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L’Ukraine n’est plus la “Petite Russie”…

La Russie a perdu l’Ukraine, mais Kiev n’est pas libre de choisir l’EU ou l’OTAN


« Nous devons cependant à la bonne foi et aux relations amicales qui existent entre les puissances alliées et les États-Unis, de déclarer que nous considérerions toute tentative de leur part pour étendre leur système à quelque partie de cet hémisphère, comme dangereuse pour notre tranquillité et notre sécurité. Quant aux colonies existantes ou dépendances des puissances européennes, nous ne sommes pas intervenus et n’interviendrons pas dans leurs affaires. Mais, quant aux gouvernements qui ont déclaré leur indépendance, qui l’ont maintenue, et dont nous avons reconnu l’indépendance, après sérieux examen, et sur des justes principes, nous ne pourrions voir l’intervention d’une puissance européenne quelconque dans le but de les opprimer ou de contrarier d’une manière quelconque leur destinée, que comme la manifestation d’une disposition inamicale à l’égard des États-Unis. » 

L’Amérique aux Américains

Ces phrases prononcées par le président des États-Unis James Monroe le 2 décembre 1823 devant le Congrès contient l’essentiel de ce qu’on appelle « la doctrine Monroe » : les Amériques – aussi bien du Nord que du Sud – sont une sphère d’influence de Washington. Ainsi, les gouvernements des pays du continent nouvellement indépendants (et ceux qui se sont affranchis des puissances européennes depuis) ne le sont pas à 100% : ils ne peuvent pas décider seuls de leurs alliances, sujet sur lequel le grand voisin du nord exige un droit de regard. 

Aujourd’hui, les paroles et les gestes de Moscou établissent une sorte de « doctrine Poutine » : les États-Unis sont priés de traiter la Russie comme ils avaient jadis traité l’Union soviétique, c’est-à-dire comme une puissance à craindre, jouissant de droits spéciaux dans son voisinage et d’une voix dans toutes les affaires internationales importantes. 

La crise actuelle avec la Russie et l’Ukraine – dont l’enjeu est donc l’avenir de l’ordre postsoviétique en Europe – est en gestation depuis deux décennies. Ses racines sont profondes et concernent l’identité de la Russie : a-t-elle eu un Empire ou bien était-elle – et est-elle toujours – un Empire ? Autrement dit, est-ce que la Russie a une essence différente de l’Italie, l’Espagne, le Portugal ou le Japon, et peut-elle se concevoir et survivre autrement que comme une puissance mondiale de premier ordre, assise sur un socle terrestre gigantesque et entourée de « marches » ou zones tampons ? 

Inquiétudes russes, flux et reflux

La réponse la plus simple consiste à dire que les élites russes actuellement au pouvoir ainsi qu’une partie importante du peuple russe vivent leur « russité » de cette manière. Et si on prend du recul historique, on observe que la Russie (dirigée par Catherine, Alexandre, Lénine, Staline ou Khrouchtchev) n’est jamais vraiment rassurée dans ses frontières même quand ses « marches » sont bien tenues. Avec une Pologne divisée et subjuguée et une maitrise du Caucase du Sud, les Tsars lorgnaient les mers chaudes, la Perse et l’intégralité de la Mer noire y compris les détroits. Or, contrairement aux États-Unis ou la Chine – et l’Empire britannique avant eux – la Russie n’est pas une puissance commerciale, n’ayant que les matières premières – céréales et fourrures au XIXe siècle, hydrocarbures et minerais aux XXe et XXIe – et les baïonnettes pour imposer ses vues et étendre son influence. Par conséquent, la Russie considérée tel un empire n’a vraiment ni frontières ni « marches » naturelles. Son étendue est en constant flux et reflux au gré des rapports de force. En 1943-1948, l’Empire en position de force s’est servi là où il le pouvait – y compris en Pologne bien que certaines promesses avaient été échangées entre alliés. Quarante ans plus tard, ce sont les États-Unis qui profitaient de leur position pour revenir à la situation d’avant 1939, elle-même conséquence de la faiblesse de la Russie après 1917…

Au cours des années 1990, les États-Unis et leurs alliés ont adapté l’architecture de la sécurité euro-atlantique sans prendre en compte la Russie, ce qu’ils auraient fait si n’importe quel grand dirigeant russe s’était trouvé en face d’eux. Par ailleurs, puisque nous avons commencé avec la doctrine Monroe cette analyse, Khrouchtchev (au pouvoir de 1958 à 1964 ndlr) n’avait-il pas lui aussi tenté de profiter de la faiblesse d’un nouveau président américain (JFK ndlr) dont l’amateurisme s’est révélé quelques mois après son intronisation à la baie de Cochons ? La crise cubaine aurait pu aussi se terminer par un compromis laissant une présence soviétique stratégique dans les Caraïbes. 

Poutine change la donne

Depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, il essaie de remettre en cause ce système construit pendant l’absence d’un exécutif russe fort et la convalescence de l’Empire. 

Sa méthode pour inverser les conséquences de l’effondrement de l’Union soviétique consiste à diviser l’alliance transatlantique, et à renégocier les conséquences géopolitiques de la fin à la guerre froide. La question n’est donc pas ce que veut la Russie, mais ce qu’elle peut. Ainsi, il faut se demander si la Russie d’aujourd’hui est capable d’organiser ses « marches » (républiques baltiques, Pologne, Ukraine, Europe centrale, Balkans, Sud Caucase et Asie centrale) comme elle l’avait fait entre 1790 et 1990. La réponse est oui, mais pas partout. Si en Asie centrale les cinq anciennes républiques socialistes soviétiques – où le changement de culture politique est encore fragile – peuvent devenir des satellites de Moscou, on voit mal les Baltes, les Polonais ou les Ukrainiens revenir en arrière du point de vue de leur souveraineté et culture politique. 

Rappelons également que si les intérêts et les craintes de la Russie sont légitimes et le poids de son histoire particulière compréhensible, certains de ses voisins ont aussi des craintes tout aussi sinon plus compréhensibles. On peut même avancer que la dimension impériale immanente à la Russie ne peut que transformer ses voisins en obsédés de sécurité nationale et, vu leur taille, ils n’ont pas d’autre choix que de chercher de très puissants alliés… On imagine donc comment l’armée russe peut battre l’armée ukrainienne et prendre le contrôle militaire du pays, mais on a du mal à voir comment la Russie peut avaler puis digérer l’Ukraine européenne. Et c’est encore plus difficile à imaginer pour les pays déjà membres de l’union européenne.  

Que peut-on conclure ? D’abord que, dans la durée, la Russie s’affaiblit et que, même si depuis une quinzaine d’années Poutine arrive à mettre en place un impressionnant sursaut, quelques données de base – comme la démographie, l’économie ou la sociologie – ne sont pas prometteuses et ne jouent pas en sa faveur. Un compromis raisonnable et peu cher pour les puissances occidentales consisterait à s’engager à ce que l’Ukraine ne soit membre ni de l’OTAN ni de l’UE. Depuis 2014, c’est d’ailleurs une évidence. On ne peut pas exclure que dans dix ou vingt ans l’après-Poutine n’ouvre un nouveau reflux de la puissance russe. À ce moment-là les promesses d’aujourd’hui auront autant de valeur que celles données par Staline au gouvernement polonais en exil, ou par George H. W. Bush à Gorbatchev.

Emmanuel Todd, tout est pardonné!

Après nous avoir agacés pour des propos maladroits sur Charlie Hebdo ou les cathos, l’essayiste iconoclaste s’attaque au féminisme – lequel est désormais omniprésent dans la société et se fait… identitaire.


En pleine vague de néo-féminisme quelque peu hystérique, Emmanuel Todd tente d’insuffler un peu de raison en publiant aux éditions du Seuil une « esquisse de l’histoire des femmes » intitulée Où en sont-elles ?, à grand renfort de cartes et de tableaux statistiques.

Emmanuel Todd a le don de secouer les idées reçues et de proposer des pistes originales. Il nous a parfois exaspérés, notamment avec son Qui est Charlie, quand, revenant sur les manifestations du 11 janvier 2015, il avait voulu mettre sur le dos d’un catholicisme « zombie » – un concept toddien désignant des gens détachés du christianisme mais qui continueraient de le porter sans trop même s’en rendre compte – une réaction populaire saine et légitime, à la hauteur de l’émotion engendrée par la terrible série d’attentats.

Six années se sont écoulées et comme disait la Une de Charlie : « Tout est pardonné ».

Un trigger warning en introduction pour les lecteurs de Mona Chollet

Dans son dernier ouvrage, Todd prend le risque de se placer dans le camp conservateur, voire réactionnaire (au moins sur le plan conceptuel), en récusant les notions de genre et de patriarcat dans le sens entendu par les néo-féministes. Todd a gardé le don de présenter des notions pointues et complexes de manière presque toujours lisible, et de disséminer ici et là des idées provocatrices et paradoxales qui arracheront le sourire au lecteur récompensé d’avoir tenu le coup dans les dédales de la pensée toddienne. Attention tout de même, car avec ce sujet brulant, en plein sommet de la troisième vague féministe, l’auteur prend le risque d’agacer influenceuses, instagrameuses et autres professionnelles du hashtag agressif, qui ne se caractérisent pas par un très grand sens de l’humour. L’auteur donne parfois l’impression d’avancer avec prudence (« Nous vivons dans un monde saturé d’idéologie où les axiomes les plus évidents et raisonnables de la pensée ne sont plus admis alors que les postulats les plus délirants n’ont plus à être justifiés. Tel est le monde de l’hégémonie idéologique, qui peut faire du chercheur prudent un paria et de l’idéologue cinglé un représentant de l’Etat. A chaque pas, des portes ouvertes doivent être enfoncées, avec le sentiment étrange d’une prise de risque »), ponctuant son introduction d’une sorte de trigger warning  (« Je prie le lecteur d’accepter l’idée que s’il trouve dans ce livre une remarque ironique, une plaisanterie, bonne ou mauvaise, ou plus généralement quelque chose qui lui paraît une « prise de parti », ce sera seulement le parti de la recherche contre l’idéologie »).

A lire aussi: Comment le mot “féminicide” nous est imposé

L’ouvrage de 400 pages réclame une relative aisance avec les travaux de l’historien et anthropologue. Continuateur du sociologue Frédéric Le Play, Emmanuel Todd ne s’éloigne jamais beaucoup de son dada que sont les structures familiales. En fonction de leur nature (nucléaires, souches, communautaires), le fonctionnement des familles entretient un rapport à l’autorité plus ou moins souple, et lors des héritages, un sens de l’égalité plus ou moins net, qui se répercute ensuite sur les choix politiques à l’échelle de la nation. Par exemple, si la prédominance de la famille nucléaire, à la fois égalitaire et libérale, dans le bassin parisien, a favorisé la Révolution française, la famille souche allemande a plutôt favorisé des régimes inégalitaires et autoritaires, notamment dans les moments de crise. S’il n’est pas évident (pour l’avoir testé) de convaincre grand-monde lors de discussions de comptoir en avançant que les structures familiales ont pu influer sur les choix politiques très différents des Français et des Allemands au cours des années 30, ces instruments donnent à Emmanuel Todd quelques coups d’avance, comme la prévision dès 1976 de la chute de l’URSS (qui lui a valu, en 1990, un passage chez Bernard Pivot, face à Georges Marchais) et l’imminence du Brexit dès 2014.

Féminisme civique, sexuel et identitaire

Emmanuel Todd distingue trois moments dans l’histoire du féminisme : un premier temps civique (l’aspiration à l’égalité civique et la longue lutte pour l’accès au suffrage, couronné fort tard en France) ; un deuxième temps, sexuel, qui coïncide avec mai 68 et permet l’accès aux moyens de contraception et à l’IVG ; un troisième temps, « identitaire », dont les effets les plus visibles se produisent maintenant mais qui est en gestation (si l’on ose dire) depuis les années 1980 avec l’ouvrage (« impénétrable ») de Judith Butler, Gender Trouble, d’importation américaine même si la France a inspiré le mouvement avec la fameuse French Theory). On pourrait nuancer toutefois cette distinction entre un deuxième temps vertueux et un troisième temps délirant : il n’y a qu’à se souvenir du SCUM Manifesto de Valerie Solanas, en 1968, qui promettait d’émasculer les hommes et qui avait tenté d’assassiner Andy Warhol. Si elle avait réussi son coup, son idéologie nous ferait à peu près autant horreur que Charles Manson et ses sbires. Cette troisième vague, qui se manifeste dans l’espace public par des campagnes d’affichage dénonçant les féminicides, semble marquer le paroxysme d’un antagonisme entre hommes et femmes. Aux yeux d’Emmanuel Todd, le plus gros du travail a été fait, et l’on assiste actuellement en réalité davantage à une « accentuation d’un statut des femmes plutôt élevé plutôt qu’[au] renversement d’un « ordre patriarcal », dont le principal inconvénient épistémologique est de ne jamais avoir existé. Todd aurait pu citer Tocqueville, qui avait établi ce paradoxe : « Quand l’inégalité est la loi commune d’une société, les plus fortes inégalités ne frappent point l’œil, mais quand tout est à peu près de niveau, les moindres le blessent. C’est pour cela que le désir de l’égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l’égalité est plus grande ».

Marche « contre les féminicides, les violences sexistes et sexuelles « , à l’initiative du collectif NousToutes, Paris, 23 novembre 2019. © Elko Hirsch / Hans Lucas / AFP.

Il est vrai que nous n’avons pas forcément attendu Emmanuel Todd pour ne pas être très convaincus par les notions de patriarcat et de genre. Il a au moins le mérite de remettre un peu les pendules à l’heure sur le plan conceptuel. Le mot « patriarcat » a fait une entrée fracassante dernièrement dans le vocabulaire, sans que l’on s’inquiète de son sens premier. Le mot apparaît déjà chez Le Play pour désigner un type spécifique de famille, notamment russe, mais il est devenu un joli fourre-tout pour désigner une prétendue domination masculine dans toutes les sociétés, parmi tous les systèmes familiaux, sans distinguer entre des espaces qui ont favorisé très tôt une émancipation des femmes (France, Etats-Unis) et d’autres espaces, par exemple arabo-musulman, qui ont surtout favorisé mariages arrangés entre cousins et cousines. L’invocation de ce patriarcat à tout bout de champ rappelle ces mauvaises copies d’élèves de secondes qui commencent par « de tous temps les hommes… ». Quant au genre, il est utilisé pour nier toutes différences biologiques entre hommes et femmes, et pour prendre la place du mot « sexe » ; Todd a du mal à ne pas voir l’effet d’un puritanisme protestant « zombie » bien content d’évacuer du vocabulaire un mot qui renvoie à l’appareil génital. Du christianisme zombie, Todd en voit un peu partout, y compris chez les transgenres, dont le goût pour l’automutilation génitale n’est pas sans rappeler certains des Pères de l’Eglise qui avaient pris au pied de la lettre la parole de Jésus : « Il y a des eunuques qui se sont faits eux-mêmes eunuques pour le royaume des cieux ».

Girl power

Dans ce néo-féminisme, Todd distingue une double tentation contradictoire : d’un côté, il veut croire « en l’existence d’essences intangibles de l’homme et de la femme passées en mode antagoniste » et en même temps, il est tenté de dépasser ledit antagonisme « par la possibilité de revendiquer un autre « genre » que le sien » et le refus de la binarité. Dans cette vague féministe, tout est « construction sociale », jusqu’à la ménopause, d’après une certaine Cécile Charlap, dont le livre La Fabrique de la ménopause a été publié aux éditions du CNRS en 2019. Toujours à l’affut de nouvelles pistes, Todd propose au lecteur de creuser le sujet « des problèmes de prostate comme construction sociale ». Il propose surtout de passer à la quatrième vague du féminisme : un féminisme qui traiterait les femmes en adultes sociales plutôt qu’en victimes.

A lire aussi: Les réflexions de Claude Habib sur la question trans

Todd lance dans son ouvrage quelques pistes intéressantes. Il constate d’abord que l’émancipation des femmes et leur arrivée à des postes importants n’est pas un processus qui se réalise sous nos yeux, mais une chose déjà bien entamée : dès 1968, le nombre de bachelières dépassait le nombre de bacheliers ; des corps de métiers entiers se sont largement féminisés, comme l’enseignement, les sciences humaines et sociales, le journalisme et la justice. Cette arrivée massive des femmes à des postes importants coïncide selon Todd avec l’émergence d’un « néo-libéralisme » et d’une inaptitude à la prise de décision politique tranchée, qu’il n’impute pas forcément aux seules femmes mais un peu quand même, quitte à remonter aux temps ancestraux pour distinguer des hommes chasseurs, plus ou moins collectivistes parce qu’obligés de partager la viande (qui serait rapidement perdue sinon) et des femmes cueilleuses à la fois altruistes à l’égard de leurs enfants et moins sensibles au collectif parce que jalouses d’abord de la survie du foyer. Est-on très loin du fameux « les femmes n’incarnent pas le pouvoir » cher à Eric Zemmour ? Il ne faudrait quand même pas minorer la capacité des femmes à prendre des décisions en politique : Margaret Thatcher savait dire « no no no » et ne s’était pas laisser impressionner par les généraux argentins, machos à grosses moustaches.

