale. C’est une vieille technique de subversion ! » S’ils se disent revenus de tous les combats perdus de la cause nationale, l’ampleur du mouvement surprend ces vieux briscards. « Nous étions quelques centaines dans les années 70, je me rappelle avoir milité pour Jean-Marie Le Pen en 1974 pour faire moins de 1%, mais là, c’est différent, on voit la jeunesse, beaucoup de gens ordinaires, pas uniquement des militants », témoigne l’un d’entre eux. « La propagande se heurte toujours au réel. C’est l’effet Pravda : il y a un moment où le discours officiel et l’idéologie ne suffisent plus et où la société décroche. Il se passe aujourd’hui ce qui s’est passé en URSS » abonde un autre. Une autre aguerrie, Valérie, qui assure être amie de Jean-Marie Le Pen et vieille militant du Front national en convient : ce n’est pas la même ambiance ici que dans son ancien parti. « On a l’impression de retrouver la France d’il y a trente ans, avec des jeunes bien élevés et BCBG, alors qu’on voyait surtout au Front des anciens militaires et des vieux. » 

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Les jeunes, en effet, on les trouve sans soucis dans les allées de Villepinte. Adam-Abdenour a 19 ans et est étudiant : « Cette histoire de prénoms m’a beaucoup fait rire, car ma mère a fait ce que Zemmour a fait il y a 20 ans en me donnant un prénom correspondant à mes origines et un autre plutôt d’ici. Je suis heureux d’avoir un prénom double, même si je n’en ai pas toujours compris l’intérêt, étant enfant. » Dans son discours, Éric Zemmour sera très applaudi lorsqu’il « tend la main aux musulmans qui veulent devenir nos frères », à qui il propose « l’assimilation », ce chemin « exigeant » que « les Maliens, les Marocains, les Turcs et les Algériens » sont invités à prendre à la suite « des Italiens, des Espagnols et des Polonais ». 

Entre admiration et choix idéologique assumé 

À l’entrée du Parc des Expositions, des militants d’Action Française vendent leur journal. Leur chef Francis Venciton s’amuse : « Zemmour cite souvent Jacques Bainville [historien de l’Action Française et référence principale d’Eric Zemmour NLDR], alors autant aller directement aux sources ! » Il juge Zemmour « utile » mais n’attend pas nécessairement l’homme providentiel. « Comme le dit la Bible, il y a des prêtres, des prophètes et des rois. Zemmour pour l’instant est prophète, on attend qu’il puisse être roi » explique Philippe, 24 ans, qui travaille dans le secteur financier. « Je ne sais pas si c’est vraiment l’homme providentiel, on peine encore à le voir en homme d’État », explique-t-il pour signifier que son adhésion est pour le moment avant tout intellectuelle. 

Francis Venciton et Robin de la section d’Arras vendent les publications de l’Action Française alors qu’Eric Zemmour cite sans cesse Jacques Bainville qui fut une figure du mouvement.

Alors, pour convaincre ces récalcitrants, depuis la tribune, l’essayiste et ancien député européen Paul-Marie Coûteaux lance : « Zemmour ne sera jamais un homme politique. Il sera un homme d’État ». La salle applaudit. Certaines références sont pourtant érudites – presque exotiques dans un meeting politique – notamment quand il invoque Ernst Kantorowicz et son essai sur la théologie politique médiévale. « Zemmour doit incarner le corps immémorial et immortel de la France. Il doit n’être rien d’autre que ce que la France attend depuis un demi-siècle. Il n’est pas assez d’être Président de la République, il doit être roi de France ! » Couteaux est le chauffeur de salle numéro 1 à l’applaudimètre avec Jean-Frédéric Poisson. Son discours est enlevé, mais la salle s’impatiente et bout d’entendre parler son candidat. 

Mue d’orateur

Son arrivée est ponctuée d’incidents – on apprendra plus tard que le candidat a été agressé dans les allées – mais la salle est surchauffée. Le candidat est attendu au tournant quant à ses capacités d’orateur… Les lunettes de vue étonnent, mais le candidat se décrispe progressivement et les militants applaudissent à tout rompre certains de ses propos. Le rythme du discours est systématiquement ternaire – une allusion claire aux discours du Général de Gaulle. Alors qu’on le somme depuis plusieurs semaines de détailler un programme, Zemmour préfère énoncer des objectifs – toujours énoncés au futur, avec des verbes de résolution. 

Ses analyses sont ponctuées de propositions souvent destinées à satisfaire un public de droite précis, comme lorsqu’il évoque la transmission du patrimoine, les droits de succession ou l’allégement de la fiscalité. Mais il fait aussi la promesse d’un 13e mois pour les smicards. Zemmour parle aux ouvriers meurtris par la désindustrialisation qui ne l’ont pas encore rallié aussi bien qu’aux héritiers et aux chefs d’entreprise. « L’école libre doit rester libre », « suppression des droits de succession » : il connait son public et ménage sa droite. Ces dernières propositions sont d’ailleurs très applaudies. 

Plus politique, il fait acclamer son « ami Éric Ciotti » et huer Valérie Pécresse « héritière de Jacques Chirac ». À l’entrée, Antoine Diers, le moustachu médiatique de l’équipe de campagne de Zemmour, ne manquait pas de me rappeler qu’il est toujours à jour de cotisation chez LR, et qu’il a voté pour le député des Alpes Maritimes aux deux tours. Mais il tacle aussi son parti : « On s’apprête à faire la plus grande réunion publique de cette campagne, alors que les LR annulent leur rassemblement pour prétexte sanitaire… Sans doute par peur du ridicule, oui ! » 

Eric Zemmour parle déjà en chef de parti : les électeurs du FN doivent le rejoindre pour sortir d’un vote stérile et les électeurs de LR conjurer les trahisons de leurs chefs. À mi-discours, la citation de Bernanos est très appréciée du public et à la sortie, les mots de l’orateur sont repris dans la plupart des discussions. Dans une ambiance survoltée – malgré quelques incidents et mouvements de foule, et même si son équipe ne s’est pas totalement départie des soupçons d’amateurisme – nous avons incontestablement assisté dimanche à la naissance d’une nouvelle force centrale de la politique française. D’ailleurs le Stand Reconquête !, le nouveau parti d’Éric Zemmour, fait le plein d’adhésions quand nous quittons les lieux.

Et si Orbán avait raison?

La crise à la frontière polono-biélorusse entraîne un changement majeur de la politique migratoire de l’UE. Jusque-là lourdement condamnée par Bruxelles et Berlin, la défense des frontières extérieures prônée par Victor Orbán est aujourd’hui encouragée.


À partir des années 1990, avec la crise yougoslave et la guerre civile algérienne, les questions migratoires ont divisé les États membres de l’Union européenne. Dès le début, deux camps se sont opposés, correspondant plus ou moins aux pays de l’Ouest et à ceux de l’Est : d’un côté, les « humanitaires », partisans d’un accueil généreux et d’une insertion des demandeurs d’asile, et de l’autre les « protectionnistes », partisans du refus de s’accommoder des réfugiés à l’exception d’une poignée de dissidents politiques. Aujourd’hui, en pleine crise migratoire biélorusse, les valeurs de l’Europe de l’Est ne sont plus aussi rébarbatives aux yeux des pays de l’Ouest. La vieille querelle entre « humanistes » et « protectionnistes » est en train de se résoudre grâce au président autocrate, Alexandre Loukachenko qui, sans le vouloir, a provoqué, dans les grandes nations de l’UE, une synthèse inédite entre toutes les droites et une partie de la gauche.

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Loukachenko unifie l’Europe

Pour comprendre ce basculement, il faut remonter à la crise migratoire de 2015, lorsque la Hongrie est devenue le premier État européen à bloquer ostentatoirement les flux de migrants en provenance d’Irak et de Syrie, pays ravagés par des guerres civiles. Au sein de l’UE, cette riposte hongroise a créé une véritable polarisation entre Budapest et Berlin. Les Balkans constituant une nouvelle porte d’entrée de l’Europe entre 2015 et 2018, Viktor Orbán a réagi en construisant des barrières, parfois des tronçons de murs, le long de sa frontière avec la Serbie. Comme ce pays n’a jamais fait partie de l’Union européenne, l’État hongrois ne violait pas les textes et traités en fermant ainsi ce qui est une frontière extérieure commune. Il n’empêche que la Commission européenne, soutenue par les pays « humanitaires », la France en tête, a trouvé la ligne hongroise insupportable. Elle a adopté une position hostile aux actions d’Orbán dans la mesure où celui-ci agissait sur les frontières et les conditions d’entrée des demandeurs d’asile. Le Premier ministre hongrois a néanmoins persévéré, s’expliquant devant la Commission et subissant les dénonciations de l’Allemagne et des pays nordiques. En 2016, il a même organisé un référendum sur la question : acceptez-vous les quotas de relocalisation décidés par la Commission ? Le résultat a été négatif, même si moins de la moitié de l’électorat s’est déplacé. Dès lors, le régime hongrois s’est de plus en plus éloigné des autres États membres. Face à Viktor Orbán, Angela Merkel a élaboré une doctrine opposée. Elle a accueilli 890 000 réfugiés, ce qui a soulagé quelque peu la Hongrie par où ils étaient quasiment tous passés. Mais un retour de bâton électoral en faveur de l’Alternative für Deutschland (AfD) l’a dissuadée de renouveler l’expérience. Entre Merkel et Orbán, on peut donc conclure au match nul dans l’arène européenne.

Aujourd’hui, les Polonais, et dans une moindre mesure les Lituaniens, jouent le rôle de la Hongrie, provoquant ainsi un revirement historique majeur à l’échelle d’une génération. Lors du référendum sur la Constitution européenne de 2005, les Polonais étaient considérés comme ceux qui allaient envahir la France avec leurs plombiers et autres travailleurs détachés. Maintenant, ils sont les preux défenseurs de notre frontière commune, et en matière de plomberie ils empêchent le flux de migrants de s’écouler sur le territoire de l’Union. Il ne s’agit de rien de moins que d’un changement profond de conception civilisationnelle, qui voit émerger une nouvelle idée de l’Europe, à la fois chrétienne, démocratique et humanitaire. Pour la première fois, cette synthèse est possible. Le ciment qui manquait à l’esprit européen commence à prendre grâce à un catalyseur nommé Alexandre Loukachenko. Cette conscience d’une Europe européenne, inédite et même décriée jusque-là, est en train de naître à la frontière polono-biélorusse, en Mazurie. La réticence occidentale envers les Européens de l’Est s’estompe et disparaît entièrement. D’une certaine façon, l’effondrement démographique de l’Europe centrale et occidentale, tant déploré par Viktor Orbán, a réussi à éveiller la sympathie des Européens de l’Ouest. Plus surprenant encore, la Commission européenne elle-même, imprégnée de nouvelles sensibilités politiques conservatrices, a rendu un tel revirement sur le plan juridique possible.

Le geste de Merkel de 2015, obligeant toute l’Union à ouvrir grand ses bras et son coeur, ne se reproduira pas : aujourd’hui, Merkel elle-même louvoie

L’opposition au voyou Loukachenko a donné un alibi aussi bien à la Commission qu’aux Français et aux Allemands, pour permettre au gouvernement polonais de construire son mur. En même temps, Frontex, l’agence de protection des frontières de l’Europe, est en train d’accroître ses effectifs. Le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, ne l’a pas sollicitée, car il estime, non sans quelque mépris, que 1 000 garde-frontières ne pèsent rien, alors que plusieurs centaines des agents Frontex sont en Lituanie. Mais ces impolitesses ne comptent guère : l’important est que désormais, Bruxelles désire ardemment aider la Pologne à bloquer l’arrivée des migrants importés cyniquement par l’autocrate biélorusse. La Commission européenne offre son aide, certes timidement, tandis que Charles Michel, président du Conseil européen, dit que financer un mur national à échelle européenne est légal. Le virage s’amorce.

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Une seule grande divergence demeure : faut-il accuser Vladimir Poutine de complicité dans la manœuvre de Loukachenko, ou se tourner cordialement vers le président russe pour résoudre le problème ? Ce qui est certain, c’est que l’approche pseudo-humanitaire imposant l’accueil des migrants n’est plus du tout à l’ordre du jour. Le geste de Merkel de 2015, obligeant toute l’Union à ouvrir grand ses bras et son cœur, ne se reproduira pas. Aujourd’hui, Merkel elle-même louvoie, comme tous les gouvernements libéraux et centristes. Cette ultime crise humanitaire a donné raison aux membres du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie) et les États membres de l’Europe occidentale les approuvent. L’UE pourrait en sortir renforcée dans son unité, dépouillée des illusions de l’idéologie supranationale des années 1960, 1970 et 1980.

