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L’illusion du « toujours moins répressif »


J’ai choisi ce titre en totale contradiction avec celui d’un éditorial du Monde [1] : « L’illusion du « toujours plus » carcéral ». En effet cette rengaine s’enivrant de son humanisme déconnecté devient lassante à force de ne savoir que déplorer la surpopulation pénitentiaire – indiscutable avec 71 000 détenus. Il faut pourtant expliquer qu’au regard de l’augmentation des crimes et des délits graves contre les personnes, elle n’aurait rien de choquant, si les promesses d’Emmanuel Macron sur la construction de nouvelles places de prison avaient été totalement tenues. C’est loin d’être le cas. Seulement 2 500 de 2017 à 2022. 15 000 ont été promises sur les deux quinquennats.

La surpopulation ne vient pas d’un excès de répression mais d’un manque au niveau de l’enfermement.

Il faut cesser de faire croire que tout pourrait être substitué à la sauvegarde sociale qu’apporte l’incarcération, pour les infractions n’imposant qu’elle. À supposer aussi – grande faiblesse française – que l’exécution des sanctions ait été efficiente.

Une législation qui n’est pas assez appliquée

Entonner sans cesse le refrain des peines alternatives a aussi peu de sens que de réclamer mécaniquement un durcissement des peines. Ce genre de proposition n’est qu’une fuite en avant qui évite de s’attaquer au problème central. Notre arsenal législatif est bien suffisant et n’a pas besoin d’être amplifié mais pourquoi est-on incapable de faire respecter les jugements que l’autorité judiciaire a édictés ?

Parce que, d’abord, tout est fait pour qu’ils ne le soient pas. Une sophistication extrême de l’État de droit rend en définitive beaucoup plus malaisée la répression nécessaire que le laxisme périlleux pour la société.

Des principes à revoir

Ensuite, le principe de l’individualisation poussé à l’extrême aboutit à des dénis de justice, avec une importance démesurée attachée aux subjectivités alors qu’en réalité se fonder sur l’objectivation des actes, selon leur gravité intrinsèque au regard de leurs modalités particulières et de leur impact social, aboutirait à une appréhension plus fine et plus réaliste des transgressions.

La manière dont la personnalisation est invoquée apparaît trop souvent comme la volonté de réduire à rien le poids des délits pour échapper à la mauvaise conscience de condamner le prévenu ; quand il ne s’agit pas en cour d’assises de s’apitoyer sur le criminel au lieu de fustiger sévèrement le crime…

A lire aussi : Les simagrées de la culture de l’excuse

Il me semble que si on revenait sur cette pente apparemment généreuse mais au fond créatrice de beaucoup d’inégalités pénales, les décisions seraient mieux comprises, notamment sur un plan qui choque beaucoup les citoyens : la disparité des sanctions pour des faits globalement à peu près de même nature. Au préjudice par exemple d’une même catégorie : celle des pompiers et du service public qu’ils assurent. Il est scandaleux qu’ils soient mis dans l’impossibilité, dans certains lieux ou au cours de manifestations, d’oeuvrer sereinement pour accomplir leur mission d’intérêt général.

Des sanctions qui doivent être immédiates

Ainsi, à Nîmes, un tribunal correctionnel a condamné à 16 mois dont 8 d’emprisonnement et 8 avec sursis probatoire, avec maintien en détention, l’auteur d’une agression contre trois sapeurs-pompiers qui étaient venus à son secours. Mais en revanche une militante d’extrême gauche, Hager Ameur, déjà signalée pour violences judiciaires et « street medic », filmée en train d’attaquer un pompier à Paris le 1er mai, est passée en comparution immédiate. Une expertise médico-psychologique a été ordonnée et l’affaire renvoyée au 1er juin, Hager Ameur est en attendant placée sous contrôle judiciaire avec notamment une interdiction de manifester.

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Comparant Nîmes avec Paris, comment ne pas s’étonner de l’extrême mansuétude parisienne comme si, malgré les réquisitions contraires du parquet pour le maintien en détention, le tribunal avait cédé à la démagogie, considérant que le plus urgent était de différer et de ne pas sanctionner d’emblée un comportement pourtant doublement répréhensible à cause de la qualité de la victime et de celle de l’auteur ? Convenait-il de questionner l’état psychologique pour trouver un prétexte, avec en plus un contrôle judiciaire la laissant libre, afin de ne pas sévir tout de suite comme il aurait fallu et probablement tirer des conclusions indulgentes le 1er juin ? Tout a été fait pour effacer l’immédiateté gravissime de l’acte au profit d’un atermoiement dont on est sûr qu’il ne marquera pas le moindre coup d’arrêt pour les tentations du même type à venir.

Partant d’un éditorial du Monde pour rejoindre un épisode judiciaire, je n’ai pas quitté au fond le thème sur « l’illusion du toujours moins répressif ». Qu’il soit difficile pour le progressisme élégant et pour une certaine magistrature de recevoir de plein fouet l’enseignement d’une réalité dérangeante, je l’admets bien volontiers.

Mais ils ne sont pas seuls au monde. Pendant qu’ils se mirent dans leur belle mansuétude, une société se désespère. Je comprends celle-ci.


[1] L’illusion du « toujours plus » carcéral, Le Monde, 3 mai 2022.

Le Mur des cons

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Revue royaliste: une restauration

Dynastie, un magazine de qualité qui parle des familles royales à travers l’histoire et le monde, vient de voir le jour. Elle prend la suite d’un titre qui a fleuri dans les années 80 avec Stéphane Bern comme rédacteur en chef. Cette revue historique et culturelle frappe fort en consacrant son premier dossier à une monarque toujours en pleine activité, la Reine Elizabeth.


Si vous aimez les têtes couronnées, vous aimerez Dynastie. Cette revue est à la fois nouvelle et ancienne, puisque c’est sous ce titre qu’ont paru 67 numéros, de 1985 à 1987, consacrés aux différentes maisons royales dans le monde. Stéphane Bern en était le rédacteur en chef. Or, elle vient de renaître sous la houlette d’un homme qui participa à la première aventure de la revue, Philippe Delorme. Pour souligner une continuité à peine ébranlée par l’interruption de 35 ans (avec la royauté, on est dans le temps long), Stéphane Bern figure parmi les contributeurs à ce premier numéro : il a permis à la rédaction de venir chez lui pour interviewer Son Altesse Royale la Grande-Duchesse de Luxembourg. La publication sera trimestrielle, le papier est de qualité et l’iconographie est abondante. Le prix, 10€ le numéro, n’est pas exactement princier mais implique un lectorat composé d’honnêtes gens. Il y a un site web, revuedynastie.fr, dont le rédacteur en chef n’est autre que notre ami, Frederic de Natal, un contributeur de longue date à Causeur.

Le premier numéro de Dynastie met en couverture la Reine Elisabeth II

La transmission à l’honneur

Le sous-titre de la revue étant « Les familles qui font l’histoire », on pourrait supposer qu’il s’agit d’un magazine people, d’une sorte de Closer focalisé sur le Gotha plutôt que sur Hollywood. Mais on aurait grand tort. Dynastie est infiniment plus érudit et plus respectueux de ses sujets (qui, pour la plupart, ne sont pas des sujets). La profession de foi de la revue parle de « redonner à ses lecteurs le goût de l’histoire dont ils héritent ». Ce qui compte ici, ce ne sont pas des potins sur tel ou tel descendant d’une famille noble, mais le patrimoine culturel de l’humanité. Fidèle à sa mission, la revue étale sur ses 112 pages toute la richesse des traditions royales à travers le temps et l’espace, de l’antiquité à nos jours, de la Serbie à la Birmanie.

A lire aussi: «Courtoisie»: le réveil de la matinale

L’éclecticisme va jusqu’à embrasser la descendance de Joachim Murat, installé par Napoléon sur le trône de Naples. Cela n’est pas pour plaire à la maison de Bourbon-Deux Siciles, mais la revue est bien plus dans l’enthousiasme pour tout ce qui, de près ou de loin, semble royal que dans la résolution des luttes dynastiques.

Une des raisons d’être des rois et des reines a toujours été de promouvoir les sciences et les arts. Il y a un bel hommage aux frères Bogdanov, descendants d’une princesse austro-bohémienne, qui, pour ceux qui les ont connus personnellement, faisaient toujours preuve d’une générosité et d’une courtoisie dignes de leur lignée. Dans le même registre, la Grande-Duchesse Maria-Teresa remarque que le travail humanitaire représente une « nouvelle chevalerie ». On pourrait même dire qu’il prolonge ce qu’il y a de meilleur dans l’ancienne.

Hommage à la reine d’Angleterre, Elizabeth II

En effet, Dynastie embrasse tout ce qui incarne une tradition défiant le temps. On y trouve un article sur Jordi Savall, le grand champion de la musique ancienne, à qui on ne reprochera pas l’anti-monarchisme de certains de ses compatriotes catalans ; un entretien avec Emmanuel Bréguet, de la famille des horlogers ; ou une interview avec l’académicien, Jean-Marie Rouart. On apprend aussi des faits curieux. Aux Etats-Unis, un descendant de Napoléon a créé l’organisation précurseur du FBI. Quand l’empereur Hirohito a annoncé à la radio la reddition du Japon le 15 août 1945, c’était la première fois que ses sujets avaient entendu sa voix, et sa langue était si archaïque qu’ils n’ont pas compris ce qu’il disait.

Pourtant, là où la nouvelle/ancienne revue frappe très fort, c’est en consacrant son premier dossier à la doyenne des monarques de notre temps, la reine Elizabeth, qui célèbre son jubilé de platine cette année. Côté pédagogie, les néophytes peuvent découvrir sa généalogie, la composition du Commonwealth ou l’explication du blason personnel de Sa Majesté. Le plus précieux ici, c’est le regard des historiens français sur la monarchie britannique qu’ils sont capables de situer dans le contexte des familles royales de l’Europe et d’au-delà. Pour les Britanniques eux-mêmes, l’existence d’une monarchie fait partie de la routine quotidienne et ils ignorent avec trop de superbe l’existence d’autres têtes couronnées. Dans une fine analyse, Franck Ferrand rend hommage à « cette femme d’exception » qui « a tout surmonté bravement, noblement ». Les derniers malheurs qu’elle a dû supporter sont la perte de son époux, le prince Philip, et les âneries de son petit-fils, Harry, manipulé par une opportuniste wokiste. L’évêque anglican de Truro, en Cornouailles, est interrogé sur la fonction ecclésiastique de la Reine, et l’écolo, Yann Arthus-Bertrand, sur le prince Charles, cet agronome épris d’architecture et de philosophie assez new age. Quand il succédera un jour à sa mère, il sera bien avisé d’imiter son exemple et d’éviter toute forme d’ingérence dans le domaine politique.

Pourquoi les communautés humaines ont-elles si souvent eu non seulement des chefs, mais des chefs royaux ?

Si nous sommes loin ici de la presse people, il est néanmoins vrai qu’une grande partie du public est fascinée autant par les images et anecdotes des familles nobles que par celles des vedettes du monde du divertissement. La fascination royale a précédé et préparé notre actuelle société du spectacle. Ce fait apparemment banal soulève une question profonde à propos de la royauté. Pourquoi les communautés humaines ont-elles si souvent eu non seulement des chefs, mais des chefs royaux ? La réponse à cette question, qui est si cruciale – même aujourd’hui – pour comprendre le phénomène de la royauté, ne peut être que d’ordre anthropologique. La réponse ne peut être trouvée que du côté du sacré, des préoccupations humaines concernant la vie, la mort et la survie. Comme le suggère la référence aux « familles » dans le sous-titre de Dynastie, l’obsession aristocratique avec la généalogie traduit un besoin humain fondamental de continuité, de lien avec des origines et d’organisation du processus biologique par lequel les nouvelles générations viennent au monde. La question de la royauté appelle des plongées profondes dans le psyché humain.

A cet égard, nous avons l’exemple des travaux de l’anthropologue belge, Luc de Heusch (1927-2012), auteur, entre autres, d’Écrits sur la royauté sacrée (1987). Des chercheurs contemporains continuent à se pencher sur le sujet. Vous me direz que de telles élucubrations n’ont pas leur place dans une revue « grand public ». Pourtant, l’exemple des Bern et des Ferrand montre tout ce qui peut être fait par la vulgarisation historique au sens le plus noble du terme. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est une vulgarisation anthropologique. C’est d’autant plus urgent à l’heure où l’identité de genre, la GPA et le transhumanisme menacent la reproduction de l’espèce humaine telle que nous la comprenons. La nouvelle revue royaliste relèvera-t-elle le défi de cette vulgarisation anthropologique ? Un preux chevalier ne saurait refuser un défi…

Le droit au squat?

Quand son logement est illégalement occupé, déloger le squatteur est un long calvaire. Les cas se multiplient sur le territoire national. À Marseille, les habitants d’une cité ont carrément été contraints de quitter leurs appartements dans le XVème arrondissement, à la suite d’une occupation ultra violente par des Nigérians.


Tout le monde connaît cette fable délicieuse et instructive de La Fontaine qui vient illustrer l’actualité du jour : « Le Chat, la belette et le petit lapin ». Jeannot Lapin est sorti faire sa cour à l’aurore « parmi le thym et la rosée. » Après avoir « brouté, trotté, fait tous ses tours », il revient à son logis, qu’il trouve occupé par dame Belette « au nez pointu. » Elle a trouvé, dit-elle, un logis vacant, refuse de déloger, affirmant son droit à l’occuper. Le propriétaire ne se laisse pas faire et lui oppose « la coutume et l’usage » c’est-à-dire la loi et la jouissance. Il occupe effectivement ce logis hérité de son père. Vaine argumentation ! Rien ne vient à bout de la mauvaise foi de cette belette indigéniste qui connaît les lois— c’est une rusée— et  lui oppose le droit du plus fort— c’est une squatteuse. On connaît la suite et la fin: le recours à la justice où les protagonistes se font avoir tous deux par l’arbitrage de plus fort qu’eux, le Chat Grippeminaud. Sa justice expéditive montre un vide juridique toujours existant concernant le droit de propriété privée sous la forme du squat.

Le squat est devenu, en effet, une affaire souvent dramatique. Dans la matinale de Sud Radio (voir vidéo plus bas), Elisabeth Lévy évoque, parmi d’autres, le cas de cet habitant de Haute- Savoie chassé, par trois fois, de sa maison, après une absence, et qui ne peut réintégrer ses pénates. Ou celui, dramatique, d’une femme de ménage de 59 ans, qui ne peut réintégrer son studio. Le week-end dernier, soixante habitants d’une cité de Marseille ont été contraints de quitter leur appartement dans le XV ème arrondissement, à la suite de l’occupation ultra violente de squatteurs nigérians. Le contexte est différent de la fable : une ville, une cité, des gangs, des trafiquants de drogue, la prostitution. Le résultat est le même : la violation d’un droit. Face à ces exactions, la justice se met elle-même dans une situation d’impuissance. En effet, l’instrumentalisation du droit, appuyée sur la filière de l’immigration et celle, anticapitaliste, du DAL, avec les réseaux maffieux, paralyse toute action pour faire respecter le droit de propriété.

Certes les conditions d’expulsion des squatteurs se sont durcies récemment, du moins en théorie, car, dans la pratique, les préfets sont encore frileux face au recours à  la force publique. De sorte qu’un propriétaire qui va en justice ne se sort jamais aisément — s’il s’en sort— d’une affaire de squat. Il suffit de regarder le site Service-Public.fr pour juger de la complexité des démarches concernant une expulsion, selon que l’occupation résulte d’une effraction, d’une tromperie, d’une intimidation, d’une menace, d’une violence, de la nature du bien, et selon la durée d’absence qu’il faut prouver. Et le droit en arrive à se retourner contre lui-même : le droit de propriété se heurte aux « droits du squatteur », aux droits de l’enfant, au « droit d’humanité ». Ajoutez le militantisme d’associations caritatives, et il ne vous reste plus, si vous êtes squatté, qu’à aller rendre la pareille à vos voisins partis en vacances.

Plus sérieusement, que devient notre État de droit ? On attaque des pompiers, des policiers. Notre pays est gangrené par l’insécurité. À moins d’avoir des gardiens, faudra-t-il faire attention quand on quittera son terrier pour des vacances ? Rappelons que le droit à la propriété est un droit fondamental inscrit dans la Constitution et la Déclaration des droits de l’homme. Et que le squat, ce n’est pas l’hospitalité. Hébergez qui vous voulez, mais ayez en tête le cas, évoqué par Elisabeth Lévy, de cette femme de ménage de 59 ans qui a voulu s’immoler, place de l’Hôtel de Ville, en janvier dernier à Paris, confrontée aux problèmes juridiques sans fin de l’occupation illégale de son studio par des squatteurs.

Génération trans: «Je ressens donc je suis»

La dysphorie de genre, causes et effets. Une tribune libre de Sophie Audugé, déléguée générale de SOS Education.


Aux États-Unis, en 2008, un étudiant sur 2 000 s’identifiait transgenre. 13 ans plus tard, en 2021, ils sont 100 fois plus nombreux : 1 sur 20 se disent transgenres. En Suède, en 2001, 12 jeunes de moins de 25 ans étaient diagnostiqués dysphoriques. 17 ans plus tard, en 2018, ils étaient 1 900. Au Royaume-Uni, les demandes de transition d’enfants augmentent de 2 570 % par an.

Que s’est-il passé ces deux dernières décennies dans nos sociétés occidentales auprès de la jeune génération pour provoquer une telle « euphorie transgenre » ? Ce sujet loin d’être anodin est à prendre très au sérieux, car les transitions de genre engagées par certains enfants dans l’hexagone ne sont pas sans risques. Elles s’avèrent souvent irréversibles et peuvent créer beaucoup de tourments, sans réellement répondre à un besoin identitaire. 

Mais attention : pour aborder un tel sujet, il faut prendre des gants. Il s’agit là d’une question épineuse, qui nécessite quelques préalables.

Génération TikTok et Photoshop

Rappelons pour commencer que nous parlons ici d’enfants. Et plus précisément de la génération gavée d’injonctions identitaires contradictoires, faites d’images photoshopées édifiant dans l’imaginaire des jeunes un idéal esthétique plastique, inatteignable si l’on s’en tient à ce dont dame nature dote l’immense majorité de l’espèce humaine !

Une sémantique lourde de sens

Il faut le dire sans l’ombre d’un doute: orientation sexuelle, identité sexuelle et identité de genre sont des notions très différentes. Ne soyons pas dupes, mêler les trois constitue la pierre angulaire d’un processus d’endoctrinement de masse.