Todd n’hésite pas à faire de longs détours par les hommes (et les femmes) des cavernes pour étayer son propos, et même par nos cousins chimpanzés, qui ne partagent pas vraiment notre monogamie (même tempérée par l’adultère) et cherchent surtout à écraser « la concurrence masculine pour répandre [leur] sperme, engendrer le maximum d’enfants qu’il ne connaîtra ni n’élèvera ». Messieurs, au prochain reproche de votre femme ou de votre compagne, n’hésitez pas à rappeler à quel point elle aurait pu tomber sur pire.

N’enlevons pas trop la part d’humanité qu’il y a dans le singe tout de même ; Cioran disait : « Au zoo. Toutes ces bêtes ont une tenue décente, hormis les singes. On sent que l’homme n’est pas loin ».  

À l’aide de ses marottes habituelles (structures familiales, différences de conceptions métaphysiques en fonction des religions), Todd propose un éclairage original qui nous change un peu des sentiers battus actuels, heurtant le politiquement correct sans tomber dans le délire inverse. On se demande si l’on est plus dérouté lorsqu’il arrive à une conclusion qui conforte nos propres intuitions mais par un cheminement particulièrement capillotracté, ou lorsqu’il bouscule nos idées reçues à l’aide d’un raisonnement emballant.

Où en sont-elles ?: Une esquisse de l'histoire des femmes

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Face à l’islamo-gauchisme et à l’islamo-droitisme, la Reconquête!

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Une tribune libre de Jean Messiha, porte-parole d’Eric Zemmour


Sous les lazzis, les quolibets et les accusations les plus infamantes, le courant national a théorisé il y a quelques années la notion d’islamo-gauchisme, aujourd’hui largement partagée par une grande partie des faiseurs d’opinion. Et pour cause. La gauche a abandonné depuis plusieurs années le peuple français, et en particulier ses classes populaires, enfourchant les combats d’un électorat de substitution, largement musulman, pour lequel elle prend fait et cause. Et le moins que l’on puisse dire c’est ce que cela se voit. Nous connaissions par exemple, depuis 2020, les affaires de Trappes, l’insolente passivité de son maire étiquetté Génération.S,Ali Rabeh, sur l’instauration progressive d’un mode de vie à l’islamique dans certains quartiers. Stéphane Kovacs, le 12 février 2021, consacrait une chronique dans Le Figaro, où il exposait le danger du comportement autoritaire du maire de Trappes face au professeur de philosophie Didier Lemaire menacé de mort dans son lycée pour avoir rapporté la défiance souvent violente de ses élèves face à un enseignement laïc et républicain. On pouvait notamment lire : « le maire, Ali Rabeh, est venu distribuer des tracts blâmant l’enseignant, jusque dans l’enceinte de l’établissement ». Que le rôle de Rabeh dans l’essor islamiste soit passif ou actif, la suite de l’enquête l’éclaircira.

Valérie Pécresse n’a de cesse d’éluder ces affaires, soit en refusant obstinément d’en parler, soit, le plus souvent, en accusant ceux qui les ont révélées de harcèlement

Mais la droite n’est pas en reste en matière de collaborationnisme islamique. Elle y a, elle aussi, avec le centre, la part belle. La même année en effet, en 2020, une étude approfondie conduite sur une longue période par Eve Szeftel, journaliste à l’Agence France Presse, nous révélait, dans un ouvrage détonnant et abasourdissant : Le Maire et les Barbares, des preuves tangibles de la collaboration aussi secrète qu’étroite entre le président du parti du centre UDI, Jean-Christophe Lagarde, et des associations et responsables religieux musulmans des villes de Bobigny et de Drancy, ses fiefs électoraux.

Cette enquête a levé le voile – si l’on ose dire – sur un phénomène existant de longue date : celui du clientélisme politique. L’élasticité docile de Lagarde avec l’islam politique fut l’objet d’une retentissante « Une » du Point : « communautarisme, pactes avec des voyous ou des islamistes : ces élus qui ont vendu leur âme »  (article paru le 13 févr. 2020 à partir d’informations de terrain collectées par Nadjet Cherigui, Hugo Domenach et Clément Pétreault).

L’hommage-anniversaire rendu à Ilan Halimi, enlevé en janvier 2006 par le gang des Barbares, a permis de relancer ces liens pour le moins troubles entre l’élu centriste et l’islam radical. Ces Barbares ont, en effet, été évoqués par l’enquête d’Eve Szeftel où elle dévoile leurs rapports avec la municipalité UDI de Bobigny, ville-préfecture de la Seine-Saint-Denis régie par Lagarde à l’époque des faits. Et bien évidemment, cette proximité a refait surface à l’occasion de l’annonce du ralliement du même Jean-Christophe Lagarde à Valérie Pécresse.

La main tendue par la candidate LR à la présidentielle au président de l’UDI fait scandale parce qu’elle percute frontalement une déclaration de novembre 2021, faite par Eric Ciotti, pilier de la campagne de Pécresse, qui exprimait le mépris immuable qu’il porte à Jean-Christophe Lagarde. « Rassurez-vous, affirmait-il comme s’il s’adressait à lui-même, pour ma part je n’accepterai jamais le soutien d’un personnage qui appelle au meurtre d’un responsable politique (Eric Zemmour) et qui est accusé de connivence avec les islamistes. Monsieur Lagarde ne représente en rien les centristes ». Mais la politique est, par excellence, le terrain de prédilection de la réal-politik. Avec les enjeux présidentiels qui commandent un rassemblement à tout prix pour certains, Eric Ciotti a soudain perdu son credo pourtant maintes fois répétés : « Lagarde, ce sera sans moi ». Sa dénonciation d’un personnage parjure en plus d’être grossier et violent, s’est évaporée dans l’illusion ouatée d’une victoire à l’élection présidentielle. Mais malgré l’incohérence et le reniement mensonger du candidat défait de la primaire LR, tout aurait pu s’arrêter là.

Et patatras ! On apprend il y a quelques jours que deux autres figures des Républicains, au cœur de la stratégie de campagne de Valérie Pécresse, Patrick Karam et Damien Abad, ont eux aussi des relations pour le moins ambiguës avec l’islamisme.

Ces révélations, au demeurant fort bien documentées et sourcées, proviennent du lanceur d’alertes Damien Rieu qui dénonce à juste titre le double discours de cette droite qui roule des mécaniques contre l’islam radical sur les plateaux et dans l’hémicycle mais qui, une fois revenue dans ses pénates électoraux, pactise avec lui. La multiplication des figures de droite duplices et complices fait ainsi apparaître, de ce côté de l’échiquier politique, les contours d’un islamo-droitisme évident.

Patrick Karam est membre du conseil régional d’Île-de-France et conseiller privilégié de Valérie Pécresse pour sa campagne présidentielle. Il est accusé de soutenir l’ancien recteur de la mosquée de Pantin, fermée temporairement pour séparatisme et tentation djihadiste. Rien que ça.

La mosquée radicale de Pantin, qui avait critiqué sur Facebook le professeur assassiné à Conflans Sainte Honorine © CHRISTOPHE SAIDI/SIPA Numéro de reportage : 00986850_000004

Et le très islamo-gauchiste Libé, dans un article paru le 3 février 2022, vient à la rescousse de l’islamo-droitiste Karam. Que dit Libé pour défendre l’élu LR ? Dans l’affaire de Pantin, rien de grave, paraît-il. « Quelques politesses sans grande portée adressées, en 2015, au secrétaire général de l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis, Mohammed Henniche » ! Il s’agit, en réalité, bien plus qu’un simple « échange de politesses ». Cette déclaration d’amitié est ni plus ni moins qu’un retour d’ascenseur. Julien Duffé, le 15 mars 2012, commettait un article dans le Parisien dans lequel il évoquait une « polémique sur les bus musulmans de l’UMP » : « Un bus affrété par l’UMP emportant à son bord uniquement des fidèles musulmans pour participer au meeting géant du candidat Sarkozy. La scène s’est répétée une quinzaine de fois […] en Seine-Saint-Denis, vingt-cinq fois en Ile-de-France. L’information, révélée mardi soir par le « Canard enchaîné », nous a été confirmée hier par le secrétaire général de l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis, Mohammed Hennich […] « En octobre, Patrick Karam (NDLR : en charge de la diversité pour le candidat Sarkozy) m’a demandé à être mis en contact avec des mosquées et des associations musulmanes ».

Circulez, y a rien à voir ? Pas vraiment. L’auteur de la rédaction de Libération ose dans le même papier : « on connaît mieux [Mohammed Henniche] depuis qu’il a provoqué, en 2020, la fermeture pour six mois de la mosquée de Pantin, dont il était le recteur. Il avait relayé la vidéo d’un parent d’élève mettant en cause Samuel Paty, propos qui allaient entraîner l’assassinat du professeur d’histoire […] » C’est cet homme sur lequel Patrick Karam ne tarit pas d’éloges lorsqu’il accompagne Valérie Pécresse au dîner de l’UAM 93, pour l’Iftar (repas de jeûne toléré le soir pendant la durée du Ramadan) du Blanc-Mesnil du 8 juillet 2015, dans le contexte des élections régionales. Le fameux « conseiller communautarisme » de la présidente de la Région Ile-de-France déclare, s’adressant à l’islamiste : « nous avons un long passé commun », et le félicite publiquement.

Mais bien entendu pour Libé, ce sujet est de second plan. Ce qui est peu étonnant : le déni de réalité est pour les islamo-collabos de quelque bord qu’ils soient, un facteur important de passivité ou de procrastination. Ce monde les avantage : pourquoi diable en dénonceraient-ils les failles ou même les méfaits ?

Le nom de Damien Abad apparaît également sur les radars de Damien Rieu pour illustrer la notion d’islamo-droitisme. Abad fut conseiller municipal, député européen, conseiller régional, président de conseil départemental et aujourd’hui président du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale. Un curriculum vitae pour le moins fourni politiquement. Rompu aux campagnes de terrain, Damien Abad se rend, en pleine campagne des législatives de 2017, dans une mosquée à Ambérieu-en-Bugey (visite attestée le 7 juin 2017), dirigée par des islamistes turcs et dont l’une des particularités était de promouvoir des pans de la pensée de Muhmmad Ibn Sâlih al’Uthaymîn, figure islamique qui prescrivait notamment la peine de mort pour les homosexuels et les musulmans « négligés » (attitude se rapprochant, selon l’intellectuel, d’une forme d’apostasie à châtier). Cette mosquée a pour autres « faits d’armes » la promotion d’un certain Zakir Naik qui n’est autre qu’un soutien de Ben Laden… (présence remarquée de sa photographie sur une publication datant du 22 novembre 2015,  neuf jours après les attentats du Bataclan et du Stade de France, sur la page Facebook de la Mosquée Assalam Amberieu-en-Bugey)

Simple maladresse politique de l’élu LR pris dans le tourbillon électoraliste ? Admettons. Mais alors pourquoi réitérer en 2021 son soutien à une mosquée idéologiquement avoisinante ? Les islamistes turcs « aux manettes » de cette mosquée se targuaient ouvertement de défendre la politique impérialiste du sultan Erdogan et refusaient de signer la Charte des principes pour l’Islam de France. Comme seule justification, le candidat devenu député Damien Abad déclarait ne pas vouloir « stigmatiser »  une association dont « beaucoup de ses membres sont investis dans la vie économique du territoire, et associés aux valeurs de la République ». On croit rêver. Une telle déclaration confirme en réalité ce que Damien Abad s’évertue à nier. Les membres de cette association ne respectent donc pas les valeurs de la République mais y « sont associés ». C’est vrai puisque c’est Abad qui le dit. En outre, l’argument économique évoqué prouve également les arrangements qui coexistent entre certains territoires enrichis par l’illégalité (et/ou le séparatisme provocateur) et les fruits électoraux qu’en tirent des élus locaux attachés à leur seule survie politique.

Un orgueil qui participe indéniablement d’une intention de fermer les yeux sur les actions de groupes ennemis de la France et des Français pour peu que cela ait des retombées électorales. Exemple d’une déclaration timorée de Damien Abad sur l’affaire Mila, expliquant, le 5 février 2020 sur LCI face à Elisabeth Martichoux, qu’à la défense de cette jeune femme menacée de mort, il préfère apposer « une barrière » à la liberté d’expression quand il l’estime « détournée pour créer de la haine anti-religieuse ». Cette déclaration, alambiquée s’il en est, rappelle étrangement les manies rhétoriques d’Emmanuel Macron ou de Valérie Pécresse. Elle montre, au moins sur cette question cardinale de l’islam en France, une porosité sinon une identité de vues entre la hiérarchie LR et celle de LREM. 

L’absolue nécessité de se disculper face à ces accusations accablantes a conduit Patrick Karam à devenir un stakhanoviste médiatique (jusqu’à minuit et demi sur LCI, dans la fin de soirée de mercredi 2 février au jeudi 3 février 2022). Sa stratégie de défense ? Esquiver l’inconfort de sa situation actuelle en tapant sur Eric Zemmour. Une vaste blague tant Eric Zemmour est le candidat le plus inflexible en matière de lutte contre l’islamisme. Avec Zemmour, il n’y aura pas de reniement des convictions, ni à des fins électoralistes ni à d’autres fins. Il fera ce qu’il dit et il pourra compter sur tous ceux qui l’ont rejoint en préférant leur pays à leur parti.

Et que répond Eric Ciotti à ces accusations ? « Il y a autour de Zemmour des gens dangereux », fulmine-t-il. Placide, Damien Rieu lui répond par ces mots d’une logique élémentaire : « Quand on considère que l’information est un danger, c’est qu’on n’a pas la conscience tranquille ».

Comment les Français peuvent-ils donc accorder leur confiance à ceux qui en matière de lutte contre la lèpre islamiste les ont si souvent trahis et continuent à le faire ?

La complaisance du pouvoir, sinon sa complicité depuis des décennies, atteindrait les mêmes sommets avec Pécresse que sous le quinquennat Macron. L’Obs titrait cette semaine : « Souvent Valérie varie » (27 janvier 2022). Y a qu’un malheur : l’électorat LR demeure, lui, attaché aux valeurs régaliennes, à l’identité nationale, à la probité, à l’autorité et à la sécurité. L’incroyable est que Valérie Pécresse n’a de cesse d’éluder ces affaires, soit en refusant obstinément d’en parler, soit, le plus souvent, en accusant ceux qui les ont révélées de harcèlement. Elle laisse les LR organiser des conférences de presse contreproductives où ses lieutenants non seulement refusent tout mea culpa ne serait-ce que concessif, mais surtout fuient le moindre début d’explication. Dès lors, comment ne pas rire de la déclaration de Valérie Pécresse qui promet de sortir le Karcher de la cave, alors qu’elle n’est pas capable de le sortir de son placard pour débarrasser son propre parti des miasmes islamoïdes ?

L’islamo-gauchisme a largement contribué à tuer la gauche, réduite aujourd’hui à une poignée de confettis électoraux. De la même manière, l’islamo-droitisme est en train de consumer la droite traditionnelle à petits feux.

Depuis des années, Eric Zemmour n’a eu de cesse d’alerter sur l’islamo-gauchisme qui participe à la mort programmée de la France. Depuis des années, il dénonce le clientélisme complice de nombre d’élus de droite avec l’islamisme. Pour cela, il est sous protection policière. C’est ainsi Chamfort qui avait raison quand il écrivait qu’« en France, on laisse en repos ceux qui mettent le feu, et on persécute ceux qui sonnent le tocsin ». Gageons que les Français ouvrent les yeux sur l’ampleur de ces trahisons et choisissent le seul candidat qui agira enfin pour les sauver. Car, n’en déplaise à tous ses détracteurs, non, la France n’a pas dit son dernier mot.

Le maire et les barbares

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La France n'a pas dit son dernier mot

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Houellebecq, à côté de la vie

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Anéantir, dit-il. Il est peu de romans, je crois, qui portent des titres à l’infinitif, ce degré zéro du verbe, ce mode de l’impersonnel qui convient si bien à l’univers neutre de Michel Houellebecq. 


“Anéantir” évoque le premier fil du livre, les attentats nihilistes (une épigraphe évoque Netchayev et son catéchisme révolutionnaire), le cyber-terrorisme, puis les attentats avec des victimes réelles. Michel Houellebecq ouvre une voie romanesque à la Umberto Eco, avec cryptogrammes, espionnage, sociétés secrètes et complots. Le lecteur s’attend à un roman à code et à clés, à déchiffrer par une savante herméneutique. Occultisme, ésotérisme, voilà qui est captivant, il y a même des illustrations originales, un peu naïves, qui évoquent satanisme, hérésie et gnose noire. 

Les lecteurs frustrés

Pourquoi, dès lors, dévier, pourquoi Michel Houellebecq abandonne-t-il ce fil rouge exaltant, pourquoi le roman digresse-t-il du terrorisme international à l’intime familial ? Le lecteur, admettons-le, ne peut qu’être frustré par cette digression de cinq cents pages, et par le dévoiement du roman d’anticipation, d’espionnage et d’horreur (avec des clins d’œil à Lovecraft) qui s’ouvre sur la décapitation virtuelle d’un ministre, vers le roman familial. 

