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Philippe Bouvard (1929-2026), le dernier nabab

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Homme de radio et de plume, légende des médias français, star du transistor, célèbre pour avoir animé durant de longues années Les Grosses Têtes, le journaliste Philippe Bouvard s’est éteint à l’âge de 96 ans.


Où était-ce, place de la Madeleine ou du côté de chez Lasserre ? Je n’arrive plus à fixer l’adresse exactement dans le Paris de cette fin des années 1970. Ce jour-là, je me suis dit que journaliste était un métier fort rémunérateur et plaisant. Je n’avais jusque-là connu que des pigistes faméliques et des auteurs sans lecteurs. Qu’en écrivant des articles, des dizaines de milliers de papiers grinçants, chroniques perforatrices, billets d’humeur noire, critiques féroces et potins cinglants dans les journaux (la liste est longue, du Figaro à Paris Match en passant par France-Soir), on puisse disposer d’un chauffeur personnel et d’une Peugeot 604 rallongée par le carrossier Heuliez, j’étais admiratif. Béat. Rêveur.

Bouvard était le Saint-Père des pisse-copies, il était passé de garçon d’étage à directeur de rédaction en un éclair. Le matin, il apportait le café à son rédacteur en chef ; l’après-midi, on le hissait au rang d’éditorialiste et de conseiller du prince. Chez lui, l’encre se transformait en or massif. Comme René Goscinny, on ne l’avait jamais vu sans cravate dans les bureaux. Milord aux courtes pattes, habillé comme un patron du CNPF, caricature de l’industriel nabab à la manière d’un Bernard Blier dans une comédie de Pierre Richard, un Bouvard joufflu et ambitieux, parfaitement à son aise et serein, était installé à l’arrière de sa limousine.

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Il s’activait. Il gesticulait. Il paradait. Le téléphone dans une main, l’autre attendant une dépêche sortant d’un téléscripteur, il organisait sa journée dans ce bureau roulant, autant outil de travail qu’objet publicitaire à destination de ses patrons ou de ses concurrents. Car Bouvard était un homme de communication. Il en jetait. Il impressionnait. Il façonnait sa légende. Par précaution, il vaut mieux l’écrire soi-même. Il savait que le poids des mots était aussi important que le choc des photos. Ses succès d’audience, son vestiaire de luxe, son automobile dépassant largement les 5 mètres étaient des signes extérieurs qui marqueraient l’esprit du public, de ses adversaires et de ses employeurs. Il s’infiltrait alors dans nos têtes.

Comment traiter autrement qu’en star cet intervieweur à la surface aussi éclatante ? Stratège, joueur, inflexible, redoutable bretteur, Bouvard était le propre publicitaire de sa petite entreprise qui se résumait à la promotion de sa seule personne. Pour arriver à ce statut d’« intouchable », pour perdurer tant d’années dans une profession aussi versatile, où les ego sont saignants et les coups à trois bandes minimum, Bouvard avait pour lui une force de travail peu commune et un ton inné pour le combat.

L’interview qui mettait les vedettes au tapis

À la télévision ou à la radio, il était l’anti-Drucker. Sa conversation était rude et piégeuse, ses questions roublardes et déstabilisantes, ses invités paniqués redoutaient cet exercice hautement périlleux. Thierry Ardisson fut l’un de ses héritiers dans l’élaboration, la scénarisation de joutes cassantes et jouissives.

Bouvard, d’une grande maîtrise, la voix toujours égale, ne montrant rien de ses émotions, vous décapsulait une idole de la chanson ou un acteur dans le vent en cinq minutes. Quel pugilat ! Du noble art. Au tapis, la vedette ! Déroutée, aux abois, croyant être venue refourguer son film ou son disque dans le confort du copinage, s’attendant à la banalité des questions, la personnalité publique sur le grill faisait face à un Bouvard inquisiteur et méchamment taquin.

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On voyait la sueur déperler sur les fronts, même sur nos écrans en noir et blanc. Son ton rosse inimitable derrière un demi-sourire d’esthète aura été une révolution. Bouvard venait enfin d’inventer l’interview casse-gueule qui met à nu. Beaucoup, après lui, essayèrent de se glisser dans son costume trois pièces, mais ils n’avaient ni son flegme ni son intelligence du chat et de la souris.

Bouvard créait du clash sans éclat qui laisse pourtant des traces durables dans nos mémoires. Et puis, un animateur qui a connu et lancé les Inconnus quand ils étaient cinq dans son théâtre filmé et qui avait pour sociétaires dans son temple radiophonique de RTL Sim et Jean Dutourd est à conserver sous cloche à Sèvres.

La dernière fois que je l’ai aperçu, il mangeait des crevettes grises en Normandie et roulait en Ferrari. Chapeau l’artiste !

Le visage des femmes vaut-il moins à Damas qu’à Lisbonne ? 

Le Portugal vient d’interdire le voile intégral dans l’espace public au nom de l’identité, de la dignité et de la communication humaines. Pendant ce temps, en Syrie, l’islamisation de la société progresse sous le regard d’un Occident qui normalise le nouveau pouvoir. Les libertés que nous jugeons fondamentales en Europe le seraient-elles moins lorsqu’il s’agit des femmes syriennes ?


Le Portugal vient de promulguer une loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public. Le texte vise notamment le port du niqab et de la burqa. Mais au-delà de l’interdiction elle-même, une phrase du président portugais António José Seguro m’a particulièrement interpellé :

« Le visage doit être considéré comme un élément central de l’identité et de la communication humaines ».

Cette phrase mérite que l’on s’y arrête. J’ai grandi au Moyen-Orient. C’est peut-être pour cela que j’ai du mal à comprendre pourquoi, en Occident, certains considèrent qu’au nom de la tolérance, de l’inclusion, voire du féminisme, tout ce qui se réclame de la religion devrait être accepté.

La burqa et le niqab ne sont pas de simples morceaux de tissu. Ils effacent le visage, donc une part essentielle de l’identité et de la relation aux autres. Le cacher intégralement à une femme, c’est créer entre elle et la société une frontière qui n’existe pas pour l’homme.

Pourquoi ce principe s’arrêterait-il aux frontières européennes ?

C’est précisément cette question qui me ramène à la Syrie. Ma mère est alaouite. J’ai passé une grande partie de mes étés sur la côte syrienne, entre Tartous, Lattaquié, les montagnes et les villages de cette région. Je me souviens des femmes que j’y voyais. Elles travaillaient, étudiaient, se baignaient, sortaient. Elles étaient pour la plupart découvertes. À part quelques femmes âgées, le voile lui-même était relativement rare dans certains milieux. Quant au niqab, il était complètement absent de cet univers.

Je ne cherche pas à réhabiliter la Syrie d’Assad, dont je connais la brutalité et la répression. Et les Syriennes n’y vivaient évidemment pas dans un paradis de liberté. Mais la société syrienne a toujours été diverse. Les façons de vivre l’étaient également. Et c’est précisément cette diversité qui est aujourd’hui menacée.

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Depuis l’arrivée au pouvoir d’Ahmed al-Sharaa et de ses anciens compagnons de Hayat Tahrir al-Cham, j’observe avec inquiétude une islamisation progressive de la société syrienne, sous le regard largement complaisant de l’Occident, qui accompagne désormais la normalisation du nouveau pouvoir.

Je l’avais déjà documentée il y a quelques mois. À Tartous, jusque dans cette région alaouite historiquement peu religieuse, des campagnes de promotion du niqab ont été organisées. Des images montrant des femmes et même de petites filles intégralement voilées sont diffusées comme des modèles. Des vêtements religieux rigoristes sont distribués. Dans certains établissements scolaires et universitaires, les normes religieuses gagnent du terrain.

Tout cela pourrait paraître anecdotique. Et pourtant, cela ne l’est pas.

L’islamisation ne commence pas toujours par une loi

J’ai grandi dans une société où les islamistes travaillaient déjà le terrain. Dès les années 1980, notamment, les Frères musulmans cherchaient à transformer la société syrienne. Assad les avait pourtant interdits et durement réprimés. Mais l’islamisation ne passe pas toujours par la conquête du pouvoir. Elle peut avancer dans les marges : par le hijab, les campagnes de promotion, les associations, les centres sociaux, les mosquées, jusque dans des réunions privées entre femmes. Certaines étaient aidées financièrement lorsqu’elles adoptaient le voile. Même sous un régime qui leur était hostile, les islamistes savaient donc faire évoluer progressivement les normes sociales.

Le mécanisme est toujours le même. Il traverse les décennies. On commence par présenter une tenue comme plus vertueuse. Puis on valorise celles qui l’adoptent. On distribue des vêtements. On introduit de nouvelles normes dans les écoles. On sépare davantage les garçons et les filles. On explique aux enfants ce qu’est une « bonne musulmane ». Puis la pression sociale fait le reste. 

Ce qui était hier exceptionnel devient visible. Ce qui devient visible devient normal. Ce qui devient normal finit parfois par devenir obligatoire, sinon juridiquement, du moins socialement. Et lorsque quelqu’un s’en inquiète, on lui répond qu’il attaque l’islam.

Je connais cette mécanique. 

Je l’ai vue à l’œuvre en Syrie. C’est aussi pour cela que je suis stupéfait de voir certains Occidentaux refuser obstinément de la regarder. 

Une étrange géographie des droits des femmes

C’est là que la décision portugaise devient intéressante. À Lisbonne, un président socialiste peut affirmer que le visage constitue un élément central de l’identité humaine et que le fait que seules les femmes aient à le dissimuler crée une asymétrie incompatible avec l’égalité entre les sexes.

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Très bien. Mais alors j’aimerais poser une question simple : le visage d’une Syrienne est-il moins important que celui d’une Portugaise ? Une liberté changerait-elle de nature en traversant la Méditerranée ?

Voilà l’étrange contradiction d’une partie de l’Occident : nous défendons ici l’égalité, l’émancipation et la liberté individuelle, mais ces principes deviennent soudain négociables lorsqu’il s’agit du Moyen-Orient. Ce que nous refuserions pour nos filles devient alors une « particularité culturelle » pour les leurs ; ce que nous appellerions ici une pression religieuse devient là-bas une tradition à respecter. Et ceux qui le dénoncent risquent encore d’être accusés d’islamophobie. Étrange conception de l’universalisme.

Je ne demande pas à l’Europe de choisir les vêtements des Syriennes

Je ne demande évidemment pas à l’Europe de décider comment les Syriennes doivent s’habiller. Je lui demande simplement de les aider à défendre leur liberté de choisir : se voiler ou non, conserver leur mode de vie, ne pas subir de pression religieuse des Frères Musulmans. Et surtout de s’inquiéter lorsque d’autres cherchent progressivement à décider à leur place.

D’autant qu’elle n’est pas un simple spectateur. Elle finance la reconstruction et le développement de la Syrie, accompagne la normalisation du nouveau pouvoir et contribue à sa réintégration internationale. La France a elle-même participé activement à cette réhabilitation politique. Dès lors, demander des garanties n’est pas une ingérence. C’est une responsabilité. Aider la Syrie, ce n’est pas financer son islamisation. C’est aider les Syriens à préserver leurs libertés.

Financer, oui. Mais sous conditions

Si l’Europe veut financer la nouvelle Syrie, elle doit regarder ce qui se passe dans les écoles, les universités, les programmes scolaires, les aides publiques aux associations religieuses et les structures qui reçoivent des financements européens. Elle doit être exigeante sur la condition des femmes et des minorités.

Elle le peut, puisqu’elle s’engage à verser des centaines de millions d’euros pour la reconstruction du pays. Autant ne pas financer son islamisation.

L’Europe doit donc demander où va l’argent et conditionner son soutien à des garanties vérifiables sur les libertés individuelles. Pas à des déclarations soigneusement préparées pour les chancelleries occidentales. Pas à quelques interviews rassurantes accordées aux médias occidentaux. Pas à des sourires sous le dôme de la mosquée des Omeyyades.

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L’Occident a appris à reconnaître l’islamiste lorsqu’il porte une kalachnikov, un treillis et un drapeau noir. Il a beaucoup plus de mal à le reconnaître lorsqu’il porte un costume, parle de reconstruction, promet la stabilité et reçoit des diplomates. Pourtant, pendant que nous écoutons les discours officiels, une société peut se transformer beaucoup plus profondément, par le bas. Et lorsqu’on s’en aperçoit enfin, il est parfois trop tard.

Les libertés humaines n’ont pas de passeport

Je reviens donc à cette phrase du président portugais. Si le visage est réellement « un élément central de l’identité et de la communication humaines », le mot important n’est finalement ni Portugal, ni Europe. C’est « humaines ». Les droits que nous considérons comme fondamentaux pour une femme européenne ne peuvent pas devenir secondaires simplement parce que la femme est syrienne, iranienne ou afghane.

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La dérive illibérale de Macron échoue face aux juges

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La tentative du président de la République, bloquée pour l’instant par le Conseil constitutionnel, d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de quinze ans, fait partie d’une campagne livrée par l’extreme centre contre la liberté d’expression.


