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Le devoir conjugal: si absent, si présent mais peu actuel

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Longtemps pilier essentiel de la société, le mariage est désormais regardé comme un empêcheur de tourner en rond. En faisant disparaitre le « devoir conjugal » et pourquoi pas toute association entre mariage et sexualité, qu’est ce qui va différencier demain un vrai mariage d’un mariage blanc ?


Dans son combat sans relâche contre les moulins à vent qui cachent la forêt et mettent le feu aux poudres, l’Assemblée nationale vient de légiférer sur un point de droit qui n’existe que subjectivement et serait l’héritier d’une longue tradition patriarcale, gravée dans le marbre par le Code civil et surtout emprunté au droit de l’Eglise (donc obscurantiste, forcément obscurantiste aurait pu dire Marguerite Duras) : le devoir conjugal.

En effet, ce 28 janvier, à l’initiative de Marie-Charlotte Garin (Verts) et Paul Christophe (Horizons), les députés ont adopté en première lecture la proposition de loi visant à interdire le manquement à ce devoir pour invoquer un motif de divorce.

Le consentement sous surveillance

En réalité, cette notion de « devoir conjugal » n’existe dans aucun texte, même pas dans le code Napoléon et c’est la coutume qui lui affecte la seule acception d’obligation sexuelle envers son conjoint. La jurisprudence a invoqué – toutefois très sporadiquement – le manquement de l’un des époux à ses obligations pour légitimer un divorce. Le nouveau texte complète ainsi l’article 215 du Code civil qui dispose que « les époux s’obligent à une communauté de vie » en précisant que « cette communauté de vie ne crée aucune obligation pour les époux d’avoir des relations sexuelles » et précise à l’article 242 que « le divorce pour faute ne peut être fondé sur l’absence ou le refus de relations sexuelles ».

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Ce vote fait suite à une condamnation de la France par la Cour européenne des Droits de l’Homme en janvier 2025, qui a statué que le consentement au mariage n’entraînait pas un consentement aux relations sexuelles futures. Elle répondait ainsi au recours d’une plaignante reconnue fautive en première instance et en appel d’un jugement de divorce au motif qu’elle avait refusé de consommer le mariage. Les juges du fond, en effet, avaient statué que ce refus était un manquement aux obligations du ménage et rendait « intolérable la vie commune ». Forts de cette décision, les députés français ont entériné cette obligation et tous ceux qui pensent que légiférer dès que le bât blesse est un signe de progrès applaudissent à tout rompre : enfin ! On se débarrasse des chaînes de l’esclavage sexuel que représentent les liens matrimoniaux. Les députés à l’initiative de cette loi n’en font pas mystère, c’en est bien la finalité puisqu’ils mentionnent dans la proposition : « cette jurisprudence relative au devoir conjugal s’inscrit dans une conception historiquement inégalitaire du mariage, dans laquelle la sexualité féminine est subordonnée aux attentes masculines » oubliant que les femmes peuvent aussi bien l’invoquer que les hommes, ce qu’elles n’ont pas manqué de faire. On passera sur la vision de la femme véhiculée par les députés, celle de la potiche bourgeoise du XIXe siècle qui attend, tout à la fois innocente et résignée, bras en croix et yeux fermés, les assauts bestiaux de son mari. Merci pour nous, je pensais qu’on valait un peu mieux que ça. L’étreinte ici est celle (consentie ?) de la décision de la CEDH d’une part et des délires wokisto- féministes comme ceux portés par la militante Alice Coffin qui se félicitait, en 2018, de ne pas avoir d’époux car « en tant que femme, ne pas avoir un mari, ça m’expose plutôt à ne pas être violée, ne pas être tuée, ne pas être tabassée. ». Merci pour eux.

Pourtant la pénalisation du viol conjugal existe. Mais les législateurs ont constaté avec effroi que le pénal n’a pas rejailli sur le civil : mais était-ce nécessaire dès lors qu’il était acté qu’un rapport sexuel contraint est un viol, y compris dans le cadre du mariage ?

C’est faire de l’intimité du couple une « zone grise » sur laquelle le droit pourra étendre son empire, où pèse non plus la norme morale mais juridique, celle qui scrute le consentement à toutes les étapes de la vie du ménage, limitant la double puissance du contrat premier (le devoir de respect et le consentement au mariage libre et éclairé) et du contrat tacite qui se noue entre chaque couple, suivant leur entente et leurs disponibilités. Paradoxal d’ailleurs cette envie chez ceux qui ont la manie de nous faire bouffer du vivre ensemble toute la journée, de vouloir contrôler l’intimité de ceux qui ont consenti à le faire en contractant librement.

Sans doute peut-on y voir une envie plus sournoise de s’attaquer au mariage en lui-même.
Car oui, le mariage, comme tout contrat, impose pour les deux parties des droits et des devoirs, un engagement, un consensus.

En 2026, il n’a échappé à personne qu’on n’était nullement obligé de se marier pour s’aimer au grand jour, vivre en couple et même – tenez-vous bien – avoir des enfants ! Ces « unions de fait » constituent la majeure partie des ménages, le mariage est en recul et, ne nous y trompons pas, cette loi est un pas de plus vers son délitement. Longtemps pilier essentiel de la société, il est regardé à présent comme un empêcheur de tourner en rond, un caillou dans la chaussure du nouveau monde où prime l’individualisme, le petit « moi » et le déracinement. L’absence de tout lien social en dehors du contrat entre le citoyen et l’Etat permet un contrôle accru de cette société atomisée et sans repères.

LFI souhaitait même en rajouter un peu en ôtant l’obligation de fidélité, ce qui a été rejeté par la majorité des votants. Que voulez-vous, quand on a le cœur trop grand et pétri de valeurs humanistes, il faut le partager ! Que vaut donc un contrat s’il est nécessaire de lui ajouter des avenants chaque jour ? Juridiquement peu de choses, alors autant annuler l’institution elle-même, cet archaïsme qui porte l’empreinte de la barbarie patriarcale, pâle copie du mariage religieux.

Et pourtant. Le mariage, institution antique, n’a pas été conçu initialement par l’Eglise comme une prison mais plutôt comme une émancipation et une protection des plus faibles. Jusqu’au XIIe siècle, il n’est pas à proprement parler la norme. Les unions de fait existent et les institutions canoniques observent une tolérance à leur égard, loin du patriarcat antique et l’omniprésence de la figure du tout puissant père de famille romain, remis à l’honneur au XIXe siècle.

