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Téhéran: bagatelle pour un massacre

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Pour l’extrême gauche, les manifestants massacrés en Iran sont des morts mal alignées


Quand un régime abat des milliers de ses propres citoyens en quelques jours – 12000, disait-on récemment, chiffre glaçant s’il est exact – le débat devrait être clos. On ne parle plus de tensions, de débordements ou de maintien de l’ordre. On parle alors de massacre de masse.

Sauf lorsqu’il s’agit de la République islamique d’Iran et des assassins qui la dirigent. Là, soudain, les mots se dérobent, les indignations aussi, et les professionnels de la colère prennent des congés idéologiques. Aucun drapeau brûlé, personne place de la République, aucune marche “spontanée”. Silence (presque) total, soigneusement entretenu, rompu parfois par des déclarations du bout des lèvres.

Où sont les Rima Hassan, Aymeric Caron, Mathilde Panot, Louis Boyard, Daniele Obono, David Guiraud, Manuel Bompard, Sébastien Delogu, Thomas Portes et autres députés maniaques de “Free Palestine“ si prompts à hurler au “génocide”, à exiger des sanctions, à invectiver et désigner des coupables commodes ? Cette fois, rien, ou si peu. Et surtout aucune manif dans les rues, aucune assemblée dans les facs, aucune protestation de jeunes militants dopés à l’antiracisme devant l’ambassade.

Pourquoi ? Parce que ces morts-là sont mal alignées. Le bourreau est un régime théocratique totalitaire, misogyne, pendu à ses potences, qui torture, viole et exécute à tour de bras – c’est sûrement affreux. Mais ce régime-là a l’immense vertu d’être anti-occidental. Même si les hiérarques envoient leurs rejetons dans les universités américaines, cela suffit à suspendre toute morale.

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Les victimes, elles, cumulent les fautes : elles sont iraniennes, réclament la liberté, enlèvent leur voile, ne conspuent ni Washington ni Tel Aviv, et accusent leurs propres tyrans nationaux. Elles ne servent aucun récit compatible avec l’idéologie préformatée de nos bons députés. Elles sont donc inexploitables.

Alors on détourne le regard, on réserve les grands mots aux causes plus confortables, plus médiatiques, plus utiles politiquement. Ici, on contextualise, on relativise, on explique. On se tait.

Étrange époque où le mot “génocide” est devenu un accessoire militant, mais où l’on rechigne à nommer des crimes contre l’humanité estampillés islamiques, qui dérangent la grille de lecture. Ce silence n’est pas une distraction, c’est un choix. Toutes les victimes ne méritent pas la même indignation. Certaines ont droit aux cortèges, d’autres à l’oubli.

Bagatelle pour un massacre, dira-t-on, sur le mode de l’ironie cruelle, donc. Non parce que les crimes des mollahs et de leur soldatesque, corrompus jusqu’à la moelle, seraient mineurs, mais parce qu’ils sont traités comme une affaire secondaire, une note de bas de page, un bruit de fond.

Quand le massacre ne sert pas la cause, il ne compte pas. En Iran, on tue mal et les victimes ne rapportent rien. Alors, à quoi bon les pleurer ?

Fièvre sportive, fièvre des peuples

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Le Sénégal et le Maroc s’affronteront en finale de la CAN dimanche soir à 20 heures.


Le football est l’opium du peuple. Mais, cette drogue est tellement forte et le peuple tellement obstiné qu’il convient de baisser les armes et d’essayer d’en faire quelque chose d’utile.

Une belle vitrine pour le Maroc

Le Maroc réussit sa CAN. Organisation impeccable, de l’aveu des visiteurs et des journalistes spécialisés. Stades et infrastructures qui sentent le neuf. Sécurité et hospitalité dans la grande tradition de l’accueil marocain.

Il se peut que le Maroc l’emporte. Ce serait une excellente nouvelle pour le moral des Marocains, déjà raffermi par une pluviométrie abondante. La baraka serait de retour après des années de sécheresse et de stress hydrique.

Dans ce flot de bonnes nouvelles, il y a des réalités qui ont la vie dure.

La trêve entre le Maroc et l’Algérie n’a pas tenu. A leur arrivée au Royaume Chérifien, les supporteurs algériens (dont les binationaux franco-algériens) ont juré leur attachement à la fraternité (en chantant khawa ! khawa !). Ils ont été nombreux à témoigner d’une excellente interaction avec les citoyens marocains. Il a fallu quelques minutes de jeu pour que cette concorde vole en éclats et cède la place à une sorte d’hystérie. On a vu des supporteurs uriner dans les stades, d’autres déchirer des billets de banque face caméra, d’autres se battre avec les agents de sécurité… Le tout dans une ambiance de délire collectif, à la fois triste et agressif. On avait envie plus de les plaindre que de les punir. Quelque chose de l’épidémie dansante qui a saisi Strasbourg en 1518 a envahi les âmes de ces pauvres diables. A croire que l’âme algérienne est malade, mentalement malade. Qui l’a rendu malade ? Six décennies de dictature, des lustres de haine de la France et d’oubli de soi ? Il s’agit d’un cas clinique.

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Le peuple algérien vaut mieux que les fous et les égarés qui se sont ridiculisés au Maroc durant la CAN. Il lui revient de se soigner lui-même, personne ne le fera à sa place. C’est le travail dévolu aux intellectuels et aux religieux. La tâche principale de ces deux collectifs devrait être la restauration de l’âme algérienne. Les intellectuels manipulent la raison, les religieux manipulent la foi, avec ces deux puissances il est possible et nécessaire de ramener le torrent à son lit. Je serais poète algérien, je composerais une ode au contrôle de soi. Je serais imam algérien, j’émettrais une fatwa contre les adultes qui versent des larmes et se roulent par terre pour un match de foot.

Une oumma désordonnée

Côté français, il convient de reconnaître qu’il n’existe pas d’union entre les Arabes et les musulmans. Maroc et Algérie sont au bord de la guerre. Mais, l’idée d’une oumma islamique contamine les esprits, à droite en particulier, alors qu’une des rares bonnes nouvelles en provenance du sud de la Méditerranée est qu’il n’y a pas de front uni face à l’Occident. C’est le chacun pour soi. Le Maroc vs l’Algérie. Le Qatar vs l’Arabie. Les Emirats Arabes Unis vs l’Arabie. Et la liste des rivalités plus ou moins explosives est très longue.

Le Maghrébin n’existe nulle part, sauf en France. Les Français ont accompli le miracle de l’union maghrébine, amenant Marocains, Tunisiens et Algériens à se sentir Maghrébins. Dans leur nouvelle identité, ils se sentent réticents à la France et abonnés à la victimisation. Belle prouesse à mettre au compte de l’Education nationale.

S’il y a une guerre demain entre Rabat et Alger, la paix sera probablement négociée à Saint-Denis…

Côté marocain, il n’est pas sûr non plus que toutes les leçons de la CAN soient retenues. Les élites vont se gargariser de l’organisation, du nombre de touristes etc. Si le Maroc l’emporte, elles vont s’attribuer la victoire comme si le foot était une mission officielle de l’Etat, inscrite dans la Constitution. Pourquoi pas, c’est de bonne guerre, tout le monde fait pareil.

Constats plus cruels

Mais, si le Maroc joue si bien au foot, c’est qu’il a su trouver les bons cadres techniques et les bons joueurs.  Pourquoi réussit-il à le faire au foot et pas dans d’autres secteurs, autrement plus sérieux et stratégiques comme l’Education ou la Santé ?

Il y a quelque chose de cruel à édifier des stades de foot en douze mois alors que les hôpitaux attendent leur sauveur depuis des années. Il y a quelque chose de très violent à refaire les trottoirs d’une ville entière pour les besoins d’un match de foot alors que les victimes du séisme de Marrakech attendent toujours, nous dit-on, un logement définitif.

Les élites semblent avoir choisi leur voie. Et elle n’est pas inclusive. C’est un fait. Est-elle efficace au moins ? L’on peut en douter car l’émergence économique n’est toujours pas au rendez-vous. Les observateurs sérieux le savent très bien, les touristes et les journalistes superficiels l’ignorent car ils confondent un aéroport flambant neuf avec le développement économique.

L’époque est violente. L’actualité des relations internationales nous le rappelle tous les jours. La douceur est en retrait, les forts s’imposent et imposent leurs priorités. Le foot vient avant tout.

Curieusement, alors qu’il n’y a jamais eu autant de femmes dans la politique et le monde des affaires marocain, il n’a jamais été aussi masculin c’est-à-dire dur et sans pitié. Malheur aux vaincus.

Mon père, le Maroc et moi: Une chronique contemporaine

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Charline et le mystère du cordon sanitaire disparu

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Charline Vanhoenacker, c’est la gauche « culturelle » la plus arrogante et la plus bête du monde ! Si la plupart de ses petits camarades d’autrefois ont rejoint la très islamo-gauchiste Radio Nova à la rentrée, la présentatrice des « René du cinéma » belges continue de proposer chez nous ses chroniques lourdingues et ses chansons stupides sur France inter.


Elle est progressiste, écolo, de gauche. Elle officie sur une radio publique qui, ça tombe bien, est progressiste, écolo, de gauche. Belge, elle est rémunérée avec l’argent de tous les contribuables français, y compris ceux qu’elle invective régulièrement. Le 15 décembre dernier, le museau plus fouineur et l’humeur plus vipérine que jamais, Charline Vanhoenacker était interviouwée par un dénommé Loup Espargilière pour le média Vert1. D’habitude, l’humoriste subventionnée essaie d’être drôle et n’y parvient pas. Ce jour-là, ses propos étaient supposés être sérieux mais suintaient la pure bêtise et furent souvent risibles.

Humour engagé

La « queen de la satire politique » – c’est ainsi que Mme Vanhoenacker est présentée sur le site du média écolo – n’était en effet pas là pour rigoler mais pour « conscientiser » l’auditoire et conduire les masses sur les chemins de la résistance. De la résistance à quoi ? De la résistance à qui ? À « l’extrême droite », bien sûr ! Car, c’est bien connu, « on a une extrême droite qui est dominante dans le débat public, dominante culturellement, qui écrase tout avec des armes pas toujours légales en fait, la mauvaise foi, les fakes news, c’est une espèce de rouleau compresseur ». Sur France Inter, ça résiste tant que ça peut mais ce n’est pas simple : « On a une obligation de pluralisme », gémit-elle. Elle regrette par conséquent que la radio publique soit dans l’obligation de recevoir de temps à autre un fils de Satan ou une fille de Méphistophélès, bref, un représentant du RN ou de Reconquête. Mais Mme Vanhoenacker a tenu à rassurer l’auditoire gauchiste qui retenait sa respiration à chaque évocation du Diable chevauchant la « vague réactionnaire » : Radio France tient bon et la majorité de ses employés restent de fervents défenseurs « de l’écologie, des valeurs progressistes, de la liberté d’expression ». Ouf !

En ce qui concerne l’écologie, Charline Vanhoenacker est bien aise, sur le plateau du média Vert, de rappeler que France Inter est au taquet : dès le journal de 8 heures, assure-t-elle, des sujets sur l’environnement sont évoqués. Dans la journée, des journalistes et de nombreux invités militant pour une écologie radicale se relaient au micro pour prêcher la bonne parole du GIEC et sermonner les Français. Elle-même a reçu des sommités écologistes qui, oublie-t-elle de dire, tiennent tous le même discours catastrophique, accusateur et anxiogène, conforme à la charte interne de Radio France stipulant que cette dernière sort« du champ du débat la crise climatique, son existence comme son origine humaine ». Pour les libertés d’opinion et d’expression, on repassera.

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L’humoriste a une conception toute particulière de la liberté d’expression qu’elle dit pourtant défendre « bec et ongles ». Elle raconte, par exemple, qu’une chose l’a « profondément choquée » lorsqu’elle est arrivée en France : le fait de « donner la parole en direct, en toute décontraction, à Marine Le Pen ». Elle ne trouvait ça « ni normal, ni démocratique ». En Belgique, explique-t-elle, les médias francophones pratiquent ce qu’ils appellent le « cordon sanitaire médiatique » : les interventions des représentants politiques classés à l’extrême droite sont systématiquement diffusées en différé afin de vérifier qu’elles « n’appellent pas à la haine » et de rectifier le tir le cas échéant. Ainsi, dit-elle benoîtement, ces politiciens ne sont pas à proprement parler censurés mais leurs propos sont « contextualisés » par des journalistes tout ce qu’il y a de plus consciencieux, c’est-à-dire tout ce qu’il y a de plus à gauche. « La RTBF applique ça et s’y tient strictement », témoigne celle qui espère qu’un jour l’audiovisuel public français adoptera ce « cordon sanitaire » afin que France Inter puisse continuer « à parler à tout le monde » – Mme Vanhoenacker ne semble pas avoir conscience de l’étrange paradoxe que recèle cette élucubration.

Sketchs lourdingues et chansons débiles

Malheureux Belges. En plus de l’islamisation en phase finale de leur pays, ils doivent endurer, eux aussi, les leçons de morale du petit monde culturel, comme le prouve un évènement récent, relaté par Gregory Vanden Bruel dans ces colonnes, mais qui mérite qu’on y revienne. En février 2025, la maîtresse de cérémonie des Magritte du cinéma, l’équivalent belge de nos César, était… Charline Vanhoenacker, qui se surpassa dans le genre gaucho-woke. De sketchs lourdingues en chansons débiles, sans oublier un happening politico-bobo tout ce qu’il y avait de bien-pensant, tout y passa : les interminables diatribes contre Donald Trump et « la montée de l’extrême droite dans le monde », les geignarderies néo-féministes, les pleurnicheries contre « la politique migratoire inhumaine » du gouvernement belge, les appels larmoyants à « déconstruire les imaginaires coloniaux, racistes, misogynes, islamophobes, homophobes et transphobes », etc. – tant et si bien que Charly Herscovici, le président de la Fondation Magritte et détenteur des droits intellectuels de l’œuvre du peintre surréaliste, déclara quelque temps plus tard que le nom de Magritte ne pouvait plus être attaché à cette cérémonie du cinéma parlant de moins en moins de cinéma et transformée en tribunes politiques et militantes. Décidée à se payer la tête de Charly Herscovici, de Magritte et d’un public réfractaire à l’idéologie progressiste, la direction woke de l’académie André Delvaux, organisatrice de cette cérémonie, vient d’annoncer qu’elle rebaptisait celle-ci… les René du cinéma. René comme… René Magritte. Dans La Libre Belgique, le président de la fondation Magritte a dénoncé « une fourberie inimaginable ». Il n’était pas au bout de ses mauvaises surprises. « Avec René, on est dans le tutoiement, dans la proximité », a sournoisement déclaré Jean-Yves Roubin, le nouveau président de l’académie André Delvaux, avant de faire savoir avec, on l’imagine, un sourire en coin, que la maîtresse de la prochaine cérémonie qui se déroulera le 7 mars sera… Charline Vanhoenacker, derechef.