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Par ce biais sémantique, il devient impossible d’interroger la notion d’identité de genre sans être automatiquement accusé d’homophobie ou de transphobie. Pourtant il convient d’interroger cette notion nouvelle, car elle cible une population vulnérable.

Une idéologie fléchée sur les enfants

En effet, l’emballement actuel porte sur des enfants mal dans leur peau qui se mettent dans la tête qu’ils sont nés dans le mauvais corps, alors que la majorité d’entre eux ne fait que connaître un trouble identitaire propre à l’adolescence. Sous la doctrine actuelle d’affirmer, l’identité de genre telle que dit la ressentir l’enfant, l’adulte participe à la mise sous le tapis d’une souffrance identitaire bien réelle que malheureusement la transition vers l’autre genre ne résoudra sans doute pas. Le fait d’apposer l’étiquette de dysphorie de genre est un passeport pour la prise d’hormones et des chirurgies aux conséquences physiques et psychiques lourdes et irréversibles, dont l’enfant n’a absolument pas conscience.

Une idéologie genrée qui ne dit pas son nom

Le genre est une construction sociale, alors que le sexe est un organe physique constaté à la naissance, associé à un processus de développement biologique global de l’être humain, corrélé au cerveau.

Se focaliser sur le genre relève d’un parti pris idéologique qui édicte en norme de référence les stéréotypes de genre, tout en prétendant lutter contre.

Rappelons que le fonctionnement biologique systémique, qui régit le développement et la maturité émotionnelle de l’être humain sexué, comporte des phases de bouleversement hormonal et identitaire qui se stabilisent pour près de 90% des jeunes après la puberté. Le nier relève du déni de réalité.

À lire aussi, Gil Mihaely: Bon chic, mauvais genre

Aujourd’hui, on assiste à une croissance sans précédent du nombre de jeunes adolescents qui s’auto déclarent, du jour au lendemain, « être nés dans le mauvais corps ». Ce sont en grande majorité des filles, sans aucun antécédent dans la petite enfance, qui ont eu connaissance de la dysphorie de genre sur les réseaux sociaux et dans les médias. Les scientifiques parlent de dysphorie à déclenchement rapide et tardif.

Génération filles à barbe

Les chiffres vertigineux qui inquiètent les médecins, les pédiatres et les psys, ravissent les industries pharmaceutiques et les cliniques privées de chirurgie esthétique. Il faut dire que le changement de genre induit la prise de médicaments à vie… (bloqueurs de puberté, hormones du sexe opposé) et diverses chirurgies pour atteindre les marqueurs physiques du genre ressenti, chirurgie plastique (front, cou, voix…) et chirurgie plus lourde : ablation ou constitution, du haut (seins et torse) ou du bas (changement de sexe).

Tout ceci s’organise dans une mouvance trans affirmative portée par des lobbys internationaux d’une puissance inouïe qui infiltrent tous les pans de la société mercantile. Évidemment l’envers du décor n’est jamais évoqué : patient à vie, chirurgies invasives, risques sur la santé physique et psychique… rien de cette face noire n’est annoncé, seule la belle histoire et le pays des rêves est donné à voir. Le dernier bastion franchi étant bien sûr la décision des studios Disney de recruter 50% d’acteurs transgenres dans leurs prochaines productions. Les acteurs en herbe savent ce qu’ils leur restent à faire pour jouer dans un film Disney.

En France, où en sommes-nous ?

En France, l’infiltration est plus récente mais elle n’en est pas moins inquiétante tant la contagion se répand via les réseaux sociaux par le cercle « d’amis » et maintenant par des clusters dans les écoles. Les autres pays font tous marche arrière, mais dans l’hexagone nous allons droit dans le mur. En effet, le 29 septembre 2021, une circulaire intitulée : “Pour une meilleure prise en compte des questions relatives à l’identité de genre en milieu scolaire” du ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer, a été diffusée à l’ensemble des personnels de l’éducation nationale. Cette circulaire Blanquer, sous l’apparence d’un véritable manifeste, a vocation à fixer les règles d’accueil des élèves transgenres à l’école. Sous couvert de tolérance et de politique soi-disant inclusive, elle n’en constitue pas moins une véritable bombe à retardement pour nos enfants, en cela qu’elle fait entrer une idéologie militante dans les établissements scolaires alors que la France était jusqu’à maintenant plutôt préservée de ce phénomène véritablement anglo-saxon. Elle normalise et banalise également une pratique qui n’est pas sans risque pour les enfants. Rappelons tout de même que l’école n’a pas pour rôle de diffuser des idéologies, mais de transmettre des savoirs.

Et les parents dans tout ça ?

En réalité, pour les jeunes embrigadés dans l’euphorie trans, sous perfusion d’injonctions trans affirmatives diffusées par les réseaux d’influence sur internet, ils ne parlent déjà plus de leurs parents, mais de leurs géniteurs, quand ils dévoilent leur transidentité. Elle doit être accueillie comme une évidence, un fait avéré par leur ressenti indiscutable : je suis né(e) dans le mauvais corps, un point c’est tout, vous devez l’accepter… Les parents découvrent alors, stupéfaits, que depuis plusieurs mois leur enfant est sous emprise. Il a été adopté par une famille arc-en-ciel qui l’aime et l’accueille comme il se ressent.

À lire aussi, du même auteur: Circulaire sur l’identité de genre en milieu scolaire: «Il y aura un avant et un après»

Pour les parents, le choix est cornélien : accepter de faire le deuil de leur enfant tel qu’il est né et accepter le changement de sexe ou résister à la contagion idéologique trans affirmative. Mais la résistance bienveillante a un coût très élevé pouvant aller jusqu’à la rupture. Les parents découvrent alors leur enfant en colère, borné, refusant d’aborder posément le sujet et d’entendre une autre voix que la sienne. Certains révèlent une agressivité voire une violence dans leurs propos ou leurs gestes. Ce qui revient le plus dans les récits est la perte de tout attachement émotionnel avec la famille : les ponts sont parfois déjà coupés du côté de l’enfant. 

Un phénomène qui masque souvent d’autres pathologies

Pour les parents qui ont l’intime conviction que leur enfant traverse une crise identitaire profonde, une phase de déprime, ou qu’il souffre d’autres pathologies influant sur son état psychologique, c’est tout simplement un cauchemar qui démarre. Pourtant, là encore, les pays du nord qui ont une dizaine d’années d’avance sur nous constatent que parmi ces jeunes se déclarant être nés dans le mauvais corps tardivement (12-14 ans), une majorité d’entre eux souffrent d’autres pathologies, certaines corrélées à des spécificités cognitives (dépressions, troubles alimentaires, traumas consécutifs à des abus, spectre autistique, haut potentiel, TDAH…).

Pour l’enfant, se convaincre d’être dysphorique de genre permet d’étouffer cette souffrance, mais de manière très éphémère. Quand l’effet d’euphorie va redescendre, l’enfant aura compris que changer de sexe n’était qu’une illusion, et la chute sera brutale. Comme en témoigne cette dé-transitionneuse dans le documentaire anglais Transgender Kids : Who knows best ? « Si je m’adressais à une fille atteinte de dysphorie de genre qui déteste son corps autant que j’ai détesté le mien, je lui dirais de sortir dehors, d’aller jouer dans la boue, de grimper aux arbres, de trouver une manière d’habiter son corps selon ses propres volontés. Maintenant à cause de ma transition, j’aurai pour toujours un corps de femme effrayant. J’aurai toujours une poitrine plate et une barbe et je ne peux plus rien. »

Un homme averti en vaut deux

Rappelons que nous parlons d’enfants qui n’ont pas la maturité de savoir de manière certaine ce qui est bon pour eux. Oui, un enfant peut se tromper sur lui-même et ce faisant, se mettre en danger. C’est à nous les adultes de l’en protéger. Cela ne veut pas dire ne pas entendre cet appel à l’aide, cette souffrance véritable. Cela veut dire accompagner son enfant, maintenir le lien autant que possible avec lui, gagner du temps, et mener un travail exploratoire avec des professionnels de santé.

Pour certains, une infime partie, ce long chemin aboutira au constat que le changement de sexe est vital. Mais ils sauront qu’il est coûteux à tout point de vue et notamment sur leur santé physique. Ils pourront alors compter sur l’amour inconditionnel de leur famille qui les aura accompagnés dans ce parcours complexe à la recherche de leur identité. SOS Éducation, comme d’autres associations françaises, propose aux parents et aux personnels éducatifs des temps d’échange, une information documentée, et une mise en lien afin d’agir au mieux dans l’intérêt supérieur de l’enfant.

Il convient, pour les familles traversant cette épreuve, d’être accompagnées au plus près en trouvant les soutiens les plus compréhensifs et les plus aptes à les épauler. Il va falloir néanmoins s’armer de courage pour éviter que cette idéologie ne bouleverse trop notre jeunesse, et aider nos jeunes à retrouver des espaces d’enchantement pour qu’ils ne versent pas dans des doctrines cousues de fil blanc.

La fabrique de l’enfant transgenre

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La question trans

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Esprit de la science, es-tu là

Le professeur Raoult, copieusement vilipendé et moqué par les médias et les politiques pendant la crise sanitaire, incarne quelque chose du véritable esprit scientifique. Il vient de nous rappeler que le progrès scientifique n’est pas linéaire et tranquille.


Le Professeur Raoult, flanqué de ses deux avocats, a donné il y a quelques jours une conférence de presse. Il s’agissait de communiquer les conclusions du Conseil de l’Ordre des médecins à son sujet. On se souvient de la cabale lancée contre lui, du torrent d’insultes et d’accusations  dont il a été l’objet. Il nous fut présenté tour à tour comme un dangereux farfelu dont l’un des doigts osait s’orner d’une bague impertinente normalement réservée aux fans de rock satanique ; comme un charlatan – parce qu’il tentait de soigner ses malades, qui plus est sans aucun enrichissement personnel ; comme un irresponsable qui, au lieu d’aboyer les plus sages recommandations émanant du Conseil de Défense Sanitaire mis en place par notre président bien aimé, se permettait de faire part au public de ses observations et réflexions, au prétexte imbécile qu’il est reconnu comme l’un des plus grands spécialistes mondiaux des maladies infectieuses et des épidémies. Dernière motte de boue en date, il se serait lancé dans des essais thérapeutiques sauvages dans le traitement des tuberculoses résistantes.

Il a donc tenu à nous informer lui-même des résultats de l’instruction de ce sulfureux dossier, qui a débouché sur un blâme à lui adressé par le Conseil de l’ordre, non pour un quelconque manquement dans sa pratique médicale, mais pour défaut de courtoisie envers ses confrères. Maigre résultat pour ses détracteurs, si prolixes dans leurs réquisitoires. Il y a bien quelque ironie à pointer le manque de courtoisie d’un homme qui, de son côté, a été menacé de mort par un aimable confrère… Mais le Professeur Raoult, en philosophe, prend acte de la nécessité pour le Conseil de l’Ordre, embarqué dans la tempête, de marquer le coup.

Las, le feuilleton n’est pas clos, et les journaux relaient maintenant à grands cris non la teneur de la conférence de presse qu’il a donnée mais les poursuites que l’ANSM compte engager contre lui en appel. Ces mêmes journaux restent plus discrets en ce qui concerne les diverses plaintes déposées en retour par le Professeur Raoult pour diffamation, dénonciation calomnieuse, violation de système informatique avec divulgation de données personnelles –  plaintes matériellement constituées que pourtant la justice, selon les avocats du Professeur, ne semble pas spécialement pressée d’instruire, elle non plus.

Le mystère Raoult

Nous verrons bien à quelle embouchure finira de se déverser ce maëlstrom. En attendant que la justice ait fait son travail, comme on dit, une question se pose, que le Professeur a lui-même articulée en introduction de sa conférence de presse. Comment expliquer qu’en dépit de tous les hurlements d’indignation vertueuse qu’il arrache à la meute journalistique comme à certains de ses confrères revêtus de la toge médiatique en sus de la blouse blanche, ou aux politiciens qui le conspuent de bon cœur, comment se fait-il, donc, qu’en dépit de ces innombrables cris d’orfraie, le Professeur Raoult demeure une sorte de héros aux yeux d’une large part de la population ? Comment se fait-il que dans un pays peuplé de tant de gens qui ne sont rien et qui feraient mieux d’écouter les journalistes et leur ministre de la Santé, ses bulletins hebdomadaires et ses conférences scientifiques soient devenues si prisées ? A ce paradoxe, il est plusieurs explications possibles.

C’est peut-être d’abord qu’en vrai médecin, il n’a pas abandonné ses malades à eux-mêmes, avec la simple bénédiction du sacro-saint doliprane en attendant d’étouffer. On a négligé ce trivial aspect des choses, mais lorsqu’on souffre, lorsqu’on a peur, il est bien réconfortant de trouver une main secourable, qui tente quelque chose pour vous, même et surtout si votre cas paraît désespéré. D’autres, n’étant même pas dans cette douloureuse situation d’être malades pour de bon, effrayés de l’idée et non de la chose, n’ont-ils pas obéi au même genre de penchant en se ruant sur le premier vaccin venu, encore en phase expérimentale ? Tous ces gens qui ont tremblé ensemble et cherché leur salut comme ils pouvaient devraient se comprendre et s’embrasser, au lieu de se livrer aux invectives. 

Après tout, était-il plus raisonnable de confier tous ses espoirs à une technologie de vaccination toute nouvelle, plutôt qu’à un médicament si bien éprouvé qu’il était en vente libre jusqu’en janvier 2020 ? Il faut bien admettre que cela se discute, d’autant que cette nouvelle technologie de vaccination ne s’est pas révélée, a posteriori, la panacée qu’on nous avait, au sens propre, vendue.

Si Raoult n’a pas démérité aux yeux de nombreux Français c’est peut-être aussi, quoiqu’il en soit de la méfiance subite et viscérale qu’inspire l’hydroxychloroquine depuis janvier 2020, que la mortalité à l’IHU de Marseille a en effet été moindre qu’à l’APHP à Paris – n’en déplaise à Martin Hirsch. Il faudra bien un jour se demander pourquoi. En attendant, il n’est pas aberrant d’accorder sa confiance sur la base des résultats obtenus. D’ailleurs cette fameuse hydroxychloroquine, comme d’autres traitements, est aujourd’hui dûment recommandée pour le traitement précoce du coronavirus dans des dizaines de pays. On pourra toujours objecter que ces contrées ne sont pas dirigées par un président aussi beau et intelligent que le nôtre. Mais la France a-t-elle vraiment de quoi faire parade de sa politique sanitaire, elle qui figure parmi les pays où le taux de mortalité a été le plus élevé ?

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Par-delà ces considérations pratiques immédiates, si le Professeur Raoult reste si cher au cœur du public, c’est peut-être aussi qu’à rebours de tous les sobriquets dont on s’est plu à l’affubler, en dépit de tous les reproches qu’on a pu et qu’on pourra lui faire, il incarne quelque chose du véritable esprit scientifique. J’ai bien conscience d’oser là une hypothèse qui paraîtra audacieuse à l’endroit de celui qu’on a vilipendé comme un représentant de l’anti-science.

Pourtant il faut reconnaître qu’il a su, face à ceux qui cédaient à la panique, et à ceux  qui peut-être s’y enivraient, garder la tête froide. Qu’il a su dire, tranquillement, “je ne sais pas, je ne suis pas devin”. Qu’il a pris soin de souligner la précarité du savoir scientifique, sa constante et nécessaire évolution. Qu’en chercheur libre de tout conflit d’intérêt avec les laboratoires pharmaceutiques, respectueux sans servilité vis-à-vis du pouvoir politique, il a manifesté la curiosité et l’ouverture d’esprit qu’on attend d’un homme de science, développant les tests et le séquençage génomique des souches virales, n’écartant aucune stratégie par principe, mais prenant à tâche d’en observer et d’en évaluer l’efficacité, à l’appui de comparaisons et de mises en perspective constantes des données disponibles dans quelque pays que ce soit. Qu’il a estimé enfin de son devoir, en tant que chercheur, universitaire et spécialiste, de communiquer ses observations et ses recommandations au public, malgré les menaces, les injures et les critiques les plus féroces. Le courage n’est pas, en matière de science comme ailleurs, la moindre des vertus.

Dans l’atmosphère étouffante mêlée de censure, d’hystérie, de certitudes satisfaites, il a offert au public l’oxygène de l’intelligence, du calme et de l’ouverture d’esprit. Il ne faut pas se demander pourquoi tant de Français lui en savent gré, et pourquoi même certains en ont fait leur champion.

Le progrès de la science n’est pas linéaire et tranquille

La partie la plus intéressante de sa conférence de presse et de son dernier bulletin d’information consistait justement en l’évocation de l’état actuel de la science. Il a battu en brèche l’attitude naïve qui consiste à croire que la connaissance scientifique est pure et son progrès linéaire et tranquille. On supposait jusqu’ici que seuls les enfants étaient victimes de cette illusion, mais non : combien d’adultes se sont étonnés bruyamment, en 2020, du fait que tous les médecins ne soient pas d’accord entre eux ? A un phénomène aussi complexe que celui des épidémies, on voulait une réponse simple ; devant un virus nouveau et inconnu, une analyse univoque et définitive. L’un des plus grands mérites du Professeur Raoult est de rappeler que le processus d’acquisition de la connaissance scientifique est laborieux, et d’autant plus laborieux qu’il est impur.

Il a rappelé en effet comment la démarche de la science est d’abord freinée par les habitudes culturelles, par les mentalités ancrées, qui font naturellement obstacle aux propositions qui les bousculent. Renoncer à la vérité d’hier et d’aujourd’hui pour entrer dans une nouvelle manière de voir est coûteux en énergie : il y faut du temps, ou bien que le jeu en vaille la chandelle ; on commence presque toujours par y résister.

Mais la science est aussi travaillée par les rivalités personnelles, institutionnelles, politiques : il y a là bien des intérêts de pouvoir et de carrière qui sont autant de biais dans le processus de production de la connaissance, comme dans la gestion de ses applications. Le Professeur Raoult pointe d’ailleurs, dans la gestion de la politique sanitaire, un problème de casting, observant qu’on n’a pas mis aux manettes les meilleurs spécialistes en matière d’infections respiratoires épidémiques. Et le plus béotien en la matière a malheureusement fort envie de le croire, s’il s’en rapporte à la médiocrité de certains membres du gouvernement que Macron a cru bon de nommer.

