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Petit coup de démaquillant idéologique

Le service public, ou l’art d’être neutre… toujours dans la même direction


Petit coup de démaquillant idéologique
Christophe Ventura et Julien Pain. Capture France Info.

Lorsqu’il reçoit un expert de l’IRIS pour l’interroger sur le caractère dictatorial éventuel du régime de Maduro, le journaliste de Franceinfo Julien Pain, spécialiste reconnu enquêtant sur les rumeurs, intox et manipulations, omet toutefois de rappeler le parcours politique de son invité. Un élément qui aurait pourtant été utile à la compréhension du débat.


Sur le service public, la neutralité n’est pas une vertu : c’est un produit cosmétique. Elle s’applique en couches fines, sous une lumière soigneusement réglée. À première vue, tout est impeccable. À y regarder de plus près, on distingue pourtant très nettement le ricil de la neutralité, le fond de teint de l’expertise, le rouge à lèvres politique, le tout vaporisé d’un parfum de grand savoir mêlant jargon universitaire et supériorité morale.

Le procédé est désormais bien connu. Des intervenants sont présentés comme chercheurs, spécialistes, experts « indépendants ». Ils parlent calmement, posément, avec ce ton feutré qui inspire confiance. Ils expliquent le monde, ses fractures, ses injustices — toujours dans la même direction. L’Occident est coupable, les régimes non occidentaux sont complexes, donc excusables. Et tout cela nous est servi comme parole objective, débarrassée de toute idéologie. La politique a disparu… sauf dans le discours lui-même.

Le cas Christophe Ventura

Le problème n’est évidemment pas que ces intervenants aient des convictions. Le problème, c’est qu’on nous les vend sans l’étiquette. On ne dit pas : « voici une lecture idéologique parmi d’autres ». On dit : « voici la réalité ». La neutralité devient alors un argument d’autorité, non un principe méthodologique.

Sur le service public, la neutralité obéit aujourd’hui à une définition implicite mais très précise. Est réputée « objective » une parole qui critique structurellement l’Occident, relativise les régimes autoritaires non occidentaux, refuse les mots qui fâchent lorsqu’ils s’appliquent hors d’Europe, et présente l’histoire occidentale comme une suite de fautes à expier. À l’inverse, toute parole qui défend l’héritage culturel, politique ou civilisationnel de la France et de l’Occident est immédiatement qualifiée de partisane, suspecte, voire dangereuse.

Un petit coup de démaquillant permet alors de voir ce qui se cache sous le maquillage. Prenons un cas d’école. Sur les antennes de France Info, on voit régulièrement intervenir Christophe Ventura, présenté comme « chercheur », « spécialiste » ou « expert » des relations internationales. Ricil parfaitement appliqué, fond de teint uniforme, parfum discret : la panoplie est complète.

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Or le parcours de l’intéressé est public. Christophe Ventura a été militant et membre du Parti de gauche, formation fondée par Jean-Luc Mélenchon. Il a participé à des initiatives politiques aux côtés de responsables comme Éric Coquerel. Il ne s’agit pas d’un soupçon, mais d’éléments de parcours accessibles à tous.

Sur le fond, rien d’illégitime à cet engagement. Le problème commence lorsque cet engagement disparaît au moment de la présentation médiatique. Sur France Info, Christophe Ventura ne parle pas comme intellectuel engagé, mais comme expert neutre. Or cet expert refuse de qualifier le régime de Nicolás Maduro de dictature[1] et considère l’idéologie chaviste comme politiquement légitime. Ce ne sont pas des constats techniques : ce sont des choix normatifs, donc politiques — mais maquillés en objectivité.

C’est à ce moment précis que surgit ce qui n’est plus un détail, mais une ligne idéologique structurante. Christophe Ventura a participé à des séminaires et travaux consacrés à la désoccidentalisation du monde, aux côtés d’autres intellectuels partageant la même grille de lecture. Ce n’est pas anecdotique : c’est révélateur.

Car derrière l’expression flatteuse de « désoccidentalisation du monde » se cache une supercherie conceptuelle. Le monde non occidental n’est, par définition, pas occidental. En réalité, ce qui est visé n’est pas le monde, mais l’Occident lui-même. Il s’agit de désoccidentaliser l’Occident, de défranciser la France, de délégitimer son histoire, sa culture, ses normes politiques et sociales. Le vocabulaire est global, mais l’opération est interne.

Cette grille idéologique n’est pas marginale : elle est devenue le fonds de commerce intellectuel du service public. Elle structure les invitations, les analyses, les mots employés — ou refusés. Elle permet de présenter comme neutre ce qui est en réalité un projet politique : celui de la déconstruction systématique de l’Occident, toujours décrit comme coupable, jamais comme héritier.

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Le contraste apparaît encore plus nettement lorsqu’on observe ce qui se passe dans l’autre sens. Nicolas Pouvreau-Monti, à la tête de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, travaille à partir de données publiques issues de l’INSEE, du ministère de l’Intérieur et de l’INED. Autrement dit : des chiffres officiels, institutionnels, vérifiables.

Ici, point de ricil de la neutralité. Le maquillage est retiré d’emblée. Avant même l’analyse, l’étiquette tombe : « politiquement orienté ». Peu importe que les sources soient publiques ; peu importe qu’elles proviennent des mêmes institutions invoquées ailleurs comme autorités indiscutables. La neutralité ne dépend manifestement ni des faits ni des chiffres, mais de la direction dans laquelle regarde le discours.

Conclusion – Le miroir nettoyé

Le petit coup de démaquillant idéologique ne vise ni à faire taire, ni à exclure. Il vise à nommer. Nommer les grilles de lecture, nommer les engagements, nommer les projets politiques quand ils existent.

Une démocratie adulte n’a rien à craindre de la confrontation des idées. Elle a tout à perdre avec la fausse objectivité, celle qui maquille une idéologie en expertise et transforme une ligne éditoriale en évidence morale.

Quand le ricil de la neutralité sert à détourner le regard, quand le fond de teint de l’expertise masque l’engagement, quand le parfum du grand savoir remplace la clarté, le service public cesse d’informer. Il commence à orienter sans l’assumer. Et ce jour-là, ce n’est pas la neutralité qui est en danger, mais la confiance.

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[1] Selon l’expert, si la Corée du Nord est bien une dictature, en comparaison le Venezuela ne l’est pas car il n’y a pas de parti unique même si les résultats électoraux y sont contestés…



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