Mais finissons sur une perspective réjouissante, qui sera aussi la preuve d’une fin de règne. En 2019, la cérémonie des Magritte du cinéma, diffusée exclusivement par la Radio-télévision belge francophone (RTBF), attirait encore 169 360 téléspectateurs. En 2024, ils n’étaient plus que… 19 500. En 2025, après avoir décidé de diffuser ce spectacle sur ses antennes via Internet sous le prétexte de s’adapter au goût du public, la RTBF se réjouissait du choix de Charline Vanhoenacker comme maîtresse de cérémonie et espérait un sursaut. Ce fut une débâcle : seuls 15 220 téléspectateurs regardèrent cette réception mondaine, ennuyeuse, emblématique de l’entre-soi culturel de gauche. Il y a de fortes chances que la prochaine cérémonie des René, animée par la moins drôle, la plus bête et la plus arrogante des humoristes belges, sera regardée par encore moins de monde. Quant aux artistes qui gagneront un prix ce soir-là – ou, en France, lors de la prochaine cérémonie des César – on aimerait qu’un véritable trublion ayant l’audace de l’humoriste anglais Ricky Gervais, le maître de cérémonie des Golden Globes 2020 qui osa dire ses quatre vérités à un public composé des plus éminents artistes, réalisateurs et producteurs américains, leur tienne le même discours : « Si vous gagnez un prix ce soir, ne l’utilisez pas comme une tribune pour faire un discours politique. Vous n’êtes pas en position de faire la leçon au public sur quoi que ce soit. Vous ne savez rien du monde réel. La plupart d’entre vous ont passé moins de temps à l’école que Greta Thunberg. Si vous gagnez un prix, montez sur scène, acceptez votre petit trophée, remerciez votre agent et votre dieu, et foutez le camp ! »


  1. https://vert.eco/articles/lhumoriste-charline-vanhoenacker-invitee-de-notre-podcast-cetait-mieux-apres ↩︎

Petit coup de démaquillant idéologique

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Lorsqu’il reçoit un expert de l’IRIS pour l’interroger sur le caractère dictatorial éventuel du régime de Maduro, le journaliste de Franceinfo Julien Pain, spécialiste reconnu enquêtant sur les rumeurs, intox et manipulations, omet toutefois de rappeler le parcours politique de son invité. Un élément qui aurait pourtant été utile à la compréhension du débat.


Sur le service public, la neutralité n’est pas une vertu : c’est un produit cosmétique. Elle s’applique en couches fines, sous une lumière soigneusement réglée. À première vue, tout est impeccable. À y regarder de plus près, on distingue pourtant très nettement le ricil de la neutralité, le fond de teint de l’expertise, le rouge à lèvres politique, le tout vaporisé d’un parfum de grand savoir mêlant jargon universitaire et supériorité morale.

Le procédé est désormais bien connu. Des intervenants sont présentés comme chercheurs, spécialistes, experts « indépendants ». Ils parlent calmement, posément, avec ce ton feutré qui inspire confiance. Ils expliquent le monde, ses fractures, ses injustices — toujours dans la même direction. L’Occident est coupable, les régimes non occidentaux sont complexes, donc excusables. Et tout cela nous est servi comme parole objective, débarrassée de toute idéologie. La politique a disparu… sauf dans le discours lui-même.

Le cas Christophe Ventura

Le problème n’est évidemment pas que ces intervenants aient des convictions. Le problème, c’est qu’on nous les vend sans l’étiquette. On ne dit pas : « voici une lecture idéologique parmi d’autres ». On dit : « voici la réalité ». La neutralité devient alors un argument d’autorité, non un principe méthodologique.

Sur le service public, la neutralité obéit aujourd’hui à une définition implicite mais très précise. Est réputée « objective » une parole qui critique structurellement l’Occident, relativise les régimes autoritaires non occidentaux, refuse les mots qui fâchent lorsqu’ils s’appliquent hors d’Europe, et présente l’histoire occidentale comme une suite de fautes à expier. À l’inverse, toute parole qui défend l’héritage culturel, politique ou civilisationnel de la France et de l’Occident est immédiatement qualifiée de partisane, suspecte, voire dangereuse.

Un petit coup de démaquillant permet alors de voir ce qui se cache sous le maquillage. Prenons un cas d’école. Sur les antennes de France Info, on voit régulièrement intervenir Christophe Ventura, présenté comme « chercheur », « spécialiste » ou « expert » des relations internationales. Ricil parfaitement appliqué, fond de teint uniforme, parfum discret : la panoplie est complète.

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Or le parcours de l’intéressé est public. Christophe Ventura a été militant et membre du Parti de gauche, formation fondée par Jean-Luc Mélenchon. Il a participé à des initiatives politiques aux côtés de responsables comme Éric Coquerel. Il ne s’agit pas d’un soupçon, mais d’éléments de parcours accessibles à tous.

Sur le fond, rien d’illégitime à cet engagement. Le problème commence lorsque cet engagement disparaît au moment de la présentation médiatique. Sur France Info, Christophe Ventura ne parle pas comme intellectuel engagé, mais comme expert neutre. Or cet expert refuse de qualifier le régime de Nicolás Maduro de dictature[1] et considère l’idéologie chaviste comme politiquement légitime. Ce ne sont pas des constats techniques : ce sont des choix normatifs, donc politiques — mais maquillés en objectivité.

C’est à ce moment précis que surgit ce qui n’est plus un détail, mais une ligne idéologique structurante. Christophe Ventura a participé à des séminaires et travaux consacrés à la désoccidentalisation du monde, aux côtés d’autres intellectuels partageant la même grille de lecture. Ce n’est pas anecdotique : c’est révélateur.

Car derrière l’expression flatteuse de « désoccidentalisation du monde » se cache une supercherie conceptuelle. Le monde non occidental n’est, par définition, pas occidental. En réalité, ce qui est visé n’est pas le monde, mais l’Occident lui-même. Il s’agit de désoccidentaliser l’Occident, de défranciser la France, de délégitimer son histoire, sa culture, ses normes politiques et sociales. Le vocabulaire est global, mais l’opération est interne.

Cette grille idéologique n’est pas marginale : elle est devenue le fonds de commerce intellectuel du service public. Elle structure les invitations, les analyses, les mots employés — ou refusés. Elle permet de présenter comme neutre ce qui est en réalité un projet politique : celui de la déconstruction systématique de l’Occident, toujours décrit comme coupable, jamais comme héritier.

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Le contraste apparaît encore plus nettement lorsqu’on observe ce qui se passe dans l’autre sens. Nicolas Pouvreau-Monti, à la tête de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, travaille à partir de données publiques issues de l’INSEE, du ministère de l’Intérieur et de l’INED. Autrement dit : des chiffres officiels, institutionnels, vérifiables.

Ici, point de ricil de la neutralité. Le maquillage est retiré d’emblée. Avant même l’analyse, l’étiquette tombe : « politiquement orienté ». Peu importe que les sources soient publiques ; peu importe qu’elles proviennent des mêmes institutions invoquées ailleurs comme autorités indiscutables. La neutralité ne dépend manifestement ni des faits ni des chiffres, mais de la direction dans laquelle regarde le discours.

Conclusion – Le miroir nettoyé

Le petit coup de démaquillant idéologique ne vise ni à faire taire, ni à exclure. Il vise à nommer. Nommer les grilles de lecture, nommer les engagements, nommer les projets politiques quand ils existent.

Une démocratie adulte n’a rien à craindre de la confrontation des idées. Elle a tout à perdre avec la fausse objectivité, celle qui maquille une idéologie en expertise et transforme une ligne éditoriale en évidence morale.

Quand le ricil de la neutralité sert à détourner le regard, quand le fond de teint de l’expertise masque l’engagement, quand le parfum du grand savoir remplace la clarté, le service public cesse d’informer. Il commence à orienter sans l’assumer. Et ce jour-là, ce n’est pas la neutralité qui est en danger, mais la confiance.


[1] Selon l’expert, si la Corée du Nord est bien une dictature, en comparaison le Venezuela ne l’est pas car il n’y a pas de parti unique même si les résultats électoraux y sont contestés…

«Macron aura eu l’air d’un président mais il n’avait pas la chanson»

Emmanuel Macron a-t-il remis la République en marche, comme il le promettait en 2017 ? Pour le plus fin des analystes du « nœud démocratique », rien n’est moins sûr. Le chef de l’État, si brillant soit-il, n’a pas compris la dimension populaire et patriotique de notre contrat social…


Causeur. Dès 2022, vous constatiez que la révolution annoncée s’était transformée en « statu quo agité ». Mais en est-il le seul ou même le premier responsable ? Les Français ont élu deux fois un homme dont ils ont refusé les réformes avec constance. Comment gouverner un peuple qui refuse de travailler plus, mais veut quand même une protection maximale ?

Marcel Gauchet. Je n’aurais pas l’idée de faire du peuple français un modèle de vertu civique, de rationalité économique et d’intelligence politique ! Heureusement, il est divers et contradictoire. Mais il a quelques excuses. Souvenez-vous du climat dans lequel se sont déroulées les élections de 2022. Pour commencer, une population déboussolée par le confinement et le quoi qu’il en coûte. Dans quelles conditions Macron aurait-il terminé son premier mandat sans le Covid et la peur dont il a joué à fond pour se rendre irremplaçable ? Là-dessus, l’agression russe de l’Ukraine, la guerre pour de bon, cette fois, pas loin de nous. Renforcement de la peur, et renforcement concomitant du réflexe légitimiste. Enfin, la peur, toujours la peur, devant la perspective de l’arrivée du Rassemblement national au pouvoir et du saut dans l’inconnu qu’elle aurait représenté. Macron II est le produit de cet empilement de peurs. Une peur qui est déjà le sentiment naturellement dominant d’une société de vieux et qui pousse à l’immobilisme. Si on veut faire bouger les choses, ce n’est pas sur ce socle affectif qu’il faut compter. Macron a réussi à se proroger en s’appuyant sur des ressorts qui allaient l’empêcher d’agir.

En 2022, on savait qu’Emmanuel Macron était immigrationniste et européiste. Si les Français ont cédé au chantage au populisme, n’est-ce pas que l’alternative manquait de crédibilité ?

Il y avait pire que le manque de crédibilité, il y avait la crainte de l’amateurisme et de l’incompétence du personnel du RN et la crainte en plus des troubles que son arrivée au pouvoir ne manquerait pas de susciter.

On a beaucoup reproché au président son mépris, mais n’avons-nous pas tendance à nous sentir méprisés dès qu’on ne nous traite pas en victimes ?

Le mépris qui lui est reproché n’est pas tellement le sien – c’est un reproche dont on peut l’exonérer – que celui du milieu qu’il représente. Ce mépris a la particularité d’être largement inconscient. Il est imprimé dans un discours qui suppose que, si vous n’êtes pas d’accord, vous êtes un barbare en plus d’un ignorant. La clé du malaise politique est dans ce sentiment d’une très grande partie de la population de n’être pas compris, d’être méconnu avec bonne conscience. Cela peut donner le victimisme, en effet, mais ce n’est pas le moteur principal.

La crise politique que nous traversons est-elle la marque de son échec ou signe-t-elle l’incapacité de nos institutions à représenter/civiliser nos clivages ? La Ve est-elle encore adaptée à un paysage politique aussi fragmenté que le nôtre ? Pourquoi les élections ne fabriquent-elles plus de légitimité ?

L’échec de Macron couronne et parachève celui de ses prédécesseurs. Ce n’est pas une question de République. La proportionnelle qu’on nous concocte comme le remède à tous nos maux ne fera qu’aggraver les choses. Le problème est culturel. Il a sa source dans un changement de monde auquel la société française est profondément réfractaire. Les élites dirigeantes jouent le jeu et le gros de la troupe ne suit pas. Cela s’aggrave avec le nouveau changement de monde qui est en train de s’engager par contrecoup du précédent et prend à contrepied l’Europe dysfonctionnelle qui servait à faire passer la pilule. Comment des gens manifestement dépassés par ce qui se passe pourraient-ils compter sur une légitimité solide ? Seules la protestation ou la sécession ont un peu de légitimité.

Macron a échoué à remplacer le clivage droite-gauche par le clivage progressistes/conservateurs. Était-il si absurde de rassembler la droite et la gauche, anciennement dites « de gouvernement », qui pensaient à peu près la même chose dans l’« extrême centre » ?

Ce n’était pas absurde, mais ces « partis de gouvernement » étaient eux-mêmes en voie d’implosion par fuite de leur base. Les additionner ne pouvait aboutir qu’à renforcer une gauche de gauche et une droite de droite. Une gauche de gauche vouée en dernier ressort à s’allier au centre progressiste (le « front républicain ») face à une droite de droite faite d’une grande partie de l’ancien électorat de gauche. Le macronisme aura été un accélérateur de recomposition.

Le discours du chef d’état-major des armées nous appelant au réarmement a suscité des critiques violentes sur le thème « nous ne mourrons pas pour Kiev » (ce qu’il ne demande pas). Mais sommes-nous prêts à mourir pour quoi que ce soit ? Voulons-nous rester une puissance ou sortir de l’histoire ?

C’est l’exemple même du télescopage d’un discours de fond somme toute banal par un contexte qui lui donne un autre sens en créant une confusion inextricable. Comme les gens ont parfaitement identifié les ficelles de la communication – qui n’a abouti, soit dit au passage, qu’à renforcer la défiance envers le discours officiel –, ils ont vu dans les propos du CEMA une annonce sournoise de notre engagement en Ukraine. C’était fatal. Rien à voir avec le problème du dévouement patriotique. Pour le mobiliser, cet épisode en est l’illustration, il y faut ce qui nous manque le plus : la confiance dans le commandement.

Vous avez parlé au sujet de Macron d’un progressisme autoritaire. Sa volonté de lutter contre les fake news confirme-t-elle cette appréciation ? Ne faut-il pas déplorer son impuissance (y compris sur ce sujet) plutôt que son autoritarisme ?

Quand je parlais de progressisme autoritaire, je visais moins des actes qu’une attitude. J’y faisais déjà allusion, il y a une fermeture intolérante étrange dans ce discours progressiste qui se veut pourtant libéral, mais qui disqualifie a priori les gens qui ne pensent « pas bien ». Pour ce sectarisme par ailleurs mou, il ne peut s’agir que d’imbéciles potentiellement criminels. Des cons et des salauds, comme dirait Alain Souchon. D’où l’invocation d’une nécessaire sévérité sans faille à l’égard de ces malotrus. Or l’exigence démocratique par excellence, c’est d’être capable de se mettre à la place des gens qui ne pensent pas comme vous, y compris pour les combattre. En fait, cet autoritarisme inconséquent ne peut aller très loin. Ce qu’il faut reprocher à Macron, en l’occurrence, c’est son irréalisme. Sa « labellisation » n’aboutirait qu’à polluer un peu plus un espace public déjà mal en point sans élever le niveau de l’information en circulation. L’absurdité de l’idée devrait suffire à la tuer.