Mais ce n’est pas tout : la science doit encore compter avec les intérêts financiers. La figure du charlatan, qui sans scrupule vante ses drogues les moins efficaces pour s’enrichir, nous est familière, et celui-là, nous croyons sans peine qu’il existe. Seulement nous avons tendance à oublier que la charlatanerie, comme toutes choses de nos jours, d’artisanat a dû nécessairement passer à l’industrie. Elle en a, évidemment, les moyens : de gigantesques firmes pharmaceutiques ont désormais barre sur la recherche, sur les publications, sur les scientifiques qu’elles rémunèrent. La plupart d’entre nous cependant s’incline devant ces géants et s’interdit de soupçonner qu’ils puissent être animés par autre chose que la philanthropie. Mais si vous vous méfiez des garagistes, croirez-vous toujours les yeux fermés que l’industrie pharmaceutique, qui pèse plus lourd que les Etats, n’a jamais en tête que votre bien ?

Tandis que l’on s’acharne sans répit sur le Professeur Raoult, il semble qu’on détourne pudiquement les yeux de la liste des amendes faramineuses infligées pour fraude, corruption, voire charlatanerie aggravée, à ces mêmes géants pharmaceutiques qui nous ont fourgué leurs vaccins, qui pis est sur la base de contrats particulièrement opaques. Et on prête gentiment nos oreilles aux bons conseils de Mac Kinsey, achetés à prix d’or, sans nous inquiéter outre mesure du palmarès de ce cabinet de conseil américain qui, rappelons-le, a officié auprès de Perdue pour la diffusion de ses opioïdes, responsables de la mort de plusieurs centaines de milliers de patients aux Etats Unis ; Mac Kinsey a d’ailleurs préféré payer par avance la justice américaine pour qu’elle abandonne ses poursuites. En matière de conseils respectueux de l’éthique médicale, on repassera. Qu’il soit donc permis, à tout le moins, de poser la question des biais que pourraient induire les intérêts colossaux en jeu pour ces firmes dans nos politiques sanitaires, sans être aussitôt renvoyés au complotisme – ou à la paranoïa, argument en vogue aux beaux jours du soviétisme.

D’autres épidémies viendront

Car la seule voie que peut emprunter la science pour déjouer tous les biais qui la hantent, sans compter ses propres erreurs, c’est d’en appeler à la controverse, au débat contradictoire. Brandir sans cesse un consensus scientifique, le défendre comme un dogme religieux par la censure, les injures, les anathèmes jetés sans l’ombre d’une hésitation contre des scientifiques par ailleurs renommés comme les meilleurs du monde, c’est frapper à coup sûr la science de stérilité. C’est la démarche la moins scientifique, la moins raisonnable qui soit. Encore si, par un tel entêtement, un tel aveuglement, on ne risquait que de rétrograder dans notre capacité à produire de la connaissance pure : nous en serions quittes pour la honte. Mais les enjeux sont également tristement pratiques.

Il faudrait se demander pourquoi notre parc hospitalier est aujourd’hui matériellement et humainement si délabré : ceux qui étaient censés veiller à son bon fonctionnement ont dû s’égarer quelque part dans leurs petits calculs. Et la déconnexion qu’on commence à observer,  comme le rappelle le Professeur Raoult, entre la richesse d’un pays et l’espérance de vie de sa population, suggère que l’argent peut acheter la science, mais pas le progrès.

Quant à la gestion de la politique sanitaire, si certains spéculent sur les morts que le confinement et la vaccination auraient permis d’éviter, d’autres ont bien envie de demander compte des vies qui auraient pu être sauvées si l’on ne s’était pas entêtés dans un refus radical de tout soin précoce. Nous savons bien que d’autres épidémies viendront ; nous avons tous intérêt à ce qu’elles soient gérées du mieux possible. Il serait vraiment temps de mener, de la manière la plus transparente possible, une étude comparée des résultats des différentes politiques sanitaires adoptées dans le monde, comme une évaluation raisonnée et sincère du rapport entre le bénéfice et le risque des vaccins selon les classes d’âge, en regard de la véritable imputabilité des décès au coronavirus. Il serait plus intelligent et profitable à tous de réfléchir et débattre sans dogmatisme, plutôt que de censurer et d’ostraciser ceux qui se posent des questions parfaitement légitimes.

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Nous ne pouvons nous empêcher de penser ici au Malade imaginaire de Molière. Il s’y trouve une scène moins bouffonne que les autres, en l’espèce d’un débat argumenté entre Argan et son frère Béralde. Ce dernier fustige la faiblesse des hommes qui s’en laissent conter par de prétendus experts, qui nous font prendre “des mots pour des raisons, et des promesses pour des effets” ; Argan est bien sûr piqué au vif, outré qu’on puisse porter le fer de la critique dans le corps de la faculté. Pour désamorcer sa colère, son frère l’invite à voir sur le sujet une comédie… de Molière. L’hypocondriaque déverse alors sa bile contre cet auteur impertinent ; et le voilà qui prône la censure, cependant que Béralde défend le droit à la satire. La mise en abyme est jouissive, d’autant que Molière jouait le rôle-titre, débitant à plaisir des injures adressées à lui-même. Mais le plus intéressant, c’est le lien que Molière établit entre le savoir véritable et la liberté d’expression. Seule la liberté de la critique peut nous permettre de distinguer entre les mots ronflants et les raisons solides, entre les promesses dans le vent et les effets véritables. Sans la liberté de la critique, nous restons éblouis par la profession des bonnes intentions ; mais les pires des tyrans ont toujours su en afficher.

Nous avons un besoin urgent de retrouver le respect de la liberté d’expression – et dans tous les domaines où il est urgent d’user de sa raison : Montaigne n’était pas médecin, qui invitait chacun à frotter sa cervelle contre celle d’autrui. Seul le risque d’un débat sincère et contradictoire peut nous donner une chance de démêler les meilleures solutions à tous les problèmes qui se posent à nous. Les maux dont souffre la science sont sans doute les mêmes que ceux dont la politique et toute la société sont empêtrés : ceux qui sont incapables d’incarner une autorité naturelle versent dans l’intimidation, la censure et l’occultation des faits, le parti pris et la malhonnêteté intellectuelle, au profit d’une bonne conscience paresseuse et des chasses gardées.

Si le Professeur Raoult n’avait fait qu’incarner la liberté indispensable à l’esprit scientifique, nous lui devrions déjà beaucoup. Le président Macron au soir du second tour, dans la prose exaltée et creuse dont il nous gratifie trop souvent, a voulu lui aussi placer son quinquennat sous les auspices de la raison et la science : mais s’il n’œuvre pas pour rétablir dans ses droits fondamentaux une saine liberté d’expression et de critique, s’il persiste à favoriser la vindicte plutôt que le débat, à griser ses fans de promesses en se moquant des effets, à laisser s’installer tranquillement les pratiques de censure au nom d’un bien autoproclamé, il n’aura rien fait pour la science ni la raison en général, ni pour la France en particulier.

La Guerre d’Ukraine: le choc des eschatologies politiques et le nouveau nomos de la terre

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La première phase de la guerre d’Ukraine s’est achevée avec l’échec de la prise de Kiev par les Russes et la chute de Marioupol. L’armée russe s’est maintenant recentrée, au moins à court terme, sur des objectifs plus réalistes : la conquête de la portion du Donbass sous contrôle ukrainien.  La guerre semble avoir aussi changé de nature : au début des hostilités, le conflit se présentait comme une « guerre de choix » pour un pouvoir russe qui avait manifestement sous-estimé le sentiment national ukrainien et surestimé les performances de son outil militaire, et comme une guerre aux enjeux proprement existentiels pour les Ukrainiens. On aurait donc pu penser que les difficultés de l’armée russe conduiraient soit à une crise politique à Moscou soit à une solution négociée. Or paradoxalement, c’est une tout autre évolution qui se profile. La population russe semble de plus en plus se rallier sinon avec enthousiasme, du moins de raison, aux décisions de ses élites politico-militaires. On invoque la propagande d’État et la pénalisation de l’opposition à « l’opération spéciale » ou encore la crainte d’un retour au chaos des années 90 en cas de défaite. Ces explications restent néanmoins insuffisantes.

Les pays occidentaux, en cherchant une victoire militaire ukrainienne sur le terrain plutôt qu’une solution négociée, semblent en effet avoir transformé les enjeux symboliques du conflit en réveillant ce que Nicolas Berdiaev voyait comme la dimension eschatologique sommeillant dans l’âme russe. Dans L’Idée Russe, ce dernier soulignait le fait qu’ « en Occident, la civilisation, parvenue à un très haut degré, étouffe de plus en plus toute conscience eschatologique », cette atrophie lui apparaissant à peu près complète dans un pays comme la France. Au contraire, « après le peuple juif », ce serait « le peuple russe » qui aurait « le mieux assimilé l’idée messianique ». « Par sa nature métaphysique et sa vocation dans le monde », il serait « le peuple de la fin » et Berdiaev d’ajouter que « l’Apocalypse a toujours joué un grand rôle aussi bien dans nos couches populaires que dans les milieux cultivés, parmi nos écrivains et nos penseurs ». Dans un passage aux accents qui semblent aujourd’hui prophétiques, le grand philosophe russe mettait aussi en garde ses contemporains contre une tentation, celle de laisser « l’idée messianique russe, cette idée pure du Royaume de Dieu, du royaume de justice » être « gâchée par l’idée impérialiste de volonté de puissance. »

La croyance en une « destinée manifeste » de la Russie traverse toute l’histoire de ce pays, depuis les écrits du moine Philothée sur la Troisième Rome jusqu’au Bolchévisme, en passant par la réflexion des slavophiles sur l’arriération « providentielle » de la Russie. Aujourd’hui, on retrouve cette thématique chez le penseur néo-Eurasianiste Alexandre Douguine. Reprenant la doctrine des cycles de l’école de la Tradition mais aussi certaines intuitions d’Heidegger, il voit dans l’Occident la terre du crépuscule et de l’oubli de l’Être où toutes les grandes questions existentielles sont occultées par les valeurs marchandes et le règne de la technique. La Russie au contraire, qui n’aurait pas complètement perdu le contact avec les puissances du chaos originaire et ce malgré une modernisation superficielle, aurait vocation à être le lieu d’un nouvel avènement (Ereignis), d’un retour de l’Être que le dernier Heidegger appelait de ses vœux. Chez Douguine, l’eschatologie philosophique de Heidegger rejoint les prophéties chrétiennes sur l’Armageddon et le dernier Antéchrist dont la société postmoderne serait la préfiguration. La Russie et plus particulièrement son président, Vladimir Poutine, seraient investis d’une mission de Katechon : le concept remonte à Saint Paul et désigne chez Carl Schmitt des figures historiques dont l’action retarde le triomphe des forces de ténèbres qui doivent précipiter les évènements de la fin.

Jusqu’à la guerre d’Ukraine, on pouvait être tenté d’écarter d’un revers de la main de telles spéculations si peu en phase avec l’air du temps, presque inintelligibles pour les hommes et les femmes « déconstruits » de la postmodernité. Le déclenchement d’un conflit que Douguine annonçait de longue date, nous interdit pourtant une telle désinvolture et ce, d’autant plus que les hostilités en plus de prendre la tournure d’une guerre de proxy menée par les puissances de la mer contre la puissance tellurique russe s’apparentent de plus en plus à une confrontation entre deux « théologies politiques ».

Du côté russe, la portée « métaphysique » du conflit a été reconnue par le patriarche Kirill lui-même, dans un discours qui a horrifié les médias occidentaux. A l’occasion de son homélie pour la fête de la Saint Jean, ce dernier s’en est pris à l’Occident décadent et nihiliste et n’a pas hésité à déclarer, sur un ton qui rappelle les passages les plus flamboyants de Donoso Cortès, que « ce qui se passe aujourd’hui dans la sphère des relations internationales ne relève pas uniquement de la politique », qu’il en va « du Salut de l’homme, de la place qu’il occupera à droite ou à gauche de Dieu le Sauveur, qui vient dans le monde en tant que Juge et Créateur de la création ».[1]

On pourrait croire que l’Occident postchrétien serait immunisé contre toute forme d’eschatologie politique mais, comme l’a montré un auteur comme Eric Voegelin, la sécularisation a paradoxalement favorisé l’émergence de ce qu’il appelait des « religions-ersatz ». Communisme, fascisme mais aussi libéralisme sont traversés par une tension eschatologique, un désir de donner un sens global à l’histoire humaine. La « religion des droits de l’homme », révisée au besoin par ces idéologies du ressentiment que sont le wokisme et le racialisme, est fondée sur cette idée que l’ordre libéral exprimerait la véritable essence de la nature humaine et que toute la marche de l’histoire doit conduire tôt ou tard au triomphe des valeurs de l’émancipation, à la victoire des « démiurges » sur les « jardiniers », pour reprendre une métaphore de Chantal Delsol. Tous ceux qui s’opposent à cette marche triomphale du « Bien » doivent être rééduqués voire éradiqués selon une logique de la déshumanisation de l’ennemi dont Carl Schmitt et plus tard Alain de Benoist avaient mis en lumière les mécanismes et qui aujourd’hui vise la Russie, son peuple et sa culture. Ces mêmes Occidentaux qui ont mis à feu et à sang le Moyen-Orient n’hésitent pas à pousser dans ses derniers retranchements une puissance nucléaire se battant sur un territoire qu’elle considère (à tort ou à raison) comme vital pour sa survie. Le choc de ces deux eschatologies politiques pourrait conduire à un conflit plus large qui achèverait le processus amorcé il y a un peu plus d’un siècle d’éclipse de l’Europe.

Heureusement le pire n’est jamais certain, mais cette guerre, dont les enjeux dépassent de très loin le simple théâtre militaire et dont les répercussions énergétiques et monétaires semblent chaque jour plus évidentes, illustre aussi un retour des conflits idéologiques que peu d’observateurs avaient anticipé. Francis Fukuyama et Samuel Huntington semblaient pourtant s’entendre sur le fait que l’ère des affrontements idéologiques était révolue, le premier prophétisant le triomphe de l’idéologie sortie victorieuse de la seconde guerre mondiale et de la guerre froide et le second un choc des civilisations. Or paradoxalement, la guerre d’Ukraine, en plus d’avoir remis sur le devant de la scène des grilles de lecture géopolitique (Eurasie, heartland, rimland etc.) montre la persistance de conflits portant sur ce que les postmodernistes appelaient dédaigneusement des « grands récits » sur la nature humaine et l’ordre juste dans la cité. Ces conflits se jouent d’ailleurs des lignes de fracture civilisationnelles comme le montre le fait que la Russie orthodoxe, en plus de compter dans ses rangs des troupes d’élite musulmane tchétchène, bénéficie du soutien tacite de la Chine et de la neutralité bienveillante de l’Inde et d’une bonne partie des pays du Moyen-Orient. Faut-il y voir les prémisses d’une nouvelle « Sainte Alliance », d’une coalition des puissances conservatrices de la terre contre tout ce qui dans l’Occident postmoderne œuvre au déracinement, à la liquidation de ce qui donne un sens à l’existence humaine (culture, religion, tradition et identité) ? S’il y a en tout cas une seule idée à retenir de toute l’œuvre de Douguine, c’est que la guerre des idées se traduit aussi dans la géopolitique. Tant que l’Occident sécularisé dominait le système international, l’Europe et les Etats-Unis formaient la seule matrice possible des grandes idéologiques politiques. C’est pour cela d’ailleurs que les vrais adeptes de la contre-révolution, les théocrates dans la lignée de Joseph de Maistre et de Donoso Cortès, ont perdu presque toutes les batailles depuis plus deux siècles. La désoccidentalisation du monde rouvre le champ des idées politiques et nous fait basculer dans un monde inconnu, peuplé de nouveaux dieux mais aussi de dieux anciens que nous avions cru chassés par les Lumières.

Au moment où la France sort d’une campagne où les enjeux civilisationnels ont été systématiquement occultés par les polémiques insignifiantes, un déluge de proportion biblique se prépare peut-être à nos portes, annonçant un nouveau nomos de la terre.


[1] Traduction de Jean-Benoît Poulle, publiée sous le titre de « La Guerre Sainte de Poutine » [https://legrandcontinent.eu/fr/2022/03/07/la-guerre-sainte-de-poutine/]. Si le Vatican a condamné cet alignement de l’Église russe sur les objectifs du Kremlin, la décision surprise du Pape François de consacrer la Russie et l’Ukraine au Cœur Immaculée de Marie, par-delà la manœuvre à destination des traditionnalistes, montre que la Papauté voit aussi dans cette guerre un conflit spirituel.

Les passions floues

La parade électorale a révélé, sans surprise, que la France n’allait pas très bien, comme l’humanité en général d’ailleurs. Nous devons apprendre à vivre dans un monde désenchanté. Une analyse de l’écrivain Patrice Jean.


Quelques jours avant le second tour de l’élection, je roulais sous un pont aux piliers recouverts d’affiches en faveur d’Éric Zemmour. Sous le visage du chroniqueur devenu candidat, on lisait : « Impossible n’est pas français ». Il souriait. J’ai souri également : bientôt les affiches électorales se transformeront en souvenirs, et dans des villages endormis de l’Ariège ou du Cantal, des tribuns continueront d’encourager l’électeur à les élire et à les adopter comme maîtres. Les affiches seront écornées, presque entièrement déchirées, à demi cachées par des avis municipaux ou des annonces de braderies ou de fêtes foraines. Pendant des semaines, les journaux n’auront parlé que de ça, l’élection présidentielle, le point d’orgue de la vie politique française. Et puis la vie reprendra ses droits.

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Qu’attend-on de cette élection ? Pourquoi tant de passion ? Au risque d’être haï, vilipendé, insulté, méprisé, j’ai plutôt l’impression que tous les candidats se ressemblent. Tous les candidats sont démocrates, républicains et veulent le bonheur des Français ; ils ne diffèrent que sur les méthodes pour y parvenir. J’attends impatiemment le candidat qui prétendra appauvrir le pays, supprimer le système des retraites et déclarer la guerre à la Chine. Tous sont habités par la passion de servir (disent-ils). Et, grande nouveauté, tous sont des résistants. Zemmour se grime en De Gaulle et appelle à lutter devant un micro pareil à celui du général réfugié à Londres ; et les anti-Le Pen défilent et pétitionnent contre le retour du fascisme. Quelle fatigue ! Je me souviens de l’entre-deux-tours de 2002 ; j’habitais une petite ville de province. Un soir, je vis une longue cohorte de manifestants tourner en rond sur la place principale en scandant des slogans contre la bête immonde. Je dis alors à un ami : « On dirait des Indiens qui dansent pour repousser la pluie. » Il n’apprécia que modérément mon observation : lui aussi avait l’âme d’un résistant (disait-il). Comment peut-on à ce point se monter le bourrichon ?

