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Tant qu’il y aura Jean-Pierre Mocky…

Neuf Mocky, sinon rien… C’est une bonne idée de ressortir en salles neuf des films, et non des moindres, du plus iconoclaste des cinéastes français. D’autant plus que, du côté des nouveautés, la concurrence est inexistante.


La Tête contre les murs (1958), Les Dragueurs (1959), Un drôle de paroissien (1963), La Cité de l’indicible peur (1964), Solo (1969), Le Témoin (1978), Litan (1982), À mort l’arbitre (1984) et Agent trouble (1987). Sur trente ans, un choix de films subjectif mais pertinent parmi les plus de soixante tournés par Jean-Pierre Mocky jusqu’à sa mort en 2019. Tel est le contenu d’un programme qui permet de voir ou revoir sur grand écran des temps forts d’une filmographie certes inégale mais terriblement stimulante.

On pourra s’étonner d’y trouver en ouverture un film réalisé par Georges Franju, La Tête contre les murs. Mais c’est d’abord une façon de rendre hommage à l’excellent acteur que fut Mocky et pas seulement sous sa propre direction. Il fut même l’une des belles gueules du cinéma français de la fin des années cinquante et du début des années soixante. Et puis, c’est lui qui a signé cette adaptation d’un roman d’Hervé Bazin, puisqu’il avait été à l’origine du projet proprement dit. Lui encore qui décida du formidable casting (Anouk Aimée, Pierre Brasseur, Paul Meurisse, Charles Aznavour et Édith Scob, s’il vous plaît !). Sur le tournage, il réalisa en outre plusieurs scènes. Bref, le film lui doit beaucoup.


Jean-Pierre Mocky et Charles Aznavour dans La Tête contre les murs, réalisé par Georges Franju en 1958

En revanche, Les Dragueurs est véritablement son premier film. À l’heure où le romantique Homme qui aimait les femmes de François Truffaut fait l’objet, au détour d’une émission, d’une attaque en règle sur France Culture, il n’est pas certain que ce premier opus de Mocky passerait les fourches caudines de la morale selon la maison ronde. Mais peu importe, ou plutôt, raison de plus pour dire tout le bien que l’on pense de ce film qui fit rentrer le mot « dragueur » dans le langage quotidien. Adoubé par le jeune Godard et tourné dans l’esprit de la Nouvelle Vague, Les Dragueurs donne une nouvelle occasion d’apprécier les talents d’acteur d’Aznavour et démontre combien Mocky sait filmer Paris. Et c’est, dans le fond, un film assez grave, d’aucuns, dont Mocky lui-même, diraient moraliste.

Les Dragueurs, réalisé par Jean-Pierre Mocky en 1959 avec Charles Aznavour, Jacques Charrier, Margit Saad © Lisbon Films

Les deux œuvres suivantes de cette réjouissante sélection se succèdent à un an de distance et boxent dans la même catégorie, la farce policière rigolarde : Un drôle de paroissien et La Cité de l’indicible peur. Avec en point commun des acteurs que l’on retrouvera à plusieurs reprises chez Mocky, au premier rang d’entre eux, le complice par excellence : Bourvil. On se gardera bien d’en résumer ici les délirants scénarios. Mais qu’il incarne Georges Lachaunaye, aristo catho désargenté et pilleur de tronc par nécessité ou Simon Triquet, inspecteur à la poursuite d’un faussaire évadé dans une ville imaginaire d’Auvergne, Bourvil fait des étincelles face aux impeccables Francis Blanche et Jean Poiret, entre autres cabots de génie.

Un drole de paroissien, réalisé par Jean Pierre Mocky en 1963 avec Francis Blanche et André Bourvil © A T I C A / Corflor / Le Film d Art
La Cité de l’indicible peur, réalisé par Jean-Pierre Mocky en 1964, avec Bourvil et Véronique Nordey

Mais la force de Mocky, c’est précisément de ne pas s’être cantonné dans cette seule veine absolument réjouissante. Les deux films qui suivent dans la programmation (Solo et Le Témoin ) n’ont rien de farcesque. Le premier est un polar très noir autour de l’extrême gauche révolutionnaire et terroriste. Mocky y est impeccable en dandy entraîné malgré lui dans l’engrenage de la violence politique. Le second, un implacable réquisitoire contre la pédophilie, les erreurs judiciaires et la peine de mort trois ans avant son abolition. Au-delà des intentions, c’est un abyssal face-à-face cinématographique entre les deux monstres sacrés que sont le Français Noiret et l’Italien Sordi.

Solo, réalisé par Jean-Pierre Mocky en 1970, avec Jean-Pierre Mocky et Sylvie Bréal
Le temoin, de Jean Pierre Mocky réalisé en 1978, avec Gisèle Préville et Philippe Noiret © Belstar Productions

Pas plus que parmi les précédents, on ne choisira dans les trois films restants. Impossible de départager. Litan est l’un des très rares films fantastiques français parfaitement maîtrisés. De même que À mort l’arbitre constitue, avec Coup de tête de Jean-Jacques Annaud, la seule contribution pertinente du cinéma hexagonal à la mise à distance du sport national qu’est le football et de ses mœurs étranges. Enfin, avec Agent trouble, Jean-Pierre Mocky a notablement contribué à apporter une pierre singulière à l’édification du « monument » Deneuve, laquelle avec sa perruque rousse bouclée et ses lunettes rondes cerclées illumine ce polar en couleurs et noir et blanc comme la neige.

Pas de doute, Mocky, ça fait toujours du bien.


Litan : La Cité des spectres verts, réalisé par Jean-Pierre Mocky en 1982 avec Jean-Pierre Mocky et Marie-José Nat
A mort l’arbitre, réalisé par Jean Pierre Mocky en 1984, avec Eddy Mitchell et Carole Laure. COLLECTION CHRISTOPHEL © R.T.Z. Production / TF1 Films Production
Agent trouble, réalisé par Jean-Pierre Mocky en 1987 avec Richard Bohringer et Kristin Scott Thomas

Carole Delga, menez la contre-offensive de la gauche «Charlie»!

Alors que socialistes et insoumis se seraient entendus la nuit dernière sur une liste de 70 circonscriptions, Carole Delga, rivale d’Olivier Faure et influente présidente de Région, inaugurait une exposition consacrée à Cabu. Réunis en conseil national demain, les socialistes vont-ils vendre leur âme au diable en s’alliant avec des islamo-gauchistes? Que fera alors Madame Delga?


A l’occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse, la très charismatique présidente de la Région Occitanie Carole Delga a inauguré, mardi, le lancement d’une exposition rendant hommage à Cabu, le dessinateur du magazine satirique Charlie Hebdo, mort sous les tirs de kalachnikov des frères Kouachi, le 7 janvier 2015.

L’exposition, intitulée « le rire de Cabu », et qui se tiendra jusqu’au 19 juin, propose à l’hôtel de Région de Toulouse et sur le parvis de l’hôtel de région de Montpellier près de 400 caricatures du dessinateur, connu pour son impertinence chevillée au crayon.

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Est-on légitime à être socialiste et à cette exposition ? Oui, mais…

« Pas de limite à l’humour qui est au service de la liberté d’expression ! », c’est par cette phrase emblématique de Cabu que s’ouvre cette rétrospective. Mais, qui dit liberté d’expression dit courage de porter haut et fort ses convictions. C’est ce qu’a toujours fait, avec un certain courage, l’élue socialiste qui après la décapitation de Samuel Paty avait carrément décidé de projeter sur les façades des deux hôtels de Région des caricatures, bravant le risque encouru par tous ceux qui s’aventurent à se moquer du prophète ou à critiquer l’islam. Avec son accent gorgé de soleil, la voix de Carole Delga avait alors tonné : « Le premier des dangers, c’est l’affaiblissement de la République. On ne peut pas reculer, on ne peut pas avoir de faiblesse, de compromission vis-à-vis de ces actes qui relèvent de l’intégrisme ou du fanatisme. »

L’élue socialiste n’a pas bougé d’un iota. Aujourd’hui, à l’heure où le Parti socialiste (PS) est sorti de la tambouille des négociations avec la France insoumise (LFI) – où le point de blocage n’était pas tant la défense de valeurs qui lui reste, mais le partage du gâteau des circonscriptions – Carole Delga persiste et signe, dans un tweet enlevé : « Il ne peut y avoir d’arrangement avec la liberté d’expression, de conscience ou la laïcité. »

Carole Delga est une battante, qui croit à ce qu’elle défend. Lors du 2ème tour des régionales, en juin 2021, elle avait déjà écarté toute fusion avec LFI et EELV, et remporté haut la main et pour la deuxième fois consécutive la Région Occitanie, avec 58% des suffrages, écrasant ces adversaires frontistes et LR.

Le mauvais troc des socialistes

Celle qui fut un temps érigée comme un rempart au délitement du Parti socialiste au niveau national ne peut cautionner le ralliement de sa famille politique, qui fut traditionnellement ancrée dans l’universalisme de la République sociale et laïque, à la gauche communautariste de Jean-Luc Mélenchon.

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Ce serait pactiser avec un parti qui a participé à la « marche contre l’islamophobie », parrainée par des organisations islamistes proches des Frères musulmans – comme le CCIF, désormais dissous ; un parti qui est encensé par l’indigéniste Houria Bouteldja qui écrivait au lendemain des attentats contre l’école juive de Toulouse Ozar Hatorah « Mohamed Merah c’est moi et moi je suis lui » ; et qui considère désormais le leader des Insoumis comme un « butin de guerre » et se targue d’avoir converti « le laïcard de dingue » en bon petit soldat du communautarisme. Ce serait s’entendre avec un parti qui prévoit d’investir le journaliste militant Taha Bouhafs, condamné pour injure publique en raison de l’origine après avoir qualifié la policière syndicaliste Linda Kebbab « d’Arabe de service ».

Lâches compromissions

Pour conserver leurs sièges dans l’hémicycle, le PS serait donc sur le point de troquer « Touche pas à mon pote » par « Touche pas à mon poste ».   

Devant ces lâches compromissions, Carole Delga répond par un tonitruant « je suis Charlie », sans bougie ni nounours, mais en manifestant ses convictions. L’élue socialiste incarne encore cette gauche qui est hélas en état de mort cérébrale depuis qu’elle a abandonné son électorat historique : les catégories populaires, « les gens ordinaires » comme dirait Orwell et comme le rappelle Elisabeth Lévy dans son édito, pour aller séduire la France de la diversité et substituer aux luttes sociales historiques des combats sociétaux douteux.

Devant cet accord de principe que vient de sceller le PS et LFI la nuit dernière, Carole Delga n’a donc pas d’autre choix que de rentrer en dissidence !

Ce serait son chant des partisans, sa façon à elle de dresser le cordon sanitaire de l’humour français contre la corruption de l’âme du socialisme par l’extrême gauche communautariste et islamophile.

Affaire Didier Jodin: seuls les pires profs passent entre les gouttes…

Une inspectrice mandatée pour descendre un professeur de Lettres qui réussit trop bien dans une classe difficile, voilà qui semble aberrant. Quand de surcroît c’est sur ordre du cabinet de Brigitte Macron…


Les bons profs, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Didier Jodin, par exemple, professeur de Lettres au collège Rembrandt Bugatti de Strasbourg, ne se contente pas de transmettre de vrais savoirs à ses élèves. Il ne se contente pas de faire progresser globalement une classe de troisième devant laquelle nombre de ses collègues ramaient en cadence, tant l’ambiance et la bonne inintelligence qui règne entre maîtres et « apprenants » y sont explosives. Il ne se contente pas de s’inspirer des principes de la pédagogie explicite (une technique propulsée par le Canadien Steve Brissonnette, et relayée en France, entre autres, par mes amis Françoise et Bernard Appy). Il veut faire réussir ses élèves, et amener chacun au plus haut de ses capacités. C’est très mal.

Une inspection aberrante

En butte — comme tant d’entre nous — à la « volonté de nuire d’une mère d’élève harcelante » (ainsi s’exprime-t-il dans le courrier adressé au tout nouveau recteur de l’Académie) qui sans doute voudrait faire cours à sa place, et qui a sonné à toutes les portes, y compris à celle de l’Elysée où elle a trouvé l’oreille complaisante du cabinet de Brigitte Macron, il s’est trouvé heureux gagnant d’une inspection-couperet menée tambour battant par une inspectrice IA-IPR, de celles qui ne cherchent pas à vous entendre, mais viennent avec leur guillotine pédagogique sous le bras. La gente dame déléguée pour lui administrer le knout s’appelle — heureux hasard lacanien — Mme Hélène Martinet : « La visite conseil, précise-t-elle en en-tête de son rapport officiel, se déroule suite à l’envoi au cabinet présidentiel de Brigitte Macron d’un message de parent d’élève critiquant des propos que Monsieur Jodin aurait tenus en classe ». Il y en a d’autres qui pour des faits similaires et tout aussi mensongers, ont fini décapités.

Notez que la direction du collège, en l’occurrence Mme Schneider, a fait chorus avec l’institution. Didier Jodin a été soutenu par ses collègues, par le SNES et par les pédagos mêmes, qui ont bien senti que l’affaire accroissait le dossier « à charge » qui sera un jour retenu contre eux, l’administration a réagi comme un seul adjudant, le petit doigt sur la couture du pantalon, et la langue où vous savez.

Contrairement à Mediapart, qui a fait ses choux gras avec cette lamentable histoire (mais ils n’ont jamais rien compris à la pédagogie, chez Mediapart), je ne crois pas un instant que Brigitte Macron ait vraiment été tenue au courant des tenants et aboutissants de cette polémique. En tant que professeur de Lettres elle-même, elle a eu à cœur de former de façon très explicite les cancres ou les fumistes doués qui lui étaient confiés — et j’espère qu’ils lui en sont reconnaissants…

« Au service de l’élève »

Didier Jodin a narré lui-même par le menu le déroulement surréaliste de cette inspection, et j’y renvoie le lecteur. Didier Jodin a joint un long dossier de 81 pages à sa contestation de cette inspection aberrante. En particulier tous les mails échangés — y compris pendant les vacances, les harceleurs n’ont pas de répit — depuis le début décembre par cette madame N***, où le professeur se trouve obligé de justifier la moindre note, le moindre exercice, vis-à-vis de parents qui ont mal compris le concept de « co-éducation » qui régente l’Education nationale depuis quelques années. Autant le répéter : l’Education est du ressort des parents, et l’Instruction de celui des enseignants, relisez Condorcet, qui est quand même plus intelligent que Philippe Meirieu.

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Et les notes, figurez-vous, doivent être systématiquement optimistes, pour ne pas décevoir les élèves — y compris ceux qui n’ont pas fichu grand-chose. D’ailleurs, a répondu le rectorat, la pédagogie « doit être au service de la réussite de l’élève », tout en lui transmettant « les valeurs de citoyenneté ».

La réussite de tous les élèves. C’est cela, la beauté du collège unique. Abaissez la barre, et tous sauteront.

Et si par malheur le professeur, qui a autre chose à faire, ne répond pas dans le détail à des mails de deux pages, il est cloué au pilori — ne pas oublier l’étape finale de cette vaine polémique, qui bouffe un temps fou et épuise les enseignants. Depuis qu’Internet et Pronote permettent aux parents de s’immiscer dans la vie de la classe, les professeurs doublent leur emploi du temps en répondant aux questions des parents. Est-ce que nous nous permettons, nous, d’expliquer à un médecin, un boulanger ou un laboureur comment il doit pratiquer ? Non — mais les enseignants sont si déconsidérés, à force d’être sous-payés, qu’on peut tout oser.

Cela se clôt, comme l’on pouvait s’y attendre, par une suggestion dont Mme N*** n’a apparemment pas saisi l’ironie :

« Permettez-moi de vous aider dans vos démarches, avec le document récapitulatif ci-joint [l’ensemble des courriels échangés. Après le Rectorat et le Ministère, n’oubliez pas d’informer la Présidence de la République, la Cour européenne des Droits de l’Homme, la Cour internationale de justice, etc. »

Cher Didier Jodin, on peut faire de l’humour entre amis. Mais les imbéciles n’y comprennent jamais rien, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Et au fait que oui, Mme N*** a osé.