Géopolitiquement correct et incorrect

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Comment gâcher son dimanche?

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Pendant que Zemmour réunissait ses soutiens et un public monstre à Villepinte, Causeur s’est aussi glissé à la réunion de Mélenchon à la Défense…


Comment gâcher son week-end ? Il y a quelques semaines, une amie, enthousiaste, me propose d’aller voir le meeting de Jean-Luc Mélenchon. Je suis tiraillé : je sais que celui de Zemmour  tombera au même moment, et correspond beaucoup plus à mes propres inclinations ; mais l’idée de m’infilter en territoire hostile (et de m’adonner au difficile exercice de penser contre moi-même) m’excitait un peu aussi.

Après quelques heures de car entourés de boomers déçus par le PS, de retraités de la fonction publique et de futurs retraités de la fonction publique, et malgré une organisation chaotique, nous parvînmes enfin à atteindre l’Arche de la Défense. A la tribune, on découvre un aréopage de 200 personnalités, allant de Bruno Gaccio (qui a tout raflé a l’applaudimètre, signe que les amis de Dieudonné sont bien reçus ici) à Aurélie Trouvé, ancienne co-présidente d’Attac. 

Tous ensemble tous ensemble, ouais !

Voilà le nouveau gadget de la mélenchonie : le Parlement de l’Union Populaire, soviet constitué en priorité de gens d’accord entre eux. Bouillant partisan du passage à la VIème République et pourfendeur de la monarchie présidentielle (comme Mitterrand avant 1981), l’ancien sénateur PS est bien décidé à nous montrer à quel point il la joue collectif. Il faut au moins ça pour nous rassurer après la lecture de La chute de la maison Mélenchon de Thomas Guénolé (2019) qui nous racontait le fonctionnement bicéphale et autocratique du parti autour du couple Mélenchon-Sophia Chikirou !

Jean-Luc Mélenchon à l’Espace Grande Arche à La Defense, 5 décembre 2021 © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage : 01051615_000027

Sur la route qui nous a conduits jusqu’à Paris, l’autre meeting était sur toutes les lèvres. Les partisans mélenchonistes finirent par se l’avouer, dans la grisaille d’un dimanche matin sur une aire d’autoroute entre Le Mans et Chartres : avec 3 000 militants à la Défense contre 15 000 annoncés chez Zemmour, l’impression visuelle allait être défavorable au 20 heures du soir. Zemmour allait même être sur les lèvres du leader insoumis, qu’il allait faire huer, rituel classique dans les meetings. Étonnement, Marine Le Pen a plutôt été ménagée. Peut-être parce que la porosité entre les deux électorats n’est pas si négligeable. 

Un Mélenchon fatigué et pas loin de verser dans le complotisme

On commençait à se demander si Zemmour n’allait pas être le méchant Goldstein de l’après-midi. Finalement, l’intervention du lider maximo n’allait durer qu’une petite heure. La voix est un peu fatiguée dans les premières secondes mais le tribun retrouve rapidement son brio, comme le comédien connaissant un peu trop son rôle pour rater sa prestation. Drôle quand il s’agit de dézinguer ses adversaires, lyrique sur les questions d’écologie, Mélenchon sait manier le grand écart et draguer les antivaccins et les anti-passe tout en prônant une vaccination mondiale gratuite. Il n’est pas très loin du complotisme quand il parle de l’argent fait par les capitalistes grâce aux catastrophes qu’ils ont eux-mêmes entraînées. Il rappelle que si Sanofi n’avait pas renoncé en 2004 à « analyser la famille des coronavirus »,  exercice à l’époque peu rentable, nous n’en serions peut-être pas là aujourd’hui. On cherchera quand même la déclaration du sénateur PS Mélenchon de l’époque sur le sujet.

A lire aussi, Philippe Bilger: Valérie Pécresse, à vous de protéger les Français!

En économie, Mélenchon distribuera à tout-va pour l’école et l’hôpital ; à la limite, des gens ont été élus pour leur sérieux comptable et n’ont pas empêché, eux non plus, la dette de s’envoler. Néanmoins, en parcourant le programme prêté généreusement par un camarade dans le car, j’ai été interpellé par une proposition : déblocage d’un milliard d’euros contre le sexisme et les violences sexistes. Je me suis quand même demandé s’il n’y avait pas au sein de cette gauche une mystique du milliard, somme qu’il suffit de débloquer pour régler une bonne fois pour toute un problème vieux comme l’homme. 

Les soupçons d’infiltration islamo-gauchiste de LFI

Sur les questions de laïcité, seule manière quand on est de gauche d’aborder indirectement les questions d’identité, Mélenchon, jadis sur une ligne républicaine classique, a été aujourd’hui plutôt discret. 

On en apprend plus sur les efforts d’infiltration dans son parti en écoutant l’entretien d’Houria Bouteldja, sur une chaîne plutôt confidentielle de la plate-forme Twitch. Très heureuse d’avoir Mélenchon dans son « butin de guerre », elle nous donne une leçon d’entrisme – sans les pudeur de la taqîya –  à faire rougir l’ancien trotskiste. Autrefois « laïcard de dingue », Mélenchon a à ses yeux « fait un choix » – c’est bien ce qu’il nous avait semblé aussi. L’influence de Djordje Kuzmanovic est désormais bien lointaine.

Le meeting avançait, et je n’arrivais pas à être très emballé. Celui donné à Rennes il y a pratiquement cinq ans m’avait laissé meilleure impression. Tout était un peu décevant, même dans les références culturelles ; alors qu’il pouvait encore citer Christine de Pisan et Pic de la Mirandole face à Zemmour fin septembre, il s’est contenté, devant le maire de Stains, d’un éloge du rap et du couscous. Je ne cache pas que je suivais d’un œil le périple de mes petits camarades qui étaient plutôt à l’autre meeting, avec un peu d’envie, l’envie du jeune garçon en sortie scolaire qui sent bien qu’on s’amuse mieux dans l’autre car (voir second texte ci-dessous)

Eric Zemmour à Villepinte, 5 décembre 2021 © WITT / ACCORSINI/SIPA Numéro de reportage : 01051624_000001

A Villepinte, Zemmour n’est pas venu pour faire mue-muse
Le candidat veut « rendre le droit de vote aux électeurs du FN et rendre la droite aux électeurs de LR ».
Pendant ce temps, Eric Zemmour avait donc réuni ses soutiens au Parc des Expositions de Villepinte. En réunissant 13000 personnes dans la salle, le tour de force était réussi. 
Ses adversaires et la « meute » journalistique l’accusent depuis des semaines de ne pas avoir fait sa « mue » de polémiste à candidat crédible à la présidentielle. Mais Eric Zemmour s’en moque, et ne compte nullement mettre de l’eau dans son vin comme le ferait le premier politicard venu – même si on notera qu’il a pris soin de ne pas évoquer Vichy, de ne pas en faire trop sur les prénoms, ou a réaffirmé qu’il tendrait la main aux musulmans qui s’assimilent…
A l’aise sur la tribune, avec des petites lunettes rondes sur le nez pour pouvoir lire son prompteur, le candidat a prononcé un grand discours civilisationnel : « si je gagne, ce sera le début de la reconquête » a-t-il promis au public, pour un pays – le plus beau du monde – « qui a tant souffert ». Faisant scander « ben voyons » à son auditoire en réponse aux accusations en fascisme, racisme ou misogynie qu’il reçoit et récuse, le débutant a conspué journalistes et « politiciens » (Jacques Chirac, Valérie Pécresse ou Emmanuel Macron en particulier en ont pris pour leur grade).
Côté propositions, Eric Zemmour entend s’atteler à la réindustrialisation du pays. Pour y parvenir, il baisse les impôts de production, réserve les marchés publics à l’industrie nationale ou propose la suppression des droits de succession. Au monde ouvrier, il promet une augmentation du SMIC équivalente à un 13e mois. 
« Notre existence en tant que peuple n’est pas négociable » s’agace le candidat qui propose un « serment de Villepinte » au public venu l’applaudir, après avoir promis la suppression du droit du sol ou la sortie du commandement intégré de l’OTAN. S’il est élu enfin, c’est promis, on chassera « dès la rentrée prochaine » de l’école le pédagogisme, l’islamo-gauchisme et l’idéologie LGBT. Quant à l’écriture inclusive, on l’interdira une bonne fois pour toutes. Bref, il fait le combo gagnant pour séduire tous les réactionnaires.
Malgré une bagarre avec des militants infiltrés de SOS Racisme au fond de la salle et l’agression du candidat qui fendait la foule en début de meeting par un badaud, le public est reparti galvanisé et enthousiaste • Martin Pimentel

«Dans le procès des attentats du 13 novembre, on ne saura jamais la vérité»

Ingénieure lumière au Bataclan, Nathalie Jardin a été assassinée à l’âge de 31 ans lors de l’attentat du 13 novembre 2015. Aujourd’hui, son père Patrick Jardin n’a pas renoncé à vouloir connaître la vérité sur les zones d’ombres des attentats qui ont fait 131 morts et 413 blessés. Entretien. 


Causeur. Le 26 novembre, vous avez témoigné à la barre lors du procès des attentats du 13 novembre 2015. Qu’avez-vous dit ? 

Patrick Jardin. J’ai dit qu’évidemment j’en voulais aux assassins de ma fille, mais que j’en voulais autant aux hommes politiques en place à l’époque : François Hollande, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve et Jean-Yves Le Drian. J’estime qu’il y a eu énormément de compromissions avec les islamistes, j’estime qu’on aurait très bien pu éviter ces attentats. 

Avez-vous l’impression d’avoir été entendu ? 

Entendu oui, même si ça n’a pas plus au président du Tribunal. Il ne m’a d’ailleurs pas fait de cadeaux. Il m’a fait passer le dernier de la journée, quand il n’y avait plus grand monde dans la salle. Bizarrement, au moment où je suis passé, la salle s’est de nouveau remplie. Des gens chuchotaient mon nom dans la salle quand je l’ai traversée et une nuée de journalistes m’attendait à la sortie. De ce côté-là, il a donc raté son coup. 

En ce moment, vous allez quotidiennement au procès des attentats. Continuez-vous à témoigner ? 

Je ne témoigne plus, on ne peut plus. Je n’avais qu’une seule journée pour témoigner, c’était le 26 novembre. Désormais, j’écoute mais je n’ai plus droit à la parole. Mon avocat fait l’interface entre moi et la cour. Il n’y a que lui qui peut poser des questions, notamment aux hommes politiques. Du moins à ceux qui viennent. Avec mon avocat, c’est nous qui avons fait citer François Hollande et Bernard Cazeneuve à la barre. Le problème, c’est qu’ils manient très bien la langue de bois. Ils disent que ce n’est pas de leur faute, qu’ils ne sont pas responsables. François Hollande a même dit que si c’était à refaire, il ferait exactement la même chose. Heureusement qu’il n’est plus là.

Avez-vous pu parler à Manuel Valls et à Jean-Yves Le Drian ? 

Non. Il n’y a que Hollande et Cazeneuve qui soient venus, même si j’ai fait citer les quatre à la barre le même jour. On m’a dit que concernant Manuel Valls j’avais déposé la demande trop tard, mais j’ai pourtant tout déposé en même temps… J’ai d’ailleurs dit au président du Tribunal que je ne comprenais pas car j’avais tout déposé le même jour, et que je ne voyais pas pourquoi j’aurais fait ça en deux fois. Il m’a répondu que concernant Manuel Valls, je n’avais pas mis la bonne adresse. Pour un quidam comme moi, trouver la bonne adresse d’un ancien Premier ministre qui se promène entre l’Espagne et la France, ce n’est pas évident. Mais je pense quand même que si le Parquet avait vraiment voulu, il l’aurait trouvée. Concernant Jean-Yves Le Drian, j’ai fait adresser la convocation directement au ministère des Affaires étrangères. J’ose espérer qu’au ministère, ils savent quand même qu’il est le ministre !

Que voulez-vous leur dire ? 