Qu’a-t-il manqué à Emmanuel Macron pour être un grand président ?

Beaucoup de choses, à commencer par la principale : la connaissance et l’amour de son pays, au lieu de la préférence pour sa petite personne et son minable bagage de bon élève. Macron aura eu l’air d’un président, il faut le lui accorder, mais il n’avait pas la chanson.

Ali Khamenei, le Guide devenu geôlier

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L’Iran, la doctrine khomeiniste, la machine répressive et la menace de guerre


Ce n’est pas moi qui le demande, c’est Dieu qui exige que vous soyez pendu. Ce sont, dit-on, les paroles qu’un juge avait prononcées lors de l’une des précédentes manifestations contre le régime iranien. C’est l’accusation d’« ennemi de Dieu » qui devrait être déployée ces jours-ci contre les manifestants arrêtés. Le verdict habituel d’une telle incrimination est la mort, car Dieu ne se négocie pas.

Une répression sanglante

Il parait que les juges ne vont pas prononcer ce verdict pour retirer à Trump une raison de frapper le régime iranien. Mais dans ce pays en blackout qui a coupé Internet et pourchasse sans relâche les utilisateurs de terminaux Starlink, tout indique que la répression est terrible, même si la prudence légitime de certains médias sur l’Iran contraste avec leur empressement à publier les chiffres du Hamas à Gaza. Un Iranien témoignant à visage découvert (un courage inouï) fait état de 15 000 morts au 15 janvier.

La morgue de Kahrizak, au Sud de Téhéran, d’où sont parvenues les effrayantes images des cadavres dans des bâches en plastique n’est pas un lieu inconnu. C’est déjà là que les corps de nombreux détenus torturés à mort dans les centres de détentions voisins étaient rendus aux familles, sous paiement dit-on, avec de faux certificats de décès, lors des révoltes de 2009 et 2022.

Kahrizak, province de Téhéran, Iran, 13/01/2026 – Des familles et des habitants se rassemblent au bureau du médecin légiste de Kahrizak le 13 janvier 2026, faisant face à des rangées de sacs mortuaires alors qu’ils recherchent des proches tués lors de la violente répression du régime contre les manifestations nationales. La scène reflète l’ampleur des pertes signalées ces derniers jours, tandis que les endeuillés se déplacent en silence et dans la détresse parmi les corps recouverts. Photo obtenue auprès de l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran. (C) MEK/The Media Express/SIPA

Ce régime sanguinaire manipule jusqu’au nom même de l’accusation qui conduit à la mort. Se comporter en ennemi de Dieu signifiait avant 1979 être un bandit de grand chemin dépouillant les voyageurs. Ce terme désuet de «muharabeh» a été depuis lors recyclé pour juger des manifestants dont l’immense majorité sont pacifiques. Rien n’exprime plus clairement l’essence de la théocratie iranienne : être un opposant du régime, c’est être un ennemi de Dieu.

Ce n’est là que l’une des distorsions au chiisme traditionnel que l’on doit à l’imam Khomeini.

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Celui-ci, alors qu’il était exilé à Najaf, la grande ville chiite de l’Irak, a développé une doctrine à l’encontre de celle des responsables religieux traditionnels du chiisme. Alors que ceux-ci estimaient que leur rôle était d’enseigner la population, de la protéger si besoin contre les abus et surtout de maintenir l’espoir du retour du Messie chiite, l’imam caché, ce douzième imam (chiisme duodécimain) mystérieusement disparu, qu’on appelle le Mahdi et qui fera régner la justice. A Najaf aujourd’hui encore le vieil ayatollah Sostani prêche cette doctrine qui fut largement majoritaire et qu’on qualifie de quiétiste.

En Irak, à l’abri de la police du Shah, qui de toute façon méprisait ce vieux clerc déconnecté du monde moderne,  Khomeini commença à enseigner une autre doctrine, suivant laquelle le pouvoir politique devait être arraché des mains des laïcs, susceptibles  de conduire la société vers des abominations modernistes et remis aux soins d’un responsable religieux, un «savant» de la foi chiite qui serait le garant ultime, tant que le douzième imam ne réapparaissait pas, de l’adéquation des lois avec les ordres divins. 

C’est le velayat e-faqih, qu’on traduit par «tutelle du jurisconsulte», ce jurisconsulte qu’on appelle le  «Guide Suprême». 

A la mort de Khomeini, le successeur désigné, l’Ayatollah Montazeri, était en disgrâce car il avait critiqué les exécutions massives d’opposants politiques. C’est Ali Khamenei qui le remplaça : il n’avait aucun charisme, une compétence religieuse minime (il fut bombardé ayatollah en urgence), un passé de terroriste ; il était dévoué au défunt Khomeini. 

Le très malin Akbar Hashemi Rafsandjani, président de la République, qui fait élire Khamenei par l’Assemblée des experts, pense qu’avec un Guide Suprême aussi peu reluisant, c’est lui qui deviendra le véritable maitre du pays. Erreur : s’appuyant sur les Gardiens de la Révolution, leur concédant des pouvoirs de plus en plus exorbitants, Khamenei entame un règne qui depuis 37 ans a prolongé la servitude de la population iranienne.

Khomeini avait confisqué Dieu. Au nom de cette appropriation, il a envoyé sans l’ombre d’un remords des enfants de douze ans, munis d’un collier en plastique présentant les clefs du paradis, se faire massacrer sur les mines et les batteries irakiennes pendant la guerre qui ravagea les deux pays.

Axe de la « résistance »

Par sa victoire sur le Shah, il était devenu une référence pour certains penseurs occidentaux qui se voulaient alors à la pointe du progrès intellectuel. Certains de leurs héritiers sont prêts encore aujourd’hui à témoigner à la théocratie qu’il a créée beaucoup d’indulgence et beaucoup de silence puisqu’elle se trouve dans le camp du bien, celui de l’anti-impérialisme, de l’anticolonialisme et de l’antisionisme. Le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU a même offert à l’Iran la présidence d’un Forum social dédié aux droits des femmes, une décision particulièrement sinistre quelques mois après l’assassinat de Mahsa Amini et la répression féroce du mouvement Femme, Vie, Liberté.

En 1979, Khomeini ne cherchait pas uniquement à bâtir une théocratie en Iran. Il désirait éloigner le monde musulman des néfastes tentations occidentales, l’islamiser suivant ses normes avant de l’envoyer à la conquête du monde. Mais comment faire alors qu’un musulman sur dix seulement est chiite duodécimain, la seule catégorie, et encore, susceptible de considérer l’ayatollah Khomeini comme son guide spirituel ?

La solution, d’une simplicité géniale, a été reprise par Khomeini aux candidats laïcs à l’hégémonie arabe : il s’agissait de faire de l’Iran  la tête de file d’un combat sacré unissant tous les musulmans contre un ennemi commun diabolisé. L’Etat d’Israel, cet Etat dont le nom n’est jamais prononcé, présentait évidemment tous les avantages : suffisamment récent pour que le ressentiment soit vif, suffisamment petit pour que la victoire paraisse à portée de main, suffisamment ancien pour que ressorte le vieux mépris envers le juif dhimmi et suffisamment cohérent politiquement puisque le Shah avait avec Israël des relations quasi-diplomatiques.

Lorsque Khomeini s’installe au pouvoir en 1979, Yasser Arafat est donc le premier homme politique accueilli à Téhéran. Il reçoit les clefs de l’ancienne délégation d’Israel devenue Ambassade de la Palestine et une journée de Jérusalem est décrétée chaque année le dernier vendredi du mois de Ramadan. 

Mais – hélas! –  l’idylle est de courte durée. Au lieu de soutenir Khomeini lors de la guerre avec l’Irak, Arafat reste fidèle au camp sunnite et prend le parti de Saddam Hussein.

Mais Khomeini a une autre carte sunnite dans la main, celle des Frères Musulmans. Il apprécie leurs théories, surtout la version deSayyid Qutb, héritier intellectuel de Hassan el Banna, plus radical que ce dernier, qui a explicitement appelé au djihad contre l’Occident et que Nasser a pendu. C’est un jeune militant extrémiste iranien, Navvab Safavi, plus tard exécuté par le Shah, qui a servi de lien idéologique alors que Khomeini était encore à Qom et qui l’a convaincu que les divergences entre sunnites et chiites pesaient moins que la lutte contre l’ennemi impérialiste et sioniste.

L’alliance entre Frères Musulmans et Iraniens passera par des périodes de tension, par exemple en 1982 quand les frères Assad, alliés de l’Iran, massacreront les Frères musulmans en Syrie à Hama, mais elle ne sera jamais complètement rompue.

Dans les années 80, une partie des Frères Musulmans égyptiens, très malmenés par Nasser, sort des prisons sous Sadate qui cherche à les cantonner à des activités sociales. Mais une branche plus jeune du mouvement, influencée par Qutb, retourne dans la clandestinité, assassine Sadate, et prépare la future al-Qaida. Le Frère musulman palestinien Abdullah Azzam devient le mentor du jeune Oussama Ben  Laden. Celui-ci entretiendra un mariage de raison avec l’Iran sur la base de leurs ennemis communs, faisant des différences religieuses entre sunnites et chiites un point de divergence secondaire par rapport à la lutte contre l’ennemi commun occidental (Daech, au contraire, a fait du massacre des renégats chiites une exigence religieuse).

Au début des années 90, l’Iran, désormais dominé par les Gardiens de la Révolution, est devenu ainsi le principal soutien financier du Hamas, créé en 1987 par la branche palestinienne des Frères Musulmans. Khaled Machaal, l’un de ses chefs, a déclaré que le Hamas était le fils spirituel de l’Ayatollah Khomeini.

Au-delà des financements, l’Iran a fourni au Hamas un savoir-faire militaire (missiles) et une profondeur stratégique (l’axe de la «résistance» avec le Hezbollah libanais, la Syrie des Assad, les chiites irakiens, les Houthis du Yémen).  A l’abri derrière ses proxies, l’Iran, aidé par la naïveté et le déni de la guerre qui étaient de règle en Occident, construisait patiemment son arsenal nucléaire dont il voulait faire le symbole de sa suprématie dans le monde islamique et dont chacun comprenait que Israël en serait la première cible.

L’alliance avec les Frères Musulmans ne facilitait pas seulement à l’Iran le soutien du monde sunnite. L’utilisation des réseaux relationnels que les Frères avaient patiemment tissés dans les pays occidentaux lui permettait de mieux infiltrer ce monde et y trouver des soutiens d’autant plus efficaces qu’ils n’étaient pas explicites.

Des spécialistes comme Emmanuel Razavi ont expliqué le détail de la « pieuvre » que l’Iran avait peu à peu construite à l’intérieur de nos pays avec l’appui naïf ou intéressé de personnalités d’influence ou de pouvoir. Il ressort notamment de leurs travaux l’image d’un Iran extrêmement actif dans la désinformation et la propagande anti-israélienne.

Demain, la guerre ?

La question de l’intervention des Américains ou des Israéliens ou des deux est aujourd’hui sur toutes les lèvres. Beaucoup pensent qu’elle est inéluctable. Certains regrettent déjà une nouvelle atteinte à l’ordre international, comme si ces termes avaient un sens avec un régime qui depuis près de cinquante ans vit par la terreur, le mensonge, l’hypocrisie et la menace et qui n’hésitera devant rien pour détruire ses opposants.

D’autres alertent sur une chute des mollahs qui engendrerait un chaos inimaginable, et ils rappellent des exemples tels celui de l’Irak ou de l’Afghanistan. Ces exemples ne sont pas pertinents, s’agissant pour le premier d’un pays artificiel aux multiples fractures ethniques et religieuses, pour l’autre d’une impossible géographie combinée à un grand conservatisme matériel et spirituel et pour les deux à l’absence d’une figure d’incarnation démocratique.

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Le gouvernement iranien est unanimement détesté dans son pays (plus de 80% d’opposants disent les spécialistes), alors que, contrairement au passé, un successeur potentiel largement consensuel se détache, Reza Pahlavi, dont les récentes interventions ont montré qu’il avait une véritable envergure de rassembleur pour une nation traumatisée mais en grande partie de haut niveau intellectuel.

Plus importants, probablement aux yeux de Donald Trump, sont les réactions de ses alliés arabes qui malgré les divergences avec l’Iran ne voient pas d’un bon œil un écrasement de l’Iran qui pourrait renforcer un Etat d’Israel qui, accords d’Abraham ou pas, est perçu par leur population comme l’ennemi.

A cela s’ajoutent les deux pays où l’influence des Frères Musulmans est majeure: le Qatar qui partage avec l’Iran l’exploitation de ses ressources gazières et surtout la Turquie d’Erdogan, un allié américain au poids militaire important, à la fiabilité douteuse et à l’hostilité anti-israélienne profonde, dont les grandes ambitions géopolitiques se concilient assez bien, sur le dos des Kurdes notamment, avec un Iran voisin aux abois avec lequel il entretient des relations économiques profondes.

Et puis, il y a la Russie qui perdrait un allié militairement important dans sa guerre contre l’Ukraine alors qu’elle vient de subir un échec au Vénézuéla. Il y a la réaction potentielle de la Chine qui apprécie les fournisseurs de pétrole à prix cassés comme le sont les Iraniens, qui pour l’instant ne s’est pas exprimée, qui ne peut qu’être hostile à la chute des mollahs, qui sait qu’elle est en ligne de mire du président américain et qui ne peut que chercher à profiter de ses moindres défaillances.

Il y a surtout l’imprévisibilité de Donald Trump lui-même, un homme dont l’inculture, la brutalité langagière, le narcissisme, la fausse virilité et le goût du spectacle masquent une réelle cohérence géopolitique. Enfin, bien entendu, il y a la crainte des conséquences de la guerre sur les populations civiles en Iran, mais aussi dans les pays que l’Iran menace de représailles. Israël, qui est au premier rang de ces menaces s’y prépare depuis longtemps. Malgré les risques à court terme pour le pays, on y trouve bien peu de citoyens prêts à accorder la moindre confiance à une mollahcratie qui a fait du mensonge, de la terreur et de la haine des Juifs l’oxygène de sa survie.

Malentendus et quiproquos

Terroriste ou résistant ? Antisémite ou antisioniste ? Nous employons tous les mêmes mots mais ils n’ont pas toujours le même sens. Nous n’avons pas le même récit, les mêmes héros, les mêmes valeurs. Le séparatisme est aussi dans la langue.