Limiter la liberté d’expression sur le numérique :  l’idée fixe d’Emmanuel Macron et de l’extrême centre. Même les médias labellisés, gardiens des opinions autorisées, cautionnent la dérive illibérale. C’est pourquoi il est heureux que le Conseil constitutionnel, saisi par le PS et LFI, ait censuré la loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de quinze ans. Même si l’objectif de protéger les enfants et adolescents est évidemment louable, les moyens mis en œuvre portent « une atteinte qui n’est pas adaptée, nécessaire et proportionnée » à leur liberté d’expression. Les juges ont également estimé abusif d’imposer à l’ensemble des utilisateurs du Net la justification préalable de leur identité, donc d’un possible fichage. Macron a immédiatement chargé Sébastien Lecornu de « travailler » à « une rédaction juridiquement robuste » de l’interdiction, en rappelant sa « totale détermination » à faire aboutir cette réforme d’ici au printemps 2027. Mais cet entêtement du chef de l’Etat à vouloir maitriser une information aseptisée confirme sa pente liberticide (cf. mon blog du 10 octobre 2018). En cela le macronisme se rapproche du poutinisme. Dès les premiers pas du chef de l’Etat, ses députés s’étaient heurtés au Conseil constitutionnel qui avait déjà jugé « disproportionnée », le 8 décembre 2017, une disposition soutenue par la Licra visant à l’inéligibilité pour certains délits d’opinion. Le projet de loi Bergé, qui reprend la contestable proposition Yadan, s’inspire à nouveau de ces bons sentiments pour tenter d’interdire, au prétexte de propos « racistes », les prises de position contre l’immigration de masse, l’islam colonisateur, la frivolité des défenseurs de la « société ouverte », etc.

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Cette vigilance du Conseil constitutionnel s’agissant du respect de la liberté de dire s’appliquera-t-elle au cas de Xenia Fedorova, journaliste russe s’exprimant sur CNews, jugée indésirable en France par le gouvernement ? La question n’a pas encore été examinée au fond. Mais les éléments d’une atteinte au pluralisme des opinions sont là aussi patents. La paranoïa officielle sur une « ingérence russe », brandie par des candidats en mal d’audience, s’est réduite pour l’instant à des pratiques marginales de bricoleurs. Plus inquiétant est ce rapport du Sénat sur la régulation de l’information dans l’espace numérique, publié début juillet, qui évoque un nouveau délit d’« ingérence intérieure » (expression du sénateur centriste Laurent Lafon). Derrière cette préoccupation saugrenue peut se lire le désir du bloc central d’institutionnaliser en douce une police de la pensée. L’Arcom a franchi le pas en reprochant dernièrement à Franz-Olivier Giesbert, s’exprimant sur CNews, d’avoir dit : « Je n’aimerais pas être juif à Roubaix », estimant à juste titre qu’il serait alors « obligé de partir ». Laurent Nunez a, lui, déploré la circulation sur les réseaux sociaux des images montrant, fin juillet, l’invasion de Ceuta (Espagne) par des dizaines de milliers de migrants, majoritairement repartis depuis. En s’abstenant sur cette loi liberticide retoquée par les juges, le RN n’a pas pris la mesure de la révolution numérique qui fédère pourtant ses soutiens. Cette paresse intellectuelle, qui donne le beau rôle au PS et à LFI, est, pour lui, une alerte.

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Sea, Rolex and sun : un été de pré-campagne pour les candidats à l’Élysée

Cet été, une grande partie de la France a brûlé. Les Français ont souffert des conséquences financières de la guerre au Moyen Orient et du blocus du détroit d’Ormuz. Cela n’a pas empêché un certain nombre de nos politiques, y compris des candidats à la présidentielle, de passer de très bonnes vacances.


La France est la première destination touristique du monde. Selon le ministère du Tourisme, le pays a accueilli 102 millions de visiteurs en 2025, un record. Les étrangers y viennent pour son histoire, sa culture, sa mode unique et sa gastronomie. Pourtant, les Français eux-mêmes voyagent peu : en moyenne, ils visitent seulement 5 pays au cours de leur vie. 40 % d’entre eux ne partent pas en vacances d’une année sur l’autre. Et cet été, la situation s’est encore dégradée. Selon Ipsos, dès le printemps, 27 % des Français savaient déjà qu’ils ne pourraient pas se permettre de partir en raison de l’inflation élevée et d’une épargne insuffisante. Même ceux qui ont réussi à mettre de l’argent de côté ont réduit leur budget de 14 %, à 1 700 € par personne, un plus bas depuis 2022.

Le jet-ski du scandale 

Pour les dirigeants du pays, en revanche, c’est vacances cinq étoiles. Emmanuel Macron s’est installé dans la résidence luxueuse de Brégançon, où il se rend chaque été depuis 2018, parfois plusieurs fois par saison. L’entretien de cette forteresse sur la Côte d’Azur – où le président joue au tennis et navigue sur un yacht – coûte chaque année 400 000 € au budget de l’État. Dans l’entourage de Macron, on assure qu’il apprécie cet endroit pour pouvoir y allier repos et travail. L’opposition, elle, y voit une stratégie : Brégançon serait pour lui un symbole lui permettant de rester intouchable, tant physiquement que politiquement.

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Mais cet été, ses vacances ont tourné au scandale. Alors que 67 départements français étaient en crise de l’eau et que les pompiers combattaient vaillamment les flammes malgré une pénurie de Canadairs, Macron se baignait dans sa piscine, se détendait en faisant du ski nautique et du surf. C’est d’ailleurs au cours d’une de ces activités que des journalistes l’ont surpris. Dès le lendemain, une photo le montrant, souriant, en short, filant sur un jet-ski au-dessus des vagues, a fait la une de Paris Match.

Les potentiels successeurs du président ont, eux aussi, l’habitude de vacances fastueuses. L’ancien Premier ministre Gabriel Attal avait d’abord promis de ne pas prendre de congés et de mener une campagne électorale active tout l’été. Il ne disparaît certes pas du paysage médiatique : interviews à répétition, rencontres avec des électeurs, déclarations sur de possibles réformes et référendums. Mais le travail n’empêche pas l’ex-macroniste de passer ses journées dans des villas privées du sud de la France. La location de l’une d’elles coûte au moins 15 000 € par semaine. En comparaison, avec un salaire moyen de 2 500 €, il faut épargner au moins six mois pour pouvoir débourser une telle somme. Même l’entourage d’Attal qualifie son choix de « réflexe assez bourgeois ».

Un été à l’italienne

Édouard Philippe, quant à lui, préfère rester discret sur sa vie privée. Il s’est confié brièvement sur ses projets de vacances, affirmant vouloir « se ressourcer » avant la course à l’Élysée et partira avec sa femme et ses trois enfants. Ses vacances idéales ? « Dormir, lire, faire du sport, jouer, et recharger les batteries pour revenir plus fort ». La presse suppose que la famille Philippe est partie en Italie, car le chef d’Horizons est un grand amateur de Sicile et de Toscane.

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Le socialiste Glucksmann, dont le programme politique a d’étonnants accents macronistes, a choisi de s’envoler vers l’un des endroits les plus chers de la Méditerranée : Canari, en Haute-Corse. C’est là que le chef de Place publique possède une résidence familiale qu’il considère comme « son paradis ». Un bien immobilier de ce standing est estimé en moyenne entre 1,5 et 2,5 millions d’euros. Le matin, Glucksmann et sa compagne Léa Salamé se prélassent sur la côte et, le soir, ils reçoivent des amis pour des barbecues arrosés de grands crus.

Macron est visiblement un amateur du faste et de l’apparat des souverains. Au même moment, les Français se débattent contre l’adversité, qu’il s’agisse de catastrophes naturelles ou de difficultés économiques, voire de misère pour certains. Attal, Philippe et Glucksmann, les trois principaux prétendants à sa succession, semblent partager ses goûts et choisissent des lieux inaccessibles à la majorité de leurs concitoyens. S’ils reprennent les rênes du pouvoir, on peut s’attendre à ce qu’ils poursuivent sur la même voie, faisant financer par le contribuable les salaires dispendieux du personnel politique, leurs retraites dorées et toute leur suite… et diminuant à la portion congrue les vacances des Français.

M’en allant promener

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Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


La semaine dernière, dans ma chronique Les Dessous chics, j’évoquais Silly-le-Long (Oise ; 1 217 habitants), village où résidait une partie de mes ancêtres. Alors que nous quittions Tremblay-en-France, la Sauvageonne, très respectueuse des valeurs familiales, m’avait incité à m’y rendre, au vu de la proximité géographique. C’est encore elle qui, par une fin d’après-midi ensoleillée, voire caniculaire, m’invita à tourner sur la gauche, alors que rien ne nous obligeait à prendre ce chemin de traverse. Elle venait de contempler un panneau indicateur quand elle s’écria : « Mortefontaine ! Regarde, vieux Yak ! Mortefontaine ! Ça te dit quelque chose ? » Je tentais de m’extraire des tréfonds de mes pensées. Devant mon air ahuri, elle insista : « Mortefontaine, voyons ! Mortefontaine : Nerval ! » Mon sang A+ littéraire ne fit qu’un tour ; ma vieille mémoire aussi.

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Je me revoyais en classe de cours moyen 2e année, attablé dans une salle toute neuve de l’école primaire de la cité Roosevelt, à Tergnier (Aisne ; 13 045 habitants). Nous devions être en 1967, au cœur des bénies Trente Glorieuses. Notre instituteur, M. Jean Jehan, nous invitait à recopier et à apprendre par cœur le poème « Fantaisie » de Gérard de Nerval. Les premiers vers remontaient dans ma grosse tête de Ternois comme de fines bulles d’eau produites par une brème qui fouille la vase du canal de Saint-Quentin, près des écluses de Fargniers (commune associée à Tergnier, Aisne ; 3 212 habitants) : « Il est un air pour qui je donnerais / Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber, / Un air très-vieux, languissant et funèbre, / Qui pour moi seul a des charmes secrets. / Or, chaque fois que je viens à l’entendre, / De deux cents ans mon âme rajeunit : / C’est sous Louis treize ; et je crois voir s’étendre / Un coteau vert, que le couchant jaunit, »

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La Sauvageonne a des lettres ; lui refuser aurait pu briser son petit cœur délicat, tapissé de décasyllabes. Nous bifurquâmes ; notre fiacre, tiré par Yvonne, notre fidèle jument, emprunta une longue route départementale, fine comme une adolescente malnutrie, qu’on eût taillée, creusée plutôt, dans cette forêt rafraîchissante et profonde du Valois « qui pour moi seul a des charmes secrets ». Nous disposions de trop peu de temps pour suivre de manière exhaustive les pas de Gérard de Nerval dans Mortefontaine. Nous fîmes donc confiance aux panneaux historiques et touristiques. Nous nous arrêtâmes d’abord devant celui consacré à son grand-oncle, Antoine Boucher, à qui fut confié le futur poète en 1810, au décès de sa mère. La demeure de celui-ci fut un peu plus tard intégrée au domaine du château.

Nerval garde des lieux et de son enfance d’inoubliables souvenirs. Puis, nous en contemplâmes un autre, non loin du château, qui informe sur la vie du créateur des Filles du feu, puis un autre encore à propos de l’histoire du château. J’imaginais Gérard baguenauder devant l’édifice, aujourd’hui partiellement transformé en hôtel de luxe. Que pouvait-il bien penser ? À qui ? À la comédienne et chanteuse lyrique Jenny Colon, son égérie lorsqu’il revint plus tard, bien plus tard, envahi par la mélancolie, dans son Valois adoré ? Je l’imaginais contemplant « un coteau vert, que le couchant jaunit ».

Qui est le tueur au bigos ?

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Monsieur Nostalgie continue sa saga de l’été consacrée à sa Bédéthèque idéale. Il nous fait découvrir ce dimanche les enquêtes du commissaire Raffini de Rodolphe et Jacques Ferrandez. La première d’entre elles se situe dans un Paris d’après-guerre peuplé de Citroën Traction et d’un mystérieux tueur au « bigos ». La ville a peur…


La noirceur va si bien à Paris. Les rues sont sombres. Les murs suintent d’une étrange atmosphère. La capitale se réveille tout juste d’un long cauchemar. Le bruit des bottes est dans toutes les têtes. Les histoires d’Occupation font toujours la une des journaux. Les hommes refont, peu à peu, surface ; malgré tout, ils tentent de retrouver un semblant d’humanité et d’oublier. Ils sortent, dînent au restaurant et rentrent tard chez eux. Et puis, une série de meurtres sanglants, incompréhensibles, cruels, des griffures « animales » sur le corps des victimes et une croix en guise de signature vont installer la psychose, à la tombée de la nuit.

Paris tremble. Le commissaire Raffini et les inspecteurs Morlaine et Simon se lancent à la recherche de celui qu’ils appellent L’Homme au bigos, premier tome qui sera suivi par « Le Maître de la nuit ». Cette aventure en deux volets est l’œuvre commune du scénariste Rodolphe, que l’on présente ainsi, dans l’édition originale de 1980 aux éditions Les Humanoïdes Associés, collection Métal Hurlant : « fanatique du papier, libraire et auteur d’une biographie de Stevenson ». Jacques Ferrandez, le dessinateur, est quant à lui issu des Arts déco de Nice. Ses hobbies sont les bains de minuit et la confection de pizzas. Le jeune tandem est photographié à côté d’une Traction, modèle utilisé par la Police judiciaire, dans le rabat de la couverture d’une bande dessinée qui valait moins de 30 francs à la FNAC au début des années 1980.

