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À table avec Albert Nahmias

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Figure incontournable de la gastronomie française depuis près d’un demi-siècle, le critique, consultant et confident des grands chefs Albert Nahmias publie le guide de ses meilleures tables parisiennes. De quoi ouvrir l’appétit.


Albert Nahmias ne touche pas une casserole mais règne sur les cuisines de France et de Navarre avec une prédilection pour celles de la capitale. « Marrakchi d’inspiration, parisien à mi-temps et newyorkais de cœur (ou l’inverse) », selon les mots de son fidèle ami Gilles Pudlowski, Monsieur Albert est doté d’une insatiable curiosité et d’un sérieux flair pour dénicher le chef talentueux et la table accueillante. Il a lui-même construit sa légende dès la fin des années 1970 en ouvrant avec son épouse d’alors, Dominique Versini, le restaurant Olympe dans le quartier Montparnasse. Cuisinière autodidacte et inspirée, Madame est aux fourneaux et Monsieur à la salle. Personne ne résiste à sa faconde, à son humour, et Olympe devient le refuge discret du Tout-Paris.

120 adresses

La vie l’éloigne du XVe arrondissement mais le rapproche de tous les chefs qui ont inscrit la gastronomie dans notre roman national. La lecture de ses Petites Histoires de grands chefs (Éditions Hugo & Cie, 2015), préfacé par Alain Ducasse, donne la mesure de la démesure rabelaisienne d’une existence vouée à la bonne chère et à ceux qui la travaillent, jusqu’à devenir une histoire d’amitiés. Albert Nahmias aime les saveurs exotiques autant que les brasseries chics, les bistrots autant que les grandes tables. Il aime la fantaisie et la subtilité, ces compagnons d’une noble bombance.

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On retrouve cette générosité au fil des pages de Promenades d’un Parisien. Soit 120 adresses, connues et méconnues, qui prouvent que Paris demeure une capitale de la gastronomie. Ne cherchez pas les petits cœurs ou la note sur dix. Si ces restaurants figurent dans ce guide, c’est qu’ils le méritent. Le seul classement dans cet ouvrage est thématique : viande ; poisson ; innovant ; bistrot ; brasserie ; classique ; méditerranéen ; italien, asiatique et bouillon. Albert Nahmias franchit même le Périph pour fureter les bons plats servis à Boulogne-Billancourt, Clichy et Meudon.

De son œil, il décrit la salle, son décor et son atmosphère ; de son palais, il passe au crible la qualité des mets. Tous les mets. Du cèleri rémoulade du Bacca’v de Gilles Choukroun (Ve) à la gelée de homard au caviar de l’Atelier Joël Robuchon (VIIIe) en passant par la soupe du Phở Bida Vietnam (XIIIe), ce sont toutes les traditions, tous les savoir-faire qui défilent pour le plus grand bonheur de l’amateur qui cherche à se sustenter.

Le plus dur sera de choisir.


Promenades d’un Parisien, Albert Nahmias, préface de Gilles Pudlowski, Florentin, 2025. 164 pages

Promenades d'un parisien

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Petites histoires de grands chefs

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Mercosur, festival de postures

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L’Assemblée nationale n’a pas adopté les deux motions de censure défendues par Mathilde Panot pour LFI et Hélène Laporte pour le RN, hier. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen devrait signer le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur le 17 janvier au Paraguay.


En dépit de l’opposition française, le traité du Mercosur sera signé. Ce qui nous offre un impayable festival de postures. Comme l’a dit le Premier ministre en réponse aux motions de censure à venir de la part du RN ou LFI, tout le monde en France est désormais contre, y compris ceux qui l’ont soutenu.

À l’exception de quelques éditorialistes courageux, traités de « libéraux » – une insulte suprême en France, nous observons une soudaine unanimité contre un traité négocié depuis 30 ans.

Torrents d’émotion et de pleurnicheries

Les Européistes qui nous expliquaient qu’être contre l’UE, c’était fasciste découvrent que dans l’Europe à 27 très peu de décisions sont prises à l’unanimité et que donc, une opposition de la France peut être surmontée. Si le Mercosur peut exister contre la France, c’est parce que le traité de Lisbonne a fait revenir par la fenêtre la Constitution chassée par la porte.

Les libre-échangistes qui éructaient dès qu’on parlait de protectionnisme découvrent tout à coup les vertus des frontières. Même Emmanuel Macron, président qui assume en temps normal son européisme, renonce à défendre les améliorations qu’il a obtenues dans la négociation pour aller dans le sens de l’opinion.

Résultat : le Mercosur, c’est notre bouc-émissaire idéal, le nouveau diable, le Goldstein de 1984 qui est responsable de tous nos maux.

A lire aussi: Les juges et les urnes

Mais on peut comprendre la colère des agriculteurs, bien sûr. On peut et on doit la comprendre. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils ont raison sur tout. Or, comme les gilets jaunes à leurs débuts, les agriculteurs et leur colère sont sanctifiés. Les « agriculteurs », déjà, cela ne veut rien dire. Ils ne pensent pas tous la même chose. On pleure sur leur sort et pendant ce temps on achète de la sauce tomate fabriquée en Chine ou des ananas en décembre.

Si des paysans se suicident, si leurs enfants abandonnent, si tant d’exploitations disparaissent, ce n’est pas à cause du Mercosur, lequel n’est pas encore entré en vigueur. La concurrence intra-européenne voire chinoise les pénalise beaucoup plus, ainsi que l’avalanche de normes européennes parfois alourdies par la France. Le Mercosur devrait être bénéfique, non seulement pour notre industrie, mais aussi pour certains secteurs agricoles. Il ne s’agit pas d’applaudir le Mercosur, mais on doit pouvoir aussi le dire.

Par ailleurs, de même qu’on ne peut pas avoir une industrie française et payer nos iPhones au prix du travail chinois, on ne peut pas exiger une alimentation à bas prix et une agriculture de qualité. Il faut choisir. Si on veut des poulets qui gambadent en France et des vaches qui broutent de l’herbe dans nos jolies provinces, il faut changer de téléphone ou de Nike moins souvent. Les agriculteurs devraient se méfier de leurs 60 millions d’amis qui dénoncent en cœur les effets dont ils chérissaient les causes.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Patrick Roger

Nouvelle-Calédonie: l’État doit soutenir les loyalistes attachés à la France

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Demain, 16 janvier, Emmanuel Macron réunit à Paris les responsables politiques calédoniens pour relancer les discussions sur l’avenir institutionnel du territoire. Mais la rencontre semble vouée à l’échec avant même d’avoir commencé, le FLNKS ayant, dans un ultime affront au chef de l’Etat, refusé d’y participer.


Depuis mai 2024, l’État recule face à une stratégie indépendantiste fondée sur le rapport de force. Les faits sont éloquents. Cette année-là, le gouvernement entreprend de corriger une anomalie démocratique majeure issue des accords de Nouméa: le gel du corps électoral, privant des citoyens français du vote là où ils habitent, pour les élections provinciales déterminantes sur ce territoire largement autonome.

Chronique d’un abandon progressif

À l’initiative de Gérald Darmanin et de Gabriel Attal, une réforme est proposée pour intégrer les natifs et les résidents installés depuis plus de dix ans : près de 26 000 citoyens français, soit environ un quart du corps électoral potentiel, jusque-là exclus du vote provincial, qui détermine également la composition du Congrès de Nouvelle-Calédonie, organe législatif dont est issu l’exécutif local. Le Sénat puis l’Assemblée nationale adoptent le texte à une très large majorité, lui conférant une légitimité politique et institutionnelle incontestable.

Les émeutes insurrectionnelles

Le jour même du vote à l’Assemblée nationale, des émeutes insurrectionnelles éclatent sur le Caillou. Elles durent plusieurs semaines, provoquant 14 morts – dont deux gendarmes –, plus de 700 blessés, ainsi qu’une paralysie économique durable. Les dégâts matériels sont estimés à 2,2 milliards d’euros. L’État cède immédiatement : la réforme est suspendue, puis abandonnée à l’automne 2024 et les élections provinciales sont reportées.

C’est dans ce contexte que Manuel Valls, nommé ministre des Outre-mer, reprend le dossier. En mai 2025, lors de la réunion de Deva en Nouvelle Calédonie, il propose – à la stupéfaction générale – un schéma d’« indépendance-association » perçu par beaucoup comme un renoncement à la souveraineté française. Le projet prévoit le transfert de compétences régaliennes essentielles à un futur « État calédonien », ne laissant à la France que des prérogatives résiduelles. Les loyalistes s’y opposent, estimant qu’il s’agirait d’un abandon du territoire au profit des indépendantistes.

Le compromis de Bougival, puis son effondrement

Face à un rapport de force défavorable, avec désormais un gouvernement qui ne les défend plus, les loyalistes adoptent une stratégie de repli pragmatique. À Bougival, en juillet 2025, ils acceptent un compromis institutionnel déséquilibré, comportant de nombreuses concessions : création d’un « État de Nouvelle-Calédonie » au sein de la République, reconnaissance d’une nationalité calédonienne distincte, élargissement des compétences locales et possibilité de transferts régaliens par un vote renforcé du Congrès. En échange, ils obtiennent un dégel partiel du corps électoral pour les résidents depuis plus de dix ans.  L’accord est signé par toutes les parties, y compris le FLNKS.

Mais dès l’été 2025, le FLNKS renie sa signature et se retire de l’accord sous la pression de sa base, jugeant le texte incompatible avec l’objectif d’indépendance pleine et entière. L’État tente alors de sauver le processus en annonçant une consultation populaire sur le texte de Bougival, avant d’y renoncer face à la menace de boycott et au risque de nouvelles violences.

Retour à la case départ

La concertation annoncée début 2026 par Emmanuel Macron intervient dans un climat d’incertitude totale : la réforme électorale a été abandonnée, l’accord de Bougival est caduc et la Nouvelle-Calédonie se retrouve dans une situation identique à celle de début 2024, mais avec un État affaibli et une économie exsangue.

Dans cette séquence, les loyalistes apparaissent comme les grands perdants. Ils ont accepté des compromis défavorables proposés par l’État et assumé la responsabilité de la stabilité de l’île, sans jamais obtenir de réciprocité.

Le dégel du corps électoral, une nécessité

Le dégel du corps électoral est indispensable. Il conditionne la légitimité des élections provinciales et l’égalité civique des citoyens français de Nouvelle-Calédonie. Tant que l’État n’affirmera pas clairement cette priorité, il restera prisonnier d’un dialogue asymétrique où l’un des acteurs refuse toute solution qui ne conduirait pas mécaniquement à l’indépendance.

Il faut également tirer une conclusion politique évidente : le FLNKS n’acceptera aucun compromis significatif.  Son objectif est l’indépendance, et rien d’autre. L’État doit en prendre acte et cesser de structurer sa stratégie autour d’un acteur qui refuse la démocratie et mise sur le départ des non kanak de l’île.  A trois reprises, les Calédoniens ont voté par référendum pour rester français. La responsabilité de Paris est désormais d’avancer avec la population calédonienne attachée à la France, à l’égalité civique et à la stabilité.

Mayotte : Comment l’immigration détruit une société

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Antisèches antisémites

Le président Emmanuel Macron a dénoncé hier le contenu d’un manuel scolaire de révision du baccalauréat jugé « intolérable » pour avoir déformé les faits du conflit israélo-palestinien et relativisé les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, poussant l’éditeur Hachette à rappeler les exemplaires concernés. « Un manuel de révision du baccalauréat qui falsifie les faits: c’est intolérable », a estimé M. Macron, ajoutant que « le révisionnisme n’a pas sa place en République ». Face à la polémique, la LICRA avait signalé les passages controversés et motivé les excuses publiques et la correction de l’ouvrage par l’éditeur.


Ça ose tout… C’est même à ça qu’on les reconnaît. Bien sûr, en fins connaisseurs d’Audiard que vous êtes, vous aurez immédiatement complété le propos. « Les » mais qui donc sont ces « Les » ? Les cons bien entendu.

En fait vous y êtes presque. Il s’agit bien de cons. Mais en pire, en plus dangereux puisqu’ils appartiennent à cette engeance bien pourrie qui s’immisce un peu partout dans notre société ces temps-ci, les négationnistes-révisionnistes-antisémites.

On les trouve même à la rédaction de manuels de révision pour le bac publiés par une des plus glorieuses enseignes de l’édition française, Hachette pour ne pas la nommer.

L’objet du délit. J’allais écrire l’objet du crime, car, en effet, à ce niveau de mauvaise foi, de malhonnêteté intellectuelle, de falsification du réel, de viol de la vérité, on peut parler de crime. Le manuel en question prétend aborder le conflit israélo-palestinien, en particulier les sinistres événements du 7 octobre 2023. Voilà ce qu’on peut y lire : « En 2023, à la suite de la mort de plus de 1200 colons juifs lors d’une série d’attaques du Hamas, Israël décide de renforcer son blocus économique et d’envahir une grande partie de la bande de Gaza, entraînant une crise humanitaire de grande ampleur dans la région. »

Nous sommes devant une transcription pour le moins militante des faits, qui en douterait ? « La mort (de quoi, d’ailleurs ? d’un coup de chaud concomitamment à l’attaque, sans doute) de plus de 1200 colons juifs, est-il écrit. »  Oui, « colons juifs » tient-on à préciser, histoire bien évidemment de laisser entendre que les horreurs, les viols, les tortures subis par ces victimes n’étaient pas si immérités que cela et que ce qui leur a été infligé ne saurait être désigné par les seuls mots qui pourtant conviennent : pogrom, massacre, barbarie…

A lire aussi, Jeremy Stubbs: L’Ukraine: le zakouski de Poutine?

On soulignera par ailleurs le peu de souci que le rédacteur a de préciser ce qu’est en réalité le Hamas. À lire ces lignes, quel élève en révision de bac irait de lui-même lui accoler le qualificatif terroriste ? Qualificatif que les instances internationales ont d’ailleurs validé, certaines en traînant quelque peu les pieds, il est vrai.

Pire encore, Israël est ici désigné comme le seul vrai coupable de cette avalanche de drames. Coupable d’avoir décidé (sans vraie raison, par caprice, sous le feu d’un subit délire paranoïaque, peut-être bien ?) « d’envahir une grande partie de la bande de Gaza et d’avoir causé la grande crise humanitaire qui s’en est suivie ».    

J’imagine un instant la frustration du pondeur – ou de la pondeuse – de ces lignes, son dépit de n’avoir pas pu aller au bout de son intention,  d’avoir dû renoncer à employer le terme de « génocide » ! Il (ou elle) aurait tellement préféré cela ! Mais c’était poussé le bouchon de la haine et du mensonge un peu trop loin tout de même.

Devant un tel déni, une telle manipulation de la réalité, même le président Macron a jugé utile de se cabrer. C’est dire. Il condamne. Avec fermeté. Sa main ne tremblera pas, croit-on comprendre, chaque fois qu’il s’agira de lutter contre l’antisémitisme. Comment le croire, lui qui, plombé de trouille, s’est abstenu de marcher contre cette peste désormais revigorée chez nous, lorsque les présidents des deux chambres parlementaires de la République y appelaient. Allons donc ! Tartuffe un jour, Tartuffe toujours…

Reste la question terrifiante : comment est-il possible que quelqu’un, aujourd’hui, au sein de l’équipe éditoriale d’une maison d’édition  – que dis-je ? Une maison d’édition ! Une institution culturelle, un fleuron patrimonial du savoir français – ait pu délibérément écrire une telle foutaise, tant intellectuelle que morale ? Et comment celle-ci a-t-elle pu franchir les étapes de relectures et de corrections sans que personne ne s’avise de la gravité des faits ?

Encore un petit peu de patience, et ils en viendront à nous exposer tranquillement que c’est à la suite d’une malencontreuse et regrettable épidémie de gastro mal soignée que trois ou quatre millions d’êtres humains sont morts à Auschwitz-Birkenau. Ils osent tout, vous dis-je. Et nous n’en sommes probablement qu’au début.