J’ai des explications à leur demander. Manuel Valls a refusé d’examiner la liste de tous les djihadistes qui lui aurait été remise par l’ancien chef des services secrets en main propre. Il aurait refusé d’y prêter attention en raison du fait que cette liste avait été établie par les services secrets français en collaboration avec les services secrets syriens. 

Il a dit qu’on ne pouvait pas travailler avec Bachar El Assad. On connaît la suite… Il va donc falloir qu’il s’explique quand même là-dessus. Si le président de la cour daigne le convoquer car maintenant, cela est soumis à son pouvoir discrétionnaire. Si ce dernier n’accepte pas de le convoquer, il y a toute une procédure à faire. Mais vous pouvez compter sur moi pour la faire. 

N’avez-vous pas l’impression d’être seul dans cette bataille ? 

Au fur et à mesure que le temps avance, j’ai l’impression que je suis de moins en moins seul. J’ai lutté contre la tenue du concert du rappeur Médine au Bataclan et j’ai réussi à le faire annuler. À l’époque, j’avais demandé le concours des associations d’aide aux victimes des attentats Life For Paris et 13/11/2015. Elles ne m’ont jamais répondu. En revanche, ils étaient contents et ils ont essayé de tirer la couverture à eux en sous-entendant qu’ils étaient pour quelque chose. dans l’annulation. Cela ne m’a pas plu du tout. 

Justement, quels rapports avez-vous avec ces associations ? 

Lors du procès, le président de Life For Paris est venu me voir pour me féliciter. Pour me dire que bien qu’on ne soit pas d’accord sur tout, j’avais eu moins eu le courage de faire annuler ce concert. Le président de 13/11/2015 s’est publiquement indigné du fait que les enquêteurs belges ne donnaient pas les détails de leurs investigations. Sur ce point-là, je suis évidemment d’accord avec lui car c’est un scandale. J’estime qu’en tant que parents de victimes, nous avons droit à la vérité. En revanche, ce que je ne comprends pas, c’est qu’il ne s’indigne pas du silence de François Hollande et de Bernard Cazeneuve. Encore une fois, Hollande et Cazeneuve noient le poisson, ils ne veulent pas qu’on remue trop les zones d’ombre dans ces attentats. Et cela, ce n’est pas correct. 

Vous avez l’impression que la Justice ne fait pas son travail ? 

J’estime que dans ce procès, on ne saura jamais la vérité. Jamais. Je trouve cela lamentable car il s’agit quand même de l’attentat le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre Mondiale. Les enquêteurs belges n’ont rien à envier aux enquêteurs français. J’ai fortement l’impression qu’Oussama Atar [1] était de connivence avec les services belges. Au travers de ce que disent les enquêteurs belges, je crois que ce monsieur a quand même été employé comme indicateur pour les services belges. Et maintenant, les services belges sont bien embêtés pour nous dire la vérité. Je pense que les services belges ont tout intérêt à ce que l’on ne la sache pas, la vérité. Lorsque les avocats -que ce soit de la défense ou de parties civiles- posent des questions, ils s’arrangent pour ne pas répondre. Par exemple, ils se renvoient la responsabilité les uns sur les autres. Un avocat a fini par leur faire remarquer qu’ils n’arrêtaient pas de se renvoyer la balle. Voilà où on en est aujourd’hui. 

Et à votre avis, pourquoi en est-on là ? 

Je pense que les politiques se couvrent entre eux. Je pense qu’ils ne veulent pas que l’on parle des erreurs des uns et des autres. Je suis scandalisé du fait que le 4 mars 2016, le président Hollande soit allé remettre la Légion d’Honneur à Mohammed Ben Nayef, prince d’Arabie Saoudite, alors que l’on sait que l’Arabie Saoudite est un des principaux financiers du terrorisme. Mais ça, c’est un fait qu’on ne peut pas mettre sur la table au procès. C’est une des questions que nous n’avons pas pu poser à François Hollande parce que les avocats de la défense s’étaient, au départ, opposés à ce qu’il témoigne. Résultat de l’opération : le président de la cour a accepté d’entendre François Hollande, mais à condition qu’on ne lui pose des questions que sur les attentats et pas sur les choses annexes. J’ai donc dû oublier cette question. Les débats sont dirigés de façon à ce que personne ne puisse vraiment savoir ce qui s’est passé. C’est un véritable black-out dans ce procès. 

Suite à un portrait paru dans le journal Le Monde, dont le titre originel « Au procès des attentats du 13 novembre, la colère d’un père haineux » a été modifié, vous avez porté plainte pour diffamation. Pourquoi ? 

La journaliste du Monde a fait un portrait de moi uniquement à charge. Elle a notamment soutenu que j’avais fait partie d’un mouvement qui s’appelle l’AFO [2]. Elle s’est complètement leurrée, je n’ai jamais fait partie de ce mouvement. Annoncer des choses comme ça quand on est journaliste, j’estime que c’est grave. J’ai donc déposé plainte, en effet. Et le 8 décembre, j’ai une audience au Tribunal de Paris pour mise en accusation. 

Malgré tout, avez-vous un peu d’espoir ? 

Je ne sais pas. Je me sens blessé par le peu d’empathie vis-à-vis des victimes. Avec un peu de courage et d’honneur, il est certain que ces attentats auraient pu être évités. D’ailleurs, j’ai chargé mes avocats d’examiner la Constitution afin de voir s’il est possible de déposer une plainte pour haute trahison et non-assistance à personne en danger. Concernant le procès, j’espère que les djihadistes prendront les peines maximales prévues pour ces délits. Au niveau des indemnités, on sait très bien que rien ne sera reversé aux victimes. Je crois que les politiciens ne seront jamais mis en cause je trouve cela absolument anormal. Je sais que malgré mon action, je ne ferai plus jamais revenir ma fille. Mais si par mon action, je peux ouvrir les yeux des Français et empêcher que ça recommence, au moins ma fille ne sera pas décédée pour rien.

[1] Djihadiste belgo-marocain, haut responsable du service de renseignement de l’État islamique et cerveau des attentats du 13 novembre 2015

[2] Action des forces opérationnelles, organisation d’extrême droite

Changement de déco à la Villa Médicis

Certaines tapisseries qui ornent les murs de la Villa Médicis à Rome ne sont pas au goût du jour – c’est-à-dire au goût des décoloniaux. Mais ceux-ci auraient mieux fait d’examiner les œuvres de plus près…


La grande campagne pour « déconstruire notre histoire », selon l’injonction d’Emmanuel Macron, touche la Villa Médicis, cette auguste institution qui, avant d’accueillir des plasticiens dits « expérimentaux » et des écrivains politiquement corrects, a vu défiler Fragonard, Ingres, Berlioz et Balthus pour de fructueuses résidences artistiques. Certains des nouveaux pensionnaires se sentiraient « micro-agressés » par l’imagerie apparemment « coloniale » véhiculée par une série de tapisseries ornant le grand salon.

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Dans La Tribune de l’Art, Jérôme Delaplanche, l’ancien directeur du département de l’histoire de l’art de la Villa, alerte sur la menace qui pèse sur ces chefs-d’œuvre. Ces tapisseries ont été réalisées en 1687 par la Manufacture des Gobelins sur l’ordre de Louis XIV. L’ensemble, appelé La Tenture des Indes (c’est-à-dire, dans le vocabulaire de l’époque, les Indes occidentales, autrement dit, l’Amérique du Sud) reproduit des tableaux envoyés au roi de France par Jean-Maurice de Nassau-Siegen et représente les scènes d’une expédition hollandaise dans le nord-est du Brésil. Or, le 21 septembre a eu lieu un colloque ayant pour objectif de réévaluer les tapisseries à la lumière « du racisme, de l’esclavage et du passé colonial des nations ».

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L’absurdité de cette approche est évidente quand on sait que les Noirs qui figurent dans ces scènes ne sont pas du tout des esclaves, mais les ambassadeurs africains et leur entourage du royaume chrétien du Congo. Dans leur hâte de condamner, les décolonialistes se sont pris les pieds dans la tapisserie.

À temps pluvieux, mariage heureux

Pour un électeur de droite, il y a un gouffre entre les atermoiements de Valérie Pécresse et la radicalité d’un Eric Zemmour.


La droite républicaine est de retour ! Vive la mariée ! Le visage radieux, le verbe  performatif —« Le courage de dire et la volonté de faire ! » —Valérie Pécresse les a emballés. Avec un score large, elle était celle qu’on attendait. Elle avait, également, un atout : être une femme. Ciel ! Ciotti était trop radical, trop proche de Z la Terreur. Elle, elle est la Reine de France, adoubée dans son Isle. Elle porte notre espérance, et son slogan fait mouche : « Macron a une obsession. Moi j’ai une seule passion : faire nation. » Quelle expression malséante !

« Souvent femme varie. Bien fol est qui s’y fie » dit le proverbe. Le 5 juin 2019, Valérie Pécresse tweete : « En femme libre, je quitte les Républicains, persuadée que le parti ne pourra se refaire qu’à l’extérieur…, que les idées sont cadenassées et qu’il faut un élargissement de la droite. » En femme libre, cette année donc, elle rejoint le parti dont elle devient la présidente. Fort bien. Femme des terroirs et des ronds-points, éolienne parfaite des uns et des autres, carpette anglaise et carpette tout court, cette énarque fera une ministre parfaite de Macron. 

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Parlant anglais et japonais, elle était, en 2010, avec Taubira, pour une société multiculturelle et postraciale. En 2014, interrogée sur la PMA, elle est pour la famille « traditionnelle » et les enfants fabriqués à l’ancienne. Elle martèle même à la TV : « Quand je dis non, c’est non ! » Mais, quand le vent tourne, elle… retourne sa veste, elle est pour la PMA. Celle qui met sa biographie sur le site de l’île de France, en franco-anglais, persuadée qu’étudier La Recherche en anglais fait mieux connaître la langue de Proust, peut-elle affirmer qu’elle luttera pour faire respecter la loi Toubon ? Elle qui affirme que, si Macron a une obsession, c’est plaire, et qu’elle, n’a qu’une obsession, c’est faire, — original ?— croit-elle qu’elle va jouer la fière-à-bas avec les gauchos, les woke, les islamistes ? Va-t-elle les reconquérir, les territoires perdus de la République ? Macron réélu, elle sera son Premier ministre. Ralliez-vous donc à son panache blanc !

Je sais bien que ce n’est pas le moment, mais, en politique, avec les hommes politiques, ce n’est jamais le moment. Aussi, je la pose quand même, cette question. Pourquoi cette femme forte n’a-t-elle pas, ni les autres, d’ailleurs, ne serait-ce qu’en passant, effleuré le problème du meeting, rendu difficile, par les antifas, d’un candidat, proche, après tout, d’un de ses rivaux, même si celui-ci est devenu, par la grâce de l’onction républicaine, un de ses « amis » ?

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Alors, cette primaire, exemplaire ? Hors temps, oui ! La vérité est que tout le monde a été soulagé que « ça se soit bien passé ». Pas de lutte fratricide ni de petits meurtres entre amis ? Sauf que le tableau de famille avec Blanche-Neige, ce n’est pas la France d’aujourd’hui— avec son corps en miettes et ses bras cassés. Surtout, ce discours,  Valérie Pécresse ne l’aurait-elle pas emprunté à Zemmour ? !

Snoopy, est-ce de la poésie ou du divertissement?

Ou comment un beagle lunaire peut-il guider les hommes depuis plus de 70 ans sans avoir été élu.


L’actualité est trompeuse, mensongère même. On se vautre dans une élection comme on dévore une tablette de Galak. Avec gourmandise et écœurement. Chocolat blanc ou candidats, même combat. On se passionne aujourd’hui pour les micro-événements d’une campagne qui nous paraîtrons complètement dérisoires dans quelques semaines, voire dans quelques minutes. Comme si les messages politiques s’autodétruisaient à mesure qu’ils s’affichent sur l’écran noir de nos nuits blanches.

Double anniversaire

Nouvel opium du peuple, les élections sont un passe-temps pour des nations en fin de vie, une dernière récréation avant de fermer la boutique. Cette présidentielle nous ferait presque passer à côté d’un double anniversaire.