A lire aussi: Il raconte quoi, le nouveau Houellebecq?

On peut cependant proposer une interprétation. Le monde de Michel Houellebecq, le nôtre, ne peut plus être déchiffré, il est en deçà ou au-delà de toute herméneutique, de tout décodage. Désenchanté – la langue originale de Max Weber dit “dé-magiqué”–, notre monde ne recèle plus de secret, plus de sacré. Exotérique, profane, et transparent, notre monde n’a plus de sens caché. Nous avons perdu le sens de l’allégorie. Finalement, même les sociétés secrètes sont absurdes, elles n’ont rien à dire ni du Siècle ni du Royaume à venir. Le personnage de Paul Raison est à ce titre parfaitement houellebecquien : personnage conceptuel, incarnation de l’homme moyen, ni médiocre, ni nul, mais moyen, haut fonctionnaire vivant dans l’ombre des Princes, en deuil de l’Eros et de la passion. L’homme d’aujourd’hui, la raison faite homme. 

Un roman mort-né ?

Paul est un homme qui sera passé à côté de la vie, c’est-à-dire de l’amour et de l’exaltation des sens. Un homme anesthésié et anesthétique. Marié à Prudence, son mariage s’est progressivement délité. Le couple vit comme deux colocataires. Au fond, ils ne vivent ni l’un avec l’autre, ni l’un pour l’autre, mais l’un à côté l’un de l’autre. Mais alors ne pourrait-on pas suggérer que cette vie de côté, ou plutôt ce passage à côté de la vie, s’applique au roman lui-même ? Un roman qui passe pour ainsi dire à côté de lui-même : non pas un échec, mais un non-succès. Une potentialité, une virtualité de roman, de même que Paul n’aura eu d’existence que potentielle, potentialité de vie qu’illustre la position fœtale, position préférée de Paul dans le sommeil et dans le coït. Sur le côté, oui, comme si Paul incarnait cette aspiration à revenir au ventre maternel, ce désir, très cioranien, de ne pas être né. Bataille ou Freud diraient : revenir à l’indifférencié. 

Serions-nous alors en présence d’un roman mort-né ? 

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Pourtant, tout ne se termine pas là, sur cette virtualité, sur cet embryon littéraire de 730 pages. Michel Houellebecq, en mettant en scène ce personnage qui passe à côté de sa propre vie, offre une fin lyrique et consolatrice. Finalement, il nous montre une naissance. Alors que sa chair pourrit, alors que dévoré par son cancer il pue comme Lazare, Paul connaît la rédemption de sa vie manquée, de sa vie de côté. Car à mesure qu’il se meurt l’amour charnel, voire mystique, renaît. La “profondeur des sexes”, pour parler comme Fabrice Hadjadj, le mystère catholique, à la fois hyper-physique et métaphysique de la chair, est donné dans les dernières pages du livre. Consolation par fellation ? Sans doute, mais le style cru de Michel Houellebecq n’est jamais cruel. Au contraire, le sexe se fait ici soin, et le don d’elle-même de la peu prude Prudence rachète la non-vie de Paul. 

© Thomas COEX / AFP

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Après une version profane et plate de la mort d’Ivan Illitch (Pourquoi mourir ? Il n’y aura plus rien après, je ne sentirai plus), Michel Houellebecq écrit donc la rédemption par l’union charnelle. C’est ainsi que la pulsion de vie triomphe de la charogne, que ça bande jusqu’à la mort, et que la tumescence du sexe défie le tumulus où le corps pourrira. Au-delà du sexe, Paul jouit enfin de la chair du monde, de la beauté des paysages, d’une lumière dorée sur les collines du Beaujolais, d’une conversation muette avec son père agonisant. La langue de la raison n’a pas le dernier mot, d’ailleurs, la langue organique de Paul est elle-même atteinte par la tumeur et le lecteur s’attend à ce qu’elle finisse par tomber. Plus besoin alors de la parole, le livre peut se clore sur l’entretien silencieux des hommes et sur le chant du monde. 

Les vieux, tu les joues à la hausse?

Le récent scandale des EHPAD prouve les limites d’une société de marché où tout est marchandise.


Le récent scandale qui a touché les EHPAD a forcément quelque chose de bouleversant. Sur le plan humain, bien sûr, où l’idée de voir des personnes âgées et dépendantes, servir de variable d’ajustement pour augmenter les dividendes des actionnaires ne peut que provoquer la colère, mais aussi sur la vision de notre monde par quelques économistes coupés des réalités.

Or gris: l’affaire dans l’affaire

Tous les ingrédients du caractère intrinsèquement pervers et inhumain d’une société de marché sont réunis dans cette histoire, jusqu’à cet ancien dirigeant d’Orpéa qui a vendu ses actions,  590 000 euros tout de même, juste avant que l’affaire n’explose. J’ai entendu beaucoup d’indignations médiatiques de la part des commentateurs. S’indigner, c’est bien. Demander des inspections, c’est bien. Donner des moyens pour ces inspections, ce serait encore mieux. Mais surtout, surtout, s’interroger si les maisons de retraites peuvent être un moyen légitime de faire de l’argent, ce serait parfait. 
Et là, bien peu de propositions.

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Depuis longtemps, trop longtemps, les responsables politiques en France n’ont juré que par la privatisation, y compris d’ailleurs à l’époque de Jospin et son célèbre « L’état ne peut pas tout » ou Hollande qui déclarait au début de sa présidence, au Guardian, «  La gauche a gouverné pendant 15 ans, pendant lesquels elle a libéralisé l’économie et ouvert les marchés à la finance et à la privatisation. Il n’y a pas de crainte à avoir. »  Non, pas de crainte, vraiment, se sont sans doute dit le fils ou la fille venant voir leur mère dont la toilette n’a pas été faite depuis des jours et devant un plateau repas composé de nourriture  au rabais.

Religion néolibérale

L’Allemagne, les pays scandinaves, dont on ne peut pas dire qu’ils soient particulièrement bolchéviques, n’ont jamais ne serait-ce qu’imaginé que les structures s’occupant du grand âge soient autre chose qu’un service public. C’est que dans ce domaine comme dans d’autres, la France dont la psyché est colonisée par des penseurs libéraux, s’est mise à croire que le privé est forcément plus efficace, ce qui est faux. On peut s’en rendre compte chaque jour, par exemple avec les entreprises privées qui se sont emparées du marché de l’eau dans de trop nombreuses municipalités, pour ne pas parler des transports en commun. 

Pourtant, au nom de l’Union Européenne vue comme zone de libre échange, ils ne sont pas nombreux les candidats à la présidentielle à ne pas avoir cette religion du privé, surtout les plus sécuritaires, à droite et à l’extrême-droite, qui veulent des places de prison, toujours plus de place de prison, en se disant que finalement, pourquoi ne pas confier ça aussi au privé ? Les États-Unis, ce modèle en la matière, le pratique avec bonheur. Et pourtant, paradoxe, ils n’ont à la bouche que le régalien, c’est-à-dire l’État. Mais dans leur vision du monde, le régalien, cela concerne uniquement la police, et pas la police de proximité, mais celle qu’on force à faire la guerre aux pauvres. 

Il serait temps, pour retrouver les jours heureux, comme dirait Fabien Roussel, de récupérer le régalien, de réinvestir le sens de ce mot pour dire qu’il ne se résume pas à assurer la tranquillité publique, mais aussi à protéger les plus faibles, à tous les âges de la vie et ne pas les laisser dans les mains d’affairistes sans scrupules.

Les derniers jours des fauves

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Du plomb dans l’aile

Les avions de la Lufthansa volent sans passagers. La raison? Les règles européennes…


La compagnie aérienne Lufthansa a annoncé que, cet hiver, elle sera contrainte de faire voler plus de 18 000 avions à vide et sans passagers. La raison ? Les règles européennes qui obligent les compagnies à effectuer 50 % de leurs vols afin de conserver leurs créneaux aéroportuaires. L’objectif de l’UE est d’empêcher les compagnies de réserver des créneaux – surtout les plus prisés en début et en fin de journée – non pas pour les utiliser elles-mêmes, mais pour empêcher leurs concurrents de le faire. Avant la pandémie, la règle imposait d’utiliser 80 % des créneaux, mais ce chiffre a été baissé à 50 % pour pallier les difficultés de la reprise post-pandémique. C’est ainsi que Lufthansa se trouve obligée d’assurer la desserte de ses destinations, quand bien même personne ne les fréquenterait.

Le PDG de la compagnie, Carten Spohr, est bien conscient de l’absurdité, qualifiant ces derniers de « vols inutiles » dans une interview à la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Michael O’Leary, le PDG de la compagnie irlandaise low cost Ryanair a riposté, railleur, prétendant que la solution était simple : Lufthansa devrait vendre les sièges de ces vols à bas prix et récompenser les consommateurs européens qui ont financé les 12 milliards d’euros d’aides d’État que la compagnie et ses filiales ont reçus.

En plus de ce non-sens économique, il y a une contradiction flagrante avec la politique écologique de l’Union européenne, dont le projet « Fit for 55 » vise une réduction des émissions de CO2 de 55 % d’ici à 2030. En résumé, les règles européennes plombent le secteur aérien, coûtent cher aux contribuables et sabotent le programme environnemental de l’Europe.

Le 10 avril, les Français invités à ne pas voter avec leurs pieds

Le journaliste politique Jean-Michel Apathie estime sur LCI que Zemmour et ses soutiens, « c’est vraiment Français de chez les Français qui puent un peu les pieds ». De son côté, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin pense que l’élection présidentielle ne sert apparemment à rien, en affirmant sur France info que « pas un Français ne pense qu’Emmanuel Macron n’a pas été un bon président de la République »…


Mépriser le mépris est un devoir démocratique. On est prêt à tout entendre tant, aujourd’hui, la mesure et la décence sont sans cesse dépassées mais tout de même !

Des Français qui puent un peu des pieds…

Quand Jean-Michel Aphatie qualifie Eric Zemmour, les gens autour de lui et ceux qui lui trouvent des qualités comme « c’est vraiment Français de chez les Français qui puent un peu les pieds, on reste entre nous » (voir ci-dessous), on est effaré. Ainsi voilà un homme, une personnalité médiatique qui donne des leçons de morale et de République, qui fait volontiers référence aux années 30 et à leurs dérives honteuses et qui n’hésite pas à traiter ainsi des citoyens dont le seul tort est de ne pas penser, de ne pas haïr comme lui !

Le plus grave est que ce genre de propos est écouté comme s’il relevait encore d’un débat politique et médiatique acceptable alors qu’à mon sens il devrait immédiatement disqualifier qui le profère. J’espère que cette indulgence, cette indifférence ne tiennent pas seulement au fait que la cible est Eric Zemmour même si j’imagine le tollé si les soutiens de Jean-Luc Mélenchon ou de Fabien Roussel étaient qualifiés de la sorte. Eric Zemmour est un ami dont le talent est indéniable mais pour des raisons que je n’ai pas à expliciter en détail ici, je ne voterai pas pour lui et je maintiens qu’il ne sera pas au second tour. Mais je n’ai pas besoin d’une adhésion politique à ce qu’il soutient, développe et propose pour juger scandaleuse l’attaque de Jean-Michel Aphatie à l’égard des Français qui à tort ou à raison sont favorables à sa cause. Voltaire au très petit pied, je considère que j’ai une obligation de citoyen: m’indigner face à un tel mépris. Aussi modeste qu’elle apparaisse dans la multitude des outrances auxquelles tristement on finit par s’habituer, c’est une salissure de plus, encore une pierre jetée dans le jardin d’un monde qui n’a plus d’honneur ni d’allure. Qui ne sait plus dénoncer et contredire sans dévoyer, sans se dévoyer.

A lire aussi: France Inter donne asile aux humoristes belges

Gérald Darmanin à peine plus subtil

Je partage rarement les convictions de Jean-Michel Aphatie mais faudrait-il que je consente à être étiqueté, à cause de cette sympathie très intermittente, comme « un Français de chez les Français qui puent par exemple de la gueule » ? Dans le registre de la vulgarité, aucune raison de se limiter !

Gérald Darmanin, c’est bien sûr plus fin, plus subtil, apparemment moins choquant. Et pourtant ! Le mépris est plus sophistiqué mais il est indéniable. Au fond il ne vise à rien de moins qu’à faire l’impasse sur la démocratie. Quand ce ministre affirme le plus sérieusement du monde que « pas un Français ne pense qu’Emmanuel Macron n’a pas été un bon président de la République », cette manière anticipée de confisquer la liberté et l’imprévisibilité du vote de tous les citoyens est assez hallucinante. Arrogance ou flagornerie ? Par certains côtés cela me rappelle Nicolas Sarkozy laissant entendre qu’Edouard Balladur pouvait être élu au premier tour contre Jacques Chirac ! On a vu la suite…

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À bien analyser cet incroyable propos de Gérald Darmanin et en créditant ce dernier de sincérité, il signifie que l’élection du mois d’avril sera inutile, superfétatoire puisque, paraît-il pour tous, Emmanuel Macron serait « un bon président ». On pourrait, plutôt que perdre son temps dans cette bagatelle de deux votes classiques, procéder par applaudissement et plébisciter ce président dont le quinquennat démontre, pour Gérald Darmanin, qu’il a été tant aimé, tant apprécié ! Cette absurdité – je crains qu’elle n’ait été pourtant pesée et réfléchie – révèle une étrange conception de la démocratie.

Macron refuserait de débattre avant le premier tour

Hier, comme le cercle de la raison était la propriété exclusive du président, ses affidés n’étaient pas loin d’en tirer la conclusion que tout était réglé avant l’heure et que les Français n’auraient qu’à valider cette évidence. Aujourd’hui, puisque Gérald Darmanin connaît mieux le sentiment des citoyens que les citoyens eux-mêmes, le vote démocratique serait une perte de temps regrettable. N’y a-t-il pas d’ailleurs dans le refus implicite du président de participer à un débat avant le premier tour l’idée qu’il n’aura rien à défendre et à justifier puisque son mandat aura été exemplaire ?

À lire aussi: Mineurs isolés: «Cette condamnation est une monstruosité juridique»

Je ne sais comment la société recevra cette pétition de principe de Gérald Darmanin. En tout cas, le risque existe pour Emmanuel Macron et tous ceux qui préparent et organisent sa campagne – le roi décidera de la date et de l’heure de son annonce officielle – qu’on ait envie de leur donner tort tout simplement parce que le président est si sûr d’être réélu. Rien que pour exister, le peuple pourrait être tenté de se rebiffer. Oui, il faut mépriser le mépris.

Libres propos d'un inclassable

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Gustav Mahler est mort!

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Dans son nouveau livre, l’écrivain autrichien Robert Seethaler évoque le dernier voyage en paquebot de Gustav Mahler. Une rencontre est organisée ce soir, à Paris.


Les mélomanes et germanophiles sont attendus en cette soirée de lundi au Goethe-Institut, à Paris, pour une rencontre avec… Gustav Mahler. Plus exactement avec son fantôme, sous les auspices de Robert Seethaler, auteur autrichien d’un certain renom (Le tabac Triesnek, Une vie entière, Le Champ) dont le dernier ouvrage en traduction française paraît, tout comme les précédents, aux éditions Sabine Wespieser.

Les derniers jours de Gustav Mahler

Ce 7 février, pour présenter Le dernier mouvement à ses lecteurs parisiens, l’écrivain de 56 ans natif de Vienne mais berlinois d’adoption est accompagné par sa traductrice Elisabeth Landes et par le chroniqueur littéraire Pierre Deshusses.

Gustav Mahler (1860-1911), au physique, n’était pas la robustesse même. C’est durant sa dernière visite aux États-Unis, où il dirigeait l’orchestre philarmonique de New-York, qu’il a contracté cette infection fatale, pour succomber, de retour à Vienne, à quelque temps de là, d’une endocardite. Il était âgé de 50 ans à peine. Alma, sa femme, dominatrice et passablement lubrique, le trompait déjà avec l’architecte Walter Gropius. Elle lui survivra jusqu’en 1964, amante du peintre Oskar Kokoschka, puis épouse du romancier Franz Werfel. La plume de Seethaler ne nous la peint pas sous un jour radieux : « L’hiver, Alma prenait un bain tous les jours. Les émoluments de l’Opéra partaient en eau chaude ». Incidemment, il la traite de « garce »…

A lire aussi, du même auteur: Qui a peur de la musique française?