Qu’on ne me dise pas que j’exagère. L’usage ad nauseam du terme génocide pour évoquer ce qui se déroulait à Gaza – si affligeant et douloureux, si triste que cela ait été – avait aussi, en filigrane, pour finalité d’instiller l’intention perverse de donner à penser que, toutes choses étant égales par ailleurs, le génocide, le vrai, le bien réel, celui de la Shoah, n’était finalement pas aussi monstrueux que cela !

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Delcy Rodriguez: femme de paille ou grande intrigante?

Qui est vraiment la présidente par intérim du Venezuela? Si elle donnait sous Maduro l’image d’une dure, dogmatique et fidèle, des rumeurs avancent à présent qu’elle aurait pu n’être qu’une traîtresse, une gorge profonde de la CIA cachant bien son double-jeu… À la différence de tous les autres hiérarques du régime, elle ne figurait pas, ainsi que son frère président de l’Assemblée, sur la liste de la DEA. En revanche, elle est sanctionnée par l’Europe pour non-respect des droits de l’homme.


Dans les années 1990, à Paris où régnait « une xénophobie très forte, dans le métro, par exemple, des arabes étaient brûlés vifs, le système était vraiment terrible et très excluant… » Mais qui est donc à l’origine de cette aussi stupéfiante que surprenante révélation passée à l’époque inaperçue ? Rien de moins que l’actuelle présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez Gomez. Cette anecdote est très révélatrice d’un tempérament peu enclin, le moins qu’on puisse dire, à la nuance…

Une « emmerdeuse »

D’ailleurs, son mentor politique, Nicolás Maduro, aujourd’hui incarcéré à New York après sa spectaculaire capture, digne de la scène culte des hélicoptères d’Apocalypse Now, et qui attend, aux côtés de son épouse Celia Flores, un procès qui s’annonce long, principalement pour trafic de drogue, l’avait surnommée « la tigresse ». En espagnol, « tigresa » a la connotation de teigneuse. Si elle s’est vue reconnaître cette qualité ambiguë d’emmerdeuse qui ne lâche rien, c’est pour une raison simple : sa propension à invectiver sans la moindre retenue, à la manière d’un Fidel Castro, non seulement les opposants au régime, mais aussi les dirigeants d’autres pays, notamment lors de forums internationaux tels que ceux de l’Organisation des États américains (OEA), auxquels elle participait lorsqu’elle était ministre des Affaires étrangères, de 2014 à 2017. Mais après, au choix, l’arrestation ou l’enlèvement de l’ancien président, la « tigresse » a soudain montré qu’elle pouvait n’être que « de papier ».

A peine, en raison de sa qualité de vice-présidente depuis 2018, avait-elle succédé à ce dernier, faisant d’elle à 56 ans la première femme à la tête de cet Etat tropical disposant des plus grandes réserves de pétrole du monde, elle s’était empressée de proclamer avec la touche d’arrogance qui la singularise que « Maduro était l’unique président », qu’elle exigeait des preuves immédiates de vie et affirmait péremptoirement que « le Venezuela ne serait la colonie de personne. »

Du tac au tac, Trump lui rappela que c’était lui qui l’avait installée dans le fauteuil présidentiel et qu’en conséquence elle avait à prendre soin de ses abattis. « Si elle ne fait pas ce qu’il faut, avait-il prévenu sans ambages dans une interview à The Atlantic, elle va payer un prix très cher, probablement plus élevé que celui de Maduro. »

Le message, elle le reçut 5/5. Dans la foulée, elle réunit d’urgence son gouvernement et fit repentance. A l’issue de la réunion, elle publia un communiqué dans lequel elle se proposait « de travailler conjointement (…) avec les Etats-unis à un agenda de coopération axé sur un développement partagé (…). »

Marco Rubio, vice-roi de l’Amérique latine

Dans sa conférence de presse confirmant la totale réussite de l’opération « Détermination totale », Trump avait révélé que son chef de la diplomatie, le secrétaire d’Etat Marco Rubio, de parents cubains venus en Floride bien avant la prise du pouvoir par Castro en 1958, avait eu quelque temps auparavant une conversation avec elle. Cette confidence délibérée pose la question clé à laquelle il est difficile de répondre pour le moment : qui est donc en réalité Delcy Rogriguez Gomez ? La femme de paille, d’abord de Maduro puis maintenant de Trump, ou une grande intrigante qui joue sa carte personnelle sans trop s’embarrasser de considérations éthiques ?

Que se sont dit Rubio, qu’on surnomme maintenant le Vice-roi de l’Amérique latine, et elle ? Bien sûr, il n’a pu que la mettre au parfum de ce qui s’ourdissait et lui signifier ce qu’on attendait d’elle. Et pour ce faire, il fallait qu’il ait une pleine confiance en la personne, être certain qu’elle serait plus muette qu’une carpe. Curieux, étrange, qu’il ait pensé à elle. Sa réputation jusqu’alors était celle d’une dure de dure du régime, une dogmatique invétérée, une passionaria véhémente, d’être la seule personne de totale confiance de Maduro, celle dont on ne pouvait pas imaginer qu’elle puisse jouer un double-jeu. De toute évidence, il apparaît que MM. Trump et Rubio ne l’ont pas trouvée dans une pochette surprise… pour lui confier la mission d’assurer une transition ne devant pas virer au chaos, forts des enseignements des moultes autres désastreuses interventions américaines tous azimuts, inaugurées avec la guerre du Vietnam.

Plusieurs organes de presse latinos ou espagnols se sont aventurés à suggérer qu’elle pourrait être probablement l’agent de la CIA, placée ou retournée par l’agence de renseignements, auprès de Maduro. Un détail qui tend à donner du crédit à cette hypothèse : comment ont-ils communiqué entre eux ? Rubio ne l’a pas appelée sur son portable ou sur son fixe à son domicile et encore moins à son bureau pour avoir un échange de cette nature. Dans un régime totalitaire, quiconque a des responsabilités se sent épié donc est toujours, peu ou prou, sur ses gardes. C’est la moindre des prudences. Ils ont eu recours très certainement à un moyen spécifique, propre à un service de renseignements les mettant à l’abri d’oreilles curieuses.

Cependant, ce n’est certainement pas elle qui a donné les renseignements techniques qui ont permis la prouesse militaire de la capture de Maduro. Elle n’en avait pas la compétence. Cela n’a pu être que le fait d’un expert de la chose guerrière. Les soupçons se portent sur deux hommes. Le premier est le chef de la Garde d’honneur de la république, le général Javier Marcano Tabata, à qui incombait la responsabilité de la protection de Maduro, donc au parfum de son intimité. Il avait sous ses ordres les 32 gardes du corps cubains dont deux colonels qui ont été tués. Le second est le ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino Lopez, en fonction depuis 2014. La passivité des forces armées interroge. Aucun des 5 000 missiles sol-air russes à la leur disposition n’a été tiré pour faire barrage à la « chevauchée fantastique » des 150 avions et hélicoptères impliqués. Si Delcy Rodriguez Gomez a été une taupe de la CIA, sa collaboration n’a pu être que politique.

Des études en Europe, un frère président de l’Assemblée nationale

De petite taille, ayant pris quelques rondeurs avec la soixantaine approchant, lunettes à monture fine mais aux grands verres lui mangeant la moitié du visage, cheveux mi-longs noirs de jais, souriante malgré sa réputation de peste, l’actuelle présidente a dès sa prime enfance baignée dans une ambiance de gauche radicale petite bourgeoise. Son père, José Antonio Rodriguez, a été le fondateur de la Ligue socialiste, une organisation guevariste prônant la lutte armée. Elle avait 7 ans quand il est mort en 1976 en prison sous le régime du corrompu social-démocrate Carlos Andrès Perez. Il était accusé d’être impliqué dans l’enlèvement du patron de la filiale d’une société américaine. Officiellement, il se serait suicidé ; ses proches affirment qu’il a succombé à la torture. Dès ses années de collège, Delcy Rodriguez Gomez s’est engagée en politique « pour d’abord venger, dira-t-elle, son père. »

En 1993, à la fin de son droit à l’université de Caracas, elle obtient une bourse pour faire un 3ème cycle de droit social à Nanterre qu’elle n’a apparemment jamais terminé. C’est pendant les quatre années passées à Paris qu’elle a constaté qu’on « brûlait vifs des arabes dans le métro. » Ensuite, elle va à Londres et s’inscrit en sciences sociales à l’université privée Birkbeck, accueillant surtout des étudiants étrangers. Là aussi, semble-t-il, elle n’a pas conclu ses études.

A son retour au pays, Hugo Chavez est déjà au pouvoir, a échappé en 2002 à un coup d’Etat de l’armée. Grâce à l’entremise de son frère unique, Jorge, de 4 ans son aîné, psychiatre, membre très influent du régime, vice-président de Chavez de 2007 à 2008, à un moment où le pouvoir s’est radicalisé et est devenu répressif, elle se retrouve en février 2006 chef de cabinet de la présidence. Mais ne la supportant plus, Chavez s’en débarrasse au bout de six mois. Elle ne cessait pas de lui faire la leçon, lui n’ayant eu qu’une formation un peu rudimentaire de militaire…  Son frère est aujourd’hui le président de l’Assemblée nationale ce qui lui confère un rôle crucial dans l’évolution du régime, notamment en pouvant être le pont éventuel entre le pouvoir et l’opposition.

Elle ne reviendra aux affaires qu’avec l’accession au pouvoir de Maduro après la mort en 2013 de Chavez d’un cancer. Il la fait d’abord sa ministre de la Communication et de l’Information, puis, de 2014 à 2017 des Affaires étrangères à cause de son expérience européenne. L’année suivante, il lui confie la présidence de l’Assemblée constituante. Son rôle consistera alors à museler l’opposition. Une fois la constitution adoptée en 2018 – elle était écrite d’avance afin de donner les pleins pouvoirs au chef de l’Etat-  elle est promue vice-présidente, fonction qu’elle cumulera avec deux ministères coquilles vides, celui en 2020 des Finances dont la tâche essentielle consiste à procéder à des dévaluations successives, et en 2024 celui du Pétrole dont l’exploitation tourne au ralenti.

Aucune de ses biographies ne fait mention d’un quelconque mariage ou d’enfants. Elle serait célibataire. Une rumeur lui prête une liaison avec l’un des fils d’une des plus riches familles du pays, ayant fait sa fortune dans l’import-export, d’origine syro-libanaise, de 20 ans plus jeune qu’elle, s’appelant Youssef Aboud Nassif. Son mandat d’intérim se terminera le 5 avril. Il peut être reconduit pour 90 jours. Ce qui devrait la conduire à la tête de l’Etat jusqu’au 5 juillet… en principe, sauf…

Israël: le pays retient son souffle

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En Israël, la vie du ciel et celle de la terre sont souvent indissociables. Aujourd’hui, la matinée fut venteuse, couverte même, tandis que l’après-midi s’est offert un soleil franc et un ciel parfaitement dégagé, à l’image des va-et-vient des nouvelles et des menaces de guerre qui affleurent, puis s’effacent, avant de revenir.

Malgré le plan de paix de Charm el-Cheikh, la guerre n’est pas vraiment terminée

Depuis la mi-octobre, et plus précisément depuis le 13 octobre, jour de la libération d’otages, le pays traverse une période singulière : un entre-deux marqué à la fois par l’espoir et l’inquiétude, par l’envie d’en finir avec la guerre et la conscience qu’elle n’est pas vraiment terminée.

À ce jour, il reste encore le corps de Ran Gvili, qui n’a pas été restitué. Comme si ce corps, celui du dernier otage, était devenu le symbole même de cette parenthèse impossible à refermer. Tant qu’il n’est pas revenu, rien ne se clôt vraiment.

Il est toujours difficile de prendre le pouls d’un pays aussi disparate qu’Israel. Dans les grandes villes, la reprise est visible. Les terrasses de Tel Aviv se remplissent à nouveau, la vie sociale redémarre, les invitations reprennent, les touristes étaient là, en nombre, pour les fêtes de fin d’année.

Mais derrière cette apparence de normalité, le ressenti dominant demeure celui d’une pesanteur collective. Les énergies circulent moins librement, les conversations se font plus prudentes, les rassemblements sont plus laborieux, comme si la société vivait dans une attente diffuse, inconsciente, traversée d’une lassitude larvée.

Phase de décompression

Comme toujours, chacun se raconte l’histoire qui lui permet d’expliquer cette atmosphère étrange. Certains y lisent la conviction qu’une confrontation directe avec l’Iran pourrait être imminente : les citoyens économisent leurs forces, sortent un peu moins, se concentrent sur l’essentiel. D’autres soulignent l’effet combiné de l’hiver, des tempêtes annoncées, et de la fatigue générale après des mois de tension continue. Nous sommes nombreux à vivre une forme de décompensation émotionnelle après deux années de résilience forcée. D’autres encore y voient l’effet d’échéances politiques prochaines, qui pourraient raviver les fractures internes.

A lire aussi, Gil Mihaely: Iran: qui aura le plus peur?

Ce qui domine également, c’est la divergence des narratifs autour de la guerre du 7-Octobre et de ses conséquences. Si tous s’accordent pour parler du 7-Octobre comme d’un point de bascule stratégique majeur, certains y voient aussi la manifestation d’une puissance divine. Dans une lecture largement partagée, l’attaque du Hamas, aussi meurtrière fût-elle, n’a pas atteint ce qui aurait pu être son objectif ultime : l’éradication totale d’Israël par une attaque coordonnée de grande ampleur, simultanée sur plusieurs fronts, y compris à l’intérieur du pays.

Sans l’orgueil de Yahya Sinwar, qui a voulu agir seul et précipiter l’offensive, Israël n’aurait peut-être pas eu le temps de se ressaisir, de reprendre l’initiative militaire et de contrôler le rythme de l’escalade.

Pour d’autres, la question des responsabilités politiques n’a toujours pas été posée, et à mesure que les élections approchent, elle promet de devenir explosive.

Tel Aviv – Téhéran

Mais c’est en Iran que se joue peut-être la mutation la plus déterminante. Ce que beaucoup espéraient, une révolution venant de la base, semble progressivement se profiler. Ce basculement s’inscrit dans une réalité économique et morale : l’épuisement d’un peuple dont les ressources ont été détournées, pendant des décennies, au profit de la projection régionale des mollahs. L’argent de la santé, de l’éducation, des infrastructures a alimenté les proxies : le Hamas à Gaza, le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen.

Dans les conversations israéliennes, l’Iran cesse ainsi d’être seulement un ennemi lointain ou une menace nucléaire : il devient une question historique. Si l’Iran islamiste s’effondre, c’est le centre de gravité de la guerre régionale qui tombe. Les proxies perdent leur cerveau, leur financement, leur souffle idéologique. Et l’on voit poindre à l’horizon un scénario qu’on n’osait même pas formuler il y a encore quelques années : celui d’un Iran libéré, réconcilié avec sa jeunesse, ouvert à un autre rapport au monde, et donc, peut-être un jour, à Israël.

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Mais l’expérience, ici, a appris la prudence. Et le ciel n’est pas encore tout à fait dégagé en ce mois de janvier.

A l’heure où j’écris ces lignes, la situation sécuritaire renforce cette impression de suspension. Comme pour rappeler brutalement cette réalité, nous venons de recevoir un nouveau message des autorités concernant la situation sécuritaire. Les abris publics sont ouverts. Les consignes élémentaires de protection civile sont rappelées. Ordre nous est donné de nous tenir prêts à toute éventualité, y compris à l’absence d’événement. Cette ambivalence résume une réalité israélienne récurrente: le pays doit gérer simultanément une vie quotidienne qui reprend et une menace qui ne disparaît jamais complètement.

Ce n’est peut-être pas la tempête qui nous tiendra confinés chez nous, mais la menace d’une guerre. Ici, le ciel peut s’éclaircir en quelques minutes, et l’Histoire, elle, ne dort jamais.

Maduro: pourquoi l’opération «Absolute Resolve» était légitime et ce qu’elle signifie

En droit de se défendre, les États-Unis ont mené l’opération « Absolute Resolve » pour capturer Nicolás Maduro, présenté comme le dirigeant d’un narco-État responsable d’une agression continue contre leur sécurité nationale. Washington justifie ainsi cette action spectaculaire par la légitime défense, après des années d’accusations de narco-terrorisme, de collusion avec des groupes criminels et de déstabilisation volontaire du continent américain. Très critiqué, le président Trump n’a toutefois employé la manière forte qu’après avoir épuisé les autres méthodes, observe Gerald Olivier.