Snoopy est ce fado qui s’infiltre en nous et propage son virus de la fêlure…

En 2022, nous fêterons le centenaire de la naissance de Charles Monroe Schulz (1922-2000) à St Paul dans l’Etat du Minnesota et les 70 ans de l’apparition de la page en couleurs dominicale des Peanuts. Le créateur de Snoopy et de Charlie Brown, à l’égal d’un Dante ou d’un Jean de la Fontaine, est ce penseur décomplexé qui en quatre bandes, puis en trois, a cartooné notre existence, lui a ouvert le chemin vers la rêverie mélancolique et solitaire, a donné une consistance métaphysique à notre errance naturelle.

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Les personnages de Schulz sont des masques interchangeables, les différentes facettes de notre propre personnalité qui évolue au fil des heures d’une même journée. En même temps, nous sommes ce bon vieux Charlie Brown, perdant résilient et modèle de sainteté, mais aussi Lucy Van Pelt, emmerdeuse magistrale et psychiatre désaxée qui affirme sans ciller « Me connaître, c’est m’aimer » et aussi Schroeder, pianiste virtuose et fatalement incompris.

L’échelle des sentiments

Dans nos meilleurs jours, nous aspirons à devenir Woodstock, l’oiseau qui pousse l’amitié jusqu’à l’effacement. Même si, avouons-le, nous enfilons très souvent la couverture de Linus Van Pelt pour nous protéger des frimas du monde extérieur. Ce jeune garçon a anticipé tous nos débats actuels sur le besoin de sécurité. Nous varions ainsi sur l’échelle des sentiments tels les héros de ce comic strip né en 1950 et diffusé sur toute la planète. En 1990, pour ses quarante ans, les Peanuts étaient publiés dans près de 2 293 journaux à travers 67 pays. Notre attachement au chien de Charlie Brown est quasiment ontologique. C’est notre double de papier, tantôt apprenti écrivain qui bute après la première phrase de son roman inachevé : « Par une nuit sombre et orageuse… », héros de l’aviation de la Première Guerre mondiale qui combat le Baron Rouge ou encore plus cool que le « King of Cool » Steeve McQueen dans la peau de Joe Cool avec ses lunettes noires et son dilettantisme souverain. Nous l’avons tant aimé. Snoopy n’est-il pas le seul beagle à pouvoir voyager dans l’espace, fidèle compagnon et égérie de la NASA ? Les Peanuts, ces « choses insignifiantes » ont été déclinées à l’infini en produits dérivés et en objets publicitaires sans perdre leur part d’innocence et leur profondeur mystique. Le succès n’a pas dénaturé leur onde nostalgique, ce champ d’expression que tous les artistes recherchent.

Snoopy pour tous les âges de la vie

Est-ce leur apparente simplicité, la répétition mimétique des gestes du quotidien de cette bande de copains, la netteté graphique ou le miroir tendu sur notre enfance qui font de cette bande dessinée une œuvre majeure de la littérature mondiale ? Il suffit de lire, au hasard, quatre ou trois vignettes, à la volée, pour être saisi par la pertinence du propos et leur force d’évasion. Aucun philosophe, essayiste ou dramaturge ne concurrence Schulz par sa puissance d’abstraction et surtout son absence de morgue.

On revient à Snoopy à tous les âges de la vie, en y puisant cette tendresse écorchée des émotions oubliées et en sondant l’intranquillité du monde en mouvement.

Pour mieux comprendre les Peanuts, il faut avoir lu préalablement Fernando Pessoa qui sans le savoir en donne une définition lumineuse : « La tristesse solennelle qui hante toutes les grandes choses – les cimes comme les vies grandioses, les nuits profondes comme les poèmes éternels ». Snoopy est ce fado qui s’infiltre en nous et propage son virus de la fêlure. Une fêlure qui ne serait pas geignarde, ni ostentatoire, scellant seulement notre âme vagabonde. Umberto Eco fut le premier à théoriser les Peanuts dès 1963, dans la préface d’une édition italienne et à déclarer que Charles M. Schulz était un poète. « Nous aimons inconditionnellement, fiévreusement, férocement, insupportablement Charles M. Schulz » écrivait-il. En langue anglaise, sa formule devenue célèbre fait toujours mouche : « The poetry of Schulz is neither epic not dramatic, it is lyric ». On aimerait tant que les candidats possèdent ce lyrisme pour nous transporter.


Comment France 2 a instrumentalisé Joséphine Baker contre Zemmour

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La panthéonisation de Joséphine Baker nous a fait du bien, en cette période gangrenée par le wokisme et ses relents racialistes et anti-universalistes. Mais sur France 2, Nathalie Saint-Cricq et Julian Bugier ont quand même détourné subtilement l’évènement pour accabler Eric Zemmour.


Il y aurait certes beaucoup à dire sur Joséphine Baker, et notamment qu’elle représente l’archétype parfait de l’assimilation telle que bien des Français la souhaitent, voire l’exigent à juste titre, de la part de ceux qui viennent vivre dans notre pays – on dira bien sûr de ceux qui exigent çà qu’ils sont d’extrême droite. 

Son amour pour la France lui a fait prendre de vrais risques pendant la Seconde Guerre mondiale, et ne serait-ce que pour cette raison, elle mérite sans doute le Panthéon !

Les accointances des journalistes avec Pascal Blanchard

Mais les journalistes de service, tels qu’ils officiaient mardi sur France 2 pour commenter la cérémonie, par leur façon de conclure l’évènement, ont montré qu’ils étaient prêts à tout pour se hausser du col, se faire bien voir des élites progressistes, LGBT, antiracistes ou décolonialistes (qui avaient d’ailleurs leur représentant sur le plateau en la personne de Monsieur Blanchard).

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En effet, comment Madame Saint Cricq, journaliste politique sur le service public, a-t-elle conclu tout cet hommage ? En disant : « …Elle était noire, elle était bisexuelle, elle était libre, ça a été prononcé… C’est une certaine idée de la France que tout le monde n’a pas ». 

Et là, on imagine qu’elle frétillait intérieurement d’avoir osé ce petit coup de patte, destiné incontestablement à la France nauséeuse dont un représentant venait d’annoncer sa candidature. Suivez mon regard… Enchaînement magistral de Julian Bugier, le présentateur, qui se montra alors flagorneur envers la flagorneuse (il a du penser: “pas de raison qu’elle se fasse bien voir et pas moi!”) : « Merci pour l’allusion Nathalie, je n’en attendais pas moins de vous ! » Et là, on a vu notre décolonialiste de service rire dans sa barbe, béat de satisfaction.

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Le sens du devoir

Tous ces gens-là ont dû rentrer chez eux avec le sentiment du devoir accompli. Ils ont finalement réussi à faire passer leur message, toujours le même. Il y a d’un côté la France antiraciste, de gauche, les LGBTQ, et puis il y a de l’autre tous les autres, la France rance, pouah !

Moi, je dis que conclure l’hommage à une combattante française qui a joué sa vie pour son pays en résumant son être et son âme à « elle était noire, elle était bisexuelle, elle était libre », c’est une instrumentalisation assez ignoble et surtout tout à fait ridicule de sottise. Madame Saint-Cricq, les gens que vous méprisez, ils aiment et admirent Joséphine Baker, et savez-vous ce qu’ils pensent du fait qu’elle fût noire, et bisexuelle ? Ils s’en moquent !!

Burqa et téléréalité aux Pays-Bas

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D.R.

Aux Pays-Bas, critiquer l’islam peut vous coûter très cher. Là-bas, une vedette de la téléréalité vient d’être mise au ban par ses sponsors pour ce qu’a écrit… sa mère. 


Qu’on les conspue comme les intellectuels, ou qu’on les adore comme une bonne partie du peuple, tous les Néerlandais connaissent la famille Meiland, protagoniste de son propre programme de téléréalité qui a débuté en 2019 en France. Les Meiland avaient acquis un manoir aux environs de Limoges, rebaptisé “château Meiland”, qu’ils tentaient d’emménager en chambres d’hôtes pour les nombreux touristes néerlandais de la région.

L’aventure a tourné court et les Meiland sont revenus aux Pays-Bas, où une télévision commerciale continue de ne rien manquer de leurs moindres faits et gestes.

Les parents, stars du programme

Le père, Martien, est l’indéniable star de la série. La soixantaine, il s’est découvert homosexuel il y a une vingtaine d’années, ce qui avait alors causé une rupture avec son épouse Erica. Laquelle, après avoir vaincu son désir de l’empoisonner, s’est finalement réconciliée avec lui. Martien est un homo du genre “folle”, très années 70, agitant ses foulards avec force gestes féminins, s’acheminant d’une crise de nerfs à une autre en picolant ferme. Tout un contraste avec sa très terre-à-terre compagne Erica. 

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Une de leurs deux filles, Maxime, 26 ans, aux amours compliquées, mère de deux jeunes enfants de pères différents, joue un rôle secondaire dans la série. Sa vie télévisuelle s’est confondue avec sa vie réelle depuis son récent mariage avec le cameraman de la série, père de leur nouveau-né. Le succès de “château Meiland” aidant, Maxime a développé un talent d’influenceuse, notamment sur Instagram où elle compte 575 000 followers. 

Un livre de confessions qui fait scandale

C’est surtout elle qui fait actuellement les frais des propos de sa mère qui, dans un livre présenté comme ses mémoires, écrit des choses qui vont à l’encontre du dogme quasi-officiel en faveur de la société multiculturelle dans le pays. Ainsi, Erica s’oppose à l’immigration de pays musulmans et à “ces profiteurs turcs qui envoient tout l’argent gagné chez nous en Turquie”. Elle se dit féministe et par conséquent s’oppose au voile islamique. “Je ne peux vraiment pas concevoir qu’une fille se couvre ainsi de son plein gré, surtout en été quand, sur son vélo, elle veut sentir le vent dans ses cheveux. C’est cela la liberté, d’ailleurs je suis pour l’interdiction de la burqa. J’ai vu des femmes qui en portent, ce n’est pas normal, ces pingouins, qu’elles foutent le camp.”

Du coup, certaines entreprises craignent évidemment plus que tout au monde d’être associées à cette famille “raciste”, dont le père vient de plus de confier qu’il vote pour Geert Wilders. Martien et Erica étant hors d’atteinte grâce à leur immense popularité et se souciant peu du qu’en-dira-t-on, les entreprises ont décidé de s’en prendre à leur plutôt discrète fille Maxime.

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Fin novembre, un fabricant de matelas, Emma Matrassen, était le premier à rompre son contrat publicitaire avec elle, invoquant ses principes “d’inclusivité” que Maxime aurait violées, par maman interposée. Le matelassier fut bientôt suivi des cosmétiques Nivéa, du chocolatier Milka, du fabricant de cartes de vœux Hallmark, d’un distributeur de repas, d’un producteur d’albums photo en ligne et d’autres Tartuffes du monde des affaires. 

Le matelassier osa proposer que, pour sauver son contrat, Maxime se désolidarise de sa mère. Elle a refusé, mais l’épisode rappelle la révolution culturelle, période terrible où les enfants chinois étaient censés dénoncer leurs parents. 

Tempête dans le milieu restreint du show-business néerlandais ? Non, un commentateur du magazine libéral EW y voit “un cas intéressant qui démontre jusqu’où le pouvoir de l’islam a pénétré notre société”. Et de plaider, avec l’auteur du livre d’Erica Meiland, pour un boycot des boycotteurs. Erica et Maxime Meiland se savent soutenues par l’écrivaine turco-néerlandaise Lale Gül (dont nous vous parlions ici) qui a abjuré l’islam et le foulard, et qui, de ce fait, se sait menacée de mort. Un chroniqueur du journal de l’intelligentsia NRC Handelsblad est allé jusqu’à déconseiller vivement la lecture “de ce livre propagateur de haine, plus dangereux que les écrits de Geert Wilders”. À ceux qui trouveraient tout de même ce grand succès de librairie sous le sapin, il suggère maintenant a minima d’en déchirer le chapitre six, où se trouvent les passages qui ont conduit à l’anathème contre Maxime Meiland !

Erica: de motor achter de Meilandjes

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Oyez oyez, braves gens! La plainte déchirante de Marine Le Pen

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© Thomas Coex/AP/SIPA AP22630168_000010 UGO AMEZ/CORET SIPA Numéros de reportage : 00944191_000022 et 0925892_000085

La candidate du Rassemblement national à la présidentielle a de nouveau expliqué à Pascal Praud qu’Eric Zemmour nuisait au « camp national ». L’analyse de Benoît Rayski


La candidate du Rassemblement national à l’élection présidentielle a confié ses tourments chez Pascal Praud sur CNews. « Pourquoi venir affaiblir les chances de victoire du camp national comme le fait Zemmour, alors même que nous n’avons jamais été si proches de gagner ? » a-t-elle déclaré. En termes de suffrages et selon les sondages, elle n’a apparemment pas tort.