Paris, terrain de chasse du fantastique

Le premier album de Rodolphe et Ferrandez se classe dans une catégorie néo-polardeuse où l’action policière baigne dans une brume fantastique. Le mystère s’épaissit à mesure que l’enquête piétine et que les rêves l’emportent sur la raison des protagonistes. Nous sommes à cheval entre l’enquête académique et une onde méphitique. D’apparence classique, proche d’un Maigret, certes plus agile physiquement et véloce dans ses interpellations, Raffini sonde, comme le héros de Simenon, les cœurs et le passé des victimes. Ce tueur semble inarrêtable. Il se joue de la Police avec une rapidité irréelle. Et pourquoi utilise-t-il une sorte de croc à trois griffes qui défigure les victimes et terrifie l’opinion publique ? L’éditeur classait cette série « entre Judex et Fantômas ». Y aurait-il une société secrète du bigos ?

Raffini, limier en chef, imper de circonstance et galurin d’époque, semble totalement perturbé par cette violence : il en perd même le sommeil. Zéro mobile. Des victimes choisies au hasard. La cruauté du geste. Aucune logique. Le mal serait-il de retour ? L’assassin a-t-il déjà tué par le passé ? C’est là que le spécialiste des archives, Gérard Mevel, trouve une concordance dans une vieille affaire paysanne datant de 1926 et se déroulant à Montbaziac, dans l’Aveyron. « Une dizaine de personnes y ont laissé leur peau. Sans parler de fermes incendiées et des histoires de bétail », dit-il à Raffini. « Quel rapport avec notre affaire ? » s’impatiente le flic. « Il y a l’arme […] Figure-toi que tous les meurtres ont été commis avec la même arme… un outil de sarclage. Une espèce de croc à deux dents… que les paysans de Montbaziac appellent bigos. Oui, je sais que tu t’occupes davantage de tridents, mais que veux-tu, les traditions se perdent. Il y a peut-être maintenant des bigos à trois dents », répond-il, satisfait du trouble jeté.

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Rodolphe et Ferrandez collaboreront encore sur deux autres affaires sordides, Villa ténèbre et Martin squelette, puis, à partir d’Étrangère au paradis, la série sera toujours signée au scénario par Rodolphe, mais le dessin incombera désormais à Christian Maucler. L’Homme au bigos est notre mauvaise conscience, celle qui hante tous les autres hommes. C’est pourquoi on se souvient encore longtemps de lui et de cette couverture souple dans notre bibliothèque : l’ombre du tueur planant au-dessus d’un immeuble haussmannien et cette Traction, phares allumés, qui nous indiquent que les loups sont toujours dans Paris.

L’Homme au bigos, Jacques Ferrandez et Rodolphe, Les Humanoïdes Associés, 1980, 48 pages.

Mon bilan provisoire d’une guerre

Le Hamas, pas plus que le régime iranien, ne croit pas avoir perdu la guerre mais prépare la suite. En Occident, par contre, on baisse les bras, on se laisse même suicider, avec un sentiment de culpabilité pour des actes dont on nous accuse mais qu’on a oubliés.


« Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples ». Charles De Gaulle, Mémoires.

Cela a commencé dans la poussière de Jéricho, dans l’odeur âcre des pneus brûlés et des figues trop mûres. Comme toujours, le mal arrive en sandales, le front ceint d’une cause sacrée. Les Palestiniens — ces héros d’un théâtre antique où le sang des enfants fait office de chœur — sont devenus l’étendard bariolé des damnés de la terre, contre l’homme blanc, contre le pouvoir, contre les murs peints à la chaux des ambassades occidentales.

À Istanbul, Mein Kampf se vend comme des loukoums. Au Caire, les Protocoles se lisent entre deux versets. Hitler n’est pas mort : il a changé d’uniforme. Il porte désormais la barbe de l’indigné, les baskets du militant, il brandit la fronde du résistant. La vieille musique du complot juif a été remixée à la sauce postcoloniale. À Tel Aviv, dit-on, les juifs trament la domination du monde comme on manigance une recette ancienne dans une cuisine familiale.

Mais voilà : Hitler vit aussi dans les slogans progressistes. Dans cette dialectique inversée où le Blanc est toujours coupable, où l’oppresseur est défini par sa naissance. Ce n’est plus la race aryenne qui règne, mais l’anti-race : celle du juste persécuté qui rêve, lui aussi, d’un Reich. D’un empire sans juifs, sans colons, sans Occidentaux. Une utopie purgée par le feu.

À Minneapolis, un homme meurt, genou sur la gorge. À Ramallah, un autre jette des pierres sous les drones. L’image est belle. Elle plaît. Les foules européennes s’enflamment. George Floyd devient Spartacus, Ahed Tamimi l’enfant-soldat d’une guerre sainte. La nuance est morte dans les couloirs d’Instagram.

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Mais il faut le dire : les génocidaires d’hier ont toujours su raconter des histoires. De belles fables. Les Jacobins et leurs suspects, les nazis et leur double hydre juive, les Hutus et leurs Tutsis à longue mémoire. Le secret est simple : désigner l’ennemi. Lui donner un nom, un visage, un fantasme. Ensuite, le peuple fait le reste, avec sa bave et ses couteaux.

L’ennemi d’aujourd’hui ? C’est Israël. C’est l’Occident. C’est l’homme blanc, patriarcal, fort d’un pouvoir qu’il n’assume même plus. Et surtout, surtout, c’est l’autorité qui doute, qui s’excuse, qui cherche à plaire. Le père faible. Le roi nu.

Dans les écoles européennes, on a remplacé le bâton par la parole douce. Les enfants ont grandi sans peur, mais non sans rage. Car l’autorité molle, cela ne se respecte pas : cela se crucifie. L’Amérique du Vietnam. Israël de 1967. L’Europe des bien-pensants. Tous sont devenus les croix de substitution d’une génération qui hait ses pères comme on hait un dieu absent.

Alors la diabolisation est là, comme une brume. Elle rampe dans les amphithéâtres, dans les rédactions, dans les dîners d’amis. Israël est un monstre. L’Amérique est une machine à tuer. La France est un reliquat colonial. Le Juif, s’il est puissant, est suspect. S’il est victime, il est sanctifié. Mais seulement dans le passé.

Pourquoi ce masque de compassion pour les morts, et ce masque de haine pour les vivants ?

Parce que cette génération ne veut pas être complice. Elle ne veut pas hériter. Elle ne veut pas transmettre. Elle veut brûler la maison et danser dans les cendres, en hurlant : « Plus jamais ça ! », sans savoir ce que fut vraiment, ce ça.

Et dans le monde arabe ? Aucune repentance. Pas d’examen de conscience. Le passé est une blessure offerte à la caméra. Le présent, une attente mystique. Un rêve de retour. Une clé rouillée conservée dans un tiroir depuis 1948, comme un talisman d’un monde jamais advenu.

Le reste du monde a changé de maison. Les Grecs ont quitté l’Anatolie. Les Allemands ont fui la Prusse. Les Indiens et les Pakistanais ont échangé leurs dieux à coups de machette. Mais les Palestiniens gardent leurs ruines comme on garde une promesse de vengeance.

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Et pourtant, les villes palestiniennes brillent plus que les campagnes du Nil. Les check-points sont des blessures, oui, mais aussi des sas vers un monde que l’on envie en silence. On hait ce que l’on désire. On insulte ce que l’on n’égale pas.

Et aujourd’hui Gaza saigne. Gaza n’est même plus seulement une ville assiégée : elle est un amas de murs ouverts, de maisons éventrées, de rues rendues à la poussière, un territoire où les vivants marchent au milieu de ce qui fut leur vie. Elle saigne dans les ruelles effondrées de Jabaliya ou de Khan Younès, mais aussi dans les cœurs occidentaux, devenus théâtre d’un nouveau Golgotha. Chaque immeuble effondré est un psaume hurlé à la face d’un monde trop rassasié pour pleurer. Dans les facultés d’Harvard, dans les rues de Paris, à Berlin, à Londres, Gaza est devenue le Graal inversé : une cause sacrée portée par des enfants qui confondent la justice avec le feu, la liberté avec l’effacement. Une ville ravagée, mais dans l’imaginaire, une Jérusalem profanée par l’envahisseur juif. À New York, on érige des tentes pour protester ; à Rafah, on creuse des fosses pour enterrer les rêves. Mais qu’importe : le mythe est plus fort que les morts.

Car au milieu de ces ruines, le Hamas n’est pas mort. Il compte ses chefs disparus, remplace les morts par les vivants, recrute dans les familles décimées, parmi les hommes qui n’ont plus de maison et les adolescents auxquels il ne reste parfois que la vengeance pour horizon. Il prépare déjà les soldats de la prochaine guerre, adultes ou enfants, offrant aux uns un fusil, aux autres une image de martyr, à tous cette certitude empoisonnée que mourir vaut mieux que vivre dans un monde imparfait. Ainsi le désastre devient sa pépinière, le deuil sa propagande, l’orphelin sa recrue future. Gaza détruite ne signifie pas Gaza délivrée. Le Hamas sait faire de ses défaites militaires des victoires mythologiques et transformer chaque pierre fracassée en argument pour recommencer.

La guerre à Gaza n’est plus un événement, elle est un miroir : l’Occident s’y regarde et ne voit que ses péchés. Alors il s’autoflagelle, supplie d’être puni, et bénit ceux qui crient le plus fort. Peu importe que le Hamas cache ses fusées dans les écoles. Peu importe que les boucliers humains soient une stratégie. Peu importe qu’au milieu des décombres il entretienne la relève, qu’il instruise les enfants non dans la connaissance de ce qui fut perdu, mais dans la haine de ceux qu’il faudra tuer. Ce que l’âme culpabilisée veut, c’est un bourreau. Et Israël est parfait pour ce rôle.

Plus loin, l’Iran brûle. Le pays des mollahs a connu les explosions, les bombardements, les funérailles de ses maîtres, les colonnes de fumée au-dessus de ses installations et la peur jusque dans les sanctuaires du régime. Son empire clandestin s’est fissuré, ses lieutenants ont été abattus, ses routes d’armes coupées, ses affidés affaiblis, parfois réduits à survivre dans leurs propres ruines. Mais le régime respire encore. Il est blessé, non converti ; humilié, non repenti. Il attend, reconstitue, dissimule, promet à ses fidèles que le temps travaille pour lui.

L’Iran des mollahs est en feu, mais il est toujours vivant, et les puissances blessées sont parfois les plus dangereuses, parce qu’elles ne rêvent plus de victoire immédiate mais de vengeance différée. Téhéran n’a peut-être plus la même maîtrise sur ses légions, mais il lui reste des armes, des réseaux, des ingénieurs, des prédicateurs et cette patience des idéologies qui savent attendre une génération. Il pourra encore donner d’autres feux verts à ses promis, à ses milices, à ses martyrs professionnels, leur souffler qu’une frontière doit s’embraser, qu’un navire doit brûler, qu’une ville israélienne doit entendre de nouveau les sirènes. Les foyers ont été frappés ; les braises demeurent.

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Reste la grande question : la raison vaincra-t-elle la passion ? Je souris en l’écrivant. Car je sais que les passions sont les seules reines légitimes de l’Histoire. La haine est un opéra, et les peuples adorent les tragédies. L’Occident, lui, se suicide à petits feux. Non par grandeur, mais par culpabilité. Il veut expier, mais ne sait plus pourquoi.

Et pendant ce temps, les vrais cyniques avancent, parfois kalachnikov à l’épaule, parfois cachés sous les décombres, parfois assis dans un palais encore fumant, Coran ou torche à la main, persuadés que l’Histoire leur appartient. Ils perdent des villes, des chefs, des arsenaux ; ils ne perdent pas leur foi dans la faiblesse de leurs ennemis. Ils savent que les démocraties se fatiguent, que les images effacent les causes, que les morts d’aujourd’hui feront oublier les crimes d’hier, et que l’enfant recruté dans les ruines sera demain présenté au monde comme un résistant né de la terre elle-même.

Peut-être ont-ils raison.

Édouard Philippe, naturellement candidat mais pas candidat naturel !

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Pour préparer l’élection présidentielle de 2027, la gauche va organiser une primaire. La droite devrait faire de même afin de produire un candidat convaincant et confiant. Mais celui qui bloque ce processus pour l’instant, c’est Edouard Philippe, le même qui avait abandonné sa famille politique en devenant le Premier ministre de Macron.


Le ministre Gérald Darmanin vient de se rallier à la candidature d’Édouard Philippe et il n’a surpris personne, sauf ceux qui étaient sûrs de le voir concourir sous ses propres couleurs, mélangeant droite populaire et sociale (Le Figaro).

Depuis que, pour Horizons, l’ancien Premier ministre s’est projeté à sa manière dans la campagne présidentielle et qu’il est apparu longtemps comme la seule personnalité du camp macroniste à pouvoir être présente au second tour et battre Marine Le Pen, je continue à ressentir comme un grippage, malgré les vents favorables qui lui permettent d’accumuler des soutiens de poids. S’il est naturellement candidat, je ne le ressens pas comme un candidat naturel !