Il y a beaucoup de malentendus chez nous autres Occidentaux. Nous péchons trop souvent par occidentalo-morphisme. Nous prêtons aux populations du tiers-monde des sentiments, des idéaux, des aspirations qui sont ceux du monde libre mais qui ne font pas rêver grand monde de l’autre côté de la planète. Les islamistes succèdent aux dictateurs après les printemps arabes. L’URSS tombe et les masses russes nostalgiques d’une l’époque où l’empire écrasait, annexait, soumettait ses voisins élisent un petit caporal du KGB aux pratiques mafieuses. Ailleurs, la liberté qui devait sauver le monde effraye ou indiffère, et nous allons de déceptions en désillusions.

Revenus des échecs répétés à exporter la démocratie, conscients que l’idéalisme néo-conservateur est une utopie dangereuse, c’est à présent chez nous que nous sommes déçus. Après avoir laissé entrer des millions de musulmans à qui nous avons donné des papiers et offert le monde libre, nous constatons, amers et inquiets, qu’une partie d’entre eux crache dessus. Dans les années 1980, les vieilles femmes arabes intégralement voilées de blanc que l’on croisait à la Goutte d’or nous semblaient être une espèce en voie de disparition. Le vent de notre liberté envolait les voiles des jeunes générations de maghrébines échevelées et délurées. À présent, le quartier serait hanté par des fantômes de femmes dans l’uniforme de l’ennemi si on laissait faire.

Des Français arabes avec cuir et banane faisaient du rock’n’roll. Les Costards chantaient : « Pour me remplir les poches, je m’envoie des vieilles pleines d’artiche, et plus elles sont moches, et plus je deviens riche. » Carte de séjour reprenait « Douce France, cher pays de mon enfance. »

Aujourd’hui, c’est Nique la France à tous les étages. Quelque chose a changé. Entre la France et ces néo-Français, il y a comme un malentendu.

Il y a aussi quelques quiproquos dans le débat public. Nous utilisons les mêmes mots que nos adversaires politiques mais ils n’ont pas toujours le même sens.

Nous nous insurgeons lorsque l’islamo-gauchiste appelle « résistant » un membre du Hamas.

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Pour nous, un résistant, c’est un Français qui est parti à Londres continuer le combat quand la France chantait Maréchal nous voilà.

Un résistant, c’est aussi celui qui fait sauter les rails d’une voie de chemin de fer pour stopper un train qui emporte des soldats, des tableaux de maîtres vers l’Allemagne, ou même, quand il reste de la dynamite, un convoi de familles juives en partance pour l’extermination.

Un résistant, c’est même celui qui s’est planqué dans le maquis pour échapper au STO et en est redescendu après la bataille pour tondre celles qui s’étaient données au vainqueur.

Mais dans notre langue, jamais le résistant ne prend en otages des civils, ne viole des femmes ou ne tue des enfants, et inversement.

Dans le monde islamique, la résistance c’est autre chose. N’est-ce pas par le viol, le meurtre et le rapt de civils, depuis l’Hégire, la conquête ottomane, les barbaresques, le FLN algérien, les mouvements de libération de la Palestine, et aujourd’hui le djihadisme, que l’Islam résiste à l’existence offensante d’autres religions, d’autres peuples, d’autres pensées, d’autres mœurs, d’autres façons d’être femme et à toutes les façons d’être homosexuel ?

Aussi, lorsque l’islamo-gauchiste tient à reconnaître au Hamas aujourd’hui comme à l’OLP hier, qui n’avait pas attendu les Frères musulmans pour poser des bombes réglées sur l’heure de la sortie devant les écoles ou pour attaquer des athlètes dans un village olympique ; lorsque le LFiste voit des résistants chez ceux qui se planquent derrière leurs femmes et leurs enfants pour lancer des roquettes sur des villages israéliens, même si nous avons du mal à lui donner raison, nous devons reconnaître qu’il a ses raisons. Et manifestement, il n’est pas question pour lui d’accepter que l’on réduise le terme « résistant » à sa seule acception occidentale et judéo-chrétienne.

Sur l’antisémitisme et l’antisionisme, là encore, il y a malentendu. Nous disons à l’islamo-gauchiste, au bord de l’intelligence avec l’ennemi, que l’antisionisme est le nouveau nom de l’antisémitisme et il s’en indigne. Il défend son droit d’être antisioniste sans être antisémite, enfin celui chez qui le gauchisme est la conviction et l’islamisme l’opportunité car les choses sont moins claires chez celui pour qui c’est l’inverse. Il faut le comprendre. Le sioniste est le Juif souverain, celui qui relève la tête, hisse un drapeau, chante un hymne, défend ses frontières, prend les armes et rend les coups. Le juif qui, s’il voulait contrarier un gauchiste ne s’y prendrait pas autrement.

En revanche, il n’a rien contre le juif sans frontières, donc sans défense. Celui d’avant, qui rasait les murs dans les ghettos, à la merci des pogroms. Il n’a aucun problème avec le capitaine Dreyfus ou avec Anne Frank. En poussant un peu on pourrait dire que pour l’islamo-gauchiste, un bon juif est un juif persécuté ou un juif mort.

Et puis il a de très bons amis juifs parmi lesquels il compte Daniel Schneiderman ou Rony Brauman, alors l’accuser d’antisémitisme, on n’est pas loin du complot juif, enfin sioniste.

Il aime les juifs apatrides, dhimmis, dilués ou dispersés parmi les nations, pas souverains. Stefan Zweig et Marc Chagall, oui. Ariel Sharon et Benyamin Netanyahu, non.

Il n’est donc pas antisémite, il est antisioniste, dans le cadre de la définition : l’antisionisme, c’est le droit des peuples à disposer de leurs juifs.

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La fermeture des maisons Klaus

La France a décidé d’interdire les maisons closes (réellement closes depuis 1946) après la collaboration


Pour Jean-Philippe Tanguy, membre actif du RN et député de la Somme, ce serait une bonne chose que la réouverture des maisons closes, afin d’offrir aux prostituées un cadre de travail sécurisant et à leurs clients un plaisir sécurisé.

N’en déplaise aux coincés de la braguette, à l’heure où les bistrots et bars PMU demandent leur inscription au patrimoine de l’Unesco, les maisons closes méritent une opération portes ouvertes. Elles ont inspiré la plume d’écrivains comme Guy de Maupassant, le pinceau de peintres comme Toulouse-Lautrec… illustrant tous les charmes de la Belle Époque.

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Une éventuelle réouverture de ces maisons de tolérance, réellement closes depuis 1946, amène à se demander pourquoi elles ont été fermées. C’est, à la fin de la dernière guerre, à la Libération, à l’heure de l’épuration, l’idée d’une certaine Marthe Richard. Élue de Paris, elle prétendait mettre fin à l’exploitation des morues par des maquereaux, mais ce n’est pas ce fléau qui fit pencher la balance. Durant l’Occupation, les Hans, Franz et autres Klaus de l’armée allemande composaient une clientèle qui raffolait des petites femmes du Gross Paris, dans des établissements comme le One Two Two ou Le Chabanais. Marthe Richard enfonça le clou : « Durant l’Occupation, les maisons de tolérance ont été des centres actifs de la trahison, leurs tenanciers des pourvoyeurs de la Gestapo ». La fermeture le 13 avril 1946 des bordels sanctionnait ainsi la fesse cachée de la collaboration. Accessoirement Marthe Richard demandait la destruction du fichier des filles « soumises », tenu par la police. Pour se refaire une « virginité » ? Née le 15 avril 1889 en Lorraine, Marthe avait fait ses premiers pas dans la vie active en battant les trottoirs de Nancy, avant de monter à Paris, pour tenir le haut du pavé, grâce à des amours intéressées et des liaisons enrichissantes.

Un scoop: les policiers ne sont pas des bureaucrates…

Une révolution procédurale ? Le nouveau préfet de Paris entend décharger les policiers des tâches répétitives grâce à l’IA et aux technologies (vidéoprotection algorithmique, automatisation, simplification administrative) pour qu’ils puissent se consacrer pleinement à l’enquête et à la sécurité opérationnelle.


Le nouveau préfet de police, Patrice Faure, a un plan de bataille pour endiguer la délinquance à Paris[1]. Il mise « sur le savoir-faire de ses 43 000 agents mais également sur les nouvelles technologies telles que les drones, l’IA et les caméras intelligentes ». Je ne doute pas de l’efficacité de ces dispositifs, mais l’essentiel réside dans la volonté du préfet – confortée par la détermination du ministre de l’Intérieur – de redynamiser l’investigation et le judiciaire.

Formalisme procédural excessif

Actuellement, au sein de la préfecture de police, la filière investigation emploie environ 6 000 enquêteurs, dont un tiers au sein de la PJ et deux tiers au sein de la sécurité publique. Cela fait des années que, sans me pousser du col, je dénonce oralement et par écrit la plaie de la bureaucratie procédurale, qui affecte pour le pire aussi bien l’activité policière que les processus judiciaires. Aussi, quand le préfet déclare que « les enquêteurs ploient sous des montagnes de dossiers et ont le sentiment de passer davantage de temps à répondre au formalisme procédural qu’à contribuer à la manifestation de la vérité », on comprendra pourquoi sa dénonciation me touche et me convainc.

Le culte excessif des formes et des garanties, le respect obsessionnel de la périphérie, sont en train d’étouffer l’essentiel : le fond et la possibilité qu’il devrait offrir – débarrassé de toutes les superfluités qui font souvent davantage plaisir aux transgresseurs qu’aux enquêteurs – de se consacrer à l’élucidation et, en définitive, à la manifestation de la vérité.

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Ce n’est pas l’accumulation des délais, des détails, des permissions ici, des interdictions là, de mille obstacles entre le réel à questionner et la mission des investigateurs, qui rendra les enquêtes plus rapides et plus opératoires, bien au contraire. Elle n’a pour effet, et souvent pour but, que d’entraver, en se trompant de cible, l’impératif premier d’une société et d’une démocratie décidées à se protéger et à se défendre : la qualité des armes dont elles disposent et le droit d’en user.

Rupture

Ce propos du préfet de police dépasse très largement le champ qui est le sien et renvoie, bien au-delà de celui-ci, aux méfaits du byzantinisme procédural et de l’enchevêtrement des normes dans le domaine judiciaire, notamment en matière criminelle.

Quand, à Paris comme à Aix-en-Provence, « les juridictions vont libérer des criminels faute de pouvoir les juger dans les temps… la justice pénale n’étant plus au bord du gouffre mais en chute libre », l’alternative est simple pour les magistrats concernés : soit ils s’estiment capables et légitimes pour adopter des pratiques de rupture qui, devançant ou contredisant la loi, chercheraient par tous les moyens à éviter le scandale de libérations dangereuses ; soit l’on change très rapidement les règles de l’État de droit, en lui assignant une priorité de sauvegarde sociale, afin de prévenir le pire annoncé par certains procureurs généraux. Qui, réunis, ont d’ailleurs suggéré que puisse être instauré un plaider-coupable en matière criminelle, à la double condition que les faits soient intégralement reconnus et que leur auteur y consente. Une telle procédure réduirait à l’évidence le nombre considérable de dossiers en souffrance.

La conclusion à tirer de ces constats négatifs est qu’il convient de ne pas faire endosser aux enquêteurs et aux juges un rôle pour lequel ils ne sont pas faits : ils ne sont pas voués à être des bureaucrates.


[1] https://www.lefigaro.fr/actualite-france/agressions-cambriolages-escroqueries-le-plan-de-bataille-du-nouveau-prefet-de-police-pour-endiguer-la-delinquance-a-paris-20260113

🎙️ Podcast: Iran, Venezuela, Groenland: Donald Trump omniprésent

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Avec Harold Hyman, Gil Mihaely et Jeremy Stubbs.


A l’heure actuelle, Donald Trump semble avoir mis en pause l’idée d’une intervention militaire en Iran – à moins que ce ne soit une feinte avant une frappe décisive. En tout cas, depuis son action contre le régime des mollahs en juin 2025 et celle, plus récente, pour décapiter le régime de Maduro au Venezuela, toute menace de la part de Donald Trump est à prendre au sérieux.

On apprend que les Américains seraient en négociation avec les autorités iraniennes. En réalité, il y a toujours des contacts fréquents entre les deux gouvernements, par exemple au sujet d’événements se passant en Irak où les deux sont présents. Quand on annonce des « négociations », il s’agit d’une mise en scène particulière de ces contacts. Dans le cas présent, ce n’est pas dans l’intérêt des Etats-Unis d’accepter trop vite des concessions de la part du régime iranien, car en continuant de mettre la pressions sur ce dernier, ils pourront en obtenir beaucoup plus.

A lire: Iran: qui aura le plus peur?

Si l’opération pour enlever Maduro s’est révélée une réussite totale sur le plan de l’exécution, il faut se demander si le risque pris par Donald Trump en commandant une telle action n’était pas trop élevé par rapport à l’avantage à en tirer. Il se peut que le président américain ne soit pas prêt, à l’heure présente, à prendre un risque similaire ou encore plus élevé en Iran.

Dans le cas du Venezuela, Trump semble jouer sur deux tableaux à la fois, en maintenant au pouvoir le numéro deux de Maduro, Delcy Rodríguez, et en recevant à Washington la grande figure de l’opposition, María Corina Machado. Cet opportunisme d’acrobate trouve un reflet dans la posture qu’il adopte, qui n’est ni celle d’un George Bush va-t-en-guerre, ni celle d’un Jimmy Carter timide.

Dans la mesure où il ne faut pas sous-estimer le sérieux des menaces de Donald Trump, celles concernant le Groenland pourraient représenter un grand danger pour son administration si elles étaient réalisées. Non seulement une action militaire contre le Groenland pourrait ébranler sérieusement l’alliance atlantique avec les Européens, mais elle pourrait aussi constituer un cas de conscience pour tout officier supérieur appelé à conduire des missions dans le cadre d’une telle action. De plus, il est fort possible qu’une trop grande focalisation sur la politique étrangère finisse par empoisonner le mouvement MAGA de l’intérieur, d’autant que la base du président ne partage pas son intérêt pour le Groenland.

A lire: Delcy Rodriguez: femme de paille ou grande intrigante?

Donald Trump a l’air d’être omniprésent en ce moment. Est-ce qu’il n’est pas en train de trop présumer de ses propres forces – et des forces américaines ainsi que de la patience du public américain?

Téhéran: bagatelle pour un massacre

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Kahrizak, Iran, 13 janvier 2026 © AP/SIPA

Pour l’extrême gauche, les manifestants massacrés en Iran sont des morts mal alignées


Quand un régime abat des milliers de ses propres citoyens en quelques jours – 12000, disait-on récemment, chiffre glaçant s’il est exact – le débat devrait être clos. On ne parle plus de tensions, de débordements ou de maintien de l’ordre. On parle alors de massacre de masse.