La France est hantée par un spectre, la collaboration

J’ai quelques rudiments d’explication à proposer : nous ne percevons qu’une infime partie de la réalité et ne connaissons qu’une centaine de personnes, peut-être un millier pour les plus fraternitaires d’entre nous (ce qui n’est pas mon cas, j’aime l’humanité avec beaucoup de modération). C’est à partir de cette minuscule expérience personnelle que nous sommes contraints de réfléchir au sort de 67 millions d’inconnus (la France), en sorte que nous devons lire des sociologues, des philosophes, des démographes, des journalistes, des historiens, etc., pour tenter de nous hisser à une vision globale qui nous autoriserait à choisir le meilleur des candidats. Il y a dans cette tentative beaucoup de perdition, nous jugeons sur des on-dit, des impressions, des suppositions. J’ignore la signification exacte de la théorie, en mathématiques, des « sous-ensembles flous », pourtant ces derniers me paraissent s’appliquer intégralement à la politique : tout est incertain et sujet à caution. Dans cet imprécis naissent tous les fantasmes : puisque l’exactitude est impossible, le besoin de haïr caché au cœur de l’homme (ça le soulage des misères de la vie) et le narcissisme (le pseudo-résistant) se donnent la main pour revivre, à chaque élection, la tragédie de la collaboration. L’incertain favorise le théâtre, la comédie, les grands mots. Un plombier, par exemple, quand il répare votre robinetterie, sait parfaitement quelle pièce est à changer ; un militant, lui, ne peut formuler que des hypothèses à propos des maux qui affaiblissent le pays. Alors il s’échauffe, devient rouge, lance des anathèmes et se coiffe (en douce) du Borsalino de Jean Moulin. C’est surtout vrai à gauche mais, comme je l’ai déjà noté, Zemmour s’est à son tour oint du képi gaullien. La France est hantée par un spectre, celui de la collaboration. Plus aucune discussion ne se tient sans elle. Parlez-vous d’immigration qu’un résistant (en carton) vous taxera de « fasciste », depuis 68 les CRS sont des SS et la violence symbolique bien pire que la violence réelle (on voit bien, en cette occurrence, que les tenants de cette thèse sont à l’abri de la deuxième catégorie citée).

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L’enfer est pavé de bonnes intentions

Nous sommes entrés dans l’ère du soupçon (dans un sens très différent du célèbre essai de Nathalie Sarraute), nous sommes tous des accusés en puissance. Des puritains et des gardes rouges sondent les âmes comme jadis l’Inquisition surveillait les hérétiques. Certes, le mâle blanc de plus de 50 ans est la cible privilégiée des vertueux (le privilège blanc !), mais personne ne doit se croire pour toujours immunisé contre la diffamation. « Vous prétendez n’être pas sexiste, en réalité vous l’êtes ! Il faut en prendre conscience. » Une conversation ne peut être féconde qu’à la condition de ne pas user de l’argumentation ad hominem. L’ère du soupçon tue la conversation. Vous n’êtes pas ce que vous paraissez être et vous êtes ce que vous prétendez ne pas être. La vertu, poussée à fond, se transforme en son contraire : c’est l’histoire du monde et celle de l’enfer qu’on avait primitivement pavé de bonnes intentions. Chaque génération, pour paraphraser Albert Camus, se croit vouée à défaire le monde. Un monde mauvais. Chaque génération a raison, le monde est mauvais, ou plutôt n’échappe pas au mal. Mais toutes les générations ont tort en ce qu’elles oublient le propre mal en elles, oubli généré par le mal lui-même. Il n’y aura jamais de société apaisée : c’est ma bonne nouvelle. La lutte des classes est une réalité, l’asservissement du monde par la technique aussi. Une règle paradoxale se met en place : plus le confort croît et plus l’insignifiance s’accroît. L’État nous dorlote comme des nourrissons : au jardin des plantes à Nantes, on a installé des statues pareilles à des personnages de bédés pour enfants, elles contrastent avec celles implantées à la fin du XIXe (des femmes nues). Un nourrisson est cajolé, mais il vit dans le périmètre étroit de son parc de jeux. Et il est méchant comme une teigne.


Patrice Jean est écrivain. Nous traiterons son dernier livre, Le Parti d’Edgar Winger (Gallimard) dans le prochain numéro. Isabelle Larmat en propose ici la recension.

La Bruyère ne connaissait pas Mélenchon: quelle chance!

Pendant que l’extrême gauche absorbe la gauche de gouvernement, la droite nationale demeure divisée et le président Macron dort sur ses deux oreilles.


Dans Les Caractères (1688), à la fin du Grand Siècle, La Bruyère développe une réflexion sur l’homme qui s’avère toujours d’actualité. Il y brosse le portrait de ses contemporains dans une forme brève qui lui permet, en maniant l’ironie et le sarcasme, de dessiner une galaxie de types humains résolument intemporelle.

Je vous lis un extrait du Livre 6 « Des biens de fortune » des Caractères : « Giton a le teint frais, le visage plein et les joues pendantes, l’œil fixe et assuré, les épaules larges, l’estomac haut, la démarche ferme et délibérée. Il parle avec confiance ; il fait répéter celui qui l’entretient, et il ne goûte que médiocrement tout ce qu’il lui dit. Il déploie un ample mouchoir, et se mouche avec grand bruit ; il crache fort loin et éternue fort haut ». Vous êtes alors à la cour de Louis XIV, mais également en France, en 2022, lors d’un meeting du leader de la France insoumise. Le portrait de Giton est aussi celui de Jean- Luc Mélenchon briguant, avec la modestie qu’on lui connaît, le poste de Premier ministre, à l’issue des prochaines législatives.

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Défait lors du premier tour des élections présidentielles, notre Che Guevara vieillissant avait tout d’abord affirmé, lors de son discours de candidat battu, que le combat révolutionnaire se poursuivrait, mais, sans lui. Au-delà de cette limite, 70 ans, son ticket n’était, en effet, plus valable. Ce renoncement fut bref : au lendemain du second tour de l’élection présidentielle qui se solda par la reconduction du mandat d’Emmanuel Macron, notre Castro français, ragaillardi, en oublia son âge pour rester… fidèle (Fidel ?) aux engagements de toute une vie. Il fit alors placarder sur tous les murs du pays des affiches à son effigie. Sur celles-ci, on pouvait lire, en toute simplicité : « Mélenchon Premier ministre ». 

Histoires de fesses

Fort du vote communautariste qu’il avait largement obtenu, n’étant pas à une compromission près, il se mit à œuvrer sans plus de scrupules pour former une nouvelle Union populaire, dont il se proposait d’être le leader. Elle agrégerait à LFI, EELV, PS et PC. 

Depuis, les tractations vont bon train et connaissent un franc succès. Mieux vaut, il est vrai, pour les perdants des différentes formations de gauche s’assoir sur des convictions, au demeurant vacillantes, que de ne pas siéger à l’Assemblée nationale. Du reste, comme le disait Montaigne : « Sur le plus beau trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul. » Tant qu’à faire, choisissons donc une assise confortable !

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Après des tractations dont heureusement on ne saura pas tout, la nouvelle association des gauches parviendra certainement bien à s’entendre sur une répartition des circonscriptions de nature à satisfaire l’ensemble des partisans du rassemblement. LFI et EELV ont déjà formé une « Nouvelle union populaire écologique et sociale », LFI et le PC ont trouvé également un terrain d’entente. Quant au Parti socialiste, son ralliement au parti de Jean-Luc Mélenchon ne saurait tarder. 

Et voici la gauche burkini

Bientôt, Éric Piolle ouvrant audacieusement la voie, on pourra certainement s’ébattre allègrement en burkini dans toutes les piscines municipales de l’hexagone et saccager dans une liesse bon enfant tous les centres- villes, lors de manifestations organisées contre les privilégiés qui auraient encore l’impudence de gagner quatre mille euros par mois. Promis, les artistes et les sportifs ne pétitionneront pas pour nous en empêcher.

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Le 30 juin 2019 à Grenoble, des militants de « Alliance citoyenne » interpellent les passants devant la piscine. Photo : JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

En effet, nos formations de gauche moribondes, largement dévorées par les Insoumis se comportent avec notre GitonMélenchon comme le fait Phédon (dernier personnage-type de la sixième partie des Caractères, portrait en creux de celui de Giton) : serviles et dans l’attente des faveurs promises par le maître de la France insoumise. Ils sont Phédon, dévorés par un échec qui les recroqueville sur eux-mêmes et les prive d’audace : « (…) les yeux creux, le teint échauffé, le corps et le visage maigre ; il dort peu, et d’un sommeil fort léger ; il est abstrait, rêveur, et il a avec de l’esprit l’air d’un stupide (…) », « il semble craindre de fouler la terre ; il marche les yeux baissés, et n’ose pas les lever sur ceux qui passent (…) ». « (…) il se met derrière celui qui parle (Mélenchon-Giton) recueille furtivement ce qui se dit et se retire si on le regarde. Il n’occupe point de lieu, il ne tient point de place (…) ».

Dans la psyché de Marine Le Pen

À droite, l’union s’annonce plus compliquée, Marine Le Pen, se sentant méprisée par Éric Zemmour qui pointe l’échec récurrent du père puis de la fille à l’élection présidentielle, refuse toute alliance avec Reconquête, forte de son indéniable succès électoral. Avec La Bruyère toujours, (Les Caractères, Livre XII), on peut penser qu’il serait peut-être bon pour elle et pour la droite qu’elle mette son orgueil de côté : « Ne songer qu’à soi et au présent, source d’erreur dans la politique. »

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En effet, les électeurs penchant à droite, terrorisés par la montée de l’extrême gauche, pourraient une fois de plus voter utile : à savoir pour les candidats représentant le parti de notre roitelet réélu. Et là : danger. Citons à ce propos une dernière fois le clairvoyant La Bruyère (Les Caractères, chapitre VIII, « De la Cour »). Il nous met là en garde contre le mépris, qu’on connaît bien, pour l’avoir pratiqué un quinquennat, d’un Emmanuel Macron que des législatives en sa faveur conforteraient dans son hubris : « Un homme qui vient d’être placé ne se sert plus de sa raison et de son esprit pour régler sa conduite et ses dehors à l’égard des autres ; il emprunte sa règle de son poste et de son état : de là l’oubli, la fierté, l’arrogance, la dureté, l’ingratitude. »

Diplomates, préfets… liquidation totale

Entre les deux tours de l’élection présidentielle, un décret a entériné l’extinction progressive de deux corps d’encadrement supérieur du ministère des Affaires étrangères. Cette décision suit la disparition du corps de la préféctorale.


Le corps des Affaires étrangères a été supprimé officiellement entre les deux tours de la présidentielle. Adieu les diplomates de profession, bonjour les managers de l’État. Mes collègues se sont émus. Des journalistes charitables ont fait écho à leur émoi. Gérard Araud, diplomate-Twitter mondain du régime, a versé sa larme électronique. J’ai beau être membre de ce corps depuis plus de trente ans, cette nouvelle ne m’empêche pas de dormir. Moi, c’est la disparition de notre politique étrangère qui me réveille la nuit depuis quinze ans.

Cette disparition est seulement la conséquence des choix que des diplomates ont cautionnés, mis en œuvre, voire conçus pour certains. Notre diplomatie était indépendante, nationale, souveraine. Elle avait besoin de professionnels qualifiés et expérimentés. Elle est aujourd’hui européenne, écrite à Bruxelles, consensuelle à 27, compatible avec l’Allemagne, première de la classe, et les États-Unis, protecteurs de toute la bande. La diplomatie est devenue un potage mixte. Fini le terroir. Une cuillère à soupe pour Berlin, une cuillère à café pour Madrid, une louche pour Washington et la vingtaine de capitales de l’UE alignées derrière. Enfin, une pincée de sel français pour relever l’ensemble.

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Plus besoin de diplomates chevronnés pour ça. Alors, que les diplos ne se plaignent pas. Ce n’est pas quand le fruit sec tombe à terre qu’il faut regretter que l’arbre se soit asséché depuis un bon nombre d’années. Le vrai scandale est la disparition du corps de la « préfectorale ». Là, c’est sérieux. Il s’agit de la bataille de France. Nos préfets doivent connaître intimement lois, jurisprudences et répartition des pouvoirs dans notre millefeuille administratif afin de gérer au mieux les problèmes du moment : pauvreté, immigration, violence, terrorisme. Alors que le pays s’enflamme pour un rien, pourquoi faire exploser ce corps de professionnels du respect de la loi et de l’unité du pays ? Incompréhensible.

La faucille et la burqa

L’éditorial de mai d’Elisabeth Lévy


À voir les Insoumis se pavaner sur les plateaux au lendemain de la victoire d’Emmanuel Macron, on aurait dit qu’ils venaient de gagner l’élection présidentielle. Que ceux qui roupillent depuis le 10 avril se rassurent : il n’en est rien. Cependant le triomphalisme des mélenchonistes n’est pas dénué de fondement. Comme le déclarait le politologue Gérard Grunberg à nos confrères d’Atlantico, « LFI sera le vaisseau amiral d’une flotte qui n’a qu’un bateau ». Et Mélenchon pourra claironner : « La Gauche, c’est moi ! »

Chapeau l’artiste ! Ça lui aura pris plusieurs années, mais en bon disciple de Mitterrand, Jean-Luc Mélenchon a plumé la volaille socialiste. Les derniers caciques qui n’ont pas encore rallié la Macronie ont protesté, mais le spectacle de la jeune garde du PS se prosternant devant la puissance, en jetant par-dessus bord les « valeurs de la République » avec lesquelles elle nous tympanisait quelques jours plus tôt. Au moment où nous bouclons, il n’y avait pas de « points de désaccord insurmontables » pour une union aux législatives, déclarait-on des deux côtés. Ceux qui ne sont pas contents n’ont qu’à partir, ajoutait Olivier Faure. Sauf qu’un demi-PS ne sera même pas une force d’appoint.

Notre cher Goldnadel a donc quelques raisons d’enrager : si on a mobilisé toutes les ressources de la moraline pour dénoncer le retour de la bête immonde sous les traits souriants de Marine Le Pen, nul ou presque ne s’est offusqué du retour en force de l’extrême gauche. Comme si cette famille politique, dont les plus anciens ont défilé dans leur jeunesse aux cris de « Marx, Engels, Lénine Staline Mao ! », n’avait pas, elle aussi, quelques heures sombres accrochées à ses basques. Imaginons les cris d’orfraie de Saint-Germain-des-Prés si Christian Jacob décidait de négocier une alliance avec le RN ou Reconquête !

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La gauche est donc dominée par un parti qui n’a jamais gouverné et dont on peut espérer qu’il ne sera pas de sitôt en capacité de le faire. Encore qu’à regarder ses scores chez les jeunes (36 % chez les 18-24 ans, 30 % chez les 25-34 ans), on peut s’inquiéter. « La jeunesse est un naufrage », écrit Muray. Heureusement, ça ne dure pas.

Chez les vieux briscards en mal de cause, c’est l’extase. Ségolène Royal a vu la vierge. Ceux qui, depuis vingt ans, n’ont connu que des défaites célèbrent la naissance d’une nouvelle gauche. Sauf qu’elle n’est pas si nouvelle que ça. En réalité, LFI actualise les recommandations de Terra Nova, boîte à idées qui a connu son heure de gloire en 2011, en théorisant l’abandon par la gauche de la classe ouvrière old school – comme dit Michel Onfray. Dans une note devenue célèbre, le think tank recommandait au PS de se tourner vers un nouvel électorat urbain comprenant « les diplômés », « les jeunes », « les minorités des quartiers populaires » et « les femmes », réunis par « des valeurs culturelles, progressistes ». En clair, il s’agissait d’envoyer au diable les classes populaires de souche, trop rétives aux beautés de l’immigration de masse et du multiculturalisme, pour inventer une nouvelle majorité constituée par l’alliance des bobos et des immigrés, érigés en prolétariat de substitution. Ce qui fut fait.

Mélenchon ne fait qu’adapter cette idée au goût du jour : ce n’est plus aux immigrés qu’il s’adresse, mais aux musulmans, dont il flatte la fibre victimaire en se présentant comme un rempart contre l’islamophobie. De la défense du voile à la dénonciation obsessionnelle des violences policières, cet ancien laïcard n’a cessé de caresser dans le sens du poil la jeunesse islamisée des quartiers. Ce clientélisme, encouragé par des imams, a payé : 69 % des musulmans lui ont accordé leur suffrage contre 37 % en 2017. Et ils représentent une partie non négligeable du « vote populaire » pour Mélenchon. Pour sa part, la militante indigéniste Houria Bouteldja le présente comme un « butin de guerre »…

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Cette gauche prétendument nouvelle ne fait donc que reconduire, en la sophistiquant, la stratégie qui a conduit l’ancienne dans le mur. Non seulement, elle prend la responsabilité de décourager l’intégration et d’encourager la sécession islamiste, mais elle proclame son mépris pour les « gens ordinaires », comme disait Orwell. Ceux-ci n’ont rien contre les musulmans, mais beaucoup contre l’islamisation de l’espace public. Ils veulent bien considérer tous les Français, d’où qu’ils viennent, comme leurs frères, à condition qu’on respecte leur besoin de se sentir chez eux. Et ils votent Le Pen. À l’époque de Terra Nova, Macron n’existait pas. Le PS pouvait imaginer de se passer des classes populaires pour devenir le parti de la bourgeoisie branchée. Aujourd’hui, la place est occupée. La gauche sans le peuple, voire contre le peuple, n’a pas d’avenir. À l’arrivée, le peuple se passera de la gauche. Et le pays aussi.