Pourtant, il ne lésine pas sur les preuves d’amour à l’égard d’une famille de droite, qui était la sienne, au moins façon Juppé, mais qu’il a désertée sous l’effet conjugué de son ambition et de la séduction du Macron de 2017.

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Mais on n’oublie pas que, Premier ministre, s’il a été pédagogue et modeste avec la Covid, il n’a pas été exempt de comportements qui n’ont pas permis de le considérer comme un homme de courage et d’autorité. À valider et à légitimer par principe.

On en est loin aujourd’hui et je n’aime pas la leçon que semblent vouloir donner les socialistes puisqu’apparemment ils vont réussir à organiser une primaire, Raphaël Glucksmann ayant l’intention de se déclarer officiellement le 23 août et d’y participer avec quelques autres (Le Figaro).

C’est un exemple qui devrait être suivi à droite. Je connais la constance et l’intégrité d’un Bruno Retailleau, sa sincérité aussi. Mais il est évident que, si le futur ne correspondait pas à ses espérances, il ne serait pas suicidaire et s’accorderait avec l’obligation d’avoir un seul candidat pour le camp conservateur.

Plutôt que de se rallier à Édouard Philippe, ce qui n’aurait aucun sens et représenterait à la fois une transgression intellectuelle, politique et régalienne, il vaudrait mille fois mieux organiser une primaire où on ne serait pas obligé d’intégrer Éric Zemmour, qui ne déteste pas, par ailleurs, faire bande à part. David Lisnard en serait. Gabriel Attal aussi. Xavier Bertrand s’y opposerait mais, abandonné à lui-même, il n’aurait aucune chance.

En réalité, celui qui, depuis le début, bloque ce processus de la primaire est Édouard Philippe. Il ne pourra empêcher ceux qui aspirent au retour d’une droite vigoureuse et fidèle à ses engagements de regretter qu’on prétende leur imposer Édouard Philippe au motif qu’il serait, paraît-il, le seul à pouvoir vaincre le RN.

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Il n’y aurait rien de mieux qu’une primaire pour susciter un choc de confiance. Celui qui surgirait victorieux de cette compétition parfaitement démocratique dans son essence aurait une légitimité, un soutien sans faille, l’aval du peuple de droite.

Quelle allure cela aurait et comme il serait gratifiant d’opposer au gourou Mélenchon et à la primaire socialiste une alternative irréprochable, exemplaire, comme un prélude à une victoire toujours possible en 2027 !

Dans une telle joute, Bruno Retailleau l’emporterait peut-être et Édouard Philippe serait sans doute battu. Mais peu importe. Le vainqueur, quel qu’il soit, deviendrait alors un candidat naturel !

Édouard Philippe veut nous priver d’une authentique respiration démocratique. Pourquoi donc ?

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L’appel du 24 juillet 1967 du président français Charles de Gaulle

En France, il y eut Charles de Gaulle le général et il y eut l’homme d’État, président de la république. Pour les Québécois, il y eut Charles de Gaulle, héros politique du Québec. En criant « Vive le Québec libre ! » à Montréal, De Gaulle resserra les liens entre les francophones de France et ceux d’outre-Atlantique, au risque de froisser le gouvernement canadien.


Dans le cadre de l’exposition universelle de 1967 à Montréal, Charles de Gaulle accepta l’invitation du Premier ministre québécois après avoir refusé celle du Canada dans le cadre du centenaire de la fédération canadienne fondée en 1867.

Symboliquement, de Gaulle choisit de faire la traversée de l’Atlantique à bord du navire le Colbert et d’arriver à Québec le 23 juillet 1967. Le 24 juillet, il choisit, aussi symboliquement, de faire le trajet de Québec à Montréal en voiture en empruntant le chemin du Roy, en s’arrêtant dans différentes villes, en saluant tout au long de sa route les centaines de milliers de Québécois qui affichaient les couleurs de la France et la fleur de lys en chantant La Marseillaise, avant d’atteindre sa destination : l’hôtel de ville de Montréal.

La déclaration du balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal

Les dizaines de milliers de Québécois venus l’accueillir manifestèrent bruyamment lorsque de Gaulle apparut au balcon de l’hôtel de ville. Soulevé par cet enthousiasme, de Gaulle sentit une responsabilité de ne pas les décevoir :

« Je vais vous confier un secret que vous ne répéterez pas : ce soir ici, et tout au long de ma route, je me suis trouvé dans une atmosphère du même genre que celle de la Libération.

C’est pourquoi je me permets de vous dire : Vive Montréal ! Vive le Québec ! Vive le Québec libre ! Vive le Canada français ! Et Vive la France ! »

La réaction diplomatique

Cette déclaration créa un choc diplomatique. Le gouvernement canadien accusa de Gaulle de s’ingérer dans les affaires intérieures du Canada. Le Premier ministre canadien annula sa rencontre avec de Gaulle et celui-ci écourta son voyage sans effectuer la visite officielle prévue à Ottawa.

En France, la déclaration suscita un débat. Certains applaudirent le geste, alors que d’autres le jugèrent imprudent dans le cadre des relations avec le Canada.

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Tout laisse croire que la déclaration n’était pas improvisée. Dans une conférence de presse du 23 novembre 1967 à l’Élysée, de Gaulle fit un long exposé sur ces Français qui avaient franchi l’Atlantique pour fonder la Nouvelle-France et qui « par un miracle de vitalité » étaient devenus plus de 6 millions. De Gaulle croyait profondément que la France avait la responsabilité d’accompagner ces Français du Canada abandonnés sous Louis XV à s’affranchir de la domination britannique afin d’éviter l’assimilation et d’aspirer à une émancipation.

Sans officiellement reconnaître l’indépendance du Québec, la France développa par la suite une relation privilégiée avec le Québec résumée dans la formule de « non-ingérence, non-indifférence ».

Les liens historiques

Pour de Gaulle, cette déclaration prit la forme d’un Appel du 24 juillet 1967.  Elle appelait les Français à se libérer du joug britannique. Elle visait le rassemblement de tous les Français des deux côtés de l’Atlantique.

Ce rassemblement souhaité avait débuté dès les années 1960 sous son impulsion afin d’accompagner les Québécois dans la construction d’un État français en Amérique. 

Malgré l’abandon des Français du Canada aux Britanniques en 1763, les liens entre la France et les Québécois ne furent jamais rompus. Les XVIIIe et XIXe siècles permirent à plusieurs Canadiens-français d’être formés en France et de ramener au Québec une expertise et des idées républicaines. Ce fut l’émergence d’une élite consciente de ses origines latines et françaises.

Dans sa déclaration, de Gaulle voulait réparer cet abandon et effacer cette erreur historique.

L’impact de cette déclaration

Cette déclaration donna un puissant élan aux mouvements souverainistes québécois. À une époque où la Révolution tranquille transformait profondément la société québécoise, les paroles de de Gaulle renforcèrent le sentiment de confiance collective et l’idée que le Québec pouvait aspirer à une société française en Amérique.

L’année suivante fut fondée le Parti Québécois qui accéda pouvoir en 1976 : l’article premier de son programme était le détachement politique du Canada.

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Le « Vive le Québec libre » est devenu la phrase la plus célèbre de l’histoire du Québec. Aujourd’hui encore, elle demeure un symbole puissant de la volonté de certains Québécois de s’affranchir de la domination anglo-saxonne canadienne.

Cette déclaration propulsa le Québec sur la scène internationale et constitua un éveil sur l’existence d’un peuple français en Amérique. Elle donna lieu à une reconnaissance internationale. 

Le 24 juillet 1967, Charles de Gaulle entrait dans la légende en devenant un héros politique du Québec !

Le 24 juillet 2027, le Québec commémorera le 60e anniversaire de la Déclaration de Charles de Gaulle.

La page blanche est-elle raciste ?

De la « chromophobie » et autres délires en histoire de l’art et en politique.


On sait, de source littéraire et scientifique, que les temples grecs, avec leurs statues, étaient polychromes. C’est par les couleurs que se faisait la médiation avec les dieux. Et puis le temps – intempéries et histoire – a détruit les couleurs. Des statues, nous n’avons souvent gardé que des copies romaines de plâtre blanc. D’où cette idée véhiculée par Arte, il y a cinq ans, et martelée depuis par l’air du temps, du fantasme d’une Grèce blanche alors qu’elle serait métissée comme tous les autres pays, ce dont témoignent aussi l’art ottoman ainsi que l’art chrétien du Moyen Age. C’est au XVIIe siècle, sous l’influence du classicisme, que se serait imposé cet idéal moral de nudité, de blancheur et de pureté. Avec Gobineau (1853) et sa théorie des races. Avec Mussolini et Hitler. L’idéologie nazie aurait imposé la suprématie de l’homme blanc avec son sanglot.

Du mythe de cette Grèce et de cette Europe blanche, on est passé à une idéologie, occultée puis « décomplexée », dans les mœurs, la pensée, en art et dans notre langue. Héritiers des Romains avec leur morale de plâtre blanc, nous serions des Occidentaux chromophobes, dont la « chromophobie » aurait sa source dans notre racialisme : le sentiment de la supériorité de la race blanche. 

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En pensant aux « métamorphoses du temps qui construit notre musée imaginaire », nous pourrions dire que, si nous avons aimé les temples dans leur nudité, c’est que nous étions sensibles à la beauté exceptionnelle de leurs proportions liées à la recherche du nombre d’or. Quant aux couleurs qui ne sont plus, quelle frustration, car il est impossible que les Grecs aient sculpté admirablement sans peindre merveilleusement. Les peintures antiques n’ont pas livré leurs secrets, pas plus que le bleu de Delft, le rouge de Soutine. De toute manière, si les Korès ioniennes étaient rousses, ce n’est pas pour autant que la France est vouée au métissage.

Même chose pour l’art roman. Si les églises romanes étaient peintes par endroits et les vitraux colorés ainsi que certaines statues, les représentations de saints noirs ne sont pas rares dans l’art chrétien : saint Maurice, par exemple, originaire d’Égypte et officier romain, est représenté avec un visage noir. Quant aux Vierges noires, elles sont nombreuses en France, représentées tenant leur enfant devant elles, comme des mères kangourou. Sans doute pour répondre à la bien-aimée du Cantique des Cantiques : « Je suis noire et pourtant belle, filles de Jérusalem… »

C’est avec la dénonciation obsédante de la colonisation que le racialisme est devenu cette idéologie qui ravage l’Europe et dresse les Français les uns contre les autres. On se souvient que la pièce d’Eschyle, Les Suppliantes, avait été interdite de représentation, à la Sorbonne, le 28 avril 2019, par le CRAN et la LDNA, au prétexte d’être « afrophobe, colonialiste et raciste » en raison des masques du théâtre antique ressemblant aux black-face. De nos jours, la tendance, dans les opéras, est d’imposer autant d’artistes noirs que de blancs. On n’a pas encore débaptisé les notes mais ça viendra ! Pas si vite, quand même, car une blanche, dans le solfège universel, « vaut deux noires ».

Il y a peu, on appelait racisme antiblanc « leucophobie », la haine irrationnelle du blanc. A présent, le « racisme antiblanc » est bel et bien reconnu en tant que tel. Une chromophobie d’un genre bien particulier. Une question se pose alors : Mélenchon, « tout blanc tout moche », qui attend de ses vœux la créolisation de notre langue pour un nouveau peuple français métissé ne serait-il pas tout simplement chromophobe ?

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La chromophobie en tant que pathologie n’est pas attestée. Pour l’historien des couleurs, elle concerne surtout, au moment de la Réforme, l’opposition entre prélats catholiques et protestants. Est-ce d’une « leucophobie » (peur du blanc) que proviendrait la peur de la page blanche, appelée en psychologie positive « leucosélidophobie», et qui ne concerne pas uniquement les écrivains,  qu’ils soient de peau blanche ou noire ? Sur ce sujet on peut consulter un site comme celui d’Emeline Lefèvre, anthropologue, « spécialiste des peurs et des phobies collectives », et qui s’inspire des travaux de Jung et de Mircea Eliade.

Ionesco, cité par Bock-Côté dans le JDNews du 29 juillet, écrivait dans Antidotes que l’on pouvait affirmer que « la mauvaise foi était une forme idéologique de la démence ». Si l’idéologie régnante consiste à déblanchiser l’ordre mondial, une question, en tout cas, demeure, qui mérite d’être posée : la page blanche est-elle raciste ? 

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Philippe Bouvard (1929-2026), le dernier nabab

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Philippe Bouvard, ici photographié à Bruxelles en 2015, est mort le 24 août 2026 à l’âge de 96 ans. © Stephanie Lecocq / Isopix/SIPA

Homme de radio et de plume, légende des médias français, star du transistor, célèbre pour avoir animé durant de longues années Les Grosses Têtes, le journaliste Philippe Bouvard s’est éteint à l’âge de 96 ans.