Pour retracer les derniers jours du compositeur, Le Dernier mouvement ne dresse pas, comme on aurait pu s’y attendre, le tableau de bord de son état clinique. Sans emphase, le récit sinue, autour du monologue intérieur du moribond, dans les méandres et les strates d’un passé que l’ultime traversée à bord de l’Amerika, ce paquebot sur le pont duquel il médite et travaille encore, fait ressurgir par bribes : « le chef Gustav Mahler à la réputation mondiale était-il encore la même personne que le jeune directeur récemment nommé à l’Opéra de Vienne qui s’asseyait, jadis, dans ce fauteuil à bascule, sous ce lustre de cristal ? Ou que le petit juif de six ans, un chapeau plat à la main et une expression de tristesse infinie dans le regard, qu’on voyait sur la photo sauvée à l’instant, in extremis, du transfert au garde-meuble d’Alma ? ». Evocation sensible, donc, où l’on pleure l’enfant perdue, Maria, morte en bas âge ; où l’on croise Rodin dans un hôtel Biron alors très dégradé, ou encore Freud, visité pour de courtes heures en Hollande ; où l’on voit le maître diriger « à présent pratiquement sans bouger, à l’exception de sa main droite, qui traçait dans l’air des lignes ténues, et de ses yeux, dont on disait qu’ils étaient comme  charbons ardents pendant les concerts et semblaient lancer des éclairs aux applaudissements, quand les lumières de la rampe s’y réfléchissaient ».  Sous le regard respectueux du garçon de cabine, qui lui donne indéfectiblement du « Monsieur le directeur ». La vie de Gustav Mahler ? « Une course incessante contre la montre ».


Le dernier mouvement

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Rencontre avec Robert Seethaler lundi 7 février à 19h. En présence d’Elisabeth Landes et de Pierre Deshusses, modérateur. Goethe-institut Paris. 17, avenue d’Iéna 75116 Paris. Inscription recommandée.

France Inter donne asile aux humoristes belges

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Avec Laurence Bibot, la maman d’Angèle qui sévit depuis la rentrée chez Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek, ils commencent vraiment à nous casser les pieds.


Laurence Bibot est Belge et humoriste. On peut l’entendre sur France Inter, dans l’émission « Par Jupiter » animée par deux humoristes belges, Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek. Guillermo Guiz, un autre humoriste belge, a lui trouvé refuge dans l’émission de Nagui sur cette même radio qui semble être devenue une sorte d’asile pour humoristes belges. Ils ont beau être Belges, ces humoristes ont beaucoup de points communs avec les humoristes français de la radio publique : ils sont de gauche, ils sont progressistes, ils ont le cœur sur la main, ils sont payés avec nos impôts, et ils ne sont pas très drôles. Reconnaissons toutefois que Laurence Bibot parvient à être beaucoup plus drôle que Guillaume Meurice ; mais ça, ce n’est pas très difficile : tous les humoristes de France Inter sont beaucoup plus drôles que Guillaume Meurice, tous les humoristes de toutes les radios francophones sont beaucoup plus drôles que Guillaume Meurice, même ma tata Simone ou Jean Lassalle sont beaucoup plus drôles que Guillaume Meurice.

Que des Belges: et la diversité, alors?

Si on veut en croire Laurence Bibot, la scène humoristique française des années 90 était plus vide qu’un meeting d’Anne Hidalgo: « Quand j’étais plus jeune, il y avait en France cinq personnes qui faisaient de l’humour, tous des hommes blancs. Maintenant ça se diversifie et c’est super intéressant » [1]. C’est comme ça dorénavant : les « hommes blancs » d’hier, comme ceux d’aujourd’hui ou de demain, ont interêt à se faire tout petits, quoi qu’ils aient fait, quel qu’ait été le domaine dans lequel ils ont pu exceller, la conquête spatiale, la philosophie, la médecine, la peinture à l’huile, la musique atonale ou l’humour. C’est comme ça dorénavant (bis) : pour que quelque chose devienne « super intéressant » il faut que ce quelque chose « se diversifie » – si ce quelque chose est en plus « inclusif », on atteint alors les sommets de la félicité progressiste.

A lire aussi: France Inter: ras-le-bol de payer pour se faire insulter!

Le contribuable français paie, bon gré mal gré, une redevance audiovisuelle. Celle-ci sert entre autre à rémunérer une humoriste belge pour un court et calamiteux billet hebdomadaire, quatre minutes durant lesquelles elle ricane avec ses compatriotes en comparant par exemple la pâlichonne vie politique de son plat pays natal à… L’homme du Picardie [2], feuilleton français qui, dit-elle, était très français, très ringard et très plat. La preuve : « Il y avait du Christian Barbier »(sic), et « les personnages s’appelaient Thérèse, Yvette et Joseph, ça donne une idée du ton ». Eh oui, chère Laurence Bibot, nous étions en 1968 et les prénoms des Français ressemblaient encore à ceux-là – Thérèse Durtol était jouée par Yvette Étiévant, Joseph Durtol par Christian Barbier, Yvette Durtol par Léone Veron ; on savait ainsi immédiatement sur les eaux de quel pays naviguait le Picardie.

Dans sa dernière chronique (2 février), Laurence Bibot corrobore la thèse du « grand remplacement » : « Pour avoir pris le RER, je confirme que, dans tous les sens du terme, la femme française est colorée, et le chiffre de trois sur quatre ne me semble pas exagéré. » Mais, là où Richard Millet décrit le même RER en en déplorant le « principe évacuateur du peuple français » [3], Laurence Bibot, en bonne bourgeoise bohême progressiste ayant la possibilité d’échapper à la promiscuité multi-ethnique et multiculturaliste, ne cache pas sa satisfaction de voir Paris atteint du même mal que sa région-capitale de la Belgique bientôt entièrement molenbeekisée. Toutefois, la France a encore du retard, sur ce sujet comme sur tant d’autres : le gouvernement belge vient de désigner un ministre de la fonction publique… transgenre. « C’est une première en Europe – chez nous ça ne fait pas débat », claironne-t-elle devant ses compatriotes radiophoniques enjoués, fiers de leur pays qui en remontre à la France pour ce qui est des « avancées sociétales ».

Voici venu le temps des artistes belges arrogants

Les deux enfants de Laurence Bibot sont également « artistes » et sévissent aussi en France. Roméo Elvis Van Laeken (alias Roméo Elvis) est rappeur. Il aurait pu s’appeler Christian Joseph Roméo André Van Laeken mais ses parents ont préféré le prénommer Roméo Johnny Elvis Kiki, persuadés que c’était moins ridicule. Il parle et chante comme n’importe quel autre rappeur, ce qui nous le rend immédiatement antipathique. Angèle Van Laeken, dite Angèle, est chanteuse et féministe. Elle écrit des chansons contre le sexisme (Balance ton quoi), soutient le collectif NousToutes co-fondé par Caroline De Haas, assume d’être une icône LGBT après avoir révélé sa bisexualité et d’avoir brisé le « tabou de la pilosité féminine » en exhibant sur les réseaux sociaux ses aisselles poilues. On ne sait pas encore ce que cette artiste contestataire belge, fille d’une humoriste non-conformiste belge, a décidé de faire pour dénoncer ce que certaines féministes appellent « l’injonction à l’épilation du maillot ». On craint le pire.

A lire aussi: Paris vaut bien un mess

Annie Cordy, Raymond Devos ou Jacques Brel (pour ne nommer que quelques-uns des plus fameux artistes belges qui connurent un grand succès en France) n’avaient pas l’arrogance de ces humoristes et chanteuses belges qui nous font aujourd’hui la morale et délivrent des brevets de bonne conduite. Ils pratiquaient leur art imprégnés de cette instinctive considération sur eux-mêmes décrite par Simon Leys : « S’il est une chose dont le Belge est pénétré, c’est de son insignifiance. Cela, en revanche, lui donne une incomparable libertéun salubre irrespect, d’une tranquille impertinence, frisant l’inconscience » [4] – raison pour laquelle ils conquirent le cœur de nombreux Français qui n’eurent jamais honte de cette culture populaire et de ces Belges talentueux qui les amusèrent, les émurent, les firent rire ou pleurer, sans jamais chercher à les embrigader. Il fut un temps où « un Belge arrogant [était] une contradiction dans les termes » [4]. Ce temps-là est révolu. Au contraire de leurs illustres prédécesseurs, Laurence Bibot et ses arrogants collègues humoristes ont des ambitions prosélytes : ce sont des artistes engagés. Leurs blagues sont des messages. Leur impertinence est citoyenne et inclusive. Ils baignent dans cette époque moralisatrice comme des poissons dans l’eau du bassin wokiste, en ne nageant jamais à contre-courant. Ils sont devenus, comme leurs homologues français, des « mutins de Panurge » (Muray) se transformant à l’occasion en matons, irrespectueux surtout avec ceux qui renâclent à croire que « les avancées sociétales » et le multiculturalisme sont des progrès indispensables et indiscutables. Ils se moquent de nous, salement, sans vergogne ; et nous payons pour ça. Il faut les entendre ricaner ! Car, dans les studios de France Inter, on ne rit plus. Le rire des humoristes d’antan a été remplacé par le ricanement, ce minuscule orgasme buccal des cuistres, des mouchards et des prétentieux…


[1] Entretien donné au site Bruzz le 02 décembre 2021.

[2] L’homme du Picardie, feuilleton français diffusé en 1968 mêlant fiction et aspect documentaire. Il fut parmi les plus regardés des feuilletons de l’ORTF.

[3] Paris bas-ventre : le RER comme principe évacuateur du peuple français, Richard Millet, Éditions La Nouvelle librairie.

[4] Le studio de l’inutilité, Simon Leys, Flammarion.

P.S : Tout n’est pas fichu. Il existe encore des artistes capables de moquer cette époque et de nous faire franchement rire. Je conseille, en vrac, le DVD de la comédie d’Eric Judor intitulée Problemos, les DVD des spectacles de l’humoriste Slovéno-Suisse (l’a failli être Belge, mais non) Gaspard Proust, le dernier DVD de Blanche Gardin tiré de sa série télévisée La meilleure version de moi-même,ou lesdrôlissimes vidéos YouTube de l’humoriste suisse Claude-Inga Barbey. Enfin, dans un autre genre, je conseille le film Les émotifs anonymes (de Jean-Pierre Améris, avec Isabelle Carré), dans lequel le plus génialement foldingue des acteurs belges actuels, Benoît Poelvoorde, joue un de ses plus beaux rôles.

La prise d’Amboise par Abdelkader

Une sculpture rendant hommage à l’émir Abdelkader – et déjà vandalisée – trône désormais devant le château d’Amboise pour promouvoir la « tolérance » et la « réconciliation mémorielle » avec l’Algérie.


Les temps ont décidément bien changé. Nous vivons une époque étonnante où le statut et les statues de Churchill[1] et de Gaulle[2], jugés (entre autres) racistes, vacillent. Où la mairie de Rouen se demande si Napoléon et son cheval doivent rester à leur place, celle de la mairie[3]. Où l’ex-Premier ministre et maire de Nantes Jean-Marc Ayrault – qui a pourtant supporté de voir les rues et les avenues de sa ville honorer des négriers impliqués dans le commerce triangulaire réclame depuis des années que les lieux rendant hommage à Colbert soient épurés, Code noir oblige. Où une sculpture de l’émir Abdelkader (d’une valeur de 35 000 euros) financée par les pouvoirs publics vient d’être érigée en face du château d’Amboise, suivant ainsi les recommandations du rapport de Benjamin Stora sur la colonisation et la guerre d’Algérie…

À lire aussi, Loris Chavanette: La question algérienne: un procès à charge qui ne dit pas son nom

Une statue loin de faire l’unanimité

C’est au château d’Amboise que l’émir est retenu prisonnier pendant quatre ans, suite à sa reddition en 1847[4]. L’édicule à la gloire de celui qui incarne la résistance algérienne face à la colonisation ne semble toutefois pas faire l’unanimité puisqu’il a (déjà) été dégradé avec une meuleuse quelques heures avant son inauguration, ce samedi 5 février, provoquant les cris d’orfraie de Benjamin Stora ou de la ministre de la Culture Roselyne Bachelot[5]. Car « le meilleur ennemi de la France » comme on l’appelait naguère, est aujourd’hui l’emblème de la « réconciliation mémorielle » entre nos deux pays. Peu importe au passage qu’une seule des deux rives de la Méditerranée semble vraiment la souhaiter, cette « réconciliation mémorielle ». 

Figure mythifiée par la doxa, l’ancien chef de guerre est désormais un symbole de tolérance, un esprit chevaleresque promoteur d’un Islam des Lumières, un apôtre du dialogue entre les religions. Pour un peu, il taperait presque à la porte du Panthéon. Celui qui unifie les tribus contre l’oppresseur ne libère-t-il pas un jour des prisonniers français parce qu’il n’a plus rien pour les nourrir ? Lors de son exil à Damas, alors que des milliers de chrétiens sont massacrés (en 1860), ne fait-il pas la tournée des chefs druzes pour mettre un terme aux atrocités ? Sans doute moins par humanitarisme d’ailleurs, que parce qu’il redoute l’intervention des puissances européennes en terre ottomane. Napoléon III ne lui décerne-t-il pas la grand-croix de la Légion d’honneur ? Dans La Nouvelle République[6] du 30 janvier, l’écrivaine amboisienne Martine Le Coz fait du « père de la nation algérienne », qui lui a inspiré un roman (Le Jardin d’Orient), « une personne d’une grande largesse d’esprit et de cœur », un « homme exemplaire, d’une telle grandeur d’âme ». Et de conclure : « S’il y a une personne lumineuse à Amboise, c’est lui. » C’est mettre un peu vite sous le tapis persan certains aspects de la vie d’Abdelkader…

À lire ensuite, Jean-Paul Brighelli: Rapport Stora : la repentance à sens unique?

La fable de l’islam éclairé d’Abdelkader

Notre « homme exemplaire » extermine en 1838 la tribu des Kouloughlis, coupable de s’être ralliée aux Français. « Il l’a fait égorger tout entière sous nos yeux », témoignera par la suite Alexis de Tocqueville dans De la colonie en Algérie. Huit ans plus tard, le chef de guerre écrase les troupes coloniales lors de la bataille de Sidi-Brahim, mais quelques survivants résistent encore. En état de siège, sans vivres, ni eau, les Français sont contraints de boire leur propre urine ou celle de leurs chevaux et coupent leurs balles en morceaux pour tenir le plus longtemps possible. Abdelkader fait alors décapiter sous leurs yeux le capitaine Dutertre, qui refuse d’inciter ses hommes à rendre les armes. Quant au prétendu islam éclairé de notre « personne lumineuse », disons qu’il lui manque peut-être quelques bougies. Dans le territoire qu’il contrôle, au nord de l’Algérie [7], l’émir nomme des magistrats qui rendent une justice expéditive et souvent très rude basée sur les principes islamiques.

Marié à deux femmes, dont sa cousine Lalla, il proscrit à ses hommes les jeux de hasard, le vin, le tabac et toute forme de luxe, les incitant plutôt à acheter des armes et des chevaux pour le djihad[8]. « Il ne faut pas toucher aux idoles : la dorure en reste aux mains ». C’est du Flaubert.


De la colonie en Algérie

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Le jardins d'orient

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[1] En juin 2020, un jeune activiste d’Extinction Rebellion écrit « raciste » avec de la peinture jaune sur le socle de la statue de Winston Churchill à Westminster (Londres). En février 2021, les élèves et les enseignants d’un collège du Sussex en Angleterre débaptisent un des bâtiments de l’établissement qui porte le nom de l’homme qui a tenu tête à Hitler car « Churchill était un homme qui a promu le racisme et l’inégalité, et a injustement emprisonné et torturé de nombreuses personnes ».

[2] En octobre 2018 à Nice, le socle du général est vandalisé avec une inscription : « les Français sont des veaux ». En juin 2020, sa statue est recouverte de peinture jaune à Pavillon-Sous-Bois (93) et d’une peinture vive aux tons orangés à Hautmont (59) avec le mot « esclavagiste » tagué sur le piédestal. En août 2020, différentes inscriptions en créole sont peintes en noire et rouge sur le buste à son effigie installé au Robert en Martinique : « Nous ne sommes pas français », « Retirez-la » et « 1944 : massacre de Thiaroye », une référence aux tirailleurs sénégalais tués par l’armée française en 1944, dans un camp près de Dakar. Dans un tweet, la Ligue de défense noire africaine écrit, à l’occasion du 80e anniversaire de l’appel du 18 juin 1940 : « Si Charles De Gaulle était un grand criminel, il fut aussi un fugitif de la seconde guerre dite mondiale (…) Face à la débâcle française durant la guerre, De Gaulle prend la décision de fuir plutôt que défendre son territoire. »

[3] En septembre 2020, le maire socialiste de Rouen propose de remplacer la statue équestre de l’Empereur par une « figure féminine ». Consultée en décembre 2021, la population vote à 68 % pour que Napoléon et son cheval retrouvent leur socle initial.

[4] La promesse du général de Lamoricière de laisser Abdelkader s’exiler à Alexandrie ne sera pas honorée par la France, qui a entre-temps changé de régime.

[5] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/02/05/la-sculpture-d-abdelkader-heros-national-en-algerie-vandalisee-avant-son-inauguration-a-amboise_6112465_3212.html

[6] https://www.lanouvellerepublique.fr/amboise/amboise-gros-plan-sur-l-emir-abdelkader-une-personne-lumineuse

[7] Entre 1832 et 1847, Abdelkader a la mainmise sur une partie du nord de l’Algérie autour de Mascara, entre Oran et Alger.

[8] « Abd el-Kader, chef de guerre », Jacques Frémeaux dans la Revue historique des armées 2008.