L’illusion du « toujours moins répressif »

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Lors de la traditionnelle manifestation du 1er mai, à l'occasion de la fête du travail, une femme a agressé un pompier pour l'empêcher d'éteindre un incendie © Gabrielle CEZARD/SIPA

J’ai choisi ce titre en totale contradiction avec celui d’un éditorial du Monde [1] : « L’illusion du « toujours plus » carcéral ». En effet cette rengaine s’enivrant de son humanisme déconnecté devient lassante à force de ne savoir que déplorer la surpopulation pénitentiaire – indiscutable avec 71 000 détenus. Il faut pourtant expliquer qu’au regard de l’augmentation des crimes et des délits graves contre les personnes, elle n’aurait rien de choquant, si les promesses d’Emmanuel Macron sur la construction de nouvelles places de prison avaient été totalement tenues. C’est loin d’être le cas. Seulement 2 500 de 2017 à 2022. 15 000 ont été promises sur les deux quinquennats.

La surpopulation ne vient pas d’un excès de répression mais d’un manque au niveau de l’enfermement.

Il faut cesser de faire croire que tout pourrait être substitué à la sauvegarde sociale qu’apporte l’incarcération, pour les infractions n’imposant qu’elle. À supposer aussi – grande faiblesse française – que l’exécution des sanctions ait été efficiente.

Une législation qui n’est pas assez appliquée

Entonner sans cesse le refrain des peines alternatives a aussi peu de sens que de réclamer mécaniquement un durcissement des peines. Ce genre de proposition n’est qu’une fuite en avant qui évite de s’attaquer au problème central. Notre arsenal législatif est bien suffisant et n’a pas besoin d’être amplifié mais pourquoi est-on incapable de faire respecter les jugements que l’autorité judiciaire a édictés ?

Parce que, d’abord, tout est fait pour qu’ils ne le soient pas. Une sophistication extrême de l’État de droit rend en définitive beaucoup plus malaisée la répression nécessaire que le laxisme périlleux pour la société.

Des principes à revoir

Ensuite, le principe de l’individualisation poussé à l’extrême aboutit à des dénis de justice, avec une importance démesurée attachée aux subjectivités alors qu’en réalité se fonder sur l’objectivation des actes, selon leur gravité intrinsèque au regard de leurs modalités particulières et de leur impact social, aboutirait à une appréhension plus fine et plus réaliste des transgressions.

La manière dont la personnalisation est invoquée apparaît trop souvent comme la volonté de réduire à rien le poids des délits pour échapper à la mauvaise conscience de condamner le prévenu ; quand il ne s’agit pas en cour d’assises de s’apitoyer sur le criminel au lieu de fustiger sévèrement le crime…

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Il me semble que si on revenait sur cette pente apparemment généreuse mais au fond créatrice de beaucoup d’inégalités pénales, les décisions seraient mieux comprises, notamment sur un plan qui choque beaucoup les citoyens : la disparité des sanctions pour des faits globalement à peu près de même nature. Au préjudice par exemple d’une même catégorie : celle des pompiers et du service public qu’ils assurent. Il est scandaleux qu’ils soient mis dans l’impossibilité, dans certains lieux ou au cours de manifestations, d’oeuvrer sereinement pour accomplir leur mission d’intérêt général.

Des sanctions qui doivent être immédiates

Ainsi, à Nîmes, un tribunal correctionnel a condamné à 16 mois dont 8 d’emprisonnement et 8 avec sursis probatoire, avec maintien en détention, l’auteur d’une agression contre trois sapeurs-pompiers qui étaient venus à son secours. Mais en revanche une militante d’extrême gauche, Hager Ameur, déjà signalée pour violences judiciaires et « street medic », filmée en train d’attaquer un pompier à Paris le 1er mai, est passée en comparution immédiate. Une expertise médico-psychologique a été ordonnée et l’affaire renvoyée au 1er juin, Hager Ameur est en attendant placée sous contrôle judiciaire avec notamment une interdiction de manifester.

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Comparant Nîmes avec Paris, comment ne pas s’étonner de l’extrême mansuétude parisienne comme si, malgré les réquisitions contraires du parquet pour le maintien en détention, le tribunal avait cédé à la démagogie, considérant que le plus urgent était de différer et de ne pas sanctionner d’emblée un comportement pourtant doublement répréhensible à cause de la qualité de la victime et de celle de l’auteur ? Convenait-il de questionner l’état psychologique pour trouver un prétexte, avec en plus un contrôle judiciaire la laissant libre, afin de ne pas sévir tout de suite comme il aurait fallu et probablement tirer des conclusions indulgentes le 1er juin ? Tout a été fait pour effacer l’immédiateté gravissime de l’acte au profit d’un atermoiement dont on est sûr qu’il ne marquera pas le moindre coup d’arrêt pour les tentations du même type à venir.

Partant d’un éditorial du Monde pour rejoindre un épisode judiciaire, je n’ai pas quitté au fond le thème sur « l’illusion du toujours moins répressif ». Qu’il soit difficile pour le progressisme élégant et pour une certaine magistrature de recevoir de plein fouet l’enseignement d’une réalité dérangeante, je l’admets bien volontiers.

Mais ils ne sont pas seuls au monde. Pendant qu’ils se mirent dans leur belle mansuétude, une société se désespère. Je comprends celle-ci.


[1] L’illusion du « toujours plus » carcéral, Le Monde, 3 mai 2022.

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Revue royaliste: une restauration

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Portrait d'Elizabeth II par Rob Munday pour marquer le jubilé de platine de la Reine, exposé au public le 4 mai 2022 Kirsty Wigglesworth/AP/SIPA AP22676517_000006

Dynastie, un magazine de qualité qui parle des familles royales à travers l’histoire et le monde, vient de voir le jour. Elle prend la suite d’un titre qui a fleuri dans les années 80 avec Stéphane Bern comme rédacteur en chef. Cette revue historique et culturelle frappe fort en consacrant son premier dossier à une monarque toujours en pleine activité, la Reine Elizabeth.


Si vous aimez les têtes couronnées, vous aimerez Dynastie. Cette revue est à la fois nouvelle et ancienne, puisque c’est sous ce titre qu’ont paru 67 numéros, de 1985 à 1987, consacrés aux différentes maisons royales dans le monde. Stéphane Bern en était le rédacteur en chef. Or, elle vient de renaître sous la houlette d’un homme qui participa à la première aventure de la revue, Philippe Delorme. Pour souligner une continuité à peine ébranlée par l’interruption de 35 ans (avec la royauté, on est dans le temps long), Stéphane Bern figure parmi les contributeurs à ce premier numéro : il a permis à la rédaction de venir chez lui pour interviewer Son Altesse Royale la Grande-Duchesse de Luxembourg. La publication sera trimestrielle, le papier est de qualité et l’iconographie est abondante. Le prix, 10€ le numéro, n’est pas exactement princier mais implique un lectorat composé d’honnêtes gens. Il y a un site web, revuedynastie.fr, dont le rédacteur en chef n’est autre que notre ami, Frederic de Natal, un contributeur de longue date à Causeur.

Le premier numéro de Dynastie met en couverture la Reine Elisabeth II

La transmission à l’honneur

Le sous-titre de la revue étant « Les familles qui font l’histoire », on pourrait supposer qu’il s’agit d’un magazine people, d’une sorte de Closer focalisé sur le Gotha plutôt que sur Hollywood. Mais on aurait grand tort. Dynastie est infiniment plus érudit et plus respectueux de ses sujets (qui, pour la plupart, ne sont pas des sujets). La profession de foi de la revue parle de « redonner à ses lecteurs le goût de l’histoire dont ils héritent ». Ce qui compte ici, ce ne sont pas des potins sur tel ou tel descendant d’une famille noble, mais le patrimoine culturel de l’humanité. Fidèle à sa mission, la revue étale sur ses 112 pages toute la richesse des traditions royales à travers le temps et l’espace, de l’antiquité à nos jours, de la Serbie à la Birmanie.

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L’éclecticisme va jusqu’à embrasser la descendance de Joachim Murat, installé par Napoléon sur le trône de Naples. Cela n’est pas pour plaire à la maison de Bourbon-Deux Siciles, mais la revue est bien plus dans l’enthousiasme pour tout ce qui, de près ou de loin, semble royal que dans la résolution des luttes dynastiques.

Une des raisons d’être des rois et des reines a toujours été de promouvoir les sciences et les arts. Il y a un bel hommage aux frères Bogdanov, descendants d’une princesse austro-bohémienne, qui, pour ceux qui les ont connus personnellement, faisaient toujours preuve d’une générosité et d’une courtoisie dignes de leur lignée. Dans le même registre, la Grande-Duchesse Maria-Teresa remarque que le travail humanitaire représente une « nouvelle chevalerie ». On pourrait même dire qu’il prolonge ce qu’il y a de meilleur dans l’ancienne.

Hommage à la reine d’Angleterre, Elizabeth II

En effet, Dynastie embrasse tout ce qui incarne une tradition défiant le temps. On y trouve un article sur Jordi Savall, le grand champion de la musique ancienne, à qui on ne reprochera pas l’anti-monarchisme de certains de ses compatriotes catalans ; un entretien avec Emmanuel Bréguet, de la famille des horlogers ; ou une interview avec l’académicien, Jean-Marie Rouart. On apprend aussi des faits curieux. Aux Etats-Unis, un descendant de Napoléon a créé l’organisation précurseur du FBI. Quand l’empereur Hirohito a annoncé à la radio la reddition du Japon le 15 août 1945, c’était la première fois que ses sujets avaient entendu sa voix, et sa langue était si archaïque qu’ils n’ont pas compris ce qu’il disait.

Pourtant, là où la nouvelle/ancienne revue frappe très fort, c’est en consacrant son premier dossier à la doyenne des monarques de notre temps, la reine Elizabeth, qui célèbre son jubilé de platine cette année. Côté pédagogie, les néophytes peuvent découvrir sa généalogie, la composition du Commonwealth ou l’explication du blason personnel de Sa Majesté. Le plus précieux ici, c’est le regard des historiens français sur la monarchie britannique qu’ils sont capables de situer dans le contexte des familles royales de l’Europe et d’au-delà. Pour les Britanniques eux-mêmes, l’existence d’une monarchie fait partie de la routine quotidienne et ils ignorent avec trop de superbe l’existence d’autres têtes couronnées. Dans une fine analyse, Franck Ferrand rend hommage à « cette femme d’exception » qui « a tout surmonté bravement, noblement ». Les derniers malheurs qu’elle a dû supporter sont la perte de son époux, le prince Philip, et les âneries de son petit-fils, Harry, manipulé par une opportuniste wokiste. L’évêque anglican de Truro, en Cornouailles, est interrogé sur la fonction ecclésiastique de la Reine, et l’écolo, Yann Arthus-Bertrand, sur le prince Charles, cet agronome épris d’architecture et de philosophie assez new age. Quand il succédera un jour à sa mère, il sera bien avisé d’imiter son exemple et d’éviter toute forme d’ingérence dans le domaine politique.

Pourquoi les communautés humaines ont-elles si souvent eu non seulement des chefs, mais des chefs royaux ?

Si nous sommes loin ici de la presse people, il est néanmoins vrai qu’une grande partie du public est fascinée autant par les images et anecdotes des familles nobles que par celles des vedettes du monde du divertissement. La fascination royale a précédé et préparé notre actuelle société du spectacle. Ce fait apparemment banal soulève une question profonde à propos de la royauté. Pourquoi les communautés humaines ont-elles si souvent eu non seulement des chefs, mais des chefs royaux ? La réponse à cette question, qui est si cruciale – même aujourd’hui – pour comprendre le phénomène de la royauté, ne peut être que d’ordre anthropologique. La réponse ne peut être trouvée que du côté du sacré, des préoccupations humaines concernant la vie, la mort et la survie. Comme le suggère la référence aux « familles » dans le sous-titre de Dynastie, l’obsession aristocratique avec la généalogie traduit un besoin humain fondamental de continuité, de lien avec des origines et d’organisation du processus biologique par lequel les nouvelles générations viennent au monde. La question de la royauté appelle des plongées profondes dans le psyché humain.

A cet égard, nous avons l’exemple des travaux de l’anthropologue belge, Luc de Heusch (1927-2012), auteur, entre autres, d’Écrits sur la royauté sacrée (1987). Des chercheurs contemporains continuent à se pencher sur le sujet. Vous me direz que de telles élucubrations n’ont pas leur place dans une revue « grand public ». Pourtant, l’exemple des Bern et des Ferrand montre tout ce qui peut être fait par la vulgarisation historique au sens le plus noble du terme. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est une vulgarisation anthropologique. C’est d’autant plus urgent à l’heure où l’identité de genre, la GPA et le transhumanisme menacent la reproduction de l’espèce humaine telle que nous la comprenons. La nouvelle revue royaliste relèvera-t-elle le défi de cette vulgarisation anthropologique ? Un preux chevalier ne saurait refuser un défi…

Le droit au squat?

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Image d'illustration Unsplash

Quand son logement est illégalement occupé, déloger le squatteur est un long calvaire. Les cas se multiplient sur le territoire national. À Marseille, les habitants d’une cité ont carrément été contraints de quitter leurs appartements dans le XVème arrondissement, à la suite d’une occupation ultra violente par des Nigérians.


Tout le monde connaît cette fable délicieuse et instructive de La Fontaine qui vient illustrer l’actualité du jour : « Le Chat, la belette et le petit lapin ». Jeannot Lapin est sorti faire sa cour à l’aurore « parmi le thym et la rosée. » Après avoir « brouté, trotté, fait tous ses tours », il revient à son logis, qu’il trouve occupé par dame Belette « au nez pointu. » Elle a trouvé, dit-elle, un logis vacant, refuse de déloger, affirmant son droit à l’occuper. Le propriétaire ne se laisse pas faire et lui oppose « la coutume et l’usage » c’est-à-dire la loi et la jouissance. Il occupe effectivement ce logis hérité de son père. Vaine argumentation ! Rien ne vient à bout de la mauvaise foi de cette belette indigéniste qui connaît les lois— c’est une rusée— et  lui oppose le droit du plus fort— c’est une squatteuse. On connaît la suite et la fin: le recours à la justice où les protagonistes se font avoir tous deux par l’arbitrage de plus fort qu’eux, le Chat Grippeminaud. Sa justice expéditive montre un vide juridique toujours existant concernant le droit de propriété privée sous la forme du squat.

Le squat est devenu, en effet, une affaire souvent dramatique. Dans la matinale de Sud Radio (voir vidéo plus bas), Elisabeth Lévy évoque, parmi d’autres, le cas de cet habitant de Haute- Savoie chassé, par trois fois, de sa maison, après une absence, et qui ne peut réintégrer ses pénates. Ou celui, dramatique, d’une femme de ménage de 59 ans, qui ne peut réintégrer son studio. Le week-end dernier, soixante habitants d’une cité de Marseille ont été contraints de quitter leur appartement dans le XV ème arrondissement, à la suite de l’occupation ultra violente de squatteurs nigérians. Le contexte est différent de la fable : une ville, une cité, des gangs, des trafiquants de drogue, la prostitution. Le résultat est le même : la violation d’un droit. Face à ces exactions, la justice se met elle-même dans une situation d’impuissance. En effet, l’instrumentalisation du droit, appuyée sur la filière de l’immigration et celle, anticapitaliste, du DAL, avec les réseaux maffieux, paralyse toute action pour faire respecter le droit de propriété.

Certes les conditions d’expulsion des squatteurs se sont durcies récemment, du moins en théorie, car, dans la pratique, les préfets sont encore frileux face au recours à  la force publique. De sorte qu’un propriétaire qui va en justice ne se sort jamais aisément — s’il s’en sort— d’une affaire de squat. Il suffit de regarder le site Service-Public.fr pour juger de la complexité des démarches concernant une expulsion, selon que l’occupation résulte d’une effraction, d’une tromperie, d’une intimidation, d’une menace, d’une violence, de la nature du bien, et selon la durée d’absence qu’il faut prouver. Et le droit en arrive à se retourner contre lui-même : le droit de propriété se heurte aux « droits du squatteur », aux droits de l’enfant, au « droit d’humanité ». Ajoutez le militantisme d’associations caritatives, et il ne vous reste plus, si vous êtes squatté, qu’à aller rendre la pareille à vos voisins partis en vacances.

Plus sérieusement, que devient notre État de droit ? On attaque des pompiers, des policiers. Notre pays est gangrené par l’insécurité. À moins d’avoir des gardiens, faudra-t-il faire attention quand on quittera son terrier pour des vacances ? Rappelons que le droit à la propriété est un droit fondamental inscrit dans la Constitution et la Déclaration des droits de l’homme. Et que le squat, ce n’est pas l’hospitalité. Hébergez qui vous voulez, mais ayez en tête le cas, évoqué par Elisabeth Lévy, de cette femme de ménage de 59 ans qui a voulu s’immoler, place de l’Hôtel de Ville, en janvier dernier à Paris, confrontée aux problèmes juridiques sans fin de l’occupation illégale de son studio par des squatteurs.

Génération trans: «Je ressens donc je suis»

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Marche pour les droits des personnes transgenres, 28 juin 2021, Madrid © Guillermo Gutierrez Carrascal SOPA Images/SIPA

La dysphorie de genre, causes et effets. Une tribune libre de Sophie Audugé, déléguée générale de SOS Education.


Aux États-Unis, en 2008, un étudiant sur 2 000 s’identifiait transgenre. 13 ans plus tard, en 2021, ils sont 100 fois plus nombreux : 1 sur 20 se disent transgenres. En Suède, en 2001, 12 jeunes de moins de 25 ans étaient diagnostiqués dysphoriques. 17 ans plus tard, en 2018, ils étaient 1 900. Au Royaume-Uni, les demandes de transition d’enfants augmentent de 2 570 % par an.

Que s’est-il passé ces deux dernières décennies dans nos sociétés occidentales auprès de la jeune génération pour provoquer une telle « euphorie transgenre » ? Ce sujet loin d’être anodin est à prendre très au sérieux, car les transitions de genre engagées par certains enfants dans l’hexagone ne sont pas sans risques. Elles s’avèrent souvent irréversibles et peuvent créer beaucoup de tourments, sans réellement répondre à un besoin identitaire. 

Mais attention : pour aborder un tel sujet, il faut prendre des gants. Il s’agit là d’une question épineuse, qui nécessite quelques préalables.

Génération TikTok et Photoshop

Rappelons pour commencer que nous parlons ici d’enfants. Et plus précisément de la génération gavée d’injonctions identitaires contradictoires, faites d’images photoshopées édifiant dans l’imaginaire des jeunes un idéal esthétique plastique, inatteignable si l’on s’en tient à ce dont dame nature dote l’immense majorité de l’espèce humaine !