Où était-ce, place de la Madeleine ou du côté de chez Lasserre ? Je n’arrive plus à fixer l’adresse exactement dans le Paris de cette fin des années 1970. Ce jour-là, je me suis dit que journaliste était un métier fort rémunérateur et plaisant. Je n’avais jusque-là connu que des pigistes faméliques et des auteurs sans lecteurs. Qu’en écrivant des articles, des dizaines de milliers de papiers grinçants, chroniques perforatrices, billets d’humeur noire, critiques féroces et potins cinglants dans les journaux (la liste est longue, du Figaro à Paris Match en passant par France-Soir), on puisse disposer d’un chauffeur personnel et d’une Peugeot 604 rallongée par le carrossier Heuliez, j’étais admiratif. Béat. Rêveur.

Bouvard était le Saint-Père des pisse-copies, il était passé de garçon d’étage à directeur de rédaction en un éclair. Le matin, il apportait le café à son rédacteur en chef ; l’après-midi, on le hissait au rang d’éditorialiste et de conseiller du prince. Chez lui, l’encre se transformait en or massif. Comme René Goscinny, on ne l’avait jamais vu sans cravate dans les bureaux. Milord aux courtes pattes, habillé comme un patron du CNPF, caricature de l’industriel nabab à la manière d’un Bernard Blier dans une comédie de Pierre Richard, un Bouvard joufflu et ambitieux, parfaitement à son aise et serein, était installé à l’arrière de sa limousine.

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Il s’activait. Il gesticulait. Il paradait. Le téléphone dans une main, l’autre attendant une dépêche sortant d’un téléscripteur, il organisait sa journée dans ce bureau roulant, autant outil de travail qu’objet publicitaire à destination de ses patrons ou de ses concurrents. Car Bouvard était un homme de communication. Il en jetait. Il impressionnait. Il façonnait sa légende. Par précaution, il vaut mieux l’écrire soi-même. Il savait que le poids des mots était aussi important que le choc des photos. Ses succès d’audience, son vestiaire de luxe, son automobile dépassant largement les 5 mètres étaient des signes extérieurs qui marqueraient l’esprit du public, de ses adversaires et de ses employeurs. Il s’infiltrait alors dans nos têtes.

Comment traiter autrement qu’en star cet intervieweur à la surface aussi éclatante ? Stratège, joueur, inflexible, redoutable bretteur, Bouvard était le propre publicitaire de sa petite entreprise qui se résumait à la promotion de sa seule personne. Pour arriver à ce statut d’« intouchable », pour perdurer tant d’années dans une profession aussi versatile, où les ego sont saignants et les coups à trois bandes minimum, Bouvard avait pour lui une force de travail peu commune et un ton inné pour le combat.

L’interview qui mettait les vedettes au tapis

À la télévision ou à la radio, il était l’anti-Drucker. Sa conversation était rude et piégeuse, ses questions roublardes et déstabilisantes, ses invités paniqués redoutaient cet exercice hautement périlleux. Thierry Ardisson fut l’un de ses héritiers dans l’élaboration, la scénarisation de joutes cassantes et jouissives.

Bouvard, d’une grande maîtrise, la voix toujours égale, ne montrant rien de ses émotions, vous décapsulait une idole de la chanson ou un acteur dans le vent en cinq minutes. Quel pugilat ! Du noble art. Au tapis, la vedette ! Déroutée, aux abois, croyant être venue refourguer son film ou son disque dans le confort du copinage, s’attendant à la banalité des questions, la personnalité publique sur le grill faisait face à un Bouvard inquisiteur et méchamment taquin.

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On voyait la sueur déperler sur les fronts, même sur nos écrans en noir et blanc. Son ton rosse inimitable derrière un demi-sourire d’esthète aura été une révolution. Bouvard venait enfin d’inventer l’interview casse-gueule qui met à nu. Beaucoup, après lui, essayèrent de se glisser dans son costume trois pièces, mais ils n’avaient ni son flegme ni son intelligence du chat et de la souris.

Bouvard créait du clash sans éclat qui laisse pourtant des traces durables dans nos mémoires. Et puis, un animateur qui a connu et lancé les Inconnus quand ils étaient cinq dans son théâtre filmé et qui avait pour sociétaires dans son temple radiophonique de RTL Sim et Jean Dutourd est à conserver sous cloche à Sèvres.

La dernière fois que je l’ai aperçu, il mangeait des crevettes grises en Normandie et roulait en Ferrari. Chapeau l’artiste !

Le visage des femmes vaut-il moins à Damas qu’à Lisbonne ? 

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Femmes en niqab lors de la demi-finale de la Cope du monde de football à Djeddah, Arabie saoudite. 18/12/2023. JOEL MARKLUND/Bildbyran/Sipa USA/SIPA

Le Portugal vient d’interdire le voile intégral dans l’espace public au nom de l’identité, de la dignité et de la communication humaines. Pendant ce temps, en Syrie, l’islamisation de la société progresse sous le regard d’un Occident qui normalise le nouveau pouvoir. Les libertés que nous jugeons fondamentales en Europe le seraient-elles moins lorsqu’il s’agit des femmes syriennes ?


Le Portugal vient de promulguer une loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public. Le texte vise notamment le port du niqab et de la burqa. Mais au-delà de l’interdiction elle-même, une phrase du président portugais António José Seguro m’a particulièrement interpellé :

« Le visage doit être considéré comme un élément central de l’identité et de la communication humaines ».

Cette phrase mérite que l’on s’y arrête. J’ai grandi au Moyen-Orient. C’est peut-être pour cela que j’ai du mal à comprendre pourquoi, en Occident, certains considèrent qu’au nom de la tolérance, de l’inclusion, voire du féminisme, tout ce qui se réclame de la religion devrait être accepté.

La burqa et le niqab ne sont pas de simples morceaux de tissu. Ils effacent le visage, donc une part essentielle de l’identité et de la relation aux autres. Le cacher intégralement à une femme, c’est créer entre elle et la société une frontière qui n’existe pas pour l’homme.

Pourquoi ce principe s’arrêterait-il aux frontières européennes ?

C’est précisément cette question qui me ramène à la Syrie. Ma mère est alaouite. J’ai passé une grande partie de mes étés sur la côte syrienne, entre Tartous, Lattaquié, les montagnes et les villages de cette région. Je me souviens des femmes que j’y voyais. Elles travaillaient, étudiaient, se baignaient, sortaient. Elles étaient pour la plupart découvertes. À part quelques femmes âgées, le voile lui-même était relativement rare dans certains milieux. Quant au niqab, il était complètement absent de cet univers.

Je ne cherche pas à réhabiliter la Syrie d’Assad, dont je connais la brutalité et la répression. Et les Syriennes n’y vivaient évidemment pas dans un paradis de liberté. Mais la société syrienne a toujours été diverse. Les façons de vivre l’étaient également. Et c’est précisément cette diversité qui est aujourd’hui menacée.

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Depuis l’arrivée au pouvoir d’Ahmed al-Sharaa et de ses anciens compagnons de Hayat Tahrir al-Cham, j’observe avec inquiétude une islamisation progressive de la société syrienne, sous le regard largement complaisant de l’Occident, qui accompagne désormais la normalisation du nouveau pouvoir.

Je l’avais déjà documentée il y a quelques mois. À Tartous, jusque dans cette région alaouite historiquement peu religieuse, des campagnes de promotion du niqab ont été organisées. Des images montrant des femmes et même de petites filles intégralement voilées sont diffusées comme des modèles. Des vêtements religieux rigoristes sont distribués. Dans certains établissements scolaires et universitaires, les normes religieuses gagnent du terrain.

Tout cela pourrait paraître anecdotique. Et pourtant, cela ne l’est pas.

L’islamisation ne commence pas toujours par une loi

J’ai grandi dans une société où les islamistes travaillaient déjà le terrain. Dès les années 1980, notamment, les Frères musulmans cherchaient à transformer la société syrienne. Assad les avait pourtant interdits et durement réprimés. Mais l’islamisation ne passe pas toujours par la conquête du pouvoir. Elle peut avancer dans les marges : par le hijab, les campagnes de promotion, les associations, les centres sociaux, les mosquées, jusque dans des réunions privées entre femmes. Certaines étaient aidées financièrement lorsqu’elles adoptaient le voile. Même sous un régime qui leur était hostile, les islamistes savaient donc faire évoluer progressivement les normes sociales.

Le mécanisme est toujours le même. Il traverse les décennies. On commence par présenter une tenue comme plus vertueuse. Puis on valorise celles qui l’adoptent. On distribue des vêtements. On introduit de nouvelles normes dans les écoles. On sépare davantage les garçons et les filles. On explique aux enfants ce qu’est une « bonne musulmane ». Puis la pression sociale fait le reste. 

Ce qui était hier exceptionnel devient visible. Ce qui devient visible devient normal. Ce qui devient normal finit parfois par devenir obligatoire, sinon juridiquement, du moins socialement. Et lorsque quelqu’un s’en inquiète, on lui répond qu’il attaque l’islam.

Je connais cette mécanique. 

Je l’ai vue à l’œuvre en Syrie. C’est aussi pour cela que je suis stupéfait de voir certains Occidentaux refuser obstinément de la regarder. 

Une étrange géographie des droits des femmes

C’est là que la décision portugaise devient intéressante. À Lisbonne, un président socialiste peut affirmer que le visage constitue un élément central de l’identité humaine et que le fait que seules les femmes aient à le dissimuler crée une asymétrie incompatible avec l’égalité entre les sexes.

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Très bien. Mais alors j’aimerais poser une question simple : le visage d’une Syrienne est-il moins important que celui d’une Portugaise ? Une liberté changerait-elle de nature en traversant la Méditerranée ?

Voilà l’étrange contradiction d’une partie de l’Occident : nous défendons ici l’égalité, l’émancipation et la liberté individuelle, mais ces principes deviennent soudain négociables lorsqu’il s’agit du Moyen-Orient. Ce que nous refuserions pour nos filles devient alors une « particularité culturelle » pour les leurs ; ce que nous appellerions ici une pression religieuse devient là-bas une tradition à respecter. Et ceux qui le dénoncent risquent encore d’être accusés d’islamophobie. Étrange conception de l’universalisme.

Je ne demande pas à l’Europe de choisir les vêtements des Syriennes

Je ne demande évidemment pas à l’Europe de décider comment les Syriennes doivent s’habiller. Je lui demande simplement de les aider à défendre leur liberté de choisir : se voiler ou non, conserver leur mode de vie, ne pas subir de pression religieuse des Frères Musulmans. Et surtout de s’inquiéter lorsque d’autres cherchent progressivement à décider à leur place.

D’autant qu’elle n’est pas un simple spectateur. Elle finance la reconstruction et le développement de la Syrie, accompagne la normalisation du nouveau pouvoir et contribue à sa réintégration internationale. La France a elle-même participé activement à cette réhabilitation politique. Dès lors, demander des garanties n’est pas une ingérence. C’est une responsabilité. Aider la Syrie, ce n’est pas financer son islamisation. C’est aider les Syriens à préserver leurs libertés.

Financer, oui. Mais sous conditions

Si l’Europe veut financer la nouvelle Syrie, elle doit regarder ce qui se passe dans les écoles, les universités, les programmes scolaires, les aides publiques aux associations religieuses et les structures qui reçoivent des financements européens. Elle doit être exigeante sur la condition des femmes et des minorités.

Elle le peut, puisqu’elle s’engage à verser des centaines de millions d’euros pour la reconstruction du pays. Autant ne pas financer son islamisation.

L’Europe doit donc demander où va l’argent et conditionner son soutien à des garanties vérifiables sur les libertés individuelles. Pas à des déclarations soigneusement préparées pour les chancelleries occidentales. Pas à quelques interviews rassurantes accordées aux médias occidentaux. Pas à des sourires sous le dôme de la mosquée des Omeyyades.

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L’Occident a appris à reconnaître l’islamiste lorsqu’il porte une kalachnikov, un treillis et un drapeau noir. Il a beaucoup plus de mal à le reconnaître lorsqu’il porte un costume, parle de reconstruction, promet la stabilité et reçoit des diplomates. Pourtant, pendant que nous écoutons les discours officiels, une société peut se transformer beaucoup plus profondément, par le bas. Et lorsqu’on s’en aperçoit enfin, il est parfois trop tard.

Les libertés humaines n’ont pas de passeport

Je reviens donc à cette phrase du président portugais. Si le visage est réellement « un élément central de l’identité et de la communication humaines », le mot important n’est finalement ni Portugal, ni Europe. C’est « humaines ». Les droits que nous considérons comme fondamentaux pour une femme européenne ne peuvent pas devenir secondaires simplement parce que la femme est syrienne, iranienne ou afghane.

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La dérive illibérale de Macron échoue face aux juges

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Sébastien Lecornu lors d'une conférence de presse à Mérignac. 17/08/2026. UGO AMEZ/SIPA

La tentative du président de la République, bloquée pour l’instant par le Conseil constitutionnel, d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de quinze ans, fait partie d’une campagne livrée par l’extreme centre contre la liberté d’expression.