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Mais là où elle se trompe, c’est que Zemmour ne veut pas de son « nous ». Lui c’est « je » et rien que « je ». Il ne veut absolument pas s’unir à Marine Le Pen. À la rigueur accepterait-il peut-être qu’elle s’unisse à lui. Mais même ça, ce n’est pas sûr. Car, à ses yeux, la patronne du Rassemblement national est une centriste, une modérée, une mollassonne. Elle a effectivement beaucoup œuvré dans ce sens pour s’affranchir de l’image détestable de papa.

Zemmour, lui, serait plutôt papa, en beaucoup, beaucoup plus jeune. Quiconque a écouté son discours à Villepinte, ne peut qu’en être convaincu. Dans un style inspiré et flamboyant, et avec tous les excès du genre, il a dressé le tableau de la France qu’il aime : c’est selon moi celle de Maurras et de Barrès.

Marine Le Pen semble, ou fait semblant, d’oublier que Zemmour est candidat à la présidence de la République. Ce serait mal le connaître que d’imaginer qu’il puisse accepter un ticket avec la candidate frontiste. Zemmour c’est un homme, un peuple, un camp (le sien). Le nom de son parti, Reconquête, vaut programme. Il est directement copié sur la « Reconquista » des souverains Espagnols qui au XVème siècle chassèrent les musulmans de la péninsule ibérique. Zemmour se voit en guerrier, Marine Le Pen se présente en infirmière.

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Comme l’auteur de La France n’a pas dit son dernier mot n’est pas un sot, on ne lui fera pas l’injure de penser qu’il croit en ses chances pour 2022. Son projet est tout autre : détruire Marine Le Pen. Et sur le cadavre de la pauvre Marine, bâtir un grand parti de droite nationale. Et peut-être espère-t-il que ses idées gagnent en 2027.

La France n'a pas dit son dernier mot

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Ainsi naquit « Reconquête »

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Meeting politique d'Eric Zemmour à Villepinte (93), 5 décembre 2021 © Rafael Yaghobzadeh/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22631784_000018

Paroles de militants de Zemmour recueillies dans les allées de Villepinte dimanche


Villepinte a vu débarquer hier beaucoup d’endimanchés, pas tous habitués au département de la Seine-Saint-Denis. Pas moins de 12 000 citoyens réunis dans un hangar ! « Il y a eu des menaces venues de l’extrême-gauche. Personnellement, je n’ai pas envie de me laisser intimider. J’admire d’abord Éric Zemmour pour son cran », assure Bénédicte, Parisienne et professeur de Lettres classiques à la retraite. Elle a découvert le chroniqueur « en en entendant parler à son club de bridge ». À Lille, en octobre, le candidat virtuel était encore écouté comme chroniqueur politique et écrivain. Changement de ton à Villepinte ce 5 décembre : Éric Zemmour annonçait la création de son parti politique et entendait relancer une candidature que des observateurs disent embourbée à cause de polémiques à répétition. 

Des militants aguerris côtoyaient encore de parfaits novices. 

Adam-Abdenour et Thomas, tous deux étudiants de 19 ans, s’amusent de la polémique des prénoms. Pour Adam, sa mère qui lui a donné un prénom conforme à ses origines et un prénom du calendrier avait « 20 ans d’avance sur le Z » !
Philippe, jeune actif travaillant dans la finance file la métaphore biblique et voit Zemmour en prophète mais pas encore en « roi ». Valérie à côté de lui est une « vieille militante » de la droite nationale et se dit aujourd’hui surprise par l’ampleur du mouvement…

Pas un homme politique comme les autres

« C’est la première fois que je viens dans une réunion publique. Je ne serais jamais allé écouter un homme politique. Eric Zemmour, c’est autre chose », explique Lucien, un cadre commercial venu tout spécialement d’Amiens. D’ailleurs, il « n’exclu[t] pas de s’engager dans son nouveau parti ». Un groupe de quatre retraités m’attend à la buvette. Ils se présentent comme « militants de tous les partis de droite et de toutes les causes depuis les années 1970 », leur engagement est motivé par « haine du communisme ». Ce motif d’indignation peut sembler désuet, mais François, 61 ans, assure que le « wokisme n’est qu’un produit dérivé du trotskysme qui utilise les identités pour créer des clivages et détruire la communauté nationale. C’est une vieille technique de subversion ! » S’ils se disent revenus de tous les combats perdus de la cause nationale, l’ampleur du mouvement surprend ces vieux briscards. « Nous étions quelques centaines dans les années 70, je me rappelle avoir milité pour Jean-Marie Le Pen en 1974 pour faire moins de 1%, mais là, c’est différent, on voit la jeunesse, beaucoup de gens ordinaires, pas uniquement des militants », témoigne l’un d’entre eux. « La propagande se heurte toujours au réel. C’est l’effet Pravda : il y a un moment où le discours officiel et l’idéologie ne suffisent plus et où la société décroche. Il se passe aujourd’hui ce qui s’est passé en URSS » abonde un autre. Une autre aguerrie, Valérie, qui assure être amie de Jean-Marie Le Pen et vieille militant du Front national en convient : ce n’est pas la même ambiance ici que dans son ancien parti. « On a l’impression de retrouver la France d’il y a trente ans, avec des jeunes bien élevés et BCBG, alors qu’on voyait surtout au Front des anciens militaires et des vieux. » 

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Les jeunes, en effet, on les trouve sans soucis dans les allées de Villepinte. Adam-Abdenour a 19 ans et est étudiant : « Cette histoire de prénoms m’a beaucoup fait rire, car ma mère a fait ce que Zemmour a fait il y a 20 ans en me donnant un prénom correspondant à mes origines et un autre plutôt d’ici. Je suis heureux d’avoir un prénom double, même si je n’en ai pas toujours compris l’intérêt, étant enfant. » Dans son discours, Éric Zemmour sera très applaudi lorsqu’il « tend la main aux musulmans qui veulent devenir nos frères », à qui il propose « l’assimilation », ce chemin « exigeant » que « les Maliens, les Marocains, les Turcs et les Algériens » sont invités à prendre à la suite « des Italiens, des Espagnols et des Polonais ». 

Entre admiration et choix idéologique assumé 

À l’entrée du Parc des Expositions, des militants d’Action Française vendent leur journal. Leur chef Francis Venciton s’amuse : « Zemmour cite souvent Jacques Bainville [historien de l’Action Française et référence principale d’Eric Zemmour NLDR], alors autant aller directement aux sources ! » Il juge Zemmour « utile » mais n’attend pas nécessairement l’homme providentiel. « Comme le dit la Bible, il y a des prêtres, des prophètes et des rois. Zemmour pour l’instant est prophète, on attend qu’il puisse être roi » explique Philippe, 24 ans, qui travaille dans le secteur financier. « Je ne sais pas si c’est vraiment l’homme providentiel, on peine encore à le voir en homme d’État », explique-t-il pour signifier que son adhésion est pour le moment avant tout intellectuelle. 

Francis Venciton et Robin de la section d’Arras vendent les publications de l’Action Française alors qu’Eric Zemmour cite sans cesse Jacques Bainville qui fut une figure du mouvement.

Alors, pour convaincre ces récalcitrants, depuis la tribune, l’essayiste et ancien député européen Paul-Marie Coûteaux lance : « Zemmour ne sera jamais un homme politique. Il sera un homme d’État ». La salle applaudit. Certaines références sont pourtant érudites – presque exotiques dans un meeting politique – notamment quand il invoque Ernst Kantorowicz et son essai sur la théologie politique médiévale. « Zemmour doit incarner le corps immémorial et immortel de la France. Il doit n’être rien d’autre que ce que la France attend depuis un demi-siècle. Il n’est pas assez d’être Président de la République, il doit être roi de France ! » Couteaux est le chauffeur de salle numéro 1 à l’applaudimètre avec Jean-Frédéric Poisson. Son discours est enlevé, mais la salle s’impatiente et bout d’entendre parler son candidat. 

Mue d’orateur

Son arrivée est ponctuée d’incidents – on apprendra plus tard que le candidat a été agressé dans les allées – mais la salle est surchauffée. Le candidat est attendu au tournant quant à ses capacités d’orateur… Les lunettes de vue étonnent, mais le candidat se décrispe progressivement et les militants applaudissent à tout rompre certains de ses propos. Le rythme du discours est systématiquement ternaire – une allusion claire aux discours du Général de Gaulle. Alors qu’on le somme depuis plusieurs semaines de détailler un programme, Zemmour préfère énoncer des objectifs – toujours énoncés au futur, avec des verbes de résolution. 

Ses analyses sont ponctuées de propositions souvent destinées à satisfaire un public de droite précis, comme lorsqu’il évoque la transmission du patrimoine, les droits de succession ou l’allégement de la fiscalité. Mais il fait aussi la promesse d’un 13e mois pour les smicards. Zemmour parle aux ouvriers meurtris par la désindustrialisation qui ne l’ont pas encore rallié aussi bien qu’aux héritiers et aux chefs d’entreprise. « L’école libre doit rester libre », « suppression des droits de succession » : il connait son public et ménage sa droite. Ces dernières propositions sont d’ailleurs très applaudies. 

Plus politique, il fait acclamer son « ami Éric Ciotti » et huer Valérie Pécresse « héritière de Jacques Chirac ». À l’entrée, Antoine Diers, le moustachu médiatique de l’équipe de campagne de Zemmour, ne manquait pas de me rappeler qu’il est toujours à jour de cotisation chez LR, et qu’il a voté pour le député des Alpes Maritimes aux deux tours. Mais il tacle aussi son parti : « On s’apprête à faire la plus grande réunion publique de cette campagne, alors que les LR annulent leur rassemblement pour prétexte sanitaire… Sans doute par peur du ridicule, oui ! » 

Eric Zemmour parle déjà en chef de parti : les électeurs du FN doivent le rejoindre pour sortir d’un vote stérile et les électeurs de LR conjurer les trahisons de leurs chefs. À mi-discours, la citation de Bernanos est très appréciée du public et à la sortie, les mots de l’orateur sont repris dans la plupart des discussions. Dans une ambiance survoltée – malgré quelques incidents et mouvements de foule, et même si son équipe ne s’est pas totalement départie des soupçons d’amateurisme – nous avons incontestablement assisté dimanche à la naissance d’une nouvelle force centrale de la politique française. D’ailleurs le Stand Reconquête !, le nouveau parti d’Éric Zemmour, fait le plein d’adhésions quand nous quittons les lieux.

Et si Orbán avait raison?

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Migrants bloqués à la frontière avec la Pologne, région de Grodno (Biélorussie), 8 novembre 2021 © Leonid Shcheglov/BELTA/AFP

La crise à la frontière polono-biélorusse entraîne un changement majeur de la politique migratoire de l’UE. Jusque-là lourdement condamnée par Bruxelles et Berlin, la défense des frontières extérieures prônée par Victor Orbán est aujourd’hui encouragée.


À partir des années 1990, avec la crise yougoslave et la guerre civile algérienne, les questions migratoires ont divisé les États membres de l’Union européenne. Dès le début, deux camps se sont opposés, correspondant plus ou moins aux pays de l’Ouest et à ceux de l’Est : d’un côté, les « humanitaires », partisans d’un accueil généreux et d’une insertion des demandeurs d’asile, et de l’autre les « protectionnistes », partisans du refus de s’accommoder des réfugiés à l’exception d’une poignée de dissidents politiques. Aujourd’hui, en pleine crise migratoire biélorusse, les valeurs de l’Europe de l’Est ne sont plus aussi rébarbatives aux yeux des pays de l’Ouest. La vieille querelle entre « humanistes » et « protectionnistes » est en train de se résoudre grâce au président autocrate, Alexandre Loukachenko qui, sans le vouloir, a provoqué, dans les grandes nations de l’UE, une synthèse inédite entre toutes les droites et une partie de la gauche.