Dans la nuit du 3 janvier 2026 les forces armées des Etats-Unis ont capturé le président du Venezuela Nicolas Maduro, et son épouse Cilia Flores, au cœur de la base militaire qui leur servait de résidence, à Caracas, la capitale du Venezuela. L’opération éclair, baptisée « Absolute Resolve » (Détermination Absolue), a duré moins de cinq heures (de 22h46 à 03h29, EST), a impliqué toutes les composantes des forces armées américaines (Army, Navy, Air Force, Marines) et des membres d’agences fédérales (CIA, FBI, DEA). Elle a mobilisé plus d’une centaine d’appareils, (navires, avions, hélicoptères) nécessité des milliers de participants, dont plusieurs dizaines de combattants de la Force Delta, au sol, pour l’appréhension de Maduro.

L’opération a provoqué une onde de choc à travers le monde et un déferlement d’opinions et analyses. Par-delà la cacophonie des commentaires seules deux choses sont à retenir : un, les Etats-Unis ont agi dans leur droit, deux, le président Trump est décidé à rétablir une suprématie américaine exclusive et incontestée sur le continent américain.

Insolente audace

Dans un premier temps, la complexité de l’opération et l’excellence de son exécution ont impressionné les alliées et surtout les adversaires des Etats-Unis. Jusqu’à l’incrédulité. Il n’y a eu, officiellement, aucune victime côté américain, ni même perte de matériel. Juste quelques blessés et un hélicoptère touché. Alors même que Maduro était retranché dans une base comptant plusieurs périmètres de défense et une garde rapprochée de plusieurs centaines d’hommes armés et entrainés… Et alors même qu’il s’était tourné vers la Chine et la Russie pour renforcer les défenses extérieures de son pays, notamment face à une attaque aérienne….

L’insolente audace du président Trump a également inquiété quelques autres dirigeants, en froid avec les Etats-Unis et en difficulté avec leur propre population, de Téhéran à Rio en passant par La Havane et Bogota… Ces dirigeants ont condamné ce coup de force, parlant de « kidnapping » contraire aux règles du droit international. Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres et le président français Emmanuel Macron, ont également condamné l’intervention.  

Leurs lamentations sont néanmoins aussi vaines qu’hypocrites. Maduro lui-même violait le « droit international » en se maintenant par la force et la répression à la présidence du Venezuela après avoir perdu mais « volé » deux élections présidentielles et réduit son peuple à la misère ou à l’exil.  Ni les Etats-Unis, ni l’Union européenne ne le reconnaissaient comme le président légitime du Venezuela depuis 2024. Les Etats-Unis ont agi en lien avec leur conviction. Les Européens n’ont rien fait. Sans, au passage, se soucier du droit des Vénézuéliens, victimes de sa répression. C’est tout le problème ! Le soi-disant « respect du droit international » n’est bien souvent qu’une excuse pour ne rien faire face à tous ceux qui le bafouent ouvertement… Dénoncer l’intervention américaine « Absolute Resolve », après avoir dénoncé l’illégitimité du régime de Maduro, sans avoir osé confronter ce régime c’est le comble de l’hypocrisie et peut-être de la lâcheté…

Donald Trump, lui, a agi. Comme il le fait toujours. Surtout après en avoir brandi la menace. Il a agi en conformité avec la loi et les institutions américaines.

Nicolas Maduro était en effet accusé, par la justice fédérale des Etats-Unis, d’être le parrain d’un réseau de trafic de drogue international. Aux yeux de l’administration américaine, Maduro était, avec d’autres, responsable de la mort de dizaines de milliers de citoyens américains.

Le Cartel de los Soles dans le viseur de la justice américaine

Il était inculpé aux Etats-Unis depuis 2020 et une récompense pouvant atteindre 50 millions de dollars avait été proposée pour toute information menant à sa capture. Les Américains lui reprochent d’avoir organisé et dirigé le « Cartel de los Soles » (Le cartel des soleils) et d’avoir transformé le Venezuela en « narco-Etat » facilitant l’acheminement de cocaïne et de fentanyl – une drogue dévastatrice élaborée à partir de composants fabriqués en Chine, puis acheminés au Venezuela et au Mexique avant d’être assemblés et expédiés frauduleusement aux Etats-Unis – puis d’avoir récupéré les profits de ce trafic pour s’enrichir lui-même, sa famille, ainsi que le premier cercle de ses collaborateurs.

Quatre chefs d’accusations ont été retenus contre Maduro par le district fédéral du sud de New York, dont narco-terrorisme, trafic de drogue, possession d’armes et conspiration pour utiliser ces armes dans la poursuite d’activités liées au narco-terrorisme. Maduro encourt la prison à vie aux Etats-Unis.

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L’acte d’accusation détaille des dizaines d’années d’activités illicites et les liens de Nicolas Maduro avec des groupes terroristes sud-américains, notamment les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) ou l’ELN (Armée de Libération nationale) qui utilisent le trafic de drogue pour financer leurs guérillas. Ces activités ne sont pas nouvelles. Elles remontent au début des années 2000, sous la présidence d’Hugo Chavez, alors que Maduro n’était encore que le ministre des Affaires étrangères du Venezuela. Il utilisait alors les privilèges de sa fonction pour rapatrier les profits de la drogue au Venezuela sous couvert diplomatique et donc à l’insu des services de douane, suspecte la justice américaine. L’acte d’accusation détaille aussi le rôle des principaux collaborateurs de Maduro dans cette organisation, dont celui de l’actuel ministre de l’Intérieur du Venezuela, M. Diosdado Cabello, numéro trois du régime. Enfin, l’acte d’accusation évoque des liens sur plusieurs décennies entre Nicolas Maduro et des cartels de la drogue déjà connus, notamment le Cartel de Sinaloa, et leurs recours à des gangs criminels, tels The Zetas et Tren de Aragua, pour mettre en place et soutenir leurs opérations.

En plus de cela, l’administration Trump accusait le « président » Nicolas Maduro d’avoir, ouvert les prisons de son pays et libéré ses pires criminels pour les expédier aux Etats-Unis, profitant du laxisme de l’administration démocrate en matière d’immigration illégale, afin d’y semer le désordre et la violence. A preuve, la présence de membres du gang Tren de Aragua – gang né dans les prisons du Venezuela – sur le sol américain et les exactions et crimes dont ils ont été coupables ce dernières années. Plusieurs jeunes femmes ont été violées et assassinées ces dernières années aux Etats-Unis par des criminels membres de gangs vénézuéliens entrés clandestinement aux Etats-Unis. Début 2025 le département d’Etat avait d’ailleurs désigné le gang Tren de Aragua et les cartels de la drogue comme des « organisation terroristes », soulignant la gravité de la menace et autorisant l’administration à avoir recours à la force militaire dans sa lutte contre ces organisations.

La fin du chavisme

Avec des milliers de morts, victimes d’overdoses de fentanyl au sein de sa population, et la présence non autorisée de gangs criminels étrangers sur son sol, les Etats-Unis étaient donc légitimement en droit de se considérer comme face à une agression et autorisés à se défendre selon les termes de l’article 51 de la Charte des Nations-Unies. Pour rappel, cet article autorise un Etat à recourir à la force militaire contre un autre en cas de « légitime défense ».  Une « agression continue et documentée » constitue l’un des cas pouvant justifier la légitime défense. C’est exactement ce à quoi les Etats-Unis ont été confrontés pendant des années vis-à-vis du Venezuela de Nicolas Maduro.

La presse bienpensante, avec sa sensibilité de gauche, refuse d’envisager que le « narco-terrorisme » ait pu être une arme de la politique étrangère du Venezuela de Nicolas Maduro. Et pourtant cela a bel et bien été le cas. La « révolution bolivarienne » (du nom de Simon Bolivar, libérateur de l’Amérique Latine du joug espagnol dans les années 1810- 1820) vantée par Hugo Chavez (président du Venezuela de 1999 à sa mort en 2013) et le mouvement « chaviste » qui en est issu, sont bâtis sur une opposition frontale avec les Etats-Unis. Le Venezuela « bolivarien » de Chavez allait remettre « Uncle Sam » à sa place et lui donner des leçons de politique et d’économie. La solidarité allait l’emporter sur le capitalisme.  C’était l’idée du moins.

D’inspiration marxiste-léniniste et anticolonialiste, le « chavisme » ambitionnait rien moins que de mettre à bas l’hégémonie américaine sur le continent. Et tous les moyens étaient bons. Maduro est l’héritier désigné de ce mouvement et il a délibérément et consciemment utilisé tous les moyens à sa disposition. Mais en 2013, quand Maduro succède à Chavez, qui avait fait de lui, simple chauffeur de bus, son héritier désigné, le Venezuela est déjà en ruine. Quarante ans de nationalisation du pétrole et quinze ans de « chavisme » ont détruit les infrastructures industrielles, et fait fuir les élites et les capitaux notamment vers les Etats-Unis. Déstabiliser le grand méchant empire yankee de l’intérieur, et favoriser l’accès de ses adversaires, tels que la Chine, l’Iran, la Russie, ou la Corée du Nord, aux richesses du Venezuela vont devenir les deux priorités de la politique étrangère du régime. Le trafic de drogue, à une heure où les Etats-Unis, en pleine désindustrialisation font face à une épidémie d’addiction aux opioïdes, va être l’arme de cette politique de déstabilisation. Suppléée quelques années plus tard par une invasion migratoire de gangsters et criminels. Tout cela est parfaitement documenté et l’homme qui a orchestré cette politique s’appelle Nicolas Maduro. Attaqués depuis des années, les Etats-Unis étaient en droit de se défendre…

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Et encore, ils n’ont choisi la manière forte qu’après avoir épuisé les autres méthodes. Pour rappel, l’opération Absolute Resolve ne fut ordonnée qu’en dernier recours. Tout au long du printemps 2025 et jusque début décembre le président Trump a offert à Nicolas Maduro la possibilité de quitter le pouvoir de son plein gré. Des discussions ont eu lieu. Richard Grenell, un émissaire spécial nommé par Donald Trump fut dépêché à Caracas, dès la fin janvier, pour négocier la libération d’otages américains détenus par Maduro, et envisager l’avenir. Les Etats-Unis ont également mis à contribution leur envoyé spécial pour l’Amérique latine, Mauricio Claver-Carone, tout au long de l’année. Lindsey Graham, sénateur de Caroline du Sud, a même affirmé que la possibilité d’un exil doré a été offerte à Maduro. Jusqu’à la mi-décembre 2025. Il a refusé. « Maduro pourrait être tranquillement en Turquie aujourd’hui » a dit le sénateur, plutôt qu’en confinement solitaire dans une geôle de New York.

En clair, les Américains ont fait usage de la force militaire – une force massive – uniquement après que les autres tentatives de persuasion aient échoué. La nature même de l’opération et notamment l’importance de l’élément de surprise, empêchaient bien sûr de notifier le Congrès à l’avance, et à fortiori de demander un blanc-seing aux Nations-Unies…

Aussi légitime donc qu’impressionnante, cette opération illustre la détermination de Donald Trump à imposer sa loi sur le continent américain. C’est le message le plus important d’ »Absolute Resolve « ! C’est d’ailleurs le sens littéral de cette expression, « détermination absolue ». Comme c’est écrit dans le document détaillant la Stratégie de Sécurité Nationale – publié fin novembre 2025 – les Etats-Unis entendent à la fois chasser les acteurs « non-hémisphériques » du continent américain, et combattre tout acteur hémisphérique essayant de « semer le chaos » dans la région.  C’est la Chine qui est visée par la première proposition et le Venezuela qui l’était par la seconde.

La doctrine « Donroe »

Donald Trump a remis la fameuse Doctrine Monroe à l’ordre du jour. Datant de 1823, celle-ci affirme la volonté des Etats-Unis de défendre « l’indépendance » des Etats du continent américain, face à toutes velléités coloniales. C’est à l’origine une doctrine anticoloniale qui visait les Européens. Elle a ensuite servi de justification à une ingérence répétée des Etats-Unis dans les affaires intérieures de ces pays et à de multiples déploiements militaires en Amérique latine et dans les Caraïbes, tout au long du vingtième siècle, avant d’être officiellement abandonnée par l’administration Obama et son secrétaire d’Etat John Kerry en novembre 2013. « L’ère de la doctrine Monroe appartient au passé » avait-il affirmé alors.

A l’évidence, cette ère est de retour. Dès le premier mandat de Trump, le néo-conservateur John Bolton, que Trump avait nommé conseiller à la sécurité nationale, avait évoqué de manière informelle, la persistance de cette doctrine. Donald Trump en a fait désormais un axe officiel et revendiqué de la politique étrangère des Etats-Unis. Le document de stratégie nationale qualifie même de « corollaire Trump » la volonté des Américains d’être à nouveau maître chez eux dans le cadre de l’application de cette doctrine…

De là à penser que les Américains vont attaquer demain la Colombie parce que son président est un révolutionnaire marxiste ; ou envahir Cuba ; voire s’emparer par la force du Groenland, il y a un pas, et même plusieurs, à ne pas franchir pour l’instant. Ces dossiers mijotent. Ils ne sont pas encore « brûlants. » La seule certitude est que l’administration Trump entend repousser la Chine hors du continent américain, pour rétablir la prééminence commerciale et militaire des Etats-Unis dans la région. Cette éviction est en train de se dérouler sous nos yeux. La reprise de contrôle du canal de Panama avec le rachat de ses deux ports d’entrée et de sortie, à des entreprises chinoises au printemps 2025 en a été la première illustration. La reprise en main du Venezuela, inévitable après la chute de Maduro, est une deuxième étape et (pour l’instant) un deuxième succès. Cette étape est toujours en cours et son issue demeure incertaine. La sécurisation du Groenland, enjeu stratégique majeur, sera la troisième étape. Elle viendra une fois la deuxième achevée.

Même si Donald Trump agite beaucoup la menace militaire (avec son habituel esprit de provocation et pour signifier qu’il ne s’interdit aucune option, ce qui est une base lors de toute négociation) il ne s’agira pas d’une opération hostile. Le Groenland appartient au Danemark, allié des Etats-Unis et membre de l’Otan. En revanche, un achat n’est pas à exclure (tout se vend, c’est juste une question de prix !). Et à défaut, un accord de sécurité garantissant aux Américains un accès exclusif à cette terre et aux eaux qui l’entourent, éliminant toute présence russe ou chinoise. Cela mérite des détails. Nous y reviendrons.

Sur la route de la Maison Blanche

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Cet article provient du blog de Gerald Olivier.

Pourquoi Marine Le Pen a déjà gagné

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La victoire idéologique du RN, désormais reconnue jusque dans les colonnes du journal Le Monde, se heurte à une Justice que notre chroniqueur juge volontiers zélée. Au moment même où ses thèmes gagnent l’opinion, Marine Le Pen demeure pour l’instant inéligible.


Le dernier scoop du Monde

Marine Le Pen a gagné : elle doit être éliminée. Alors que la candidate du RN à la présidentielle risque l’inéligibilité dans le procès en appel, ouvert mardi sur une accusation de détournement de fonds du parlement européen, Le Monde reconnait sa victoire idéologique. « Les idées du RN s’installent dans l’opinion », titre en Une le quotidien daté d’hier.

De fait, les sondés soutiennent la suppression de l’aide médicale d’Etat, l’interdiction du voile islamique dans l’espace public, la préférence nationale en matière d’emploi, la fin du droit du sol, etc.

L’Etat de droit, c’est plus fort que toi

Et là est le cœur du possible scandale démocratique : il verrait la favorite pour l’élection de 2027 empêchée de concourir par la décision de trois juges appliquant à la lettre, voire avec jubilation, une législation de 2017 votée par des parlementaires étourdis de bons sentiments. Lundi, sur RTL, le nouveau procureur du Parquet national financier, Pascal Prache, a également confirmé qu’un même dossier de détournement de fonds concernant Jordan Bardella était en cours d’analyse. Il est incontestable que députés et sénateurs sont les premiers responsables de cette aggravation de l’intrusion judiciaire, permise au nom de la moralisation de la vie politique après, notamment, les affaires Cahuzac et Fillon.