Pas un cas isolé

« On ne peut que s’interroger quand ces pratiques, écrit le SNES-Strasbourg, visent par ailleurs un collègue très critique des réformes qui ont touché et affaibli l’Éducation Nationale et qui a pu apporter son soutien à des enseignants mis en cause par leur hiérarchie pour s’être exprimés. Notre institution montre encore une fois qu’elle n’a rien appris des événements passés et est trop souvent prête à mettre les collègues en accusation. Ces pratiques sont-elles isolées ? »

J’ai une réponse claire et nette : non, ce ne sont pas des pratiques isolées. Profitant de ce que Jean-Michel Blanquer avait davantage la tête à la campagne présidentielle qu’aux affaires courantes de la rue de Grenelle, les pédagos, et particulièrement les inspecteurs qui le sont devenus en prêtant allégeance à cette idéologie délétère et qui ont été cooptés par les pédagos en place, comme je l’explique dans mon dernier livre, cherchent partout à reprendre leur pourvoir. Au lycée international de Luynes, près de Marseille, une dame Florentina Gherman, dite localement « la dragonnesse des Carpates », qui ne doit bien entendu qu’à ses seules inaptitudes d’être devenue inspectrice, a fusillé une jeune et brillante agrégée, avant de s’en prendre dans la foulée à une certifiée coupable d’avoir donné à ses élèves quelques notions d’histoire littéraire sur Flaubert, au lieu d’aller à la pêche de leur « sentiment » sur un texte qu’ils étaient bien incapables de comprendre seuls. Mais quand on lit les explications de textes-types que cette inspectrice a publiées en ligne, on reste atterrés devant la combinaison de la fatuité et du vide intersidéral. Madame, si vous me lisez, sachez que j’offre des cours gratuits de reformatage à la littérature française aux inspecteurs en dérive pédagogique.

Caron, le génie au pouvoir!

Les électeurs parisiens du 18e auront-ils un quotient intellectuel assez élevé pour reconnaitre ce crack de la politique qui se propose à la députation ?


La nouvelle est tombée ce mardi : Aymeric Caron, ex-chroniqueur de Laurent Ruquier et militant antispéciste, se présentera aux législatives dans la dix-huitième circonscription de la capitale sous la bannière de la Nouvelle union populaire, «pour défendre une écologie de rupture».

Il promet que le « permis de voter » n’est plus à l’ordre du jour… pour le moment

Un choix audacieux de la part de Jean-Luc Mélenchon et ses alliés, alors que quelques moustiques se seront déjà introduits dans les chaumières pendant ce scrutin du mois de juin, faisant enrager déjà les premières victimes des piqûres estivales. En effet, on se souvient tous de la sortie choc, en 2019, du polémiste sur ces mamans insectes à la recherche de sang pour leurs nourrissons.

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En exhumant le net, d’autres petits malins ont retrouvé une archive moins connue mais tout aussi intéressante. Dans l’émission « C à vous » (France 5), en novembre 2017, le journaliste proposait la création d’un permis de voter comme il existe un permis de conduire ; permis de voter grâce auquel « on s’assure que les connaissances liées à l’enjeu du moment sont bien maîtrisées » et grâce à un questionnaire à choix multiple.

Ainsi, c’est la société qui déciderait qui est assez cultivé et responsable pour pouvoir aller voter, comme « elle décide déjà qui peut être médecin, ou avocat » ; la société a « créé des instances avec des sages, les plus avisées des personnes de chacun de ses domaines, pour ensuite donner des diplômes aux uns et aux autres ; de la même manière, c’est la société qui décide qui peut conduire une voiture ». Même la présentatrice Anne-Élisabeth Lemoine a failli sursauter ce jour-là !

Raël, un précurseur

On sait que le suffrage capacitaire, limitant le droit de vote aux détenteurs de certains titres et diplômes, a été combiné au suffrage censitaire sous la Monarchie de Juillet. La proposition de Caron rappellera la phrase de François Guizot, premier ministre du roi des Français Louis-Philippe : « Instruisez-vous ! Enrichissez-vous par le travail et l’épargne et vous deviendrez électeurs ! ».

L’idée de limiter le vote et l’éligibilité aux détenteurs d’un quotient intellectuel suffisamment élevé a également été proposée par un certain Claude Vorilhon, dans un ouvrage intitulé Géniocratie (humblement sous-titré Le génie au pouvoir), en 1977, quelques années avant que l’auteur se fasse mieux connaître sous le nom de Raël. En 1871, le baron Léon de Jouvenel avait déposé à l’Assemblée nationale une proposition de loi en faveur du vote familial, qui accordait au père de famille une voix de plus par nombre d’enfants obtenu, histoire de favoriser les hobereaux de province et les détenteurs de manoirs à poivrière. Cette mesure, efficace pour contourner l’esprit de la démocratie égalitaire, risque toutefois de déplaire aux alliés écolos d’Aymeric Caron, qui pensent que faire des enfants n’est pas très bon pour la planète.

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C’est pas Le Gorafi ici !

Si nous étions, nous aussi, un site parodique comme Le Gorafi, on pourrait imaginer une brève ainsi intitulée : « Instigateur du permis de voter, Aymeric Caron rate l’examen ». On y lirait la déception du journaliste et surtout que, la prochaine fois, c’est la bonne, il cochera les bonnes cases et basculera dans la catégorie des gens responsables et cultivés. En attendant, il sera donc candidat d’un mouvement, la Nouvelle union populaire, qui propose l’organisation d’une Assemblée constituante afin de passer à la VIème République.

Attention: la proposition choc de l’ami des moustiques pourrait passer (sait-on jamais) sur un malentendu, au terme d’une longue nuit de débats parlementaires… Dans le doute, si vous habitez la dix-huitième circonscription et que vous voulez quand même que vos amis vraiment trop cons continuent à pouvoir voter, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

L'extinction de l'homme: LE PROJET FOU DES ANTISPÉCISTES

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Pologne, état de siège

Dans « Varsovie 83 », le cinéaste Jan P. Matuszynski s’inspire d’un fait divers réel pour montrer le début de la fin de l’époque communiste en Pologne. En salles aujourd’hui.


A la veille du bac, dans une Pologne communiste sous la férule du général Wojciech Jaruzelski (1923-2014), animal à sang froid qui, on s’en souvient, avait pour spécialité de n’ôter jamais ses lunettes noires, deux étudiants rigolards se baladent sur la grand-place de Varsovie, quand ils sont soudain contrôlés par la « milice citoyenne » comme sous ces latitudes l’on nommait alors aimablement la police. Contrôle musclé, c’est peu dire. Au point que le plus jeune, Grzegorz Przemyk, décède quelques jours plus tard, à trois jours de ses 19 ans, victime des coups de botte que dans le secret d’un commissariat quelques argousins zélés lui balancent dans l’abdomen.

Malchance, Grzegorz est le fils d’une poétesse, militante proche du fameux syndicat Solidarnosc, et comme telle particulièrement ciblée par le pouvoir : quoi de mieux que de s’en prendre au fils pour meurtrir la mère. Nous sommes au temps où la loi martiale vient à peine d’être levée ; le régime n’est pas loin de vaciller.

Loin d’un thriller judiciaire formaté

L’ami de la victime, Jurek Popiel, 21 ans, seul témoin oculaire de ce fatal passage à tabac, va devoir affronter non seulement les autorités, qui tentent de le faire taire par tous les moyens, mais également ses propres parents, si bien manipulés, instrumentalisés par les services secrets que le père de Jurek, lui-même officier, ira jusqu’à trahir son propre fils. Quant aux malheureux infirmiers qui ont convoyé Grzegorz, on les « persuade » d’affirmer, contre toute évidence, qu’ils ont eux-mêmes provoqué son trépas en le frappant dans l’ambulance : l’un d’entre eux se suicidera ; l’autre purgera quinze ans de prison pour un crime qu’il n’a pas commis. En attendant, cette bavure, devenue une affaire d’Etat, provoque de monstrueuses manifestations dans la capitale. L’Eglise catholique s’en mêle, par la voix très écoutée d’un prêtre, qui lui-même ne s’en sortira pas vivant. La mère de Grzegorz, à l’insu de feu son propre fils, entretenait une liaison avec Jurek. Une accusation de détournement de mineur, du pain bénit pour la faire craquer.

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Esquivant le thriller judiciaire formaté à l’américaine (avec les plaidoiries comme climax), le scénario distribue de bout en bout, dans un parallélisme suffoquant, les rôles paradoxalement antagonistes et complices des bourreaux et des victimes, au sein d’une société perverse car intégralement minée par le mensonge, la délation, la terreur. Jusque dans la sphère du pouvoir, où les rivalités intestines et les rapports de force contraignent les hiérarques à un cynisme sans frein, la porosité entre vie privée et intérêts de carrière annihilant toute éthique individuelle.

Reconstitution impeccable

Au-delà de la représentation de ce qui constitue l’essence du totalitarisme dans sa version « rideau-de-fer », ce long métrage de près de trois heures (qui passent à toute vitesse) restitue impeccablement la sinistrose palpable, j’irai jusqu’à dire l’odeur –  nauséeuse, envahissante, implacable – du communisme, cette tragédie à l’état pur qui imprégnait de sa laideur ontologique, non seulement l’ambiance des rues, les transports miteux, les édifices, mais jusqu’aux intérieurs des logis – souffreteux, rebutants, hideusement meublés. Il faut rendre hommage au décorateur du film : vraiment, on s’y croirait ! Le grain de l’image lui-même, un peu piqué, un peu sale, participe de l’exactitude de la reconstitution. Seul bémol, la musique : nappage omniprésent, signé Ibrahim Maalouf, d’une redondance superfétatoire.

Ernest Nita, Mateusz Górski, Tomasz Ziętek, Szymon Wróblewski dans « Varsovie 83 » © Łukasz Bąk

Film de fiction, « Varsovie 83 » s’inspire, bien sûr, d’une affaire réelle. Celle-ci provoqua, en son temps, une manifestation monstre à l’occasion des obsèques du vrai Grzegorz Przemyk. Barbara Sadowska, sa mère, ne s’est jamais remise de la mort de son fils unique. Elle est morte en 1986. Certains de ses poèmes ont fait l’objet de traductions en français. D’interminables procédures judiciaires en révision du procès se prolongeront jusqu’en 1997. 

Varsovie 83. Une affaire d’État. Film de Jan P. Matuszynski Pologne, France, Tchéquie, couleur. Durée : 2h39. En salles le 4 mai.  

Les nouveaux maitres des populations

Même si ses idées conservatrices font peur aux wokes et peuvent nous plaire, le rachat pour 44 milliards d’euros du réseau social le plus turbulent du monde, Twitter, par le milliardaire le plus excentrique de la planète, Elon Musk, doit nous interroger.


Il est vrai que dans le paysage des médias mainstream dominés par les ultras-milliardaires progressistes tels que Bill Gates, Jeff Bezos, Mark Zuckerberg et autres George Soros, Elon Musk comme Vincent Bolloré sont des bouffées d’air salutaires. Mais cela ne doit pas nous empêcher de regarder la réalité en face. Il existe désormais une mainmise des ultras-milliardaires sur tous les principaux canaux d’expression et d’opinion des démocraties occidentales. Pire, cette mainmise, combinée avec la maitrise de l’intelligence artificielle donne la possibilité d’influer massivement sur les populations.

Partout où le progressisme règne, les sociétés et les États se délitent doucement mais surement. Les effets du progressisme sont partout les mêmes : division de la nation, déconstruction de la société et des solidarités. Dans ces conditions, les régimes progressistes ne peuvent que s’effondrer. Cela prendra quoi ? 10, 20 ou 50 ans ? mais vraisemblablement pas plus. La vraie question n’étant pas tellement quand s’effondreront-ils, mais par quoi seront-ils remplacés ?

Les géants de la Silicon Valley, rivaux des États-nations

Au temps de la chute de l’URSS, il y avait l’Occident qui était extrêmement fort économiquement et intellectuellement, sûr de lui-même. Aujourd’hui, nous avons trois acteurs essentiels sur la scène mondiale : l’islam qui a remplacé le communisme dans son rôle d’opposant idéologique au capitalisme. Il séduit une partie des habitants européens originaires des pays islamiques. Cela devrait créer des troubles religieux récurrents et violents, mais a priori pas plus. Vous avez ensuite la Chine qui a encore plus augmenté son envergure d’usine du monde avec le Covid et qui va surement devenir de plus en plus hégémonique. Mais dans les 100 prochaines années, nous ne devrions pas être son terrain de jeu prioritaire. Enfin, et surtout, il y a les grands mécènes et soutiens du progressisme, les GAFAM (Google, Apple, Facebook Amazon et Microsoft). Leur taille est désormais tellement phénoménale qu’ils sont les égaux de certains États.

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Pire, ils ont dorénavant une avance quasi irrattrapable sur les Etats: le pouvoir de prévoir et d’influer sur les avenirs possibles. Leur accès quasi illimité à la Big data, leur puissance de calcul, leur avance sans comparaison dans le machine learning[1], le deep learning[2] et l’intelligence artificielle leur permet de pouvoir prévoir l’avenir ou plutôt les avenirs et même de les influencer.

Diviser pour mieux régner

Imaginez-vous seulement les informations qu’a sur vous Google ou Microsoft ? Google et Facebook en savent plus sur vous que votre meilleur ami. Ils sont capables de prioriser votre accès à certaines informations et influent déjà sur vos opinions, jugements, indignations et intérêts. Via le machine learning, ils peuvent prévoir les avenirs possibles, mais aussi tester plusieurs scénarios pour ensuite influencer sur notre avenir à tous.

Le jour où nos États seront devenus faibles de par les impérities des progressistes et les troubles sociaux, religieux et économiques récurrents, vous serez contents de trouver ces grandes firmes. Elles vous proposeront, à la manière de Netflix, un abonnement pour assurer votre sécurité, votre santé, l’éducation de vos enfants, la gestion de votre maison ou de vos affaires personnelles. Via ces abonnements l’on vous prédira les maladies que vous pourrez avoir et on vous préconisera un mode de vie. Moins vous le suivrez et plus votre abonnement vous coutera cher, car plus vous serez susceptible d’avoir besoin de soins médicaux. Il sera quasiment impossible de vous cacher pour manger du chocolat ou fumer une cigarette, parce que vous serez tracés tout le temps. Ces entreprises détiennent déjà aujourd’hui les technologies pour ce contrôle total.

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Alors imaginez où nous pourrions être dans 20 ans. Ces firmes, tout comme le progressisme, ont intérêt à nous individualiser et à détruire toutes les solidarités qui pourraient s’opposer à eux. Remarquez bien que le but ultime des progressistes peut paraitre alléchant : faire de chacun d’entre nous un homme sans limitation dans ses droits. Mais pour y parvenir, il faut détruire les solidarités familiales, religieuses ou nationales ce qui ne pourra que créer un homme sans obligation, sans foi, sans identité. Dans les faits et en dernier ressort, dans ce genre de monde, nous serons seuls, isolés, privés de toute solidarité et à la merci du plus fort.


[1] Ce sont des systèmes informatiques qui peuvent apprendre des données, identifier des modèles, prendre des décisions et améliorer leurs performances à résoudre des tâches sans être explicitement programmés pour chacune. Par exemple en introduisant diverses données comme les anniversaires dans telle ville, les données des cartes de fidélité, les tendances, les achats déjà effectués, il devient possible non seulement d’établir des modèles (à la Saint-Valentin, on vend plus de parfums et de lingeries rouges) mais aussi, via les flux de données, de prédire les prochains achats et de gérer les stocks (Ce vendredi, six flacons roses de parfum pour homme seront vendus au Séphora de Grenoble. Ces systèmes approvisionneront en conséquence directement le magasin).

[2] Le deep learning est une branche du machine learning mais nécessite des puissances de calculs bien plus importantes, et est capable d’apprendre d’autres choses que des données, comme par exemple des images. Il va par exemple pouvoir aller sur les réseaux sociaux comprendre des tendances à partir de publications (des influenceuses d’Instagram postent des photos flacons roses qui sont reprises par des followers basés à Grenoble et dont les points de la carte de fidélité à Séphora viennent à expiration ce week-end).

Robert Ménard: «Je préfère cinquante ans de Macron à un an de guerre civile»

Finis les excès verbaux, les slogans et les affiches chocs. Le maire de Béziers a changé. S’il a soutenu Marine Le Pen, par fidélité, cela ne l’empêche pas de saluer certaines actions d’Emmanuel Macron. Soucieux de montrer le chemin de la réconciliation nationale, Robert Ménard s’arme de sagesse et de bienveillance.


Causeur. À en juger par vos récentes déclarations, vous avez changé. Pouvez-vous expliquer cette évolution ?

Robert Ménard. Je me « gargarise » un peu moins ! J’ai été journaliste pendant plus de trente ans et, quand on est journaliste, on aime les mots, et plus encore les bons mots, parfois au détriment de ce qu’on voit et pense réellement. Je suis arrivé à la mairie avec le goût du slogan et de l’affiche choc. Et je me suis aperçu que ça blessait des gens. Or quand on est journaliste, on n’a pas affaire aux gens ! Quand on a envoyé son article, neuf fois sur dix, on ne revoit plus jamais les personnes dont on parle. Au contraire, un maire vit au jour le jour avec les gens, il les croise en bas de chez lui. Et puis être maire vous confronte à la complexité des choses, on voit que c’est difficile d’agir sur le réel. Finalement, j’ai réalisé que j’aimais les gens plus que les idées.