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Loukachenko unifie l’Europe

Pour comprendre ce basculement, il faut remonter à la crise migratoire de 2015, lorsque la Hongrie est devenue le premier État européen à bloquer ostentatoirement les flux de migrants en provenance d’Irak et de Syrie, pays ravagés par des guerres civiles. Au sein de l’UE, cette riposte hongroise a créé une véritable polarisation entre Budapest et Berlin. Les Balkans constituant une nouvelle porte d’entrée de l’Europe entre 2015 et 2018, Viktor Orbán a réagi en construisant des barrières, parfois des tronçons de murs, le long de sa frontière avec la Serbie. Comme ce pays n’a jamais fait partie de l’Union européenne, l’État hongrois ne violait pas les textes et traités en fermant ainsi ce qui est une frontière extérieure commune. Il n’empêche que la Commission européenne, soutenue par les pays « humanitaires », la France en tête, a trouvé la ligne hongroise insupportable. Elle a adopté une position hostile aux actions d’Orbán dans la mesure où celui-ci agissait sur les frontières et les conditions d’entrée des demandeurs d’asile. Le Premier ministre hongrois a néanmoins persévéré, s’expliquant devant la Commission et subissant les dénonciations de l’Allemagne et des pays nordiques. En 2016, il a même organisé un référendum sur la question : acceptez-vous les quotas de relocalisation décidés par la Commission ? Le résultat a été négatif, même si moins de la moitié de l’électorat s’est déplacé. Dès lors, le régime hongrois s’est de plus en plus éloigné des autres États membres. Face à Viktor Orbán, Angela Merkel a élaboré une doctrine opposée. Elle a accueilli 890 000 réfugiés, ce qui a soulagé quelque peu la Hongrie par où ils étaient quasiment tous passés. Mais un retour de bâton électoral en faveur de l’Alternative für Deutschland (AfD) l’a dissuadée de renouveler l’expérience. Entre Merkel et Orbán, on peut donc conclure au match nul dans l’arène européenne.

Aujourd’hui, les Polonais, et dans une moindre mesure les Lituaniens, jouent le rôle de la Hongrie, provoquant ainsi un revirement historique majeur à l’échelle d’une génération. Lors du référendum sur la Constitution européenne de 2005, les Polonais étaient considérés comme ceux qui allaient envahir la France avec leurs plombiers et autres travailleurs détachés. Maintenant, ils sont les preux défenseurs de notre frontière commune, et en matière de plomberie ils empêchent le flux de migrants de s’écouler sur le territoire de l’Union. Il ne s’agit de rien de moins que d’un changement profond de conception civilisationnelle, qui voit émerger une nouvelle idée de l’Europe, à la fois chrétienne, démocratique et humanitaire. Pour la première fois, cette synthèse est possible. Le ciment qui manquait à l’esprit européen commence à prendre grâce à un catalyseur nommé Alexandre Loukachenko. Cette conscience d’une Europe européenne, inédite et même décriée jusque-là, est en train de naître à la frontière polono-biélorusse, en Mazurie. La réticence occidentale envers les Européens de l’Est s’estompe et disparaît entièrement. D’une certaine façon, l’effondrement démographique de l’Europe centrale et occidentale, tant déploré par Viktor Orbán, a réussi à éveiller la sympathie des Européens de l’Ouest. Plus surprenant encore, la Commission européenne elle-même, imprégnée de nouvelles sensibilités politiques conservatrices, a rendu un tel revirement sur le plan juridique possible.

Le geste de Merkel de 2015, obligeant toute l’Union à ouvrir grand ses bras et son coeur, ne se reproduira pas : aujourd’hui, Merkel elle-même louvoie

L’opposition au voyou Loukachenko a donné un alibi aussi bien à la Commission qu’aux Français et aux Allemands, pour permettre au gouvernement polonais de construire son mur. En même temps, Frontex, l’agence de protection des frontières de l’Europe, est en train d’accroître ses effectifs. Le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, ne l’a pas sollicitée, car il estime, non sans quelque mépris, que 1 000 garde-frontières ne pèsent rien, alors que plusieurs centaines des agents Frontex sont en Lituanie. Mais ces impolitesses ne comptent guère : l’important est que désormais, Bruxelles désire ardemment aider la Pologne à bloquer l’arrivée des migrants importés cyniquement par l’autocrate biélorusse. La Commission européenne offre son aide, certes timidement, tandis que Charles Michel, président du Conseil européen, dit que financer un mur national à échelle européenne est légal. Le virage s’amorce.

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Une seule grande divergence demeure : faut-il accuser Vladimir Poutine de complicité dans la manœuvre de Loukachenko, ou se tourner cordialement vers le président russe pour résoudre le problème ? Ce qui est certain, c’est que l’approche pseudo-humanitaire imposant l’accueil des migrants n’est plus du tout à l’ordre du jour. Le geste de Merkel de 2015, obligeant toute l’Union à ouvrir grand ses bras et son cœur, ne se reproduira pas. Aujourd’hui, Merkel elle-même louvoie, comme tous les gouvernements libéraux et centristes. Cette ultime crise humanitaire a donné raison aux membres du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie) et les États membres de l’Europe occidentale les approuvent. L’UE pourrait en sortir renforcée dans son unité, dépouillée des illusions de l’idéologie supranationale des années 1960, 1970 et 1980.

Géopolitiquement correct et incorrect

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Comment gâcher son dimanche?

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5 décembre 2021 © ISA HARSIN/SIPA WITT / ACCORSINI/SIPA

Pendant que Zemmour réunissait ses soutiens et un public monstre à Villepinte, Causeur s’est aussi glissé à la réunion de Mélenchon à la Défense…


Comment gâcher son week-end ? Il y a quelques semaines, une amie, enthousiaste, me propose d’aller voir le meeting de Jean-Luc Mélenchon. Je suis tiraillé : je sais que celui de Zemmour  tombera au même moment, et correspond beaucoup plus à mes propres inclinations ; mais l’idée de m’infilter en territoire hostile (et de m’adonner au difficile exercice de penser contre moi-même) m’excitait un peu aussi.

Après quelques heures de car entourés de boomers déçus par le PS, de retraités de la fonction publique et de futurs retraités de la fonction publique, et malgré une organisation chaotique, nous parvînmes enfin à atteindre l’Arche de la Défense. A la tribune, on découvre un aréopage de 200 personnalités, allant de Bruno Gaccio (qui a tout raflé a l’applaudimètre, signe que les amis de Dieudonné sont bien reçus ici) à Aurélie Trouvé, ancienne co-présidente d’Attac. 

Tous ensemble tous ensemble, ouais !

Voilà le nouveau gadget de la mélenchonie : le Parlement de l’Union Populaire, soviet constitué en priorité de gens d’accord entre eux. Bouillant partisan du passage à la VIème République et pourfendeur de la monarchie présidentielle (comme Mitterrand avant 1981), l’ancien sénateur PS est bien décidé à nous montrer à quel point il la joue collectif. Il faut au moins ça pour nous rassurer après la lecture de La chute de la maison Mélenchon de Thomas Guénolé (2019) qui nous racontait le fonctionnement bicéphale et autocratique du parti autour du couple Mélenchon-Sophia Chikirou !

Jean-Luc Mélenchon à l’Espace Grande Arche à La Defense, 5 décembre 2021 © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage : 01051615_000027

Sur la route qui nous a conduits jusqu’à Paris, l’autre meeting était sur toutes les lèvres. Les partisans mélenchonistes finirent par se l’avouer, dans la grisaille d’un dimanche matin sur une aire d’autoroute entre Le Mans et Chartres : avec 3 000 militants à la Défense contre 15 000 annoncés chez Zemmour, l’impression visuelle allait être défavorable au 20 heures du soir. Zemmour allait même être sur les lèvres du leader insoumis, qu’il allait faire huer, rituel classique dans les meetings. Étonnement, Marine Le Pen a plutôt été ménagée. Peut-être parce que la porosité entre les deux électorats n’est pas si négligeable. 

Un Mélenchon fatigué et pas loin de verser dans le complotisme

On commençait à se demander si Zemmour n’allait pas être le méchant Goldstein de l’après-midi. Finalement, l’intervention du lider maximo n’allait durer qu’une petite heure. La voix est un peu fatiguée dans les premières secondes mais le tribun retrouve rapidement son brio, comme le comédien connaissant un peu trop son rôle pour rater sa prestation. Drôle quand il s’agit de dézinguer ses adversaires, lyrique sur les questions d’écologie, Mélenchon sait manier le grand écart et draguer les antivaccins et les anti-passe tout en prônant une vaccination mondiale gratuite. Il n’est pas très loin du complotisme quand il parle de l’argent fait par les capitalistes grâce aux catastrophes qu’ils ont eux-mêmes entraînées. Il rappelle que si Sanofi n’avait pas renoncé en 2004 à « analyser la famille des coronavirus »,  exercice à l’époque peu rentable, nous n’en serions peut-être pas là aujourd’hui. On cherchera quand même la déclaration du sénateur PS Mélenchon de l’époque sur le sujet.

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En économie, Mélenchon distribuera à tout-va pour l’école et l’hôpital ; à la limite, des gens ont été élus pour leur sérieux comptable et n’ont pas empêché, eux non plus, la dette de s’envoler. Néanmoins, en parcourant le programme prêté généreusement par un camarade dans le car, j’ai été interpellé par une proposition : déblocage d’un milliard d’euros contre le sexisme et les violences sexistes. Je me suis quand même demandé s’il n’y avait pas au sein de cette gauche une mystique du milliard, somme qu’il suffit de débloquer pour régler une bonne fois pour toute un problème vieux comme l’homme. 

Les soupçons d’infiltration islamo-gauchiste de LFI

Sur les questions de laïcité, seule manière quand on est de gauche d’aborder indirectement les questions d’identité, Mélenchon, jadis sur une ligne républicaine classique, a été aujourd’hui plutôt discret. 

On en apprend plus sur les efforts d’infiltration dans son parti en écoutant l’entretien d’Houria Bouteldja, sur une chaîne plutôt confidentielle de la plate-forme Twitch. Très heureuse d’avoir Mélenchon dans son « butin de guerre », elle nous donne une leçon d’entrisme – sans les pudeur de la taqîya –  à faire rougir l’ancien trotskiste. Autrefois « laïcard de dingue », Mélenchon a à ses yeux « fait un choix » – c’est bien ce qu’il nous avait semblé aussi. L’influence de Djordje Kuzmanovic est désormais bien lointaine.

Le meeting avançait, et je n’arrivais pas à être très emballé. Celui donné à Rennes il y a pratiquement cinq ans m’avait laissé meilleure impression. Tout était un peu décevant, même dans les références culturelles ; alors qu’il pouvait encore citer Christine de Pisan et Pic de la Mirandole face à Zemmour fin septembre, il s’est contenté, devant le maire de Stains, d’un éloge du rap et du couscous. Je ne cache pas que je suivais d’un œil le périple de mes petits camarades qui étaient plutôt à l’autre meeting, avec un peu d’envie, l’envie du jeune garçon en sortie scolaire qui sent bien qu’on s’amuse mieux dans l’autre car (voir second texte ci-dessous)

Eric Zemmour à Villepinte, 5 décembre 2021 © WITT / ACCORSINI/SIPA Numéro de reportage : 01051624_000001

A Villepinte, Zemmour n’est pas venu pour faire mue-muse
Le candidat veut « rendre le droit de vote aux électeurs du FN et rendre la droite aux électeurs de LR ».
Pendant ce temps, Eric Zemmour avait donc réuni ses soutiens au Parc des Expositions de Villepinte. En réunissant 13000 personnes dans la salle, le tour de force était réussi. 
Ses adversaires et la « meute » journalistique l’accusent depuis des semaines de ne pas avoir fait sa « mue » de polémiste à candidat crédible à la présidentielle. Mais Eric Zemmour s’en moque, et ne compte nullement mettre de l’eau dans son vin comme le ferait le premier politicard venu – même si on notera qu’il a pris soin de ne pas évoquer Vichy, de ne pas en faire trop sur les prénoms, ou a réaffirmé qu’il tendrait la main aux musulmans qui s’assimilent…
A l’aise sur la tribune, avec des petites lunettes rondes sur le nez pour pouvoir lire son prompteur, le candidat a prononcé un grand discours civilisationnel : « si je gagne, ce sera le début de la reconquête » a-t-il promis au public, pour un pays – le plus beau du monde – « qui a tant souffert ». Faisant scander « ben voyons » à son auditoire en réponse aux accusations en fascisme, racisme ou misogynie qu’il reçoit et récuse, le débutant a conspué journalistes et « politiciens » (Jacques Chirac, Valérie Pécresse ou Emmanuel Macron en particulier en ont pris pour leur grade).
Côté propositions, Eric Zemmour entend s’atteler à la réindustrialisation du pays. Pour y parvenir, il baisse les impôts de production, réserve les marchés publics à l’industrie nationale ou propose la suppression des droits de succession. Au monde ouvrier, il promet une augmentation du SMIC équivalente à un 13e mois. 
« Notre existence en tant que peuple n’est pas négociable » s’agace le candidat qui propose un « serment de Villepinte » au public venu l’applaudir, après avoir promis la suppression du droit du sol ou la sortie du commandement intégré de l’OTAN. S’il est élu enfin, c’est promis, on chassera « dès la rentrée prochaine » de l’école le pédagogisme, l’islamo-gauchisme et l’idéologie LGBT. Quant à l’écriture inclusive, on l’interdira une bonne fois pour toutes. Bref, il fait le combo gagnant pour séduire tous les réactionnaires.
Malgré une bagarre avec des militants infiltrés de SOS Racisme au fond de la salle et l’agression du candidat qui fendait la foule en début de meeting par un badaud, le public est reparti galvanisé et enthousiaste • Martin Pimentel

«Dans le procès des attentats du 13 novembre, on ne saura jamais la vérité»

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Patrick Jardin D.R.