A lire aussi: «Haut-Commissariat aux diasporas»: la nouvelle fausse bonne idée d’Emmanuel Macron

Cette irresponsable légèreté des élus, qui ont pris le risque de priver des électeurs de leur libre choix démocratique, ne dédouane pas pour autant le rôle suspect du Parquet national financier. Il avait déjà montré une surprenante réactivité pour entraver à temps le parcours de François Fillon lors de la présidentielle de 2017.  Mais ceux qui espèrent ainsi bloquer la progression du RN en mobilisant la Justice exacerbent l’exaspération d’une société civile qui se radicalise et veut recouvrer ses souverainetés perdues.

Un système à bout de souffle

Dans le sondage du Monde qui entérine la banalisation du RN, Emmanuel Macron, qui s’en voulait le rempart, apparait désormais comme un danger pour la République pour 56% des sondés. Ce spectaculaire renversement de situation confirme l’agonie d’un régime qui a perpétué, à travers le « progressisme » du chef de l’Etat, un système épuisé, à bout de souffle. La contre-productive diabolisation de la prétendue « extrême droite » montre une opinion de plus en plus lucide, libre, indocile. Le dernier projet de Macron de mettre en place un Haut-commissariat à la diversité et à la diaspora, alors même que les agriculteurs se battent pour ne pas disparaître, confirme le mépris présidentiel pour la France française, enracinée, « populiste ». Cet autre comité Théodule, qui entérinerait le communautarisme de la société et son ethnicisation, exclurait par essence les autochtones mais aussi tous ceux qui, trop blancs, ne rentreraient pas dans la catégorie des « racisés », à commencer par les Français juifs, arméniens, européens.

De ce point de vue, cette vision multiculturelle de la nouvelle France est identique à celle de Jean-Luc Mélenchon quand il estime : « Ceux qui s’appellent « Français de souche » posent un problème sérieux à la cohésion de la société ». Le Pen peut dire merci à Macron pour le dernier coup de pouce ; en attendant le choix des juges et les probables colères contre les maltraitants de la démocratie française.

Queue de poisson mortelle à Minneapolis

Aux États-Unis, la bavure policière encore entourée de zones d’ombre et la mort de Renee Nicole Good, abattue par un agent de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), sont utilisées par une partie de l’opposition pour critiquer la politique de lutte contre l’immigration illégale menée par Donald Trump et les agents de l’ICE. Confiée au FBI, l’enquête sur les circonstances du drame soulève des questions quant à son impartialité.


Un homme cruel avec les animaux ne peut être un homme bon.
Gandhi

Dans l’histoire du monde, c’est encore l’absurde qui a le plus de martyrs.
Edmond et Jules de Goncourt


Plantons le décor.

L’État du Minnesota est une contrée emblématique de l’Amérique, bien connu pour son équipe de football, les Vikings, qui a eu pour gouverneur Jesse Ventura, ayant fait ses classes comme catcheur. Il a aussi a produit des hommes, ou plutôt des gens de lettres de marque. Signalons d’abord le prix Nobel de littérature Sinclair Lewis, peintre réaliste de la société et surtout de la mentalité américaine : à cet égard, son œuvre n’a pas pris beaucoup de rides : Main street (« Rue principale ») décrit la difficile adaptation d’une citadine originaire de la métropole de l’État à un milieu de péquenauds de petite ville; Elmer Gantry, un prêcheur corrompu dont la rhétorique religieuse est toujours vivante chez les « televangelists » et bien sûr It can’t happen here (« Ca ne peut pas arriver ici » en v.f.) roman uchronique (farfelu) relatant l’accès d’un vulgaire populiste à la présidence.

Par la suite, il y eut Laura Ingalls dont la série de livres pour enfants La petite maison sur la prairie fut par la suite immortalisée au petit écran par Michael Landon, un quasi-documentaire sur la société américaine pionnière du XIXe siècle, encore que dans les deux cas, la réalité était quelque peu édulcorée : l’autrice avait du se rabattre sur cette formule plus aseptisée car son premier livre autobiographique Pioneer girl (« Pionnière » en v.f.) avait été refusé par les éditeurs vu que sa vision de la ruralité était moins bucolique et sans doute un peu plus proche de celle de William Faulkner.

Le précédent George Floyd

Le Minnesota n’a donc jamais été un paradis perdu. Sa métropole encore moins.

En 2020 mourut George Floyd aux mains, ou plutôt au genou du policier Derek Chauvin, ce qui donna lieu à des troubles civils dans tout le pays.

Comme si cela ne suffisait pas, voilà qu’une citoyenne américaine, Renee Nicole Good, au volant de sa voiture, se fait abattre de 3 balles en pleine figure par un agent de ICE.

(Note contextuelle : la tactique du président Trump semble consister en des rotations des forces fédérales dans différentes grandes villes, surtout démocrates : Los Angeles, Chicago, Portland…, et maintenant Minneapolis, alors que les pouvoirs locaux déclarent sans ambages ne pas en avoir besoin. Au contraire, notamment ICE, elles ne font qu’augmenter les tensions. D’ailleurs, bien avant les présidences de Trump, des experts dénonçaient la dangereuse « militarisation » croissante des forces de l’ordre, même locales, exacerbée par l’utilisation d’équipements militaires devenus désuets gracieusement offerts par les forces armées. Des cadeaux empoisonnés. Le maintien de l’ordre interne est une chose et la défense, rectification, maintenant il faut dire la « guerre » en est une autre.)

Il ne s’agit pas ici de juger la politique policière de Trump, mais d’essayer de comprendre ce seul incident. Dans ce genre de situation, dans un Etat de droit, en temps normal, les autorités concernées se bornent sobrement à déclarer qu’une enquête sera tenue et à promettre que l’on ira au fond ses choses. Cependant, à (très) chaud les positions se sont bien campées quasi-instantanément.

D’une part, la mairie de Minneapolis et l’État veulent constater un assassinat pur et simple, vu que Renee Nicole Good ne cherchait pas à blesser qui que ce soit ; et qu’elle aurait fait des signes de la main pour inviter d’autres automobilistes à circuler; l’agent Jonathan Ross, ce serait placé devant la voiture de manière dangereuse pour lui-même; si un agent lui a ensuite demandé de sortir de la voiture, elle a simplement essayé de s’en aller, peut-être prise de panique. Selon la femme de Renee Nicole Good, Becca, elles étaient en train de soutenir leurs voisins (par exemple avec des sifflets) quand les agents sont arrivés.

D’autre part, avant même d’avoir pris connaissance d’un minimum de faits, Kristi « Maybelline » Noem, secrétaire à la sécurité intérieure, a immédiatement qualifié la défunte de « terroriste domestique »; pour sa part, la secrétaire de presse de la Maison Blanche, Karoline Leavit la désigne comme une « insurrectionniste [sic] gauchiste »; enfin, le président Trump a parlé d’« agitatrice payée [sic]». Cela dit, les autorités fédérales signalent que les agents de l’ICE étaient en opération ciblée dans le quartier. Renee Nicole Good aurait bloqué ou entravé le passage des agents, puis utilisé son véhicule comme arme contre eux et l’agent Ross, se jugeant menacé, aurait alors ouvert le feu en légitime défense.  De prime abord, on a du mal à voir dans Renee et sa conjointe le profil de « terroristes » ayant pour modèle Timothy McVeigh, leurs éventuels sifflets les rapprochant plutôt de Roger Whittaker.

Mais quid des vidéos filmés par des passants et des agents? Il en ressort ce qui suit.

Renee Nicole Good est dans sa voiture au milieu de la rue avec son SUV, bloquant partiellement la rue, que contournent sans difficulté les autres véhicules; un agent ICE approche, demande à Renee de sortir et tente d’ouvrir la portière. On entend ensuite Renee Nicole Good dire calmement à Jonathan Ross quelque chose comme « C’est bon, mec, je ne t’en veux pas » avant de mettre le véhicule en marche et tourner le volant vers la droite; Ross sort son arme, et tire trois fois.

Le quartier était loin d’être à feu et à sang, l’enquête confiée au FBI

Bien entendu, ICE soulèvera l’argument classique, et justifié, portant que les vidéos ne racontent pas toute l’histoire. Que peut déjà conclure l’observateur profane, fût-ce à titre provisoire, sur la seule base de celles qui sont publiques ? Le rideau ne s’ouvre pas sur un quartier à feu et à sang. S’il y avait eu manifestation, éventuellement ponctuée de coups de sifflets, elle avait pris fin. A ce jour, les experts policiers semblent unanimes pour dire que Ross s’était lui-même placé en situation de possible péril en se positionnant (plus ou moins) devant la voiture, notamment en manipulant un smartphone, ce qui réduisait sa mobilité; par ailleurs, la conductrice, qui n’avait jamais eu de comportement agressif, en tentant de quitter les lieux, a visiblement actionné le volant vers la droite, afin d’éviter de heurter Ross.

A ce stade, on ne peut affirmer avec une certitude totale qu’il n’était pas sur le trajet de la voiture au moment du premier coup de feu. Mais il est plus difficile d’admettre qu’étaient justifiés les deux coups suivants car il semblait alors bien hors de portée du véhicule, qui circulait à vitesse réduite, en s’éloignant de lui.

Cela dit, il a été révélé que Ross avait été blessé lors d’un incident antérieur de refus d’obtempérer d’un chauffard. Fut-ce un cas de TSPT? A-t-il alors cédé à la panique? Dans ce cas, manquerait l’élément moral de l’infraction.

La parole reviendra aux experts.

Le problème est que c’est le FBI, paraît-il, qui mènera l’enquête. Seul. En excluant la collaboration des forces de l’ordre locales. Alors qu’elles ont une expérience nettement plus considérable en matière d’affaires de tirs d’agents. En outre, le vice-président Vance déclare, sans rire, que les agents de ICE jouissent d’une immunité absolue. Et comme l’exécutif a déjà formulé ses conclusions, il y a clairement conflit d’intérêt quand on enquête sur soi-même.

Chose certaine, de manière générale en matière juridique, on ne saurait dire que l’action de l’administration actuelle a été entravée par un formalisme excessivement tatillon.

En droit américain, le droit de manifester relève de la liberté d’expression, protégée par le premier amendement de la Constitution. Pour le contourner, les gouvernements mal disposés ont souvent la tentation (depuis les années 60, d’ailleurs, rien de nouveau…) d’invoquer une situation d’« émeute » (« riot » en v.o.), souvent imaginaire. L’expression « violent rioters » est devenue le mantra de l’administration Trump, même si les inculpations et a fortiori les condamnations se sont plutôt révélées illusoires. Signalons qu’un pasteur en tenue ecclésiastique, formé à tendre la joue gauche, s’est vu apposer cette loufoque étiquette… Alors, Renee, mère de trois enfants, et Becca…

Mais le vécu de la botoxée Kristi Noem, est instructif. Elle explique dans son autobiographie avoir abattu son chien parce qu’elle le détestait, vu qu’elle n’était pas parvenu à la dresser à sa satisfaction. Un bouc a aussi subi le même sort. Tout cela afin d’« illustrer sa volonté de faire des choses difficiles, salissantes et laides » tant en politique que dans la vie. Apparemment, dame Noem, publicité ambulante pour Rolex, n’a qu’une parole. Pour autant, la spectaculaire élimination de Mirza n’a pas vraiment amélioré l’image de marque de la noble profession agricole, nourricière de la nation. Pis, cette exécution ne fut pas sans doute pas une réussite sur le plan marketing politique, vu qu’elle l’a vraisemblablement écartée de la vice-présidence.

Mais y a-t-il des « bœufs carottes » qui mijotent aux Etats-Unis?


Dernière minute. Au moins six procureurs fédéraux de carrière du Minnesota viennent de  démissionner, refusant de céder aux pressions exercées sur eux par le département de la Justice afin que Renee Good soit traitée comme agresseur d’un agent fédéral et afin que soit engagée une enquête pénale concernant les actions de Becca et d’hypothétiques liens avec des « groupes activistes ».

Par ailleurs, le sous-secrétaire à la Justice, Todd Blanche, annonce qu’il n’existe aucun élément justifiant l’ouverture d’une enquête pénale visant M. Ross.

Voilà qui devrait clore de vaines controverses.

Les juges et les urnes

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Au premier jour du procès en appel de l’affaire des assistants au Parlement européen, Mme Le Pen a donné l’impression de mettre un peu d’eau dans son vin, et a affirmé qu’elle n’avait pas « le sentiment d’avoir commis le moindre délit. » Trois juges vont pouvoir décider, à eux seuls, si les Français auront ou non le droit de glisser un bulletin Marine Le Pen dans l’urne en 2027. Depuis quand une élection présidentielle se joue-t-elle dans un prétoire plutôt que dans les urnes?


Marine Le Pen sera-t-elle interdite d’élection présidentielle ? C’est la Cour d’Appel qui en décidera. Et c’est grave. Trois magistrats auront une influence décisive sur l’élection présidentielle – donc sur l’avenir du pays.

Ils peuvent – et devraient – ramener l’inéligibilité de cinq à deux ans, ce qui leur permettrait de sauver la face de l’institution sans être accusés de se substituer aux électeurs. Mais il n’est pas sûr qu’ils auront cette sagesse.

Marine Le Pen risque d’être écartée d’une élection dont elle est la favorite pour un délit que la plupart des partis ont commis, en employant leurs assistants à d’autres tâches que celles du Parlement européen stricto sensu – ce qui devrait d’ailleurs être autorisé, cela s’appelle faire de la politique.

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D’accord, c’est un délit. Mais François Bayrou, poursuivi pour les mêmes pratiques a été relaxé car selon les juges il n’avait pas l’intention de commettre un délit. Justement, Marine Le Pen reconnaît désormais avoir fait une faute mais affirme qu’elle n’en avait pas conscience. Comme Bayrou. Elle pourrait donc être relaxée comme lui, à moins que les juges estiment qu’en tant que Le Pen elle doit avoir un traitement spécial.

Les juges ne font qu’appliquer la loi, observent beaucoup d’éditorialistes. Mais appliquer, c’est interpréter. Cependant, ce sont bien les politiques qui ont renoncé à leur pouvoir en faisant voter une peine d’inéligibilité quasi-automatique pour les délits d’atteinte à la probité. Par pure démagogie ! C’est tellement gratifiant de flatter l’opinion sur le thème: ce sont des voleurs, mais nous nous sommes honnêtes, nous sommes blanc comme neige… D’ailleurs, en 2017, Marine Le Pen n’a pas voté contre la mal-nommée loi de confiance dans la vie politique, elle s’est abstenue, creusant inconsciemment sa tombe politique.

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Les juges (ou certains juges, mais souvent ceux qui incarnent l’institution) n’avaient pas attendu cette loi pour jouer les justiciers. On dirait depuis longtemps qu’ils n’ont plus comme mission de sanctionner les fauteurs de troubles ou trancher les conflits mais de purifier la démocratie. En pleine campagne électorale, ils n’avaient pas hésité à poursuivre François Fillon pour un délit à l’époque très courant à l’Assemblée nationale. Résultat, on ne saura jamais qui les Français auraient choisi sans ce coup de pression en 2017.

L’inéligibilité est contraire au principe cardinal de la démocratie. C’est aux Français de choisir leurs dirigeants et de décider les entorses qu’ils tolèrent ou non. Ils ont souvent réélu des maires ex-condamnés ayant purgé leur peine. Cela signifie qu’ils ne veulent pas de gens qui s’enrichissent à leurs dépens, certes, mais qu’ils savent que les Monsieur Propre, dans la vie, ça n’existe pas. Et surtout, qu’ils ne veulent pas être gouvernés par des juges qu’ils n’ont pas élus.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

À table avec Albert Nahmias

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Albert Nahmias. DR.

Figure incontournable de la gastronomie française depuis près d’un demi-siècle, le critique, consultant et confident des grands chefs Albert Nahmias publie le guide de ses meilleures tables parisiennes. De quoi ouvrir l’appétit.