L’Ukraine n’est plus la “Petite Russie”…

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Moscou, 7 février 2022 © EPN/Newscom/SIPA

La Russie a perdu l’Ukraine, mais Kiev n’est pas libre de choisir l’EU ou l’OTAN


« Nous devons cependant à la bonne foi et aux relations amicales qui existent entre les puissances alliées et les États-Unis, de déclarer que nous considérerions toute tentative de leur part pour étendre leur système à quelque partie de cet hémisphère, comme dangereuse pour notre tranquillité et notre sécurité. Quant aux colonies existantes ou dépendances des puissances européennes, nous ne sommes pas intervenus et n’interviendrons pas dans leurs affaires. Mais, quant aux gouvernements qui ont déclaré leur indépendance, qui l’ont maintenue, et dont nous avons reconnu l’indépendance, après sérieux examen, et sur des justes principes, nous ne pourrions voir l’intervention d’une puissance européenne quelconque dans le but de les opprimer ou de contrarier d’une manière quelconque leur destinée, que comme la manifestation d’une disposition inamicale à l’égard des États-Unis. » 

L’Amérique aux Américains

Ces phrases prononcées par le président des États-Unis James Monroe le 2 décembre 1823 devant le Congrès contient l’essentiel de ce qu’on appelle « la doctrine Monroe » : les Amériques – aussi bien du Nord que du Sud – sont une sphère d’influence de Washington. Ainsi, les gouvernements des pays du continent nouvellement indépendants (et ceux qui se sont affranchis des puissances européennes depuis) ne le sont pas à 100% : ils ne peuvent pas décider seuls de leurs alliances, sujet sur lequel le grand voisin du nord exige un droit de regard. 

Aujourd’hui, les paroles et les gestes de Moscou établissent une sorte de « doctrine Poutine » : les États-Unis sont priés de traiter la Russie comme ils avaient jadis traité l’Union soviétique, c’est-à-dire comme une puissance à craindre, jouissant de droits spéciaux dans son voisinage et d’une voix dans toutes les affaires internationales importantes. 

La crise actuelle avec la Russie et l’Ukraine – dont l’enjeu est donc l’avenir de l’ordre postsoviétique en Europe – est en gestation depuis deux décennies. Ses racines sont profondes et concernent l’identité de la Russie : a-t-elle eu un Empire ou bien était-elle – et est-elle toujours – un Empire ? Autrement dit, est-ce que la Russie a une essence différente de l’Italie, l’Espagne, le Portugal ou le Japon, et peut-elle se concevoir et survivre autrement que comme une puissance mondiale de premier ordre, assise sur un socle terrestre gigantesque et entourée de « marches » ou zones tampons ? 

Inquiétudes russes, flux et reflux

La réponse la plus simple consiste à dire que les élites russes actuellement au pouvoir ainsi qu’une partie importante du peuple russe vivent leur « russité » de cette manière. Et si on prend du recul historique, on observe que la Russie (dirigée par Catherine, Alexandre, Lénine, Staline ou Khrouchtchev) n’est jamais vraiment rassurée dans ses frontières même quand ses « marches » sont bien tenues. Avec une Pologne divisée et subjuguée et une maitrise du Caucase du Sud, les Tsars lorgnaient les mers chaudes, la Perse et l’intégralité de la Mer noire y compris les détroits. Or, contrairement aux États-Unis ou la Chine – et l’Empire britannique avant eux – la Russie n’est pas une puissance commerciale, n’ayant que les matières premières – céréales et fourrures au XIXe siècle, hydrocarbures et minerais aux XXe et XXIe – et les baïonnettes pour imposer ses vues et étendre son influence. Par conséquent, la Russie considérée tel un empire n’a vraiment ni frontières ni « marches » naturelles. Son étendue est en constant flux et reflux au gré des rapports de force. En 1943-1948, l’Empire en position de force s’est servi là où il le pouvait – y compris en Pologne bien que certaines promesses avaient été échangées entre alliés. Quarante ans plus tard, ce sont les États-Unis qui profitaient de leur position pour revenir à la situation d’avant 1939, elle-même conséquence de la faiblesse de la Russie après 1917…

Au cours des années 1990, les États-Unis et leurs alliés ont adapté l’architecture de la sécurité euro-atlantique sans prendre en compte la Russie, ce qu’ils auraient fait si n’importe quel grand dirigeant russe s’était trouvé en face d’eux. Par ailleurs, puisque nous avons commencé avec la doctrine Monroe cette analyse, Khrouchtchev (au pouvoir de 1958 à 1964 ndlr) n’avait-il pas lui aussi tenté de profiter de la faiblesse d’un nouveau président américain (JFK ndlr) dont l’amateurisme s’est révélé quelques mois après son intronisation à la baie de Cochons ? La crise cubaine aurait pu aussi se terminer par un compromis laissant une présence soviétique stratégique dans les Caraïbes. 

Poutine change la donne

Depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, il essaie de remettre en cause ce système construit pendant l’absence d’un exécutif russe fort et la convalescence de l’Empire. 

Sa méthode pour inverser les conséquences de l’effondrement de l’Union soviétique consiste à diviser l’alliance transatlantique, et à renégocier les conséquences géopolitiques de la fin à la guerre froide. La question n’est donc pas ce que veut la Russie, mais ce qu’elle peut. Ainsi, il faut se demander si la Russie d’aujourd’hui est capable d’organiser ses « marches » (républiques baltiques, Pologne, Ukraine, Europe centrale, Balkans, Sud Caucase et Asie centrale) comme elle l’avait fait entre 1790 et 1990. La réponse est oui, mais pas partout. Si en Asie centrale les cinq anciennes républiques socialistes soviétiques – où le changement de culture politique est encore fragile – peuvent devenir des satellites de Moscou, on voit mal les Baltes, les Polonais ou les Ukrainiens revenir en arrière du point de vue de leur souveraineté et culture politique. 

Rappelons également que si les intérêts et les craintes de la Russie sont légitimes et le poids de son histoire particulière compréhensible, certains de ses voisins ont aussi des craintes tout aussi sinon plus compréhensibles. On peut même avancer que la dimension impériale immanente à la Russie ne peut que transformer ses voisins en obsédés de sécurité nationale et, vu leur taille, ils n’ont pas d’autre choix que de chercher de très puissants alliés… On imagine donc comment l’armée russe peut battre l’armée ukrainienne et prendre le contrôle militaire du pays, mais on a du mal à voir comment la Russie peut avaler puis digérer l’Ukraine européenne. Et c’est encore plus difficile à imaginer pour les pays déjà membres de l’union européenne.  

Que peut-on conclure ? D’abord que, dans la durée, la Russie s’affaiblit et que, même si depuis une quinzaine d’années Poutine arrive à mettre en place un impressionnant sursaut, quelques données de base – comme la démographie, l’économie ou la sociologie – ne sont pas prometteuses et ne jouent pas en sa faveur. Un compromis raisonnable et peu cher pour les puissances occidentales consisterait à s’engager à ce que l’Ukraine ne soit membre ni de l’OTAN ni de l’UE. Depuis 2014, c’est d’ailleurs une évidence. On ne peut pas exclure que dans dix ou vingt ans l’après-Poutine n’ouvre un nouveau reflux de la puissance russe. À ce moment-là les promesses d’aujourd’hui auront autant de valeur que celles données par Staline au gouvernement polonais en exil, ou par George H. W. Bush à Gorbatchev.

Emmanuel Todd, tout est pardonné!

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Emmanuel Todd © BALTEL/SIPA

Après nous avoir agacés pour des propos maladroits sur Charlie Hebdo ou les cathos, l’essayiste iconoclaste s’attaque au féminisme – lequel est désormais omniprésent dans la société et se fait… identitaire.


En pleine vague de néo-féminisme quelque peu hystérique, Emmanuel Todd tente d’insuffler un peu de raison en publiant aux éditions du Seuil une « esquisse de l’histoire des femmes » intitulée Où en sont-elles ?, à grand renfort de cartes et de tableaux statistiques.

Emmanuel Todd a le don de secouer les idées reçues et de proposer des pistes originales. Il nous a parfois exaspérés, notamment avec son Qui est Charlie, quand, revenant sur les manifestations du 11 janvier 2015, il avait voulu mettre sur le dos d’un catholicisme « zombie » – un concept toddien désignant des gens détachés du christianisme mais qui continueraient de le porter sans trop même s’en rendre compte – une réaction populaire saine et légitime, à la hauteur de l’émotion engendrée par la terrible série d’attentats.

Six années se sont écoulées et comme disait la Une de Charlie : « Tout est pardonné ».

Un trigger warning en introduction pour les lecteurs de Mona Chollet

Dans son dernier ouvrage, Todd prend le risque de se placer dans le camp conservateur, voire réactionnaire (au moins sur le plan conceptuel), en récusant les notions de genre et de patriarcat dans le sens entendu par les néo-féministes. Todd a gardé le don de présenter des notions pointues et complexes de manière presque toujours lisible, et de disséminer ici et là des idées provocatrices et paradoxales qui arracheront le sourire au lecteur récompensé d’avoir tenu le coup dans les dédales de la pensée toddienne. Attention tout de même, car avec ce sujet brulant, en plein sommet de la troisième vague féministe, l’auteur prend le risque d’agacer influenceuses, instagrameuses et autres professionnelles du hashtag agressif, qui ne se caractérisent pas par un très grand sens de l’humour. L’auteur donne parfois l’impression d’avancer avec prudence (« Nous vivons dans un monde saturé d’idéologie où les axiomes les plus évidents et raisonnables de la pensée ne sont plus admis alors que les postulats les plus délirants n’ont plus à être justifiés. Tel est le monde de l’hégémonie idéologique, qui peut faire du chercheur prudent un paria et de l’idéologue cinglé un représentant de l’Etat. A chaque pas, des portes ouvertes doivent être enfoncées, avec le sentiment étrange d’une prise de risque »), ponctuant son introduction d’une sorte de trigger warning  (« Je prie le lecteur d’accepter l’idée que s’il trouve dans ce livre une remarque ironique, une plaisanterie, bonne ou mauvaise, ou plus généralement quelque chose qui lui paraît une « prise de parti », ce sera seulement le parti de la recherche contre l’idéologie »).

A lire aussi: Comment le mot “féminicide” nous est imposé

L’ouvrage de 400 pages réclame une relative aisance avec les travaux de l’historien et anthropologue. Continuateur du sociologue Frédéric Le Play, Emmanuel Todd ne s’éloigne jamais beaucoup de son dada que sont les structures familiales. En fonction de leur nature (nucléaires, souches, communautaires), le fonctionnement des familles entretient un rapport à l’autorité plus ou moins souple, et lors des héritages, un sens de l’égalité plus ou moins net, qui se répercute ensuite sur les choix politiques à l’échelle de la nation. Par exemple, si la prédominance de la famille nucléaire, à la fois égalitaire et libérale, dans le bassin parisien, a favorisé la Révolution française, la famille souche allemande a plutôt favorisé des régimes inégalitaires et autoritaires, notamment dans les moments de crise. S’il n’est pas évident (pour l’avoir testé) de convaincre grand-monde lors de discussions de comptoir en avançant que les structures familiales ont pu influer sur les choix politiques très différents des Français et des Allemands au cours des années 30, ces instruments donnent à Emmanuel Todd quelques coups d’avance, comme la prévision dès 1976 de la chute de l’URSS (qui lui a valu, en 1990, un passage chez Bernard Pivot, face à Georges Marchais) et l’imminence du Brexit dès 2014.

Féminisme civique, sexuel et identitaire

Emmanuel Todd distingue trois moments dans l’histoire du féminisme : un premier temps civique (l’aspiration à l’égalité civique et la longue lutte pour l’accès au suffrage, couronné fort tard en France) ; un deuxième temps, sexuel, qui coïncide avec mai 68 et permet l’accès aux moyens de contraception et à l’IVG ; un troisième temps, « identitaire », dont les effets les plus visibles se produisent maintenant mais qui est en gestation (si l’on ose dire) depuis les années 1980 avec l’ouvrage (« impénétrable ») de Judith Butler, Gender Trouble, d’importation américaine même si la France a inspiré le mouvement avec la fameuse French Theory). On pourrait nuancer toutefois cette distinction entre un deuxième temps vertueux et un troisième temps délirant : il n’y a qu’à se souvenir du SCUM Manifesto de Valerie Solanas, en 1968, qui promettait d’émasculer les hommes et qui avait tenté d’assassiner Andy Warhol. Si elle avait réussi son coup, son idéologie nous ferait à peu près autant horreur que Charles Manson et ses sbires. Cette troisième vague, qui se manifeste dans l’espace public par des campagnes d’affichage dénonçant les féminicides, semble marquer le paroxysme d’un antagonisme entre hommes et femmes. Aux yeux d’Emmanuel Todd, le plus gros du travail a été fait, et l’on assiste actuellement en réalité davantage à une « accentuation d’un statut des femmes plutôt élevé plutôt qu’[au] renversement d’un « ordre patriarcal », dont le principal inconvénient épistémologique est de ne jamais avoir existé. Todd aurait pu citer Tocqueville, qui avait établi ce paradoxe : « Quand l’inégalité est la loi commune d’une société, les plus fortes inégalités ne frappent point l’œil, mais quand tout est à peu près de niveau, les moindres le blessent. C’est pour cela que le désir de l’égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l’égalité est plus grande ».

Marche « contre les féminicides, les violences sexistes et sexuelles « , à l’initiative du collectif NousToutes, Paris, 23 novembre 2019. © Elko Hirsch / Hans Lucas / AFP.

Il est vrai que nous n’avons pas forcément attendu Emmanuel Todd pour ne pas être très convaincus par les notions de patriarcat et de genre. Il a au moins le mérite de remettre un peu les pendules à l’heure sur le plan conceptuel. Le mot « patriarcat » a fait une entrée fracassante dernièrement dans le vocabulaire, sans que l’on s’inquiète de son sens premier. Le mot apparaît déjà chez Le Play pour désigner un type spécifique de famille, notamment russe, mais il est devenu un joli fourre-tout pour désigner une prétendue domination masculine dans toutes les sociétés, parmi tous les systèmes familiaux, sans distinguer entre des espaces qui ont favorisé très tôt une émancipation des femmes (France, Etats-Unis) et d’autres espaces, par exemple arabo-musulman, qui ont surtout favorisé mariages arrangés entre cousins et cousines. L’invocation de ce patriarcat à tout bout de champ rappelle ces mauvaises copies d’élèves de secondes qui commencent par « de tous temps les hommes… ». Quant au genre, il est utilisé pour nier toutes différences biologiques entre hommes et femmes, et pour prendre la place du mot « sexe » ; Todd a du mal à ne pas voir l’effet d’un puritanisme protestant « zombie » bien content d’évacuer du vocabulaire un mot qui renvoie à l’appareil génital. Du christianisme zombie, Todd en voit un peu partout, y compris chez les transgenres, dont le goût pour l’automutilation génitale n’est pas sans rappeler certains des Pères de l’Eglise qui avaient pris au pied de la lettre la parole de Jésus : « Il y a des eunuques qui se sont faits eux-mêmes eunuques pour le royaume des cieux ».

Girl power

Dans ce néo-féminisme, Todd distingue une double tentation contradictoire : d’un côté, il veut croire « en l’existence d’essences intangibles de l’homme et de la femme passées en mode antagoniste » et en même temps, il est tenté de dépasser ledit antagonisme « par la possibilité de revendiquer un autre « genre » que le sien » et le refus de la binarité. Dans cette vague féministe, tout est « construction sociale », jusqu’à la ménopause, d’après une certaine Cécile Charlap, dont le livre La Fabrique de la ménopause a été publié aux éditions du CNRS en 2019. Toujours à l’affut de nouvelles pistes, Todd propose au lecteur de creuser le sujet « des problèmes de prostate comme construction sociale ». Il propose surtout de passer à la quatrième vague du féminisme : un féminisme qui traiterait les femmes en adultes sociales plutôt qu’en victimes.

A lire aussi: Les réflexions de Claude Habib sur la question trans

Todd lance dans son ouvrage quelques pistes intéressantes. Il constate d’abord que l’émancipation des femmes et leur arrivée à des postes importants n’est pas un processus qui se réalise sous nos yeux, mais une chose déjà bien entamée : dès 1968, le nombre de bachelières dépassait le nombre de bacheliers ; des corps de métiers entiers se sont largement féminisés, comme l’enseignement, les sciences humaines et sociales, le journalisme et la justice. Cette arrivée massive des femmes à des postes importants coïncide selon Todd avec l’émergence d’un « néo-libéralisme » et d’une inaptitude à la prise de décision politique tranchée, qu’il n’impute pas forcément aux seules femmes mais un peu quand même, quitte à remonter aux temps ancestraux pour distinguer des hommes chasseurs, plus ou moins collectivistes parce qu’obligés de partager la viande (qui serait rapidement perdue sinon) et des femmes cueilleuses à la fois altruistes à l’égard de leurs enfants et moins sensibles au collectif parce que jalouses d’abord de la survie du foyer. Est-on très loin du fameux « les femmes n’incarnent pas le pouvoir » cher à Eric Zemmour ? Il ne faudrait quand même pas minorer la capacité des femmes à prendre des décisions en politique : Margaret Thatcher savait dire « no no no » et ne s’était pas laisser impressionner par les généraux argentins, machos à grosses moustaches.