Ingénieure lumière au Bataclan, Nathalie Jardin a été assassinée à l’âge de 31 ans lors de l’attentat du 13 novembre 2015. Aujourd’hui, son père Patrick Jardin n’a pas renoncé à vouloir connaître la vérité sur les zones d’ombres des attentats qui ont fait 131 morts et 413 blessés. Entretien. 


Causeur. Le 26 novembre, vous avez témoigné à la barre lors du procès des attentats du 13 novembre 2015. Qu’avez-vous dit ? 

Patrick Jardin. J’ai dit qu’évidemment j’en voulais aux assassins de ma fille, mais que j’en voulais autant aux hommes politiques en place à l’époque : François Hollande, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve et Jean-Yves Le Drian. J’estime qu’il y a eu énormément de compromissions avec les islamistes, j’estime qu’on aurait très bien pu éviter ces attentats. 

Avez-vous l’impression d’avoir été entendu ? 

Entendu oui, même si ça n’a pas plus au président du Tribunal. Il ne m’a d’ailleurs pas fait de cadeaux. Il m’a fait passer le dernier de la journée, quand il n’y avait plus grand monde dans la salle. Bizarrement, au moment où je suis passé, la salle s’est de nouveau remplie. Des gens chuchotaient mon nom dans la salle quand je l’ai traversée et une nuée de journalistes m’attendait à la sortie. De ce côté-là, il a donc raté son coup. 

En ce moment, vous allez quotidiennement au procès des attentats. Continuez-vous à témoigner ? 

Je ne témoigne plus, on ne peut plus. Je n’avais qu’une seule journée pour témoigner, c’était le 26 novembre. Désormais, j’écoute mais je n’ai plus droit à la parole. Mon avocat fait l’interface entre moi et la cour. Il n’y a que lui qui peut poser des questions, notamment aux hommes politiques. Du moins à ceux qui viennent. Avec mon avocat, c’est nous qui avons fait citer François Hollande et Bernard Cazeneuve à la barre. Le problème, c’est qu’ils manient très bien la langue de bois. Ils disent que ce n’est pas de leur faute, qu’ils ne sont pas responsables. François Hollande a même dit que si c’était à refaire, il ferait exactement la même chose. Heureusement qu’il n’est plus là.

Avez-vous pu parler à Manuel Valls et à Jean-Yves Le Drian ? 

Non. Il n’y a que Hollande et Cazeneuve qui soient venus, même si j’ai fait citer les quatre à la barre le même jour. On m’a dit que concernant Manuel Valls j’avais déposé la demande trop tard, mais j’ai pourtant tout déposé en même temps… J’ai d’ailleurs dit au président du Tribunal que je ne comprenais pas car j’avais tout déposé le même jour, et que je ne voyais pas pourquoi j’aurais fait ça en deux fois. Il m’a répondu que concernant Manuel Valls, je n’avais pas mis la bonne adresse. Pour un quidam comme moi, trouver la bonne adresse d’un ancien Premier ministre qui se promène entre l’Espagne et la France, ce n’est pas évident. Mais je pense quand même que si le Parquet avait vraiment voulu, il l’aurait trouvée. Concernant Jean-Yves Le Drian, j’ai fait adresser la convocation directement au ministère des Affaires étrangères. J’ose espérer qu’au ministère, ils savent quand même qu’il est le ministre !

Que voulez-vous leur dire ? 

J’ai des explications à leur demander. Manuel Valls a refusé d’examiner la liste de tous les djihadistes qui lui aurait été remise par l’ancien chef des services secrets en main propre. Il aurait refusé d’y prêter attention en raison du fait que cette liste avait été établie par les services secrets français en collaboration avec les services secrets syriens. 

Il a dit qu’on ne pouvait pas travailler avec Bachar El Assad. On connaît la suite… Il va donc falloir qu’il s’explique quand même là-dessus. Si le président de la cour daigne le convoquer car maintenant, cela est soumis à son pouvoir discrétionnaire. Si ce dernier n’accepte pas de le convoquer, il y a toute une procédure à faire. Mais vous pouvez compter sur moi pour la faire. 

N’avez-vous pas l’impression d’être seul dans cette bataille ? 

Au fur et à mesure que le temps avance, j’ai l’impression que je suis de moins en moins seul. J’ai lutté contre la tenue du concert du rappeur Médine au Bataclan et j’ai réussi à le faire annuler. À l’époque, j’avais demandé le concours des associations d’aide aux victimes des attentats Life For Paris et 13/11/2015. Elles ne m’ont jamais répondu. En revanche, ils étaient contents et ils ont essayé de tirer la couverture à eux en sous-entendant qu’ils étaient pour quelque chose. dans l’annulation. Cela ne m’a pas plu du tout. 

Justement, quels rapports avez-vous avec ces associations ? 

Lors du procès, le président de Life For Paris est venu me voir pour me féliciter. Pour me dire que bien qu’on ne soit pas d’accord sur tout, j’avais eu moins eu le courage de faire annuler ce concert. Le président de 13/11/2015 s’est publiquement indigné du fait que les enquêteurs belges ne donnaient pas les détails de leurs investigations. Sur ce point-là, je suis évidemment d’accord avec lui car c’est un scandale. J’estime qu’en tant que parents de victimes, nous avons droit à la vérité. En revanche, ce que je ne comprends pas, c’est qu’il ne s’indigne pas du silence de François Hollande et de Bernard Cazeneuve. Encore une fois, Hollande et Cazeneuve noient le poisson, ils ne veulent pas qu’on remue trop les zones d’ombre dans ces attentats. Et cela, ce n’est pas correct. 

Vous avez l’impression que la Justice ne fait pas son travail ? 

J’estime que dans ce procès, on ne saura jamais la vérité. Jamais. Je trouve cela lamentable car il s’agit quand même de l’attentat le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre Mondiale. Les enquêteurs belges n’ont rien à envier aux enquêteurs français. J’ai fortement l’impression qu’Oussama Atar [1] était de connivence avec les services belges. Au travers de ce que disent les enquêteurs belges, je crois que ce monsieur a quand même été employé comme indicateur pour les services belges. Et maintenant, les services belges sont bien embêtés pour nous dire la vérité. Je pense que les services belges ont tout intérêt à ce que l’on ne la sache pas, la vérité. Lorsque les avocats -que ce soit de la défense ou de parties civiles- posent des questions, ils s’arrangent pour ne pas répondre. Par exemple, ils se renvoient la responsabilité les uns sur les autres. Un avocat a fini par leur faire remarquer qu’ils n’arrêtaient pas de se renvoyer la balle. Voilà où on en est aujourd’hui. 

Et à votre avis, pourquoi en est-on là ? 

Je pense que les politiques se couvrent entre eux. Je pense qu’ils ne veulent pas que l’on parle des erreurs des uns et des autres. Je suis scandalisé du fait que le 4 mars 2016, le président Hollande soit allé remettre la Légion d’Honneur à Mohammed Ben Nayef, prince d’Arabie Saoudite, alors que l’on sait que l’Arabie Saoudite est un des principaux financiers du terrorisme. Mais ça, c’est un fait qu’on ne peut pas mettre sur la table au procès. C’est une des questions que nous n’avons pas pu poser à François Hollande parce que les avocats de la défense s’étaient, au départ, opposés à ce qu’il témoigne. Résultat de l’opération : le président de la cour a accepté d’entendre François Hollande, mais à condition qu’on ne lui pose des questions que sur les attentats et pas sur les choses annexes. J’ai donc dû oublier cette question. Les débats sont dirigés de façon à ce que personne ne puisse vraiment savoir ce qui s’est passé. C’est un véritable black-out dans ce procès. 

Suite à un portrait paru dans le journal Le Monde, dont le titre originel « Au procès des attentats du 13 novembre, la colère d’un père haineux » a été modifié, vous avez porté plainte pour diffamation. Pourquoi ? 

La journaliste du Monde a fait un portrait de moi uniquement à charge. Elle a notamment soutenu que j’avais fait partie d’un mouvement qui s’appelle l’AFO [2]. Elle s’est complètement leurrée, je n’ai jamais fait partie de ce mouvement. Annoncer des choses comme ça quand on est journaliste, j’estime que c’est grave. J’ai donc déposé plainte, en effet. Et le 8 décembre, j’ai une audience au Tribunal de Paris pour mise en accusation. 

Malgré tout, avez-vous un peu d’espoir ? 

Je ne sais pas. Je me sens blessé par le peu d’empathie vis-à-vis des victimes. Avec un peu de courage et d’honneur, il est certain que ces attentats auraient pu être évités. D’ailleurs, j’ai chargé mes avocats d’examiner la Constitution afin de voir s’il est possible de déposer une plainte pour haute trahison et non-assistance à personne en danger. Concernant le procès, j’espère que les djihadistes prendront les peines maximales prévues pour ces délits. Au niveau des indemnités, on sait très bien que rien ne sera reversé aux victimes. Je crois que les politiciens ne seront jamais mis en cause je trouve cela absolument anormal. Je sais que malgré mon action, je ne ferai plus jamais revenir ma fille. Mais si par mon action, je peux ouvrir les yeux des Français et empêcher que ça recommence, au moins ma fille ne sera pas décédée pour rien.

[1] Djihadiste belgo-marocain, haut responsable du service de renseignement de l’État islamique et cerveau des attentats du 13 novembre 2015

[2] Action des forces opérationnelles, organisation d’extrême droite

Changement de déco à la Villa Médicis

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D.R.

Certaines tapisseries qui ornent les murs de la Villa Médicis à Rome ne sont pas au goût du jour – c’est-à-dire au goût des décoloniaux. Mais ceux-ci auraient mieux fait d’examiner les œuvres de plus près…


La grande campagne pour « déconstruire notre histoire », selon l’injonction d’Emmanuel Macron, touche la Villa Médicis, cette auguste institution qui, avant d’accueillir des plasticiens dits « expérimentaux » et des écrivains politiquement corrects, a vu défiler Fragonard, Ingres, Berlioz et Balthus pour de fructueuses résidences artistiques. Certains des nouveaux pensionnaires se sentiraient « micro-agressés » par l’imagerie apparemment « coloniale » véhiculée par une série de tapisseries ornant le grand salon.

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Dans La Tribune de l’Art, Jérôme Delaplanche, l’ancien directeur du département de l’histoire de l’art de la Villa, alerte sur la menace qui pèse sur ces chefs-d’œuvre. Ces tapisseries ont été réalisées en 1687 par la Manufacture des Gobelins sur l’ordre de Louis XIV. L’ensemble, appelé La Tenture des Indes (c’est-à-dire, dans le vocabulaire de l’époque, les Indes occidentales, autrement dit, l’Amérique du Sud) reproduit des tableaux envoyés au roi de France par Jean-Maurice de Nassau-Siegen et représente les scènes d’une expédition hollandaise dans le nord-est du Brésil. Or, le 21 septembre a eu lieu un colloque ayant pour objectif de réévaluer les tapisseries à la lumière « du racisme, de l’esclavage et du passé colonial des nations ».