En somme votre évolution porterait seulement sur la forme ? On a tout de même le sentiment que sur les sujets comme l’immigration, vous vous êtes un peu déplacé. Vos idées ont-elles changé ou les exprimez-vous moins brutalement ?

J’ai réalisé que ça ne servait à rien de rajouter du malheur au malheur. Parfois, mes excès couvraient des attitudes ou des propos dont je ne suis pas très fier : je pense à cette affiche où on voyait des migrants qui semblaient s’en prendre à notre cathédrale et dont la légende était « Vous n’êtes pas les bienvenus ». Je mesure à quel point la tentation d’être applaudi fait dire de mauvaises choses, que l’on peut toujours justifier intellectuellement mais dont on sent que ce n’est pas bien. Je ne cherche pas à faire de la poésie, mais pris dans une espèce de plaisir à provoquer, à être repris par mes ex-confrères, j’ai sans doute oublié une certaine prudence qui n’est pas forcément synonyme de lâcheté ou de compromission, mais peut-être d’un peu de sagesse.

Certes, il y a les phénomènes que l’on peut dénoncer et les individus qui en sont les agents inconscients. Considérez-vous encore que l’immigration et l’islam identitaire sont un combat prioritaire pour notre pays ?

Oui, mais je sais aussi que les migrants n’arrivent pas massivement avec la volonté d’islamiser le pays. Récemment, pendant une visite d’un quartier dit « difficile », une maman musulmane m’a expliqué qu’elle avait inscrit sa fille à l’école Notre-Dame et que ça lui coûtait 200 euros par mois. Je lui ai fait remarquer qu’il y avait, près de chez elle, une école publique gratuite mais, m’a-t-elle répondu, elle voulait du « mélange », elle voulait « des Français ». Quand on me dit ça, je réponds systématiquement : « Mais vous êtes Français vous aussi ! » Et dans 99 % des cas, ils le sont ! Bien sûr, on comprend ce qu’ils veulent dire. Mais on n’ose plus employer les mots justes… Pour revenir à cette fameuse affiche, elle donnait l’impression qu’on pointait du doigt l’islam au risque d’attiser une guerre de religion. Évidemment, je ne fais pas une guerre à l’islam, mais à l’islamisme radical et ce n’est pas la même chose. Aujourd’hui, je n’ai pas envie de faire de la peine à cette dame. Elle est sympathique, et nous aurions mille choses à nous raconter. Je préfère désormais ce genre de dialogue aux coups médiatiques du passé.

Robert Ménard accueille Emmanuel Macron à Béziers, le 16 novembre 2021 © Guillaume Horcajuelo / Pool / AFP

Vous disiez alors qu’il y avait, sur notre territoire, une autre civilisation qui voulait s’installer. Le pensez-vous toujours ?

Pour reprendre l’exemple de cette dame, je ne pense pas qu’elle ait envie de reproduire l’Arabie saoudite à Béziers. Le problème, c’est le nombre ! Quand, dans une école, 90 % des élèves ou plus sont issus de l’immigration, ils peuvent être très sympathiques individuellement, on n’a pas les moyens de les intégrer et encore moins de les assimiler. Et cela à leur détriment. Seulement, la façon dont je disais ce genre de choses paraissait se résumer à : « Ouh, il y a trop d’Arabes ici ! » Or, je n’ai jamais pensé dans ces termes et j’ai toujours cherché à mettre en place des solutions pour faciliter cette assimilation. Il faut réduire le flux migratoire, oui, mais sans blesser ou aliéner ceux qui sont là.

Votre expérience de maire vous a fait changer, et peut-être le contact avec vos enfants, qui sont plutôt gauchistes…

Ah ça, le dialogue est parfois vif ! Mais mes enfants m’apprennent des choses. Et même s’ils votaient Mélenchon, je ne dirais jamais qu’ils sont des « collabos », comme l’a dit Thierry Mariani à propos des Insoumis.

Mariani a eu tort de se livrer à cette instrumentalisation de l’histoire. Reste que, s’il y a un fascisme islamique, la complaisance de Mélenchon à son endroit est indéniable.

Je ne cesse de rappeler que Mélenchon est allé manifester avec des islamistes au cri de « Allah Akbar ! » mais je ne choisirais jamais le mot collabo !

En politique, il faut aussi marquer les esprits. N’avez-vous pas peur qu’un discours trop raisonnable n’imprime pas ?

Lorsque je passe à la télé, on me fait souvent le crédit d’exprimer ce que beaucoup de gens pensent. Je crois que c’est parce que j’affiche mes convictions. Aujourd’hui ma conviction est que notre pays a besoin de se réconcilier.

Il faut faire attention avec la réconciliation, parce que la division, la controverse, le désaccord sont l’état naturel des sociétés humaines.

Oui, mais entre division et guerre civile, il y a une nuance. Je suis pour la controverse, je ne l’ai jamais fuie. Mais quand je vois certaines personnes, dans nos mouvances, assumer le risque d’une guerre civile pour, disent-ils, « sauver la France », je me demande s’ils savent de quoi ils parlent. La guerre civile, c’est la pire des choses ! Il faut ne jamais avoir bougé de son fauteuil pour supporter cette idée-là ! Comme journaliste puis comme patron de Reporters sans frontières, j’ai connu nombre de pays en guerre civile : c’est le plus grand malheur qui puisse arriver à un peuple. Je préfère cinquante ans de Macron à un an de guerre civile.

Vous préférez aussi cinquante ans d’islamisation à un an de guerre civile ?

Mais on peut s’opposer à l’islamisation sans faire la guerre aux musulmans ! Allez-vous faire la guerre aux petits cons qui font l’apologie des Palestiniens, alors qu’ils ne savent même pas où ça se situe sur une carte ? C’est du fantasme, de la bêtise ! Ce qu’il nous faut combattre, c’est cette ignorance abyssale. Et ce combat se mène par la politique et par l’éducation.

Selon vous, on peut dire les choses sans blesser. Vous aviez avec Zemmour une vieille amitié, mais vous l’avez attaqué, y compris quand ça allait mal dans son camp. N’avez-vous pas failli à votre devoir d’amitié ?

Je pourrais inverser la question : j’étais seul à soutenir Marine Le Pen quand tout le monde lui tournait le dos, y compris bon nombre de mes copains ! Si j’ai voté Le Pen, c’est aussi par fidélité à la parole donnée. Dès le mois d’août, j’ai expliqué mes désaccords à Éric Zemmour et je lui ai dit que je ne ferais pas campagne avec lui. J’ai même écrit un texte pour expliquer mon vote Le Pen. C’est Éric qui est d’une violence insupportable. Il nous faisait revenir au temps de Jean-Marie Le Pen. Vingt ans en arrière ! En réalité, il n’a jamais su quitter le terrain des idées. Il s’est moqué de Marine Le Pen en disant : « Elle aime les chats, et moi j’aime les livres. » Son problème, c’est qu’il n’aime que les livres. Or pour faire de la politique, il faut aimer les gens.

Mais Jean-Marie Le Pen a mis certains sujets sur la table à une époque où personne n’en parlait. Vous pouvez admettre que si Zemmour n’avait pas parlé d’immigration, d’islamisme, d’identité, ces thèmes auraient été totalement absents de la présidentielle.

Je n’ai cessé de dire que je lui reconnaissais ce mérite-là ! Le RN parle de ces sujets depuis quarante ans ! Pourtant, il a fallu que Zemmour s’en empare pour que la bourgeoisie se sente concernée. Que vous le vouliez ou pas, entre Le Pen et Zemmour, c’est une affaire de lutte des classes. Éric est du côté de la bourgeoisie de droite, dont certains représentants sont horrifiés à l’idée de voter comme leur femme de ménage. Ça saute aux yeux !

Donc Éric Zemmour a bien eu ce mérite-là, mais avec quels mots ! J’ose à peine employer le terme « bienveillance » car il a été accaparé par Macron, mais oui, il faut être bienveillant avec les gens. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai changé sur des sujets importants. J’étais pour l’interdiction du voile islamique dans l’espace public, aujourd’hui je crois que c’est une bêtise, non seulement parce que c’est infaisable, mais parce que cela revient à faire fi d’une motivation d’une partie des femmes. Toutes ne sont pas contraintes de porter le voile.

Certes, mais on a le droit de penser que le voile est contraire aux mœurs françaises. De plus, c’est un instrument de conquête des Frères musulmans.

Je suis d’accord avec vous, mais comment l’expliquer aux gens ? Certainement pas à coups d’interdictions.

Dans son discours du Trocadéro, Zemmour tendait la main aux musulmans et leur a dit, « Vous êtes mes frères ». Personne n’en a parlé ; on a préféré en faire des caisses sur les « Macron assassin » scandés par quelques manifestants.

Vous savez comment fonctionnent les médias. Et puis il a dit que certes, il condamnait ce slogan mais « en même temps » qu’il le comprenait. Eh bien, non ! Ce n’est pas compréhensible.

Vous êtes donc resté loyal à Marine Le Pen, même si économiquement vous êtes plus à droite qu’elle…

Oui, elle a évolué sur beaucoup de choses, même si ce n’est pas assez à mon goût. Sur l’Europe, elle est au milieu du gué. Sur Poutine, heureusement que Zemmour lui a servi de paratonnerre, car elle avait à peu près les mêmes positions que lui. Il y a ce tropisme pour cette espèce de nationalisme un peu viril qui plaît tellement à la droite de la droite, mais elle a été suffisamment raisonnable pour dire immédiatement qu’il fallait accueillir les réfugiés. Marine a besoin de parler avec des gens qui ne lui doivent rien. Je suis l’un des rares à ne rien attendre d’elle, donc à n’avoir aucune prudence quand je lui parle.

Venons-en à Emmanuel Macron et à son incroyable capacité de séduction. Lors de sa visite à Béziers, elle semble avoir fait effet sur vous.

D’abord, je suis spontanément respectueux du chef de l’État quel qu’il soit. Ensuite, il a un vrai bon contact avec les gens. Sur les réseaux sociaux, on m’a reproché de lui avoir serré la main chaleureusement. Il aurait fallu que je la prenne comme les gens de la France insoumise ou les communistes prennent la mienne, en donnant l’impression qu’ils touchent un truc un peu répugnant. Cela dit, à Béziers, à part trois pingouins proches de Zemmour, personne ne m’en a fait le reproche. Macron a eu la bonne idée, pour lui et pour moi, de m’inviter à l’Élysée lors de son hommage aux pieds-noirs. Ses mots m’ont touché, et je l’ai dit. Je lui ai dit à quel point mon père aurait été fier de me voir là et d’entendre ces paroles-là pour les pieds-noirs que nous sommes.

Le problème c’est qu’il y en a pour tout le monde. Il rend hommage aux pieds-noirs et il  fait des salamalecs aux Algériens…

C’est vrai et je lui en ai parlé ! Je lui ai dit aussi que le 19 mars, comme tous les ans, je mettrais les drapeaux en berne, ce que j’ai fait. On peut être respectueux du chef de l’État et avoir avec lui des désaccords. Peut-être que je deviens trop vieux pour l’opposition systématique…

Vous n’allez pas commencer à 70 ans une carrière de courtisan.

Ce n’est pas vraiment mon genre… Je suis un maire heureux. Je n’attends rien de personne.

Vous êtes sincèrement admiratif des qualités de Macron. Envisagez-vous de travailler avec lui ? Vous l’a-t-il proposé ?

Je discute avec tout le monde, y compris des gens très proches du président qui me savent gré de ne pas être toujours dans la critique. J’ai été le premier élu de droite à approuver le passe sanitaire, alors que j’avais beaucoup critiqué la gestion de la crise sanitaire l’année précédente. De même, sur l’Ukraine, je n’ai pas hésité à affirmer qu’il avait raison et que mes amis avaient tort. Il y a peut-être des gens qui regrettent que je ne sois pas le facho qu’ils imaginaient, mais c’est tant mieux pour moi et surtout pour ma ville.

Si on vous propose d’entrer au gouvernement, étudierez-vous cette proposition ?

La seule question que je me poserais, c’est : pour quoi faire ? Si demain Macron vous appelle et discute avec vous, vous n’allez pas lui raccrocher au nez.

Pensez-vous que Macron est capable de mener à l’apaisement que vous appelez de vos vœux ?

Je l’espère. Et je ne lui fais aucun procès d’intention.

Macron II: Que la fête commence!

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Que la fête commence ! Mais quelle fête le roi Macron II nous prépare-t-il ? Il nous promet un véritable pays de Cocagne, un pays où – pour parodier le Baudelaire de « L’invitation au voyage » – tout n’est que réconciliation, bienveillance et unité nationale. Crédible ? Pas pour Elisabeth Lévy. L’ère « postpolitique » dans laquelle nous sommes entrés ne permet plus d’organiser les mécontentements. En disqualifiant toute revendication populaire, notamment en provenance de la France dite « périphérique », le maccarthysme moral ambiant empêche la civilisation des conflits propre à notre société. Plutôt que l’unité festive et de façade de la macronie, ce qu’il nous faut, c’est « un horizon commun, un cadre symbolique partagé dans lequel nous serions d’accord pour être en désaccord. » Le verdict du maire de Cannes est sans appel : « Macron restera le président des dettes. » David Lisnard confie à Elisabeth Lévy qu’il veut inventer une nouvelle droite, opposée autant au transnationalisme de Macron qu’à l’islamo-gauchisme des Insoumis, et ayant le courage de rompre avec le social-étatisme qui détruit l’État. Un autre maire, Robert Ménard, nous explique pourquoi il a changé. Pour lui, l’ère des excès verbaux, des slogans et des affiches chocs est close. S’il a soutenu Marine Le Pen, par fidélité, cela ne l’empêche pas de saluer certaines actions d’Emmanuel Macron. Mais pour l’historien, Pierre Vermeren, le consensus bourgeois autour du président n’augure pas la refondation du contrat social. Il est l’aboutissement d’un mépris profond pour les classes laborieuses et annonce des révoltes populaires violentes. 

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Frédéric Dabi, directeur général de l’Ifop, revient dans une interview avec Gil Mihaely sur les résultats de la présidentielle. Les trois blocs sortis des urnes – l’extrême gauche, l’extrême droite et l’extrême centre – sont là depuis cinq ans. La nouveauté réside plutôt dans la normalisation de Marine Le Pen, l’ancrage communautaire de Jean-Luc Mélenchon, et la confirmation que le clivage politique a laissé place à un clivage social. Pour Philippe Bilger, Marine Le Pen a réussi à inscrire son parti dans la normalité républicaine, et ce, malgré le front « antifa » habilement instrumentalisé par Emmanuel Macron. Tandis que Jean-Luc Mélenchon, selon l’analyse de Céline Pina, est parvenu, grâce à une campagne clientéliste menée auprès des Français arabo-musulmans, à enregistrer des scores chavéziens dans de nombreuses banlieues. Ce vote communautaire marque l’influence des islamistes sur toute une population. Cette gauche dite « nouvelle » de Mélenchon est-elle vraiment nouvelle ? Dans son édito, Elisabeth Lévy, y voit surtout une répétition de celle théorisée autrefois par le think tank Terra Nova : une gauche qui devait abandonner le prolétariat pour se tourner vers un nouvel électorat fondé sur l’alliance entre les bobos et les immigrés. Cela ne marchera pas, car « la gauche sans le peuple, voire contre le peuple, est sans avenir. »

Notre numéro 101 est disponible sur le kiosque numérique dans la boutique en ligne, et demain en vente chez le marchand de journaux !

À l’époque de la génération trans, il faut sauver les enfants ! Introduisant notre mini-dossier sur la mode de la transidentité qui sévit dans nos collèges et lycées, Elisabeth Lévy estime qu’il est urgent de « dénoncer cette folie qui promet d’engendrer bien plus de souffrances qu’elle n’en apaisera. » Dans une enquête sur le financement du lobby trans, je mets à nu tout un système international d’ONG, d’universités, d’hôpitaux, d’entreprises et d’organismes publics alimenté par l’argent fourni par un petit nombre de milliardaires intéressés. Nous combattons les idées du lobby trans ; nous devrions combattre surtout son argent. La conséquence directe de l’action de ces apôtres est que, à l’école, de plus en plus d’élèves se revendiquent d’un autre genre que celui de leur naissance, pendant que le ministère recommande aux professeurs d’approuver ces changements d’identité. Gabrielle Périer a recueilli les témoignages de parents désemparés. Pourquoi nos adolescents sont-ils si souvent vulnérables à cette épidémie de dysphorie de genre ? Le psychanalyste, Jean-Pierre Winter, se confiant à Gil Mihaely, voit l’explication dans l’effacement de l’autorité, celle des parents, profs ou médecins. Face à la parole sacralisée, il est interdit d’interdire. Mais si écouter un enfant est une chose, le croire en est une autre. Pour compléter le tableau, Marsault nous présente Jules, marié à Pimprenelle, née Gérard…

Comme tous les mois, Causeur lève le rideau sur la scène culturelle. Mais, tristement, le rideau vient de tomber sur la vie de Michel Bouquet. Frédéric Ferney et Yannis Ezziadi rendent hommage à la mémoire d’un acteur resté intransigeant dans sa recherche de la perfection. C’est à la mémoire de Marcel Proust, dans l’année de son centenaire, que Jérôme Leroy rend hommage, tandis que Julien San Frax fait l’éloge de Richard Strauss qui sera à l’honneur à l’Opéra de Bastille et au Festival d’Aix-en-Provence. Heureusement, tous les génies ne nous ont pas quittés… Christian Lacroix s’est confié à Yannis Ezziadi. Après avoir marqué de son nom le monde de la haute couture, il l’a imposé à l’univers du décor et du costume de scène, à l’opéra et au théâtre. Il a récemment signé sa première mise en scène d’opéra avec La Vie parisienne d’Offenbach, empreinte de rêve et de nostalgie. Voilà une fête qui peut bien commencer !