Sauf lorsqu’il s’agit de la République islamique d’Iran et des assassins qui la dirigent. Là, soudain, les mots se dérobent, les indignations aussi, et les professionnels de la colère prennent des congés idéologiques. Aucun drapeau brûlé, personne place de la République, aucune marche “spontanée”. Silence (presque) total, soigneusement entretenu, rompu parfois par des déclarations du bout des lèvres.

Où sont les Rima Hassan, Aymeric Caron, Mathilde Panot, Louis Boyard, Daniele Obono, David Guiraud, Manuel Bompard, Sébastien Delogu, Thomas Portes et autres députés maniaques de “Free Palestine“ si prompts à hurler au “génocide”, à exiger des sanctions, à invectiver et désigner des coupables commodes ? Cette fois, rien, ou si peu. Et surtout aucune manif dans les rues, aucune assemblée dans les facs, aucune protestation de jeunes militants dopés à l’antiracisme devant l’ambassade.

Pourquoi ? Parce que ces morts-là sont mal alignées. Le bourreau est un régime théocratique totalitaire, misogyne, pendu à ses potences, qui torture, viole et exécute à tour de bras – c’est sûrement affreux. Mais ce régime-là a l’immense vertu d’être anti-occidental. Même si les hiérarques envoient leurs rejetons dans les universités américaines, cela suffit à suspendre toute morale.

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Les victimes, elles, cumulent les fautes : elles sont iraniennes, réclament la liberté, enlèvent leur voile, ne conspuent ni Washington ni Tel Aviv, et accusent leurs propres tyrans nationaux. Elles ne servent aucun récit compatible avec l’idéologie préformatée de nos bons députés. Elles sont donc inexploitables.

Alors on détourne le regard, on réserve les grands mots aux causes plus confortables, plus médiatiques, plus utiles politiquement. Ici, on contextualise, on relativise, on explique. On se tait.

Étrange époque où le mot “génocide” est devenu un accessoire militant, mais où l’on rechigne à nommer des crimes contre l’humanité estampillés islamiques, qui dérangent la grille de lecture. Ce silence n’est pas une distraction, c’est un choix. Toutes les victimes ne méritent pas la même indignation. Certaines ont droit aux cortèges, d’autres à l’oubli.

Bagatelle pour un massacre, dira-t-on, sur le mode de l’ironie cruelle, donc. Non parce que les crimes des mollahs et de leur soldatesque, corrompus jusqu’à la moelle, seraient mineurs, mais parce qu’ils sont traités comme une affaire secondaire, une note de bas de page, un bruit de fond.

Quand le massacre ne sert pas la cause, il ne compte pas. En Iran, on tue mal et les victimes ne rapportent rien. Alors, à quoi bon les pleurer ?

Fièvre sportive, fièvre des peuples

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Les Marocains après leur victoire sur le Nigeria au tirs au but en démi finale, Stade Prince Moulay Abdellah, Rabat © IMAGO/Oumaima Souaidi/SIPA

Le Sénégal et le Maroc s’affronteront en finale de la CAN dimanche soir à 20 heures.


Le football est l’opium du peuple. Mais, cette drogue est tellement forte et le peuple tellement obstiné qu’il convient de baisser les armes et d’essayer d’en faire quelque chose d’utile.

Une belle vitrine pour le Maroc

Le Maroc réussit sa CAN. Organisation impeccable, de l’aveu des visiteurs et des journalistes spécialisés. Stades et infrastructures qui sentent le neuf. Sécurité et hospitalité dans la grande tradition de l’accueil marocain.

Il se peut que le Maroc l’emporte. Ce serait une excellente nouvelle pour le moral des Marocains, déjà raffermi par une pluviométrie abondante. La baraka serait de retour après des années de sécheresse et de stress hydrique.

Dans ce flot de bonnes nouvelles, il y a des réalités qui ont la vie dure.

La trêve entre le Maroc et l’Algérie n’a pas tenu. A leur arrivée au Royaume Chérifien, les supporteurs algériens (dont les binationaux franco-algériens) ont juré leur attachement à la fraternité (en chantant khawa ! khawa !). Ils ont été nombreux à témoigner d’une excellente interaction avec les citoyens marocains. Il a fallu quelques minutes de jeu pour que cette concorde vole en éclats et cède la place à une sorte d’hystérie. On a vu des supporteurs uriner dans les stades, d’autres déchirer des billets de banque face caméra, d’autres se battre avec les agents de sécurité… Le tout dans une ambiance de délire collectif, à la fois triste et agressif. On avait envie plus de les plaindre que de les punir. Quelque chose de l’épidémie dansante qui a saisi Strasbourg en 1518 a envahi les âmes de ces pauvres diables. A croire que l’âme algérienne est malade, mentalement malade. Qui l’a rendu malade ? Six décennies de dictature, des lustres de haine de la France et d’oubli de soi ? Il s’agit d’un cas clinique.

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Le peuple algérien vaut mieux que les fous et les égarés qui se sont ridiculisés au Maroc durant la CAN. Il lui revient de se soigner lui-même, personne ne le fera à sa place. C’est le travail dévolu aux intellectuels et aux religieux. La tâche principale de ces deux collectifs devrait être la restauration de l’âme algérienne. Les intellectuels manipulent la raison, les religieux manipulent la foi, avec ces deux puissances il est possible et nécessaire de ramener le torrent à son lit. Je serais poète algérien, je composerais une ode au contrôle de soi. Je serais imam algérien, j’émettrais une fatwa contre les adultes qui versent des larmes et se roulent par terre pour un match de foot.

Une oumma désordonnée

Côté français, il convient de reconnaître qu’il n’existe pas d’union entre les Arabes et les musulmans. Maroc et Algérie sont au bord de la guerre. Mais, l’idée d’une oumma islamique contamine les esprits, à droite en particulier, alors qu’une des rares bonnes nouvelles en provenance du sud de la Méditerranée est qu’il n’y a pas de front uni face à l’Occident. C’est le chacun pour soi. Le Maroc vs l’Algérie. Le Qatar vs l’Arabie. Les Emirats Arabes Unis vs l’Arabie. Et la liste des rivalités plus ou moins explosives est très longue.

Le Maghrébin n’existe nulle part, sauf en France. Les Français ont accompli le miracle de l’union maghrébine, amenant Marocains, Tunisiens et Algériens à se sentir Maghrébins. Dans leur nouvelle identité, ils se sentent réticents à la France et abonnés à la victimisation. Belle prouesse à mettre au compte de l’Education nationale.

S’il y a une guerre demain entre Rabat et Alger, la paix sera probablement négociée à Saint-Denis…

Côté marocain, il n’est pas sûr non plus que toutes les leçons de la CAN soient retenues. Les élites vont se gargariser de l’organisation, du nombre de touristes etc. Si le Maroc l’emporte, elles vont s’attribuer la victoire comme si le foot était une mission officielle de l’Etat, inscrite dans la Constitution. Pourquoi pas, c’est de bonne guerre, tout le monde fait pareil.

Constats plus cruels

Mais, si le Maroc joue si bien au foot, c’est qu’il a su trouver les bons cadres techniques et les bons joueurs.  Pourquoi réussit-il à le faire au foot et pas dans d’autres secteurs, autrement plus sérieux et stratégiques comme l’Education ou la Santé ?

Il y a quelque chose de cruel à édifier des stades de foot en douze mois alors que les hôpitaux attendent leur sauveur depuis des années. Il y a quelque chose de très violent à refaire les trottoirs d’une ville entière pour les besoins d’un match de foot alors que les victimes du séisme de Marrakech attendent toujours, nous dit-on, un logement définitif.

Les élites semblent avoir choisi leur voie. Et elle n’est pas inclusive. C’est un fait. Est-elle efficace au moins ? L’on peut en douter car l’émergence économique n’est toujours pas au rendez-vous. Les observateurs sérieux le savent très bien, les touristes et les journalistes superficiels l’ignorent car ils confondent un aéroport flambant neuf avec le développement économique.

L’époque est violente. L’actualité des relations internationales nous le rappelle tous les jours. La douceur est en retrait, les forts s’imposent et imposent leurs priorités. Le foot vient avant tout.

Curieusement, alors qu’il n’y a jamais eu autant de femmes dans la politique et le monde des affaires marocain, il n’a jamais été aussi masculin c’est-à-dire dur et sans pitié. Malheur aux vaincus.

Mon père, le Maroc et moi: Une chronique contemporaine

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Charline et le mystère du cordon sanitaire disparu

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DR

Charline Vanhoenacker, c’est la gauche « culturelle » la plus arrogante et la plus bête du monde ! Si la plupart de ses petits camarades d’autrefois ont rejoint la très islamo-gauchiste Radio Nova à la rentrée, la présentatrice des « René du cinéma » belges continue de proposer chez nous ses chroniques lourdingues et ses chansons stupides sur France inter.


Elle est progressiste, écolo, de gauche. Elle officie sur une radio publique qui, ça tombe bien, est progressiste, écolo, de gauche. Belge, elle est rémunérée avec l’argent de tous les contribuables français, y compris ceux qu’elle invective régulièrement. Le 15 décembre dernier, le museau plus fouineur et l’humeur plus vipérine que jamais, Charline Vanhoenacker était interviouwée par un dénommé Loup Espargilière pour le média Vert1. D’habitude, l’humoriste subventionnée essaie d’être drôle et n’y parvient pas. Ce jour-là, ses propos étaient supposés être sérieux mais suintaient la pure bêtise et furent souvent risibles.

Humour engagé

La « queen de la satire politique » – c’est ainsi que Mme Vanhoenacker est présentée sur le site du média écolo – n’était en effet pas là pour rigoler mais pour « conscientiser » l’auditoire et conduire les masses sur les chemins de la résistance. De la résistance à quoi ? De la résistance à qui ? À « l’extrême droite », bien sûr ! Car, c’est bien connu, « on a une extrême droite qui est dominante dans le débat public, dominante culturellement, qui écrase tout avec des armes pas toujours légales en fait, la mauvaise foi, les fakes news, c’est une espèce de rouleau compresseur ». Sur France Inter, ça résiste tant que ça peut mais ce n’est pas simple : « On a une obligation de pluralisme », gémit-elle. Elle regrette par conséquent que la radio publique soit dans l’obligation de recevoir de temps à autre un fils de Satan ou une fille de Méphistophélès, bref, un représentant du RN ou de Reconquête. Mais Mme Vanhoenacker a tenu à rassurer l’auditoire gauchiste qui retenait sa respiration à chaque évocation du Diable chevauchant la « vague réactionnaire » : Radio France tient bon et la majorité de ses employés restent de fervents défenseurs « de l’écologie, des valeurs progressistes, de la liberté d’expression ». Ouf !

En ce qui concerne l’écologie, Charline Vanhoenacker est bien aise, sur le plateau du média Vert, de rappeler que France Inter est au taquet : dès le journal de 8 heures, assure-t-elle, des sujets sur l’environnement sont évoqués. Dans la journée, des journalistes et de nombreux invités militant pour une écologie radicale se relaient au micro pour prêcher la bonne parole du GIEC et sermonner les Français. Elle-même a reçu des sommités écologistes qui, oublie-t-elle de dire, tiennent tous le même discours catastrophique, accusateur et anxiogène, conforme à la charte interne de Radio France stipulant que cette dernière sort« du champ du débat la crise climatique, son existence comme son origine humaine ». Pour les libertés d’opinion et d’expression, on repassera.

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L’humoriste a une conception toute particulière de la liberté d’expression qu’elle dit pourtant défendre « bec et ongles ». Elle raconte, par exemple, qu’une chose l’a « profondément choquée » lorsqu’elle est arrivée en France : le fait de « donner la parole en direct, en toute décontraction, à Marine Le Pen ». Elle ne trouvait ça « ni normal, ni démocratique ». En Belgique, explique-t-elle, les médias francophones pratiquent ce qu’ils appellent le « cordon sanitaire médiatique » : les interventions des représentants politiques classés à l’extrême droite sont systématiquement diffusées en différé afin de vérifier qu’elles « n’appellent pas à la haine » et de rectifier le tir le cas échéant. Ainsi, dit-elle benoîtement, ces politiciens ne sont pas à proprement parler censurés mais leurs propos sont « contextualisés » par des journalistes tout ce qu’il y a de plus consciencieux, c’est-à-dire tout ce qu’il y a de plus à gauche. « La RTBF applique ça et s’y tient strictement », témoigne celle qui espère qu’un jour l’audiovisuel public français adoptera ce « cordon sanitaire » afin que France Inter puisse continuer « à parler à tout le monde » – Mme Vanhoenacker ne semble pas avoir conscience de l’étrange paradoxe que recèle cette élucubration.

Sketchs lourdingues et chansons débiles

Malheureux Belges. En plus de l’islamisation en phase finale de leur pays, ils doivent endurer, eux aussi, les leçons de morale du petit monde culturel, comme le prouve un évènement récent, relaté par Gregory Vanden Bruel dans ces colonnes, mais qui mérite qu’on y revienne. En février 2025, la maîtresse de cérémonie des Magritte du cinéma, l’équivalent belge de nos César, était… Charline Vanhoenacker, qui se surpassa dans le genre gaucho-woke. De sketchs lourdingues en chansons débiles, sans oublier un happening politico-bobo tout ce qu’il y avait de bien-pensant, tout y passa : les interminables diatribes contre Donald Trump et « la montée de l’extrême droite dans le monde », les geignarderies néo-féministes, les pleurnicheries contre « la politique migratoire inhumaine » du gouvernement belge, les appels larmoyants à « déconstruire les imaginaires coloniaux, racistes, misogynes, islamophobes, homophobes et transphobes », etc. – tant et si bien que Charly Herscovici, le président de la Fondation Magritte et détenteur des droits intellectuels de l’œuvre du peintre surréaliste, déclara quelque temps plus tard que le nom de Magritte ne pouvait plus être attaché à cette cérémonie du cinéma parlant de moins en moins de cinéma et transformée en tribunes politiques et militantes. Décidée à se payer la tête de Charly Herscovici, de Magritte et d’un public réfractaire à l’idéologie progressiste, la direction woke de l’académie André Delvaux, organisatrice de cette cérémonie, vient d’annoncer qu’elle rebaptisait celle-ci… les René du cinéma. René comme… René Magritte. Dans La Libre Belgique, le président de la fondation Magritte a dénoncé « une fourberie inimaginable ». Il n’était pas au bout de ses mauvaises surprises. « Avec René, on est dans le tutoiement, dans la proximité », a sournoisement déclaré Jean-Yves Roubin, le nouveau président de l’académie André Delvaux, avant de faire savoir avec, on l’imagine, un sourire en coin, que la maîtresse de la prochaine cérémonie qui se déroulera le 7 mars sera… Charline Vanhoenacker, derechef.