Albert Nahmias ne touche pas une casserole mais règne sur les cuisines de France et de Navarre avec une prédilection pour celles de la capitale. « Marrakchi d’inspiration, parisien à mi-temps et newyorkais de cœur (ou l’inverse) », selon les mots de son fidèle ami Gilles Pudlowski, Monsieur Albert est doté d’une insatiable curiosité et d’un sérieux flair pour dénicher le chef talentueux et la table accueillante. Il a lui-même construit sa légende dès la fin des années 1970 en ouvrant avec son épouse d’alors, Dominique Versini, le restaurant Olympe dans le quartier Montparnasse. Cuisinière autodidacte et inspirée, Madame est aux fourneaux et Monsieur à la salle. Personne ne résiste à sa faconde, à son humour, et Olympe devient le refuge discret du Tout-Paris.

120 adresses

La vie l’éloigne du XVe arrondissement mais le rapproche de tous les chefs qui ont inscrit la gastronomie dans notre roman national. La lecture de ses Petites Histoires de grands chefs (Éditions Hugo & Cie, 2015), préfacé par Alain Ducasse, donne la mesure de la démesure rabelaisienne d’une existence vouée à la bonne chère et à ceux qui la travaillent, jusqu’à devenir une histoire d’amitiés. Albert Nahmias aime les saveurs exotiques autant que les brasseries chics, les bistrots autant que les grandes tables. Il aime la fantaisie et la subtilité, ces compagnons d’une noble bombance.

A lire aussi, Emmanuel Tresmontant: « La morue? Oui, chef! »

On retrouve cette générosité au fil des pages de Promenades d’un Parisien. Soit 120 adresses, connues et méconnues, qui prouvent que Paris demeure une capitale de la gastronomie. Ne cherchez pas les petits cœurs ou la note sur dix. Si ces restaurants figurent dans ce guide, c’est qu’ils le méritent. Le seul classement dans cet ouvrage est thématique : viande ; poisson ; innovant ; bistrot ; brasserie ; classique ; méditerranéen ; italien, asiatique et bouillon. Albert Nahmias franchit même le Périph pour fureter les bons plats servis à Boulogne-Billancourt, Clichy et Meudon.

De son œil, il décrit la salle, son décor et son atmosphère ; de son palais, il passe au crible la qualité des mets. Tous les mets. Du cèleri rémoulade du Bacca’v de Gilles Choukroun (Ve) à la gelée de homard au caviar de l’Atelier Joël Robuchon (VIIIe) en passant par la soupe du Phở Bida Vietnam (XIIIe), ce sont toutes les traditions, tous les savoir-faire qui défilent pour le plus grand bonheur de l’amateur qui cherche à se sustenter.

Le plus dur sera de choisir.


Promenades d’un Parisien, Albert Nahmias, préface de Gilles Pudlowski, Florentin, 2025. 164 pages

Promenades d'un parisien

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Petites histoires de grands chefs

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Mercosur, festival de postures

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Paris, 13 janvier 2026 © Stephane Lemouton/SIPA

L’Assemblée nationale n’a pas adopté les deux motions de censure défendues par Mathilde Panot pour LFI et Hélène Laporte pour le RN, hier. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen devrait signer le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur le 17 janvier au Paraguay.


En dépit de l’opposition française, le traité du Mercosur sera signé. Ce qui nous offre un impayable festival de postures. Comme l’a dit le Premier ministre en réponse aux motions de censure à venir de la part du RN ou LFI, tout le monde en France est désormais contre, y compris ceux qui l’ont soutenu.

À l’exception de quelques éditorialistes courageux, traités de « libéraux » – une insulte suprême en France, nous observons une soudaine unanimité contre un traité négocié depuis 30 ans.

Torrents d’émotion et de pleurnicheries

Les Européistes qui nous expliquaient qu’être contre l’UE, c’était fasciste découvrent que dans l’Europe à 27 très peu de décisions sont prises à l’unanimité et que donc, une opposition de la France peut être surmontée. Si le Mercosur peut exister contre la France, c’est parce que le traité de Lisbonne a fait revenir par la fenêtre la Constitution chassée par la porte.

Les libre-échangistes qui éructaient dès qu’on parlait de protectionnisme découvrent tout à coup les vertus des frontières. Même Emmanuel Macron, président qui assume en temps normal son européisme, renonce à défendre les améliorations qu’il a obtenues dans la négociation pour aller dans le sens de l’opinion.

Résultat : le Mercosur, c’est notre bouc-émissaire idéal, le nouveau diable, le Goldstein de 1984 qui est responsable de tous nos maux.

A lire aussi: Les juges et les urnes

Mais on peut comprendre la colère des agriculteurs, bien sûr. On peut et on doit la comprendre. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils ont raison sur tout. Or, comme les gilets jaunes à leurs débuts, les agriculteurs et leur colère sont sanctifiés. Les « agriculteurs », déjà, cela ne veut rien dire. Ils ne pensent pas tous la même chose. On pleure sur leur sort et pendant ce temps on achète de la sauce tomate fabriquée en Chine ou des ananas en décembre.

Si des paysans se suicident, si leurs enfants abandonnent, si tant d’exploitations disparaissent, ce n’est pas à cause du Mercosur, lequel n’est pas encore entré en vigueur. La concurrence intra-européenne voire chinoise les pénalise beaucoup plus, ainsi que l’avalanche de normes européennes parfois alourdies par la France. Le Mercosur devrait être bénéfique, non seulement pour notre industrie, mais aussi pour certains secteurs agricoles. Il ne s’agit pas d’applaudir le Mercosur, mais on doit pouvoir aussi le dire.

Par ailleurs, de même qu’on ne peut pas avoir une industrie française et payer nos iPhones au prix du travail chinois, on ne peut pas exiger une alimentation à bas prix et une agriculture de qualité. Il faut choisir. Si on veut des poulets qui gambadent en France et des vaches qui broutent de l’herbe dans nos jolies provinces, il faut changer de téléphone ou de Nike moins souvent. Les agriculteurs devraient se méfier de leurs 60 millions d’amis qui dénoncent en cœur les effets dont ils chérissaient les causes.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Patrick Roger

Nouvelle-Calédonie: l’État doit soutenir les loyalistes attachés à la France

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Militants indépendantistes du FLNKS à Nouméa, 13 avril 2024 © Nicolas Job/SIPA

Demain, 16 janvier, Emmanuel Macron réunit à Paris les responsables politiques calédoniens pour relancer les discussions sur l’avenir institutionnel du territoire. Mais la rencontre semble vouée à l’échec avant même d’avoir commencé, le FLNKS ayant, dans un ultime affront au chef de l’Etat, refusé d’y participer.


Depuis mai 2024, l’État recule face à une stratégie indépendantiste fondée sur le rapport de force. Les faits sont éloquents. Cette année-là, le gouvernement entreprend de corriger une anomalie démocratique majeure issue des accords de Nouméa: le gel du corps électoral, privant des citoyens français du vote là où ils habitent, pour les élections provinciales déterminantes sur ce territoire largement autonome.

Chronique d’un abandon progressif

À l’initiative de Gérald Darmanin et de Gabriel Attal, une réforme est proposée pour intégrer les natifs et les résidents installés depuis plus de dix ans : près de 26 000 citoyens français, soit environ un quart du corps électoral potentiel, jusque-là exclus du vote provincial, qui détermine également la composition du Congrès de Nouvelle-Calédonie, organe législatif dont est issu l’exécutif local. Le Sénat puis l’Assemblée nationale adoptent le texte à une très large majorité, lui conférant une légitimité politique et institutionnelle incontestable.

Les émeutes insurrectionnelles

Le jour même du vote à l’Assemblée nationale, des émeutes insurrectionnelles éclatent sur le Caillou. Elles durent plusieurs semaines, provoquant 14 morts – dont deux gendarmes –, plus de 700 blessés, ainsi qu’une paralysie économique durable. Les dégâts matériels sont estimés à 2,2 milliards d’euros. L’État cède immédiatement : la réforme est suspendue, puis abandonnée à l’automne 2024 et les élections provinciales sont reportées.

C’est dans ce contexte que Manuel Valls, nommé ministre des Outre-mer, reprend le dossier. En mai 2025, lors de la réunion de Deva en Nouvelle Calédonie, il propose – à la stupéfaction générale – un schéma d’« indépendance-association » perçu par beaucoup comme un renoncement à la souveraineté française. Le projet prévoit le transfert de compétences régaliennes essentielles à un futur « État calédonien », ne laissant à la France que des prérogatives résiduelles. Les loyalistes s’y opposent, estimant qu’il s’agirait d’un abandon du territoire au profit des indépendantistes.

Le compromis de Bougival, puis son effondrement

Face à un rapport de force défavorable, avec désormais un gouvernement qui ne les défend plus, les loyalistes adoptent une stratégie de repli pragmatique. À Bougival, en juillet 2025, ils acceptent un compromis institutionnel déséquilibré, comportant de nombreuses concessions : création d’un « État de Nouvelle-Calédonie » au sein de la République, reconnaissance d’une nationalité calédonienne distincte, élargissement des compétences locales et possibilité de transferts régaliens par un vote renforcé du Congrès. En échange, ils obtiennent un dégel partiel du corps électoral pour les résidents depuis plus de dix ans.  L’accord est signé par toutes les parties, y compris le FLNKS.

Mais dès l’été 2025, le FLNKS renie sa signature et se retire de l’accord sous la pression de sa base, jugeant le texte incompatible avec l’objectif d’indépendance pleine et entière. L’État tente alors de sauver le processus en annonçant une consultation populaire sur le texte de Bougival, avant d’y renoncer face à la menace de boycott et au risque de nouvelles violences.

Retour à la case départ

La concertation annoncée début 2026 par Emmanuel Macron intervient dans un climat d’incertitude totale : la réforme électorale a été abandonnée, l’accord de Bougival est caduc et la Nouvelle-Calédonie se retrouve dans une situation identique à celle de début 2024, mais avec un État affaibli et une économie exsangue.

Dans cette séquence, les loyalistes apparaissent comme les grands perdants. Ils ont accepté des compromis défavorables proposés par l’État et assumé la responsabilité de la stabilité de l’île, sans jamais obtenir de réciprocité.

Le dégel du corps électoral, une nécessité

Le dégel du corps électoral est indispensable. Il conditionne la légitimité des élections provinciales et l’égalité civique des citoyens français de Nouvelle-Calédonie. Tant que l’État n’affirmera pas clairement cette priorité, il restera prisonnier d’un dialogue asymétrique où l’un des acteurs refuse toute solution qui ne conduirait pas mécaniquement à l’indépendance.

Il faut également tirer une conclusion politique évidente : le FLNKS n’acceptera aucun compromis significatif.  Son objectif est l’indépendance, et rien d’autre. L’État doit en prendre acte et cesser de structurer sa stratégie autour d’un acteur qui refuse la démocratie et mise sur le départ des non kanak de l’île.  A trois reprises, les Calédoniens ont voté par référendum pour rester français. La responsabilité de Paris est désormais d’avancer avec la population calédonienne attachée à la France, à l’égalité civique et à la stabilité.

Mayotte : Comment l’immigration détruit une société

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Antisèches antisémites

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DR.

Le président Emmanuel Macron a dénoncé hier le contenu d’un manuel scolaire de révision du baccalauréat jugé « intolérable » pour avoir déformé les faits du conflit israélo-palestinien et relativisé les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, poussant l’éditeur Hachette à rappeler les exemplaires concernés. « Un manuel de révision du baccalauréat qui falsifie les faits: c’est intolérable », a estimé M. Macron, ajoutant que « le révisionnisme n’a pas sa place en République ». Face à la polémique, la LICRA avait signalé les passages controversés et motivé les excuses publiques et la correction de l’ouvrage par l’éditeur.


Ça ose tout… C’est même à ça qu’on les reconnaît. Bien sûr, en fins connaisseurs d’Audiard que vous êtes, vous aurez immédiatement complété le propos. « Les » mais qui donc sont ces « Les » ? Les cons bien entendu.

En fait vous y êtes presque. Il s’agit bien de cons. Mais en pire, en plus dangereux puisqu’ils appartiennent à cette engeance bien pourrie qui s’immisce un peu partout dans notre société ces temps-ci, les négationnistes-révisionnistes-antisémites.

On les trouve même à la rédaction de manuels de révision pour le bac publiés par une des plus glorieuses enseignes de l’édition française, Hachette pour ne pas la nommer.

L’objet du délit. J’allais écrire l’objet du crime, car, en effet, à ce niveau de mauvaise foi, de malhonnêteté intellectuelle, de falsification du réel, de viol de la vérité, on peut parler de crime. Le manuel en question prétend aborder le conflit israélo-palestinien, en particulier les sinistres événements du 7 octobre 2023. Voilà ce qu’on peut y lire : « En 2023, à la suite de la mort de plus de 1200 colons juifs lors d’une série d’attaques du Hamas, Israël décide de renforcer son blocus économique et d’envahir une grande partie de la bande de Gaza, entraînant une crise humanitaire de grande ampleur dans la région. »

Nous sommes devant une transcription pour le moins militante des faits, qui en douterait ? « La mort (de quoi, d’ailleurs ? d’un coup de chaud concomitamment à l’attaque, sans doute) de plus de 1200 colons juifs, est-il écrit. »  Oui, « colons juifs » tient-on à préciser, histoire bien évidemment de laisser entendre que les horreurs, les viols, les tortures subis par ces victimes n’étaient pas si immérités que cela et que ce qui leur a été infligé ne saurait être désigné par les seuls mots qui pourtant conviennent : pogrom, massacre, barbarie…

A lire aussi, Jeremy Stubbs: L’Ukraine: le zakouski de Poutine?

On soulignera par ailleurs le peu de souci que le rédacteur a de préciser ce qu’est en réalité le Hamas. À lire ces lignes, quel élève en révision de bac irait de lui-même lui accoler le qualificatif terroriste ? Qualificatif que les instances internationales ont d’ailleurs validé, certaines en traînant quelque peu les pieds, il est vrai.

Pire encore, Israël est ici désigné comme le seul vrai coupable de cette avalanche de drames. Coupable d’avoir décidé (sans vraie raison, par caprice, sous le feu d’un subit délire paranoïaque, peut-être bien ?) « d’envahir une grande partie de la bande de Gaza et d’avoir causé la grande crise humanitaire qui s’en est suivie ».    

J’imagine un instant la frustration du pondeur – ou de la pondeuse – de ces lignes, son dépit de n’avoir pas pu aller au bout de son intention,  d’avoir dû renoncer à employer le terme de « génocide » ! Il (ou elle) aurait tellement préféré cela ! Mais c’était poussé le bouchon de la haine et du mensonge un peu trop loin tout de même.

Devant un tel déni, une telle manipulation de la réalité, même le président Macron a jugé utile de se cabrer. C’est dire. Il condamne. Avec fermeté. Sa main ne tremblera pas, croit-on comprendre, chaque fois qu’il s’agira de lutter contre l’antisémitisme. Comment le croire, lui qui, plombé de trouille, s’est abstenu de marcher contre cette peste désormais revigorée chez nous, lorsque les présidents des deux chambres parlementaires de la République y appelaient. Allons donc ! Tartuffe un jour, Tartuffe toujours…

Reste la question terrifiante : comment est-il possible que quelqu’un, aujourd’hui, au sein de l’équipe éditoriale d’une maison d’édition  – que dis-je ? Une maison d’édition ! Une institution culturelle, un fleuron patrimonial du savoir français – ait pu délibérément écrire une telle foutaise, tant intellectuelle que morale ? Et comment celle-ci a-t-elle pu franchir les étapes de relectures et de corrections sans que personne ne s’avise de la gravité des faits ?

Encore un petit peu de patience, et ils en viendront à nous exposer tranquillement que c’est à la suite d’une malencontreuse et regrettable épidémie de gastro mal soignée que trois ou quatre millions d’êtres humains sont morts à Auschwitz-Birkenau. Ils osent tout, vous dis-je. Et nous n’en sommes probablement qu’au début.

