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Le musée d’Orsay, modèle de “décolonialisme”

Les peintres blancs ayant jadis fait poser des Noirs y sont tancés pour racisme

Le musée d’Orsay, modèle de “décolonialisme”
"Portrait de Madeleine" (autrefois nommé "Portrait d'une négresse"), Marie-Guillemine Benoist, 1800. ©RMN-Grand Palais (Musée du Louvre)

Jusqu’au 21 juillet le musée d’Orsay ouvre ses portes à l’exposition “Le Modèle noir, de Géricault à Matisse”. Dans une optique décoloniale, les Blancs ayant jadis fait poser des Noirs y sont tancés pour racisme. Et les artistes africains contemporains portés aux nues. 


Il y a beaucoup à dire sur l’exposition en cours au musée d’Orsay, « Le modèle noir : de Géricault à Matisse ». L’ennui, c’est que ce qu’il convient d’en penser a déjà été dit et redit, avec emphase et félicitations du jury, dans tous les médias progressistes : pour la première fois dans l’histoire d’une puissance postcoloniale – en l’occurrence la France –, les modèles noirs sortent d’un honteux anonymat et acquièrent leur identité propre. Telle est la version qu’il faut retenir quand on veut rester fréquentable.

Que j’aime ta couleur café…

Car en réalité, l’individualité de ces êtres qui ont inspiré les plus grands maîtres n’a d’importance que du fait de la couleur de leur peau. Ils appartiennent, dans le langage de la mouvance « décoloniale », à ce qu’on appelle la « minorité invisible ». D’évidence, les modèles blancs, « majorité » non moins invisible dont on ignore tout, peuvent garder leur statut de parfaits inconnus. Surtout, quel musée oserait donner une orientation raciale à une exposition dédiée aux modèles, s’il ne s’agissait ouvertement de valoriser les personnes de couleur ? Ce que l’universalisme républicain nous a fait opportunément oublier, à savoir la « race », le « décolonialisme » nous le rappelle avec force, au nom même du combat contre le racisme. À l’exemple de toutes les merveilles, du chewing-gum au Coca-Cola, la trouvaille nous est parvenue des États-Unis, où elle est en phase de devenir un dogme. Apprenons donc à voir le monde à travers le regard indigéniste, cela peut servir.

Portrait d’une femme n****

L’exposition ouvre avec le sublime portrait – coiffe blanche et sein dénudé – réalisé par Marie-Guillemine Benoist et présenté au Salon de 1800, sous le titre Portrait d’une négresse. C’est dire la brutalité de l’époque ! Au Louvre, où on surveille son langage, on le montrait sous le titre Portrait d’une femme noire. À peine mieux, ont remarqué certains, car il n’y a pas dans l’histoire de la peinture un quelconque « Portrait d’une femme blanche ». Lilian Thuram vous expliquerait à quel point cela relève du racisme, étant donné que les Blancs ne voient même pas qu’ils sont blancs, alors qu’ils voient très bien que les Noirs sont noirs. Que faire ? Les mentalités blanches évoluent dans la lenteur.

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Par chance, on peut compter sur les élites « woke » (de l’anglais awake, « s’éveiller »), entendez par là, ces Blancs qui prennent conscience de faire partie d’un système d’oppression et décidés à l’abolir. Concrètement, cela a permis d’établir que le modèle de Benoist se prénommait Madeleine et que cette esclave affranchie née en Guadeloupe était domestique du beau-frère de la peintre. D’un coup, le racisme a reculé de plusieurs points. Justice a été rendue. Le portrait, lui, n’a pas été retouché, de sorte que quand il reviendra au Louvre, où il sera probablement affiché sous le titre Portrait de Madeleine, il représentera toujours une magnifique femme noire au regard fier, saisie dans une posture que l’on peinerait à assimiler à celle de la servitude.

Noir c’est blanc et blanc c’est noir

Seulement, les artistes non-blancs – pour éviter de dire « noirs », parce qu’on ne dirait pas spontanément de Matisse qu’il était blanc, comme tous les grands peintres de l’Histoire, hélas – pourraient-ils se satisfaire de ces menues réparations ? Question rhétorique. Ceux auxquels l’égalité entre les races tient le plus à cœur ont audacieusement saisi leurs pinceaux. Ainsi, en face de l’Olympia (1863) de Manet, l’exposition nous donne à admirer Olympia II (2013) du peintre congolais Aimé Mpane. La composition a l’immense mérite de montrer ce qu’un artiste d’origine africaine estime comme « égal » dans la façon de représenter les corps de femmes racisées et non-racisées, selon le vocabulaire en vogue : dans un renversement salutaire des rôles, sa servante est blanche alors que la maîtresse est noire. Si ce n’est pas le progrès ! On pardonnera à Aimé Mpane de ne pas avoir donné de prénoms à ses modèles. Quand on est habité par la mission de mettre à bas le « blantriarcat », on manque forcément de temps pour penser à des foutaises comme les prénoms des modèles.

« Le modèle noir : de Géricault à Matisse », musée d’Orsay jusqu’au 21 juillet 2019 (fermé le lundi).

Mai 2019 - Causeur #68

Article extrait du Magazine Causeur


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Paulina Dalmayer est journaliste et travaille dans l'édition.

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