Limiter la liberté d’expression sur le numérique :  l’idée fixe d’Emmanuel Macron et de l’extrême centre. Même les médias labellisés, gardiens des opinions autorisées, cautionnent la dérive illibérale. C’est pourquoi il est heureux que le Conseil constitutionnel, saisi par le PS et LFI, ait censuré la loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de quinze ans. Même si l’objectif de protéger les enfants et adolescents est évidemment louable, les moyens mis en œuvre portent « une atteinte qui n’est pas adaptée, nécessaire et proportionnée » à leur liberté d’expression. Les juges ont également estimé abusif d’imposer à l’ensemble des utilisateurs du Net la justification préalable de leur identité, donc d’un possible fichage. Macron a immédiatement chargé Sébastien Lecornu de « travailler » à « une rédaction juridiquement robuste » de l’interdiction, en rappelant sa « totale détermination » à faire aboutir cette réforme d’ici au printemps 2027. Mais cet entêtement du chef de l’Etat à vouloir maitriser une information aseptisée confirme sa pente liberticide (cf. mon blog du 10 octobre 2018). En cela le macronisme se rapproche du poutinisme. Dès les premiers pas du chef de l’Etat, ses députés s’étaient heurtés au Conseil constitutionnel qui avait déjà jugé « disproportionnée », le 8 décembre 2017, une disposition soutenue par la Licra visant à l’inéligibilité pour certains délits d’opinion. Le projet de loi Bergé, qui reprend la contestable proposition Yadan, s’inspire à nouveau de ces bons sentiments pour tenter d’interdire, au prétexte de propos « racistes », les prises de position contre l’immigration de masse, l’islam colonisateur, la frivolité des défenseurs de la « société ouverte », etc.

A lire aussi, du même auteur : Quand le macronisme singe le poutinisme

Cette vigilance du Conseil constitutionnel s’agissant du respect de la liberté de dire s’appliquera-t-elle au cas de Xenia Fedorova, journaliste russe s’exprimant sur CNews, jugée indésirable en France par le gouvernement ? La question n’a pas encore été examinée au fond. Mais les éléments d’une atteinte au pluralisme des opinions sont là aussi patents. La paranoïa officielle sur une « ingérence russe », brandie par des candidats en mal d’audience, s’est réduite pour l’instant à des pratiques marginales de bricoleurs. Plus inquiétant est ce rapport du Sénat sur la régulation de l’information dans l’espace numérique, publié début juillet, qui évoque un nouveau délit d’« ingérence intérieure » (expression du sénateur centriste Laurent Lafon). Derrière cette préoccupation saugrenue peut se lire le désir du bloc central d’institutionnaliser en douce une police de la pensée. L’Arcom a franchi le pas en reprochant dernièrement à Franz-Olivier Giesbert, s’exprimant sur CNews, d’avoir dit : « Je n’aimerais pas être juif à Roubaix », estimant à juste titre qu’il serait alors « obligé de partir ». Laurent Nunez a, lui, déploré la circulation sur les réseaux sociaux des images montrant, fin juillet, l’invasion de Ceuta (Espagne) par des dizaines de milliers de migrants, majoritairement repartis depuis. En s’abstenant sur cette loi liberticide retoquée par les juges, le RN n’a pas pris la mesure de la révolution numérique qui fédère pourtant ses soutiens. Cette paresse intellectuelle, qui donne le beau rôle au PS et à LFI, est, pour lui, une alerte.

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Sea, Rolex and sun : un été de pré-campagne pour les candidats à l’Élysée

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La plage de Nice vue depuis l'hôtel Negresco. 25/11/2025. SYSPEO/SIPA

Cet été, une grande partie de la France a brûlé. Les Français ont souffert des conséquences financières de la guerre au Moyen Orient et du blocus du détroit d’Ormuz. Cela n’a pas empêché un certain nombre de nos politiques, y compris des candidats à la présidentielle, de passer de très bonnes vacances.


La France est la première destination touristique du monde. Selon le ministère du Tourisme, le pays a accueilli 102 millions de visiteurs en 2025, un record. Les étrangers y viennent pour son histoire, sa culture, sa mode unique et sa gastronomie. Pourtant, les Français eux-mêmes voyagent peu : en moyenne, ils visitent seulement 5 pays au cours de leur vie. 40 % d’entre eux ne partent pas en vacances d’une année sur l’autre. Et cet été, la situation s’est encore dégradée. Selon Ipsos, dès le printemps, 27 % des Français savaient déjà qu’ils ne pourraient pas se permettre de partir en raison de l’inflation élevée et d’une épargne insuffisante. Même ceux qui ont réussi à mettre de l’argent de côté ont réduit leur budget de 14 %, à 1 700 € par personne, un plus bas depuis 2022.

Le jet-ski du scandale 

Pour les dirigeants du pays, en revanche, c’est vacances cinq étoiles. Emmanuel Macron s’est installé dans la résidence luxueuse de Brégançon, où il se rend chaque été depuis 2018, parfois plusieurs fois par saison. L’entretien de cette forteresse sur la Côte d’Azur – où le président joue au tennis et navigue sur un yacht – coûte chaque année 400 000 € au budget de l’État. Dans l’entourage de Macron, on assure qu’il apprécie cet endroit pour pouvoir y allier repos et travail. L’opposition, elle, y voit une stratégie : Brégançon serait pour lui un symbole lui permettant de rester intouchable, tant physiquement que politiquement.

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Mais cet été, ses vacances ont tourné au scandale. Alors que 67 départements français étaient en crise de l’eau et que les pompiers combattaient vaillamment les flammes malgré une pénurie de Canadairs, Macron se baignait dans sa piscine, se détendait en faisant du ski nautique et du surf. C’est d’ailleurs au cours d’une de ces activités que des journalistes l’ont surpris. Dès le lendemain, une photo le montrant, souriant, en short, filant sur un jet-ski au-dessus des vagues, a fait la une de Paris Match.

Les potentiels successeurs du président ont, eux aussi, l’habitude de vacances fastueuses. L’ancien Premier ministre Gabriel Attal avait d’abord promis de ne pas prendre de congés et de mener une campagne électorale active tout l’été. Il ne disparaît certes pas du paysage médiatique : interviews à répétition, rencontres avec des électeurs, déclarations sur de possibles réformes et référendums. Mais le travail n’empêche pas l’ex-macroniste de passer ses journées dans des villas privées du sud de la France. La location de l’une d’elles coûte au moins 15 000 € par semaine. En comparaison, avec un salaire moyen de 2 500 €, il faut épargner au moins six mois pour pouvoir débourser une telle somme. Même l’entourage d’Attal qualifie son choix de « réflexe assez bourgeois ».

Un été à l’italienne

Édouard Philippe, quant à lui, préfère rester discret sur sa vie privée. Il s’est confié brièvement sur ses projets de vacances, affirmant vouloir « se ressourcer » avant la course à l’Élysée et partira avec sa femme et ses trois enfants. Ses vacances idéales ? « Dormir, lire, faire du sport, jouer, et recharger les batteries pour revenir plus fort ». La presse suppose que la famille Philippe est partie en Italie, car le chef d’Horizons est un grand amateur de Sicile et de Toscane.

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Le socialiste Glucksmann, dont le programme politique a d’étonnants accents macronistes, a choisi de s’envoler vers l’un des endroits les plus chers de la Méditerranée : Canari, en Haute-Corse. C’est là que le chef de Place publique possède une résidence familiale qu’il considère comme « son paradis ». Un bien immobilier de ce standing est estimé en moyenne entre 1,5 et 2,5 millions d’euros. Le matin, Glucksmann et sa compagne Léa Salamé se prélassent sur la côte et, le soir, ils reçoivent des amis pour des barbecues arrosés de grands crus.

Macron est visiblement un amateur du faste et de l’apparat des souverains. Au même moment, les Français se débattent contre l’adversité, qu’il s’agisse de catastrophes naturelles ou de difficultés économiques, voire de misère pour certains. Attal, Philippe et Glucksmann, les trois principaux prétendants à sa succession, semblent partager ses goûts et choisissent des lieux inaccessibles à la majorité de leurs concitoyens. S’ils reprennent les rênes du pouvoir, on peut s’attendre à ce qu’ils poursuivent sur la même voie, faisant financer par le contribuable les salaires dispendieux du personnel politique, leurs retraites dorées et toute leur suite… et diminuant à la portion congrue les vacances des Français.

M’en allant promener

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Panneau touristique de Mortefontaine. Photo de Philippe Lacoche

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


La semaine dernière, dans ma chronique Les Dessous chics, j’évoquais Silly-le-Long (Oise ; 1 217 habitants), village où résidait une partie de mes ancêtres. Alors que nous quittions Tremblay-en-France, la Sauvageonne, très respectueuse des valeurs familiales, m’avait incité à m’y rendre, au vu de la proximité géographique. C’est encore elle qui, par une fin d’après-midi ensoleillée, voire caniculaire, m’invita à tourner sur la gauche, alors que rien ne nous obligeait à prendre ce chemin de traverse. Elle venait de contempler un panneau indicateur quand elle s’écria : « Mortefontaine ! Regarde, vieux Yak ! Mortefontaine ! Ça te dit quelque chose ? » Je tentais de m’extraire des tréfonds de mes pensées. Devant mon air ahuri, elle insista : « Mortefontaine, voyons ! Mortefontaine : Nerval ! » Mon sang A+ littéraire ne fit qu’un tour ; ma vieille mémoire aussi.

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Je me revoyais en classe de cours moyen 2e année, attablé dans une salle toute neuve de l’école primaire de la cité Roosevelt, à Tergnier (Aisne ; 13 045 habitants). Nous devions être en 1967, au cœur des bénies Trente Glorieuses. Notre instituteur, M. Jean Jehan, nous invitait à recopier et à apprendre par cœur le poème « Fantaisie » de Gérard de Nerval. Les premiers vers remontaient dans ma grosse tête de Ternois comme de fines bulles d’eau produites par une brème qui fouille la vase du canal de Saint-Quentin, près des écluses de Fargniers (commune associée à Tergnier, Aisne ; 3 212 habitants) : « Il est un air pour qui je donnerais / Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber, / Un air très-vieux, languissant et funèbre, / Qui pour moi seul a des charmes secrets. / Or, chaque fois que je viens à l’entendre, / De deux cents ans mon âme rajeunit : / C’est sous Louis treize ; et je crois voir s’étendre / Un coteau vert, que le couchant jaunit, »

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La Sauvageonne a des lettres ; lui refuser aurait pu briser son petit cœur délicat, tapissé de décasyllabes. Nous bifurquâmes ; notre fiacre, tiré par Yvonne, notre fidèle jument, emprunta une longue route départementale, fine comme une adolescente malnutrie, qu’on eût taillée, creusée plutôt, dans cette forêt rafraîchissante et profonde du Valois « qui pour moi seul a des charmes secrets ». Nous disposions de trop peu de temps pour suivre de manière exhaustive les pas de Gérard de Nerval dans Mortefontaine. Nous fîmes donc confiance aux panneaux historiques et touristiques. Nous nous arrêtâmes d’abord devant celui consacré à son grand-oncle, Antoine Boucher, à qui fut confié le futur poète en 1810, au décès de sa mère. La demeure de celui-ci fut un peu plus tard intégrée au domaine du château.

Nerval garde des lieux et de son enfance d’inoubliables souvenirs. Puis, nous en contemplâmes un autre, non loin du château, qui informe sur la vie du créateur des Filles du feu, puis un autre encore à propos de l’histoire du château. J’imaginais Gérard baguenauder devant l’édifice, aujourd’hui partiellement transformé en hôtel de luxe. Que pouvait-il bien penser ? À qui ? À la comédienne et chanteuse lyrique Jenny Colon, son égérie lorsqu’il revint plus tard, bien plus tard, envahi par la mélancolie, dans son Valois adoré ? Je l’imaginais contemplant « un coteau vert, que le couchant jaunit ».

Qui est le tueur au bigos ?

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Monsieur Nostalgie continue sa saga de l’été consacrée à sa Bédéthèque idéale. Il nous fait découvrir ce dimanche les enquêtes du commissaire Raffini de Rodolphe et Jacques Ferrandez. La première d’entre elles se situe dans un Paris d’après-guerre peuplé de Citroën Traction et d’un mystérieux tueur au « bigos ». La ville a peur…


La noirceur va si bien à Paris. Les rues sont sombres. Les murs suintent d’une étrange atmosphère. La capitale se réveille tout juste d’un long cauchemar. Le bruit des bottes est dans toutes les têtes. Les histoires d’Occupation font toujours la une des journaux. Les hommes refont, peu à peu, surface ; malgré tout, ils tentent de retrouver un semblant d’humanité et d’oublier. Ils sortent, dînent au restaurant et rentrent tard chez eux. Et puis, une série de meurtres sanglants, incompréhensibles, cruels, des griffures « animales » sur le corps des victimes et une croix en guise de signature vont installer la psychose, à la tombée de la nuit.