Qu’on ne me dise pas que j’exagère. L’usage ad nauseam du terme génocide pour évoquer ce qui se déroulait à Gaza – si affligeant et douloureux, si triste que cela ait été – avait aussi, en filigrane, pour finalité d’instiller l’intention perverse de donner à penser que, toutes choses étant égales par ailleurs, le génocide, le vrai, le bien réel, celui de la Shoah, n’était finalement pas aussi monstrueux que cela !

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Delcy Rodriguez: femme de paille ou grande intrigante?

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Caracas, 14 janvier 2026 © Ariana Cubillos/AP/SIPA

Qui est vraiment la présidente par intérim du Venezuela? Si elle donnait sous Maduro l’image d’une dure, dogmatique et fidèle, des rumeurs avancent à présent qu’elle aurait pu n’être qu’une traîtresse, une gorge profonde de la CIA cachant bien son double-jeu… À la différence de tous les autres hiérarques du régime, elle ne figurait pas, ainsi que son frère président de l’Assemblée, sur la liste de la DEA. En revanche, elle est sanctionnée par l’Europe pour non-respect des droits de l’homme.


Dans les années 1990, à Paris où régnait « une xénophobie très forte, dans le métro, par exemple, des arabes étaient brûlés vifs, le système était vraiment terrible et très excluant… » Mais qui est donc à l’origine de cette aussi stupéfiante que surprenante révélation passée à l’époque inaperçue ? Rien de moins que l’actuelle présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez Gomez. Cette anecdote est très révélatrice d’un tempérament peu enclin, le moins qu’on puisse dire, à la nuance…

Une « emmerdeuse »

D’ailleurs, son mentor politique, Nicolás Maduro, aujourd’hui incarcéré à New York après sa spectaculaire capture, digne de la scène culte des hélicoptères d’Apocalypse Now, et qui attend, aux côtés de son épouse Celia Flores, un procès qui s’annonce long, principalement pour trafic de drogue, l’avait surnommée « la tigresse ». En espagnol, « tigresa » a la connotation de teigneuse. Si elle s’est vue reconnaître cette qualité ambiguë d’emmerdeuse qui ne lâche rien, c’est pour une raison simple : sa propension à invectiver sans la moindre retenue, à la manière d’un Fidel Castro, non seulement les opposants au régime, mais aussi les dirigeants d’autres pays, notamment lors de forums internationaux tels que ceux de l’Organisation des États américains (OEA), auxquels elle participait lorsqu’elle était ministre des Affaires étrangères, de 2014 à 2017. Mais après, au choix, l’arrestation ou l’enlèvement de l’ancien président, la « tigresse » a soudain montré qu’elle pouvait n’être que « de papier ».

A peine, en raison de sa qualité de vice-présidente depuis 2018, avait-elle succédé à ce dernier, faisant d’elle à 56 ans la première femme à la tête de cet Etat tropical disposant des plus grandes réserves de pétrole du monde, elle s’était empressée de proclamer avec la touche d’arrogance qui la singularise que « Maduro était l’unique président », qu’elle exigeait des preuves immédiates de vie et affirmait péremptoirement que « le Venezuela ne serait la colonie de personne. »

Du tac au tac, Trump lui rappela que c’était lui qui l’avait installée dans le fauteuil présidentiel et qu’en conséquence elle avait à prendre soin de ses abattis. « Si elle ne fait pas ce qu’il faut, avait-il prévenu sans ambages dans une interview à The Atlantic, elle va payer un prix très cher, probablement plus élevé que celui de Maduro. »

Le message, elle le reçut 5/5. Dans la foulée, elle réunit d’urgence son gouvernement et fit repentance. A l’issue de la réunion, elle publia un communiqué dans lequel elle se proposait « de travailler conjointement (…) avec les Etats-unis à un agenda de coopération axé sur un développement partagé (…). »

Marco Rubio, vice-roi de l’Amérique latine

Dans sa conférence de presse confirmant la totale réussite de l’opération « Détermination totale », Trump avait révélé que son chef de la diplomatie, le secrétaire d’Etat Marco Rubio, de parents cubains venus en Floride bien avant la prise du pouvoir par Castro en 1958, avait eu quelque temps auparavant une conversation avec elle. Cette confidence délibérée pose la question clé à laquelle il est difficile de répondre pour le moment : qui est donc en réalité Delcy Rogriguez Gomez ? La femme de paille, d’abord de Maduro puis maintenant de Trump, ou une grande intrigante qui joue sa carte personnelle sans trop s’embarrasser de considérations éthiques ?

Que se sont dit Rubio, qu’on surnomme maintenant le Vice-roi de l’Amérique latine, et elle ? Bien sûr, il n’a pu que la mettre au parfum de ce qui s’ourdissait et lui signifier ce qu’on attendait d’elle. Et pour ce faire, il fallait qu’il ait une pleine confiance en la personne, être certain qu’elle serait plus muette qu’une carpe. Curieux, étrange, qu’il ait pensé à elle. Sa réputation jusqu’alors était celle d’une dure de dure du régime, une dogmatique invétérée, une passionaria véhémente, d’être la seule personne de totale confiance de Maduro, celle dont on ne pouvait pas imaginer qu’elle puisse jouer un double-jeu. De toute évidence, il apparaît que MM. Trump et Rubio ne l’ont pas trouvée dans une pochette surprise… pour lui confier la mission d’assurer une transition ne devant pas virer au chaos, forts des enseignements des moultes autres désastreuses interventions américaines tous azimuts, inaugurées avec la guerre du Vietnam.

Plusieurs organes de presse latinos ou espagnols se sont aventurés à suggérer qu’elle pourrait être probablement l’agent de la CIA, placée ou retournée par l’agence de renseignements, auprès de Maduro. Un détail qui tend à donner du crédit à cette hypothèse : comment ont-ils communiqué entre eux ? Rubio ne l’a pas appelée sur son portable ou sur son fixe à son domicile et encore moins à son bureau pour avoir un échange de cette nature. Dans un régime totalitaire, quiconque a des responsabilités se sent épié donc est toujours, peu ou prou, sur ses gardes. C’est la moindre des prudences. Ils ont eu recours très certainement à un moyen spécifique, propre à un service de renseignements les mettant à l’abri d’oreilles curieuses.

Cependant, ce n’est certainement pas elle qui a donné les renseignements techniques qui ont permis la prouesse militaire de la capture de Maduro. Elle n’en avait pas la compétence. Cela n’a pu être que le fait d’un expert de la chose guerrière. Les soupçons se portent sur deux hommes. Le premier est le chef de la Garde d’honneur de la république, le général Javier Marcano Tabata, à qui incombait la responsabilité de la protection de Maduro, donc au parfum de son intimité. Il avait sous ses ordres les 32 gardes du corps cubains dont deux colonels qui ont été tués. Le second est le ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino Lopez, en fonction depuis 2014. La passivité des forces armées interroge. Aucun des 5 000 missiles sol-air russes à la leur disposition n’a été tiré pour faire barrage à la « chevauchée fantastique » des 150 avions et hélicoptères impliqués. Si Delcy Rodriguez Gomez a été une taupe de la CIA, sa collaboration n’a pu être que politique.

Des études en Europe, un frère président de l’Assemblée nationale

De petite taille, ayant pris quelques rondeurs avec la soixantaine approchant, lunettes à monture fine mais aux grands verres lui mangeant la moitié du visage, cheveux mi-longs noirs de jais, souriante malgré sa réputation de peste, l’actuelle présidente a dès sa prime enfance baignée dans une ambiance de gauche radicale petite bourgeoise. Son père, José Antonio Rodriguez, a été le fondateur de la Ligue socialiste, une organisation guevariste prônant la lutte armée. Elle avait 7 ans quand il est mort en 1976 en prison sous le régime du corrompu social-démocrate Carlos Andrès Perez. Il était accusé d’être impliqué dans l’enlèvement du patron de la filiale d’une société américaine. Officiellement, il se serait suicidé ; ses proches affirment qu’il a succombé à la torture. Dès ses années de collège, Delcy Rodriguez Gomez s’est engagée en politique « pour d’abord venger, dira-t-elle, son père. »

En 1993, à la fin de son droit à l’université de Caracas, elle obtient une bourse pour faire un 3ème cycle de droit social à Nanterre qu’elle n’a apparemment jamais terminé. C’est pendant les quatre années passées à Paris qu’elle a constaté qu’on « brûlait vifs des arabes dans le métro. » Ensuite, elle va à Londres et s’inscrit en sciences sociales à l’université privée Birkbeck, accueillant surtout des étudiants étrangers. Là aussi, semble-t-il, elle n’a pas conclu ses études.

A son retour au pays, Hugo Chavez est déjà au pouvoir, a échappé en 2002 à un coup d’Etat de l’armée. Grâce à l’entremise de son frère unique, Jorge, de 4 ans son aîné, psychiatre, membre très influent du régime, vice-président de Chavez de 2007 à 2008, à un moment où le pouvoir s’est radicalisé et est devenu répressif, elle se retrouve en février 2006 chef de cabinet de la présidence. Mais ne la supportant plus, Chavez s’en débarrasse au bout de six mois. Elle ne cessait pas de lui faire la leçon, lui n’ayant eu qu’une formation un peu rudimentaire de militaire…  Son frère est aujourd’hui le président de l’Assemblée nationale ce qui lui confère un rôle crucial dans l’évolution du régime, notamment en pouvant être le pont éventuel entre le pouvoir et l’opposition.

Elle ne reviendra aux affaires qu’avec l’accession au pouvoir de Maduro après la mort en 2013 de Chavez d’un cancer. Il la fait d’abord sa ministre de la Communication et de l’Information, puis, de 2014 à 2017 des Affaires étrangères à cause de son expérience européenne. L’année suivante, il lui confie la présidence de l’Assemblée constituante. Son rôle consistera alors à museler l’opposition. Une fois la constitution adoptée en 2018 – elle était écrite d’avance afin de donner les pleins pouvoirs au chef de l’Etat-  elle est promue vice-présidente, fonction qu’elle cumulera avec deux ministères coquilles vides, celui en 2020 des Finances dont la tâche essentielle consiste à procéder à des dévaluations successives, et en 2024 celui du Pétrole dont l’exploitation tourne au ralenti.

Aucune de ses biographies ne fait mention d’un quelconque mariage ou d’enfants. Elle serait célibataire. Une rumeur lui prête une liaison avec l’un des fils d’une des plus riches familles du pays, ayant fait sa fortune dans l’import-export, d’origine syro-libanaise, de 20 ans plus jeune qu’elle, s’appelant Youssef Aboud Nassif. Son mandat d’intérim se terminera le 5 avril. Il peut être reconduit pour 90 jours. Ce qui devrait la conduire à la tête de l’Etat jusqu’au 5 juillet… en principe, sauf…

Israël: le pays retient son souffle

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Tel-Aviv, 2 janvier 2026 © Leo Correa/AP/SIPA

En Israël, la vie du ciel et celle de la terre sont souvent indissociables. Aujourd’hui, la matinée fut venteuse, couverte même, tandis que l’après-midi s’est offert un soleil franc et un ciel parfaitement dégagé, à l’image des va-et-vient des nouvelles et des menaces de guerre qui affleurent, puis s’effacent, avant de revenir.

Malgré le plan de paix de Charm el-Cheikh, la guerre n’est pas vraiment terminée

Depuis la mi-octobre, et plus précisément depuis le 13 octobre, jour de la libération d’otages, le pays traverse une période singulière : un entre-deux marqué à la fois par l’espoir et l’inquiétude, par l’envie d’en finir avec la guerre et la conscience qu’elle n’est pas vraiment terminée.

À ce jour, il reste encore le corps de Ran Gvili, qui n’a pas été restitué. Comme si ce corps, celui du dernier otage, était devenu le symbole même de cette parenthèse impossible à refermer. Tant qu’il n’est pas revenu, rien ne se clôt vraiment.

Il est toujours difficile de prendre le pouls d’un pays aussi disparate qu’Israel. Dans les grandes villes, la reprise est visible. Les terrasses de Tel Aviv se remplissent à nouveau, la vie sociale redémarre, les invitations reprennent, les touristes étaient là, en nombre, pour les fêtes de fin d’année.

Mais derrière cette apparence de normalité, le ressenti dominant demeure celui d’une pesanteur collective. Les énergies circulent moins librement, les conversations se font plus prudentes, les rassemblements sont plus laborieux, comme si la société vivait dans une attente diffuse, inconsciente, traversée d’une lassitude larvée.

Phase de décompression

Comme toujours, chacun se raconte l’histoire qui lui permet d’expliquer cette atmosphère étrange. Certains y lisent la conviction qu’une confrontation directe avec l’Iran pourrait être imminente : les citoyens économisent leurs forces, sortent un peu moins, se concentrent sur l’essentiel. D’autres soulignent l’effet combiné de l’hiver, des tempêtes annoncées, et de la fatigue générale après des mois de tension continue. Nous sommes nombreux à vivre une forme de décompensation émotionnelle après deux années de résilience forcée. D’autres encore y voient l’effet d’échéances politiques prochaines, qui pourraient raviver les fractures internes.

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Ce qui domine également, c’est la divergence des narratifs autour de la guerre du 7-Octobre et de ses conséquences. Si tous s’accordent pour parler du 7-Octobre comme d’un point de bascule stratégique majeur, certains y voient aussi la manifestation d’une puissance divine. Dans une lecture largement partagée, l’attaque du Hamas, aussi meurtrière fût-elle, n’a pas atteint ce qui aurait pu être son objectif ultime : l’éradication totale d’Israël par une attaque coordonnée de grande ampleur, simultanée sur plusieurs fronts, y compris à l’intérieur du pays.

Sans l’orgueil de Yahya Sinwar, qui a voulu agir seul et précipiter l’offensive, Israël n’aurait peut-être pas eu le temps de se ressaisir, de reprendre l’initiative militaire et de contrôler le rythme de l’escalade.

Pour d’autres, la question des responsabilités politiques n’a toujours pas été posée, et à mesure que les élections approchent, elle promet de devenir explosive.

Tel Aviv – Téhéran

Mais c’est en Iran que se joue peut-être la mutation la plus déterminante. Ce que beaucoup espéraient, une révolution venant de la base, semble progressivement se profiler. Ce basculement s’inscrit dans une réalité économique et morale : l’épuisement d’un peuple dont les ressources ont été détournées, pendant des décennies, au profit de la projection régionale des mollahs. L’argent de la santé, de l’éducation, des infrastructures a alimenté les proxies : le Hamas à Gaza, le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen.

Dans les conversations israéliennes, l’Iran cesse ainsi d’être seulement un ennemi lointain ou une menace nucléaire : il devient une question historique. Si l’Iran islamiste s’effondre, c’est le centre de gravité de la guerre régionale qui tombe. Les proxies perdent leur cerveau, leur financement, leur souffle idéologique. Et l’on voit poindre à l’horizon un scénario qu’on n’osait même pas formuler il y a encore quelques années : celui d’un Iran libéré, réconcilié avec sa jeunesse, ouvert à un autre rapport au monde, et donc, peut-être un jour, à Israël.

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Mais l’expérience, ici, a appris la prudence. Et le ciel n’est pas encore tout à fait dégagé en ce mois de janvier.

A l’heure où j’écris ces lignes, la situation sécuritaire renforce cette impression de suspension. Comme pour rappeler brutalement cette réalité, nous venons de recevoir un nouveau message des autorités concernant la situation sécuritaire. Les abris publics sont ouverts. Les consignes élémentaires de protection civile sont rappelées. Ordre nous est donné de nous tenir prêts à toute éventualité, y compris à l’absence d’événement. Cette ambivalence résume une réalité israélienne récurrente: le pays doit gérer simultanément une vie quotidienne qui reprend et une menace qui ne disparaît jamais complètement.

Ce n’est peut-être pas la tempête qui nous tiendra confinés chez nous, mais la menace d’une guerre. Ici, le ciel peut s’éclaircir en quelques minutes, et l’Histoire, elle, ne dort jamais.

Maduro: pourquoi l’opération «Absolute Resolve» était légitime et ce qu’elle signifie

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En droit de se défendre, les États-Unis ont mené l’opération « Absolute Resolve » pour capturer Nicolás Maduro, présenté comme le dirigeant d’un narco-État responsable d’une agression continue contre leur sécurité nationale. Washington justifie ainsi cette action spectaculaire par la légitime défense, après des années d’accusations de narco-terrorisme, de collusion avec des groupes criminels et de déstabilisation volontaire du continent américain. Très critiqué, le président Trump n’a toutefois employé la manière forte qu’après avoir épuisé les autres méthodes, observe Gerald Olivier.