Mais finissons sur une perspective réjouissante, qui sera aussi la preuve d’une fin de règne. En 2019, la cérémonie des Magritte du cinéma, diffusée exclusivement par la Radio-télévision belge francophone (RTBF), attirait encore 169 360 téléspectateurs. En 2024, ils n’étaient plus que… 19 500. En 2025, après avoir décidé de diffuser ce spectacle sur ses antennes via Internet sous le prétexte de s’adapter au goût du public, la RTBF se réjouissait du choix de Charline Vanhoenacker comme maîtresse de cérémonie et espérait un sursaut. Ce fut une débâcle : seuls 15 220 téléspectateurs regardèrent cette réception mondaine, ennuyeuse, emblématique de l’entre-soi culturel de gauche. Il y a de fortes chances que la prochaine cérémonie des René, animée par la moins drôle, la plus bête et la plus arrogante des humoristes belges, sera regardée par encore moins de monde. Quant aux artistes qui gagneront un prix ce soir-là – ou, en France, lors de la prochaine cérémonie des César – on aimerait qu’un véritable trublion ayant l’audace de l’humoriste anglais Ricky Gervais, le maître de cérémonie des Golden Globes 2020 qui osa dire ses quatre vérités à un public composé des plus éminents artistes, réalisateurs et producteurs américains, leur tienne le même discours : « Si vous gagnez un prix ce soir, ne l’utilisez pas comme une tribune pour faire un discours politique. Vous n’êtes pas en position de faire la leçon au public sur quoi que ce soit. Vous ne savez rien du monde réel. La plupart d’entre vous ont passé moins de temps à l’école que Greta Thunberg. Si vous gagnez un prix, montez sur scène, acceptez votre petit trophée, remerciez votre agent et votre dieu, et foutez le camp ! »


  1. https://vert.eco/articles/lhumoriste-charline-vanhoenacker-invitee-de-notre-podcast-cetait-mieux-apres ↩︎

Petit coup de démaquillant idéologique

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Christophe Ventura et Julien Pain. Capture France Info.

Lorsqu’il reçoit un expert de l’IRIS pour l’interroger sur le caractère dictatorial éventuel du régime de Maduro, le journaliste de Franceinfo Julien Pain, spécialiste reconnu enquêtant sur les rumeurs, intox et manipulations, omet toutefois de rappeler le parcours politique de son invité. Un élément qui aurait pourtant été utile à la compréhension du débat.


Sur le service public, la neutralité n’est pas une vertu : c’est un produit cosmétique. Elle s’applique en couches fines, sous une lumière soigneusement réglée. À première vue, tout est impeccable. À y regarder de plus près, on distingue pourtant très nettement le ricil de la neutralité, le fond de teint de l’expertise, le rouge à lèvres politique, le tout vaporisé d’un parfum de grand savoir mêlant jargon universitaire et supériorité morale.

Le procédé est désormais bien connu. Des intervenants sont présentés comme chercheurs, spécialistes, experts « indépendants ». Ils parlent calmement, posément, avec ce ton feutré qui inspire confiance. Ils expliquent le monde, ses fractures, ses injustices — toujours dans la même direction. L’Occident est coupable, les régimes non occidentaux sont complexes, donc excusables. Et tout cela nous est servi comme parole objective, débarrassée de toute idéologie. La politique a disparu… sauf dans le discours lui-même.

Le cas Christophe Ventura

Le problème n’est évidemment pas que ces intervenants aient des convictions. Le problème, c’est qu’on nous les vend sans l’étiquette. On ne dit pas : « voici une lecture idéologique parmi d’autres ». On dit : « voici la réalité ». La neutralité devient alors un argument d’autorité, non un principe méthodologique.

Sur le service public, la neutralité obéit aujourd’hui à une définition implicite mais très précise. Est réputée « objective » une parole qui critique structurellement l’Occident, relativise les régimes autoritaires non occidentaux, refuse les mots qui fâchent lorsqu’ils s’appliquent hors d’Europe, et présente l’histoire occidentale comme une suite de fautes à expier. À l’inverse, toute parole qui défend l’héritage culturel, politique ou civilisationnel de la France et de l’Occident est immédiatement qualifiée de partisane, suspecte, voire dangereuse.

Un petit coup de démaquillant permet alors de voir ce qui se cache sous le maquillage. Prenons un cas d’école. Sur les antennes de France Info, on voit régulièrement intervenir Christophe Ventura, présenté comme « chercheur », « spécialiste » ou « expert » des relations internationales. Ricil parfaitement appliqué, fond de teint uniforme, parfum discret : la panoplie est complète.

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Or le parcours de l’intéressé est public. Christophe Ventura a été militant et membre du Parti de gauche, formation fondée par Jean-Luc Mélenchon. Il a participé à des initiatives politiques aux côtés de responsables comme Éric Coquerel. Il ne s’agit pas d’un soupçon, mais d’éléments de parcours accessibles à tous.

Sur le fond, rien d’illégitime à cet engagement. Le problème commence lorsque cet engagement disparaît au moment de la présentation médiatique. Sur France Info, Christophe Ventura ne parle pas comme intellectuel engagé, mais comme expert neutre. Or cet expert refuse de qualifier le régime de Nicolás Maduro de dictature[1] et considère l’idéologie chaviste comme politiquement légitime. Ce ne sont pas des constats techniques : ce sont des choix normatifs, donc politiques — mais maquillés en objectivité.

C’est à ce moment précis que surgit ce qui n’est plus un détail, mais une ligne idéologique structurante. Christophe Ventura a participé à des séminaires et travaux consacrés à la désoccidentalisation du monde, aux côtés d’autres intellectuels partageant la même grille de lecture. Ce n’est pas anecdotique : c’est révélateur.

Car derrière l’expression flatteuse de « désoccidentalisation du monde » se cache une supercherie conceptuelle. Le monde non occidental n’est, par définition, pas occidental. En réalité, ce qui est visé n’est pas le monde, mais l’Occident lui-même. Il s’agit de désoccidentaliser l’Occident, de défranciser la France, de délégitimer son histoire, sa culture, ses normes politiques et sociales. Le vocabulaire est global, mais l’opération est interne.

Cette grille idéologique n’est pas marginale : elle est devenue le fonds de commerce intellectuel du service public. Elle structure les invitations, les analyses, les mots employés — ou refusés. Elle permet de présenter comme neutre ce qui est en réalité un projet politique : celui de la déconstruction systématique de l’Occident, toujours décrit comme coupable, jamais comme héritier.

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Le contraste apparaît encore plus nettement lorsqu’on observe ce qui se passe dans l’autre sens. Nicolas Pouvreau-Monti, à la tête de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, travaille à partir de données publiques issues de l’INSEE, du ministère de l’Intérieur et de l’INED. Autrement dit : des chiffres officiels, institutionnels, vérifiables.

Ici, point de ricil de la neutralité. Le maquillage est retiré d’emblée. Avant même l’analyse, l’étiquette tombe : « politiquement orienté ». Peu importe que les sources soient publiques ; peu importe qu’elles proviennent des mêmes institutions invoquées ailleurs comme autorités indiscutables. La neutralité ne dépend manifestement ni des faits ni des chiffres, mais de la direction dans laquelle regarde le discours.

Conclusion – Le miroir nettoyé

Le petit coup de démaquillant idéologique ne vise ni à faire taire, ni à exclure. Il vise à nommer. Nommer les grilles de lecture, nommer les engagements, nommer les projets politiques quand ils existent.

Une démocratie adulte n’a rien à craindre de la confrontation des idées. Elle a tout à perdre avec la fausse objectivité, celle qui maquille une idéologie en expertise et transforme une ligne éditoriale en évidence morale.

Quand le ricil de la neutralité sert à détourner le regard, quand le fond de teint de l’expertise masque l’engagement, quand le parfum du grand savoir remplace la clarté, le service public cesse d’informer. Il commence à orienter sans l’assumer. Et ce jour-là, ce n’est pas la neutralité qui est en danger, mais la confiance.


[1] Selon l’expert, si la Corée du Nord est bien une dictature, en comparaison le Venezuela ne l’est pas car il n’y a pas de parti unique même si les résultats électoraux y sont contestés…

«Macron aura eu l’air d’un président mais il n’avait pas la chanson»

Marcel Gauchet © Hannah Assouline

Emmanuel Macron a-t-il remis la République en marche, comme il le promettait en 2017 ? Pour le plus fin des analystes du « nœud démocratique », rien n’est moins sûr. Le chef de l’État, si brillant soit-il, n’a pas compris la dimension populaire et patriotique de notre contrat social…


Causeur. Dès 2022, vous constatiez que la révolution annoncée s’était transformée en « statu quo agité ». Mais en est-il le seul ou même le premier responsable ? Les Français ont élu deux fois un homme dont ils ont refusé les réformes avec constance. Comment gouverner un peuple qui refuse de travailler plus, mais veut quand même une protection maximale ?

Marcel Gauchet. Je n’aurais pas l’idée de faire du peuple français un modèle de vertu civique, de rationalité économique et d’intelligence politique ! Heureusement, il est divers et contradictoire. Mais il a quelques excuses. Souvenez-vous du climat dans lequel se sont déroulées les élections de 2022. Pour commencer, une population déboussolée par le confinement et le quoi qu’il en coûte. Dans quelles conditions Macron aurait-il terminé son premier mandat sans le Covid et la peur dont il a joué à fond pour se rendre irremplaçable ? Là-dessus, l’agression russe de l’Ukraine, la guerre pour de bon, cette fois, pas loin de nous. Renforcement de la peur, et renforcement concomitant du réflexe légitimiste. Enfin, la peur, toujours la peur, devant la perspective de l’arrivée du Rassemblement national au pouvoir et du saut dans l’inconnu qu’elle aurait représenté. Macron II est le produit de cet empilement de peurs. Une peur qui est déjà le sentiment naturellement dominant d’une société de vieux et qui pousse à l’immobilisme. Si on veut faire bouger les choses, ce n’est pas sur ce socle affectif qu’il faut compter. Macron a réussi à se proroger en s’appuyant sur des ressorts qui allaient l’empêcher d’agir.

En 2022, on savait qu’Emmanuel Macron était immigrationniste et européiste. Si les Français ont cédé au chantage au populisme, n’est-ce pas que l’alternative manquait de crédibilité ?

Il y avait pire que le manque de crédibilité, il y avait la crainte de l’amateurisme et de l’incompétence du personnel du RN et la crainte en plus des troubles que son arrivée au pouvoir ne manquerait pas de susciter.

On a beaucoup reproché au président son mépris, mais n’avons-nous pas tendance à nous sentir méprisés dès qu’on ne nous traite pas en victimes ?

Le mépris qui lui est reproché n’est pas tellement le sien – c’est un reproche dont on peut l’exonérer – que celui du milieu qu’il représente. Ce mépris a la particularité d’être largement inconscient. Il est imprimé dans un discours qui suppose que, si vous n’êtes pas d’accord, vous êtes un barbare en plus d’un ignorant. La clé du malaise politique est dans ce sentiment d’une très grande partie de la population de n’être pas compris, d’être méconnu avec bonne conscience. Cela peut donner le victimisme, en effet, mais ce n’est pas le moteur principal.

La crise politique que nous traversons est-elle la marque de son échec ou signe-t-elle l’incapacité de nos institutions à représenter/civiliser nos clivages ? La Ve est-elle encore adaptée à un paysage politique aussi fragmenté que le nôtre ? Pourquoi les élections ne fabriquent-elles plus de légitimité ?

L’échec de Macron couronne et parachève celui de ses prédécesseurs. Ce n’est pas une question de République. La proportionnelle qu’on nous concocte comme le remède à tous nos maux ne fera qu’aggraver les choses. Le problème est culturel. Il a sa source dans un changement de monde auquel la société française est profondément réfractaire. Les élites dirigeantes jouent le jeu et le gros de la troupe ne suit pas. Cela s’aggrave avec le nouveau changement de monde qui est en train de s’engager par contrecoup du précédent et prend à contrepied l’Europe dysfonctionnelle qui servait à faire passer la pilule. Comment des gens manifestement dépassés par ce qui se passe pourraient-ils compter sur une légitimité solide ? Seules la protestation ou la sécession ont un peu de légitimité.

Macron a échoué à remplacer le clivage droite-gauche par le clivage progressistes/conservateurs. Était-il si absurde de rassembler la droite et la gauche, anciennement dites « de gouvernement », qui pensaient à peu près la même chose dans l’« extrême centre » ?

Ce n’était pas absurde, mais ces « partis de gouvernement » étaient eux-mêmes en voie d’implosion par fuite de leur base. Les additionner ne pouvait aboutir qu’à renforcer une gauche de gauche et une droite de droite. Une gauche de gauche vouée en dernier ressort à s’allier au centre progressiste (le « front républicain ») face à une droite de droite faite d’une grande partie de l’ancien électorat de gauche. Le macronisme aura été un accélérateur de recomposition.

Le discours du chef d’état-major des armées nous appelant au réarmement a suscité des critiques violentes sur le thème « nous ne mourrons pas pour Kiev » (ce qu’il ne demande pas). Mais sommes-nous prêts à mourir pour quoi que ce soit ? Voulons-nous rester une puissance ou sortir de l’histoire ?

C’est l’exemple même du télescopage d’un discours de fond somme toute banal par un contexte qui lui donne un autre sens en créant une confusion inextricable. Comme les gens ont parfaitement identifié les ficelles de la communication – qui n’a abouti, soit dit au passage, qu’à renforcer la défiance envers le discours officiel –, ils ont vu dans les propos du CEMA une annonce sournoise de notre engagement en Ukraine. C’était fatal. Rien à voir avec le problème du dévouement patriotique. Pour le mobiliser, cet épisode en est l’illustration, il y faut ce qui nous manque le plus : la confiance dans le commandement.

Vous avez parlé au sujet de Macron d’un progressisme autoritaire. Sa volonté de lutter contre les fake news confirme-t-elle cette appréciation ? Ne faut-il pas déplorer son impuissance (y compris sur ce sujet) plutôt que son autoritarisme ?

Quand je parlais de progressisme autoritaire, je visais moins des actes qu’une attitude. J’y faisais déjà allusion, il y a une fermeture intolérante étrange dans ce discours progressiste qui se veut pourtant libéral, mais qui disqualifie a priori les gens qui ne pensent « pas bien ». Pour ce sectarisme par ailleurs mou, il ne peut s’agir que d’imbéciles potentiellement criminels. Des cons et des salauds, comme dirait Alain Souchon. D’où l’invocation d’une nécessaire sévérité sans faille à l’égard de ces malotrus. Or l’exigence démocratique par excellence, c’est d’être capable de se mettre à la place des gens qui ne pensent pas comme vous, y compris pour les combattre. En fait, cet autoritarisme inconséquent ne peut aller très loin. Ce qu’il faut reprocher à Macron, en l’occurrence, c’est son irréalisme. Sa « labellisation » n’aboutirait qu’à polluer un peu plus un espace public déjà mal en point sans élever le niveau de l’information en circulation. L’absurdité de l’idée devrait suffire à la tuer.

