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«Macron, c’est la négation de la politique»

Entretien avec Marion Maréchal (2/2)

«Macron, c’est la négation de la politique»
Marion Maréchal © Hannah Assouline

Soutien d’Éric Zemmour, l’ancienne députée RN veut en finir avec la gouvernance d’Emmanuel Macron dont elle pointe le manque de vision, de cohérence et de stratégie. Pour elle, le candidat de Reconquête ! est le seul capable d’unir les droites et d’appliquer un programme à la fois civilisationnel, sécuritaire et économique.


Relire la première partie: Marion Maréchal: «Ne vous faites pas voler l’élection»

Causeur. Quels sont les principaux reproches que vous faites à Macron ? Et comment expliquez-vous qu’il continue à caracoler très en tête des intentions de vote ?

Marion Maréchal. Macron est un homme du centre-gauche, et ceux qui – venant de LR – le rejoignent pensent en réalité à gauche. Il est l’incarnation d’une forme de technocratie centriste particulièrement saillante dans son programme, oscillant entre grands principes consensuels et mesurettes techniques. Un mode de gouvernement où l’ombre de cabinets de conseil privés américains de type McKinsey n’est jamais loin. Son bilan parle pour lui. Il est le président de l’immigration massive : il n’y a jamais eu autant de titres de séjour délivrés à des extra-européens (plus de 2 millions), autant d’immigration pour motif familial, autant de demandeurs d’asile. C’est aussi 30 000 naturalisations d’étrangers par an, 48 % d’augmentation du budget immigration…

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Emmanuel Macron est capable de faire des embardées sur des sujets stratégiques, comme le nucléaire. Sur les retraites, il était prêt à faire passer sa réforme au forceps il y a quelque temps pour finalement totalement changer de pied. Pendant des mois, il a été le défenseur du pacte vert européen, dont les restrictions réglementaires vont aboutir à une baisse de production agricole en Europe, et aujourd’hui il plaide pour l’« autonomie alimentaire » du continent. Il y a un terrible manque de vision, de cohérence et de stratégie. On ne sait pas ce qu’il est capable de nous sortir dans six mois.

Je sais qu’aujourd’hui je suis là où je dois être

Enfin, il a expliqué qu’au lendemain de son élection, il multiplierait les instances de concertation entre « états généraux » ou « comités transpartisans », pratique qu’il avait déjà eue avec la convention citoyenne sur le climat ou le grand débat dont tout le monde a vu la théâtralité organisée. On a le sentiment que, pour lui, l’élection n’est plus le moment du choix et du débat, mais une simple formalité. On discutera après. C’est vraiment la négation de la politique.

Zemmour adore faire référence à l’histoire, ce qui est souvent appréciable. Mais en même temps, cela donne l’impression que son projet pour la France est un retour au glorieux passé, en tout cas aux années 1960-1970. Même si on a la nostalgie de cette France-là, on ne va pas la ressusciter… Comment écrire l’avenir à partir de la seule nostalgie ?

Éric Zemmour commet un « crime » intellectuel à l’heure du progressisme triomphant : il ose dire que oui, à certains égards, « c’était mieux avant ». Ce procès en « nostalgie » a toujours été fait au camp national. Le seul fait de se dire les dépositaires reconnaissants d’un héritage, de traditions, de racines, de vouloir transmettre un patrimoine immatériel est déjà considéré comme « réac ».

Et pourtant, ce sont nos analyses qui se révèlent être d’une totale modernité. Le Covid et la guerre en Ukraine, qui sont aussi des crises de la globalisation et de l’interdépendance, en apportent la preuve.

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Nous avions raison d’alerter sur les dangers de l’immigration incontrôlée quand les progressistes communiaient, et communient toujours, à la fable du multiculturalisme. Nous avions raison de rappeler que l’histoire était tragique alors qu’ils dépeçaient notre outil de défense, d’en appeler à l’autonomie stratégique, notamment énergétique et alimentaire, quand ils signaient des traités de libre-échange à tout-va, de pointer l’importance de l’industrie quand ils rêvaient de l’« entreprise sans usine », de défendre le rôle irremplaçable de la nation tandis qu’ils couraient derrière le fédéralisme européen, de dénoncer les conséquences du laxisme judiciaire et du pédagogisme à l’école, d’en appeler à une diplomatie d’équilibre dans un monde multipolaire quand ils plaidaient pour l’envoi de troupes en Irak, en Syrie ou en Libye… Où sont les visionnaires sur tous ces sujets ?

L’avenir n’est pas toujours là où on croit… Oui, il y a des règles immuables dans l’Histoire, des réalités et des persistances. Oui, on peut aussi considérer que cette tendance du progressisme à faire « table rase » du passé est contestable et même dangereuse pour la société.

Cette idée de l’autonomie géostratégique de la France, l’équidistance des grandes puissances, vous y croyez ? Même De Gaulle considérait que la France faisait partie du camp occidental, celui de la démocratie libérale.