Todd n’hésite pas à faire de longs détours par les hommes (et les femmes) des cavernes pour étayer son propos, et même par nos cousins chimpanzés, qui ne partagent pas vraiment notre monogamie (même tempérée par l’adultère) et cherchent surtout à écraser « la concurrence masculine pour répandre [leur] sperme, engendrer le maximum d’enfants qu’il ne connaîtra ni n’élèvera ». Messieurs, au prochain reproche de votre femme ou de votre compagne, n’hésitez pas à rappeler à quel point elle aurait pu tomber sur pire.

N’enlevons pas trop la part d’humanité qu’il y a dans le singe tout de même ; Cioran disait : « Au zoo. Toutes ces bêtes ont une tenue décente, hormis les singes. On sent que l’homme n’est pas loin ».  

À l’aide de ses marottes habituelles (structures familiales, différences de conceptions métaphysiques en fonction des religions), Todd propose un éclairage original qui nous change un peu des sentiers battus actuels, heurtant le politiquement correct sans tomber dans le délire inverse. On se demande si l’on est plus dérouté lorsqu’il arrive à une conclusion qui conforte nos propres intuitions mais par un cheminement particulièrement capillotracté, ou lorsqu’il bouscule nos idées reçues à l’aide d’un raisonnement emballant.

Où en sont-elles ?: Une esquisse de l'histoire des femmes

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Face à l’islamo-gauchisme et à l’islamo-droitisme, la Reconquête!

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© Jacques Witt/SIPA

Une tribune libre de Jean Messiha, porte-parole d’Eric Zemmour


Sous les lazzis, les quolibets et les accusations les plus infamantes, le courant national a théorisé il y a quelques années la notion d’islamo-gauchisme, aujourd’hui largement partagée par une grande partie des faiseurs d’opinion. Et pour cause. La gauche a abandonné depuis plusieurs années le peuple français, et en particulier ses classes populaires, enfourchant les combats d’un électorat de substitution, largement musulman, pour lequel elle prend fait et cause. Et le moins que l’on puisse dire c’est ce que cela se voit. Nous connaissions par exemple, depuis 2020, les affaires de Trappes, l’insolente passivité de son maire étiquetté Génération.S,Ali Rabeh, sur l’instauration progressive d’un mode de vie à l’islamique dans certains quartiers. Stéphane Kovacs, le 12 février 2021, consacrait une chronique dans Le Figaro, où il exposait le danger du comportement autoritaire du maire de Trappes face au professeur de philosophie Didier Lemaire menacé de mort dans son lycée pour avoir rapporté la défiance souvent violente de ses élèves face à un enseignement laïc et républicain. On pouvait notamment lire : « le maire, Ali Rabeh, est venu distribuer des tracts blâmant l’enseignant, jusque dans l’enceinte de l’établissement ». Que le rôle de Rabeh dans l’essor islamiste soit passif ou actif, la suite de l’enquête l’éclaircira.

Valérie Pécresse n’a de cesse d’éluder ces affaires, soit en refusant obstinément d’en parler, soit, le plus souvent, en accusant ceux qui les ont révélées de harcèlement

Mais la droite n’est pas en reste en matière de collaborationnisme islamique. Elle y a, elle aussi, avec le centre, la part belle. La même année en effet, en 2020, une étude approfondie conduite sur une longue période par Eve Szeftel, journaliste à l’Agence France Presse, nous révélait, dans un ouvrage détonnant et abasourdissant : Le Maire et les Barbares, des preuves tangibles de la collaboration aussi secrète qu’étroite entre le président du parti du centre UDI, Jean-Christophe Lagarde, et des associations et responsables religieux musulmans des villes de Bobigny et de Drancy, ses fiefs électoraux.

Cette enquête a levé le voile – si l’on ose dire – sur un phénomène existant de longue date : celui du clientélisme politique. L’élasticité docile de Lagarde avec l’islam politique fut l’objet d’une retentissante « Une » du Point : « communautarisme, pactes avec des voyous ou des islamistes : ces élus qui ont vendu leur âme »  (article paru le 13 févr. 2020 à partir d’informations de terrain collectées par Nadjet Cherigui, Hugo Domenach et Clément Pétreault).

L’hommage-anniversaire rendu à Ilan Halimi, enlevé en janvier 2006 par le gang des Barbares, a permis de relancer ces liens pour le moins troubles entre l’élu centriste et l’islam radical. Ces Barbares ont, en effet, été évoqués par l’enquête d’Eve Szeftel où elle dévoile leurs rapports avec la municipalité UDI de Bobigny, ville-préfecture de la Seine-Saint-Denis régie par Lagarde à l’époque des faits. Et bien évidemment, cette proximité a refait surface à l’occasion de l’annonce du ralliement du même Jean-Christophe Lagarde à Valérie Pécresse.

La main tendue par la candidate LR à la présidentielle au président de l’UDI fait scandale parce qu’elle percute frontalement une déclaration de novembre 2021, faite par Eric Ciotti, pilier de la campagne de Pécresse, qui exprimait le mépris immuable qu’il porte à Jean-Christophe Lagarde. « Rassurez-vous, affirmait-il comme s’il s’adressait à lui-même, pour ma part je n’accepterai jamais le soutien d’un personnage qui appelle au meurtre d’un responsable politique (Eric Zemmour) et qui est accusé de connivence avec les islamistes. Monsieur Lagarde ne représente en rien les centristes ». Mais la politique est, par excellence, le terrain de prédilection de la réal-politik. Avec les enjeux présidentiels qui commandent un rassemblement à tout prix pour certains, Eric Ciotti a soudain perdu son credo pourtant maintes fois répétés : « Lagarde, ce sera sans moi ». Sa dénonciation d’un personnage parjure en plus d’être grossier et violent, s’est évaporée dans l’illusion ouatée d’une victoire à l’élection présidentielle. Mais malgré l’incohérence et le reniement mensonger du candidat défait de la primaire LR, tout aurait pu s’arrêter là.

Et patatras ! On apprend il y a quelques jours que deux autres figures des Républicains, au cœur de la stratégie de campagne de Valérie Pécresse, Patrick Karam et Damien Abad, ont eux aussi des relations pour le moins ambiguës avec l’islamisme.

Ces révélations, au demeurant fort bien documentées et sourcées, proviennent du lanceur d’alertes Damien Rieu qui dénonce à juste titre le double discours de cette droite qui roule des mécaniques contre l’islam radical sur les plateaux et dans l’hémicycle mais qui, une fois revenue dans ses pénates électoraux, pactise avec lui. La multiplication des figures de droite duplices et complices fait ainsi apparaître, de ce côté de l’échiquier politique, les contours d’un islamo-droitisme évident.

Patrick Karam est membre du conseil régional d’Île-de-France et conseiller privilégié de Valérie Pécresse pour sa campagne présidentielle. Il est accusé de soutenir l’ancien recteur de la mosquée de Pantin, fermée temporairement pour séparatisme et tentation djihadiste. Rien que ça.

La mosquée radicale de Pantin, qui avait critiqué sur Facebook le professeur assassiné à Conflans Sainte Honorine © CHRISTOPHE SAIDI/SIPA Numéro de reportage : 00986850_000004

Et le très islamo-gauchiste Libé, dans un article paru le 3 février 2022, vient à la rescousse de l’islamo-droitiste Karam. Que dit Libé pour défendre l’élu LR ? Dans l’affaire de Pantin, rien de grave, paraît-il. « Quelques politesses sans grande portée adressées, en 2015, au secrétaire général de l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis, Mohammed Henniche » ! Il s’agit, en réalité, bien plus qu’un simple « échange de politesses ». Cette déclaration d’amitié est ni plus ni moins qu’un retour d’ascenseur. Julien Duffé, le 15 mars 2012, commettait un article dans le Parisien dans lequel il évoquait une « polémique sur les bus musulmans de l’UMP » : « Un bus affrété par l’UMP emportant à son bord uniquement des fidèles musulmans pour participer au meeting géant du candidat Sarkozy. La scène s’est répétée une quinzaine de fois […] en Seine-Saint-Denis, vingt-cinq fois en Ile-de-France. L’information, révélée mardi soir par le « Canard enchaîné », nous a été confirmée hier par le secrétaire général de l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis, Mohammed Hennich […] « En octobre, Patrick Karam (NDLR : en charge de la diversité pour le candidat Sarkozy) m’a demandé à être mis en contact avec des mosquées et des associations musulmanes ».

Circulez, y a rien à voir ? Pas vraiment. L’auteur de la rédaction de Libération ose dans le même papier : « on connaît mieux [Mohammed Henniche] depuis qu’il a provoqué, en 2020, la fermeture pour six mois de la mosquée de Pantin, dont il était le recteur. Il avait relayé la vidéo d’un parent d’élève mettant en cause Samuel Paty, propos qui allaient entraîner l’assassinat du professeur d’histoire […] » C’est cet homme sur lequel Patrick Karam ne tarit pas d’éloges lorsqu’il accompagne Valérie Pécresse au dîner de l’UAM 93, pour l’Iftar (repas de jeûne toléré le soir pendant la durée du Ramadan) du Blanc-Mesnil du 8 juillet 2015, dans le contexte des élections régionales. Le fameux « conseiller communautarisme » de la présidente de la Région Ile-de-France déclare, s’adressant à l’islamiste : « nous avons un long passé commun », et le félicite publiquement.

Mais bien entendu pour Libé, ce sujet est de second plan. Ce qui est peu étonnant : le déni de réalité est pour les islamo-collabos de quelque bord qu’ils soient, un facteur important de passivité ou de procrastination. Ce monde les avantage : pourquoi diable en dénonceraient-ils les failles ou même les méfaits ?

Le nom de Damien Abad apparaît également sur les radars de Damien Rieu pour illustrer la notion d’islamo-droitisme. Abad fut conseiller municipal, député européen, conseiller régional, président de conseil départemental et aujourd’hui président du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale. Un curriculum vitae pour le moins fourni politiquement. Rompu aux campagnes de terrain, Damien Abad se rend, en pleine campagne des législatives de 2017, dans une mosquée à Ambérieu-en-Bugey (visite attestée le 7 juin 2017), dirigée par des islamistes turcs et dont l’une des particularités était de promouvoir des pans de la pensée de Muhmmad Ibn Sâlih al’Uthaymîn, figure islamique qui prescrivait notamment la peine de mort pour les homosexuels et les musulmans « négligés » (attitude se rapprochant, selon l’intellectuel, d’une forme d’apostasie à châtier). Cette mosquée a pour autres « faits d’armes » la promotion d’un certain Zakir Naik qui n’est autre qu’un soutien de Ben Laden… (présence remarquée de sa photographie sur une publication datant du 22 novembre 2015,  neuf jours après les attentats du Bataclan et du Stade de France, sur la page Facebook de la Mosquée Assalam Amberieu-en-Bugey)

Simple maladresse politique de l’élu LR pris dans le tourbillon électoraliste ? Admettons. Mais alors pourquoi réitérer en 2021 son soutien à une mosquée idéologiquement avoisinante ? Les islamistes turcs « aux manettes » de cette mosquée se targuaient ouvertement de défendre la politique impérialiste du sultan Erdogan et refusaient de signer la Charte des principes pour l’Islam de France. Comme seule justification, le candidat devenu député Damien Abad déclarait ne pas vouloir « stigmatiser »  une association dont « beaucoup de ses membres sont investis dans la vie économique du territoire, et associés aux valeurs de la République ». On croit rêver. Une telle déclaration confirme en réalité ce que Damien Abad s’évertue à nier. Les membres de cette association ne respectent donc pas les valeurs de la République mais y « sont associés ». C’est vrai puisque c’est Abad qui le dit. En outre, l’argument économique évoqué prouve également les arrangements qui coexistent entre certains territoires enrichis par l’illégalité (et/ou le séparatisme provocateur) et les fruits électoraux qu’en tirent des élus locaux attachés à leur seule survie politique.

Un orgueil qui participe indéniablement d’une intention de fermer les yeux sur les actions de groupes ennemis de la France et des Français pour peu que cela ait des retombées électorales. Exemple d’une déclaration timorée de Damien Abad sur l’affaire Mila, expliquant, le 5 février 2020 sur LCI face à Elisabeth Martichoux, qu’à la défense de cette jeune femme menacée de mort, il préfère apposer « une barrière » à la liberté d’expression quand il l’estime « détournée pour créer de la haine anti-religieuse ». Cette déclaration, alambiquée s’il en est, rappelle étrangement les manies rhétoriques d’Emmanuel Macron ou de Valérie Pécresse. Elle montre, au moins sur cette question cardinale de l’islam en France, une porosité sinon une identité de vues entre la hiérarchie LR et celle de LREM. 

L’absolue nécessité de se disculper face à ces accusations accablantes a conduit Patrick Karam à devenir un stakhanoviste médiatique (jusqu’à minuit et demi sur LCI, dans la fin de soirée de mercredi 2 février au jeudi 3 février 2022). Sa stratégie de défense ? Esquiver l’inconfort de sa situation actuelle en tapant sur Eric Zemmour. Une vaste blague tant Eric Zemmour est le candidat le plus inflexible en matière de lutte contre l’islamisme. Avec Zemmour, il n’y aura pas de reniement des convictions, ni à des fins électoralistes ni à d’autres fins. Il fera ce qu’il dit et il pourra compter sur tous ceux qui l’ont rejoint en préférant leur pays à leur parti.

Et que répond Eric Ciotti à ces accusations ? « Il y a autour de Zemmour des gens dangereux », fulmine-t-il. Placide, Damien Rieu lui répond par ces mots d’une logique élémentaire : « Quand on considère que l’information est un danger, c’est qu’on n’a pas la conscience tranquille ».

Comment les Français peuvent-ils donc accorder leur confiance à ceux qui en matière de lutte contre la lèpre islamiste les ont si souvent trahis et continuent à le faire ?

La complaisance du pouvoir, sinon sa complicité depuis des décennies, atteindrait les mêmes sommets avec Pécresse que sous le quinquennat Macron. L’Obs titrait cette semaine : « Souvent Valérie varie » (27 janvier 2022). Y a qu’un malheur : l’électorat LR demeure, lui, attaché aux valeurs régaliennes, à l’identité nationale, à la probité, à l’autorité et à la sécurité. L’incroyable est que Valérie Pécresse n’a de cesse d’éluder ces affaires, soit en refusant obstinément d’en parler, soit, le plus souvent, en accusant ceux qui les ont révélées de harcèlement. Elle laisse les LR organiser des conférences de presse contreproductives où ses lieutenants non seulement refusent tout mea culpa ne serait-ce que concessif, mais surtout fuient le moindre début d’explication. Dès lors, comment ne pas rire de la déclaration de Valérie Pécresse qui promet de sortir le Karcher de la cave, alors qu’elle n’est pas capable de le sortir de son placard pour débarrasser son propre parti des miasmes islamoïdes ?

L’islamo-gauchisme a largement contribué à tuer la gauche, réduite aujourd’hui à une poignée de confettis électoraux. De la même manière, l’islamo-droitisme est en train de consumer la droite traditionnelle à petits feux.

Depuis des années, Eric Zemmour n’a eu de cesse d’alerter sur l’islamo-gauchisme qui participe à la mort programmée de la France. Depuis des années, il dénonce le clientélisme complice de nombre d’élus de droite avec l’islamisme. Pour cela, il est sous protection policière. C’est ainsi Chamfort qui avait raison quand il écrivait qu’« en France, on laisse en repos ceux qui mettent le feu, et on persécute ceux qui sonnent le tocsin ». Gageons que les Français ouvrent les yeux sur l’ampleur de ces trahisons et choisissent le seul candidat qui agira enfin pour les sauver. Car, n’en déplaise à tous ses détracteurs, non, la France n’a pas dit son dernier mot.

Le maire et les barbares

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La France n'a pas dit son dernier mot

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Houellebecq, à côté de la vie

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Michel Houellebecq en Espagne, septembre 2019 © REX/SIPA

Anéantir, dit-il. Il est peu de romans, je crois, qui portent des titres à l’infinitif, ce degré zéro du verbe, ce mode de l’impersonnel qui convient si bien à l’univers neutre de Michel Houellebecq. 


“Anéantir” évoque le premier fil du livre, les attentats nihilistes (une épigraphe évoque Netchayev et son catéchisme révolutionnaire), le cyber-terrorisme, puis les attentats avec des victimes réelles. Michel Houellebecq ouvre une voie romanesque à la Umberto Eco, avec cryptogrammes, espionnage, sociétés secrètes et complots. Le lecteur s’attend à un roman à code et à clés, à déchiffrer par une savante herméneutique. Occultisme, ésotérisme, voilà qui est captivant, il y a même des illustrations originales, un peu naïves, qui évoquent satanisme, hérésie et gnose noire. 

Les lecteurs frustrés

Pourquoi, dès lors, dévier, pourquoi Michel Houellebecq abandonne-t-il ce fil rouge exaltant, pourquoi le roman digresse-t-il du terrorisme international à l’intime familial ? Le lecteur, admettons-le, ne peut qu’être frustré par cette digression de cinq cents pages, et par le dévoiement du roman d’anticipation, d’espionnage et d’horreur (avec des clins d’œil à Lovecraft) qui s’ouvre sur la décapitation virtuelle d’un ministre, vers le roman familial. 