Qu’a-t-il manqué à Emmanuel Macron pour être un grand président ?

Beaucoup de choses, à commencer par la principale : la connaissance et l’amour de son pays, au lieu de la préférence pour sa petite personne et son minable bagage de bon élève. Macron aura eu l’air d’un président, il faut le lui accorder, mais il n’avait pas la chanson.

Ali Khamenei, le Guide devenu geôlier

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Téhéran, 9 janvier 2026 © Iranian Supreme Leader'S Office/ZUMA/SIPA

L’Iran, la doctrine khomeiniste, la machine répressive et la menace de guerre


Ce n’est pas moi qui le demande, c’est Dieu qui exige que vous soyez pendu. Ce sont, dit-on, les paroles qu’un juge avait prononcées lors de l’une des précédentes manifestations contre le régime iranien. C’est l’accusation d’« ennemi de Dieu » qui devrait être déployée ces jours-ci contre les manifestants arrêtés. Le verdict habituel d’une telle incrimination est la mort, car Dieu ne se négocie pas.

Une répression sanglante

Il parait que les juges ne vont pas prononcer ce verdict pour retirer à Trump une raison de frapper le régime iranien. Mais dans ce pays en blackout qui a coupé Internet et pourchasse sans relâche les utilisateurs de terminaux Starlink, tout indique que la répression est terrible, même si la prudence légitime de certains médias sur l’Iran contraste avec leur empressement à publier les chiffres du Hamas à Gaza. Un Iranien témoignant à visage découvert (un courage inouï) fait état de 15 000 morts au 15 janvier.

La morgue de Kahrizak, au Sud de Téhéran, d’où sont parvenues les effrayantes images des cadavres dans des bâches en plastique n’est pas un lieu inconnu. C’est déjà là que les corps de nombreux détenus torturés à mort dans les centres de détentions voisins étaient rendus aux familles, sous paiement dit-on, avec de faux certificats de décès, lors des révoltes de 2009 et 2022.

Kahrizak, province de Téhéran, Iran, 13/01/2026 – Des familles et des habitants se rassemblent au bureau du médecin légiste de Kahrizak le 13 janvier 2026, faisant face à des rangées de sacs mortuaires alors qu’ils recherchent des proches tués lors de la violente répression du régime contre les manifestations nationales. La scène reflète l’ampleur des pertes signalées ces derniers jours, tandis que les endeuillés se déplacent en silence et dans la détresse parmi les corps recouverts. Photo obtenue auprès de l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran. (C) MEK/The Media Express/SIPA

Ce régime sanguinaire manipule jusqu’au nom même de l’accusation qui conduit à la mort. Se comporter en ennemi de Dieu signifiait avant 1979 être un bandit de grand chemin dépouillant les voyageurs. Ce terme désuet de «muharabeh» a été depuis lors recyclé pour juger des manifestants dont l’immense majorité sont pacifiques. Rien n’exprime plus clairement l’essence de la théocratie iranienne : être un opposant du régime, c’est être un ennemi de Dieu.

Ce n’est là que l’une des distorsions au chiisme traditionnel que l’on doit à l’imam Khomeini.

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Celui-ci, alors qu’il était exilé à Najaf, la grande ville chiite de l’Irak, a développé une doctrine à l’encontre de celle des responsables religieux traditionnels du chiisme. Alors que ceux-ci estimaient que leur rôle était d’enseigner la population, de la protéger si besoin contre les abus et surtout de maintenir l’espoir du retour du Messie chiite, l’imam caché, ce douzième imam (chiisme duodécimain) mystérieusement disparu, qu’on appelle le Mahdi et qui fera régner la justice. A Najaf aujourd’hui encore le vieil ayatollah Sostani prêche cette doctrine qui fut largement majoritaire et qu’on qualifie de quiétiste.

En Irak, à l’abri de la police du Shah, qui de toute façon méprisait ce vieux clerc déconnecté du monde moderne,  Khomeini commença à enseigner une autre doctrine, suivant laquelle le pouvoir politique devait être arraché des mains des laïcs, susceptibles  de conduire la société vers des abominations modernistes et remis aux soins d’un responsable religieux, un «savant» de la foi chiite qui serait le garant ultime, tant que le douzième imam ne réapparaissait pas, de l’adéquation des lois avec les ordres divins. 

C’est le velayat e-faqih, qu’on traduit par «tutelle du jurisconsulte», ce jurisconsulte qu’on appelle le  «Guide Suprême». 

A la mort de Khomeini, le successeur désigné, l’Ayatollah Montazeri, était en disgrâce car il avait critiqué les exécutions massives d’opposants politiques. C’est Ali Khamenei qui le remplaça : il n’avait aucun charisme, une compétence religieuse minime (il fut bombardé ayatollah en urgence), un passé de terroriste ; il était dévoué au défunt Khomeini. 

Le très malin Akbar Hashemi Rafsandjani, président de la République, qui fait élire Khamenei par l’Assemblée des experts, pense qu’avec un Guide Suprême aussi peu reluisant, c’est lui qui deviendra le véritable maitre du pays. Erreur : s’appuyant sur les Gardiens de la Révolution, leur concédant des pouvoirs de plus en plus exorbitants, Khamenei entame un règne qui depuis 37 ans a prolongé la servitude de la population iranienne.

Khomeini avait confisqué Dieu. Au nom de cette appropriation, il a envoyé sans l’ombre d’un remords des enfants de douze ans, munis d’un collier en plastique présentant les clefs du paradis, se faire massacrer sur les mines et les batteries irakiennes pendant la guerre qui ravagea les deux pays.

Axe de la « résistance »

Par sa victoire sur le Shah, il était devenu une référence pour certains penseurs occidentaux qui se voulaient alors à la pointe du progrès intellectuel. Certains de leurs héritiers sont prêts encore aujourd’hui à témoigner à la théocratie qu’il a créée beaucoup d’indulgence et beaucoup de silence puisqu’elle se trouve dans le camp du bien, celui de l’anti-impérialisme, de l’anticolonialisme et de l’antisionisme. Le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU a même offert à l’Iran la présidence d’un Forum social dédié aux droits des femmes, une décision particulièrement sinistre quelques mois après l’assassinat de Mahsa Amini et la répression féroce du mouvement Femme, Vie, Liberté.

En 1979, Khomeini ne cherchait pas uniquement à bâtir une théocratie en Iran. Il désirait éloigner le monde musulman des néfastes tentations occidentales, l’islamiser suivant ses normes avant de l’envoyer à la conquête du monde. Mais comment faire alors qu’un musulman sur dix seulement est chiite duodécimain, la seule catégorie, et encore, susceptible de considérer l’ayatollah Khomeini comme son guide spirituel ?

La solution, d’une simplicité géniale, a été reprise par Khomeini aux candidats laïcs à l’hégémonie arabe : il s’agissait de faire de l’Iran  la tête de file d’un combat sacré unissant tous les musulmans contre un ennemi commun diabolisé. L’Etat d’Israel, cet Etat dont le nom n’est jamais prononcé, présentait évidemment tous les avantages : suffisamment récent pour que le ressentiment soit vif, suffisamment petit pour que la victoire paraisse à portée de main, suffisamment ancien pour que ressorte le vieux mépris envers le juif dhimmi et suffisamment cohérent politiquement puisque le Shah avait avec Israël des relations quasi-diplomatiques.

Lorsque Khomeini s’installe au pouvoir en 1979, Yasser Arafat est donc le premier homme politique accueilli à Téhéran. Il reçoit les clefs de l’ancienne délégation d’Israel devenue Ambassade de la Palestine et une journée de Jérusalem est décrétée chaque année le dernier vendredi du mois de Ramadan. 

Mais – hélas! –  l’idylle est de courte durée. Au lieu de soutenir Khomeini lors de la guerre avec l’Irak, Arafat reste fidèle au camp sunnite et prend le parti de Saddam Hussein.

Mais Khomeini a une autre carte sunnite dans la main, celle des Frères Musulmans. Il apprécie leurs théories, surtout la version deSayyid Qutb, héritier intellectuel de Hassan el Banna, plus radical que ce dernier, qui a explicitement appelé au djihad contre l’Occident et que Nasser a pendu. C’est un jeune militant extrémiste iranien, Navvab Safavi, plus tard exécuté par le Shah, qui a servi de lien idéologique alors que Khomeini était encore à Qom et qui l’a convaincu que les divergences entre sunnites et chiites pesaient moins que la lutte contre l’ennemi impérialiste et sioniste.

L’alliance entre Frères Musulmans et Iraniens passera par des périodes de tension, par exemple en 1982 quand les frères Assad, alliés de l’Iran, massacreront les Frères musulmans en Syrie à Hama, mais elle ne sera jamais complètement rompue.

Dans les années 80, une partie des Frères Musulmans égyptiens, très malmenés par Nasser, sort des prisons sous Sadate qui cherche à les cantonner à des activités sociales. Mais une branche plus jeune du mouvement, influencée par Qutb, retourne dans la clandestinité, assassine Sadate, et prépare la future al-Qaida. Le Frère musulman palestinien Abdullah Azzam devient le mentor du jeune Oussama Ben  Laden. Celui-ci entretiendra un mariage de raison avec l’Iran sur la base de leurs ennemis communs, faisant des différences religieuses entre sunnites et chiites un point de divergence secondaire par rapport à la lutte contre l’ennemi commun occidental (Daech, au contraire, a fait du massacre des renégats chiites une exigence religieuse).

Au début des années 90, l’Iran, désormais dominé par les Gardiens de la Révolution, est devenu ainsi le principal soutien financier du Hamas, créé en 1987 par la branche palestinienne des Frères Musulmans. Khaled Machaal, l’un de ses chefs, a déclaré que le Hamas était le fils spirituel de l’Ayatollah Khomeini.

Au-delà des financements, l’Iran a fourni au Hamas un savoir-faire militaire (missiles) et une profondeur stratégique (l’axe de la «résistance» avec le Hezbollah libanais, la Syrie des Assad, les chiites irakiens, les Houthis du Yémen).  A l’abri derrière ses proxies, l’Iran, aidé par la naïveté et le déni de la guerre qui étaient de règle en Occident, construisait patiemment son arsenal nucléaire dont il voulait faire le symbole de sa suprématie dans le monde islamique et dont chacun comprenait que Israël en serait la première cible.

L’alliance avec les Frères Musulmans ne facilitait pas seulement à l’Iran le soutien du monde sunnite. L’utilisation des réseaux relationnels que les Frères avaient patiemment tissés dans les pays occidentaux lui permettait de mieux infiltrer ce monde et y trouver des soutiens d’autant plus efficaces qu’ils n’étaient pas explicites.

Des spécialistes comme Emmanuel Razavi ont expliqué le détail de la « pieuvre » que l’Iran avait peu à peu construite à l’intérieur de nos pays avec l’appui naïf ou intéressé de personnalités d’influence ou de pouvoir. Il ressort notamment de leurs travaux l’image d’un Iran extrêmement actif dans la désinformation et la propagande anti-israélienne.

Demain, la guerre ?

La question de l’intervention des Américains ou des Israéliens ou des deux est aujourd’hui sur toutes les lèvres. Beaucoup pensent qu’elle est inéluctable. Certains regrettent déjà une nouvelle atteinte à l’ordre international, comme si ces termes avaient un sens avec un régime qui depuis près de cinquante ans vit par la terreur, le mensonge, l’hypocrisie et la menace et qui n’hésitera devant rien pour détruire ses opposants.

D’autres alertent sur une chute des mollahs qui engendrerait un chaos inimaginable, et ils rappellent des exemples tels celui de l’Irak ou de l’Afghanistan. Ces exemples ne sont pas pertinents, s’agissant pour le premier d’un pays artificiel aux multiples fractures ethniques et religieuses, pour l’autre d’une impossible géographie combinée à un grand conservatisme matériel et spirituel et pour les deux à l’absence d’une figure d’incarnation démocratique.

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Le gouvernement iranien est unanimement détesté dans son pays (plus de 80% d’opposants disent les spécialistes), alors que, contrairement au passé, un successeur potentiel largement consensuel se détache, Reza Pahlavi, dont les récentes interventions ont montré qu’il avait une véritable envergure de rassembleur pour une nation traumatisée mais en grande partie de haut niveau intellectuel.

Plus importants, probablement aux yeux de Donald Trump, sont les réactions de ses alliés arabes qui malgré les divergences avec l’Iran ne voient pas d’un bon œil un écrasement de l’Iran qui pourrait renforcer un Etat d’Israel qui, accords d’Abraham ou pas, est perçu par leur population comme l’ennemi.

A cela s’ajoutent les deux pays où l’influence des Frères Musulmans est majeure: le Qatar qui partage avec l’Iran l’exploitation de ses ressources gazières et surtout la Turquie d’Erdogan, un allié américain au poids militaire important, à la fiabilité douteuse et à l’hostilité anti-israélienne profonde, dont les grandes ambitions géopolitiques se concilient assez bien, sur le dos des Kurdes notamment, avec un Iran voisin aux abois avec lequel il entretient des relations économiques profondes.

Et puis, il y a la Russie qui perdrait un allié militairement important dans sa guerre contre l’Ukraine alors qu’elle vient de subir un échec au Vénézuéla. Il y a la réaction potentielle de la Chine qui apprécie les fournisseurs de pétrole à prix cassés comme le sont les Iraniens, qui pour l’instant ne s’est pas exprimée, qui ne peut qu’être hostile à la chute des mollahs, qui sait qu’elle est en ligne de mire du président américain et qui ne peut que chercher à profiter de ses moindres défaillances.

Il y a surtout l’imprévisibilité de Donald Trump lui-même, un homme dont l’inculture, la brutalité langagière, le narcissisme, la fausse virilité et le goût du spectacle masquent une réelle cohérence géopolitique. Enfin, bien entendu, il y a la crainte des conséquences de la guerre sur les populations civiles en Iran, mais aussi dans les pays que l’Iran menace de représailles. Israël, qui est au premier rang de ces menaces s’y prépare depuis longtemps. Malgré les risques à court terme pour le pays, on y trouve bien peu de citoyens prêts à accorder la moindre confiance à une mollahcratie qui a fait du mensonge, de la terreur et de la haine des Juifs l’oxygène de sa survie.