Dans la nuit du 3 janvier 2026 les forces armées des Etats-Unis ont capturé le président du Venezuela Nicolas Maduro, et son épouse Cilia Flores, au cœur de la base militaire qui leur servait de résidence, à Caracas, la capitale du Venezuela. L’opération éclair, baptisée « Absolute Resolve » (Détermination Absolue), a duré moins de cinq heures (de 22h46 à 03h29, EST), a impliqué toutes les composantes des forces armées américaines (Army, Navy, Air Force, Marines) et des membres d’agences fédérales (CIA, FBI, DEA). Elle a mobilisé plus d’une centaine d’appareils, (navires, avions, hélicoptères) nécessité des milliers de participants, dont plusieurs dizaines de combattants de la Force Delta, au sol, pour l’appréhension de Maduro.

L’opération a provoqué une onde de choc à travers le monde et un déferlement d’opinions et analyses. Par-delà la cacophonie des commentaires seules deux choses sont à retenir : un, les Etats-Unis ont agi dans leur droit, deux, le président Trump est décidé à rétablir une suprématie américaine exclusive et incontestée sur le continent américain.

Insolente audace

Dans un premier temps, la complexité de l’opération et l’excellence de son exécution ont impressionné les alliées et surtout les adversaires des Etats-Unis. Jusqu’à l’incrédulité. Il n’y a eu, officiellement, aucune victime côté américain, ni même perte de matériel. Juste quelques blessés et un hélicoptère touché. Alors même que Maduro était retranché dans une base comptant plusieurs périmètres de défense et une garde rapprochée de plusieurs centaines d’hommes armés et entrainés… Et alors même qu’il s’était tourné vers la Chine et la Russie pour renforcer les défenses extérieures de son pays, notamment face à une attaque aérienne….

L’insolente audace du président Trump a également inquiété quelques autres dirigeants, en froid avec les Etats-Unis et en difficulté avec leur propre population, de Téhéran à Rio en passant par La Havane et Bogota… Ces dirigeants ont condamné ce coup de force, parlant de « kidnapping » contraire aux règles du droit international. Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres et le président français Emmanuel Macron, ont également condamné l’intervention.  

Leurs lamentations sont néanmoins aussi vaines qu’hypocrites. Maduro lui-même violait le « droit international » en se maintenant par la force et la répression à la présidence du Venezuela après avoir perdu mais « volé » deux élections présidentielles et réduit son peuple à la misère ou à l’exil.  Ni les Etats-Unis, ni l’Union européenne ne le reconnaissaient comme le président légitime du Venezuela depuis 2024. Les Etats-Unis ont agi en lien avec leur conviction. Les Européens n’ont rien fait. Sans, au passage, se soucier du droit des Vénézuéliens, victimes de sa répression. C’est tout le problème ! Le soi-disant « respect du droit international » n’est bien souvent qu’une excuse pour ne rien faire face à tous ceux qui le bafouent ouvertement… Dénoncer l’intervention américaine « Absolute Resolve », après avoir dénoncé l’illégitimité du régime de Maduro, sans avoir osé confronter ce régime c’est le comble de l’hypocrisie et peut-être de la lâcheté…

Donald Trump, lui, a agi. Comme il le fait toujours. Surtout après en avoir brandi la menace. Il a agi en conformité avec la loi et les institutions américaines.

Nicolas Maduro était en effet accusé, par la justice fédérale des Etats-Unis, d’être le parrain d’un réseau de trafic de drogue international. Aux yeux de l’administration américaine, Maduro était, avec d’autres, responsable de la mort de dizaines de milliers de citoyens américains.

Le Cartel de los Soles dans le viseur de la justice américaine

Il était inculpé aux Etats-Unis depuis 2020 et une récompense pouvant atteindre 50 millions de dollars avait été proposée pour toute information menant à sa capture. Les Américains lui reprochent d’avoir organisé et dirigé le « Cartel de los Soles » (Le cartel des soleils) et d’avoir transformé le Venezuela en « narco-Etat » facilitant l’acheminement de cocaïne et de fentanyl – une drogue dévastatrice élaborée à partir de composants fabriqués en Chine, puis acheminés au Venezuela et au Mexique avant d’être assemblés et expédiés frauduleusement aux Etats-Unis – puis d’avoir récupéré les profits de ce trafic pour s’enrichir lui-même, sa famille, ainsi que le premier cercle de ses collaborateurs.

Quatre chefs d’accusations ont été retenus contre Maduro par le district fédéral du sud de New York, dont narco-terrorisme, trafic de drogue, possession d’armes et conspiration pour utiliser ces armes dans la poursuite d’activités liées au narco-terrorisme. Maduro encourt la prison à vie aux Etats-Unis.

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L’acte d’accusation détaille des dizaines d’années d’activités illicites et les liens de Nicolas Maduro avec des groupes terroristes sud-américains, notamment les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) ou l’ELN (Armée de Libération nationale) qui utilisent le trafic de drogue pour financer leurs guérillas. Ces activités ne sont pas nouvelles. Elles remontent au début des années 2000, sous la présidence d’Hugo Chavez, alors que Maduro n’était encore que le ministre des Affaires étrangères du Venezuela. Il utilisait alors les privilèges de sa fonction pour rapatrier les profits de la drogue au Venezuela sous couvert diplomatique et donc à l’insu des services de douane, suspecte la justice américaine. L’acte d’accusation détaille aussi le rôle des principaux collaborateurs de Maduro dans cette organisation, dont celui de l’actuel ministre de l’Intérieur du Venezuela, M. Diosdado Cabello, numéro trois du régime. Enfin, l’acte d’accusation évoque des liens sur plusieurs décennies entre Nicolas Maduro et des cartels de la drogue déjà connus, notamment le Cartel de Sinaloa, et leurs recours à des gangs criminels, tels The Zetas et Tren de Aragua, pour mettre en place et soutenir leurs opérations.

En plus de cela, l’administration Trump accusait le « président » Nicolas Maduro d’avoir, ouvert les prisons de son pays et libéré ses pires criminels pour les expédier aux Etats-Unis, profitant du laxisme de l’administration démocrate en matière d’immigration illégale, afin d’y semer le désordre et la violence. A preuve, la présence de membres du gang Tren de Aragua – gang né dans les prisons du Venezuela – sur le sol américain et les exactions et crimes dont ils ont été coupables ce dernières années. Plusieurs jeunes femmes ont été violées et assassinées ces dernières années aux Etats-Unis par des criminels membres de gangs vénézuéliens entrés clandestinement aux Etats-Unis. Début 2025 le département d’Etat avait d’ailleurs désigné le gang Tren de Aragua et les cartels de la drogue comme des « organisation terroristes », soulignant la gravité de la menace et autorisant l’administration à avoir recours à la force militaire dans sa lutte contre ces organisations.

La fin du chavisme

Avec des milliers de morts, victimes d’overdoses de fentanyl au sein de sa population, et la présence non autorisée de gangs criminels étrangers sur son sol, les Etats-Unis étaient donc légitimement en droit de se considérer comme face à une agression et autorisés à se défendre selon les termes de l’article 51 de la Charte des Nations-Unies. Pour rappel, cet article autorise un Etat à recourir à la force militaire contre un autre en cas de « légitime défense ».  Une « agression continue et documentée » constitue l’un des cas pouvant justifier la légitime défense. C’est exactement ce à quoi les Etats-Unis ont été confrontés pendant des années vis-à-vis du Venezuela de Nicolas Maduro.

La presse bienpensante, avec sa sensibilité de gauche, refuse d’envisager que le « narco-terrorisme » ait pu être une arme de la politique étrangère du Venezuela de Nicolas Maduro. Et pourtant cela a bel et bien été le cas. La « révolution bolivarienne » (du nom de Simon Bolivar, libérateur de l’Amérique Latine du joug espagnol dans les années 1810- 1820) vantée par Hugo Chavez (président du Venezuela de 1999 à sa mort en 2013) et le mouvement « chaviste » qui en est issu, sont bâtis sur une opposition frontale avec les Etats-Unis. Le Venezuela « bolivarien » de Chavez allait remettre « Uncle Sam » à sa place et lui donner des leçons de politique et d’économie. La solidarité allait l’emporter sur le capitalisme.  C’était l’idée du moins.

D’inspiration marxiste-léniniste et anticolonialiste, le « chavisme » ambitionnait rien moins que de mettre à bas l’hégémonie américaine sur le continent. Et tous les moyens étaient bons. Maduro est l’héritier désigné de ce mouvement et il a délibérément et consciemment utilisé tous les moyens à sa disposition. Mais en 2013, quand Maduro succède à Chavez, qui avait fait de lui, simple chauffeur de bus, son héritier désigné, le Venezuela est déjà en ruine. Quarante ans de nationalisation du pétrole et quinze ans de « chavisme » ont détruit les infrastructures industrielles, et fait fuir les élites et les capitaux notamment vers les Etats-Unis. Déstabiliser le grand méchant empire yankee de l’intérieur, et favoriser l’accès de ses adversaires, tels que la Chine, l’Iran, la Russie, ou la Corée du Nord, aux richesses du Venezuela vont devenir les deux priorités de la politique étrangère du régime. Le trafic de drogue, à une heure où les Etats-Unis, en pleine désindustrialisation font face à une épidémie d’addiction aux opioïdes, va être l’arme de cette politique de déstabilisation. Suppléée quelques années plus tard par une invasion migratoire de gangsters et criminels. Tout cela est parfaitement documenté et l’homme qui a orchestré cette politique s’appelle Nicolas Maduro. Attaqués depuis des années, les Etats-Unis étaient en droit de se défendre…

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Et encore, ils n’ont choisi la manière forte qu’après avoir épuisé les autres méthodes. Pour rappel, l’opération Absolute Resolve ne fut ordonnée qu’en dernier recours. Tout au long du printemps 2025 et jusque début décembre le président Trump a offert à Nicolas Maduro la possibilité de quitter le pouvoir de son plein gré. Des discussions ont eu lieu. Richard Grenell, un émissaire spécial nommé par Donald Trump fut dépêché à Caracas, dès la fin janvier, pour négocier la libération d’otages américains détenus par Maduro, et envisager l’avenir. Les Etats-Unis ont également mis à contribution leur envoyé spécial pour l’Amérique latine, Mauricio Claver-Carone, tout au long de l’année. Lindsey Graham, sénateur de Caroline du Sud, a même affirmé que la possibilité d’un exil doré a été offerte à Maduro. Jusqu’à la mi-décembre 2025. Il a refusé. « Maduro pourrait être tranquillement en Turquie aujourd’hui » a dit le sénateur, plutôt qu’en confinement solitaire dans une geôle de New York.

En clair, les Américains ont fait usage de la force militaire – une force massive – uniquement après que les autres tentatives de persuasion aient échoué. La nature même de l’opération et notamment l’importance de l’élément de surprise, empêchaient bien sûr de notifier le Congrès à l’avance, et à fortiori de demander un blanc-seing aux Nations-Unies…

Aussi légitime donc qu’impressionnante, cette opération illustre la détermination de Donald Trump à imposer sa loi sur le continent américain. C’est le message le plus important d’ »Absolute Resolve « ! C’est d’ailleurs le sens littéral de cette expression, « détermination absolue ». Comme c’est écrit dans le document détaillant la Stratégie de Sécurité Nationale – publié fin novembre 2025 – les Etats-Unis entendent à la fois chasser les acteurs « non-hémisphériques » du continent américain, et combattre tout acteur hémisphérique essayant de « semer le chaos » dans la région.  C’est la Chine qui est visée par la première proposition et le Venezuela qui l’était par la seconde.

La doctrine « Donroe »

Donald Trump a remis la fameuse Doctrine Monroe à l’ordre du jour. Datant de 1823, celle-ci affirme la volonté des Etats-Unis de défendre « l’indépendance » des Etats du continent américain, face à toutes velléités coloniales. C’est à l’origine une doctrine anticoloniale qui visait les Européens. Elle a ensuite servi de justification à une ingérence répétée des Etats-Unis dans les affaires intérieures de ces pays et à de multiples déploiements militaires en Amérique latine et dans les Caraïbes, tout au long du vingtième siècle, avant d’être officiellement abandonnée par l’administration Obama et son secrétaire d’Etat John Kerry en novembre 2013. « L’ère de la doctrine Monroe appartient au passé » avait-il affirmé alors.

A l’évidence, cette ère est de retour. Dès le premier mandat de Trump, le néo-conservateur John Bolton, que Trump avait nommé conseiller à la sécurité nationale, avait évoqué de manière informelle, la persistance de cette doctrine. Donald Trump en a fait désormais un axe officiel et revendiqué de la politique étrangère des Etats-Unis. Le document de stratégie nationale qualifie même de « corollaire Trump » la volonté des Américains d’être à nouveau maître chez eux dans le cadre de l’application de cette doctrine…

De là à penser que les Américains vont attaquer demain la Colombie parce que son président est un révolutionnaire marxiste ; ou envahir Cuba ; voire s’emparer par la force du Groenland, il y a un pas, et même plusieurs, à ne pas franchir pour l’instant. Ces dossiers mijotent. Ils ne sont pas encore « brûlants. » La seule certitude est que l’administration Trump entend repousser la Chine hors du continent américain, pour rétablir la prééminence commerciale et militaire des Etats-Unis dans la région. Cette éviction est en train de se dérouler sous nos yeux. La reprise de contrôle du canal de Panama avec le rachat de ses deux ports d’entrée et de sortie, à des entreprises chinoises au printemps 2025 en a été la première illustration. La reprise en main du Venezuela, inévitable après la chute de Maduro, est une deuxième étape et (pour l’instant) un deuxième succès. Cette étape est toujours en cours et son issue demeure incertaine. La sécurisation du Groenland, enjeu stratégique majeur, sera la troisième étape. Elle viendra une fois la deuxième achevée.

Même si Donald Trump agite beaucoup la menace militaire (avec son habituel esprit de provocation et pour signifier qu’il ne s’interdit aucune option, ce qui est une base lors de toute négociation) il ne s’agira pas d’une opération hostile. Le Groenland appartient au Danemark, allié des Etats-Unis et membre de l’Otan. En revanche, un achat n’est pas à exclure (tout se vend, c’est juste une question de prix !). Et à défaut, un accord de sécurité garantissant aux Américains un accès exclusif à cette terre et aux eaux qui l’entourent, éliminant toute présence russe ou chinoise. Cela mérite des détails. Nous y reviendrons.

Sur la route de la Maison Blanche

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Cet article provient du blog de Gerald Olivier.

Pourquoi Marine Le Pen a déjà gagné

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Marine Le Pen dans son bureau en 2025 © Hannah Assouline

La victoire idéologique du RN, désormais reconnue jusque dans les colonnes du journal Le Monde, se heurte à une Justice que notre chroniqueur juge volontiers zélée. Au moment même où ses thèmes gagnent l’opinion, Marine Le Pen demeure pour l’instant inéligible.


Le dernier scoop du Monde

Marine Le Pen a gagné : elle doit être éliminée. Alors que la candidate du RN à la présidentielle risque l’inéligibilité dans le procès en appel, ouvert mardi sur une accusation de détournement de fonds du parlement européen, Le Monde reconnait sa victoire idéologique. « Les idées du RN s’installent dans l’opinion », titre en Une le quotidien daté d’hier.

De fait, les sondés soutiennent la suppression de l’aide médicale d’Etat, l’interdiction du voile islamique dans l’espace public, la préférence nationale en matière d’emploi, la fin du droit du sol, etc.

L’Etat de droit, c’est plus fort que toi

Et là est le cœur du possible scandale démocratique : il verrait la favorite pour l’élection de 2027 empêchée de concourir par la décision de trois juges appliquant à la lettre, voire avec jubilation, une législation de 2017 votée par des parlementaires étourdis de bons sentiments. Lundi, sur RTL, le nouveau procureur du Parquet national financier, Pascal Prache, a également confirmé qu’un même dossier de détournement de fonds concernant Jordan Bardella était en cours d’analyse. Il est incontestable que députés et sénateurs sont les premiers responsables de cette aggravation de l’intrusion judiciaire, permise au nom de la moralisation de la vie politique après, notamment, les affaires Cahuzac et Fillon.