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On peut cependant proposer une interprétation. Le monde de Michel Houellebecq, le nôtre, ne peut plus être déchiffré, il est en deçà ou au-delà de toute herméneutique, de tout décodage. Désenchanté – la langue originale de Max Weber dit “dé-magiqué”–, notre monde ne recèle plus de secret, plus de sacré. Exotérique, profane, et transparent, notre monde n’a plus de sens caché. Nous avons perdu le sens de l’allégorie. Finalement, même les sociétés secrètes sont absurdes, elles n’ont rien à dire ni du Siècle ni du Royaume à venir. Le personnage de Paul Raison est à ce titre parfaitement houellebecquien : personnage conceptuel, incarnation de l’homme moyen, ni médiocre, ni nul, mais moyen, haut fonctionnaire vivant dans l’ombre des Princes, en deuil de l’Eros et de la passion. L’homme d’aujourd’hui, la raison faite homme. 

Un roman mort-né ?

Paul est un homme qui sera passé à côté de la vie, c’est-à-dire de l’amour et de l’exaltation des sens. Un homme anesthésié et anesthétique. Marié à Prudence, son mariage s’est progressivement délité. Le couple vit comme deux colocataires. Au fond, ils ne vivent ni l’un avec l’autre, ni l’un pour l’autre, mais l’un à côté l’un de l’autre. Mais alors ne pourrait-on pas suggérer que cette vie de côté, ou plutôt ce passage à côté de la vie, s’applique au roman lui-même ? Un roman qui passe pour ainsi dire à côté de lui-même : non pas un échec, mais un non-succès. Une potentialité, une virtualité de roman, de même que Paul n’aura eu d’existence que potentielle, potentialité de vie qu’illustre la position fœtale, position préférée de Paul dans le sommeil et dans le coït. Sur le côté, oui, comme si Paul incarnait cette aspiration à revenir au ventre maternel, ce désir, très cioranien, de ne pas être né. Bataille ou Freud diraient : revenir à l’indifférencié. 

Serions-nous alors en présence d’un roman mort-né ? 

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Pourtant, tout ne se termine pas là, sur cette virtualité, sur cet embryon littéraire de 730 pages. Michel Houellebecq, en mettant en scène ce personnage qui passe à côté de sa propre vie, offre une fin lyrique et consolatrice. Finalement, il nous montre une naissance. Alors que sa chair pourrit, alors que dévoré par son cancer il pue comme Lazare, Paul connaît la rédemption de sa vie manquée, de sa vie de côté. Car à mesure qu’il se meurt l’amour charnel, voire mystique, renaît. La “profondeur des sexes”, pour parler comme Fabrice Hadjadj, le mystère catholique, à la fois hyper-physique et métaphysique de la chair, est donné dans les dernières pages du livre. Consolation par fellation ? Sans doute, mais le style cru de Michel Houellebecq n’est jamais cruel. Au contraire, le sexe se fait ici soin, et le don d’elle-même de la peu prude Prudence rachète la non-vie de Paul. 

© Thomas COEX / AFP

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Après une version profane et plate de la mort d’Ivan Illitch (Pourquoi mourir ? Il n’y aura plus rien après, je ne sentirai plus), Michel Houellebecq écrit donc la rédemption par l’union charnelle. C’est ainsi que la pulsion de vie triomphe de la charogne, que ça bande jusqu’à la mort, et que la tumescence du sexe défie le tumulus où le corps pourrira. Au-delà du sexe, Paul jouit enfin de la chair du monde, de la beauté des paysages, d’une lumière dorée sur les collines du Beaujolais, d’une conversation muette avec son père agonisant. La langue de la raison n’a pas le dernier mot, d’ailleurs, la langue organique de Paul est elle-même atteinte par la tumeur et le lecteur s’attend à ce qu’elle finisse par tomber. Plus besoin alors de la parole, le livre peut se clore sur l’entretien silencieux des hommes et sur le chant du monde. 

Les vieux, tu les joues à la hausse?

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© GILE Michel/SIPA

Le récent scandale des EHPAD prouve les limites d’une société de marché où tout est marchandise.


Le récent scandale qui a touché les EHPAD a forcément quelque chose de bouleversant. Sur le plan humain, bien sûr, où l’idée de voir des personnes âgées et dépendantes, servir de variable d’ajustement pour augmenter les dividendes des actionnaires ne peut que provoquer la colère, mais aussi sur la vision de notre monde par quelques économistes coupés des réalités.

Or gris: l’affaire dans l’affaire

Tous les ingrédients du caractère intrinsèquement pervers et inhumain d’une société de marché sont réunis dans cette histoire, jusqu’à cet ancien dirigeant d’Orpéa qui a vendu ses actions,  590 000 euros tout de même, juste avant que l’affaire n’explose. J’ai entendu beaucoup d’indignations médiatiques de la part des commentateurs. S’indigner, c’est bien. Demander des inspections, c’est bien. Donner des moyens pour ces inspections, ce serait encore mieux. Mais surtout, surtout, s’interroger si les maisons de retraites peuvent être un moyen légitime de faire de l’argent, ce serait parfait. 
Et là, bien peu de propositions.

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Depuis longtemps, trop longtemps, les responsables politiques en France n’ont juré que par la privatisation, y compris d’ailleurs à l’époque de Jospin et son célèbre « L’état ne peut pas tout » ou Hollande qui déclarait au début de sa présidence, au Guardian, «  La gauche a gouverné pendant 15 ans, pendant lesquels elle a libéralisé l’économie et ouvert les marchés à la finance et à la privatisation. Il n’y a pas de crainte à avoir. »  Non, pas de crainte, vraiment, se sont sans doute dit le fils ou la fille venant voir leur mère dont la toilette n’a pas été faite depuis des jours et devant un plateau repas composé de nourriture  au rabais.

Religion néolibérale

L’Allemagne, les pays scandinaves, dont on ne peut pas dire qu’ils soient particulièrement bolchéviques, n’ont jamais ne serait-ce qu’imaginé que les structures s’occupant du grand âge soient autre chose qu’un service public. C’est que dans ce domaine comme dans d’autres, la France dont la psyché est colonisée par des penseurs libéraux, s’est mise à croire que le privé est forcément plus efficace, ce qui est faux. On peut s’en rendre compte chaque jour, par exemple avec les entreprises privées qui se sont emparées du marché de l’eau dans de trop nombreuses municipalités, pour ne pas parler des transports en commun. 

Pourtant, au nom de l’Union Européenne vue comme zone de libre échange, ils ne sont pas nombreux les candidats à la présidentielle à ne pas avoir cette religion du privé, surtout les plus sécuritaires, à droite et à l’extrême-droite, qui veulent des places de prison, toujours plus de place de prison, en se disant que finalement, pourquoi ne pas confier ça aussi au privé ? Les États-Unis, ce modèle en la matière, le pratique avec bonheur. Et pourtant, paradoxe, ils n’ont à la bouche que le régalien, c’est-à-dire l’État. Mais dans leur vision du monde, le régalien, cela concerne uniquement la police, et pas la police de proximité, mais celle qu’on force à faire la guerre aux pauvres. 

Il serait temps, pour retrouver les jours heureux, comme dirait Fabien Roussel, de récupérer le régalien, de réinvestir le sens de ce mot pour dire qu’il ne se résume pas à assurer la tranquillité publique, mais aussi à protéger les plus faibles, à tous les âges de la vie et ne pas les laisser dans les mains d’affairistes sans scrupules.

Les derniers jours des fauves

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Du plomb dans l’aile

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©D.R.

Les avions de la Lufthansa volent sans passagers. La raison? Les règles européennes…


La compagnie aérienne Lufthansa a annoncé que, cet hiver, elle sera contrainte de faire voler plus de 18 000 avions à vide et sans passagers. La raison ? Les règles européennes qui obligent les compagnies à effectuer 50 % de leurs vols afin de conserver leurs créneaux aéroportuaires. L’objectif de l’UE est d’empêcher les compagnies de réserver des créneaux – surtout les plus prisés en début et en fin de journée – non pas pour les utiliser elles-mêmes, mais pour empêcher leurs concurrents de le faire. Avant la pandémie, la règle imposait d’utiliser 80 % des créneaux, mais ce chiffre a été baissé à 50 % pour pallier les difficultés de la reprise post-pandémique. C’est ainsi que Lufthansa se trouve obligée d’assurer la desserte de ses destinations, quand bien même personne ne les fréquenterait.

Le PDG de la compagnie, Carten Spohr, est bien conscient de l’absurdité, qualifiant ces derniers de « vols inutiles » dans une interview à la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Michael O’Leary, le PDG de la compagnie irlandaise low cost Ryanair a riposté, railleur, prétendant que la solution était simple : Lufthansa devrait vendre les sièges de ces vols à bas prix et récompenser les consommateurs européens qui ont financé les 12 milliards d’euros d’aides d’État que la compagnie et ses filiales ont reçus.

En plus de ce non-sens économique, il y a une contradiction flagrante avec la politique écologique de l’Union européenne, dont le projet « Fit for 55 » vise une réduction des émissions de CO2 de 55 % d’ici à 2030. En résumé, les règles européennes plombent le secteur aérien, coûtent cher aux contribuables et sabotent le programme environnemental de l’Europe.

Le 10 avril, les Français invités à ne pas voter avec leurs pieds

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Le journaliste Jean-Michel Apathie © UGO AMEZ/SIPA

Le journaliste politique Jean-Michel Apathie estime sur LCI que Zemmour et ses soutiens, « c’est vraiment Français de chez les Français qui puent un peu les pieds ». De son côté, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin pense que l’élection présidentielle ne sert apparemment à rien, en affirmant sur France info que « pas un Français ne pense qu’Emmanuel Macron n’a pas été un bon président de la République »…


Mépriser le mépris est un devoir démocratique. On est prêt à tout entendre tant, aujourd’hui, la mesure et la décence sont sans cesse dépassées mais tout de même !

Des Français qui puent un peu des pieds…

Quand Jean-Michel Aphatie qualifie Eric Zemmour, les gens autour de lui et ceux qui lui trouvent des qualités comme « c’est vraiment Français de chez les Français qui puent un peu les pieds, on reste entre nous » (voir ci-dessous), on est effaré. Ainsi voilà un homme, une personnalité médiatique qui donne des leçons de morale et de République, qui fait volontiers référence aux années 30 et à leurs dérives honteuses et qui n’hésite pas à traiter ainsi des citoyens dont le seul tort est de ne pas penser, de ne pas haïr comme lui !

Le plus grave est que ce genre de propos est écouté comme s’il relevait encore d’un débat politique et médiatique acceptable alors qu’à mon sens il devrait immédiatement disqualifier qui le profère. J’espère que cette indulgence, cette indifférence ne tiennent pas seulement au fait que la cible est Eric Zemmour même si j’imagine le tollé si les soutiens de Jean-Luc Mélenchon ou de Fabien Roussel étaient qualifiés de la sorte. Eric Zemmour est un ami dont le talent est indéniable mais pour des raisons que je n’ai pas à expliciter en détail ici, je ne voterai pas pour lui et je maintiens qu’il ne sera pas au second tour. Mais je n’ai pas besoin d’une adhésion politique à ce qu’il soutient, développe et propose pour juger scandaleuse l’attaque de Jean-Michel Aphatie à l’égard des Français qui à tort ou à raison sont favorables à sa cause. Voltaire au très petit pied, je considère que j’ai une obligation de citoyen: m’indigner face à un tel mépris. Aussi modeste qu’elle apparaisse dans la multitude des outrances auxquelles tristement on finit par s’habituer, c’est une salissure de plus, encore une pierre jetée dans le jardin d’un monde qui n’a plus d’honneur ni d’allure. Qui ne sait plus dénoncer et contredire sans dévoyer, sans se dévoyer.

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Gérald Darmanin à peine plus subtil

Je partage rarement les convictions de Jean-Michel Aphatie mais faudrait-il que je consente à être étiqueté, à cause de cette sympathie très intermittente, comme « un Français de chez les Français qui puent par exemple de la gueule » ? Dans le registre de la vulgarité, aucune raison de se limiter !

Gérald Darmanin, c’est bien sûr plus fin, plus subtil, apparemment moins choquant. Et pourtant ! Le mépris est plus sophistiqué mais il est indéniable. Au fond il ne vise à rien de moins qu’à faire l’impasse sur la démocratie. Quand ce ministre affirme le plus sérieusement du monde que « pas un Français ne pense qu’Emmanuel Macron n’a pas été un bon président de la République », cette manière anticipée de confisquer la liberté et l’imprévisibilité du vote de tous les citoyens est assez hallucinante. Arrogance ou flagornerie ? Par certains côtés cela me rappelle Nicolas Sarkozy laissant entendre qu’Edouard Balladur pouvait être élu au premier tour contre Jacques Chirac ! On a vu la suite…

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À bien analyser cet incroyable propos de Gérald Darmanin et en créditant ce dernier de sincérité, il signifie que l’élection du mois d’avril sera inutile, superfétatoire puisque, paraît-il pour tous, Emmanuel Macron serait « un bon président ». On pourrait, plutôt que perdre son temps dans cette bagatelle de deux votes classiques, procéder par applaudissement et plébisciter ce président dont le quinquennat démontre, pour Gérald Darmanin, qu’il a été tant aimé, tant apprécié ! Cette absurdité – je crains qu’elle n’ait été pourtant pesée et réfléchie – révèle une étrange conception de la démocratie.

Macron refuserait de débattre avant le premier tour

Hier, comme le cercle de la raison était la propriété exclusive du président, ses affidés n’étaient pas loin d’en tirer la conclusion que tout était réglé avant l’heure et que les Français n’auraient qu’à valider cette évidence. Aujourd’hui, puisque Gérald Darmanin connaît mieux le sentiment des citoyens que les citoyens eux-mêmes, le vote démocratique serait une perte de temps regrettable. N’y a-t-il pas d’ailleurs dans le refus implicite du président de participer à un débat avant le premier tour l’idée qu’il n’aura rien à défendre et à justifier puisque son mandat aura été exemplaire ?

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Je ne sais comment la société recevra cette pétition de principe de Gérald Darmanin. En tout cas, le risque existe pour Emmanuel Macron et tous ceux qui préparent et organisent sa campagne – le roi décidera de la date et de l’heure de son annonce officielle – qu’on ait envie de leur donner tort tout simplement parce que le président est si sûr d’être réélu. Rien que pour exister, le peuple pourrait être tenté de se rebiffer. Oui, il faut mépriser le mépris.

Libres propos d'un inclassable

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Gustav Mahler est mort!

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L'écrivain autrichien Robert Seethaler publie "Le Dernier Mouvement" © Urban Zintel SABINE WESPIESER ÉDITEUR

Dans son nouveau livre, l’écrivain autrichien Robert Seethaler évoque le dernier voyage en paquebot de Gustav Mahler. Une rencontre est organisée ce soir, à Paris.


Les mélomanes et germanophiles sont attendus en cette soirée de lundi au Goethe-Institut, à Paris, pour une rencontre avec… Gustav Mahler. Plus exactement avec son fantôme, sous les auspices de Robert Seethaler, auteur autrichien d’un certain renom (Le tabac Triesnek, Une vie entière, Le Champ) dont le dernier ouvrage en traduction française paraît, tout comme les précédents, aux éditions Sabine Wespieser.

Les derniers jours de Gustav Mahler

Ce 7 février, pour présenter Le dernier mouvement à ses lecteurs parisiens, l’écrivain de 56 ans natif de Vienne mais berlinois d’adoption est accompagné par sa traductrice Elisabeth Landes et par le chroniqueur littéraire Pierre Deshusses.

Gustav Mahler (1860-1911), au physique, n’était pas la robustesse même. C’est durant sa dernière visite aux États-Unis, où il dirigeait l’orchestre philarmonique de New-York, qu’il a contracté cette infection fatale, pour succomber, de retour à Vienne, à quelque temps de là, d’une endocardite. Il était âgé de 50 ans à peine. Alma, sa femme, dominatrice et passablement lubrique, le trompait déjà avec l’architecte Walter Gropius. Elle lui survivra jusqu’en 1964, amante du peintre Oskar Kokoschka, puis épouse du romancier Franz Werfel. La plume de Seethaler ne nous la peint pas sous un jour radieux : « L’hiver, Alma prenait un bain tous les jours. Les émoluments de l’Opéra partaient en eau chaude ». Incidemment, il la traite de « garce »…

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Pour retracer les derniers jours du compositeur, Le Dernier mouvement ne dresse pas, comme on aurait pu s’y attendre, le tableau de bord de son état clinique. Sans emphase, le récit sinue, autour du monologue intérieur du moribond, dans les méandres et les strates d’un passé que l’ultime traversée à bord de l’Amerika, ce paquebot sur le pont duquel il médite et travaille encore, fait ressurgir par bribes : « le chef Gustav Mahler à la réputation mondiale était-il encore la même personne que le jeune directeur récemment nommé à l’Opéra de Vienne qui s’asseyait, jadis, dans ce fauteuil à bascule, sous ce lustre de cristal ? Ou que le petit juif de six ans, un chapeau plat à la main et une expression de tristesse infinie dans le regard, qu’on voyait sur la photo sauvée à l’instant, in extremis, du transfert au garde-meuble d’Alma ? ». Evocation sensible, donc, où l’on pleure l’enfant perdue, Maria, morte en bas âge ; où l’on croise Rodin dans un hôtel Biron alors très dégradé, ou encore Freud, visité pour de courtes heures en Hollande ; où l’on voit le maître diriger « à présent pratiquement sans bouger, à l’exception de sa main droite, qui traçait dans l’air des lignes ténues, et de ses yeux, dont on disait qu’ils étaient comme  charbons ardents pendant les concerts et semblaient lancer des éclairs aux applaudissements, quand les lumières de la rampe s’y réfléchissaient ».  Sous le regard respectueux du garçon de cabine, qui lui donne indéfectiblement du « Monsieur le directeur ». La vie de Gustav Mahler ? « Une course incessante contre la montre ».