Une sémantique lourde de sens

Il faut le dire sans l’ombre d’un doute: orientation sexuelle, identité sexuelle et identité de genre sont des notions très différentes. Ne soyons pas dupes, mêler les trois constitue la pierre angulaire d’un processus d’endoctrinement de masse.

Nouveau numéro disponible: Macron II: Que la fête commence!

Par ce biais sémantique, il devient impossible d’interroger la notion d’identité de genre sans être automatiquement accusé d’homophobie ou de transphobie. Pourtant il convient d’interroger cette notion nouvelle, car elle cible une population vulnérable.

Une idéologie fléchée sur les enfants

En effet, l’emballement actuel porte sur des enfants mal dans leur peau qui se mettent dans la tête qu’ils sont nés dans le mauvais corps, alors que la majorité d’entre eux ne fait que connaître un trouble identitaire propre à l’adolescence. Sous la doctrine actuelle d’affirmer, l’identité de genre telle que dit la ressentir l’enfant, l’adulte participe à la mise sous le tapis d’une souffrance identitaire bien réelle que malheureusement la transition vers l’autre genre ne résoudra sans doute pas. Le fait d’apposer l’étiquette de dysphorie de genre est un passeport pour la prise d’hormones et des chirurgies aux conséquences physiques et psychiques lourdes et irréversibles, dont l’enfant n’a absolument pas conscience.

Une idéologie genrée qui ne dit pas son nom

Le genre est une construction sociale, alors que le sexe est un organe physique constaté à la naissance, associé à un processus de développement biologique global de l’être humain, corrélé au cerveau.

Se focaliser sur le genre relève d’un parti pris idéologique qui édicte en norme de référence les stéréotypes de genre, tout en prétendant lutter contre.

Rappelons que le fonctionnement biologique systémique, qui régit le développement et la maturité émotionnelle de l’être humain sexué, comporte des phases de bouleversement hormonal et identitaire qui se stabilisent pour près de 90% des jeunes après la puberté. Le nier relève du déni de réalité.

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Aujourd’hui, on assiste à une croissance sans précédent du nombre de jeunes adolescents qui s’auto déclarent, du jour au lendemain, « être nés dans le mauvais corps ». Ce sont en grande majorité des filles, sans aucun antécédent dans la petite enfance, qui ont eu connaissance de la dysphorie de genre sur les réseaux sociaux et dans les médias. Les scientifiques parlent de dysphorie à déclenchement rapide et tardif.

Génération filles à barbe

Les chiffres vertigineux qui inquiètent les médecins, les pédiatres et les psys, ravissent les industries pharmaceutiques et les cliniques privées de chirurgie esthétique. Il faut dire que le changement de genre induit la prise de médicaments à vie… (bloqueurs de puberté, hormones du sexe opposé) et diverses chirurgies pour atteindre les marqueurs physiques du genre ressenti, chirurgie plastique (front, cou, voix…) et chirurgie plus lourde : ablation ou constitution, du haut (seins et torse) ou du bas (changement de sexe).

Tout ceci s’organise dans une mouvance trans affirmative portée par des lobbys internationaux d’une puissance inouïe qui infiltrent tous les pans de la société mercantile. Évidemment l’envers du décor n’est jamais évoqué : patient à vie, chirurgies invasives, risques sur la santé physique et psychique… rien de cette face noire n’est annoncé, seule la belle histoire et le pays des rêves est donné à voir. Le dernier bastion franchi étant bien sûr la décision des studios Disney de recruter 50% d’acteurs transgenres dans leurs prochaines productions. Les acteurs en herbe savent ce qu’ils leur restent à faire pour jouer dans un film Disney.

En France, où en sommes-nous ?

En France, l’infiltration est plus récente mais elle n’en est pas moins inquiétante tant la contagion se répand via les réseaux sociaux par le cercle « d’amis » et maintenant par des clusters dans les écoles. Les autres pays font tous marche arrière, mais dans l’hexagone nous allons droit dans le mur. En effet, le 29 septembre 2021, une circulaire intitulée : “Pour une meilleure prise en compte des questions relatives à l’identité de genre en milieu scolaire” du ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer, a été diffusée à l’ensemble des personnels de l’éducation nationale. Cette circulaire Blanquer, sous l’apparence d’un véritable manifeste, a vocation à fixer les règles d’accueil des élèves transgenres à l’école. Sous couvert de tolérance et de politique soi-disant inclusive, elle n’en constitue pas moins une véritable bombe à retardement pour nos enfants, en cela qu’elle fait entrer une idéologie militante dans les établissements scolaires alors que la France était jusqu’à maintenant plutôt préservée de ce phénomène véritablement anglo-saxon. Elle normalise et banalise également une pratique qui n’est pas sans risque pour les enfants. Rappelons tout de même que l’école n’a pas pour rôle de diffuser des idéologies, mais de transmettre des savoirs.

Et les parents dans tout ça ?

En réalité, pour les jeunes embrigadés dans l’euphorie trans, sous perfusion d’injonctions trans affirmatives diffusées par les réseaux d’influence sur internet, ils ne parlent déjà plus de leurs parents, mais de leurs géniteurs, quand ils dévoilent leur transidentité. Elle doit être accueillie comme une évidence, un fait avéré par leur ressenti indiscutable : je suis né(e) dans le mauvais corps, un point c’est tout, vous devez l’accepter… Les parents découvrent alors, stupéfaits, que depuis plusieurs mois leur enfant est sous emprise. Il a été adopté par une famille arc-en-ciel qui l’aime et l’accueille comme il se ressent.

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Pour les parents, le choix est cornélien : accepter de faire le deuil de leur enfant tel qu’il est né et accepter le changement de sexe ou résister à la contagion idéologique trans affirmative. Mais la résistance bienveillante a un coût très élevé pouvant aller jusqu’à la rupture. Les parents découvrent alors leur enfant en colère, borné, refusant d’aborder posément le sujet et d’entendre une autre voix que la sienne. Certains révèlent une agressivité voire une violence dans leurs propos ou leurs gestes. Ce qui revient le plus dans les récits est la perte de tout attachement émotionnel avec la famille : les ponts sont parfois déjà coupés du côté de l’enfant. 

Un phénomène qui masque souvent d’autres pathologies

Pour les parents qui ont l’intime conviction que leur enfant traverse une crise identitaire profonde, une phase de déprime, ou qu’il souffre d’autres pathologies influant sur son état psychologique, c’est tout simplement un cauchemar qui démarre. Pourtant, là encore, les pays du nord qui ont une dizaine d’années d’avance sur nous constatent que parmi ces jeunes se déclarant être nés dans le mauvais corps tardivement (12-14 ans), une majorité d’entre eux souffrent d’autres pathologies, certaines corrélées à des spécificités cognitives (dépressions, troubles alimentaires, traumas consécutifs à des abus, spectre autistique, haut potentiel, TDAH…).

Pour l’enfant, se convaincre d’être dysphorique de genre permet d’étouffer cette souffrance, mais de manière très éphémère. Quand l’effet d’euphorie va redescendre, l’enfant aura compris que changer de sexe n’était qu’une illusion, et la chute sera brutale. Comme en témoigne cette dé-transitionneuse dans le documentaire anglais Transgender Kids : Who knows best ? « Si je m’adressais à une fille atteinte de dysphorie de genre qui déteste son corps autant que j’ai détesté le mien, je lui dirais de sortir dehors, d’aller jouer dans la boue, de grimper aux arbres, de trouver une manière d’habiter son corps selon ses propres volontés. Maintenant à cause de ma transition, j’aurai pour toujours un corps de femme effrayant. J’aurai toujours une poitrine plate et une barbe et je ne peux plus rien. »

Un homme averti en vaut deux

Rappelons que nous parlons d’enfants qui n’ont pas la maturité de savoir de manière certaine ce qui est bon pour eux. Oui, un enfant peut se tromper sur lui-même et ce faisant, se mettre en danger. C’est à nous les adultes de l’en protéger. Cela ne veut pas dire ne pas entendre cet appel à l’aide, cette souffrance véritable. Cela veut dire accompagner son enfant, maintenir le lien autant que possible avec lui, gagner du temps, et mener un travail exploratoire avec des professionnels de santé.

Pour certains, une infime partie, ce long chemin aboutira au constat que le changement de sexe est vital. Mais ils sauront qu’il est coûteux à tout point de vue et notamment sur leur santé physique. Ils pourront alors compter sur l’amour inconditionnel de leur famille qui les aura accompagnés dans ce parcours complexe à la recherche de leur identité. SOS Éducation, comme d’autres associations françaises, propose aux parents et aux personnels éducatifs des temps d’échange, une information documentée, et une mise en lien afin d’agir au mieux dans l’intérêt supérieur de l’enfant.

Il convient, pour les familles traversant cette épreuve, d’être accompagnées au plus près en trouvant les soutiens les plus compréhensifs et les plus aptes à les épauler. Il va falloir néanmoins s’armer de courage pour éviter que cette idéologie ne bouleverse trop notre jeunesse, et aider nos jeunes à retrouver des espaces d’enchantement pour qu’ils ne versent pas dans des doctrines cousues de fil blanc.

La fabrique de l’enfant transgenre

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La question trans

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Esprit de la science, es-tu là

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Le professeur Raoult, copieusement vilipendé et moqué par les médias et les politiques pendant la crise sanitaire, incarne quelque chose du véritable esprit scientifique. Il vient de nous rappeler que le progrès scientifique n’est pas linéaire et tranquille.


Le Professeur Raoult, flanqué de ses deux avocats, a donné il y a quelques jours une conférence de presse. Il s’agissait de communiquer les conclusions du Conseil de l’Ordre des médecins à son sujet. On se souvient de la cabale lancée contre lui, du torrent d’insultes et d’accusations  dont il a été l’objet. Il nous fut présenté tour à tour comme un dangereux farfelu dont l’un des doigts osait s’orner d’une bague impertinente normalement réservée aux fans de rock satanique ; comme un charlatan – parce qu’il tentait de soigner ses malades, qui plus est sans aucun enrichissement personnel ; comme un irresponsable qui, au lieu d’aboyer les plus sages recommandations émanant du Conseil de Défense Sanitaire mis en place par notre président bien aimé, se permettait de faire part au public de ses observations et réflexions, au prétexte imbécile qu’il est reconnu comme l’un des plus grands spécialistes mondiaux des maladies infectieuses et des épidémies. Dernière motte de boue en date, il se serait lancé dans des essais thérapeutiques sauvages dans le traitement des tuberculoses résistantes.

Il a donc tenu à nous informer lui-même des résultats de l’instruction de ce sulfureux dossier, qui a débouché sur un blâme à lui adressé par le Conseil de l’ordre, non pour un quelconque manquement dans sa pratique médicale, mais pour défaut de courtoisie envers ses confrères. Maigre résultat pour ses détracteurs, si prolixes dans leurs réquisitoires. Il y a bien quelque ironie à pointer le manque de courtoisie d’un homme qui, de son côté, a été menacé de mort par un aimable confrère… Mais le Professeur Raoult, en philosophe, prend acte de la nécessité pour le Conseil de l’Ordre, embarqué dans la tempête, de marquer le coup.

Las, le feuilleton n’est pas clos, et les journaux relaient maintenant à grands cris non la teneur de la conférence de presse qu’il a donnée mais les poursuites que l’ANSM compte engager contre lui en appel. Ces mêmes journaux restent plus discrets en ce qui concerne les diverses plaintes déposées en retour par le Professeur Raoult pour diffamation, dénonciation calomnieuse, violation de système informatique avec divulgation de données personnelles –  plaintes matériellement constituées que pourtant la justice, selon les avocats du Professeur, ne semble pas spécialement pressée d’instruire, elle non plus.

Le mystère Raoult

Nous verrons bien à quelle embouchure finira de se déverser ce maëlstrom. En attendant que la justice ait fait son travail, comme on dit, une question se pose, que le Professeur a lui-même articulée en introduction de sa conférence de presse. Comment expliquer qu’en dépit de tous les hurlements d’indignation vertueuse qu’il arrache à la meute journalistique comme à certains de ses confrères revêtus de la toge médiatique en sus de la blouse blanche, ou aux politiciens qui le conspuent de bon cœur, comment se fait-il, donc, qu’en dépit de ces innombrables cris d’orfraie, le Professeur Raoult demeure une sorte de héros aux yeux d’une large part de la population ? Comment se fait-il que dans un pays peuplé de tant de gens qui ne sont rien et qui feraient mieux d’écouter les journalistes et leur ministre de la Santé, ses bulletins hebdomadaires et ses conférences scientifiques soient devenues si prisées ? A ce paradoxe, il est plusieurs explications possibles.

C’est peut-être d’abord qu’en vrai médecin, il n’a pas abandonné ses malades à eux-mêmes, avec la simple bénédiction du sacro-saint doliprane en attendant d’étouffer. On a négligé ce trivial aspect des choses, mais lorsqu’on souffre, lorsqu’on a peur, il est bien réconfortant de trouver une main secourable, qui tente quelque chose pour vous, même et surtout si votre cas paraît désespéré. D’autres, n’étant même pas dans cette douloureuse situation d’être malades pour de bon, effrayés de l’idée et non de la chose, n’ont-ils pas obéi au même genre de penchant en se ruant sur le premier vaccin venu, encore en phase expérimentale ? Tous ces gens qui ont tremblé ensemble et cherché leur salut comme ils pouvaient devraient se comprendre et s’embrasser, au lieu de se livrer aux invectives. 

Après tout, était-il plus raisonnable de confier tous ses espoirs à une technologie de vaccination toute nouvelle, plutôt qu’à un médicament si bien éprouvé qu’il était en vente libre jusqu’en janvier 2020 ? Il faut bien admettre que cela se discute, d’autant que cette nouvelle technologie de vaccination ne s’est pas révélée, a posteriori, la panacée qu’on nous avait, au sens propre, vendue.

Si Raoult n’a pas démérité aux yeux de nombreux Français c’est peut-être aussi, quoiqu’il en soit de la méfiance subite et viscérale qu’inspire l’hydroxychloroquine depuis janvier 2020, que la mortalité à l’IHU de Marseille a en effet été moindre qu’à l’APHP à Paris – n’en déplaise à Martin Hirsch. Il faudra bien un jour se demander pourquoi. En attendant, il n’est pas aberrant d’accorder sa confiance sur la base des résultats obtenus. D’ailleurs cette fameuse hydroxychloroquine, comme d’autres traitements, est aujourd’hui dûment recommandée pour le traitement précoce du coronavirus dans des dizaines de pays. On pourra toujours objecter que ces contrées ne sont pas dirigées par un président aussi beau et intelligent que le nôtre. Mais la France a-t-elle vraiment de quoi faire parade de sa politique sanitaire, elle qui figure parmi les pays où le taux de mortalité a été le plus élevé ?

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Par-delà ces considérations pratiques immédiates, si le Professeur Raoult reste si cher au cœur du public, c’est peut-être aussi qu’à rebours de tous les sobriquets dont on s’est plu à l’affubler, en dépit de tous les reproches qu’on a pu et qu’on pourra lui faire, il incarne quelque chose du véritable esprit scientifique. J’ai bien conscience d’oser là une hypothèse qui paraîtra audacieuse à l’endroit de celui qu’on a vilipendé comme un représentant de l’anti-science.

Pourtant il faut reconnaître qu’il a su, face à ceux qui cédaient à la panique, et à ceux  qui peut-être s’y enivraient, garder la tête froide. Qu’il a su dire, tranquillement, “je ne sais pas, je ne suis pas devin”. Qu’il a pris soin de souligner la précarité du savoir scientifique, sa constante et nécessaire évolution. Qu’en chercheur libre de tout conflit d’intérêt avec les laboratoires pharmaceutiques, respectueux sans servilité vis-à-vis du pouvoir politique, il a manifesté la curiosité et l’ouverture d’esprit qu’on attend d’un homme de science, développant les tests et le séquençage génomique des souches virales, n’écartant aucune stratégie par principe, mais prenant à tâche d’en observer et d’en évaluer l’efficacité, à l’appui de comparaisons et de mises en perspective constantes des données disponibles dans quelque pays que ce soit. Qu’il a estimé enfin de son devoir, en tant que chercheur, universitaire et spécialiste, de communiquer ses observations et ses recommandations au public, malgré les menaces, les injures et les critiques les plus féroces. Le courage n’est pas, en matière de science comme ailleurs, la moindre des vertus.

Dans l’atmosphère étouffante mêlée de censure, d’hystérie, de certitudes satisfaites, il a offert au public l’oxygène de l’intelligence, du calme et de l’ouverture d’esprit. Il ne faut pas se demander pourquoi tant de Français lui en savent gré, et pourquoi même certains en ont fait leur champion.

Le progrès de la science n’est pas linéaire et tranquille

La partie la plus intéressante de sa conférence de presse et de son dernier bulletin d’information consistait justement en l’évocation de l’état actuel de la science. Il a battu en brèche l’attitude naïve qui consiste à croire que la connaissance scientifique est pure et son progrès linéaire et tranquille. On supposait jusqu’ici que seuls les enfants étaient victimes de cette illusion, mais non : combien d’adultes se sont étonnés bruyamment, en 2020, du fait que tous les médecins ne soient pas d’accord entre eux ? A un phénomène aussi complexe que celui des épidémies, on voulait une réponse simple ; devant un virus nouveau et inconnu, une analyse univoque et définitive. L’un des plus grands mérites du Professeur Raoult est de rappeler que le processus d’acquisition de la connaissance scientifique est laborieux, et d’autant plus laborieux qu’il est impur.

Il a rappelé en effet comment la démarche de la science est d’abord freinée par les habitudes culturelles, par les mentalités ancrées, qui font naturellement obstacle aux propositions qui les bousculent. Renoncer à la vérité d’hier et d’aujourd’hui pour entrer dans une nouvelle manière de voir est coûteux en énergie : il y faut du temps, ou bien que le jeu en vaille la chandelle ; on commence presque toujours par y résister.

Mais la science est aussi travaillée par les rivalités personnelles, institutionnelles, politiques : il y a là bien des intérêts de pouvoir et de carrière qui sont autant de biais dans le processus de production de la connaissance, comme dans la gestion de ses applications. Le Professeur Raoult pointe d’ailleurs, dans la gestion de la politique sanitaire, un problème de casting, observant qu’on n’a pas mis aux manettes les meilleurs spécialistes en matière d’infections respiratoires épidémiques. Et le plus béotien en la matière a malheureusement fort envie de le croire, s’il s’en rapporte à la médiocrité de certains membres du gouvernement que Macron a cru bon de nommer.