Paris tremble. Le commissaire Raffini et les inspecteurs Morlaine et Simon se lancent à la recherche de celui qu’ils appellent L’Homme au bigos, premier tome qui sera suivi par « Le Maître de la nuit ». Cette aventure en deux volets est l’œuvre commune du scénariste Rodolphe, que l’on présente ainsi, dans l’édition originale de 1980 aux éditions Les Humanoïdes Associés, collection Métal Hurlant : « fanatique du papier, libraire et auteur d’une biographie de Stevenson ». Jacques Ferrandez, le dessinateur, est quant à lui issu des Arts déco de Nice. Ses hobbies sont les bains de minuit et la confection de pizzas. Le jeune tandem est photographié à côté d’une Traction, modèle utilisé par la Police judiciaire, dans le rabat de la couverture d’une bande dessinée qui valait moins de 30 francs à la FNAC au début des années 1980.

Paris, terrain de chasse du fantastique

Le premier album de Rodolphe et Ferrandez se classe dans une catégorie néo-polardeuse où l’action policière baigne dans une brume fantastique. Le mystère s’épaissit à mesure que l’enquête piétine et que les rêves l’emportent sur la raison des protagonistes. Nous sommes à cheval entre l’enquête académique et une onde méphitique. D’apparence classique, proche d’un Maigret, certes plus agile physiquement et véloce dans ses interpellations, Raffini sonde, comme le héros de Simenon, les cœurs et le passé des victimes. Ce tueur semble inarrêtable. Il se joue de la Police avec une rapidité irréelle. Et pourquoi utilise-t-il une sorte de croc à trois griffes qui défigure les victimes et terrifie l’opinion publique ? L’éditeur classait cette série « entre Judex et Fantômas ». Y aurait-il une société secrète du bigos ?

Raffini, limier en chef, imper de circonstance et galurin d’époque, semble totalement perturbé par cette violence : il en perd même le sommeil. Zéro mobile. Des victimes choisies au hasard. La cruauté du geste. Aucune logique. Le mal serait-il de retour ? L’assassin a-t-il déjà tué par le passé ? C’est là que le spécialiste des archives, Gérard Mevel, trouve une concordance dans une vieille affaire paysanne datant de 1926 et se déroulant à Montbaziac, dans l’Aveyron. « Une dizaine de personnes y ont laissé leur peau. Sans parler de fermes incendiées et des histoires de bétail », dit-il à Raffini. « Quel rapport avec notre affaire ? » s’impatiente le flic. « Il y a l’arme […] Figure-toi que tous les meurtres ont été commis avec la même arme… un outil de sarclage. Une espèce de croc à deux dents… que les paysans de Montbaziac appellent bigos. Oui, je sais que tu t’occupes davantage de tridents, mais que veux-tu, les traditions se perdent. Il y a peut-être maintenant des bigos à trois dents », répond-il, satisfait du trouble jeté.

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Rodolphe et Ferrandez collaboreront encore sur deux autres affaires sordides, Villa ténèbre et Martin squelette, puis, à partir d’Étrangère au paradis, la série sera toujours signée au scénario par Rodolphe, mais le dessin incombera désormais à Christian Maucler. L’Homme au bigos est notre mauvaise conscience, celle qui hante tous les autres hommes. C’est pourquoi on se souvient encore longtemps de lui et de cette couverture souple dans notre bibliothèque : l’ombre du tueur planant au-dessus d’un immeuble haussmannien et cette Traction, phares allumés, qui nous indiquent que les loups sont toujours dans Paris.

L’Homme au bigos, Jacques Ferrandez et Rodolphe, Les Humanoïdes Associés, 1980, 48 pages.

Mon bilan provisoire d’une guerre

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Marche nationale pour la Palestine, Londres. 18/07/2026. Thomas Krych/ZUMA/SIPA

Le Hamas, pas plus que le régime iranien, ne croit pas avoir perdu la guerre mais prépare la suite. En Occident, par contre, on baisse les bras, on se laisse même suicider, avec un sentiment de culpabilité pour des actes dont on nous accuse mais qu’on a oubliés.


« Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples ». Charles De Gaulle, Mémoires.

Cela a commencé dans la poussière de Jéricho, dans l’odeur âcre des pneus brûlés et des figues trop mûres. Comme toujours, le mal arrive en sandales, le front ceint d’une cause sacrée. Les Palestiniens — ces héros d’un théâtre antique où le sang des enfants fait office de chœur — sont devenus l’étendard bariolé des damnés de la terre, contre l’homme blanc, contre le pouvoir, contre les murs peints à la chaux des ambassades occidentales.

À Istanbul, Mein Kampf se vend comme des loukoums. Au Caire, les Protocoles se lisent entre deux versets. Hitler n’est pas mort : il a changé d’uniforme. Il porte désormais la barbe de l’indigné, les baskets du militant, il brandit la fronde du résistant. La vieille musique du complot juif a été remixée à la sauce postcoloniale. À Tel Aviv, dit-on, les juifs trament la domination du monde comme on manigance une recette ancienne dans une cuisine familiale.

Mais voilà : Hitler vit aussi dans les slogans progressistes. Dans cette dialectique inversée où le Blanc est toujours coupable, où l’oppresseur est défini par sa naissance. Ce n’est plus la race aryenne qui règne, mais l’anti-race : celle du juste persécuté qui rêve, lui aussi, d’un Reich. D’un empire sans juifs, sans colons, sans Occidentaux. Une utopie purgée par le feu.

À Minneapolis, un homme meurt, genou sur la gorge. À Ramallah, un autre jette des pierres sous les drones. L’image est belle. Elle plaît. Les foules européennes s’enflamment. George Floyd devient Spartacus, Ahed Tamimi l’enfant-soldat d’une guerre sainte. La nuance est morte dans les couloirs d’Instagram.

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Mais il faut le dire : les génocidaires d’hier ont toujours su raconter des histoires. De belles fables. Les Jacobins et leurs suspects, les nazis et leur double hydre juive, les Hutus et leurs Tutsis à longue mémoire. Le secret est simple : désigner l’ennemi. Lui donner un nom, un visage, un fantasme. Ensuite, le peuple fait le reste, avec sa bave et ses couteaux.

L’ennemi d’aujourd’hui ? C’est Israël. C’est l’Occident. C’est l’homme blanc, patriarcal, fort d’un pouvoir qu’il n’assume même plus. Et surtout, surtout, c’est l’autorité qui doute, qui s’excuse, qui cherche à plaire. Le père faible. Le roi nu.

Dans les écoles européennes, on a remplacé le bâton par la parole douce. Les enfants ont grandi sans peur, mais non sans rage. Car l’autorité molle, cela ne se respecte pas : cela se crucifie. L’Amérique du Vietnam. Israël de 1967. L’Europe des bien-pensants. Tous sont devenus les croix de substitution d’une génération qui hait ses pères comme on hait un dieu absent.

Alors la diabolisation est là, comme une brume. Elle rampe dans les amphithéâtres, dans les rédactions, dans les dîners d’amis. Israël est un monstre. L’Amérique est une machine à tuer. La France est un reliquat colonial. Le Juif, s’il est puissant, est suspect. S’il est victime, il est sanctifié. Mais seulement dans le passé.

Pourquoi ce masque de compassion pour les morts, et ce masque de haine pour les vivants ?

Parce que cette génération ne veut pas être complice. Elle ne veut pas hériter. Elle ne veut pas transmettre. Elle veut brûler la maison et danser dans les cendres, en hurlant : « Plus jamais ça ! », sans savoir ce que fut vraiment, ce ça.

Et dans le monde arabe ? Aucune repentance. Pas d’examen de conscience. Le passé est une blessure offerte à la caméra. Le présent, une attente mystique. Un rêve de retour. Une clé rouillée conservée dans un tiroir depuis 1948, comme un talisman d’un monde jamais advenu.

Le reste du monde a changé de maison. Les Grecs ont quitté l’Anatolie. Les Allemands ont fui la Prusse. Les Indiens et les Pakistanais ont échangé leurs dieux à coups de machette. Mais les Palestiniens gardent leurs ruines comme on garde une promesse de vengeance.

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Et pourtant, les villes palestiniennes brillent plus que les campagnes du Nil. Les check-points sont des blessures, oui, mais aussi des sas vers un monde que l’on envie en silence. On hait ce que l’on désire. On insulte ce que l’on n’égale pas.

Et aujourd’hui Gaza saigne. Gaza n’est même plus seulement une ville assiégée : elle est un amas de murs ouverts, de maisons éventrées, de rues rendues à la poussière, un territoire où les vivants marchent au milieu de ce qui fut leur vie. Elle saigne dans les ruelles effondrées de Jabaliya ou de Khan Younès, mais aussi dans les cœurs occidentaux, devenus théâtre d’un nouveau Golgotha. Chaque immeuble effondré est un psaume hurlé à la face d’un monde trop rassasié pour pleurer. Dans les facultés d’Harvard, dans les rues de Paris, à Berlin, à Londres, Gaza est devenue le Graal inversé : une cause sacrée portée par des enfants qui confondent la justice avec le feu, la liberté avec l’effacement. Une ville ravagée, mais dans l’imaginaire, une Jérusalem profanée par l’envahisseur juif. À New York, on érige des tentes pour protester ; à Rafah, on creuse des fosses pour enterrer les rêves. Mais qu’importe : le mythe est plus fort que les morts.

Car au milieu de ces ruines, le Hamas n’est pas mort. Il compte ses chefs disparus, remplace les morts par les vivants, recrute dans les familles décimées, parmi les hommes qui n’ont plus de maison et les adolescents auxquels il ne reste parfois que la vengeance pour horizon. Il prépare déjà les soldats de la prochaine guerre, adultes ou enfants, offrant aux uns un fusil, aux autres une image de martyr, à tous cette certitude empoisonnée que mourir vaut mieux que vivre dans un monde imparfait. Ainsi le désastre devient sa pépinière, le deuil sa propagande, l’orphelin sa recrue future. Gaza détruite ne signifie pas Gaza délivrée. Le Hamas sait faire de ses défaites militaires des victoires mythologiques et transformer chaque pierre fracassée en argument pour recommencer.

La guerre à Gaza n’est plus un événement, elle est un miroir : l’Occident s’y regarde et ne voit que ses péchés. Alors il s’autoflagelle, supplie d’être puni, et bénit ceux qui crient le plus fort. Peu importe que le Hamas cache ses fusées dans les écoles. Peu importe que les boucliers humains soient une stratégie. Peu importe qu’au milieu des décombres il entretienne la relève, qu’il instruise les enfants non dans la connaissance de ce qui fut perdu, mais dans la haine de ceux qu’il faudra tuer. Ce que l’âme culpabilisée veut, c’est un bourreau. Et Israël est parfait pour ce rôle.

Plus loin, l’Iran brûle. Le pays des mollahs a connu les explosions, les bombardements, les funérailles de ses maîtres, les colonnes de fumée au-dessus de ses installations et la peur jusque dans les sanctuaires du régime. Son empire clandestin s’est fissuré, ses lieutenants ont été abattus, ses routes d’armes coupées, ses affidés affaiblis, parfois réduits à survivre dans leurs propres ruines. Mais le régime respire encore. Il est blessé, non converti ; humilié, non repenti. Il attend, reconstitue, dissimule, promet à ses fidèles que le temps travaille pour lui.

L’Iran des mollahs est en feu, mais il est toujours vivant, et les puissances blessées sont parfois les plus dangereuses, parce qu’elles ne rêvent plus de victoire immédiate mais de vengeance différée. Téhéran n’a peut-être plus la même maîtrise sur ses légions, mais il lui reste des armes, des réseaux, des ingénieurs, des prédicateurs et cette patience des idéologies qui savent attendre une génération. Il pourra encore donner d’autres feux verts à ses promis, à ses milices, à ses martyrs professionnels, leur souffler qu’une frontière doit s’embraser, qu’un navire doit brûler, qu’une ville israélienne doit entendre de nouveau les sirènes. Les foyers ont été frappés ; les braises demeurent.

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Reste la grande question : la raison vaincra-t-elle la passion ? Je souris en l’écrivant. Car je sais que les passions sont les seules reines légitimes de l’Histoire. La haine est un opéra, et les peuples adorent les tragédies. L’Occident, lui, se suicide à petits feux. Non par grandeur, mais par culpabilité. Il veut expier, mais ne sait plus pourquoi.

Et pendant ce temps, les vrais cyniques avancent, parfois kalachnikov à l’épaule, parfois cachés sous les décombres, parfois assis dans un palais encore fumant, Coran ou torche à la main, persuadés que l’Histoire leur appartient. Ils perdent des villes, des chefs, des arsenaux ; ils ne perdent pas leur foi dans la faiblesse de leurs ennemis. Ils savent que les démocraties se fatiguent, que les images effacent les causes, que les morts d’aujourd’hui feront oublier les crimes d’hier, et que l’enfant recruté dans les ruines sera demain présenté au monde comme un résistant né de la terre elle-même.

Peut-être ont-ils raison.

Édouard Philippe, naturellement candidat mais pas candidat naturel !

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Edouard Philippe à Mayotte. 21/08/2026. LEO VIGNAL/SIPA

Pour préparer l’élection présidentielle de 2027, la gauche va organiser une primaire. La droite devrait faire de même afin de produire un candidat convaincant et confiant. Mais celui qui bloque ce processus pour l’instant, c’est Edouard Philippe, le même qui avait abandonné sa famille politique en devenant le Premier ministre de Macron.


