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Les vieux, tu les joues à la hausse?

L'édito politique de Jérôme Leroy

Les vieux, tu les joues à la hausse?
© GILE Michel/SIPA

Le récent scandale des EHPAD prouve les limites d’une société de marché où tout est marchandise.


Le récent scandale qui a touché les EHPAD a forcément quelque chose de bouleversant. Sur le plan humain, bien sûr, où l’idée de voir des personnes âgées et dépendantes, servir de variable d’ajustement pour augmenter les dividendes des actionnaires ne peut que provoquer la colère, mais aussi sur la vision de notre monde par quelques économistes coupés des réalités.

Or gris: l’affaire dans l’affaire

Tous les ingrédients du caractère intrinsèquement pervers et inhumain d’une société de marché sont réunis dans cette histoire, jusqu’à cet ancien dirigeant d’Orpéa qui a vendu ses actions,  590 000 euros tout de même, juste avant que l’affaire n’explose. J’ai entendu beaucoup d’indignations médiatiques de la part des commentateurs. S’indigner, c’est bien. Demander des inspections, c’est bien. Donner des moyens pour ces inspections, ce serait encore mieux. Mais surtout, surtout, s’interroger si les maisons de retraites peuvent être un moyen légitime de faire de l’argent, ce serait parfait. 
Et là, bien peu de propositions.

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Depuis longtemps, trop longtemps, les responsables politiques en France n’ont juré que par la privatisation, y compris d’ailleurs à l’époque de Jospin et son célèbre « L’état ne peut pas tout » ou Hollande qui déclarait au début de sa présidence, au Guardian, «  La gauche a gouverné pendant 15 ans, pendant lesquels elle a libéralisé l’économie et ouvert les marchés à la finance et à la privatisation. Il n’y a pas de crainte à avoir. »  Non, pas de crainte, vraiment, se sont sans doute dit le fils ou la fille venant voir leur mère dont la toilette n’a pas été faite depuis des jours et devant un plateau repas composé de nourriture  au rabais.

Religion néolibérale

L’Allemagne, les pays scandinaves, dont on ne peut pas dire qu’ils soient particulièrement bolchéviques, n’ont jamais ne serait-ce qu’imaginé que les structures s’occupant du grand âge soient autre chose qu’un service public. C’est que dans ce domaine comme dans d’autres, la France dont la psyché est colonisée par des penseurs libéraux, s’est mise à croire que le privé est forcément plus efficace, ce qui est faux. On peut s’en rendre compte chaque jour, par exemple avec les entreprises privées qui se sont emparées du marché de l’eau dans de trop nombreuses municipalités, pour ne pas parler des transports en commun. 

Pourtant, au nom de l’Union Européenne vue comme zone de libre échange, ils ne sont pas nombreux les candidats à la présidentielle à ne pas avoir cette religion du privé, surtout les plus sécuritaires, à droite et à l’extrême-droite, qui veulent des places de prison, toujours plus de place de prison, en se disant que finalement, pourquoi ne pas confier ça aussi au privé ? Les États-Unis, ce modèle en la matière, le pratique avec bonheur. Et pourtant, paradoxe, ils n’ont à la bouche que le régalien, c’est-à-dire l’État. Mais dans leur vision du monde, le régalien, cela concerne uniquement la police, et pas la police de proximité, mais celle qu’on force à faire la guerre aux pauvres. 

Il serait temps, pour retrouver les jours heureux, comme dirait Fabien Roussel, de récupérer le régalien, de réinvestir le sens de ce mot pour dire qu’il ne se résume pas à assurer la tranquillité publique, mais aussi à protéger les plus faibles, à tous les âges de la vie et ne pas les laisser dans les mains d’affairistes sans scrupules.

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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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