Mais ce n’est pas tout : la science doit encore compter avec les intérêts financiers. La figure du charlatan, qui sans scrupule vante ses drogues les moins efficaces pour s’enrichir, nous est familière, et celui-là, nous croyons sans peine qu’il existe. Seulement nous avons tendance à oublier que la charlatanerie, comme toutes choses de nos jours, d’artisanat a dû nécessairement passer à l’industrie. Elle en a, évidemment, les moyens : de gigantesques firmes pharmaceutiques ont désormais barre sur la recherche, sur les publications, sur les scientifiques qu’elles rémunèrent. La plupart d’entre nous cependant s’incline devant ces géants et s’interdit de soupçonner qu’ils puissent être animés par autre chose que la philanthropie. Mais si vous vous méfiez des garagistes, croirez-vous toujours les yeux fermés que l’industrie pharmaceutique, qui pèse plus lourd que les Etats, n’a jamais en tête que votre bien ?

Tandis que l’on s’acharne sans répit sur le Professeur Raoult, il semble qu’on détourne pudiquement les yeux de la liste des amendes faramineuses infligées pour fraude, corruption, voire charlatanerie aggravée, à ces mêmes géants pharmaceutiques qui nous ont fourgué leurs vaccins, qui pis est sur la base de contrats particulièrement opaques. Et on prête gentiment nos oreilles aux bons conseils de Mac Kinsey, achetés à prix d’or, sans nous inquiéter outre mesure du palmarès de ce cabinet de conseil américain qui, rappelons-le, a officié auprès de Perdue pour la diffusion de ses opioïdes, responsables de la mort de plusieurs centaines de milliers de patients aux Etats Unis ; Mac Kinsey a d’ailleurs préféré payer par avance la justice américaine pour qu’elle abandonne ses poursuites. En matière de conseils respectueux de l’éthique médicale, on repassera. Qu’il soit donc permis, à tout le moins, de poser la question des biais que pourraient induire les intérêts colossaux en jeu pour ces firmes dans nos politiques sanitaires, sans être aussitôt renvoyés au complotisme – ou à la paranoïa, argument en vogue aux beaux jours du soviétisme.

D’autres épidémies viendront

Car la seule voie que peut emprunter la science pour déjouer tous les biais qui la hantent, sans compter ses propres erreurs, c’est d’en appeler à la controverse, au débat contradictoire. Brandir sans cesse un consensus scientifique, le défendre comme un dogme religieux par la censure, les injures, les anathèmes jetés sans l’ombre d’une hésitation contre des scientifiques par ailleurs renommés comme les meilleurs du monde, c’est frapper à coup sûr la science de stérilité. C’est la démarche la moins scientifique, la moins raisonnable qui soit. Encore si, par un tel entêtement, un tel aveuglement, on ne risquait que de rétrograder dans notre capacité à produire de la connaissance pure : nous en serions quittes pour la honte. Mais les enjeux sont également tristement pratiques.

Il faudrait se demander pourquoi notre parc hospitalier est aujourd’hui matériellement et humainement si délabré : ceux qui étaient censés veiller à son bon fonctionnement ont dû s’égarer quelque part dans leurs petits calculs. Et la déconnexion qu’on commence à observer,  comme le rappelle le Professeur Raoult, entre la richesse d’un pays et l’espérance de vie de sa population, suggère que l’argent peut acheter la science, mais pas le progrès.

Quant à la gestion de la politique sanitaire, si certains spéculent sur les morts que le confinement et la vaccination auraient permis d’éviter, d’autres ont bien envie de demander compte des vies qui auraient pu être sauvées si l’on ne s’était pas entêtés dans un refus radical de tout soin précoce. Nous savons bien que d’autres épidémies viendront ; nous avons tous intérêt à ce qu’elles soient gérées du mieux possible. Il serait vraiment temps de mener, de la manière la plus transparente possible, une étude comparée des résultats des différentes politiques sanitaires adoptées dans le monde, comme une évaluation raisonnée et sincère du rapport entre le bénéfice et le risque des vaccins selon les classes d’âge, en regard de la véritable imputabilité des décès au coronavirus. Il serait plus intelligent et profitable à tous de réfléchir et débattre sans dogmatisme, plutôt que de censurer et d’ostraciser ceux qui se posent des questions parfaitement légitimes.

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Nous ne pouvons nous empêcher de penser ici au Malade imaginaire de Molière. Il s’y trouve une scène moins bouffonne que les autres, en l’espèce d’un débat argumenté entre Argan et son frère Béralde. Ce dernier fustige la faiblesse des hommes qui s’en laissent conter par de prétendus experts, qui nous font prendre “des mots pour des raisons, et des promesses pour des effets” ; Argan est bien sûr piqué au vif, outré qu’on puisse porter le fer de la critique dans le corps de la faculté. Pour désamorcer sa colère, son frère l’invite à voir sur le sujet une comédie… de Molière. L’hypocondriaque déverse alors sa bile contre cet auteur impertinent ; et le voilà qui prône la censure, cependant que Béralde défend le droit à la satire. La mise en abyme est jouissive, d’autant que Molière jouait le rôle-titre, débitant à plaisir des injures adressées à lui-même. Mais le plus intéressant, c’est le lien que Molière établit entre le savoir véritable et la liberté d’expression. Seule la liberté de la critique peut nous permettre de distinguer entre les mots ronflants et les raisons solides, entre les promesses dans le vent et les effets véritables. Sans la liberté de la critique, nous restons éblouis par la profession des bonnes intentions ; mais les pires des tyrans ont toujours su en afficher.

Nous avons un besoin urgent de retrouver le respect de la liberté d’expression – et dans tous les domaines où il est urgent d’user de sa raison : Montaigne n’était pas médecin, qui invitait chacun à frotter sa cervelle contre celle d’autrui. Seul le risque d’un débat sincère et contradictoire peut nous donner une chance de démêler les meilleures solutions à tous les problèmes qui se posent à nous. Les maux dont souffre la science sont sans doute les mêmes que ceux dont la politique et toute la société sont empêtrés : ceux qui sont incapables d’incarner une autorité naturelle versent dans l’intimidation, la censure et l’occultation des faits, le parti pris et la malhonnêteté intellectuelle, au profit d’une bonne conscience paresseuse et des chasses gardées.

Si le Professeur Raoult n’avait fait qu’incarner la liberté indispensable à l’esprit scientifique, nous lui devrions déjà beaucoup. Le président Macron au soir du second tour, dans la prose exaltée et creuse dont il nous gratifie trop souvent, a voulu lui aussi placer son quinquennat sous les auspices de la raison et la science : mais s’il n’œuvre pas pour rétablir dans ses droits fondamentaux une saine liberté d’expression et de critique, s’il persiste à favoriser la vindicte plutôt que le débat, à griser ses fans de promesses en se moquant des effets, à laisser s’installer tranquillement les pratiques de censure au nom d’un bien autoproclamé, il n’aura rien fait pour la science ni la raison en général, ni pour la France en particulier.

La Guerre d’Ukraine: le choc des eschatologies politiques et le nouveau nomos de la terre

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Marioupol, Ukraine, 4 mai 2022 © Alexei Alexandrov/AP/SIPA

La première phase de la guerre d’Ukraine s’est achevée avec l’échec de la prise de Kiev par les Russes et la chute de Marioupol. L’armée russe s’est maintenant recentrée, au moins à court terme, sur des objectifs plus réalistes : la conquête de la portion du Donbass sous contrôle ukrainien.  La guerre semble avoir aussi changé de nature : au début des hostilités, le conflit se présentait comme une « guerre de choix » pour un pouvoir russe qui avait manifestement sous-estimé le sentiment national ukrainien et surestimé les performances de son outil militaire, et comme une guerre aux enjeux proprement existentiels pour les Ukrainiens. On aurait donc pu penser que les difficultés de l’armée russe conduiraient soit à une crise politique à Moscou soit à une solution négociée. Or paradoxalement, c’est une tout autre évolution qui se profile. La population russe semble de plus en plus se rallier sinon avec enthousiasme, du moins de raison, aux décisions de ses élites politico-militaires. On invoque la propagande d’État et la pénalisation de l’opposition à « l’opération spéciale » ou encore la crainte d’un retour au chaos des années 90 en cas de défaite. Ces explications restent néanmoins insuffisantes.

Les pays occidentaux, en cherchant une victoire militaire ukrainienne sur le terrain plutôt qu’une solution négociée, semblent en effet avoir transformé les enjeux symboliques du conflit en réveillant ce que Nicolas Berdiaev voyait comme la dimension eschatologique sommeillant dans l’âme russe. Dans L’Idée Russe, ce dernier soulignait le fait qu’ « en Occident, la civilisation, parvenue à un très haut degré, étouffe de plus en plus toute conscience eschatologique », cette atrophie lui apparaissant à peu près complète dans un pays comme la France. Au contraire, « après le peuple juif », ce serait « le peuple russe » qui aurait « le mieux assimilé l’idée messianique ». « Par sa nature métaphysique et sa vocation dans le monde », il serait « le peuple de la fin » et Berdiaev d’ajouter que « l’Apocalypse a toujours joué un grand rôle aussi bien dans nos couches populaires que dans les milieux cultivés, parmi nos écrivains et nos penseurs ». Dans un passage aux accents qui semblent aujourd’hui prophétiques, le grand philosophe russe mettait aussi en garde ses contemporains contre une tentation, celle de laisser « l’idée messianique russe, cette idée pure du Royaume de Dieu, du royaume de justice » être « gâchée par l’idée impérialiste de volonté de puissance. »

La croyance en une « destinée manifeste » de la Russie traverse toute l’histoire de ce pays, depuis les écrits du moine Philothée sur la Troisième Rome jusqu’au Bolchévisme, en passant par la réflexion des slavophiles sur l’arriération « providentielle » de la Russie. Aujourd’hui, on retrouve cette thématique chez le penseur néo-Eurasianiste Alexandre Douguine. Reprenant la doctrine des cycles de l’école de la Tradition mais aussi certaines intuitions d’Heidegger, il voit dans l’Occident la terre du crépuscule et de l’oubli de l’Être où toutes les grandes questions existentielles sont occultées par les valeurs marchandes et le règne de la technique. La Russie au contraire, qui n’aurait pas complètement perdu le contact avec les puissances du chaos originaire et ce malgré une modernisation superficielle, aurait vocation à être le lieu d’un nouvel avènement (Ereignis), d’un retour de l’Être que le dernier Heidegger appelait de ses vœux. Chez Douguine, l’eschatologie philosophique de Heidegger rejoint les prophéties chrétiennes sur l’Armageddon et le dernier Antéchrist dont la société postmoderne serait la préfiguration. La Russie et plus particulièrement son président, Vladimir Poutine, seraient investis d’une mission de Katechon : le concept remonte à Saint Paul et désigne chez Carl Schmitt des figures historiques dont l’action retarde le triomphe des forces de ténèbres qui doivent précipiter les évènements de la fin.

Jusqu’à la guerre d’Ukraine, on pouvait être tenté d’écarter d’un revers de la main de telles spéculations si peu en phase avec l’air du temps, presque inintelligibles pour les hommes et les femmes « déconstruits » de la postmodernité. Le déclenchement d’un conflit que Douguine annonçait de longue date, nous interdit pourtant une telle désinvolture et ce, d’autant plus que les hostilités en plus de prendre la tournure d’une guerre de proxy menée par les puissances de la mer contre la puissance tellurique russe s’apparentent de plus en plus à une confrontation entre deux « théologies politiques ».

Du côté russe, la portée « métaphysique » du conflit a été reconnue par le patriarche Kirill lui-même, dans un discours qui a horrifié les médias occidentaux. A l’occasion de son homélie pour la fête de la Saint Jean, ce dernier s’en est pris à l’Occident décadent et nihiliste et n’a pas hésité à déclarer, sur un ton qui rappelle les passages les plus flamboyants de Donoso Cortès, que « ce qui se passe aujourd’hui dans la sphère des relations internationales ne relève pas uniquement de la politique », qu’il en va « du Salut de l’homme, de la place qu’il occupera à droite ou à gauche de Dieu le Sauveur, qui vient dans le monde en tant que Juge et Créateur de la création ».[1]

On pourrait croire que l’Occident postchrétien serait immunisé contre toute forme d’eschatologie politique mais, comme l’a montré un auteur comme Eric Voegelin, la sécularisation a paradoxalement favorisé l’émergence de ce qu’il appelait des « religions-ersatz ». Communisme, fascisme mais aussi libéralisme sont traversés par une tension eschatologique, un désir de donner un sens global à l’histoire humaine. La « religion des droits de l’homme », révisée au besoin par ces idéologies du ressentiment que sont le wokisme et le racialisme, est fondée sur cette idée que l’ordre libéral exprimerait la véritable essence de la nature humaine et que toute la marche de l’histoire doit conduire tôt ou tard au triomphe des valeurs de l’émancipation, à la victoire des « démiurges » sur les « jardiniers », pour reprendre une métaphore de Chantal Delsol. Tous ceux qui s’opposent à cette marche triomphale du « Bien » doivent être rééduqués voire éradiqués selon une logique de la déshumanisation de l’ennemi dont Carl Schmitt et plus tard Alain de Benoist avaient mis en lumière les mécanismes et qui aujourd’hui vise la Russie, son peuple et sa culture. Ces mêmes Occidentaux qui ont mis à feu et à sang le Moyen-Orient n’hésitent pas à pousser dans ses derniers retranchements une puissance nucléaire se battant sur un territoire qu’elle considère (à tort ou à raison) comme vital pour sa survie. Le choc de ces deux eschatologies politiques pourrait conduire à un conflit plus large qui achèverait le processus amorcé il y a un peu plus d’un siècle d’éclipse de l’Europe.

Heureusement le pire n’est jamais certain, mais cette guerre, dont les enjeux dépassent de très loin le simple théâtre militaire et dont les répercussions énergétiques et monétaires semblent chaque jour plus évidentes, illustre aussi un retour des conflits idéologiques que peu d’observateurs avaient anticipé. Francis Fukuyama et Samuel Huntington semblaient pourtant s’entendre sur le fait que l’ère des affrontements idéologiques était révolue, le premier prophétisant le triomphe de l’idéologie sortie victorieuse de la seconde guerre mondiale et de la guerre froide et le second un choc des civilisations. Or paradoxalement, la guerre d’Ukraine, en plus d’avoir remis sur le devant de la scène des grilles de lecture géopolitique (Eurasie, heartland, rimland etc.) montre la persistance de conflits portant sur ce que les postmodernistes appelaient dédaigneusement des « grands récits » sur la nature humaine et l’ordre juste dans la cité. Ces conflits se jouent d’ailleurs des lignes de fracture civilisationnelles comme le montre le fait que la Russie orthodoxe, en plus de compter dans ses rangs des troupes d’élite musulmane tchétchène, bénéficie du soutien tacite de la Chine et de la neutralité bienveillante de l’Inde et d’une bonne partie des pays du Moyen-Orient. Faut-il y voir les prémisses d’une nouvelle « Sainte Alliance », d’une coalition des puissances conservatrices de la terre contre tout ce qui dans l’Occident postmoderne œuvre au déracinement, à la liquidation de ce qui donne un sens à l’existence humaine (culture, religion, tradition et identité) ? S’il y a en tout cas une seule idée à retenir de toute l’œuvre de Douguine, c’est que la guerre des idées se traduit aussi dans la géopolitique. Tant que l’Occident sécularisé dominait le système international, l’Europe et les Etats-Unis formaient la seule matrice possible des grandes idéologiques politiques. C’est pour cela d’ailleurs que les vrais adeptes de la contre-révolution, les théocrates dans la lignée de Joseph de Maistre et de Donoso Cortès, ont perdu presque toutes les batailles depuis plus deux siècles. La désoccidentalisation du monde rouvre le champ des idées politiques et nous fait basculer dans un monde inconnu, peuplé de nouveaux dieux mais aussi de dieux anciens que nous avions cru chassés par les Lumières.

Au moment où la France sort d’une campagne où les enjeux civilisationnels ont été systématiquement occultés par les polémiques insignifiantes, un déluge de proportion biblique se prépare peut-être à nos portes, annonçant un nouveau nomos de la terre.


[1] Traduction de Jean-Benoît Poulle, publiée sous le titre de « La Guerre Sainte de Poutine » [https://legrandcontinent.eu/fr/2022/03/07/la-guerre-sainte-de-poutine/]. Si le Vatican a condamné cet alignement de l’Église russe sur les objectifs du Kremlin, la décision surprise du Pape François de consacrer la Russie et l’Ukraine au Cœur Immaculée de Marie, par-delà la manœuvre à destination des traditionnalistes, montre que la Papauté voit aussi dans cette guerre un conflit spirituel.

Les passions floues

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Marche contre l’extrême droite, Paris, 16 avril 2022 © AP Photo/Christophe Ena/SIPA

La parade électorale a révélé, sans surprise, que la France n’allait pas très bien, comme l’humanité en général d’ailleurs. Nous devons apprendre à vivre dans un monde désenchanté. Une analyse de l’écrivain Patrice Jean.


Quelques jours avant le second tour de l’élection, je roulais sous un pont aux piliers recouverts d’affiches en faveur d’Éric Zemmour. Sous le visage du chroniqueur devenu candidat, on lisait : « Impossible n’est pas français ». Il souriait. J’ai souri également : bientôt les affiches électorales se transformeront en souvenirs, et dans des villages endormis de l’Ariège ou du Cantal, des tribuns continueront d’encourager l’électeur à les élire et à les adopter comme maîtres. Les affiches seront écornées, presque entièrement déchirées, à demi cachées par des avis municipaux ou des annonces de braderies ou de fêtes foraines. Pendant des semaines, les journaux n’auront parlé que de ça, l’élection présidentielle, le point d’orgue de la vie politique française. Et puis la vie reprendra ses droits.