Le dernier mouvement

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Rencontre avec Robert Seethaler lundi 7 février à 19h. En présence d’Elisabeth Landes et de Pierre Deshusses, modérateur. Goethe-institut Paris. 17, avenue d’Iéna 75116 Paris. Inscription recommandée.

France Inter donne asile aux humoristes belges

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À Bruxelles, Laurence Bibot en pleine réflexion pour son prochain billet d'humour pour la radio publique française... © ISOPIX/SIPA

Avec Laurence Bibot, la maman d’Angèle qui sévit depuis la rentrée chez Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek, ils commencent vraiment à nous casser les pieds.


Laurence Bibot est Belge et humoriste. On peut l’entendre sur France Inter, dans l’émission « Par Jupiter » animée par deux humoristes belges, Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek. Guillermo Guiz, un autre humoriste belge, a lui trouvé refuge dans l’émission de Nagui sur cette même radio qui semble être devenue une sorte d’asile pour humoristes belges. Ils ont beau être Belges, ces humoristes ont beaucoup de points communs avec les humoristes français de la radio publique : ils sont de gauche, ils sont progressistes, ils ont le cœur sur la main, ils sont payés avec nos impôts, et ils ne sont pas très drôles. Reconnaissons toutefois que Laurence Bibot parvient à être beaucoup plus drôle que Guillaume Meurice ; mais ça, ce n’est pas très difficile : tous les humoristes de France Inter sont beaucoup plus drôles que Guillaume Meurice, tous les humoristes de toutes les radios francophones sont beaucoup plus drôles que Guillaume Meurice, même ma tata Simone ou Jean Lassalle sont beaucoup plus drôles que Guillaume Meurice.

Que des Belges: et la diversité, alors?

Si on veut en croire Laurence Bibot, la scène humoristique française des années 90 était plus vide qu’un meeting d’Anne Hidalgo: « Quand j’étais plus jeune, il y avait en France cinq personnes qui faisaient de l’humour, tous des hommes blancs. Maintenant ça se diversifie et c’est super intéressant » [1]. C’est comme ça dorénavant : les « hommes blancs » d’hier, comme ceux d’aujourd’hui ou de demain, ont interêt à se faire tout petits, quoi qu’ils aient fait, quel qu’ait été le domaine dans lequel ils ont pu exceller, la conquête spatiale, la philosophie, la médecine, la peinture à l’huile, la musique atonale ou l’humour. C’est comme ça dorénavant (bis) : pour que quelque chose devienne « super intéressant » il faut que ce quelque chose « se diversifie » – si ce quelque chose est en plus « inclusif », on atteint alors les sommets de la félicité progressiste.

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Le contribuable français paie, bon gré mal gré, une redevance audiovisuelle. Celle-ci sert entre autre à rémunérer une humoriste belge pour un court et calamiteux billet hebdomadaire, quatre minutes durant lesquelles elle ricane avec ses compatriotes en comparant par exemple la pâlichonne vie politique de son plat pays natal à… L’homme du Picardie [2], feuilleton français qui, dit-elle, était très français, très ringard et très plat. La preuve : « Il y avait du Christian Barbier »(sic), et « les personnages s’appelaient Thérèse, Yvette et Joseph, ça donne une idée du ton ». Eh oui, chère Laurence Bibot, nous étions en 1968 et les prénoms des Français ressemblaient encore à ceux-là – Thérèse Durtol était jouée par Yvette Étiévant, Joseph Durtol par Christian Barbier, Yvette Durtol par Léone Veron ; on savait ainsi immédiatement sur les eaux de quel pays naviguait le Picardie.

Dans sa dernière chronique (2 février), Laurence Bibot corrobore la thèse du « grand remplacement » : « Pour avoir pris le RER, je confirme que, dans tous les sens du terme, la femme française est colorée, et le chiffre de trois sur quatre ne me semble pas exagéré. » Mais, là où Richard Millet décrit le même RER en en déplorant le « principe évacuateur du peuple français » [3], Laurence Bibot, en bonne bourgeoise bohême progressiste ayant la possibilité d’échapper à la promiscuité multi-ethnique et multiculturaliste, ne cache pas sa satisfaction de voir Paris atteint du même mal que sa région-capitale de la Belgique bientôt entièrement molenbeekisée. Toutefois, la France a encore du retard, sur ce sujet comme sur tant d’autres : le gouvernement belge vient de désigner un ministre de la fonction publique… transgenre. « C’est une première en Europe – chez nous ça ne fait pas débat », claironne-t-elle devant ses compatriotes radiophoniques enjoués, fiers de leur pays qui en remontre à la France pour ce qui est des « avancées sociétales ».

Voici venu le temps des artistes belges arrogants

Les deux enfants de Laurence Bibot sont également « artistes » et sévissent aussi en France. Roméo Elvis Van Laeken (alias Roméo Elvis) est rappeur. Il aurait pu s’appeler Christian Joseph Roméo André Van Laeken mais ses parents ont préféré le prénommer Roméo Johnny Elvis Kiki, persuadés que c’était moins ridicule. Il parle et chante comme n’importe quel autre rappeur, ce qui nous le rend immédiatement antipathique. Angèle Van Laeken, dite Angèle, est chanteuse et féministe. Elle écrit des chansons contre le sexisme (Balance ton quoi), soutient le collectif NousToutes co-fondé par Caroline De Haas, assume d’être une icône LGBT après avoir révélé sa bisexualité et d’avoir brisé le « tabou de la pilosité féminine » en exhibant sur les réseaux sociaux ses aisselles poilues. On ne sait pas encore ce que cette artiste contestataire belge, fille d’une humoriste non-conformiste belge, a décidé de faire pour dénoncer ce que certaines féministes appellent « l’injonction à l’épilation du maillot ». On craint le pire.

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Annie Cordy, Raymond Devos ou Jacques Brel (pour ne nommer que quelques-uns des plus fameux artistes belges qui connurent un grand succès en France) n’avaient pas l’arrogance de ces humoristes et chanteuses belges qui nous font aujourd’hui la morale et délivrent des brevets de bonne conduite. Ils pratiquaient leur art imprégnés de cette instinctive considération sur eux-mêmes décrite par Simon Leys : « S’il est une chose dont le Belge est pénétré, c’est de son insignifiance. Cela, en revanche, lui donne une incomparable libertéun salubre irrespect, d’une tranquille impertinence, frisant l’inconscience » [4] – raison pour laquelle ils conquirent le cœur de nombreux Français qui n’eurent jamais honte de cette culture populaire et de ces Belges talentueux qui les amusèrent, les émurent, les firent rire ou pleurer, sans jamais chercher à les embrigader. Il fut un temps où « un Belge arrogant [était] une contradiction dans les termes » [4]. Ce temps-là est révolu. Au contraire de leurs illustres prédécesseurs, Laurence Bibot et ses arrogants collègues humoristes ont des ambitions prosélytes : ce sont des artistes engagés. Leurs blagues sont des messages. Leur impertinence est citoyenne et inclusive. Ils baignent dans cette époque moralisatrice comme des poissons dans l’eau du bassin wokiste, en ne nageant jamais à contre-courant. Ils sont devenus, comme leurs homologues français, des « mutins de Panurge » (Muray) se transformant à l’occasion en matons, irrespectueux surtout avec ceux qui renâclent à croire que « les avancées sociétales » et le multiculturalisme sont des progrès indispensables et indiscutables. Ils se moquent de nous, salement, sans vergogne ; et nous payons pour ça. Il faut les entendre ricaner ! Car, dans les studios de France Inter, on ne rit plus. Le rire des humoristes d’antan a été remplacé par le ricanement, ce minuscule orgasme buccal des cuistres, des mouchards et des prétentieux…


[1] Entretien donné au site Bruzz le 02 décembre 2021.

[2] L’homme du Picardie, feuilleton français diffusé en 1968 mêlant fiction et aspect documentaire. Il fut parmi les plus regardés des feuilletons de l’ORTF.

[3] Paris bas-ventre : le RER comme principe évacuateur du peuple français, Richard Millet, Éditions La Nouvelle librairie.

[4] Le studio de l’inutilité, Simon Leys, Flammarion.

P.S : Tout n’est pas fichu. Il existe encore des artistes capables de moquer cette époque et de nous faire franchement rire. Je conseille, en vrac, le DVD de la comédie d’Eric Judor intitulée Problemos, les DVD des spectacles de l’humoriste Slovéno-Suisse (l’a failli être Belge, mais non) Gaspard Proust, le dernier DVD de Blanche Gardin tiré de sa série télévisée La meilleure version de moi-même,ou lesdrôlissimes vidéos YouTube de l’humoriste suisse Claude-Inga Barbey. Enfin, dans un autre genre, je conseille le film Les émotifs anonymes (de Jean-Pierre Améris, avec Isabelle Carré), dans lequel le plus génialement foldingue des acteurs belges actuels, Benoît Poelvoorde, joue un de ses plus beaux rôles.

La prise d’Amboise par Abdelkader

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Une sculpture rendant hommage à l’émir Abdelkader – et déjà vandalisée – trône désormais devant le château d’Amboise pour promouvoir la « tolérance » et la « réconciliation mémorielle » avec l’Algérie.


Les temps ont décidément bien changé. Nous vivons une époque étonnante où le statut et les statues de Churchill[1] et de Gaulle[2], jugés (entre autres) racistes, vacillent. Où la mairie de Rouen se demande si Napoléon et son cheval doivent rester à leur place, celle de la mairie[3]. Où l’ex-Premier ministre et maire de Nantes Jean-Marc Ayrault – qui a pourtant supporté de voir les rues et les avenues de sa ville honorer des négriers impliqués dans le commerce triangulaire réclame depuis des années que les lieux rendant hommage à Colbert soient épurés, Code noir oblige. Où une sculpture de l’émir Abdelkader (d’une valeur de 35 000 euros) financée par les pouvoirs publics vient d’être érigée en face du château d’Amboise, suivant ainsi les recommandations du rapport de Benjamin Stora sur la colonisation et la guerre d’Algérie…

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Une statue loin de faire l’unanimité

C’est au château d’Amboise que l’émir est retenu prisonnier pendant quatre ans, suite à sa reddition en 1847[4]. L’édicule à la gloire de celui qui incarne la résistance algérienne face à la colonisation ne semble toutefois pas faire l’unanimité puisqu’il a (déjà) été dégradé avec une meuleuse quelques heures avant son inauguration, ce samedi 5 février, provoquant les cris d’orfraie de Benjamin Stora ou de la ministre de la Culture Roselyne Bachelot[5]. Car « le meilleur ennemi de la France » comme on l’appelait naguère, est aujourd’hui l’emblème de la « réconciliation mémorielle » entre nos deux pays. Peu importe au passage qu’une seule des deux rives de la Méditerranée semble vraiment la souhaiter, cette « réconciliation mémorielle ». 

Figure mythifiée par la doxa, l’ancien chef de guerre est désormais un symbole de tolérance, un esprit chevaleresque promoteur d’un Islam des Lumières, un apôtre du dialogue entre les religions. Pour un peu, il taperait presque à la porte du Panthéon. Celui qui unifie les tribus contre l’oppresseur ne libère-t-il pas un jour des prisonniers français parce qu’il n’a plus rien pour les nourrir ? Lors de son exil à Damas, alors que des milliers de chrétiens sont massacrés (en 1860), ne fait-il pas la tournée des chefs druzes pour mettre un terme aux atrocités ? Sans doute moins par humanitarisme d’ailleurs, que parce qu’il redoute l’intervention des puissances européennes en terre ottomane. Napoléon III ne lui décerne-t-il pas la grand-croix de la Légion d’honneur ? Dans La Nouvelle République[6] du 30 janvier, l’écrivaine amboisienne Martine Le Coz fait du « père de la nation algérienne », qui lui a inspiré un roman (Le Jardin d’Orient), « une personne d’une grande largesse d’esprit et de cœur », un « homme exemplaire, d’une telle grandeur d’âme ». Et de conclure : « S’il y a une personne lumineuse à Amboise, c’est lui. » C’est mettre un peu vite sous le tapis persan certains aspects de la vie d’Abdelkader…

À lire ensuite, Jean-Paul Brighelli: Rapport Stora : la repentance à sens unique?

La fable de l’islam éclairé d’Abdelkader

Notre « homme exemplaire » extermine en 1838 la tribu des Kouloughlis, coupable de s’être ralliée aux Français. « Il l’a fait égorger tout entière sous nos yeux », témoignera par la suite Alexis de Tocqueville dans De la colonie en Algérie. Huit ans plus tard, le chef de guerre écrase les troupes coloniales lors de la bataille de Sidi-Brahim, mais quelques survivants résistent encore. En état de siège, sans vivres, ni eau, les Français sont contraints de boire leur propre urine ou celle de leurs chevaux et coupent leurs balles en morceaux pour tenir le plus longtemps possible. Abdelkader fait alors décapiter sous leurs yeux le capitaine Dutertre, qui refuse d’inciter ses hommes à rendre les armes. Quant au prétendu islam éclairé de notre « personne lumineuse », disons qu’il lui manque peut-être quelques bougies. Dans le territoire qu’il contrôle, au nord de l’Algérie [7], l’émir nomme des magistrats qui rendent une justice expéditive et souvent très rude basée sur les principes islamiques.

Marié à deux femmes, dont sa cousine Lalla, il proscrit à ses hommes les jeux de hasard, le vin, le tabac et toute forme de luxe, les incitant plutôt à acheter des armes et des chevaux pour le djihad[8]. « Il ne faut pas toucher aux idoles : la dorure en reste aux mains ». C’est du Flaubert.


De la colonie en Algérie

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Le jardins d'orient

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[1] En juin 2020, un jeune activiste d’Extinction Rebellion écrit « raciste » avec de la peinture jaune sur le socle de la statue de Winston Churchill à Westminster (Londres). En février 2021, les élèves et les enseignants d’un collège du Sussex en Angleterre débaptisent un des bâtiments de l’établissement qui porte le nom de l’homme qui a tenu tête à Hitler car « Churchill était un homme qui a promu le racisme et l’inégalité, et a injustement emprisonné et torturé de nombreuses personnes ».

[2] En octobre 2018 à Nice, le socle du général est vandalisé avec une inscription : « les Français sont des veaux ». En juin 2020, sa statue est recouverte de peinture jaune à Pavillon-Sous-Bois (93) et d’une peinture vive aux tons orangés à Hautmont (59) avec le mot « esclavagiste » tagué sur le piédestal. En août 2020, différentes inscriptions en créole sont peintes en noire et rouge sur le buste à son effigie installé au Robert en Martinique : « Nous ne sommes pas français », « Retirez-la » et « 1944 : massacre de Thiaroye », une référence aux tirailleurs sénégalais tués par l’armée française en 1944, dans un camp près de Dakar. Dans un tweet, la Ligue de défense noire africaine écrit, à l’occasion du 80e anniversaire de l’appel du 18 juin 1940 : « Si Charles De Gaulle était un grand criminel, il fut aussi un fugitif de la seconde guerre dite mondiale (…) Face à la débâcle française durant la guerre, De Gaulle prend la décision de fuir plutôt que défendre son territoire. »

[3] En septembre 2020, le maire socialiste de Rouen propose de remplacer la statue équestre de l’Empereur par une « figure féminine ». Consultée en décembre 2021, la population vote à 68 % pour que Napoléon et son cheval retrouvent leur socle initial.

[4] La promesse du général de Lamoricière de laisser Abdelkader s’exiler à Alexandrie ne sera pas honorée par la France, qui a entre-temps changé de régime.

[5] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/02/05/la-sculpture-d-abdelkader-heros-national-en-algerie-vandalisee-avant-son-inauguration-a-amboise_6112465_3212.html

[6] https://www.lanouvellerepublique.fr/amboise/amboise-gros-plan-sur-l-emir-abdelkader-une-personne-lumineuse

[7] Entre 1832 et 1847, Abdelkader a la mainmise sur une partie du nord de l’Algérie autour de Mascara, entre Oran et Alger.

[8] « Abd el-Kader, chef de guerre », Jacques Frémeaux dans la Revue historique des armées 2008.