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Un sentiment de grand remplacement

Le jour de l’Aïd el-Fitr, dans les rues d’Aubervilliers, on réalise que les diverses communautés et ce multiculturalisme qui nous est tant loué par les politiques se fondent en réalité dans l’oumma.


Lorsque, aux alentours de huit heures ce matin, j’ai été tiré de mon sommeil par une voix aussi insistante que lointaine qui à l’évidence ne provenait pas de l’intérieur de mon appartement, il ne m’a fallu qu’une dizaine de secondes pour l’identifier comme étant celle d’un muezzin (1) et en déduire aussitôt qu’aujourd’hui devait être le jour de l’Aïd el-Fitr.
Preuve qu’en faisant un petit effort, on peut très vite et très bien s’assimiler à la culture qui nous entoure !

Multiculturalisme ?

Une demi-heure plus tard, j’avais une confirmation visuelle de ma déduction sonore, dont j’ai oublié de dire qu’elle avait été facilitée par le bruit des klaxons : en effet, le jour des fêtes musulmanes, la circulation est rendue moins fluide par l’afflux massif des fidèles – qui n’ont pas assez des trottoirs pour circuler. En sortant de ma petite résidence, c’est donc à une joyeuse cacophonie et à un festival de couleurs que j’ai été confronté. Couleurs de vêtements comme couleurs de peau. Car ici, à Aubervilliers, c’est l’oumma qu’il est donné de voir, loin de tout sectarisme national. Et l’oumma, on dira ce qu’on voudra, c’est quand même impressionnant quand on pense aux conflits meurtriers qui déchirent le monde musulman ailleurs sur la planète : un rapide contrôle au faciès dans les rues de ma commune limitrophe de Paris indique que le continent africain est représenté dans toutes ses latitudes, pas seulement celles du Maghreb, que le sous-continent indien n’est pas en reste, et certainement d’autres points du globe plus orientaux encore ; or, tout ce petit monde cohabite paisiblement et s’agglomère lors des grandes fêtes religieuses, comme si les tensions communautaires n’existaient pas.

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: Appelez ça comme vous voulez…

Les qamis étaient très nombreux chez les hommes, les abayas et hijabs constituaient la norme pour les femmes. Les enfants étaient pour la plupart eux aussi endimanchés. Enfin, pas endimanchés bien sûr, je voulais dire : vêtus de manière traditionnelle. C’est certainement cette unité vestimentaire qui est la plus frappante lorsqu’on regarde ces foules bigarrées en fête. Le reste du temps, dans les rues d’Aubervilliers, devant les écoles, sur les terrains de sport, on voit des gens de toutes origines dont, sauf pour les femmes voilées, on ne se pose pas forcément la question de la religion. En étant distrait, on pourrait imaginer une apposition de groupes humains différents, un espace multiculturel où aucune communauté ne domine, comme si la diversité était synonyme de neutralisation. Certes, il y a bien les queues le vendredi devant les mosquées, souvent de fortune, pour indiquer la présence d’une communauté de foi qui rassemble tous ces gens d’origine différente, mais à part ce phénomène relativement discret, on serait en peine de deviner une unité quelconque dans la population qui occupe l’espace, et ce d’autant moins que les asiatiques sont nombreux et élargissent la diversité démographique visible. Ce matin, comme tous les matins de grande fête musulmane, c’était un sentiment de submersion qui l’emportait, car, tant par le nombre de personnes rassemblées que par l’effort vestimentaire consenti, il y avait l’effet de masse, de groupe, de foule qui jouait à plein.

Participation massive

Outre la dimension sensorielle, physique qui donne sa substance à ce sentiment de submersion (j’entends par là qu’il ne s’agit pas d’une abstraction, d’une intellectualisation, mais bien d’une expérience concrète, perçue directement par les yeux et les oreilles : je n’ai pas rêvé ces centaines de personnes rassemblées, je ne les ai pas fantasmées), c’est le contraste avec ses propres références culturelles qui nourrit l’impression d’un changement radical et d’une profonde remise en cause des valeurs de notre pays. Derrière le grand mot de laïcité, dont la définition n’a rien d’univoque, se cachait, pour le baptisé devenu agnostique que je suis, l’idée essentielle que la conviction religieuse était une chose à la fois personnelle, discrète et accessoire.  Pour le dire autrement, la religion avait perdu le rôle de colonne vertébrale des comportements de tout un chacun, même si cela ne l’empêchait pas de nourrir la sensibilité et la manière d’agir de ceux de nos concitoyens qui étaient encore pratiquants ou du moins qui avaient la foi. Mon expérience personnelle me faisait confirmer les diagnostics de déchristianisation ou de sortie de religion que j’ai pu lire par la suite sous la plume de Marcel Gauchet ou de Guillaume Cuchet. En précisant cependant que, de par le fait que notre pays avait 1500 ans d’histoire chrétienne derrière lui, la sécularisation n’était que la poursuite sans clergé d’une morale et d’une vision du monde globalement inchangées : pour reprendre Nietzsche, le monde avait perdu Dieu mais ne s’en était pas vraiment aperçu, d’où la persistance de traditions et d’usages sur un mode désacralisé. Le paysage architectural, littéraire et artistique entretenait un paysage mental familier, ancré dans un imaginaire judéo-chrétien dévitalisé sur le plan de la foi mais toujours opérant sur celui des valeurs et des représentations collectives. Bref, à moins d’aller soi-même à la messe, on ignorait qui se rendait à l’église le dimanche et tout le monde s’en fichait, car ce n’est pas ce qui réglait la civilité entre les gens. Quant aux processions religieuses lors des grandes fêtes chrétiennes, elles étaient devenues pour l’essentiel un élément de folklore qui tenait plus de l’identité régionale ou locale que de la foi qui édicte le comportement en société.

A lire aussi, Philippe D’Iribarne: Le triomphe des immigrés

Le spectacle de ce matin à l’occasion de l’Aïd el-Fitr disait tout autre chose. Par la participation massive au rassemblement dont j’ai été témoin, par la séparation des sexes dans le stade où se tenait la « cérémonie », par l’accoutrement vestimentaire religieux marqué des fidèles qui n’a rien à voir avec le fait de s’endimancher, par la diversité des langues parlées dans cette foule réunie, c’est une autre civilisation qui s’affichait dans l’espace public, une civilisation dynamique, rassembleuse, bien vivante, mais porteuse d’autres valeurs que les nôtres. Une civilisation qui, lorsqu’on est critique de l’individualisme occidental et nostalgique d’un collectif éteint depuis longtemps, a de quoi faire envie. Une civilisation qui, quoique ayant voté massivement pour Jean-Luc Mélenchon, se fiche royalement d’une créolisation illusoire et entend se défendre et se répandre grâce à sa cohérence et sa vitalité internes. Une civilisation prête à remplacer la nôtre, qui ne fait plus vraiment rêver, qui ne rassemble plus, qui ne nourrit plus les esprits. Allez ! Aïd Moubarak !


(1) Pour être exact, n’ayant ni mosquée ni minaret à proximité immédiate de chez moi, la voix entendue n’était peut-être pas celle d’un muezzin ; c’était en tout cas celle d’un homme qui se tenait vraisemblablement dans le stade où avait lieu le rassemblement et dont il est question plus loin dans le texte, une voix portée par mégaphone ou haut-parleur et dont je ne saurais dire ce qu’elle disait car la distance et les murs me la rendaient indistincte. Pour autant, les intonations et le rythme adoptés par cette voix ne laissaient aucun doute quant au fait qu’elle appelait au rassemblement des fidèles, ce dont j’ai eu confirmation en sortant de chez moi et en passant devant le stade rempli de fidèles et dont on aperçoit l’entrée sur la photo d’illustration.

La liberté, y en a marre!

Le débat sur la liberté d’expression redevient central, à l’occasion du rachat de Twitter par Elon Musk. Notre contributeur se demande si une liberté absolue est vraiment souhaitable. Même si la cancel culture des progressistes est une menace réelle, il doute que le milliardaire américain nous délivre du gauchisme culturel.


Il a bien entendu raison, Raphaël Enthoven, avec sa liberté liberticide et il faut être un bourrin de droite pour ne pas le comprendre. La liberté totale, c’est « Squid Game » comme l’égalité totale, c’est le goulag. À tout, il faut des limites – et même aux limites, il faut des limites. Il faut être nietzschéen et kantien, conquérant et casuistique, absolu et procédurier. Il faut de l’anarchie et de la jurisprudence, de l’innocence et de la responsabilité, du Yin et du Yang – Elon Musk, d’accord mais pas sans Thierry Breton. C’est comme cela que ça a toujours marché dans les sociétés civilisées et c’est ainsi que nous procédons tous, même le plus libertarien ou le plus légaliste, chacun se trouvant sa propre poche d’insolence et de droit. Évidemment,  quand ces poches diffèrent, ça fait des clashes.

L’inquisition inclusive est une horreur mais ce n’est pas par la réalité alternative que l’on s’en sortira!

Moscou préférable à New York, vraiment ?

Mes clashes à moi, en ce moment, c’est avec les droitards que je les ais. C’est que mes pauvres amis sont partis en vrille comme jamais. La crise sanitaire les a rendus dingues, complotistes, obscurantistes, occultistes. La crise ukrainienne les a achevés, révélant ce qu’il y avait de plus hideux en eux, le goût de la collaboration, du sang, du poutinisme exacerbé – et sous prétexte que Poutine est contre le mariage gay et les LGBT, la belle affaire ! Alors que le minimum syndical pour un nationaliste aurait été de prendre fait et cause pour la nation ukrainienne, qui n’est plus russe depuis longtemps et ne veut plus jamais l’être, voilà nos nationalistes qui se sont rués pour la Russie qui n’a jamais vraiment été une nation, au mieux un gazoduc dans une steppe. Il est vrai que, sous un mode soviétique ou tsariste, la Russie a toujours excité le virilisme des matamores, persuadés que le communisme ou la tradition allait sauver le monde (parce qu’il faut toujours « sauver » quelque chose, avec eux). Poutine, rempart de nos valeurs ? C’est ce qu’on se dit dans les milieux tradi, sans se rendre compte de l’imposture inouïe qu’il y a là-dedans. Il est vrai que même De Gaulle y a cédé un moment, étant à l’origine de cette fadaise d’Eurasie qui irait de Brest à Vladivostok. Et pour la raison lamentable que le vrai danger, pour les frenchies complexés, c’était l’Amérique libérale et démocratique – alors que celle-ci a toujours été notre monde. Je n’ai jamais pu comprendre comment on pouvait préférer vivre à Moscou plutôt qu’à New York.

A lire aussi: Le complotisme, la religion du doute?

Et donc, voilà que les mêmes qui n’ont eu cesse de blâmer le « capitalisme » et « la culture Mickey » tombent les uns après les autres dans les bras de ce grand dadais d’Elon Musk, milliardaire Bibendum, qui vient de racheter Twitter, le réseau social le plus con du monde (même si on y est tous, évidemment parce que la connerie est la chose du monde la mieux partagée.)

La cancel culture, solution finale de la culture

Alors bien sûr, j’entends les arguments libéraux / libertaires, d’ailleurs fondamentalement humanistes, et que je pourrais moi-même fournir. Le woke est une lobotomisation de l’intelligence et de la sensibilité ; la cancel culture est la solution finale de la culture. Ce qui se passe aujourd’hui dans les universités américaines et qui arrive en force chez nous (même si la France ne se laisse pas faire et a un esprit de résistance qui n’appartient qu’à elle, preuve cette Guerre de Louis-Ferdinand Céline qui arrive à point) relève du crime contre l’esprit. Rien de plus odieux que ce puritanisme qui fait des ravages sur les réseaux sociaux, ces mises en cabane sur Facebook qui se multiplient pour un mot de trop (et je sais de quoi je parle), ces annulations de compte pour avoir « insulté » un particulier ou un groupe (même la formule de De Gaulle : « les Français sont des veaux » aujourd’hui ne passe plus) – tout cela donne envie de ruer dans les brancards et de clamer une liberté totale, forcenée, s’éjaculant partout.

Et c’est à ce moment-là que le peine-à-jouir en moi s’interroge. La « liberté absolue » que promet Musk sur son réseau ne serait-elle pas aussi celle des voyous, des tarentules, des sangsues, des porcs, de ceux qui en appellent vraiment au meurtre ou au viol ? Je me demande ce que Mila en pense, tiens, de cette liberté azimutée. Parce que les trolls, ça existe. Et ce sont eux qui ont pris le pouvoir sur Internet et qui du coup apportent de l’eau au moulin des censeurs. C’est que le politiquement abject a toujours été l’idiot utile du politiquement correct. Et sur la toile, on est servi. Le dissident grouille, conspire, diffame.  Le dernier de la classe se venge. Le revanchard exulte. Le vrai facho se substitue à l’antimoderne – faisant d’ailleurs et souvent la honte de ce dernier dans ses commentaires.   L’intersectionnalité de l’ultra droite rattrape celle de l’ultra gauche. La charlatan triomphe. Consécration du confusionnisme, de la désinformation, du rouge-brun. Ce ne sont pas tant les « discours de haine » qui posent problème que les mensonges, le révisionnisme en direct, l’affabulation décomplexée.

Elon Musk, août 2021 Gruenheide, Allemagne © Patrick Pleul/AP/SIPA

Elon Musk ne va pas nous délivrer du gauchisme culturel

Alors, si c’est ça Twitter, ce sera sans moi. Je hais la censure mais la fake news ne me fait pas rêver.  Et je crois de moins en moins en la fameuse main invisible du Premier Amendement par laquelle tout devrait finir par se réguler. Dans un monde éclaté, anomique, déconstruit (et autant par les déconstructeurs officiels que par « l’individualisme de masse », comme disait Patrick Buisson, dans Le Point d’il y a deux semaines), la philosophie, la poésie et la vie ont fort peu de chance de l’emporter.  

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Et puis la liberté, j’en suis désolé, ça se mérite. Être libre, c’est d’abord penser contre soi, accepter la contradiction et comprendre les choses ne serait-ce que pour mieux les combattre si on est contre – ce dont l’homme du ressentiment, pourri par son idéologie régressive ou augmentée, est bien incapable. Si liberté absolue il y a, elle se situe dans le scepticisme et non dans le fanatisme. C’est Montaigne qui est libre, pas Savonarole. Pas besoin de faire allégeance au premier milliardaire venu ou au nouveau dictateur cool pour croire que l’on va enfin se délivrer du gauchisme culturel. Trump lui-même n’a pas empêché que celui-ci progresse dans son pays. Encore une fois, l’inquisition inclusive est une horreur mais ce n’est pas par la réalité alternative que l’on s’en sortira. Par ailleurs, « qui peut croire que tous les avis se valent ? » comme se le demande Papacito dans un article plus retors qu’il n’en a l’air dans le dernier Furia. L’opinion des gueux, ça va cinq minutes. Et il est pitié de voir nos « assoiffés de liberté » tomber dans tous les égouts de la matrice au nom de leur détestation du « camp du Bien » – alors que c’est le camp du vrai (et du beau) qui devrait les attirer. Mais tout à leurs convictions d’esclaves rebelles et prêts au pire pour combattre le mal, ils s’en foutent.

Alors, Musk ou pas Musk ? Au bout du compte, je n’ai pas de réponse à cette question – normal pour un sceptique, me diriez-vous. Sans doute faut-il prendre ses distances, même si c’est difficile vu que nous sommes tous attirés par le metavers.

Zarathoustra reste encore le meilleur conseil: « J’aime mieux être changé en stylite qu’en tourbillon de rancune ».

Tant qu’il y aura Jean-Pierre Mocky…

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Jean-Pierre Mocky dans Agent Trouble en 1987

Neuf Mocky, sinon rien… C’est une bonne idée de ressortir en salles neuf des films, et non des moindres, du plus iconoclaste des cinéastes français. D’autant plus que, du côté des nouveautés, la concurrence est inexistante.