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Qu’attend-on de cette élection ? Pourquoi tant de passion ? Au risque d’être haï, vilipendé, insulté, méprisé, j’ai plutôt l’impression que tous les candidats se ressemblent. Tous les candidats sont démocrates, républicains et veulent le bonheur des Français ; ils ne diffèrent que sur les méthodes pour y parvenir. J’attends impatiemment le candidat qui prétendra appauvrir le pays, supprimer le système des retraites et déclarer la guerre à la Chine. Tous sont habités par la passion de servir (disent-ils). Et, grande nouveauté, tous sont des résistants. Zemmour se grime en De Gaulle et appelle à lutter devant un micro pareil à celui du général réfugié à Londres ; et les anti-Le Pen défilent et pétitionnent contre le retour du fascisme. Quelle fatigue ! Je me souviens de l’entre-deux-tours de 2002 ; j’habitais une petite ville de province. Un soir, je vis une longue cohorte de manifestants tourner en rond sur la place principale en scandant des slogans contre la bête immonde. Je dis alors à un ami : « On dirait des Indiens qui dansent pour repousser la pluie. » Il n’apprécia que modérément mon observation : lui aussi avait l’âme d’un résistant (disait-il). Comment peut-on à ce point se monter le bourrichon ?

La France est hantée par un spectre, la collaboration

J’ai quelques rudiments d’explication à proposer : nous ne percevons qu’une infime partie de la réalité et ne connaissons qu’une centaine de personnes, peut-être un millier pour les plus fraternitaires d’entre nous (ce qui n’est pas mon cas, j’aime l’humanité avec beaucoup de modération). C’est à partir de cette minuscule expérience personnelle que nous sommes contraints de réfléchir au sort de 67 millions d’inconnus (la France), en sorte que nous devons lire des sociologues, des philosophes, des démographes, des journalistes, des historiens, etc., pour tenter de nous hisser à une vision globale qui nous autoriserait à choisir le meilleur des candidats. Il y a dans cette tentative beaucoup de perdition, nous jugeons sur des on-dit, des impressions, des suppositions. J’ignore la signification exacte de la théorie, en mathématiques, des « sous-ensembles flous », pourtant ces derniers me paraissent s’appliquer intégralement à la politique : tout est incertain et sujet à caution. Dans cet imprécis naissent tous les fantasmes : puisque l’exactitude est impossible, le besoin de haïr caché au cœur de l’homme (ça le soulage des misères de la vie) et le narcissisme (le pseudo-résistant) se donnent la main pour revivre, à chaque élection, la tragédie de la collaboration. L’incertain favorise le théâtre, la comédie, les grands mots. Un plombier, par exemple, quand il répare votre robinetterie, sait parfaitement quelle pièce est à changer ; un militant, lui, ne peut formuler que des hypothèses à propos des maux qui affaiblissent le pays. Alors il s’échauffe, devient rouge, lance des anathèmes et se coiffe (en douce) du Borsalino de Jean Moulin. C’est surtout vrai à gauche mais, comme je l’ai déjà noté, Zemmour s’est à son tour oint du képi gaullien. La France est hantée par un spectre, celui de la collaboration. Plus aucune discussion ne se tient sans elle. Parlez-vous d’immigration qu’un résistant (en carton) vous taxera de « fasciste », depuis 68 les CRS sont des SS et la violence symbolique bien pire que la violence réelle (on voit bien, en cette occurrence, que les tenants de cette thèse sont à l’abri de la deuxième catégorie citée).

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L’enfer est pavé de bonnes intentions

Nous sommes entrés dans l’ère du soupçon (dans un sens très différent du célèbre essai de Nathalie Sarraute), nous sommes tous des accusés en puissance. Des puritains et des gardes rouges sondent les âmes comme jadis l’Inquisition surveillait les hérétiques. Certes, le mâle blanc de plus de 50 ans est la cible privilégiée des vertueux (le privilège blanc !), mais personne ne doit se croire pour toujours immunisé contre la diffamation. « Vous prétendez n’être pas sexiste, en réalité vous l’êtes ! Il faut en prendre conscience. » Une conversation ne peut être féconde qu’à la condition de ne pas user de l’argumentation ad hominem. L’ère du soupçon tue la conversation. Vous n’êtes pas ce que vous paraissez être et vous êtes ce que vous prétendez ne pas être. La vertu, poussée à fond, se transforme en son contraire : c’est l’histoire du monde et celle de l’enfer qu’on avait primitivement pavé de bonnes intentions. Chaque génération, pour paraphraser Albert Camus, se croit vouée à défaire le monde. Un monde mauvais. Chaque génération a raison, le monde est mauvais, ou plutôt n’échappe pas au mal. Mais toutes les générations ont tort en ce qu’elles oublient le propre mal en elles, oubli généré par le mal lui-même. Il n’y aura jamais de société apaisée : c’est ma bonne nouvelle. La lutte des classes est une réalité, l’asservissement du monde par la technique aussi. Une règle paradoxale se met en place : plus le confort croît et plus l’insignifiance s’accroît. L’État nous dorlote comme des nourrissons : au jardin des plantes à Nantes, on a installé des statues pareilles à des personnages de bédés pour enfants, elles contrastent avec celles implantées à la fin du XIXe (des femmes nues). Un nourrisson est cajolé, mais il vit dans le périmètre étroit de son parc de jeux. Et il est méchant comme une teigne.


Patrice Jean est écrivain. Nous traiterons son dernier livre, Le Parti d’Edgar Winger (Gallimard) dans le prochain numéro. Isabelle Larmat en propose ici la recension.

La Bruyère ne connaissait pas Mélenchon: quelle chance!

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Marseille, 24 avril 2022 © PHILIPPE MAGONI/SIPA

Pendant que l’extrême gauche absorbe la gauche de gouvernement, la droite nationale demeure divisée et le président Macron dort sur ses deux oreilles.


Dans Les Caractères (1688), à la fin du Grand Siècle, La Bruyère développe une réflexion sur l’homme qui s’avère toujours d’actualité. Il y brosse le portrait de ses contemporains dans une forme brève qui lui permet, en maniant l’ironie et le sarcasme, de dessiner une galaxie de types humains résolument intemporelle.

Je vous lis un extrait du Livre 6 « Des biens de fortune » des Caractères : « Giton a le teint frais, le visage plein et les joues pendantes, l’œil fixe et assuré, les épaules larges, l’estomac haut, la démarche ferme et délibérée. Il parle avec confiance ; il fait répéter celui qui l’entretient, et il ne goûte que médiocrement tout ce qu’il lui dit. Il déploie un ample mouchoir, et se mouche avec grand bruit ; il crache fort loin et éternue fort haut ». Vous êtes alors à la cour de Louis XIV, mais également en France, en 2022, lors d’un meeting du leader de la France insoumise. Le portrait de Giton est aussi celui de Jean- Luc Mélenchon briguant, avec la modestie qu’on lui connaît, le poste de Premier ministre, à l’issue des prochaines législatives.

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Défait lors du premier tour des élections présidentielles, notre Che Guevara vieillissant avait tout d’abord affirmé, lors de son discours de candidat battu, que le combat révolutionnaire se poursuivrait, mais, sans lui. Au-delà de cette limite, 70 ans, son ticket n’était, en effet, plus valable. Ce renoncement fut bref : au lendemain du second tour de l’élection présidentielle qui se solda par la reconduction du mandat d’Emmanuel Macron, notre Castro français, ragaillardi, en oublia son âge pour rester… fidèle (Fidel ?) aux engagements de toute une vie. Il fit alors placarder sur tous les murs du pays des affiches à son effigie. Sur celles-ci, on pouvait lire, en toute simplicité : « Mélenchon Premier ministre ». 

Histoires de fesses

Fort du vote communautariste qu’il avait largement obtenu, n’étant pas à une compromission près, il se mit à œuvrer sans plus de scrupules pour former une nouvelle Union populaire, dont il se proposait d’être le leader. Elle agrégerait à LFI, EELV, PS et PC. 

Depuis, les tractations vont bon train et connaissent un franc succès. Mieux vaut, il est vrai, pour les perdants des différentes formations de gauche s’assoir sur des convictions, au demeurant vacillantes, que de ne pas siéger à l’Assemblée nationale. Du reste, comme le disait Montaigne : « Sur le plus beau trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul. » Tant qu’à faire, choisissons donc une assise confortable !

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Après des tractations dont heureusement on ne saura pas tout, la nouvelle association des gauches parviendra certainement bien à s’entendre sur une répartition des circonscriptions de nature à satisfaire l’ensemble des partisans du rassemblement. LFI et EELV ont déjà formé une « Nouvelle union populaire écologique et sociale », LFI et le PC ont trouvé également un terrain d’entente. Quant au Parti socialiste, son ralliement au parti de Jean-Luc Mélenchon ne saurait tarder. 

Et voici la gauche burkini

Bientôt, Éric Piolle ouvrant audacieusement la voie, on pourra certainement s’ébattre allègrement en burkini dans toutes les piscines municipales de l’hexagone et saccager dans une liesse bon enfant tous les centres- villes, lors de manifestations organisées contre les privilégiés qui auraient encore l’impudence de gagner quatre mille euros par mois. Promis, les artistes et les sportifs ne pétitionneront pas pour nous en empêcher.

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Le 30 juin 2019 à Grenoble, des militants de « Alliance citoyenne » interpellent les passants devant la piscine. Photo : JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

En effet, nos formations de gauche moribondes, largement dévorées par les Insoumis se comportent avec notre GitonMélenchon comme le fait Phédon (dernier personnage-type de la sixième partie des Caractères, portrait en creux de celui de Giton) : serviles et dans l’attente des faveurs promises par le maître de la France insoumise. Ils sont Phédon, dévorés par un échec qui les recroqueville sur eux-mêmes et les prive d’audace : « (…) les yeux creux, le teint échauffé, le corps et le visage maigre ; il dort peu, et d’un sommeil fort léger ; il est abstrait, rêveur, et il a avec de l’esprit l’air d’un stupide (…) », « il semble craindre de fouler la terre ; il marche les yeux baissés, et n’ose pas les lever sur ceux qui passent (…) ». « (…) il se met derrière celui qui parle (Mélenchon-Giton) recueille furtivement ce qui se dit et se retire si on le regarde. Il n’occupe point de lieu, il ne tient point de place (…) ».

Dans la psyché de Marine Le Pen

À droite, l’union s’annonce plus compliquée, Marine Le Pen, se sentant méprisée par Éric Zemmour qui pointe l’échec récurrent du père puis de la fille à l’élection présidentielle, refuse toute alliance avec Reconquête, forte de son indéniable succès électoral. Avec La Bruyère toujours, (Les Caractères, Livre XII), on peut penser qu’il serait peut-être bon pour elle et pour la droite qu’elle mette son orgueil de côté : « Ne songer qu’à soi et au présent, source d’erreur dans la politique. »

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En effet, les électeurs penchant à droite, terrorisés par la montée de l’extrême gauche, pourraient une fois de plus voter utile : à savoir pour les candidats représentant le parti de notre roitelet réélu. Et là : danger. Citons à ce propos une dernière fois le clairvoyant La Bruyère (Les Caractères, chapitre VIII, « De la Cour »). Il nous met là en garde contre le mépris, qu’on connaît bien, pour l’avoir pratiqué un quinquennat, d’un Emmanuel Macron que des législatives en sa faveur conforteraient dans son hubris : « Un homme qui vient d’être placé ne se sert plus de sa raison et de son esprit pour régler sa conduite et ses dehors à l’égard des autres ; il emprunte sa règle de son poste et de son état : de là l’oubli, la fierté, l’arrogance, la dureté, l’ingratitude. »

Diplomates, préfets… liquidation totale

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Wikimedia Commons

Entre les deux tours de l’élection présidentielle, un décret a entériné l’extinction progressive de deux corps d’encadrement supérieur du ministère des Affaires étrangères. Cette décision suit la disparition du corps de la préféctorale.


Le corps des Affaires étrangères a été supprimé officiellement entre les deux tours de la présidentielle. Adieu les diplomates de profession, bonjour les managers de l’État. Mes collègues se sont émus. Des journalistes charitables ont fait écho à leur émoi. Gérard Araud, diplomate-Twitter mondain du régime, a versé sa larme électronique. J’ai beau être membre de ce corps depuis plus de trente ans, cette nouvelle ne m’empêche pas de dormir. Moi, c’est la disparition de notre politique étrangère qui me réveille la nuit depuis quinze ans.

Cette disparition est seulement la conséquence des choix que des diplomates ont cautionnés, mis en œuvre, voire conçus pour certains. Notre diplomatie était indépendante, nationale, souveraine. Elle avait besoin de professionnels qualifiés et expérimentés. Elle est aujourd’hui européenne, écrite à Bruxelles, consensuelle à 27, compatible avec l’Allemagne, première de la classe, et les États-Unis, protecteurs de toute la bande. La diplomatie est devenue un potage mixte. Fini le terroir. Une cuillère à soupe pour Berlin, une cuillère à café pour Madrid, une louche pour Washington et la vingtaine de capitales de l’UE alignées derrière. Enfin, une pincée de sel français pour relever l’ensemble.

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Plus besoin de diplomates chevronnés pour ça. Alors, que les diplos ne se plaignent pas. Ce n’est pas quand le fruit sec tombe à terre qu’il faut regretter que l’arbre se soit asséché depuis un bon nombre d’années. Le vrai scandale est la disparition du corps de la « préfectorale ». Là, c’est sérieux. Il s’agit de la bataille de France. Nos préfets doivent connaître intimement lois, jurisprudences et répartition des pouvoirs dans notre millefeuille administratif afin de gérer au mieux les problèmes du moment : pauvreté, immigration, violence, terrorisme. Alors que le pays s’enflamme pour un rien, pourquoi faire exploser ce corps de professionnels du respect de la loi et de l’unité du pays ? Incompréhensible.

La faucille et la burqa

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Taha Bouhafs et Jean-Luc Mélenchon © Capture écran youtube / Regards et ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

L’éditorial de mai d’Elisabeth Lévy


À voir les Insoumis se pavaner sur les plateaux au lendemain de la victoire d’Emmanuel Macron, on aurait dit qu’ils venaient de gagner l’élection présidentielle. Que ceux qui roupillent depuis le 10 avril se rassurent : il n’en est rien. Cependant le triomphalisme des mélenchonistes n’est pas dénué de fondement. Comme le déclarait le politologue Gérard Grunberg à nos confrères d’Atlantico, « LFI sera le vaisseau amiral d’une flotte qui n’a qu’un bateau ». Et Mélenchon pourra claironner : « La Gauche, c’est moi ! »

Chapeau l’artiste ! Ça lui aura pris plusieurs années, mais en bon disciple de Mitterrand, Jean-Luc Mélenchon a plumé la volaille socialiste. Les derniers caciques qui n’ont pas encore rallié la Macronie ont protesté, mais le spectacle de la jeune garde du PS se prosternant devant la puissance, en jetant par-dessus bord les « valeurs de la République » avec lesquelles elle nous tympanisait quelques jours plus tôt. Au moment où nous bouclons, il n’y avait pas de « points de désaccord insurmontables » pour une union aux législatives, déclarait-on des deux côtés. Ceux qui ne sont pas contents n’ont qu’à partir, ajoutait Olivier Faure. Sauf qu’un demi-PS ne sera même pas une force d’appoint.

Notre cher Goldnadel a donc quelques raisons d’enrager : si on a mobilisé toutes les ressources de la moraline pour dénoncer le retour de la bête immonde sous les traits souriants de Marine Le Pen, nul ou presque ne s’est offusqué du retour en force de l’extrême gauche. Comme si cette famille politique, dont les plus anciens ont défilé dans leur jeunesse aux cris de « Marx, Engels, Lénine Staline Mao ! », n’avait pas, elle aussi, quelques heures sombres accrochées à ses basques. Imaginons les cris d’orfraie de Saint-Germain-des-Prés si Christian Jacob décidait de négocier une alliance avec le RN ou Reconquête !

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La gauche est donc dominée par un parti qui n’a jamais gouverné et dont on peut espérer qu’il ne sera pas de sitôt en capacité de le faire. Encore qu’à regarder ses scores chez les jeunes (36 % chez les 18-24 ans, 30 % chez les 25-34 ans), on peut s’inquiéter. « La jeunesse est un naufrage », écrit Muray. Heureusement, ça ne dure pas.

Chez les vieux briscards en mal de cause, c’est l’extase. Ségolène Royal a vu la vierge. Ceux qui, depuis vingt ans, n’ont connu que des défaites célèbrent la naissance d’une nouvelle gauche. Sauf qu’elle n’est pas si nouvelle que ça. En réalité, LFI actualise les recommandations de Terra Nova, boîte à idées qui a connu son heure de gloire en 2011, en théorisant l’abandon par la gauche de la classe ouvrière old school – comme dit Michel Onfray. Dans une note devenue célèbre, le think tank recommandait au PS de se tourner vers un nouvel électorat urbain comprenant « les diplômés », « les jeunes », « les minorités des quartiers populaires » et « les femmes », réunis par « des valeurs culturelles, progressistes ». En clair, il s’agissait d’envoyer au diable les classes populaires de souche, trop rétives aux beautés de l’immigration de masse et du multiculturalisme, pour inventer une nouvelle majorité constituée par l’alliance des bobos et des immigrés, érigés en prolétariat de substitution. Ce qui fut fait.

Mélenchon ne fait qu’adapter cette idée au goût du jour : ce n’est plus aux immigrés qu’il s’adresse, mais aux musulmans, dont il flatte la fibre victimaire en se présentant comme un rempart contre l’islamophobie. De la défense du voile à la dénonciation obsessionnelle des violences policières, cet ancien laïcard n’a cessé de caresser dans le sens du poil la jeunesse islamisée des quartiers. Ce clientélisme, encouragé par des imams, a payé : 69 % des musulmans lui ont accordé leur suffrage contre 37 % en 2017. Et ils représentent une partie non négligeable du « vote populaire » pour Mélenchon. Pour sa part, la militante indigéniste Houria Bouteldja le présente comme un « butin de guerre »…

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Cette gauche prétendument nouvelle ne fait donc que reconduire, en la sophistiquant, la stratégie qui a conduit l’ancienne dans le mur. Non seulement, elle prend la responsabilité de décourager l’intégration et d’encourager la sécession islamiste, mais elle proclame son mépris pour les « gens ordinaires », comme disait Orwell. Ceux-ci n’ont rien contre les musulmans, mais beaucoup contre l’islamisation de l’espace public. Ils veulent bien considérer tous les Français, d’où qu’ils viennent, comme leurs frères, à condition qu’on respecte leur besoin de se sentir chez eux. Et ils votent Le Pen. À l’époque de Terra Nova, Macron n’existait pas. Le PS pouvait imaginer de se passer des classes populaires pour devenir le parti de la bourgeoisie branchée. Aujourd’hui, la place est occupée. La gauche sans le peuple, voire contre le peuple, n’a pas d’avenir. À l’arrivée, le peuple se passera de la gauche. Et le pays aussi.