Cette semaine, notre Picard favori et sa Sauvageonne sont en goguette dans la capitale…
Encore une (excellente) idée de ma Sauvageonne. Nous étions à Paris. « Vieux Yak ! Et si nous allions visiter le Musée d’art moderne ? » m’interpela-t-elle en secouant ses adorables plumes blondes et ébouriffées. « Ce que femme veut, Dieu le veut », songeai-je, tel Alexandre Dumas chapitrant La Reine Margot. Nous fonçâmes vers l’avenue du Président Wilson. Pourtant dotée d’un indéniable talent de peintre, la Sauvageonne, humble, est toujours prête à apprendre, à contempler d’autres expressions, d’autres créations pour irriguer le champ de sa propre inspiration. (Ces derniers temps, il y pousse de belles fleurs maritimes.) Nous nous régalâmes de notre visite. (En fait, nous nous régalâmes toute la journée ; nous l’allons montrer tout à l’heure.) Nous commençâmes par la salle Raoul-Dufy, superbe, avec ses quelque 250 panneaux consacrés à la modernité et à l’électricité. Puis, nous baguenaudâmes à notre rythme, souvent ensemble, parfois pas, car, confession en ce dernier jour de 2025, bien que très épris l’un de l’autre, la Sauvageonne et moi n’avons pas toujours les mêmes goûts picturaux. J’ai adoré les œuvres d’Henri Matisse, de Robert Delaunay (je ne pus m’empêcher de songer aux quelques lignes que Blaise Cendrars, dans les tranchées, lui avait écrites le 1er septembre 1915 sur un paquet de cigarettes), de Fernand Léger, de Georges Braque, d’Annette Messager (Les Interdictions en 2014), de Maurice de Vlaminck (sublime Bords de Seine, vers 1911 et ses bleus émouvants et si frais), de Marcel Gromaire (La Guerre, de 1925, avec ses Poilus aux visages métalliques et fermés), de Pierre Bonnard, de Lionel Sabatté (dont Le Tissu, réalisée à partir de peaux mortes collectées auprès de podologues, « rassemble en une seule entité d’innombrables fragments de corps différents », indique le panneau explicatif ; rarement nous avons autant ri devant une œuvre à la fois répugnante et originale).
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En dehors de la toile en peaux de pieds, cette visite nous avait donné faim. Je me devais de calmer les ardeurs gustatives de ma Sauvageonne qui réclamait une auberge. La chance était de notre côté : du haut de l’escalier éponyme, j’aperçus la devanture des Marches (5, rue de la Manutention ; 01 47 23 52 80), restaurant équipé du logo tricolore LES ROUTIERS qui sentait si bon la France. Nous y courûmes ; l’établissement était plein comme un œuf mayonnaise (qui, du reste, figure au menu au prix de 6,50 €). Le menu, parlons-en ; il eût pu faire s’évanouir de plaisir ce gastronome de Kléber Haedens : escargots en coquilles, œufs pochés aux morilles, filet de bœuf sauce béarnaise, blanquette de veau à l’ancienne (22,50 €), rognons sauce dijonnaise, quenelles de brochet sauce Nantua, etc. J’en passe et des meilleurs. La Sauvageonne opta pour le filet de bœuf ; moi – après une longue hésitation du fait de ma passion pour la blanquette de veau-, pour le bœuf bourguignon (22,50 €) qui me fit mijoter dans un bonheur indicible. Bref, « Les Marches, c’est la France comme on l’aime », eût pu dire ce regretté et monarchiste de Kléber. Après la mousse au chocolat, n’en tenant plus, je fis appeler le chef pour le féliciter et le remercier pour ces instants de grâce. Ce fut ainsi que nous fîmes la connaissance de Pierre Sallée, titulaire d’un CAP et d’un bac pro cuisine, passé chez les grands chefs et grands restaurants : Jean-Paul Lacombe, Laurent Bouvier, brasserie Bocuse, à Lyon, etc. Auparavant basé à Annonay, en Ardèche, Pierre Sallée a eu la délicatesse de suivre son épouse à Paris et œuvre aujourd’hui aux Marches. Pierre Sallée : un artiste. Une adresse inoubliable.


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