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L’absurdité de cette approche est évidente quand on sait que les Noirs qui figurent dans ces scènes ne sont pas du tout des esclaves, mais les ambassadeurs africains et leur entourage du royaume chrétien du Congo. Dans leur hâte de condamner, les décolonialistes se sont pris les pieds dans la tapisserie.

À temps pluvieux, mariage heureux

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Valérie Pécresse investie, 4 décembre 2021 à Paris © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 01051524_000039

Pour un électeur de droite, il y a un gouffre entre les atermoiements de Valérie Pécresse et la radicalité d’un Eric Zemmour.


La droite républicaine est de retour ! Vive la mariée ! Le visage radieux, le verbe  performatif —« Le courage de dire et la volonté de faire ! » —Valérie Pécresse les a emballés. Avec un score large, elle était celle qu’on attendait. Elle avait, également, un atout : être une femme. Ciel ! Ciotti était trop radical, trop proche de Z la Terreur. Elle, elle est la Reine de France, adoubée dans son Isle. Elle porte notre espérance, et son slogan fait mouche : « Macron a une obsession. Moi j’ai une seule passion : faire nation. » Quelle expression malséante !

« Souvent femme varie. Bien fol est qui s’y fie » dit le proverbe. Le 5 juin 2019, Valérie Pécresse tweete : « En femme libre, je quitte les Républicains, persuadée que le parti ne pourra se refaire qu’à l’extérieur…, que les idées sont cadenassées et qu’il faut un élargissement de la droite. » En femme libre, cette année donc, elle rejoint le parti dont elle devient la présidente. Fort bien. Femme des terroirs et des ronds-points, éolienne parfaite des uns et des autres, carpette anglaise et carpette tout court, cette énarque fera une ministre parfaite de Macron. 

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Parlant anglais et japonais, elle était, en 2010, avec Taubira, pour une société multiculturelle et postraciale. En 2014, interrogée sur la PMA, elle est pour la famille « traditionnelle » et les enfants fabriqués à l’ancienne. Elle martèle même à la TV : « Quand je dis non, c’est non ! » Mais, quand le vent tourne, elle… retourne sa veste, elle est pour la PMA. Celle qui met sa biographie sur le site de l’île de France, en franco-anglais, persuadée qu’étudier La Recherche en anglais fait mieux connaître la langue de Proust, peut-elle affirmer qu’elle luttera pour faire respecter la loi Toubon ? Elle qui affirme que, si Macron a une obsession, c’est plaire, et qu’elle, n’a qu’une obsession, c’est faire, — original ?— croit-elle qu’elle va jouer la fière-à-bas avec les gauchos, les woke, les islamistes ? Va-t-elle les reconquérir, les territoires perdus de la République ? Macron réélu, elle sera son Premier ministre. Ralliez-vous donc à son panache blanc !

Je sais bien que ce n’est pas le moment, mais, en politique, avec les hommes politiques, ce n’est jamais le moment. Aussi, je la pose quand même, cette question. Pourquoi cette femme forte n’a-t-elle pas, ni les autres, d’ailleurs, ne serait-ce qu’en passant, effleuré le problème du meeting, rendu difficile, par les antifas, d’un candidat, proche, après tout, d’un de ses rivaux, même si celui-ci est devenu, par la grâce de l’onction républicaine, un de ses « amis » ?

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Alors, cette primaire, exemplaire ? Hors temps, oui ! La vérité est que tout le monde a été soulagé que « ça se soit bien passé ». Pas de lutte fratricide ni de petits meurtres entre amis ? Sauf que le tableau de famille avec Blanche-Neige, ce n’est pas la France d’aujourd’hui— avec son corps en miettes et ses bras cassés. Surtout, ce discours,  Valérie Pécresse ne l’aurait-elle pas emprunté à Zemmour ? !

Snoopy, est-ce de la poésie ou du divertissement?

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Le dessinteur américain Charles Monroe Schulz (1922-2000) photographié en 1995 à Santa Rosa © BEN MARGOT/AP/SIPA AP20646198_000001

Ou comment un beagle lunaire peut-il guider les hommes depuis plus de 70 ans sans avoir été élu.


L’actualité est trompeuse, mensongère même. On se vautre dans une élection comme on dévore une tablette de Galak. Avec gourmandise et écœurement. Chocolat blanc ou candidats, même combat. On se passionne aujourd’hui pour les micro-événements d’une campagne qui nous paraîtrons complètement dérisoires dans quelques semaines, voire dans quelques minutes. Comme si les messages politiques s’autodétruisaient à mesure qu’ils s’affichent sur l’écran noir de nos nuits blanches.

Double anniversaire

Nouvel opium du peuple, les élections sont un passe-temps pour des nations en fin de vie, une dernière récréation avant de fermer la boutique. Cette présidentielle nous ferait presque passer à côté d’un double anniversaire.

Snoopy est ce fado qui s’infiltre en nous et propage son virus de la fêlure…

En 2022, nous fêterons le centenaire de la naissance de Charles Monroe Schulz (1922-2000) à St Paul dans l’Etat du Minnesota et les 70 ans de l’apparition de la page en couleurs dominicale des Peanuts. Le créateur de Snoopy et de Charlie Brown, à l’égal d’un Dante ou d’un Jean de la Fontaine, est ce penseur décomplexé qui en quatre bandes, puis en trois, a cartooné notre existence, lui a ouvert le chemin vers la rêverie mélancolique et solitaire, a donné une consistance métaphysique à notre errance naturelle.

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Les personnages de Schulz sont des masques interchangeables, les différentes facettes de notre propre personnalité qui évolue au fil des heures d’une même journée. En même temps, nous sommes ce bon vieux Charlie Brown, perdant résilient et modèle de sainteté, mais aussi Lucy Van Pelt, emmerdeuse magistrale et psychiatre désaxée qui affirme sans ciller « Me connaître, c’est m’aimer » et aussi Schroeder, pianiste virtuose et fatalement incompris.

L’échelle des sentiments

Dans nos meilleurs jours, nous aspirons à devenir Woodstock, l’oiseau qui pousse l’amitié jusqu’à l’effacement. Même si, avouons-le, nous enfilons très souvent la couverture de Linus Van Pelt pour nous protéger des frimas du monde extérieur. Ce jeune garçon a anticipé tous nos débats actuels sur le besoin de sécurité. Nous varions ainsi sur l’échelle des sentiments tels les héros de ce comic strip né en 1950 et diffusé sur toute la planète. En 1990, pour ses quarante ans, les Peanuts étaient publiés dans près de 2 293 journaux à travers 67 pays. Notre attachement au chien de Charlie Brown est quasiment ontologique. C’est notre double de papier, tantôt apprenti écrivain qui bute après la première phrase de son roman inachevé : « Par une nuit sombre et orageuse… », héros de l’aviation de la Première Guerre mondiale qui combat le Baron Rouge ou encore plus cool que le « King of Cool » Steeve McQueen dans la peau de Joe Cool avec ses lunettes noires et son dilettantisme souverain. Nous l’avons tant aimé. Snoopy n’est-il pas le seul beagle à pouvoir voyager dans l’espace, fidèle compagnon et égérie de la NASA ? Les Peanuts, ces « choses insignifiantes » ont été déclinées à l’infini en produits dérivés et en objets publicitaires sans perdre leur part d’innocence et leur profondeur mystique. Le succès n’a pas dénaturé leur onde nostalgique, ce champ d’expression que tous les artistes recherchent.

Snoopy pour tous les âges de la vie

Est-ce leur apparente simplicité, la répétition mimétique des gestes du quotidien de cette bande de copains, la netteté graphique ou le miroir tendu sur notre enfance qui font de cette bande dessinée une œuvre majeure de la littérature mondiale ? Il suffit de lire, au hasard, quatre ou trois vignettes, à la volée, pour être saisi par la pertinence du propos et leur force d’évasion. Aucun philosophe, essayiste ou dramaturge ne concurrence Schulz par sa puissance d’abstraction et surtout son absence de morgue.

On revient à Snoopy à tous les âges de la vie, en y puisant cette tendresse écorchée des émotions oubliées et en sondant l’intranquillité du monde en mouvement.

Pour mieux comprendre les Peanuts, il faut avoir lu préalablement Fernando Pessoa qui sans le savoir en donne une définition lumineuse : « La tristesse solennelle qui hante toutes les grandes choses – les cimes comme les vies grandioses, les nuits profondes comme les poèmes éternels ». Snoopy est ce fado qui s’infiltre en nous et propage son virus de la fêlure. Une fêlure qui ne serait pas geignarde, ni ostentatoire, scellant seulement notre âme vagabonde. Umberto Eco fut le premier à théoriser les Peanuts dès 1963, dans la préface d’une édition italienne et à déclarer que Charles M. Schulz était un poète. « Nous aimons inconditionnellement, fiévreusement, férocement, insupportablement Charles M. Schulz » écrivait-il. En langue anglaise, sa formule devenue célèbre fait toujours mouche : « The poetry of Schulz is neither epic not dramatic, it is lyric ». On aimerait tant que les candidats possèdent ce lyrisme pour nous transporter.


Comment France 2 a instrumentalisé Joséphine Baker contre Zemmour

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Nathalie Saint-Cricq, Julian Bugier et Pascal Blanchard. Image: capture d'écran France 2.

La panthéonisation de Joséphine Baker nous a fait du bien, en cette période gangrenée par le wokisme et ses relents racialistes et anti-universalistes. Mais sur France 2, Nathalie Saint-Cricq et Julian Bugier ont quand même détourné subtilement l’évènement pour accabler Eric Zemmour.


Il y aurait certes beaucoup à dire sur Joséphine Baker, et notamment qu’elle représente l’archétype parfait de l’assimilation telle que bien des Français la souhaitent, voire l’exigent à juste titre, de la part de ceux qui viennent vivre dans notre pays – on dira bien sûr de ceux qui exigent çà qu’ils sont d’extrême droite. 

Son amour pour la France lui a fait prendre de vrais risques pendant la Seconde Guerre mondiale, et ne serait-ce que pour cette raison, elle mérite sans doute le Panthéon !

Les accointances des journalistes avec Pascal Blanchard

Mais les journalistes de service, tels qu’ils officiaient mardi sur France 2 pour commenter la cérémonie, par leur façon de conclure l’évènement, ont montré qu’ils étaient prêts à tout pour se hausser du col, se faire bien voir des élites progressistes, LGBT, antiracistes ou décolonialistes (qui avaient d’ailleurs leur représentant sur le plateau en la personne de Monsieur Blanchard).

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En effet, comment Madame Saint Cricq, journaliste politique sur le service public, a-t-elle conclu tout cet hommage ? En disant : « …Elle était noire, elle était bisexuelle, elle était libre, ça a été prononcé… C’est une certaine idée de la France que tout le monde n’a pas ». 

Et là, on imagine qu’elle frétillait intérieurement d’avoir osé ce petit coup de patte, destiné incontestablement à la France nauséeuse dont un représentant venait d’annoncer sa candidature. Suivez mon regard… Enchaînement magistral de Julian Bugier, le présentateur, qui se montra alors flagorneur envers la flagorneuse (il a du penser: “pas de raison qu’elle se fasse bien voir et pas moi!”) : « Merci pour l’allusion Nathalie, je n’en attendais pas moins de vous ! » Et là, on a vu notre décolonialiste de service rire dans sa barbe, béat de satisfaction.

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Le sens du devoir

Tous ces gens-là ont dû rentrer chez eux avec le sentiment du devoir accompli. Ils ont finalement réussi à faire passer leur message, toujours le même. Il y a d’un côté la France antiraciste, de gauche, les LGBTQ, et puis il y a de l’autre tous les autres, la France rance, pouah !

Moi, je dis que conclure l’hommage à une combattante française qui a joué sa vie pour son pays en résumant son être et son âme à « elle était noire, elle était bisexuelle, elle était libre », c’est une instrumentalisation assez ignoble et surtout tout à fait ridicule de sottise. Madame Saint-Cricq, les gens que vous méprisez, ils aiment et admirent Joséphine Baker, et savez-vous ce qu’ils pensent du fait qu’elle fût noire, et bisexuelle ? Ils s’en moquent !!