Malentendus et quiproquos

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Des manifestants brandissent une banderole « Résistance » lors d’un rassemblement pro-palestinien à Paris, 14 novembre 2024 © SOPA Images/SIPA

Terroriste ou résistant ? Antisémite ou antisioniste ? Nous employons tous les mêmes mots mais ils n’ont pas toujours le même sens. Nous n’avons pas le même récit, les mêmes héros, les mêmes valeurs. Le séparatisme est aussi dans la langue.


Il y a beaucoup de malentendus chez nous autres Occidentaux. Nous péchons trop souvent par occidentalo-morphisme. Nous prêtons aux populations du tiers-monde des sentiments, des idéaux, des aspirations qui sont ceux du monde libre mais qui ne font pas rêver grand monde de l’autre côté de la planète. Les islamistes succèdent aux dictateurs après les printemps arabes. L’URSS tombe et les masses russes nostalgiques d’une l’époque où l’empire écrasait, annexait, soumettait ses voisins élisent un petit caporal du KGB aux pratiques mafieuses. Ailleurs, la liberté qui devait sauver le monde effraye ou indiffère, et nous allons de déceptions en désillusions.

Revenus des échecs répétés à exporter la démocratie, conscients que l’idéalisme néo-conservateur est une utopie dangereuse, c’est à présent chez nous que nous sommes déçus. Après avoir laissé entrer des millions de musulmans à qui nous avons donné des papiers et offert le monde libre, nous constatons, amers et inquiets, qu’une partie d’entre eux crache dessus. Dans les années 1980, les vieilles femmes arabes intégralement voilées de blanc que l’on croisait à la Goutte d’or nous semblaient être une espèce en voie de disparition. Le vent de notre liberté envolait les voiles des jeunes générations de maghrébines échevelées et délurées. À présent, le quartier serait hanté par des fantômes de femmes dans l’uniforme de l’ennemi si on laissait faire.

Des Français arabes avec cuir et banane faisaient du rock’n’roll. Les Costards chantaient : « Pour me remplir les poches, je m’envoie des vieilles pleines d’artiche, et plus elles sont moches, et plus je deviens riche. » Carte de séjour reprenait « Douce France, cher pays de mon enfance. »

Aujourd’hui, c’est Nique la France à tous les étages. Quelque chose a changé. Entre la France et ces néo-Français, il y a comme un malentendu.

Il y a aussi quelques quiproquos dans le débat public. Nous utilisons les mêmes mots que nos adversaires politiques mais ils n’ont pas toujours le même sens.

Nous nous insurgeons lorsque l’islamo-gauchiste appelle « résistant » un membre du Hamas.

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Pour nous, un résistant, c’est un Français qui est parti à Londres continuer le combat quand la France chantait Maréchal nous voilà.

Un résistant, c’est aussi celui qui fait sauter les rails d’une voie de chemin de fer pour stopper un train qui emporte des soldats, des tableaux de maîtres vers l’Allemagne, ou même, quand il reste de la dynamite, un convoi de familles juives en partance pour l’extermination.

Un résistant, c’est même celui qui s’est planqué dans le maquis pour échapper au STO et en est redescendu après la bataille pour tondre celles qui s’étaient données au vainqueur.

Mais dans notre langue, jamais le résistant ne prend en otages des civils, ne viole des femmes ou ne tue des enfants, et inversement.

Dans le monde islamique, la résistance c’est autre chose. N’est-ce pas par le viol, le meurtre et le rapt de civils, depuis l’Hégire, la conquête ottomane, les barbaresques, le FLN algérien, les mouvements de libération de la Palestine, et aujourd’hui le djihadisme, que l’Islam résiste à l’existence offensante d’autres religions, d’autres peuples, d’autres pensées, d’autres mœurs, d’autres façons d’être femme et à toutes les façons d’être homosexuel ?

Aussi, lorsque l’islamo-gauchiste tient à reconnaître au Hamas aujourd’hui comme à l’OLP hier, qui n’avait pas attendu les Frères musulmans pour poser des bombes réglées sur l’heure de la sortie devant les écoles ou pour attaquer des athlètes dans un village olympique ; lorsque le LFiste voit des résistants chez ceux qui se planquent derrière leurs femmes et leurs enfants pour lancer des roquettes sur des villages israéliens, même si nous avons du mal à lui donner raison, nous devons reconnaître qu’il a ses raisons. Et manifestement, il n’est pas question pour lui d’accepter que l’on réduise le terme « résistant » à sa seule acception occidentale et judéo-chrétienne.

Sur l’antisémitisme et l’antisionisme, là encore, il y a malentendu. Nous disons à l’islamo-gauchiste, au bord de l’intelligence avec l’ennemi, que l’antisionisme est le nouveau nom de l’antisémitisme et il s’en indigne. Il défend son droit d’être antisioniste sans être antisémite, enfin celui chez qui le gauchisme est la conviction et l’islamisme l’opportunité car les choses sont moins claires chez celui pour qui c’est l’inverse. Il faut le comprendre. Le sioniste est le Juif souverain, celui qui relève la tête, hisse un drapeau, chante un hymne, défend ses frontières, prend les armes et rend les coups. Le juif qui, s’il voulait contrarier un gauchiste ne s’y prendrait pas autrement.

En revanche, il n’a rien contre le juif sans frontières, donc sans défense. Celui d’avant, qui rasait les murs dans les ghettos, à la merci des pogroms. Il n’a aucun problème avec le capitaine Dreyfus ou avec Anne Frank. En poussant un peu on pourrait dire que pour l’islamo-gauchiste, un bon juif est un juif persécuté ou un juif mort.

Et puis il a de très bons amis juifs parmi lesquels il compte Daniel Schneiderman ou Rony Brauman, alors l’accuser d’antisémitisme, on n’est pas loin du complot juif, enfin sioniste.

Il aime les juifs apatrides, dhimmis, dilués ou dispersés parmi les nations, pas souverains. Stefan Zweig et Marc Chagall, oui. Ariel Sharon et Benyamin Netanyahu, non.

Il n’est donc pas antisémite, il est antisioniste, dans le cadre de la définition : l’antisionisme, c’est le droit des peuples à disposer de leurs juifs.

L'affranchi

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La fermeture des maisons Klaus

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La France a décidé d’interdire les maisons closes (réellement closes depuis 1946) après la collaboration


Pour Jean-Philippe Tanguy, membre actif du RN et député de la Somme, ce serait une bonne chose que la réouverture des maisons closes, afin d’offrir aux prostituées un cadre de travail sécurisant et à leurs clients un plaisir sécurisé.

N’en déplaise aux coincés de la braguette, à l’heure où les bistrots et bars PMU demandent leur inscription au patrimoine de l’Unesco, les maisons closes méritent une opération portes ouvertes. Elles ont inspiré la plume d’écrivains comme Guy de Maupassant, le pinceau de peintres comme Toulouse-Lautrec… illustrant tous les charmes de la Belle Époque.

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Une éventuelle réouverture de ces maisons de tolérance, réellement closes depuis 1946, amène à se demander pourquoi elles ont été fermées. C’est, à la fin de la dernière guerre, à la Libération, à l’heure de l’épuration, l’idée d’une certaine Marthe Richard. Élue de Paris, elle prétendait mettre fin à l’exploitation des morues par des maquereaux, mais ce n’est pas ce fléau qui fit pencher la balance. Durant l’Occupation, les Hans, Franz et autres Klaus de l’armée allemande composaient une clientèle qui raffolait des petites femmes du Gross Paris, dans des établissements comme le One Two Two ou Le Chabanais. Marthe Richard enfonça le clou : « Durant l’Occupation, les maisons de tolérance ont été des centres actifs de la trahison, leurs tenanciers des pourvoyeurs de la Gestapo ». La fermeture le 13 avril 1946 des bordels sanctionnait ainsi la fesse cachée de la collaboration. Accessoirement Marthe Richard demandait la destruction du fichier des filles « soumises », tenu par la police. Pour se refaire une « virginité » ? Née le 15 avril 1889 en Lorraine, Marthe avait fait ses premiers pas dans la vie active en battant les trottoirs de Nancy, avant de monter à Paris, pour tenir le haut du pavé, grâce à des amours intéressées et des liaisons enrichissantes.

Un scoop: les policiers ne sont pas des bureaucrates…

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© Rachel Boßmeyer/DPA/SIPA

Une révolution procédurale ? Le nouveau préfet de Paris entend décharger les policiers des tâches répétitives grâce à l’IA et aux technologies (vidéoprotection algorithmique, automatisation, simplification administrative) pour qu’ils puissent se consacrer pleinement à l’enquête et à la sécurité opérationnelle.


Le nouveau préfet de police, Patrice Faure, a un plan de bataille pour endiguer la délinquance à Paris[1]. Il mise « sur le savoir-faire de ses 43 000 agents mais également sur les nouvelles technologies telles que les drones, l’IA et les caméras intelligentes ». Je ne doute pas de l’efficacité de ces dispositifs, mais l’essentiel réside dans la volonté du préfet – confortée par la détermination du ministre de l’Intérieur – de redynamiser l’investigation et le judiciaire.

Formalisme procédural excessif

Actuellement, au sein de la préfecture de police, la filière investigation emploie environ 6 000 enquêteurs, dont un tiers au sein de la PJ et deux tiers au sein de la sécurité publique. Cela fait des années que, sans me pousser du col, je dénonce oralement et par écrit la plaie de la bureaucratie procédurale, qui affecte pour le pire aussi bien l’activité policière que les processus judiciaires. Aussi, quand le préfet déclare que « les enquêteurs ploient sous des montagnes de dossiers et ont le sentiment de passer davantage de temps à répondre au formalisme procédural qu’à contribuer à la manifestation de la vérité », on comprendra pourquoi sa dénonciation me touche et me convainc.

Le culte excessif des formes et des garanties, le respect obsessionnel de la périphérie, sont en train d’étouffer l’essentiel : le fond et la possibilité qu’il devrait offrir – débarrassé de toutes les superfluités qui font souvent davantage plaisir aux transgresseurs qu’aux enquêteurs – de se consacrer à l’élucidation et, en définitive, à la manifestation de la vérité.

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Ce n’est pas l’accumulation des délais, des détails, des permissions ici, des interdictions là, de mille obstacles entre le réel à questionner et la mission des investigateurs, qui rendra les enquêtes plus rapides et plus opératoires, bien au contraire. Elle n’a pour effet, et souvent pour but, que d’entraver, en se trompant de cible, l’impératif premier d’une société et d’une démocratie décidées à se protéger et à se défendre : la qualité des armes dont elles disposent et le droit d’en user.

Rupture

Ce propos du préfet de police dépasse très largement le champ qui est le sien et renvoie, bien au-delà de celui-ci, aux méfaits du byzantinisme procédural et de l’enchevêtrement des normes dans le domaine judiciaire, notamment en matière criminelle.

Quand, à Paris comme à Aix-en-Provence, « les juridictions vont libérer des criminels faute de pouvoir les juger dans les temps… la justice pénale n’étant plus au bord du gouffre mais en chute libre », l’alternative est simple pour les magistrats concernés : soit ils s’estiment capables et légitimes pour adopter des pratiques de rupture qui, devançant ou contredisant la loi, chercheraient par tous les moyens à éviter le scandale de libérations dangereuses ; soit l’on change très rapidement les règles de l’État de droit, en lui assignant une priorité de sauvegarde sociale, afin de prévenir le pire annoncé par certains procureurs généraux. Qui, réunis, ont d’ailleurs suggéré que puisse être instauré un plaider-coupable en matière criminelle, à la double condition que les faits soient intégralement reconnus et que leur auteur y consente. Une telle procédure réduirait à l’évidence le nombre considérable de dossiers en souffrance.

La conclusion à tirer de ces constats négatifs est qu’il convient de ne pas faire endosser aux enquêteurs et aux juges un rôle pour lequel ils ne sont pas faits : ils ne sont pas voués à être des bureaucrates.


[1] https://www.lefigaro.fr/actualite-france/agressions-cambriolages-escroqueries-le-plan-de-bataille-du-nouveau-prefet-de-police-pour-endiguer-la-delinquance-a-paris-20260113

🎙️ Podcast: Iran, Venezuela, Groenland: Donald Trump omniprésent

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Donald Trump débarque de Air Force One à Joint Base Andrews, Midland, Etats-Unis, le 13/01/2026 Luis M. Alvarez/AP/SIPA

Avec Harold Hyman, Gil Mihaely et Jeremy Stubbs.


A l’heure actuelle, Donald Trump semble avoir mis en pause l’idée d’une intervention militaire en Iran – à moins que ce ne soit une feinte avant une frappe décisive. En tout cas, depuis son action contre le régime des mollahs en juin 2025 et celle, plus récente, pour décapiter le régime de Maduro au Venezuela, toute menace de la part de Donald Trump est à prendre au sérieux.

On apprend que les Américains seraient en négociation avec les autorités iraniennes. En réalité, il y a toujours des contacts fréquents entre les deux gouvernements, par exemple au sujet d’événements se passant en Irak où les deux sont présents. Quand on annonce des « négociations », il s’agit d’une mise en scène particulière de ces contacts. Dans le cas présent, ce n’est pas dans l’intérêt des Etats-Unis d’accepter trop vite des concessions de la part du régime iranien, car en continuant de mettre la pressions sur ce dernier, ils pourront en obtenir beaucoup plus.

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Si l’opération pour enlever Maduro s’est révélée une réussite totale sur le plan de l’exécution, il faut se demander si le risque pris par Donald Trump en commandant une telle action n’était pas trop élevé par rapport à l’avantage à en tirer. Il se peut que le président américain ne soit pas prêt, à l’heure présente, à prendre un risque similaire ou encore plus élevé en Iran.

Dans le cas du Venezuela, Trump semble jouer sur deux tableaux à la fois, en maintenant au pouvoir le numéro deux de Maduro, Delcy Rodríguez, et en recevant à Washington la grande figure de l’opposition, María Corina Machado. Cet opportunisme d’acrobate trouve un reflet dans la posture qu’il adopte, qui n’est ni celle d’un George Bush va-t-en-guerre, ni celle d’un Jimmy Carter timide.

Dans la mesure où il ne faut pas sous-estimer le sérieux des menaces de Donald Trump, celles concernant le Groenland pourraient représenter un grand danger pour son administration si elles étaient réalisées. Non seulement une action militaire contre le Groenland pourrait ébranler sérieusement l’alliance atlantique avec les Européens, mais elle pourrait aussi constituer un cas de conscience pour tout officier supérieur appelé à conduire des missions dans le cadre d’une telle action. De plus, il est fort possible qu’une trop grande focalisation sur la politique étrangère finisse par empoisonner le mouvement MAGA de l’intérieur, d’autant que la base du président ne partage pas son intérêt pour le Groenland.

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Donald Trump a l’air d’être omniprésent en ce moment. Est-ce qu’il n’est pas en train de trop présumer de ses propres forces – et des forces américaines ainsi que de la patience du public américain?