Il s’agit avant tout de refuser la lecture américaine d’un monde divisé en deux blocs : d’un côté la liberté et la démocratie, de l’autre des dictatures. C’est une fable, car des pays comme l’Arabie saoudite ou la Turquie sont considérés comme appartenant au bloc occidental… Ce récit n’est là que pour habiller une stratégie géopolitique au service des intérêts américains. Les États-Unis veulent maîtriser l’Eurasie, et pour cela il a fallu notamment empêcher que la Russie ne se rapproche de l’Allemagne ou de la France. Brzezinski, conseiller du président Carter, a tout expliqué dans Le Grand Échiquier. La France doit avoir sa propre lecture géopolitique qui corresponde à ses intérêts et être capable, selon les circonstances et les sujets, de favoriser telle ou telle alliance.

En parlant de fables, Poutine parle de l’humiliation subie par la Russie depuis 1990. Mais cela n’a pas gêné la Russie d’humilier un certain nombre de peuples pendant soixante-dix ans.

Ce n’est pas le camp national – au sens large –  qui a défendu le communisme pendant des années, c’est la gauche ! Une grande partie de ceux qui voudraient nous donner des leçons aujourd’hui, ou leurs héritiers, applaudissaient lorsque les chars soviétiques venaient rectifier les élans de liberté des peuples ou parlaient de libération quand les Khmers rouges prenaient Phnom Penh. La droite nationale, au même moment, dénonçait Prague, Varsovie, Budapest et manifestait contre le communisme oppresseur.

Eric Zemmour présente son programme pour la Défense nationale, Paris, 17 février 2022 © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Comment envisagez-vous la défense de la France et de l’Europe dans les circonstances actuelles ? Existe-t-il une option réelle en dehors de l’OTAN ?

La vision française portée par Macron et d’autres, avant lui, d’une défense autonome européenne sous le parapluie nucléaire français est minoritaire en Europe. Elle tient du fantasme… La majorité des pays de l’UE considèrent que la pierre angulaire de la sécurité européenne est, et doit rester, l’OTAN avec les États-Unis en son cœur. En fait, il nous faudrait une OTAN européenne et défaite de la tutelle américaine. Aujourd’hui, c’est l’inverse qui se produit avec le renforcement de la jambe européenne de l’OTAN. Face à la guerre russo-ukrainienne, la Pologne a acheté de nouveau du matériel américain, et les Allemands ont acheté des avions américains et non français. On est loin du renforcement de l’indépendance européenne annoncée.

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L’OTAN pose un autre souci : c’est un système qui pousse chaque pays à s’enfermer dans une spécialité militaire. La France a pu continuer à être une puissance militaire, parce qu’elle a refusé de s’y plier totalement. Elle a gardé un outil militaire pluricapacitaire qui lui permet de se projeter encore sur les théâtres extérieurs. L’urgence, c’est de reconstituer l’outil militaire français qui est en sous-capacité. Un rapport parlementaire montre que s’il y avait une guerre de haute intensité demain, nous aurions trois jours de munition. Au Mali, on a dû demander le soutien des Américains, car on en manquait. Pour que la France demeure une voix diplomatique entendue dans le monde et en Europe, il faut investir dans notre puissance militaire. Ce qui n’exclut pas des alliances militaires, voire des projets communs en matière de défense.

Un nouveau monde multipolaire émerge de fait. Les Chinois ont refusé de condamner la guerre en Ukraine, tout comme l’Inde, le Brésil et certains pays africains. La France n’a pas intérêt à s’enfermer totalement dans le bloc otanien ou à se noyer dans une pseudo-diplomatie de l’UE condamnée à l’impuissance tant les visions et les intérêts des membres divergent. Il faut être capable de parler à toutes ces puissances en devenir avec lesquelles il faudra nécessairement composer.

Quelle sera la stratégie de Reconquête ! au lendemain de la présidentielle ? Est-il possible qu’un président n’ait pas une majorité automatique ?

D’abord, j’espère que c’est à la constitution d’une majorité présidentielle autour d’Éric Zemmour que nous nous attellerons ! Il y a un mois et trois semaines entre les deux élections, ce qui laisse un temps politique important où les cartes pourront être rebattues et les discussions menées, en vue de constituer une majorité parlementaire. Il n’est pas exclu qu’il y ait des ralliements ou des alliances côté LR ou RN. Éric Zemmour est ouvert à ce principe. Mais soyons clairs : voter pour Éric est la seule clef pour que le paysage politique ne reste pas figé.

Vous serez candidate ?

Je ne sais pas encore, mon calendrier personnel – je suis enceinte et devrais accoucher en juin – et le calendrier électoral se chevauchent. Mais que je sois candidate ou pas, j’apporterai mes forces dans cette bataille.

Vous êtes heureuse d’avoir retrouvé la politique ?

Oui ! L’intérêt pour la politique ne m’a jamais quittée, même si je suis très heureuse de cette expérience dans le privé pendant cinq ans avec l’Issep qui m’a ouvert l’esprit sur plein de choses. Mais je sais qu’aujourd’hui je suis là où je dois être.

Avril 2022 - Causeur #100

Article extrait du Magazine Causeur


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