Le ministre Gérald Darmanin vient de se rallier à la candidature d’Édouard Philippe et il n’a surpris personne, sauf ceux qui étaient sûrs de le voir concourir sous ses propres couleurs, mélangeant droite populaire et sociale (Le Figaro).

Depuis que, pour Horizons, l’ancien Premier ministre s’est projeté à sa manière dans la campagne présidentielle et qu’il est apparu longtemps comme la seule personnalité du camp macroniste à pouvoir être présente au second tour et battre Marine Le Pen, je continue à ressentir comme un grippage, malgré les vents favorables qui lui permettent d’accumuler des soutiens de poids. S’il est naturellement candidat, je ne le ressens pas comme un candidat naturel !

Pourtant, il ne lésine pas sur les preuves d’amour à l’égard d’une famille de droite, qui était la sienne, au moins façon Juppé, mais qu’il a désertée sous l’effet conjugué de son ambition et de la séduction du Macron de 2017.

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Mais on n’oublie pas que, Premier ministre, s’il a été pédagogue et modeste avec la Covid, il n’a pas été exempt de comportements qui n’ont pas permis de le considérer comme un homme de courage et d’autorité. À valider et à légitimer par principe.

On en est loin aujourd’hui et je n’aime pas la leçon que semblent vouloir donner les socialistes puisqu’apparemment ils vont réussir à organiser une primaire, Raphaël Glucksmann ayant l’intention de se déclarer officiellement le 23 août et d’y participer avec quelques autres (Le Figaro).

C’est un exemple qui devrait être suivi à droite. Je connais la constance et l’intégrité d’un Bruno Retailleau, sa sincérité aussi. Mais il est évident que, si le futur ne correspondait pas à ses espérances, il ne serait pas suicidaire et s’accorderait avec l’obligation d’avoir un seul candidat pour le camp conservateur.

Plutôt que de se rallier à Édouard Philippe, ce qui n’aurait aucun sens et représenterait à la fois une transgression intellectuelle, politique et régalienne, il vaudrait mille fois mieux organiser une primaire où on ne serait pas obligé d’intégrer Éric Zemmour, qui ne déteste pas, par ailleurs, faire bande à part. David Lisnard en serait. Gabriel Attal aussi. Xavier Bertrand s’y opposerait mais, abandonné à lui-même, il n’aurait aucune chance.

En réalité, celui qui, depuis le début, bloque ce processus de la primaire est Édouard Philippe. Il ne pourra empêcher ceux qui aspirent au retour d’une droite vigoureuse et fidèle à ses engagements de regretter qu’on prétende leur imposer Édouard Philippe au motif qu’il serait, paraît-il, le seul à pouvoir vaincre le RN.

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Il n’y aurait rien de mieux qu’une primaire pour susciter un choc de confiance. Celui qui surgirait victorieux de cette compétition parfaitement démocratique dans son essence aurait une légitimité, un soutien sans faille, l’aval du peuple de droite.

Quelle allure cela aurait et comme il serait gratifiant d’opposer au gourou Mélenchon et à la primaire socialiste une alternative irréprochable, exemplaire, comme un prélude à une victoire toujours possible en 2027 !

Dans une telle joute, Bruno Retailleau l’emporterait peut-être et Édouard Philippe serait sans doute battu. Mais peu importe. Le vainqueur, quel qu’il soit, deviendrait alors un candidat naturel !

Édouard Philippe veut nous priver d’une authentique respiration démocratique. Pourquoi donc ?

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L’appel du 24 juillet 1967 du président français Charles de Gaulle

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Charles de Gaulle fait un discours du balcon de l'hôtel de ville de Montréal, Québec. 25/7/1967. AP/SIPA

En France, il y eut Charles de Gaulle le général et il y eut l’homme d’État, président de la république. Pour les Québécois, il y eut Charles de Gaulle, héros politique du Québec. En criant « Vive le Québec libre ! » à Montréal, De Gaulle resserra les liens entre les francophones de France et ceux d’outre-Atlantique, au risque de froisser le gouvernement canadien.


Dans le cadre de l’exposition universelle de 1967 à Montréal, Charles de Gaulle accepta l’invitation du Premier ministre québécois après avoir refusé celle du Canada dans le cadre du centenaire de la fédération canadienne fondée en 1867.

Symboliquement, de Gaulle choisit de faire la traversée de l’Atlantique à bord du navire le Colbert et d’arriver à Québec le 23 juillet 1967. Le 24 juillet, il choisit, aussi symboliquement, de faire le trajet de Québec à Montréal en voiture en empruntant le chemin du Roy, en s’arrêtant dans différentes villes, en saluant tout au long de sa route les centaines de milliers de Québécois qui affichaient les couleurs de la France et la fleur de lys en chantant La Marseillaise, avant d’atteindre sa destination : l’hôtel de ville de Montréal.

La déclaration du balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal

Les dizaines de milliers de Québécois venus l’accueillir manifestèrent bruyamment lorsque de Gaulle apparut au balcon de l’hôtel de ville. Soulevé par cet enthousiasme, de Gaulle sentit une responsabilité de ne pas les décevoir :

« Je vais vous confier un secret que vous ne répéterez pas : ce soir ici, et tout au long de ma route, je me suis trouvé dans une atmosphère du même genre que celle de la Libération.

C’est pourquoi je me permets de vous dire : Vive Montréal ! Vive le Québec ! Vive le Québec libre ! Vive le Canada français ! Et Vive la France ! »

La réaction diplomatique

Cette déclaration créa un choc diplomatique. Le gouvernement canadien accusa de Gaulle de s’ingérer dans les affaires intérieures du Canada. Le Premier ministre canadien annula sa rencontre avec de Gaulle et celui-ci écourta son voyage sans effectuer la visite officielle prévue à Ottawa.

En France, la déclaration suscita un débat. Certains applaudirent le geste, alors que d’autres le jugèrent imprudent dans le cadre des relations avec le Canada.

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Tout laisse croire que la déclaration n’était pas improvisée. Dans une conférence de presse du 23 novembre 1967 à l’Élysée, de Gaulle fit un long exposé sur ces Français qui avaient franchi l’Atlantique pour fonder la Nouvelle-France et qui « par un miracle de vitalité » étaient devenus plus de 6 millions. De Gaulle croyait profondément que la France avait la responsabilité d’accompagner ces Français du Canada abandonnés sous Louis XV à s’affranchir de la domination britannique afin d’éviter l’assimilation et d’aspirer à une émancipation.

Sans officiellement reconnaître l’indépendance du Québec, la France développa par la suite une relation privilégiée avec le Québec résumée dans la formule de « non-ingérence, non-indifférence ».

Les liens historiques

Pour de Gaulle, cette déclaration prit la forme d’un Appel du 24 juillet 1967.  Elle appelait les Français à se libérer du joug britannique. Elle visait le rassemblement de tous les Français des deux côtés de l’Atlantique.

Ce rassemblement souhaité avait débuté dès les années 1960 sous son impulsion afin d’accompagner les Québécois dans la construction d’un État français en Amérique. 

Malgré l’abandon des Français du Canada aux Britanniques en 1763, les liens entre la France et les Québécois ne furent jamais rompus. Les XVIIIe et XIXe siècles permirent à plusieurs Canadiens-français d’être formés en France et de ramener au Québec une expertise et des idées républicaines. Ce fut l’émergence d’une élite consciente de ses origines latines et françaises.

Dans sa déclaration, de Gaulle voulait réparer cet abandon et effacer cette erreur historique.

L’impact de cette déclaration

Cette déclaration donna un puissant élan aux mouvements souverainistes québécois. À une époque où la Révolution tranquille transformait profondément la société québécoise, les paroles de de Gaulle renforcèrent le sentiment de confiance collective et l’idée que le Québec pouvait aspirer à une société française en Amérique.

L’année suivante fut fondée le Parti Québécois qui accéda pouvoir en 1976 : l’article premier de son programme était le détachement politique du Canada.

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Le « Vive le Québec libre » est devenu la phrase la plus célèbre de l’histoire du Québec. Aujourd’hui encore, elle demeure un symbole puissant de la volonté de certains Québécois de s’affranchir de la domination anglo-saxonne canadienne.

Cette déclaration propulsa le Québec sur la scène internationale et constitua un éveil sur l’existence d’un peuple français en Amérique. Elle donna lieu à une reconnaissance internationale. 

Le 24 juillet 1967, Charles de Gaulle entrait dans la légende en devenant un héros politique du Québec !

Le 24 juillet 2027, le Québec commémorera le 60e anniversaire de la Déclaration de Charles de Gaulle.

La page blanche est-elle raciste ?

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La statue de Jupiter. 07/04/2003. YLI/SIPA

De la « chromophobie » et autres délires en histoire de l’art et en politique.


On sait, de source littéraire et scientifique, que les temples grecs, avec leurs statues, étaient polychromes. C’est par les couleurs que se faisait la médiation avec les dieux. Et puis le temps – intempéries et histoire – a détruit les couleurs. Des statues, nous n’avons souvent gardé que des copies romaines de plâtre blanc. D’où cette idée véhiculée par Arte, il y a cinq ans, et martelée depuis par l’air du temps, du fantasme d’une Grèce blanche alors qu’elle serait métissée comme tous les autres pays, ce dont témoignent aussi l’art ottoman ainsi que l’art chrétien du Moyen Age. C’est au XVIIe siècle, sous l’influence du classicisme, que se serait imposé cet idéal moral de nudité, de blancheur et de pureté. Avec Gobineau (1853) et sa théorie des races. Avec Mussolini et Hitler. L’idéologie nazie aurait imposé la suprématie de l’homme blanc avec son sanglot.

Du mythe de cette Grèce et de cette Europe blanche, on est passé à une idéologie, occultée puis « décomplexée », dans les mœurs, la pensée, en art et dans notre langue. Héritiers des Romains avec leur morale de plâtre blanc, nous serions des Occidentaux chromophobes, dont la « chromophobie » aurait sa source dans notre racialisme : le sentiment de la supériorité de la race blanche. 

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En pensant aux « métamorphoses du temps qui construit notre musée imaginaire », nous pourrions dire que, si nous avons aimé les temples dans leur nudité, c’est que nous étions sensibles à la beauté exceptionnelle de leurs proportions liées à la recherche du nombre d’or. Quant aux couleurs qui ne sont plus, quelle frustration, car il est impossible que les Grecs aient sculpté admirablement sans peindre merveilleusement. Les peintures antiques n’ont pas livré leurs secrets, pas plus que le bleu de Delft, le rouge de Soutine. De toute manière, si les Korès ioniennes étaient rousses, ce n’est pas pour autant que la France est vouée au métissage.

Même chose pour l’art roman. Si les églises romanes étaient peintes par endroits et les vitraux colorés ainsi que certaines statues, les représentations de saints noirs ne sont pas rares dans l’art chrétien : saint Maurice, par exemple, originaire d’Égypte et officier romain, est représenté avec un visage noir. Quant aux Vierges noires, elles sont nombreuses en France, représentées tenant leur enfant devant elles, comme des mères kangourou. Sans doute pour répondre à la bien-aimée du Cantique des Cantiques : « Je suis noire et pourtant belle, filles de Jérusalem… »

C’est avec la dénonciation obsédante de la colonisation que le racialisme est devenu cette idéologie qui ravage l’Europe et dresse les Français les uns contre les autres. On se souvient que la pièce d’Eschyle, Les Suppliantes, avait été interdite de représentation, à la Sorbonne, le 28 avril 2019, par le CRAN et la LDNA, au prétexte d’être « afrophobe, colonialiste et raciste » en raison des masques du théâtre antique ressemblant aux black-face. De nos jours, la tendance, dans les opéras, est d’imposer autant d’artistes noirs que de blancs. On n’a pas encore débaptisé les notes mais ça viendra ! Pas si vite, quand même, car une blanche, dans le solfège universel, « vaut deux noires ».

Il y a peu, on appelait racisme antiblanc « leucophobie », la haine irrationnelle du blanc. A présent, le « racisme antiblanc » est bel et bien reconnu en tant que tel. Une chromophobie d’un genre bien particulier. Une question se pose alors : Mélenchon, « tout blanc tout moche », qui attend de ses vœux la créolisation de notre langue pour un nouveau peuple français métissé ne serait-il pas tout simplement chromophobe ?

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La chromophobie en tant que pathologie n’est pas attestée. Pour l’historien des couleurs, elle concerne surtout, au moment de la Réforme, l’opposition entre prélats catholiques et protestants. Est-ce d’une « leucophobie » (peur du blanc) que proviendrait la peur de la page blanche, appelée en psychologie positive « leucosélidophobie», et qui ne concerne pas uniquement les écrivains,  qu’ils soient de peau blanche ou noire ? Sur ce sujet on peut consulter un site comme celui d’Emeline Lefèvre, anthropologue, « spécialiste des peurs et des phobies collectives », et qui s’inspire des travaux de Jung et de Mircea Eliade.

Ionesco, cité par Bock-Côté dans le JDNews du 29 juillet, écrivait dans Antidotes que l’on pouvait affirmer que « la mauvaise foi était une forme idéologique de la démence ». Si l’idéologie régnante consiste à déblanchiser l’ordre mondial, une question, en tout cas, demeure, qui mérite d’être posée : la page blanche est-elle raciste ? 

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