La Tête contre les murs (1958), Les Dragueurs (1959), Un drôle de paroissien (1963), La Cité de l’indicible peur (1964), Solo (1969), Le Témoin (1978), Litan (1982), À mort l’arbitre (1984) et Agent trouble (1987). Sur trente ans, un choix de films subjectif mais pertinent parmi les plus de soixante tournés par Jean-Pierre Mocky jusqu’à sa mort en 2019. Tel est le contenu d’un programme qui permet de voir ou revoir sur grand écran des temps forts d’une filmographie certes inégale mais terriblement stimulante.

On pourra s’étonner d’y trouver en ouverture un film réalisé par Georges Franju, La Tête contre les murs. Mais c’est d’abord une façon de rendre hommage à l’excellent acteur que fut Mocky et pas seulement sous sa propre direction. Il fut même l’une des belles gueules du cinéma français de la fin des années cinquante et du début des années soixante. Et puis, c’est lui qui a signé cette adaptation d’un roman d’Hervé Bazin, puisqu’il avait été à l’origine du projet proprement dit. Lui encore qui décida du formidable casting (Anouk Aimée, Pierre Brasseur, Paul Meurisse, Charles Aznavour et Édith Scob, s’il vous plaît !). Sur le tournage, il réalisa en outre plusieurs scènes. Bref, le film lui doit beaucoup.


Jean-Pierre Mocky et Charles Aznavour dans La Tête contre les murs, réalisé par Georges Franju en 1958

En revanche, Les Dragueurs est véritablement son premier film. À l’heure où le romantique Homme qui aimait les femmes de François Truffaut fait l’objet, au détour d’une émission, d’une attaque en règle sur France Culture, il n’est pas certain que ce premier opus de Mocky passerait les fourches caudines de la morale selon la maison ronde. Mais peu importe, ou plutôt, raison de plus pour dire tout le bien que l’on pense de ce film qui fit rentrer le mot « dragueur » dans le langage quotidien. Adoubé par le jeune Godard et tourné dans l’esprit de la Nouvelle Vague, Les Dragueurs donne une nouvelle occasion d’apprécier les talents d’acteur d’Aznavour et démontre combien Mocky sait filmer Paris. Et c’est, dans le fond, un film assez grave, d’aucuns, dont Mocky lui-même, diraient moraliste.

Les Dragueurs, réalisé par Jean-Pierre Mocky en 1959 avec Charles Aznavour, Jacques Charrier, Margit Saad © Lisbon Films

Les deux œuvres suivantes de cette réjouissante sélection se succèdent à un an de distance et boxent dans la même catégorie, la farce policière rigolarde : Un drôle de paroissien et La Cité de l’indicible peur. Avec en point commun des acteurs que l’on retrouvera à plusieurs reprises chez Mocky, au premier rang d’entre eux, le complice par excellence : Bourvil. On se gardera bien d’en résumer ici les délirants scénarios. Mais qu’il incarne Georges Lachaunaye, aristo catho désargenté et pilleur de tronc par nécessité ou Simon Triquet, inspecteur à la poursuite d’un faussaire évadé dans une ville imaginaire d’Auvergne, Bourvil fait des étincelles face aux impeccables Francis Blanche et Jean Poiret, entre autres cabots de génie.

Un drole de paroissien, réalisé par Jean Pierre Mocky en 1963 avec Francis Blanche et André Bourvil © A T I C A / Corflor / Le Film d Art
La Cité de l’indicible peur, réalisé par Jean-Pierre Mocky en 1964, avec Bourvil et Véronique Nordey

Mais la force de Mocky, c’est précisément de ne pas s’être cantonné dans cette seule veine absolument réjouissante. Les deux films qui suivent dans la programmation (Solo et Le Témoin ) n’ont rien de farcesque. Le premier est un polar très noir autour de l’extrême gauche révolutionnaire et terroriste. Mocky y est impeccable en dandy entraîné malgré lui dans l’engrenage de la violence politique. Le second, un implacable réquisitoire contre la pédophilie, les erreurs judiciaires et la peine de mort trois ans avant son abolition. Au-delà des intentions, c’est un abyssal face-à-face cinématographique entre les deux monstres sacrés que sont le Français Noiret et l’Italien Sordi.

Solo, réalisé par Jean-Pierre Mocky en 1970, avec Jean-Pierre Mocky et Sylvie Bréal
Le temoin, de Jean Pierre Mocky réalisé en 1978, avec Gisèle Préville et Philippe Noiret © Belstar Productions

Pas plus que parmi les précédents, on ne choisira dans les trois films restants. Impossible de départager. Litan est l’un des très rares films fantastiques français parfaitement maîtrisés. De même que À mort l’arbitre constitue, avec Coup de tête de Jean-Jacques Annaud, la seule contribution pertinente du cinéma hexagonal à la mise à distance du sport national qu’est le football et de ses mœurs étranges. Enfin, avec Agent trouble, Jean-Pierre Mocky a notablement contribué à apporter une pierre singulière à l’édification du « monument » Deneuve, laquelle avec sa perruque rousse bouclée et ses lunettes rondes cerclées illumine ce polar en couleurs et noir et blanc comme la neige.

Pas de doute, Mocky, ça fait toujours du bien.


Litan : La Cité des spectres verts, réalisé par Jean-Pierre Mocky en 1982 avec Jean-Pierre Mocky et Marie-José Nat
A mort l’arbitre, réalisé par Jean Pierre Mocky en 1984, avec Eddy Mitchell et Carole Laure. COLLECTION CHRISTOPHEL © R.T.Z. Production / TF1 Films Production
Agent trouble, réalisé par Jean-Pierre Mocky en 1987 avec Richard Bohringer et Kristin Scott Thomas

Carole Delga, menez la contre-offensive de la gauche «Charlie»!

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La socialiste Carole Delga photographiée à Blois en 2021 © ISA HARSIN/SIPA

Alors que socialistes et insoumis se seraient entendus la nuit dernière sur une liste de 70 circonscriptions, Carole Delga, rivale d’Olivier Faure et influente présidente de Région, inaugurait une exposition consacrée à Cabu. Réunis en conseil national demain, les socialistes vont-ils vendre leur âme au diable en s’alliant avec des islamo-gauchistes? Que fera alors Madame Delga?


A l’occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse, la très charismatique présidente de la Région Occitanie Carole Delga a inauguré, mardi, le lancement d’une exposition rendant hommage à Cabu, le dessinateur du magazine satirique Charlie Hebdo, mort sous les tirs de kalachnikov des frères Kouachi, le 7 janvier 2015.

L’exposition, intitulée « le rire de Cabu », et qui se tiendra jusqu’au 19 juin, propose à l’hôtel de Région de Toulouse et sur le parvis de l’hôtel de région de Montpellier près de 400 caricatures du dessinateur, connu pour son impertinence chevillée au crayon.

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Est-on légitime à être socialiste et à cette exposition ? Oui, mais…

« Pas de limite à l’humour qui est au service de la liberté d’expression ! », c’est par cette phrase emblématique de Cabu que s’ouvre cette rétrospective. Mais, qui dit liberté d’expression dit courage de porter haut et fort ses convictions. C’est ce qu’a toujours fait, avec un certain courage, l’élue socialiste qui après la décapitation de Samuel Paty avait carrément décidé de projeter sur les façades des deux hôtels de Région des caricatures, bravant le risque encouru par tous ceux qui s’aventurent à se moquer du prophète ou à critiquer l’islam. Avec son accent gorgé de soleil, la voix de Carole Delga avait alors tonné : « Le premier des dangers, c’est l’affaiblissement de la République. On ne peut pas reculer, on ne peut pas avoir de faiblesse, de compromission vis-à-vis de ces actes qui relèvent de l’intégrisme ou du fanatisme. »

L’élue socialiste n’a pas bougé d’un iota. Aujourd’hui, à l’heure où le Parti socialiste (PS) est sorti de la tambouille des négociations avec la France insoumise (LFI) – où le point de blocage n’était pas tant la défense de valeurs qui lui reste, mais le partage du gâteau des circonscriptions – Carole Delga persiste et signe, dans un tweet enlevé : « Il ne peut y avoir d’arrangement avec la liberté d’expression, de conscience ou la laïcité. »

Carole Delga est une battante, qui croit à ce qu’elle défend. Lors du 2ème tour des régionales, en juin 2021, elle avait déjà écarté toute fusion avec LFI et EELV, et remporté haut la main et pour la deuxième fois consécutive la Région Occitanie, avec 58% des suffrages, écrasant ces adversaires frontistes et LR.

Le mauvais troc des socialistes

Celle qui fut un temps érigée comme un rempart au délitement du Parti socialiste au niveau national ne peut cautionner le ralliement de sa famille politique, qui fut traditionnellement ancrée dans l’universalisme de la République sociale et laïque, à la gauche communautariste de Jean-Luc Mélenchon.

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Ce serait pactiser avec un parti qui a participé à la « marche contre l’islamophobie », parrainée par des organisations islamistes proches des Frères musulmans – comme le CCIF, désormais dissous ; un parti qui est encensé par l’indigéniste Houria Bouteldja qui écrivait au lendemain des attentats contre l’école juive de Toulouse Ozar Hatorah « Mohamed Merah c’est moi et moi je suis lui » ; et qui considère désormais le leader des Insoumis comme un « butin de guerre » et se targue d’avoir converti « le laïcard de dingue » en bon petit soldat du communautarisme. Ce serait s’entendre avec un parti qui prévoit d’investir le journaliste militant Taha Bouhafs, condamné pour injure publique en raison de l’origine après avoir qualifié la policière syndicaliste Linda Kebbab « d’Arabe de service ».

Lâches compromissions

Pour conserver leurs sièges dans l’hémicycle, le PS serait donc sur le point de troquer « Touche pas à mon pote » par « Touche pas à mon poste ».   

Devant ces lâches compromissions, Carole Delga répond par un tonitruant « je suis Charlie », sans bougie ni nounours, mais en manifestant ses convictions. L’élue socialiste incarne encore cette gauche qui est hélas en état de mort cérébrale depuis qu’elle a abandonné son électorat historique : les catégories populaires, « les gens ordinaires » comme dirait Orwell et comme le rappelle Elisabeth Lévy dans son édito, pour aller séduire la France de la diversité et substituer aux luttes sociales historiques des combats sociétaux douteux.

Devant cet accord de principe que vient de sceller le PS et LFI la nuit dernière, Carole Delga n’a donc pas d’autre choix que de rentrer en dissidence !

Ce serait son chant des partisans, sa façon à elle de dresser le cordon sanitaire de l’humour français contre la corruption de l’âme du socialisme par l’extrême gauche communautariste et islamophile.

Affaire Didier Jodin: seuls les pires profs passent entre les gouttes…

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Le collège Collège Rembrandt Bugatti de Molsheim (67). D.R.

Une inspectrice mandatée pour descendre un professeur de Lettres qui réussit trop bien dans une classe difficile, voilà qui semble aberrant. Quand de surcroît c’est sur ordre du cabinet de Brigitte Macron…


Les bons profs, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Didier Jodin, par exemple, professeur de Lettres au collège Rembrandt Bugatti de Strasbourg, ne se contente pas de transmettre de vrais savoirs à ses élèves. Il ne se contente pas de faire progresser globalement une classe de troisième devant laquelle nombre de ses collègues ramaient en cadence, tant l’ambiance et la bonne inintelligence qui règne entre maîtres et « apprenants » y sont explosives. Il ne se contente pas de s’inspirer des principes de la pédagogie explicite (une technique propulsée par le Canadien Steve Brissonnette, et relayée en France, entre autres, par mes amis Françoise et Bernard Appy). Il veut faire réussir ses élèves, et amener chacun au plus haut de ses capacités. C’est très mal.

Une inspection aberrante

En butte — comme tant d’entre nous — à la « volonté de nuire d’une mère d’élève harcelante » (ainsi s’exprime-t-il dans le courrier adressé au tout nouveau recteur de l’Académie) qui sans doute voudrait faire cours à sa place, et qui a sonné à toutes les portes, y compris à celle de l’Elysée où elle a trouvé l’oreille complaisante du cabinet de Brigitte Macron, il s’est trouvé heureux gagnant d’une inspection-couperet menée tambour battant par une inspectrice IA-IPR, de celles qui ne cherchent pas à vous entendre, mais viennent avec leur guillotine pédagogique sous le bras. La gente dame déléguée pour lui administrer le knout s’appelle — heureux hasard lacanien — Mme Hélène Martinet : « La visite conseil, précise-t-elle en en-tête de son rapport officiel, se déroule suite à l’envoi au cabinet présidentiel de Brigitte Macron d’un message de parent d’élève critiquant des propos que Monsieur Jodin aurait tenus en classe ». Il y en a d’autres qui pour des faits similaires et tout aussi mensongers, ont fini décapités.

Notez que la direction du collège, en l’occurrence Mme Schneider, a fait chorus avec l’institution. Didier Jodin a été soutenu par ses collègues, par le SNES et par les pédagos mêmes, qui ont bien senti que l’affaire accroissait le dossier « à charge » qui sera un jour retenu contre eux, l’administration a réagi comme un seul adjudant, le petit doigt sur la couture du pantalon, et la langue où vous savez.

Contrairement à Mediapart, qui a fait ses choux gras avec cette lamentable histoire (mais ils n’ont jamais rien compris à la pédagogie, chez Mediapart), je ne crois pas un instant que Brigitte Macron ait vraiment été tenue au courant des tenants et aboutissants de cette polémique. En tant que professeur de Lettres elle-même, elle a eu à cœur de former de façon très explicite les cancres ou les fumistes doués qui lui étaient confiés — et j’espère qu’ils lui en sont reconnaissants…

« Au service de l’élève »

Didier Jodin a narré lui-même par le menu le déroulement surréaliste de cette inspection, et j’y renvoie le lecteur. Didier Jodin a joint un long dossier de 81 pages à sa contestation de cette inspection aberrante. En particulier tous les mails échangés — y compris pendant les vacances, les harceleurs n’ont pas de répit — depuis le début décembre par cette madame N***, où le professeur se trouve obligé de justifier la moindre note, le moindre exercice, vis-à-vis de parents qui ont mal compris le concept de « co-éducation » qui régente l’Education nationale depuis quelques années. Autant le répéter : l’Education est du ressort des parents, et l’Instruction de celui des enseignants, relisez Condorcet, qui est quand même plus intelligent que Philippe Meirieu.

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Et les notes, figurez-vous, doivent être systématiquement optimistes, pour ne pas décevoir les élèves — y compris ceux qui n’ont pas fichu grand-chose. D’ailleurs, a répondu le rectorat, la pédagogie « doit être au service de la réussite de l’élève », tout en lui transmettant « les valeurs de citoyenneté ».

La réussite de tous les élèves. C’est cela, la beauté du collège unique. Abaissez la barre, et tous sauteront.

Et si par malheur le professeur, qui a autre chose à faire, ne répond pas dans le détail à des mails de deux pages, il est cloué au pilori — ne pas oublier l’étape finale de cette vaine polémique, qui bouffe un temps fou et épuise les enseignants. Depuis qu’Internet et Pronote permettent aux parents de s’immiscer dans la vie de la classe, les professeurs doublent leur emploi du temps en répondant aux questions des parents. Est-ce que nous nous permettons, nous, d’expliquer à un médecin, un boulanger ou un laboureur comment il doit pratiquer ? Non — mais les enseignants sont si déconsidérés, à force d’être sous-payés, qu’on peut tout oser.

Cela se clôt, comme l’on pouvait s’y attendre, par une suggestion dont Mme N*** n’a apparemment pas saisi l’ironie :

« Permettez-moi de vous aider dans vos démarches, avec le document récapitulatif ci-joint [l’ensemble des courriels échangés. Après le Rectorat et le Ministère, n’oubliez pas d’informer la Présidence de la République, la Cour européenne des Droits de l’Homme, la Cour internationale de justice, etc. »

Cher Didier Jodin, on peut faire de l’humour entre amis. Mais les imbéciles n’y comprennent jamais rien, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Et au fait que oui, Mme N*** a osé.