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Cette irresponsable légèreté des élus, qui ont pris le risque de priver des électeurs de leur libre choix démocratique, ne dédouane pas pour autant le rôle suspect du Parquet national financier. Il avait déjà montré une surprenante réactivité pour entraver à temps le parcours de François Fillon lors de la présidentielle de 2017.  Mais ceux qui espèrent ainsi bloquer la progression du RN en mobilisant la Justice exacerbent l’exaspération d’une société civile qui se radicalise et veut recouvrer ses souverainetés perdues.

Un système à bout de souffle

Dans le sondage du Monde qui entérine la banalisation du RN, Emmanuel Macron, qui s’en voulait le rempart, apparait désormais comme un danger pour la République pour 56% des sondés. Ce spectaculaire renversement de situation confirme l’agonie d’un régime qui a perpétué, à travers le « progressisme » du chef de l’Etat, un système épuisé, à bout de souffle. La contre-productive diabolisation de la prétendue « extrême droite » montre une opinion de plus en plus lucide, libre, indocile. Le dernier projet de Macron de mettre en place un Haut-commissariat à la diversité et à la diaspora, alors même que les agriculteurs se battent pour ne pas disparaître, confirme le mépris présidentiel pour la France française, enracinée, « populiste ». Cet autre comité Théodule, qui entérinerait le communautarisme de la société et son ethnicisation, exclurait par essence les autochtones mais aussi tous ceux qui, trop blancs, ne rentreraient pas dans la catégorie des « racisés », à commencer par les Français juifs, arméniens, européens.

De ce point de vue, cette vision multiculturelle de la nouvelle France est identique à celle de Jean-Luc Mélenchon quand il estime : « Ceux qui s’appellent « Français de souche » posent un problème sérieux à la cohésion de la société ». Le Pen peut dire merci à Macron pour le dernier coup de pouce ; en attendant le choix des juges et les probables colères contre les maltraitants de la démocratie française.

Queue de poisson mortelle à Minneapolis

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Le 13 janvier, du gaz lacrymogène est utilisé contre les manifestants près de l’endroit où Renée Good a été mortellement abattue par un agent de l’ICE la semaine dernière, à Minneapolis © Adam Gray/AP/SIPA

Aux États-Unis, la bavure policière encore entourée de zones d’ombre et la mort de Renee Nicole Good, abattue par un agent de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), sont utilisées par une partie de l’opposition pour critiquer la politique de lutte contre l’immigration illégale menée par Donald Trump et les agents de l’ICE. Confiée au FBI, l’enquête sur les circonstances du drame soulève des questions quant à son impartialité.


Un homme cruel avec les animaux ne peut être un homme bon.
Gandhi

Dans l’histoire du monde, c’est encore l’absurde qui a le plus de martyrs.
Edmond et Jules de Goncourt


Plantons le décor.

L’État du Minnesota est une contrée emblématique de l’Amérique, bien connu pour son équipe de football, les Vikings, qui a eu pour gouverneur Jesse Ventura, ayant fait ses classes comme catcheur. Il a aussi a produit des hommes, ou plutôt des gens de lettres de marque. Signalons d’abord le prix Nobel de littérature Sinclair Lewis, peintre réaliste de la société et surtout de la mentalité américaine : à cet égard, son œuvre n’a pas pris beaucoup de rides : Main street (« Rue principale ») décrit la difficile adaptation d’une citadine originaire de la métropole de l’État à un milieu de péquenauds de petite ville; Elmer Gantry, un prêcheur corrompu dont la rhétorique religieuse est toujours vivante chez les « televangelists » et bien sûr It can’t happen here (« Ca ne peut pas arriver ici » en v.f.) roman uchronique (farfelu) relatant l’accès d’un vulgaire populiste à la présidence.

Par la suite, il y eut Laura Ingalls dont la série de livres pour enfants La petite maison sur la prairie fut par la suite immortalisée au petit écran par Michael Landon, un quasi-documentaire sur la société américaine pionnière du XIXe siècle, encore que dans les deux cas, la réalité était quelque peu édulcorée : l’autrice avait du se rabattre sur cette formule plus aseptisée car son premier livre autobiographique Pioneer girl (« Pionnière » en v.f.) avait été refusé par les éditeurs vu que sa vision de la ruralité était moins bucolique et sans doute un peu plus proche de celle de William Faulkner.

Le précédent George Floyd

Le Minnesota n’a donc jamais été un paradis perdu. Sa métropole encore moins.

En 2020 mourut George Floyd aux mains, ou plutôt au genou du policier Derek Chauvin, ce qui donna lieu à des troubles civils dans tout le pays.

Comme si cela ne suffisait pas, voilà qu’une citoyenne américaine, Renee Nicole Good, au volant de sa voiture, se fait abattre de 3 balles en pleine figure par un agent de ICE.

(Note contextuelle : la tactique du président Trump semble consister en des rotations des forces fédérales dans différentes grandes villes, surtout démocrates : Los Angeles, Chicago, Portland…, et maintenant Minneapolis, alors que les pouvoirs locaux déclarent sans ambages ne pas en avoir besoin. Au contraire, notamment ICE, elles ne font qu’augmenter les tensions. D’ailleurs, bien avant les présidences de Trump, des experts dénonçaient la dangereuse « militarisation » croissante des forces de l’ordre, même locales, exacerbée par l’utilisation d’équipements militaires devenus désuets gracieusement offerts par les forces armées. Des cadeaux empoisonnés. Le maintien de l’ordre interne est une chose et la défense, rectification, maintenant il faut dire la « guerre » en est une autre.)

Il ne s’agit pas ici de juger la politique policière de Trump, mais d’essayer de comprendre ce seul incident. Dans ce genre de situation, dans un Etat de droit, en temps normal, les autorités concernées se bornent sobrement à déclarer qu’une enquête sera tenue et à promettre que l’on ira au fond ses choses. Cependant, à (très) chaud les positions se sont bien campées quasi-instantanément.

D’une part, la mairie de Minneapolis et l’État veulent constater un assassinat pur et simple, vu que Renee Nicole Good ne cherchait pas à blesser qui que ce soit ; et qu’elle aurait fait des signes de la main pour inviter d’autres automobilistes à circuler; l’agent Jonathan Ross, ce serait placé devant la voiture de manière dangereuse pour lui-même; si un agent lui a ensuite demandé de sortir de la voiture, elle a simplement essayé de s’en aller, peut-être prise de panique. Selon la femme de Renee Nicole Good, Becca, elles étaient en train de soutenir leurs voisins (par exemple avec des sifflets) quand les agents sont arrivés.

D’autre part, avant même d’avoir pris connaissance d’un minimum de faits, Kristi « Maybelline » Noem, secrétaire à la sécurité intérieure, a immédiatement qualifié la défunte de « terroriste domestique »; pour sa part, la secrétaire de presse de la Maison Blanche, Karoline Leavit la désigne comme une « insurrectionniste [sic] gauchiste »; enfin, le président Trump a parlé d’« agitatrice payée [sic]». Cela dit, les autorités fédérales signalent que les agents de l’ICE étaient en opération ciblée dans le quartier. Renee Nicole Good aurait bloqué ou entravé le passage des agents, puis utilisé son véhicule comme arme contre eux et l’agent Ross, se jugeant menacé, aurait alors ouvert le feu en légitime défense.  De prime abord, on a du mal à voir dans Renee et sa conjointe le profil de « terroristes » ayant pour modèle Timothy McVeigh, leurs éventuels sifflets les rapprochant plutôt de Roger Whittaker.

Mais quid des vidéos filmés par des passants et des agents? Il en ressort ce qui suit.

Renee Nicole Good est dans sa voiture au milieu de la rue avec son SUV, bloquant partiellement la rue, que contournent sans difficulté les autres véhicules; un agent ICE approche, demande à Renee de sortir et tente d’ouvrir la portière. On entend ensuite Renee Nicole Good dire calmement à Jonathan Ross quelque chose comme « C’est bon, mec, je ne t’en veux pas » avant de mettre le véhicule en marche et tourner le volant vers la droite; Ross sort son arme, et tire trois fois.

Le quartier était loin d’être à feu et à sang, l’enquête confiée au FBI

Bien entendu, ICE soulèvera l’argument classique, et justifié, portant que les vidéos ne racontent pas toute l’histoire. Que peut déjà conclure l’observateur profane, fût-ce à titre provisoire, sur la seule base de celles qui sont publiques ? Le rideau ne s’ouvre pas sur un quartier à feu et à sang. S’il y avait eu manifestation, éventuellement ponctuée de coups de sifflets, elle avait pris fin. A ce jour, les experts policiers semblent unanimes pour dire que Ross s’était lui-même placé en situation de possible péril en se positionnant (plus ou moins) devant la voiture, notamment en manipulant un smartphone, ce qui réduisait sa mobilité; par ailleurs, la conductrice, qui n’avait jamais eu de comportement agressif, en tentant de quitter les lieux, a visiblement actionné le volant vers la droite, afin d’éviter de heurter Ross.

A ce stade, on ne peut affirmer avec une certitude totale qu’il n’était pas sur le trajet de la voiture au moment du premier coup de feu. Mais il est plus difficile d’admettre qu’étaient justifiés les deux coups suivants car il semblait alors bien hors de portée du véhicule, qui circulait à vitesse réduite, en s’éloignant de lui.

Cela dit, il a été révélé que Ross avait été blessé lors d’un incident antérieur de refus d’obtempérer d’un chauffard. Fut-ce un cas de TSPT? A-t-il alors cédé à la panique? Dans ce cas, manquerait l’élément moral de l’infraction.

La parole reviendra aux experts.

Le problème est que c’est le FBI, paraît-il, qui mènera l’enquête. Seul. En excluant la collaboration des forces de l’ordre locales. Alors qu’elles ont une expérience nettement plus considérable en matière d’affaires de tirs d’agents. En outre, le vice-président Vance déclare, sans rire, que les agents de ICE jouissent d’une immunité absolue. Et comme l’exécutif a déjà formulé ses conclusions, il y a clairement conflit d’intérêt quand on enquête sur soi-même.

Chose certaine, de manière générale en matière juridique, on ne saurait dire que l’action de l’administration actuelle a été entravée par un formalisme excessivement tatillon.

En droit américain, le droit de manifester relève de la liberté d’expression, protégée par le premier amendement de la Constitution. Pour le contourner, les gouvernements mal disposés ont souvent la tentation (depuis les années 60, d’ailleurs, rien de nouveau…) d’invoquer une situation d’« émeute » (« riot » en v.o.), souvent imaginaire. L’expression « violent rioters » est devenue le mantra de l’administration Trump, même si les inculpations et a fortiori les condamnations se sont plutôt révélées illusoires. Signalons qu’un pasteur en tenue ecclésiastique, formé à tendre la joue gauche, s’est vu apposer cette loufoque étiquette… Alors, Renee, mère de trois enfants, et Becca…

Mais le vécu de la botoxée Kristi Noem, est instructif. Elle explique dans son autobiographie avoir abattu son chien parce qu’elle le détestait, vu qu’elle n’était pas parvenu à la dresser à sa satisfaction. Un bouc a aussi subi le même sort. Tout cela afin d’« illustrer sa volonté de faire des choses difficiles, salissantes et laides » tant en politique que dans la vie. Apparemment, dame Noem, publicité ambulante pour Rolex, n’a qu’une parole. Pour autant, la spectaculaire élimination de Mirza n’a pas vraiment amélioré l’image de marque de la noble profession agricole, nourricière de la nation. Pis, cette exécution ne fut pas sans doute pas une réussite sur le plan marketing politique, vu qu’elle l’a vraisemblablement écartée de la vice-présidence.

Mais y a-t-il des « bœufs carottes » qui mijotent aux Etats-Unis?


Dernière minute. Au moins six procureurs fédéraux de carrière du Minnesota viennent de  démissionner, refusant de céder aux pressions exercées sur eux par le département de la Justice afin que Renee Good soit traitée comme agresseur d’un agent fédéral et afin que soit engagée une enquête pénale concernant les actions de Becca et d’hypothétiques liens avec des « groupes activistes ».

Par ailleurs, le sous-secrétaire à la Justice, Todd Blanche, annonce qu’il n’existe aucun élément justifiant l’ouverture d’une enquête pénale visant M. Ross.

Voilà qui devrait clore de vaines controverses.

Les juges et les urnes

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Marine Le Pen arrive au tribunal, Paris, 14 janvier 2026 © Cyril Pecquenard/SIPA

Au premier jour du procès en appel de l’affaire des assistants au Parlement européen, Mme Le Pen a donné l’impression de mettre un peu d’eau dans son vin, et a affirmé qu’elle n’avait pas « le sentiment d’avoir commis le moindre délit. » Trois juges vont pouvoir décider, à eux seuls, si les Français auront ou non le droit de glisser un bulletin Marine Le Pen dans l’urne en 2027. Depuis quand une élection présidentielle se joue-t-elle dans un prétoire plutôt que dans les urnes?


Marine Le Pen sera-t-elle interdite d’élection présidentielle ? C’est la Cour d’Appel qui en décidera. Et c’est grave. Trois magistrats auront une influence décisive sur l’élection présidentielle – donc sur l’avenir du pays.

Ils peuvent – et devraient – ramener l’inéligibilité de cinq à deux ans, ce qui leur permettrait de sauver la face de l’institution sans être accusés de se substituer aux électeurs. Mais il n’est pas sûr qu’ils auront cette sagesse.

Marine Le Pen risque d’être écartée d’une élection dont elle est la favorite pour un délit que la plupart des partis ont commis, en employant leurs assistants à d’autres tâches que celles du Parlement européen stricto sensu – ce qui devrait d’ailleurs être autorisé, cela s’appelle faire de la politique.

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D’accord, c’est un délit. Mais François Bayrou, poursuivi pour les mêmes pratiques a été relaxé car selon les juges il n’avait pas l’intention de commettre un délit. Justement, Marine Le Pen reconnaît désormais avoir fait une faute mais affirme qu’elle n’en avait pas conscience. Comme Bayrou. Elle pourrait donc être relaxée comme lui, à moins que les juges estiment qu’en tant que Le Pen elle doit avoir un traitement spécial.

Les juges ne font qu’appliquer la loi, observent beaucoup d’éditorialistes. Mais appliquer, c’est interpréter. Cependant, ce sont bien les politiques qui ont renoncé à leur pouvoir en faisant voter une peine d’inéligibilité quasi-automatique pour les délits d’atteinte à la probité. Par pure démagogie ! C’est tellement gratifiant de flatter l’opinion sur le thème: ce sont des voleurs, mais nous nous sommes honnêtes, nous sommes blanc comme neige… D’ailleurs, en 2017, Marine Le Pen n’a pas voté contre la mal-nommée loi de confiance dans la vie politique, elle s’est abstenue, creusant inconsciemment sa tombe politique.

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Les juges (ou certains juges, mais souvent ceux qui incarnent l’institution) n’avaient pas attendu cette loi pour jouer les justiciers. On dirait depuis longtemps qu’ils n’ont plus comme mission de sanctionner les fauteurs de troubles ou trancher les conflits mais de purifier la démocratie. En pleine campagne électorale, ils n’avaient pas hésité à poursuivre François Fillon pour un délit à l’époque très courant à l’Assemblée nationale. Résultat, on ne saura jamais qui les Français auraient choisi sans ce coup de pression en 2017.

L’inéligibilité est contraire au principe cardinal de la démocratie. C’est aux Français de choisir leurs dirigeants et de décider les entorses qu’ils tolèrent ou non. Ils ont souvent réélu des maires ex-condamnés ayant purgé leur peine. Cela signifie qu’ils ne veulent pas de gens qui s’enrichissent à leurs dépens, certes, mais qu’ils savent que les Monsieur Propre, dans la vie, ça n’existe pas. Et surtout, qu’ils ne veulent pas être gouvernés par des juges qu’ils n’ont pas élus.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio