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Ne la laissez pas tomber, être une femme libérée c’est pas si facile!

Selon Eric Zemmour, Marine Le Pen serait une femme de gauche...

Ne la laissez pas tomber, être une femme libérée c’est pas si facile!
Marine Le Pen en déplacement à Budapest, 25 octobre 2021 © Alain ROBERT/SIPA Numéro de reportage : 01045700_000038

Eric Zemmour a des mots très durs envers Marine Le Pen. Mais même si contrer ses ambitions est un vrai casse-tête, être à la gauche du trublion pourrait finalement être un atout pour la candidate de la droite nationale…


Décidément, Marine Le Pen est malchanceuse. Et l’on se demande pour elle si la dédiabolisation du RN n’est pas allée trop loin.

Mardi, à la fin d’un rassemblement à Biarritz, on a pu entendre le presque candidat Eric Zemmour affirmer de nouveau devant les journalistes que la candidate du Rassemblement national était une femme de gauche : « tous ses réflexes sont de gauche, elle est en décalage avec son électorat ». Il a ensuite asséné : « elle parle comme Madame Schiappa, elle essaye de m’agripper sur ma prétendue misogynie », avant de conclure : « stupide réflexion, stupide analyse, stupide angle d’attaque, ses électeurs ne seront pas dupes ! » 

Les zemmouriens estiment carrément que Marine Le Pen est une enfant de Mai-68 (Pouah ! quelle horreur). En tout cas, c’est la première fois que la candidate se voit dépassée sur sa droite lors d’une campagne présidentielle. En ne présentant pas la candidature la plus radicale ou la plus anti-système, le risque de perdre le vote “défouloir” de certains électeurs français est grand. 

La stratégie de Marine Le Pen face au diviseur Zemmour

Alors qu’elle se rendait à la foire agricole de Poussay dans les Vosges, lors de l’entretien qu’elle a accordé à la chaîne YouTube « Livre Noir » dans sa voiture, Marine Le Pen s’est indigné façon France Inter de la misogynie d’Eric Zemmour. « Il a une forme de mépris envers les femmes » avance-t-elle, avant de rappeler qu’il n’avait pas hésité à soutenir Dominique Strauss-Kahn et Tarik Ramadan dans leurs affaires d’agressions sexuelles présumées respectives… La femme n’est, pour Zemmour, qu’un « attribut », un « butin », estime Marine Le Pen. 

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Ensuite, elle a évoqué le désintérêt du journaliste pour les classes populaires. « Il défend une vision fantasmée, historique, de la France, mais j’ai le sentiment qu’il ne défend pas les Français. » À plusieurs reprises au cours de l’entretien, la candidate a insisté sur son propre dévouement envers les plus modestes : « si je ne défends pas les chômeurs et les ouvriers, qui les défendra ? La gauche a totalement abandonné les classes populaires ». En somme, pour Marine Le Pen, « il n’y a pas de cohésion nationale sans cohésion sociale ».

Troisième angle d’attaque, la candidate met en avant la longévité de son combat politique, et en particulier sur la question de l’immigration. Dans sa voiture, Le Pen a rappelé que pendant qu’Eric Zemmour était confortablement installé dans son fauteuil d’éditorialiste du Figaro, elle défendait un candidat – son père – et des thèses qui n’étaient alors pas franchement à la mode… « J’ai affiné mon projet en le confrontant aux Français depuis dix ans » rappelle-t-elle. Un long chemin de croix qui lui aurait permis de construire un programme adapté aux défis de notre temps : « le référendum que je propose [1], on ne peut pas aller plus loin pour régler les problèmes liés à l’immigration, ça ne sert à rien d’y ajouter des divisions », analyse-t-elle. 

Car, pour Marine Le Pen, l’enjeu est de rassembler tous les Français, alors que Zemmour « divise » et ne ferait que réseauter à la droite de la droite et tenir des propos « qui ne font pas un président de la République ». Expérimentée, la candidate du RN comprend que « les gens sont excédés » et donc conçoit qu’ils se reconnaissent dans un « propos violent ». Mais elle l’assure de son côté : « nous avons abandonné le clash, le buzz, les déclarations tonitruantes qui créent une forme d’ivresse de la radicalité ». Et elle s’en félicite.

La fin du « front républicain » contre Le Pen ? 

Immanquablement, le camp du Bien a donc déplacé son curseur du facho depuis la rentrée : c’est Eric Zemmour qui suscite désormais les plus grandes indignations dans la classe politique ou dans les studios de la radio publique. Il parachève de fait toute la longue entreprise de dédiabolisation de Marine Le Pen. Ce n’est plus elle qui représente une prétendue « menace pour la République ». Ce n’est plus vers elle que se dirige le fameux « front républicain ».

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Aussi, si l’essayiste n’accédait pas au second tour, comme le prédisent les sondages actuels, Marine Le Pen bénéficierait d’un avantage nouveau et de taille face à Emmanuel Macron. Protégée durant de longs mois par le soldat Zemmour, elle pourrait aborder le second tour sans porter la casquette infamante de l’”extrême droite”, dont le système politico-médiatique l’affuble depuis toujours. Et Emmanuel Macron ne pourrait peut-être plus effectuer un pèlerinage sournois au mémorial de la Shoah ou à Oradour-sur-Glane durant l’entre deux tours sans être complètement ridicule. La candidate du Rassemblement national semble en être consciente : « Je pense que je suis la plus à même de gagner face à Emmanuel Macron, précisément parce que je tente d’éviter l’ensemble des provocations que je trouve inutiles et qui sont autant de mobilisations de nos adversaires politiques, dans le cadre d’un second tour. » Ah ! Qu’il est doux d’être défascisé !


[1] Marine Le Pen souhaiterait inscrire dans la Constitution la « maîtrise » de l’immigration, la « priorité nationale » et la supériorité du droit français sur le droit international, via un référendum.


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Eric Fabry est étudiant en stage. Martin Pimentel est rédacteur en chef du site Causeur.fr

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