Pas un cas isolé

« On ne peut que s’interroger quand ces pratiques, écrit le SNES-Strasbourg, visent par ailleurs un collègue très critique des réformes qui ont touché et affaibli l’Éducation Nationale et qui a pu apporter son soutien à des enseignants mis en cause par leur hiérarchie pour s’être exprimés. Notre institution montre encore une fois qu’elle n’a rien appris des événements passés et est trop souvent prête à mettre les collègues en accusation. Ces pratiques sont-elles isolées ? »

J’ai une réponse claire et nette : non, ce ne sont pas des pratiques isolées. Profitant de ce que Jean-Michel Blanquer avait davantage la tête à la campagne présidentielle qu’aux affaires courantes de la rue de Grenelle, les pédagos, et particulièrement les inspecteurs qui le sont devenus en prêtant allégeance à cette idéologie délétère et qui ont été cooptés par les pédagos en place, comme je l’explique dans mon dernier livre, cherchent partout à reprendre leur pourvoir. Au lycée international de Luynes, près de Marseille, une dame Florentina Gherman, dite localement « la dragonnesse des Carpates », qui ne doit bien entendu qu’à ses seules inaptitudes d’être devenue inspectrice, a fusillé une jeune et brillante agrégée, avant de s’en prendre dans la foulée à une certifiée coupable d’avoir donné à ses élèves quelques notions d’histoire littéraire sur Flaubert, au lieu d’aller à la pêche de leur « sentiment » sur un texte qu’ils étaient bien incapables de comprendre seuls. Mais quand on lit les explications de textes-types que cette inspectrice a publiées en ligne, on reste atterrés devant la combinaison de la fatuité et du vide intersidéral. Madame, si vous me lisez, sachez que j’offre des cours gratuits de reformatage à la littérature française aux inspecteurs en dérive pédagogique.

Caron, le génie au pouvoir!

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Aymeric Caron en 2018 © XAVIER VILA / SIPA Numéro de reportage : 00866161_000020

Les électeurs parisiens du 18e auront-ils un quotient intellectuel assez élevé pour reconnaitre ce crack de la politique qui se propose à la députation ?


La nouvelle est tombée ce mardi : Aymeric Caron, ex-chroniqueur de Laurent Ruquier et militant antispéciste, se présentera aux législatives dans la dix-huitième circonscription de la capitale sous la bannière de la Nouvelle union populaire, «pour défendre une écologie de rupture».

Il promet que le « permis de voter » n’est plus à l’ordre du jour… pour le moment

Un choix audacieux de la part de Jean-Luc Mélenchon et ses alliés, alors que quelques moustiques se seront déjà introduits dans les chaumières pendant ce scrutin du mois de juin, faisant enrager déjà les premières victimes des piqûres estivales. En effet, on se souvient tous de la sortie choc, en 2019, du polémiste sur ces mamans insectes à la recherche de sang pour leurs nourrissons.

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En exhumant le net, d’autres petits malins ont retrouvé une archive moins connue mais tout aussi intéressante. Dans l’émission « C à vous » (France 5), en novembre 2017, le journaliste proposait la création d’un permis de voter comme il existe un permis de conduire ; permis de voter grâce auquel « on s’assure que les connaissances liées à l’enjeu du moment sont bien maîtrisées » et grâce à un questionnaire à choix multiple.

Ainsi, c’est la société qui déciderait qui est assez cultivé et responsable pour pouvoir aller voter, comme « elle décide déjà qui peut être médecin, ou avocat » ; la société a « créé des instances avec des sages, les plus avisées des personnes de chacun de ses domaines, pour ensuite donner des diplômes aux uns et aux autres ; de la même manière, c’est la société qui décide qui peut conduire une voiture ». Même la présentatrice Anne-Élisabeth Lemoine a failli sursauter ce jour-là !

Raël, un précurseur

On sait que le suffrage capacitaire, limitant le droit de vote aux détenteurs de certains titres et diplômes, a été combiné au suffrage censitaire sous la Monarchie de Juillet. La proposition de Caron rappellera la phrase de François Guizot, premier ministre du roi des Français Louis-Philippe : « Instruisez-vous ! Enrichissez-vous par le travail et l’épargne et vous deviendrez électeurs ! ».

L’idée de limiter le vote et l’éligibilité aux détenteurs d’un quotient intellectuel suffisamment élevé a également été proposée par un certain Claude Vorilhon, dans un ouvrage intitulé Géniocratie (humblement sous-titré Le génie au pouvoir), en 1977, quelques années avant que l’auteur se fasse mieux connaître sous le nom de Raël. En 1871, le baron Léon de Jouvenel avait déposé à l’Assemblée nationale une proposition de loi en faveur du vote familial, qui accordait au père de famille une voix de plus par nombre d’enfants obtenu, histoire de favoriser les hobereaux de province et les détenteurs de manoirs à poivrière. Cette mesure, efficace pour contourner l’esprit de la démocratie égalitaire, risque toutefois de déplaire aux alliés écolos d’Aymeric Caron, qui pensent que faire des enfants n’est pas très bon pour la planète.

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C’est pas Le Gorafi ici !

Si nous étions, nous aussi, un site parodique comme Le Gorafi, on pourrait imaginer une brève ainsi intitulée : « Instigateur du permis de voter, Aymeric Caron rate l’examen ». On y lirait la déception du journaliste et surtout que, la prochaine fois, c’est la bonne, il cochera les bonnes cases et basculera dans la catégorie des gens responsables et cultivés. En attendant, il sera donc candidat d’un mouvement, la Nouvelle union populaire, qui propose l’organisation d’une Assemblée constituante afin de passer à la VIème République.

Attention: la proposition choc de l’ami des moustiques pourrait passer (sait-on jamais) sur un malentendu, au terme d’une longue nuit de débats parlementaires… Dans le doute, si vous habitez la dix-huitième circonscription et que vous voulez quand même que vos amis vraiment trop cons continuent à pouvoir voter, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

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Pologne, état de siège

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Tomasz Ziętek dans "Varsovie 83" (2022) © Łukasz Bąk

Dans « Varsovie 83 », le cinéaste Jan P. Matuszynski s’inspire d’un fait divers réel pour montrer le début de la fin de l’époque communiste en Pologne. En salles aujourd’hui.


A la veille du bac, dans une Pologne communiste sous la férule du général Wojciech Jaruzelski (1923-2014), animal à sang froid qui, on s’en souvient, avait pour spécialité de n’ôter jamais ses lunettes noires, deux étudiants rigolards se baladent sur la grand-place de Varsovie, quand ils sont soudain contrôlés par la « milice citoyenne » comme sous ces latitudes l’on nommait alors aimablement la police. Contrôle musclé, c’est peu dire. Au point que le plus jeune, Grzegorz Przemyk, décède quelques jours plus tard, à trois jours de ses 19 ans, victime des coups de botte que dans le secret d’un commissariat quelques argousins zélés lui balancent dans l’abdomen.

Malchance, Grzegorz est le fils d’une poétesse, militante proche du fameux syndicat Solidarnosc, et comme telle particulièrement ciblée par le pouvoir : quoi de mieux que de s’en prendre au fils pour meurtrir la mère. Nous sommes au temps où la loi martiale vient à peine d’être levée ; le régime n’est pas loin de vaciller.

Loin d’un thriller judiciaire formaté

L’ami de la victime, Jurek Popiel, 21 ans, seul témoin oculaire de ce fatal passage à tabac, va devoir affronter non seulement les autorités, qui tentent de le faire taire par tous les moyens, mais également ses propres parents, si bien manipulés, instrumentalisés par les services secrets que le père de Jurek, lui-même officier, ira jusqu’à trahir son propre fils. Quant aux malheureux infirmiers qui ont convoyé Grzegorz, on les « persuade » d’affirmer, contre toute évidence, qu’ils ont eux-mêmes provoqué son trépas en le frappant dans l’ambulance : l’un d’entre eux se suicidera ; l’autre purgera quinze ans de prison pour un crime qu’il n’a pas commis. En attendant, cette bavure, devenue une affaire d’Etat, provoque de monstrueuses manifestations dans la capitale. L’Eglise catholique s’en mêle, par la voix très écoutée d’un prêtre, qui lui-même ne s’en sortira pas vivant. La mère de Grzegorz, à l’insu de feu son propre fils, entretenait une liaison avec Jurek. Une accusation de détournement de mineur, du pain bénit pour la faire craquer.

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Esquivant le thriller judiciaire formaté à l’américaine (avec les plaidoiries comme climax), le scénario distribue de bout en bout, dans un parallélisme suffoquant, les rôles paradoxalement antagonistes et complices des bourreaux et des victimes, au sein d’une société perverse car intégralement minée par le mensonge, la délation, la terreur. Jusque dans la sphère du pouvoir, où les rivalités intestines et les rapports de force contraignent les hiérarques à un cynisme sans frein, la porosité entre vie privée et intérêts de carrière annihilant toute éthique individuelle.

Reconstitution impeccable

Au-delà de la représentation de ce qui constitue l’essence du totalitarisme dans sa version « rideau-de-fer », ce long métrage de près de trois heures (qui passent à toute vitesse) restitue impeccablement la sinistrose palpable, j’irai jusqu’à dire l’odeur –  nauséeuse, envahissante, implacable – du communisme, cette tragédie à l’état pur qui imprégnait de sa laideur ontologique, non seulement l’ambiance des rues, les transports miteux, les édifices, mais jusqu’aux intérieurs des logis – souffreteux, rebutants, hideusement meublés. Il faut rendre hommage au décorateur du film : vraiment, on s’y croirait ! Le grain de l’image lui-même, un peu piqué, un peu sale, participe de l’exactitude de la reconstitution. Seul bémol, la musique : nappage omniprésent, signé Ibrahim Maalouf, d’une redondance superfétatoire.

Ernest Nita, Mateusz Górski, Tomasz Ziętek, Szymon Wróblewski dans « Varsovie 83 » © Łukasz Bąk

Film de fiction, « Varsovie 83 » s’inspire, bien sûr, d’une affaire réelle. Celle-ci provoqua, en son temps, une manifestation monstre à l’occasion des obsèques du vrai Grzegorz Przemyk. Barbara Sadowska, sa mère, ne s’est jamais remise de la mort de son fils unique. Elle est morte en 1986. Certains de ses poèmes ont fait l’objet de traductions en français. D’interminables procédures judiciaires en révision du procès se prolongeront jusqu’en 1997. 

Varsovie 83. Une affaire d’État. Film de Jan P. Matuszynski Pologne, France, Tchéquie, couleur. Durée : 2h39. En salles le 4 mai.  

Les nouveaux maitres des populations

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Locaux deTwitter à New York

Même si ses idées conservatrices font peur aux wokes et peuvent nous plaire, le rachat pour 44 milliards d’euros du réseau social le plus turbulent du monde, Twitter, par le milliardaire le plus excentrique de la planète, Elon Musk, doit nous interroger.


Il est vrai que dans le paysage des médias mainstream dominés par les ultras-milliardaires progressistes tels que Bill Gates, Jeff Bezos, Mark Zuckerberg et autres George Soros, Elon Musk comme Vincent Bolloré sont des bouffées d’air salutaires. Mais cela ne doit pas nous empêcher de regarder la réalité en face. Il existe désormais une mainmise des ultras-milliardaires sur tous les principaux canaux d’expression et d’opinion des démocraties occidentales. Pire, cette mainmise, combinée avec la maitrise de l’intelligence artificielle donne la possibilité d’influer massivement sur les populations.

Partout où le progressisme règne, les sociétés et les États se délitent doucement mais surement. Les effets du progressisme sont partout les mêmes : division de la nation, déconstruction de la société et des solidarités. Dans ces conditions, les régimes progressistes ne peuvent que s’effondrer. Cela prendra quoi ? 10, 20 ou 50 ans ? mais vraisemblablement pas plus. La vraie question n’étant pas tellement quand s’effondreront-ils, mais par quoi seront-ils remplacés ?

Les géants de la Silicon Valley, rivaux des États-nations

Au temps de la chute de l’URSS, il y avait l’Occident qui était extrêmement fort économiquement et intellectuellement, sûr de lui-même. Aujourd’hui, nous avons trois acteurs essentiels sur la scène mondiale : l’islam qui a remplacé le communisme dans son rôle d’opposant idéologique au capitalisme. Il séduit une partie des habitants européens originaires des pays islamiques. Cela devrait créer des troubles religieux récurrents et violents, mais a priori pas plus. Vous avez ensuite la Chine qui a encore plus augmenté son envergure d’usine du monde avec le Covid et qui va surement devenir de plus en plus hégémonique. Mais dans les 100 prochaines années, nous ne devrions pas être son terrain de jeu prioritaire. Enfin, et surtout, il y a les grands mécènes et soutiens du progressisme, les GAFAM (Google, Apple, Facebook Amazon et Microsoft). Leur taille est désormais tellement phénoménale qu’ils sont les égaux de certains États.

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Pire, ils ont dorénavant une avance quasi irrattrapable sur les Etats: le pouvoir de prévoir et d’influer sur les avenirs possibles. Leur accès quasi illimité à la Big data, leur puissance de calcul, leur avance sans comparaison dans le machine learning[1], le deep learning[2] et l’intelligence artificielle leur permet de pouvoir prévoir l’avenir ou plutôt les avenirs et même de les influencer.

Diviser pour mieux régner

Imaginez-vous seulement les informations qu’a sur vous Google ou Microsoft ? Google et Facebook en savent plus sur vous que votre meilleur ami. Ils sont capables de prioriser votre accès à certaines informations et influent déjà sur vos opinions, jugements, indignations et intérêts. Via le machine learning, ils peuvent prévoir les avenirs possibles, mais aussi tester plusieurs scénarios pour ensuite influencer sur notre avenir à tous.

Le jour où nos États seront devenus faibles de par les impérities des progressistes et les troubles sociaux, religieux et économiques récurrents, vous serez contents de trouver ces grandes firmes. Elles vous proposeront, à la manière de Netflix, un abonnement pour assurer votre sécurité, votre santé, l’éducation de vos enfants, la gestion de votre maison ou de vos affaires personnelles. Via ces abonnements l’on vous prédira les maladies que vous pourrez avoir et on vous préconisera un mode de vie. Moins vous le suivrez et plus votre abonnement vous coutera cher, car plus vous serez susceptible d’avoir besoin de soins médicaux. Il sera quasiment impossible de vous cacher pour manger du chocolat ou fumer une cigarette, parce que vous serez tracés tout le temps. Ces entreprises détiennent déjà aujourd’hui les technologies pour ce contrôle total.

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Alors imaginez où nous pourrions être dans 20 ans. Ces firmes, tout comme le progressisme, ont intérêt à nous individualiser et à détruire toutes les solidarités qui pourraient s’opposer à eux. Remarquez bien que le but ultime des progressistes peut paraitre alléchant : faire de chacun d’entre nous un homme sans limitation dans ses droits. Mais pour y parvenir, il faut détruire les solidarités familiales, religieuses ou nationales ce qui ne pourra que créer un homme sans obligation, sans foi, sans identité. Dans les faits et en dernier ressort, dans ce genre de monde, nous serons seuls, isolés, privés de toute solidarité et à la merci du plus fort.


[1] Ce sont des systèmes informatiques qui peuvent apprendre des données, identifier des modèles, prendre des décisions et améliorer leurs performances à résoudre des tâches sans être explicitement programmés pour chacune. Par exemple en introduisant diverses données comme les anniversaires dans telle ville, les données des cartes de fidélité, les tendances, les achats déjà effectués, il devient possible non seulement d’établir des modèles (à la Saint-Valentin, on vend plus de parfums et de lingeries rouges) mais aussi, via les flux de données, de prédire les prochains achats et de gérer les stocks (Ce vendredi, six flacons roses de parfum pour homme seront vendus au Séphora de Grenoble. Ces systèmes approvisionneront en conséquence directement le magasin).

[2] Le deep learning est une branche du machine learning mais nécessite des puissances de calculs bien plus importantes, et est capable d’apprendre d’autres choses que des données, comme par exemple des images. Il va par exemple pouvoir aller sur les réseaux sociaux comprendre des tendances à partir de publications (des influenceuses d’Instagram postent des photos flacons roses qui sont reprises par des followers basés à Grenoble et dont les points de la carte de fidélité à Séphora viennent à expiration ce week-end).

Robert Ménard: «Je préfère cinquante ans de Macron à un an de guerre civile»

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Robert Ménard © Joel Saget / Afp

Finis les excès verbaux, les slogans et les affiches chocs. Le maire de Béziers a changé. S’il a soutenu Marine Le Pen, par fidélité, cela ne l’empêche pas de saluer certaines actions d’Emmanuel Macron. Soucieux de montrer le chemin de la réconciliation nationale, Robert Ménard s’arme de sagesse et de bienveillance.


Causeur. À en juger par vos récentes déclarations, vous avez changé. Pouvez-vous expliquer cette évolution ?

Robert Ménard. Je me « gargarise » un peu moins ! J’ai été journaliste pendant plus de trente ans et, quand on est journaliste, on aime les mots, et plus encore les bons mots, parfois au détriment de ce qu’on voit et pense réellement. Je suis arrivé à la mairie avec le goût du slogan et de l’affiche choc. Et je me suis aperçu que ça blessait des gens. Or quand on est journaliste, on n’a pas affaire aux gens ! Quand on a envoyé son article, neuf fois sur dix, on ne revoit plus jamais les personnes dont on parle. Au contraire, un maire vit au jour le jour avec les gens, il les croise en bas de chez lui. Et puis être maire vous confronte à la complexité des choses, on voit que c’est difficile d’agir sur le réel. Finalement, j’ai réalisé que j’aimais les gens plus que les idées.

En somme votre évolution porterait seulement sur la forme ? On a tout de même le sentiment que sur les sujets comme l’immigration, vous vous êtes un peu déplacé. Vos idées ont-elles changé ou les exprimez-vous moins brutalement ?

J’ai réalisé que ça ne servait à rien de rajouter du malheur au malheur. Parfois, mes excès couvraient des attitudes ou des propos dont je ne suis pas très fier : je pense à cette affiche où on voyait des migrants qui semblaient s’en prendre à notre cathédrale et dont la légende était « Vous n’êtes pas les bienvenus ». Je mesure à quel point la tentation d’être applaudi fait dire de mauvaises choses, que l’on peut toujours justifier intellectuellement mais dont on sent que ce n’est pas bien. Je ne cherche pas à faire de la poésie, mais pris dans une espèce de plaisir à provoquer, à être repris par mes ex-confrères, j’ai sans doute oublié une certaine prudence qui n’est pas forcément synonyme de lâcheté ou de compromission, mais peut-être d’un peu de sagesse.

Certes, il y a les phénomènes que l’on peut dénoncer et les individus qui en sont les agents inconscients. Considérez-vous encore que l’immigration et l’islam identitaire sont un combat prioritaire pour notre pays ?

Oui, mais je sais aussi que les migrants n’arrivent pas massivement avec la volonté d’islamiser le pays. Récemment, pendant une visite d’un quartier dit « difficile », une maman musulmane m’a expliqué qu’elle avait inscrit sa fille à l’école Notre-Dame et que ça lui coûtait 200 euros par mois. Je lui ai fait remarquer qu’il y avait, près de chez elle, une école publique gratuite mais, m’a-t-elle répondu, elle voulait du « mélange », elle voulait « des Français ». Quand on me dit ça, je réponds systématiquement : « Mais vous êtes Français vous aussi ! » Et dans 99 % des cas, ils le sont ! Bien sûr, on comprend ce qu’ils veulent dire. Mais on n’ose plus employer les mots justes… Pour revenir à cette fameuse affiche, elle donnait l’impression qu’on pointait du doigt l’islam au risque d’attiser une guerre de religion. Évidemment, je ne fais pas une guerre à l’islam, mais à l’islamisme radical et ce n’est pas la même chose. Aujourd’hui, je n’ai pas envie de faire de la peine à cette dame. Elle est sympathique, et nous aurions mille choses à nous raconter. Je préfère désormais ce genre de dialogue aux coups médiatiques du passé.

Robert Ménard accueille Emmanuel Macron à Béziers, le 16 novembre 2021 © Guillaume Horcajuelo / Pool / AFP

Vous disiez alors qu’il y avait, sur notre territoire, une autre civilisation qui voulait s’installer. Le pensez-vous toujours ?

Pour reprendre l’exemple de cette dame, je ne pense pas qu’elle ait envie de reproduire l’Arabie saoudite à Béziers. Le problème, c’est le nombre ! Quand, dans une école, 90 % des élèves ou plus sont issus de l’immigration, ils peuvent être très sympathiques individuellement, on n’a pas les moyens de les intégrer et encore moins de les assimiler. Et cela à leur détriment. Seulement, la façon dont je disais ce genre de choses paraissait se résumer à : « Ouh, il y a trop d’Arabes ici ! » Or, je n’ai jamais pensé dans ces termes et j’ai toujours cherché à mettre en place des solutions pour faciliter cette assimilation. Il faut réduire le flux migratoire, oui, mais sans blesser ou aliéner ceux qui sont là.

Votre expérience de maire vous a fait changer, et peut-être le contact avec vos enfants, qui sont plutôt gauchistes…

Ah ça, le dialogue est parfois vif ! Mais mes enfants m’apprennent des choses. Et même s’ils votaient Mélenchon, je ne dirais jamais qu’ils sont des « collabos », comme l’a dit Thierry Mariani à propos des Insoumis.

Mariani a eu tort de se livrer à cette instrumentalisation de l’histoire. Reste que, s’il y a un fascisme islamique, la complaisance de Mélenchon à son endroit est indéniable.

Je ne cesse de rappeler que Mélenchon est allé manifester avec des islamistes au cri de « Allah Akbar ! » mais je ne choisirais jamais le mot collabo !

En politique, il faut aussi marquer les esprits. N’avez-vous pas peur qu’un discours trop raisonnable n’imprime pas ?

Lorsque je passe à la télé, on me fait souvent le crédit d’exprimer ce que beaucoup de gens pensent. Je crois que c’est parce que j’affiche mes convictions. Aujourd’hui ma conviction est que notre pays a besoin de se réconcilier.

Il faut faire attention avec la réconciliation, parce que la division, la controverse, le désaccord sont l’état naturel des sociétés humaines.

Oui, mais entre division et guerre civile, il y a une nuance. Je suis pour la controverse, je ne l’ai jamais fuie. Mais quand je vois certaines personnes, dans nos mouvances, assumer le risque d’une guerre civile pour, disent-ils, « sauver la France », je me demande s’ils savent de quoi ils parlent. La guerre civile, c’est la pire des choses ! Il faut ne jamais avoir bougé de son fauteuil pour supporter cette idée-là ! Comme journaliste puis comme patron de Reporters sans frontières, j’ai connu nombre de pays en guerre civile : c’est le plus grand malheur qui puisse arriver à un peuple. Je préfère cinquante ans de Macron à un an de guerre civile.

Vous préférez aussi cinquante ans d’islamisation à un an de guerre civile ?

Mais on peut s’opposer à l’islamisation sans faire la guerre aux musulmans ! Allez-vous faire la guerre aux petits cons qui font l’apologie des Palestiniens, alors qu’ils ne savent même pas où ça se situe sur une carte ? C’est du fantasme, de la bêtise ! Ce qu’il nous faut combattre, c’est cette ignorance abyssale. Et ce combat se mène par la politique et par l’éducation.

Selon vous, on peut dire les choses sans blesser. Vous aviez avec Zemmour une vieille amitié, mais vous l’avez attaqué, y compris quand ça allait mal dans son camp. N’avez-vous pas failli à votre devoir d’amitié ?

Je pourrais inverser la question : j’étais seul à soutenir Marine Le Pen quand tout le monde lui tournait le dos, y compris bon nombre de mes copains ! Si j’ai voté Le Pen, c’est aussi par fidélité à la parole donnée. Dès le mois d’août, j’ai expliqué mes désaccords à Éric Zemmour et je lui ai dit que je ne ferais pas campagne avec lui. J’ai même écrit un texte pour expliquer mon vote Le Pen. C’est Éric qui est d’une violence insupportable. Il nous faisait revenir au temps de Jean-Marie Le Pen. Vingt ans en arrière ! En réalité, il n’a jamais su quitter le terrain des idées. Il s’est moqué de Marine Le Pen en disant : « Elle aime les chats, et moi j’aime les livres. » Son problème, c’est qu’il n’aime que les livres. Or pour faire de la politique, il faut aimer les gens.

Mais Jean-Marie Le Pen a mis certains sujets sur la table à une époque où personne n’en parlait. Vous pouvez admettre que si Zemmour n’avait pas parlé d’immigration, d’islamisme, d’identité, ces thèmes auraient été totalement absents de la présidentielle.

Je n’ai cessé de dire que je lui reconnaissais ce mérite-là ! Le RN parle de ces sujets depuis quarante ans ! Pourtant, il a fallu que Zemmour s’en empare pour que la bourgeoisie se sente concernée. Que vous le vouliez ou pas, entre Le Pen et Zemmour, c’est une affaire de lutte des classes. Éric est du côté de la bourgeoisie de droite, dont certains représentants sont horrifiés à l’idée de voter comme leur femme de ménage. Ça saute aux yeux !

Donc Éric Zemmour a bien eu ce mérite-là, mais avec quels mots ! J’ose à peine employer le terme « bienveillance » car il a été accaparé par Macron, mais oui, il faut être bienveillant avec les gens. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai changé sur des sujets importants. J’étais pour l’interdiction du voile islamique dans l’espace public, aujourd’hui je crois que c’est une bêtise, non seulement parce que c’est infaisable, mais parce que cela revient à faire fi d’une motivation d’une partie des femmes. Toutes ne sont pas contraintes de porter le voile.

Certes, mais on a le droit de penser que le voile est contraire aux mœurs françaises. De plus, c’est un instrument de conquête des Frères musulmans.

Je suis d’accord avec vous, mais comment l’expliquer aux gens ? Certainement pas à coups d’interdictions.

Dans son discours du Trocadéro, Zemmour tendait la main aux musulmans et leur a dit, « Vous êtes mes frères ». Personne n’en a parlé ; on a préféré en faire des caisses sur les « Macron assassin » scandés par quelques manifestants.

Vous savez comment fonctionnent les médias. Et puis il a dit que certes, il condamnait ce slogan mais « en même temps » qu’il le comprenait. Eh bien, non ! Ce n’est pas compréhensible.

Vous êtes donc resté loyal à Marine Le Pen, même si économiquement vous êtes plus à droite qu’elle…

Oui, elle a évolué sur beaucoup de choses, même si ce n’est pas assez à mon goût. Sur l’Europe, elle est au milieu du gué. Sur Poutine, heureusement que Zemmour lui a servi de paratonnerre, car elle avait à peu près les mêmes positions que lui. Il y a ce tropisme pour cette espèce de nationalisme un peu viril qui plaît tellement à la droite de la droite, mais elle a été suffisamment raisonnable pour dire immédiatement qu’il fallait accueillir les réfugiés. Marine a besoin de parler avec des gens qui ne lui doivent rien. Je suis l’un des rares à ne rien attendre d’elle, donc à n’avoir aucune prudence quand je lui parle.

Venons-en à Emmanuel Macron et à son incroyable capacité de séduction. Lors de sa visite à Béziers, elle semble avoir fait effet sur vous.

D’abord, je suis spontanément respectueux du chef de l’État quel qu’il soit. Ensuite, il a un vrai bon contact avec les gens. Sur les réseaux sociaux, on m’a reproché de lui avoir serré la main chaleureusement. Il aurait fallu que je la prenne comme les gens de la France insoumise ou les communistes prennent la mienne, en donnant l’impression qu’ils touchent un truc un peu répugnant. Cela dit, à Béziers, à part trois pingouins proches de Zemmour, personne ne m’en a fait le reproche. Macron a eu la bonne idée, pour lui et pour moi, de m’inviter à l’Élysée lors de son hommage aux pieds-noirs. Ses mots m’ont touché, et je l’ai dit. Je lui ai dit à quel point mon père aurait été fier de me voir là et d’entendre ces paroles-là pour les pieds-noirs que nous sommes.

Le problème c’est qu’il y en a pour tout le monde. Il rend hommage aux pieds-noirs et il  fait des salamalecs aux Algériens…

C’est vrai et je lui en ai parlé ! Je lui ai dit aussi que le 19 mars, comme tous les ans, je mettrais les drapeaux en berne, ce que j’ai fait. On peut être respectueux du chef de l’État et avoir avec lui des désaccords. Peut-être que je deviens trop vieux pour l’opposition systématique…

Vous n’allez pas commencer à 70 ans une carrière de courtisan.

Ce n’est pas vraiment mon genre… Je suis un maire heureux. Je n’attends rien de personne.

Vous êtes sincèrement admiratif des qualités de Macron. Envisagez-vous de travailler avec lui ? Vous l’a-t-il proposé ?

Je discute avec tout le monde, y compris des gens très proches du président qui me savent gré de ne pas être toujours dans la critique. J’ai été le premier élu de droite à approuver le passe sanitaire, alors que j’avais beaucoup critiqué la gestion de la crise sanitaire l’année précédente. De même, sur l’Ukraine, je n’ai pas hésité à affirmer qu’il avait raison et que mes amis avaient tort. Il y a peut-être des gens qui regrettent que je ne sois pas le facho qu’ils imaginaient, mais c’est tant mieux pour moi et surtout pour ma ville.

Si on vous propose d’entrer au gouvernement, étudierez-vous cette proposition ?

La seule question que je me poserais, c’est : pour quoi faire ? Si demain Macron vous appelle et discute avec vous, vous n’allez pas lui raccrocher au nez.

Pensez-vous que Macron est capable de mener à l’apaisement que vous appelez de vos vœux ?

Je l’espère. Et je ne lui fais aucun procès d’intention.

Macron II: Que la fête commence!

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Le numéro de mai est arrivé ! © Causeur

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Que la fête commence ! Mais quelle fête le roi Macron II nous prépare-t-il ? Il nous promet un véritable pays de Cocagne, un pays où – pour parodier le Baudelaire de « L’invitation au voyage » – tout n’est que réconciliation, bienveillance et unité nationale. Crédible ? Pas pour Elisabeth Lévy. L’ère « postpolitique » dans laquelle nous sommes entrés ne permet plus d’organiser les mécontentements. En disqualifiant toute revendication populaire, notamment en provenance de la France dite « périphérique », le maccarthysme moral ambiant empêche la civilisation des conflits propre à notre société. Plutôt que l’unité festive et de façade de la macronie, ce qu’il nous faut, c’est « un horizon commun, un cadre symbolique partagé dans lequel nous serions d’accord pour être en désaccord. » Le verdict du maire de Cannes est sans appel : « Macron restera le président des dettes. » David Lisnard confie à Elisabeth Lévy qu’il veut inventer une nouvelle droite, opposée autant au transnationalisme de Macron qu’à l’islamo-gauchisme des Insoumis, et ayant le courage de rompre avec le social-étatisme qui détruit l’État. Un autre maire, Robert Ménard, nous explique pourquoi il a changé. Pour lui, l’ère des excès verbaux, des slogans et des affiches chocs est close. S’il a soutenu Marine Le Pen, par fidélité, cela ne l’empêche pas de saluer certaines actions d’Emmanuel Macron. Mais pour l’historien, Pierre Vermeren, le consensus bourgeois autour du président n’augure pas la refondation du contrat social. Il est l’aboutissement d’un mépris profond pour les classes laborieuses et annonce des révoltes populaires violentes. 

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Frédéric Dabi, directeur général de l’Ifop, revient dans une interview avec Gil Mihaely sur les résultats de la présidentielle. Les trois blocs sortis des urnes – l’extrême gauche, l’extrême droite et l’extrême centre – sont là depuis cinq ans. La nouveauté réside plutôt dans la normalisation de Marine Le Pen, l’ancrage communautaire de Jean-Luc Mélenchon, et la confirmation que le clivage politique a laissé place à un clivage social. Pour Philippe Bilger, Marine Le Pen a réussi à inscrire son parti dans la normalité républicaine, et ce, malgré le front « antifa » habilement instrumentalisé par Emmanuel Macron. Tandis que Jean-Luc Mélenchon, selon l’analyse de Céline Pina, est parvenu, grâce à une campagne clientéliste menée auprès des Français arabo-musulmans, à enregistrer des scores chavéziens dans de nombreuses banlieues. Ce vote communautaire marque l’influence des islamistes sur toute une population. Cette gauche dite « nouvelle » de Mélenchon est-elle vraiment nouvelle ? Dans son édito, Elisabeth Lévy, y voit surtout une répétition de celle théorisée autrefois par le think tank Terra Nova : une gauche qui devait abandonner le prolétariat pour se tourner vers un nouvel électorat fondé sur l’alliance entre les bobos et les immigrés. Cela ne marchera pas, car « la gauche sans le peuple, voire contre le peuple, est sans avenir. »

Notre numéro 101 est disponible sur le kiosque numérique dans la boutique en ligne, et demain en vente chez le marchand de journaux !

À l’époque de la génération trans, il faut sauver les enfants ! Introduisant notre mini-dossier sur la mode de la transidentité qui sévit dans nos collèges et lycées, Elisabeth Lévy estime qu’il est urgent de « dénoncer cette folie qui promet d’engendrer bien plus de souffrances qu’elle n’en apaisera. » Dans une enquête sur le financement du lobby trans, je mets à nu tout un système international d’ONG, d’universités, d’hôpitaux, d’entreprises et d’organismes publics alimenté par l’argent fourni par un petit nombre de milliardaires intéressés. Nous combattons les idées du lobby trans ; nous devrions combattre surtout son argent. La conséquence directe de l’action de ces apôtres est que, à l’école, de plus en plus d’élèves se revendiquent d’un autre genre que celui de leur naissance, pendant que le ministère recommande aux professeurs d’approuver ces changements d’identité. Gabrielle Périer a recueilli les témoignages de parents désemparés. Pourquoi nos adolescents sont-ils si souvent vulnérables à cette épidémie de dysphorie de genre ? Le psychanalyste, Jean-Pierre Winter, se confiant à Gil Mihaely, voit l’explication dans l’effacement de l’autorité, celle des parents, profs ou médecins. Face à la parole sacralisée, il est interdit d’interdire. Mais si écouter un enfant est une chose, le croire en est une autre. Pour compléter le tableau, Marsault nous présente Jules, marié à Pimprenelle, née Gérard…

Comme tous les mois, Causeur lève le rideau sur la scène culturelle. Mais, tristement, le rideau vient de tomber sur la vie de Michel Bouquet. Frédéric Ferney et Yannis Ezziadi rendent hommage à la mémoire d’un acteur resté intransigeant dans sa recherche de la perfection. C’est à la mémoire de Marcel Proust, dans l’année de son centenaire, que Jérôme Leroy rend hommage, tandis que Julien San Frax fait l’éloge de Richard Strauss qui sera à l’honneur à l’Opéra de Bastille et au Festival d’Aix-en-Provence. Heureusement, tous les génies ne nous ont pas quittés… Christian Lacroix s’est confié à Yannis Ezziadi. Après avoir marqué de son nom le monde de la haute couture, il l’a imposé à l’univers du décor et du costume de scène, à l’opéra et au théâtre. Il a récemment signé sa première mise en scène d’opéra avec La Vie parisienne d’Offenbach, empreinte de rêve et de nostalgie. Voilà une fête qui peut bien commencer !

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Un sentiment de grand remplacement

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D.R.

Le jour de l’Aïd el-Fitr, dans les rues d’Aubervilliers, on réalise que les diverses communautés et ce multiculturalisme qui nous est tant loué par les politiques se fondent en réalité dans l’oumma.


Lorsque, aux alentours de huit heures ce matin, j’ai été tiré de mon sommeil par une voix aussi insistante que lointaine qui à l’évidence ne provenait pas de l’intérieur de mon appartement, il ne m’a fallu qu’une dizaine de secondes pour l’identifier comme étant celle d’un muezzin (1) et en déduire aussitôt qu’aujourd’hui devait être le jour de l’Aïd el-Fitr.
Preuve qu’en faisant un petit effort, on peut très vite et très bien s’assimiler à la culture qui nous entoure !

Multiculturalisme ?

Une demi-heure plus tard, j’avais une confirmation visuelle de ma déduction sonore, dont j’ai oublié de dire qu’elle avait été facilitée par le bruit des klaxons : en effet, le jour des fêtes musulmanes, la circulation est rendue moins fluide par l’afflux massif des fidèles – qui n’ont pas assez des trottoirs pour circuler. En sortant de ma petite résidence, c’est donc à une joyeuse cacophonie et à un festival de couleurs que j’ai été confronté. Couleurs de vêtements comme couleurs de peau. Car ici, à Aubervilliers, c’est l’oumma qu’il est donné de voir, loin de tout sectarisme national. Et l’oumma, on dira ce qu’on voudra, c’est quand même impressionnant quand on pense aux conflits meurtriers qui déchirent le monde musulman ailleurs sur la planète : un rapide contrôle au faciès dans les rues de ma commune limitrophe de Paris indique que le continent africain est représenté dans toutes ses latitudes, pas seulement celles du Maghreb, que le sous-continent indien n’est pas en reste, et certainement d’autres points du globe plus orientaux encore ; or, tout ce petit monde cohabite paisiblement et s’agglomère lors des grandes fêtes religieuses, comme si les tensions communautaires n’existaient pas.

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: Appelez ça comme vous voulez…

Les qamis étaient très nombreux chez les hommes, les abayas et hijabs constituaient la norme pour les femmes. Les enfants étaient pour la plupart eux aussi endimanchés. Enfin, pas endimanchés bien sûr, je voulais dire : vêtus de manière traditionnelle. C’est certainement cette unité vestimentaire qui est la plus frappante lorsqu’on regarde ces foules bigarrées en fête. Le reste du temps, dans les rues d’Aubervilliers, devant les écoles, sur les terrains de sport, on voit des gens de toutes origines dont, sauf pour les femmes voilées, on ne se pose pas forcément la question de la religion. En étant distrait, on pourrait imaginer une apposition de groupes humains différents, un espace multiculturel où aucune communauté ne domine, comme si la diversité était synonyme de neutralisation. Certes, il y a bien les queues le vendredi devant les mosquées, souvent de fortune, pour indiquer la présence d’une communauté de foi qui rassemble tous ces gens d’origine différente, mais à part ce phénomène relativement discret, on serait en peine de deviner une unité quelconque dans la population qui occupe l’espace, et ce d’autant moins que les asiatiques sont nombreux et élargissent la diversité démographique visible. Ce matin, comme tous les matins de grande fête musulmane, c’était un sentiment de submersion qui l’emportait, car, tant par le nombre de personnes rassemblées que par l’effort vestimentaire consenti, il y avait l’effet de masse, de groupe, de foule qui jouait à plein.

Participation massive

Outre la dimension sensorielle, physique qui donne sa substance à ce sentiment de submersion (j’entends par là qu’il ne s’agit pas d’une abstraction, d’une intellectualisation, mais bien d’une expérience concrète, perçue directement par les yeux et les oreilles : je n’ai pas rêvé ces centaines de personnes rassemblées, je ne les ai pas fantasmées), c’est le contraste avec ses propres références culturelles qui nourrit l’impression d’un changement radical et d’une profonde remise en cause des valeurs de notre pays. Derrière le grand mot de laïcité, dont la définition n’a rien d’univoque, se cachait, pour le baptisé devenu agnostique que je suis, l’idée essentielle que la conviction religieuse était une chose à la fois personnelle, discrète et accessoire.  Pour le dire autrement, la religion avait perdu le rôle de colonne vertébrale des comportements de tout un chacun, même si cela ne l’empêchait pas de nourrir la sensibilité et la manière d’agir de ceux de nos concitoyens qui étaient encore pratiquants ou du moins qui avaient la foi. Mon expérience personnelle me faisait confirmer les diagnostics de déchristianisation ou de sortie de religion que j’ai pu lire par la suite sous la plume de Marcel Gauchet ou de Guillaume Cuchet. En précisant cependant que, de par le fait que notre pays avait 1500 ans d’histoire chrétienne derrière lui, la sécularisation n’était que la poursuite sans clergé d’une morale et d’une vision du monde globalement inchangées : pour reprendre Nietzsche, le monde avait perdu Dieu mais ne s’en était pas vraiment aperçu, d’où la persistance de traditions et d’usages sur un mode désacralisé. Le paysage architectural, littéraire et artistique entretenait un paysage mental familier, ancré dans un imaginaire judéo-chrétien dévitalisé sur le plan de la foi mais toujours opérant sur celui des valeurs et des représentations collectives. Bref, à moins d’aller soi-même à la messe, on ignorait qui se rendait à l’église le dimanche et tout le monde s’en fichait, car ce n’est pas ce qui réglait la civilité entre les gens. Quant aux processions religieuses lors des grandes fêtes chrétiennes, elles étaient devenues pour l’essentiel un élément de folklore qui tenait plus de l’identité régionale ou locale que de la foi qui édicte le comportement en société.

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Le spectacle de ce matin à l’occasion de l’Aïd el-Fitr disait tout autre chose. Par la participation massive au rassemblement dont j’ai été témoin, par la séparation des sexes dans le stade où se tenait la « cérémonie », par l’accoutrement vestimentaire religieux marqué des fidèles qui n’a rien à voir avec le fait de s’endimancher, par la diversité des langues parlées dans cette foule réunie, c’est une autre civilisation qui s’affichait dans l’espace public, une civilisation dynamique, rassembleuse, bien vivante, mais porteuse d’autres valeurs que les nôtres. Une civilisation qui, lorsqu’on est critique de l’individualisme occidental et nostalgique d’un collectif éteint depuis longtemps, a de quoi faire envie. Une civilisation qui, quoique ayant voté massivement pour Jean-Luc Mélenchon, se fiche royalement d’une créolisation illusoire et entend se défendre et se répandre grâce à sa cohérence et sa vitalité internes. Une civilisation prête à remplacer la nôtre, qui ne fait plus vraiment rêver, qui ne rassemble plus, qui ne nourrit plus les esprits. Allez ! Aïd Moubarak !


(1) Pour être exact, n’ayant ni mosquée ni minaret à proximité immédiate de chez moi, la voix entendue n’était peut-être pas celle d’un muezzin ; c’était en tout cas celle d’un homme qui se tenait vraisemblablement dans le stade où avait lieu le rassemblement et dont il est question plus loin dans le texte, une voix portée par mégaphone ou haut-parleur et dont je ne saurais dire ce qu’elle disait car la distance et les murs me la rendaient indistincte. Pour autant, les intonations et le rythme adoptés par cette voix ne laissaient aucun doute quant au fait qu’elle appelait au rassemblement des fidèles, ce dont j’ai eu confirmation en sortant de chez moi et en passant devant le stade rempli de fidèles et dont on aperçoit l’entrée sur la photo d’illustration.

La liberté, y en a marre!

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Philadelphie, novembre 2020 © John Minchillo/AP/SIPA

Le débat sur la liberté d’expression redevient central, à l’occasion du rachat de Twitter par Elon Musk. Notre contributeur se demande si une liberté absolue est vraiment souhaitable. Même si la cancel culture des progressistes est une menace réelle, il doute que le milliardaire américain nous délivre du gauchisme culturel.


Il a bien entendu raison, Raphaël Enthoven, avec sa liberté liberticide et il faut être un bourrin de droite pour ne pas le comprendre. La liberté totale, c’est « Squid Game » comme l’égalité totale, c’est le goulag. À tout, il faut des limites – et même aux limites, il faut des limites. Il faut être nietzschéen et kantien, conquérant et casuistique, absolu et procédurier. Il faut de l’anarchie et de la jurisprudence, de l’innocence et de la responsabilité, du Yin et du Yang – Elon Musk, d’accord mais pas sans Thierry Breton. C’est comme cela que ça a toujours marché dans les sociétés civilisées et c’est ainsi que nous procédons tous, même le plus libertarien ou le plus légaliste, chacun se trouvant sa propre poche d’insolence et de droit. Évidemment,  quand ces poches diffèrent, ça fait des clashes.

L’inquisition inclusive est une horreur mais ce n’est pas par la réalité alternative que l’on s’en sortira!

Moscou préférable à New York, vraiment ?

Mes clashes à moi, en ce moment, c’est avec les droitards que je les ais. C’est que mes pauvres amis sont partis en vrille comme jamais. La crise sanitaire les a rendus dingues, complotistes, obscurantistes, occultistes. La crise ukrainienne les a achevés, révélant ce qu’il y avait de plus hideux en eux, le goût de la collaboration, du sang, du poutinisme exacerbé – et sous prétexte que Poutine est contre le mariage gay et les LGBT, la belle affaire ! Alors que le minimum syndical pour un nationaliste aurait été de prendre fait et cause pour la nation ukrainienne, qui n’est plus russe depuis longtemps et ne veut plus jamais l’être, voilà nos nationalistes qui se sont rués pour la Russie qui n’a jamais vraiment été une nation, au mieux un gazoduc dans une steppe. Il est vrai que, sous un mode soviétique ou tsariste, la Russie a toujours excité le virilisme des matamores, persuadés que le communisme ou la tradition allait sauver le monde (parce qu’il faut toujours « sauver » quelque chose, avec eux). Poutine, rempart de nos valeurs ? C’est ce qu’on se dit dans les milieux tradi, sans se rendre compte de l’imposture inouïe qu’il y a là-dedans. Il est vrai que même De Gaulle y a cédé un moment, étant à l’origine de cette fadaise d’Eurasie qui irait de Brest à Vladivostok. Et pour la raison lamentable que le vrai danger, pour les frenchies complexés, c’était l’Amérique libérale et démocratique – alors que celle-ci a toujours été notre monde. Je n’ai jamais pu comprendre comment on pouvait préférer vivre à Moscou plutôt qu’à New York.

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Et donc, voilà que les mêmes qui n’ont eu cesse de blâmer le « capitalisme » et « la culture Mickey » tombent les uns après les autres dans les bras de ce grand dadais d’Elon Musk, milliardaire Bibendum, qui vient de racheter Twitter, le réseau social le plus con du monde (même si on y est tous, évidemment parce que la connerie est la chose du monde la mieux partagée.)

La cancel culture, solution finale de la culture

Alors bien sûr, j’entends les arguments libéraux / libertaires, d’ailleurs fondamentalement humanistes, et que je pourrais moi-même fournir. Le woke est une lobotomisation de l’intelligence et de la sensibilité ; la cancel culture est la solution finale de la culture. Ce qui se passe aujourd’hui dans les universités américaines et qui arrive en force chez nous (même si la France ne se laisse pas faire et a un esprit de résistance qui n’appartient qu’à elle, preuve cette Guerre de Louis-Ferdinand Céline qui arrive à point) relève du crime contre l’esprit. Rien de plus odieux que ce puritanisme qui fait des ravages sur les réseaux sociaux, ces mises en cabane sur Facebook qui se multiplient pour un mot de trop (et je sais de quoi je parle), ces annulations de compte pour avoir « insulté » un particulier ou un groupe (même la formule de De Gaulle : « les Français sont des veaux » aujourd’hui ne passe plus) – tout cela donne envie de ruer dans les brancards et de clamer une liberté totale, forcenée, s’éjaculant partout.

Et c’est à ce moment-là que le peine-à-jouir en moi s’interroge. La « liberté absolue » que promet Musk sur son réseau ne serait-elle pas aussi celle des voyous, des tarentules, des sangsues, des porcs, de ceux qui en appellent vraiment au meurtre ou au viol ? Je me demande ce que Mila en pense, tiens, de cette liberté azimutée. Parce que les trolls, ça existe. Et ce sont eux qui ont pris le pouvoir sur Internet et qui du coup apportent de l’eau au moulin des censeurs. C’est que le politiquement abject a toujours été l’idiot utile du politiquement correct. Et sur la toile, on est servi. Le dissident grouille, conspire, diffame.  Le dernier de la classe se venge. Le revanchard exulte. Le vrai facho se substitue à l’antimoderne – faisant d’ailleurs et souvent la honte de ce dernier dans ses commentaires.   L’intersectionnalité de l’ultra droite rattrape celle de l’ultra gauche. La charlatan triomphe. Consécration du confusionnisme, de la désinformation, du rouge-brun. Ce ne sont pas tant les « discours de haine » qui posent problème que les mensonges, le révisionnisme en direct, l’affabulation décomplexée.

Elon Musk, août 2021 Gruenheide, Allemagne © Patrick Pleul/AP/SIPA

Elon Musk ne va pas nous délivrer du gauchisme culturel

Alors, si c’est ça Twitter, ce sera sans moi. Je hais la censure mais la fake news ne me fait pas rêver.  Et je crois de moins en moins en la fameuse main invisible du Premier Amendement par laquelle tout devrait finir par se réguler. Dans un monde éclaté, anomique, déconstruit (et autant par les déconstructeurs officiels que par « l’individualisme de masse », comme disait Patrick Buisson, dans Le Point d’il y a deux semaines), la philosophie, la poésie et la vie ont fort peu de chance de l’emporter.  

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Et puis la liberté, j’en suis désolé, ça se mérite. Être libre, c’est d’abord penser contre soi, accepter la contradiction et comprendre les choses ne serait-ce que pour mieux les combattre si on est contre – ce dont l’homme du ressentiment, pourri par son idéologie régressive ou augmentée, est bien incapable. Si liberté absolue il y a, elle se situe dans le scepticisme et non dans le fanatisme. C’est Montaigne qui est libre, pas Savonarole. Pas besoin de faire allégeance au premier milliardaire venu ou au nouveau dictateur cool pour croire que l’on va enfin se délivrer du gauchisme culturel. Trump lui-même n’a pas empêché que celui-ci progresse dans son pays. Encore une fois, l’inquisition inclusive est une horreur mais ce n’est pas par la réalité alternative que l’on s’en sortira. Par ailleurs, « qui peut croire que tous les avis se valent ? » comme se le demande Papacito dans un article plus retors qu’il n’en a l’air dans le dernier Furia. L’opinion des gueux, ça va cinq minutes. Et il est pitié de voir nos « assoiffés de liberté » tomber dans tous les égouts de la matrice au nom de leur détestation du « camp du Bien » – alors que c’est le camp du vrai (et du beau) qui devrait les attirer. Mais tout à leurs convictions d’esclaves rebelles et prêts au pire pour combattre le mal, ils s’en foutent.

Alors, Musk ou pas Musk ? Au bout du compte, je n’ai pas de réponse à cette question – normal pour un sceptique, me diriez-vous. Sans doute faut-il prendre ses distances, même si c’est difficile vu que nous sommes tous attirés par le metavers.

Zarathoustra reste encore le meilleur conseil: « J’aime mieux être changé en stylite qu’en tourbillon de rancune ».