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Elles se bornent à considérer comme légitimement marié un couple dont on reconnait de lui l’existence, la formation d’une cellule familiale ainsi qu’une vie en commun, quand bien même celui-ci ne serait pas passé devant monsieur le prêtre. L’institution s’ancre au XIIe siècle en particulier pour rappeler les hommes à leurs devoirs et obligations. Tirer les oreilles de ces messieurs pour les contraindre à répondre de leurs actes et éviter aux femmes d’ assumer seules le fruit d’une relation – peut être furtive mais surtout féconde –  permet de  protéger la dulcinée et surtout les enfants, en leur ouvrant des droits, notamment en matière d’héritage.
Quant à voir dans le mariage religieux et la fidélité un appel à la pure procréation, c’est méconnaître le droit canonique qui peut dissoudre un mariage pour non-consommation mais pas pour stérilité ou infertilité d’un des époux.

Et les mariages blancs ?

La sexualité est donc au centre du lien matrimonial, comme un ciment du couple, associée à la notion de plaisir. Dans une religion dont le cœur est l’incarnation, la « théologie du corps » prend une place importante.  Jean-Paul II, dans l’encyclique Gaudium et spes 24 a souligné que l’amour est au centre de la vie humaine. Il doit pleinement s’exprimer charnellement au cœur du mariage : c’est aussi physiquement que les époux se trouvent, par « le don libre et désintéressé d’eux-mêmes ». Le corps ne se possède pas, ne se convoite pas : il s’abandonne dans la confiance car il forme avec le cœur et l’esprit un tout et « faire l’amour » prend dans cette perspective tout son sens.  On est loin de la vision bigote qu’on peut associer à la condition matrimoniale.

Alors oui, mariage et sexualité sont liés, non pas dans une idée de possession, mais dans une des caractéristiques qui distingue un couple de simples cohabitants qui pourraient, éventuellement, se dépanner de temps en temps.

Dès lors, si on le vide de cette substance, quid de l’adultère ? Il ne saurait, à terme, être conçu comme une faute au regard du civil puisque les questions sexuelles seront évacuées.
Le mariage blanc aura, de même, plus de mal à être dénoncé puisque l’absence d’intimité n’est pas liée à l’union du couple.

Le mariage ferait peser une pression sexuelle trop importante pour les femmes, contraintes de subir même « avec répugnance » (comme l’avait mentionné un juge pour rappeler au fameux devoir conjugal) un rapport. Or, paradoxalement, le mariage offre déjà un cadre où le « non » devrait être plus facilement entendu puisqu’il y a un accord de volonté manifesté à l’origine du couple. Ce « non » ne remet pas en jeu une union, il indique simplement que ce n’est ni le moment, ni le lieu.

Dans une union de fait, qui recule, repousse ou ne songe pas au mariage, peut-être est-on parfois plus enclin à se donner malgré soi quand, justement, rien n’a été consenti au départ et que tout peut se terminer sans lien, sans obligations et sans attache.

L’apparente évidence de cette proposition de loi risque de soulever bien plus de questions qu’elle n’en résout.

Rien n’oblige à se marier mais le mariage génère des obligations et c’est ainsi. Alexandre Dumas soulignait même que ces chaînes étaient si lourdes qu’il fallait justement être deux pour les porter et même « parfois trois ».

L’heure des pro-pal

Le 30 septembre 2000, France 2 diffuse un reportage présentant la mort du petit Mohamed al-Durah sous les balles de Tsahal à Gaza. Ce scoop mondial est une aubaine pour les ennemis d’Israël, qui l’exploitent ad nauseam depuis vingt-cinq ans pour leur propagande antisémite. Mais incohérent et tronqué, il a aussi suscité les doutes de nombreux observateurs. Si l’un d’eux, Philippe Karsenty, a été condamné pour diffamation, la chaîne publique n’a toujours pas prouvé la véracité de ses images.


Un journaliste de gauche ne peut pas se tromper. Et encore moins mentir. Surtout quand il raconte comment les soldats de l’État juif tuent des enfants palestiniens. Le 30 septembre 2000, alors que l’intifada Al-Aqsa enflamme la bande de Gaza, France 2 diffuse un reportage de son correspondant en Israël, Charles Enderlin, semblant montrer la mort d’un enfant dans les bras de son père. Les images, tournées par le caméraman palestinien Talal Abu Rahma, ont été montées par Enderlin à Jérusalem. Assorties d’un commentaire explicite : l’enfant et son père ont été « la cible de tirs venus de la position israélienne ». En clair, ce n’est pas une bavure, mais un assassinat. Ce que Talal Abu Rahma confirmera en déclarant sous serment que « l’armée israélienne a tué l’enfant et blessé le père intentionnellement et de sang-froid ». C’est connu, les juifs se repaissent du sang des enfants – chrétiens hier, palestiniens aujourd’hui.

Ce 30 septembre, le caméraman propose aussi ses images à CNN qui décline – par prudence ? Enderlin, lui, ne doute pas. Pourquoi le ferait-il dès lors que la mort de l’enfant accrédite le récit canonique des médias progressistes : des soldats surarmés massacrant des civils sans défense. Si ce n’est pas vrai, c’est bien trouvé. Pierre-André Taguieff, qui revisite la polémique dans notre dossier, observe que ce récit simpliste est « conforme aux attentes idéologiques du public et de certains politiques ».

C’est un scoop planétaire. Le « petit Mohamed » est le visage de l’innocence détruite par la barbarie israélo-juive. Le 12 octobre, deux soldats israéliens égarés à Ramallah sont lynchés aux cris de « Vengeance pour Al-Durah ! ». Dans le monde arabe, les mains ensanglantées que leur assassin a présentées à la foule en liesse sont un symbole de gloire. On donne le nom de l’enfant à des rues, des places, des écoles, on imprime son visage sur des timbres. Daniel Pearl est décapité devant son effigie.

Très vite, des doutes apparaissent quant à la véracité du reportage. Des enquêtes révélant plusieurs incohérences paraissent en Israël, en Allemagne, aux États-Unis. En France, l’homme d’affaires et publiciste Philippe Karsenty se lance, avec quelques autres, dont notre regretté ami Luc Rosenzweig, dans un long combat contre ce qu’il qualifie de « supercherie médiatique », sur lequel il revient pour nous. On le traite de fou, de complotiste, d’agent. Karsenty est entêté, habité, exalté. Et en prime, trumpiste ! Ça ne fait pas de lui un affabulateur. Mais une fois le messager discrédité, on se fait un honneur de ne pas écouter le message. Les défenseurs du grand-journaliste-Enderlin refusent tout net d’examiner le dossier où Karsenty recense, expertises et témoignages à l’appui, nombre de bizarreries qui devraient conduire tout observateur honnête à s’interroger.

De ces apparentes arguties sur les taches de sang ou les trajectoires balistiques, émerge cependant une vérité admise par tous les acteurs. Le reportage sur la mort d’un enfant ne contient pas les images de la mort de l’enfant. Abandonnant sa première ligne de défense – des salauds veulent attenter à mon honneur, à moi la garde médiatique ! –, Enderlin explique dans Télérama qu’il a coupé l’agonie car c’était « insoutenable ». Quelle délicatesse. À ce stade, il suffirait de produire les secondes manquantes, celles où on voit l’enfant mourir, pour clouer le bec des fauteurs de lèse-journalisme. France 2 préfère poursuivre Karsenty en diffamation, avec ce brillant résultat que 30 secondes diffusées sur France 2 sont, neuf ans durant, scrutées, disséquées, contestées sur la place publique, nourrissant malgré tout le doute raisonnable. Tout au long de ce manège judiciaire analysé par Gilles-William Goldnadel et Aude Weill-Raynal dans notre dossier, les 27 minutes de rushes sont l’Arlésienne, dont on parle tout le temps mais qu’on ne voit jamais.

Ensuite, on entre dans le domaine des hypothèses : la mienne est que Charles Enderlin s’est fait balader par son caméraman et ses images made in Pallywood, et qu’ensuite plutôt que de reconnaître une erreur, il a joué les vierges outragées. C’est certainement à l’insu de son plein gré qu’il a donné un écho mondial à des images trompeuses, alimentant le feu antijuif. C’est volontairement qu’il a ensuite préféré sa réputation à la vérité.

Pourquoi ressortir cette histoire vieille de vingt-cinq ans ? Qu’est-ce que ça change alors que, depuis, l’armée israélienne a tué des centaines d’enfants dans sa guerre contre le Hamas ? La raison est que le cas Al-Durah est doublement paradigmatique.

Tout d’abord, il accommode à la sauce de l’information planétaire une constante immémoriale de l’antisémitisme : l’accusation de crime rituel, dont Michaël Prazan rappelle dans notre magazine qu’elle apparaît dans l’Antiquité avant d’être à toutes les époques et sous tous les cieux le prétexte d’effroyables pogromes. Dans la « démonologie antijuive » également explorée par Taguieff, le soldat israélien est le continuateur du monstre buveur de sang. Et contre les monstres, tout est permis, y compris le 7-Octobre. Ajoutons qu’en 2000, le grand basculement qui voit les juifs passer du statut de victimes à celui de bourreaux atteint son acmé à Durban[1]. On ne déteste plus les juifs par racisme, mais comme racistes, résume alors en substance Alain Finkielkraut. Catherine Nay confirme en déclarant que l’image de Mohamed « efface, annule » celle de l’enfant juif du ghetto de Varsovie tenu en joue par des SS. Au moins c’est clair.

Devenue l’affaire Enderlin, l’affaire Al-Durah est aussi un cas d’école du fonctionnement du parti des Médias qui se dresse comme un seul homme contre quiconque menace l’intérêt supérieur du Parti. Les antidreyfusards et les communistes ne pensaient pas différemment. Le gratin de la profession fait assaut de bonne conscience en bande organisée et corps autour d’Enderlin, victime d’une infâme campagne de dénigrement. Vingt-cinq ans après, ils n’en démordent pas. Toujours incapable d’envisager qu’Enderlin ait pu se tromper, Claude Askolovitch refuse cependant de relancer les hostilités, préférant évoquer un enfant concret dans nos pages. Un enfant qui n’est peut-être pas mort le 30 septembre 2000 au carrefour de Netzarim.

Devant la représentation nationale, les responsables de la télévision publique proclament leur attachement à la neutralité et promettent une parfaite transparence sur leurs pratiques. Chiche ! Qu’ils demandent à une commission indépendante de se prononcer sur l’authenticité du reportage Al-Durah. Quand un mensonge répété des milliers de fois est devenu une vérité, il est sans doute trop tard pour convaincre le plus grand nombre. Pas pour savoir.


[1] Réunion de l’ONU contre le racisme qui a tourné au festival antisémite.

Voici pourquoi la France n’est pas foutue!

Notre chroniqueur publie ce jour son nouvel essai. Extrait.


Ce mercredi sort mon essai : La Révolution des oubliés chez Fayard. Je publie, ci-dessous, des extraits de l’introduction. Ces derniers jours, Jean-Luc Mélenchon a, de lui-même, clarifié les enjeux existentiels abordés dans le livre, en promouvant « le grand remplacement » de la France française par une France africaine. Lundi, dans le Figaro, le philosophe américain Peter Boghossian a déclaré : « Beaucoup d’Américains pensent que la France aura disparu d’ici la fin du siècle ».

Si les Français oubliés ne veulent pas se dissoudre dans le mondialisme, il est urgent pour eux de se révolter et de reprendre les choses en main.

Le quatrième pouvoir très disputé

Oui ! La France peut se redresser. Rien n’est foutu. Le déclin étourdissant du pays, éreinté par les effets d’une mondialisation impensée qui a ajouté la déculturation à la désindustrialisation, n’est pas une fatalité. L’empoisonnement idéologique de la nation, à la source de sa suicidaire dépression, a ses remèdes, immédiatement disponibles. Il existe en effet des sources revigorantes. Elles sont au cœur du peuple silencieux, méprisé par des dirigeants frivoles. Il suffit de creuser les puits pour atteindre cette eau régénérative. La vitalité de la société civile déborde sur les réseaux sociaux, pour le meilleur comme pour le pire. Le numérique, accessible à 94% des foyers, est devenu l’indispensable contre-pouvoir. La liberté d’expression défie, sur Internet, l’Etat censeur. Les colères qui s’y expriment dévoilent la déconnexion des mondes politique, syndical, intellectuel, judiciaire, médiatique. Des mines d’or d’intelligences collectives sont également inexploitées. Elles ne demandent qu’à être mises en valeur dans leurs expressions civiques, qui dépassent les clivages partisans. La survie de la nation est là, à portée de main.  

A lire aussi: Le peuple oublié est l’homme providentiel attendu

Il n’y a pas d’autre choix, face aux déraisons d’Etat et au somnambulisme des puissants, que d’appeler au secours les Français lucides. Selon la dernière enquête (Ipsos) sur les « Fractures françaises »[1], les citoyens ne seraient plus que 10% à faire confiance aux partis, et 20% aux députés. (…) Aux trois pouvoirs définis depuis Montesquieu – exécutif, législatif, judiciaire – le quatrième pouvoir doit revenir au peuple oublié, en lieu et place des médias à qui ce rôle avait été attribué. Ces derniers se sont abîmés dans l’entre-soi, à l’instar des trois autres piliers de ce que fut la pensée libérale. La fragilité du système, vidé de son socle démocratique et de ses garde-fous, incite aux coups de force des uns, aux abus de droit des autres. Or nombreux sont les indignés qui sont prêts à se mobiliser pour défendre leur pays, malmené par des idées folles (…).

Anywhere contre somewhere, les deux clans

Une révolution des esprits, non violente mais radicale, est à mener à son terme. Elle est portée, aux Etats-Unis comme en Europe, par l’insurrection des peuples enracinés contre des élites déracinées. Ces dernières ont perdu la partie. Les désastres qui s’accumulent le démontrent assez. 

Une conviction motive cet essai : s’il reste encore possible d’interrompre la catastrophe, la réponse ne peut venir de ceux qui ont accompagné la débandade. (…) La rupture avec ceux qui marchent sur la tête est le préalable. Ces « élites » sont la vraie menace (…). 

 « Un vrai chef » est réclamé par les Français. Mais le profil churchillien n’existe plus. Le sauveur sera celui qui en appellera au peuple providentiel. L’homme d’Etat doit laisser place à l’homme du tiers-état. L’expert doit écouter le profane. Le modeste doit être préféré au hâbleur. Ceux qui redoutent de renverser la table sont condamnés à l’apathie devant la métamorphose du pays et sa pente totalitaire. La Révolution de 1789 a été menée par une minorité ; les Jacobins n’étaient pas 6000. « Donnez-moi 1000 hommes », avait dit Lénine parlant de la révolution russe. Cette fois, la révolution du réel, antidogmatique par essence, peut faire masse en prenant le parti de la France millénaire. Encore démographiquement majoritaire, son peuple est appelé à ouvrir la marche, dans une cohabitation à inventer avec le pouvoir. Les Français sont l’ultime recours.

125 pages, 10 euros

La révolution des oubliés

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[1] Le Monde, 20 octobre 2025

Dati / Knafo: bonnet blanc et escarpins noirs

Du camion-poubelle au caniveau: alors que sa rivale de droite fait parler d’elle et pourrait se qualifier au second tour à Paris selon un sondage, Rachida Dati a expliqué pourquoi toute alliance ou discussion était impossible avec Sarah Knafo.


Rachida Dati, on s’en souvient, débuta sa campagne pour les municipales de Paris sur les chapeaux de roue… On la vit crânement juchée à l’arrière d’un camion poubelle, en tenue de travail, c’est à dire vêtue d’un sweat à capuche et chaussée de sneakers antidérapantes. À tu et à toi avec ses collègues d’un jour, elle ripait sec et haranguait les passants matinaux avec l’assurance qu’on lui connaît, promettant, dès son avènement, une capitale rappropriée. Ce coup d’éclat passé, la dame renfila ses escarpins, se glissa dans ses tailleurs griffés et réintégra la rue de Valois. Elle prit alors une judicieuse décision, celle de ne pas se commettre dans des débats oiseux avec ses adversaires, ce, jusqu’au premier tour des municipales, le 15 mars. Des fois qu’il lui faudrait causer programme, mieux ne valait prendre aucun risque.

Sous la ceinture

C’est alors que Sarah Knafo, elle aussi désireuse de présider aux destinées de Paris, entra en scène. La jeune louve, souriante, pimpante, affutée et brillante, multiplia les propositions pour la capitale là où, force est de le reconnaître, les autres candidats ne pipaient mot.

La candidate, Reconquête, en effet, n’envisage pas moins de 10 milliards d’euros d’économies sur dix ans, en divisant par deux les effectifs (55000 fonctionnaires) sans toucher pour autant à ceux qui travaillent à la sécurité et à la petite enfance, mais en taillant dans les 3800 emplois de la culture (Une pierre dans le jardin de Dati). Elle prévoit aussi de privatiser la totalité des emplois consacrés à l’enlèvement des ordures ménagères, de diviser par deux la taxe foncière qu’elle compte financer par la vente d’une partie du parc social. Et, last but not least, elle propose de rouvrir les voies sur berges !

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Il n’en fallut pas plus à la fraîche trublionne pour les briser menu à la vieille briscarde de la politique. Dati contrattaqua et, il faut bien le dire, sans élégance. Sur le plateau de BFMTV, la semaine dernière, on entendit donc la candidate des Républicains exclure pour le second tour second tour l’éventualité d’une alliance avec Thierry Mariani (Rassemblement national) et surtout avec Sarah Knafo. D’un ton condescendant et prenant la position victimaire à la mode, la rouée Rachida Dati déclara aux participants du « Forum BFMTV » : « Je ne suis pas dans les accords d’appareil, rappelez-moi comment je m’appelle et quel est mon parcours ? » N’hésitant pas à frapper sous la ceinture en invoquant ses origines « racisées », elle attribua ensuite à Sarah Knafo des propos tenus par Éric Zemmour en 2016. Celui-ci avait en effet trouvé scandaleux que Dati prénommât sa fille Zohra.

Prises de bec

Pour la ministre de la Culture – et ça l’arrange- Éric Zemmour et Sarah Knafo, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Et vas-y que je te ressers l’antienne éculée de l’extrême droite et du grand remplacement ! Sarah Knafo serait, bien sûr, « Quelqu’un de raciste, qui dit qu’on grand remplace, qui dit que ma fille n’est pas légitime et que je ne suis pas légitime », tout comme Zemmour. « Vous n’allez pas gagner avec quelqu’un qui ne veut pas de vous, poursuit Dati dont il est notoire qu’elle a été écartée des plus hautes fonctions ».

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Dati n’a pas oublié non plus non la prise de bec entre Zemmour et Hapsatou Sy, ex-chroniqueuse du groupe Canal+ à laquelle il avait déclaré qu’il eût été préférable, pour être une bonne Française, qu’elle se prénommât Corinne. Cela avait valu au bougre une condamnation pour injure raciste. Alors, sur un malentendu, pour discréditer Sarah Knafo, ça peut encore marcher estime certainement la ministre de la Culture.

Rachida Dati nous le prouve, il faut faire feu de tout bois pour disqualifier son adversaire. Quant à Sarah Knafo, elle est incontestablement la femme par qui la peste arriva, pour reprendre le titre du brûlot, fraîchement paru, chez Flammarion, consacré à Renaud Camus et écrit par Gaspard Dhellemmes et Olivier Fayes.

Autant, se le dire, on n’est pas sorti des ronces et l’alliance des droites n’est pas pour demain. En revanche, à gauche, qu’on se rassure, une fois de plus, elle se prépare.

Entre droit d’asile et crimes économiques: l’énigme Abliazov

Entre condamnations occidentales pour détournements massifs et protection politique en Europe, le cas de l’oligarque kazakh Moukhtar Abliazov révèle les failles de la coopération judiciaire internationale. Retour sur une affaire qui interroge les limites du droit d’asile face aux crimes économiques transnationaux.


Avec l’effondrement de l’Union soviétique, ce n’est pas seulement un empire politique qui a disparu. Ce séisme géopolitique a ouvert, dans l’espace postsoviétique, une phase de recomposition brutale, où la privatisation a précédé l’institutionnalisation, et où la concentration de la richesse s’est opérée avant la stabilisation du droit et de la justice. De cette transition accélérée sont nées des figures hybrides, à la fois hommes d’affaires et acteurs politiques, entrepreneurs et produits d’un capitalisme sans garde-fous. On les a nommées « oligarques ». Le Kazakhstan n’a pas échappé à ce processus. C’est dans ce moment de désagrégation normative et de réinvention forcée que s’inscrivent l’ascension puis la chute de Moukhtar Abliazov, devenu au fil des années l’un des symboles les plus ambigus de l’après-URSS. L’affaire Abliazov est ainsi devenue un cas d’école des tensions contemporaines de la justice internationale. À la fois oligarque postsoviétique, fraudeur financier présumé et, plus récemment, opposant politique réfugié en Occident, Abliazov concentre en un seul homme trois figures que l’on préfère d’ordinaire dissocier, et la difficulté du dossier tient précisément à cette superposition. Pour le lecteur français, l’affaire prend une dimension particulière car la bataille, longtemps structurée autour de Londres puis de certaines juridictions américaines, s’est progressivement déplacée vers la France, où Abliazov se retrouve à partir de 2013 après sa fuite du Royaume-Uni, faisant des autorités judiciaires françaises un acteur central du contentieux.

A la tête de la BTA Bank

Le dossier Abliazov en France s’est d’abord joué sur le terrain de l’extradition, refermé en 2016 lorsque le Conseil d’État a annulé le décret d’extradition après validation par la Cour de cassation en 2015. Depuis, l’enjeu s’est déplacé vers le volet pénal, dominé par des batailles de procédure autour de la prescription et de la régularité des poursuites : abandon des poursuites en 2022, relance en 2023 après cassation, puis nouvelle annulation signalée en 2025.

L’«affaire» française apparaît ainsi moins comme un jugement sur le fond que comme une succession d’arbitrages sur la possibilité même de juger, sur fond de soupçon de motivation politique, révélant les fragilités de la coopération judiciaire internationale. Cette mise en scène judiciaire ne prend toutefois son sens qu’à la lumière du fait générateur, c’est-à-dire l’ascension d’Abliazov au sein du capitalisme kazakh naissant, et le rôle central qu’y joue la première banque du pays, BTA Bank. BTA Bank : l’architecture d’un empire financier. Ancien ministre de l’Énergie du Kazakhstan à la fin des années 1990, Abliazov s’impose ensuite comme le principal actionnaire et dirigeant de BTA Bank, alors première banque du pays. Pour comprendre le contexte de ces années, il est nécessaire de s’arrêter sur cet établissement. Fondée au tournant des années 1990, BTA Bank est l’héritière directe du système bancaire soviétique kazakh, dont elle conserve la trace dans son nom même, Bank Turan Alem. Le terme Turan renvoie à l’espace civilisationnel des peuples turciques d’Asie centrale et à un imaginaire d’unité historique réactivé après des décennies de domination impériale russe puis soviétique. Le mot Alem signifie le monde ou l’univers et suggère une ambition internationale. L’association des deux exprime le projet postsoviétique de construire un pôle financier national capable à la fois d’irriguer l’économie réelle et d’inscrire le Kazakhstan indépendant dans les circuits mondiaux du capital.

Devenue au début des années 2000 la première banque du pays, BTA occupe une position systémique centrale, finançant aussi bien les grandes entreprises publiques que l’immobilier, les infrastructures et les investissements extérieurs. Cette centralité explique à la fois l’ampleur de son effondrement en 2009 dont la cause principale est la fraude, et la gravité particulière des faits reprochés à sa direction responsable pour cette débâcle. Pilier central de l’architecture financière nationale, la banque est nationalisée en urgence par l’État kazakh.

Ce qui explique à la fois la détermination des autorités kazakhes à poursuivre les responsables et l’intérêt soutenu des juridictions occidentales dès lors que ces flux ont irrigué leurs propres systèmes bancaires.

Sur le plan strictement financier, il fait aujourd’hui consensus, dans les juridictions occidentales indépendantes des autorités kazakhes, que des détournements massifs ont bien eu lieu au sein de BTA Bank. Les procédures civiles menées au Royaume-Uni établissent l’existence d’un système de faux prêts accordés à des sociétés écrans contrôlées indirectement par Abliazov et son entourage. Ces montages visaient à faire sortir plusieurs milliards de dollars de la banque tout en masquant l’identité des bénéficiaires réels. La Haute Cour de Londres ne se contente pas d’acter ces faits, elle condamne également Abliazov pour outrage à magistrat en raison de la dissimulation volontaire de ses actifs en violation d’ordonnances judiciaires. Sa fuite avant l’exécution de la peine achève de fixer un premier constat lourd de conséquences. En Angleterre, au moins quatre décisions judiciaires majeures ont été rendues à l’encontre d’Abliazov, incluant notamment une condamnation au versement de 4,6 milliards de dollars à la BTA, une ordonnance de gel mondial de ses avoirs et une peine d’emprisonnement de 22 mois pour outrage au tribunal.

Le dossier américain : de la fraude au blanchiment

Aux États-Unis, le dossier franchit un seuil supplémentaire. Des enquêtes fédérales démontrent que des fonds issus de BTA ont été blanchis via des structures offshore, puis investis dans des actifs immobiliers et financiers. Les juridictions américaines reconnaissent l’existence d’un schéma frauduleux international, sans se fonder sur les décisions kazakhes, mais sur leurs propres investigations bancaires. En mars 2022, la Cour suprême de New York a accordé 7 milliards de dollars à la BTA dans le cadre d’un procès contre Abliazov. En juillet 2023, le tribunal fédéral américain du district sud de New York a conclu qu’il avait volé de l’argent à la BTA et l’avait blanchi aux États-Unis, rendant un jugement en faveur de la banque contre Triadou SPV SA pour plus de 193 millions de dollars. Enregistrée au Luxembourg, Triadou est une société de type special purpose vehicle, un véhicule ad hoc constitué notamment pour rendre plus opaque l’identité ou la chaîne de contrôle économique, à travers lequel des fonds d’origine frauduleuse issus de la BTA auraient transité avant d’être réinjectés dans des actifs américains, notamment immobiliers. Son rôle, tel qu’établi par les procédures, est celui d’un maillon dans la chaîne de blanchiment, permettant de dissocier l’origine des fonds de leur destination finale. À ce stade, précisons-le, la matérialité des flux frauduleux ne fait plus l’objet de contestations sérieuses.

Mais précisément parce que le volet financier apparaît solidement établi dans des enceintes juridictionnelles occidentales, une seconde énigme se détache du dossier et le rend politiquement explosif. Car si les faits sont reconnus, pourquoi la coopération policière internationale a-t-elle, à plusieurs reprises, buté sur le même obstacle ?

C’est ici qu’entre en scène Vitalie Pirlog, une figure rarement mise en avant dans l’espace public et pourtant centrale pour comprendre l’architecture du dossier. Ancien ministre de la Justice de Moldavie, Pirlog occupera ensuite l’une des fonctions les plus sensibles de la coopération policière internationale, en assurant la présidence de la Commission de contrôle des fichiers d’Interpol (CCF) entre 2017 et 2022, organe chargé d’examiner et d’éventuellement annuler ou bloquer les notices. Et c’est sous sa présidence que l’annulation ou le blocage des notices rouges déposées par le Kazakhstan concernant Abliazov auraient eu lieu à plusieurs reprises. Ce qui pose problème ici n’est pas le fait qu’Interpol rejette une demande, mais la répétition des décisions et la tendance quasi systématique à trancher en faveur d’Abliazov. En avril 2017, quasi immédiatement après la prise de fonction de Pirlog à la tête de la CCF, Interpol annule une première fois la notice rouge visant Abliazov. À l’époque, la Commission justifie son refus par l’existence d’une demande de statut de réfugié en France. Or cette justification, en apparence solide, apparaît beaucoup moins convaincante lorsqu’on examine la chronologie de la procédure administrative française. Le 31 mai 2018, l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) rejette la demande d’asile d’Abliazov. En juillet 2020, la CNDA (Cour nationale du droit d’asile), juridiction spécialisée qui juge les recours contre les décisions de l’OFPRA, lui accorde un statut de protection, avant de revenir sur sa décision le 8 décembre 2022. Abliazov perd ensuite tous les recours contre cette décision jusqu’au Conseil d’État. Autrement dit, l’argument d’une protection internationale ne renvoie pas à une reconnaissance stable et continue, mais à une séquence dissonante, ponctuée de revirements, ce qui rend d’autant plus sensible son usage répété comme motif d’incompatibilité.

Un système de blocage répété

Dans le même temps, les autorités kazakhes ont relancé Interpol. Avant la fin du mandat de Pirlog, le bureau du procureur général du Kazakhstan a envoyé deux autres demandes de publication d’une notice rouge. La Commission a refusé à plusieurs reprises de la publier, et plusieurs demandes auraient même été rejetées sur des bases qui interrogent sur le sérieux de leur examen, notamment le faible poids qu’aurait accordé cet organisme aux décisions judiciaires étrangères rendues au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Peut-on affirmer que Pirlog a agi consciemment ? Aucun élément publié ne permet de soutenir qu’il aurait violé explicitement les règles d’Interpol dans le cas Abliazov. Mais le dossier prend une tonalité nouvelle depuis son arrestation ultérieure, en juin 2025, aux Émirats arabes unis, pour corruption, pots-de-vin et abus de pouvoir dans une autre affaire. Cette arrestation fragilise la présomption de neutralité attachée à son action passée. Elle autorise désormais à formuler l’hypothèse, lourde mais raisonnable, d’un usage possiblement complaisant des mécanismes de la CCF afin de neutraliser certaines procédures. L’accumulation des décisions, et désormais aussi le profil de leur principal garant institutionnel, transforment le doute en soupçon de dysfonctionnement sous sa présidence.

À cette zone grise s’ajoute un dernier élément. Dans le même temps, les condamnations prononcées par contumace et certaines accusations portées par le Kazakhstan, la Russie ou l’Ukraine sont traitées avec prudence par plusieurs États européens. C’est sur cette base, et non sur une appréciation du fond, que des pays comme la France ont refusé l’extradition d’Abliazov, estimant qu’il existait un risque de procès inéquitable. Autrement dit, une partie des institutions européennes n’a pas considéré Abliazov comme innocent, mais comme juridiquement inextradable dans un cadre où l’État demandeur ne donnait pas les garanties requises. L’accusation la plus fragile demeure celle du meurtre de Yerzhan Tatishev, ancien associé d’Abliazov. La thèse selon laquelle celui-ci aurait commandité l’assassinat repose sur une confession tardive obtenue par la justice kazakhe. Contrairement aux dossiers financiers, pour le moment, aucun tribunal occidental indépendant n’a validé cette version des faits.

Selon maître Stéphane Bonifassi, l’avocat de la Banque BTA, la Cour de cassation doit trancher probablement en avril un point décisif dans l’affaire, la question purement juridique de la validité des poursuites pénales engagées en France. Il s’agit de dire si l’annulation prononcée jusque-là, notamment au regard de la régularité de la procédure, doit être confirmée, ce qui mettrait fin à la saga, ou au contraire cassée, ce qui relancerait la machine judiciaire. L’enjeu derrière cette décision technique, explique Maître Bonifassi, est de savoir si le contentieux français restera cantonné au registre exil-protections accordées à un opposant, ou s’il s’attaquera au fond, c’est-à-dire cette grande affaire de fraude financière transnationale.

Les paradoxes de l’État de droit face aux crimes économiques transnationaux

L’affaire Abliazov révèle ainsi une vérité dérangeante. Le droit d’asile, conçu comme une protection contre la persécution politique, peut aussi devenir un instrument de neutralisation juridique lorsqu’il est contourné, instrumentalisé ou dévoyé. Une protection accordée au nom de l’asile ne vaut ni absolution morale, ni effacement des faits établis par des juridictions indépendantes. Elle peut cependant, dans certains cas, produire un effet plus puissant encore qu’un acquittement : en bloquant l’extradition, elle grippe la coopération policière et judiciaire, et offre de facto au suspect une forme de protection. En permettant une bataille juridique longue, avec ses recours et ses protections provisoires, elle ouvre un espace stratégique que des acteurs dotés de ressources importantes peuvent exploiter, profitant des lenteurs et des scrupules des États de droit. Plus les démocraties perfectionnent leurs garanties, plus elles s’exposent à leur instrumentalisation. Le cas Abliazov interroge ainsi les limites du système international qui a du mal à concilier la protection légitime des opposants politiques avec la nécessité de poursuivre les crimes économiques transnationaux et éviter que les mécanismes de l’État de droit ne deviennent des boucliers pour des acteurs disposant de moyens considérables.

Un patron à l’Élysée? Mauvaise question

Faut-il un PDG pour sauver la République ? Elisabeth Lévy donne son avis dans sa chronique radio. Selon elle, la France n’est pas une entreprise. Nous vous proposons de l’écouter


Challenges, mai 2025.

Faut-il envoyer un patron à l’Elysée ? C’est la dernière idée à la mode. Puisque les énarques et autres professionnels de la politique nous ont emmenés dans le mur, il nous faudrait un patron, quelqu’un qui connait la réalité de l’entreprise, pour remettre de l’ordre dans la maison France. Selon un sondage OpinionWay/La Tribune Dimanche, pour 58 % des sondés, un entrepreneur ferait un bon président. Les Français ont déjà leurs favoris. Dans une autre enquête datant de février 2025, 43 % sont favorables à une candidature Michel-Edouard Leclerc, 34 % pour Bernard Arnault, 30 % pour François Pinault, 29 % pour Xavier Niel et 28 % pour Vincent Bolloré.

Si MM. Arnault, Pinault et Bolloré ne semblent pas tentés par l’aventure politique, préférant sans doute l’influence à l’exercice du pouvoir, d’autres sont prêts à faire don de leur personne à la France. « Je suis disponible pour la nation », disait Michel-Edouard Leclerc l’an dernier.  Xavier Niel en parlerait tous les jours, selon sa fille de 13 ans. Enfin, Matthieu Pigasse, le banquier de gauche, qui mène un combat culturel contre ce qu’il appelle l’extrême droite affirme que, par principe, il n’exclut jamais rien.

A ne pas manquer, Causeur #142: Affaire Al-Durah, 25 ans après: qui a tué la vérité?

Quand la confiance dans la politique est au plus bas, c’est peut-être une bonne idée, se dit-on. En réalité, c’est une idée aussi oiseuse que celle qui consiste à dire qu’il faut élire une femme, un immigré ou un handicapé. L’élection présidentielle n’est pas un casting ni un entretien de recrutement, c’est une rencontre entre un homme et un peuple. Et la vie d’une nation ne se réduit pas à des problèmes et des solutions. Ce qu’on attend du président de la République, particulièrement du prochain, c’est qu’il redonne au pays le goût et le sens de l’avenir, qu’il incarne ce qui fait de nous une communauté politique. Le boulot d’un patron c’est de faire du profit, celui du président, c’est de garantir l’intérêt général. Ça ne signifie pas qu’un patron ne peut pas avoir les qualités requises pour être président de la République. Mais qu’on ne dirige pas un pays comme une entreprise, même Donald Trump le sait contrairement à ce que répètent les commentateurs.

On a évidemment besoin d’un président qui comprenne les réalités économiques et financières, patron ou pas. Reste à savoir si les Français sont capables d’entendre ce que savent tous les chefs d’entreprise : on ne peut pas dépenser durablement beaucoup plus que ce qu’on gagne.

Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Donald Trump: le bourreau des légendes

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Canada, Europe, cuisine et dépendances


Inépuisable, inarrêtable, le Grizzli de Mar El Lago écrabouille tout sur son passage. Tout est négociable, à vendre, à acheter, tout doit disparaitre : les alliances, les alliés, les terres rares, les mythes et légendes aussi. Terminé l’ordre international qui garantissait la paix, fini l’émancipation par l’éducation, le doux commerce, le progrès par le libre-échange, la politique à la papa et Barbamama. Comment stopper le caïd de la récré ? Y a plus de dirlo !

Au fond de la classe, en grandes difficultés, Marianne est passée sous la moyenne européenne s’agissant du PIB par habitant. Sébastien Lecornu a tout lâché au PS. Le budget reste durablement plombé par l’hémorragie de la dette. Diagnostiqué TDAH, Emmanuel « Macron Transformation » met des lunettes de soleil. Avec un Stetson, c’est Melville, Bob le Flambeur, Le Doulos. La défaite est-elle définitive ? L’espérance doit-elle disparaître ? Non ! La France n’est pas seule ! Elle peut faire bloc avec les îles Éparses, le Groenland, le Canada, l’Europe.  

Une cabale au Canada

« Autour de moi, il y a la guerre ; La peur, la faim et la misère ; J’voudrais qu’on soit tous des frères ; C’est pour ça qu’on est sur la Terre ». Standing ovation à Davos pour Mark Carney, le Premier ministre canadien, moitié Robert Charlebois, moitié Martin Luther King. Un nouvel élan vers le monde d’après ? Pas de débat sur son constat : « Les forts agissent selon leur volonté, les faibles en subissent les conséquences ». Pour un Nouveau Monde, Carney met sur la table une « belle idée », une sorte de « Club Des cinq » des pays sympas. La carte moderne, libérale-libertaire, fusionne les saveurs du monde. « Les puissances moyennes doivent agir ensemble, car si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu ». Jésuite et un tantinet Tartuffe, le cuisinier canadien secoue les nouilles.

A lire aussi, Causeur #142 : Affaire Al-Durah, 25 ans après: qui a tué la vérité?

« Les puissants ont leur pouvoir. Mais nous avons aussi quelque chose : la capacité de cesser de faire semblant, d’appeler la réalité par son nom, de renforcer notre position chez nous… Notre nouvelle stratégie repose sur le ‘réalisme fondé sur des valeurs’… Nous demeurons fidèles à nos principes quant à nos valeurs fondamentales… Nous sommes pragmatiques, car nous reconnaissons que les progrès sont souvent progressifs, que les intérêts divergent et que tous nos partenaires ne partagent pas nécessairement nos valeurs… Ces derniers jours, nous avons conclu de nouveaux partenariats stratégiques avec la Chine et le Qatar ». Business as usual.

Vaclav Havel, le « pouvoir des sans pouvoirs », les antimétaboles, c’est la déco pour pas désespérer les gogo, bobo, de Sciences Po, l’UQAM, Fort Smith, Davos et Bruxelles. La recette canadienne – traditionnelle et universelle – du pâté d’alouette, saveur « puissance moyenne » c’est : un cheval de réalisme-pragmatique et une alouette de valeurs… Des pistes vertueuses restent à explorer. Un troc triangulaire et équitable Mexique-Canada-France : guacamole-sirop d’érable-Camembert ; Contre l’aveuglement volontaire, une start-up de lunettes de soleil à verre progressistes, en Abitibi-Témiscamingue ; Transformer Saint-Pierre-et-Miquelon en Silicon Valley… « Le monde est plein d’honnête gens. On les reconnait à ce qu’ils font les mauvais coups avec plus de maladresse » (Péguy)… ou plus d’hypocrisie…

L’Europe se rebiffe

 « L’Europe a pas mal été dénigrée ces derniers jours, mais au fond c’est plutôt une bonne chose et nous devrions remercier ceux qui la dénigrent ». Ingrate, Christine Lagarde s’est éclipsée entre les profiteroles et la liqueur de poire, lors d’un dîner officiel à Davos, pendant le discours hostile du secrétaire américain au commerce.

Trop c’est trop ! La présidente de la Banque Centrale Européenne a lâché ses coups sur CNN : « L’Europe va faire une grande analyse « Forces, Faiblesses, Opportunités, Menaces » et décider de ce que nous devons faire pour être forts par nous-mêmes, pour être plus indépendants, pour compter sur le commerce interne, afin que nous ne puissions pas l’ignorer mais au moins préparer un autre plan B au cas où la relation normale ne serait pas rétablie ». Apparatchik galonné du Titanic Europe, Thierry Breton est raccord : « Ou bien on regarde en spectateur le conflit qui s’annonce […] entre les États-Unis et la Chine et on attend de voir qui va nous manger, qui vont être les prédateurs, comment nous allons devoir payer, ou bien nous prenons notre destin en main ». Les mots vivants soulèvent les montagnes, morts, ils les sapent. 

Côté dépendances, la messe est dite depuis longtemps et pour longtemps. Côté cuisine, l’Europe a des atouts, valeurs, saveurs à faire valoir. L’Europe, c’est l’« Oreiller de la Belle Aurore ». Inventé par Brillat-Savarin, récemment ressuscité par un charcutier lyonnais, ce plat d’exception est un assemblage délicat, nécessitant un savoir-faire hors normes : « C’est un mélange savant de viandes, volailles, gibiers. Le foie gras, les truffes et les champignons peuvent également intervenir. Il faut gérer la réduction des jus, la cuisson de la pâte, le montage de toutes les viandes, l’association des couleurs, les marinades. Tout cela est extrêmement technique et complexe » (Joël Mauvigney).

A lire aussi: Chagos: quand Londres brade la puissance occidentale

Depuis deux générations, Coué qu’il en coule, l’Europe pédale dans la choucroute, la bureaucratie, l’irénisme, des directives ubuesques, la RSE, le gazeux. Les naufrageurs du pont supérieur, arrogants, paresseux, naïfs comme des rosières, n’ont rien vu venir, rien anticipé. Ils restent à la barre et donnent des leçons de navigation. La croisière s’abuse. En 2024, Mario Draghi a rendu sa copie pour relancer la croissance de l’UE : 400 pages, 170 propositions, trois axes: l’innovation dans les technologies numériques, la décarbonation et la réduction des dépendances en matières premières. Champion du monde, Mario !

Excursus… Bon sens, mais c’est bien sûr !

L’Europe ne s’affranchira pas des tutelles américaine, chinoise, russe, indienne bientôt, avec des concours d’éloquence, d’indignation, sophismes, avec des pétitions de grands patrons pour une « préférence européenne ». L’Europe ne sauvera sa peau qu’en travaillant plus et mieux, en protégeant sa jeunesse des réseaux sociaux qui lavent les cerveaux, en lui redonnant le goût de l’effort, du savoir, de la lecture, en cessant de financer le communautarisme islamique, en contrôlant ses frontières, en protégeant ses valeurs, la terre de nos aïeux, le droit à la continuité.

La libre circulation des capitaux, des réfugiés et des bons sentiments ne fait pas une Union. Les Eurocrates, « toutlemondistes », « anywhere », ne construiront pas l’Union Européenne contre les peuples, les « somewhere ». Il faut parler vrai, parler comme Fustel de Coulanges de communauté d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs et d’espérances ; de femmes et des hommes qui veulent marcher, travailler, combattre, vivre et mourir ensemble, les uns pour les autres. L’Europe aujourd’hui, c’est une communauté réduite aux aguets. Pas de salut sans parrhésie, courage de dire les vérités déplaisantes, sans tempêtes, ni sacrifices.


« Ô Canada ! Terre de nos aïeux / Ton front est ceint de fleurons glorieux ! / Car ton bras sait porter l’épée / Il sait porter la croix ! / Ton histoire est une épopée / Des plus brillants exploits / Et ta valeur, de foi trempée / Protégera nos foyers et nos droits / Protégera nos foyers et nos droits » (Ô Canada, hymne national).

Ice crime

Après les drames survenus à Minneapolis, la police de l’Immigration et des Douanes est comparée à la Gestapo. Qu’il est bon de résister sans danger.


Quel est le point commun entre une nonagénaire niçoise effroyablement violée par un Tunisien sous OQTF et un infirmier américain tué par la police de l’Immigration et des Douanes, la désormais célèbre ICE ? A priori, aucun. On dirait même qu’ils appartiennent à deux réalités parallèles, deux sphères cognitives qui ne se rencontrent jamais. Chacun dans son couloir, chacun ses victimes. Sur CNews, on pense que le viol barbare est un fait de société et la mort d’Alex Pretti, un dramatique fait divers. Et sur France Culture, c’est le contraire. Enfin presque : les antennes publiques ont quasiment fait l’impasse sur le calvaire de la vieille dame, sinon pour s’indigner de son instrumentalisation par la droite. Bien entendu, quand la gauche brandit la dépouille d’Alex Pretti pour diaboliser le président américain, elle n’instrumentalise pas, elle analyse.

Un autre fil relie le jeune homme à la vieille dame. Tous deux sont victimes de la politique migratoire de leur gouvernement – trop laxiste à Nice, exercée brutalement et sans souci excessif du droit à Minneapolis. Seulement, si cette politique obtient des résultats notables aux États-Unis où la baisse spectaculaire du taux d’homicide accompagne la décrue de l’immigration clandestine (ce qui ne prouve pas que ceci explique cela mais ne l’exclut pas non plus), en France, enserrée dans les filets d’un État de droit qui n’accorde aucun droit aux États, elle ne parvient qu’à mettre en scène l’impuissance publique. Chacun sait en effet que quiconque réussit à mettre un pied sur le territoire a de bonnes chances de pouvoir y rester, même après avoir commis des délits ou des crimes. En dépit des promesses réitérées de réduire les flux migratoires, ce que réclament une majorité de Français, y compris de gauche, 385 000 titres de séjour ont été délivrés en 2025. Pour faire court, nos frontières sont des passoires.

En attendant, les deux drames de Minneapolis sont une divine surprise pour le camp du Bien. Entre les deux rives de l’Atlantique, on assiste à un impayable concours de vertu antifasciste. Le N-word (N comme nazi) est de sortie. Sur France Culture, mon très cher ami Guillaume Erner ressort sa subtile distinction entre « comparer à » et « comparer avec » pour conclure que, si le trumpisme n’est pas le nazisme, ça y ressemble beaucoup. Peu importe que l’ICE ait été créée par George Bush et qu’elle n’en soit pas, loin s’en faut, à sa première bavure. Les grandes âmes d’Hollywood affirment sobrement que, sous Trump, l’ICE, c’est la Gestapo, tandis que Tim Walz, le gouverneur démocrate du Minnesota, compare les enfants de Minneapolis terrés chez eux à Anne Frank. Dans l’Allemagne nazie, personne n’aurait osé dénoncer publiquement la Gestapo, mais c’est sans doute un détail.

À Paris, les Insoumis, que l’on connaît moins regardants sur les droits de l’Homme quand il est question de l’Iran ou de l’Algérie, exigent qu’on interdise l’accès du territoire européen aux policiers de l’ICE. Marine Tondelier risque courageusement sa coiffure (à défaut de sa vie) pour manifester contre le fascisme qui vient d’Amérique. « Après les États-Unis, la France peut être le prochain pays à basculer dans le fascisme », écrit-elle dans le Huff Post. Qu’il est bon de résister sans danger.  

On suppose que personne en France, même ceux qui rêvent d’une ICE à la française, ne souhaite de voir des innocents mourir sous les balles d’une police à la gâchette facile. Reste à savoir jusqu’où nous sommes prêts à aller pour protéger les vieilles dames et les autres des méfaits commis par des clandestins incapables de s’acclimater à nos mœurs. Faut-il, par exemple, autoriser les arrestations collectives ? Peut-être, à condition de pouvoir procéder dans la foulée à des expulsions collectives. Une chose est sûre : si la force sans le droit est un fantasme de tyran, le droit sans la force est un rêve d’enfant.

Nos extrêmes gauchistes se fichent éperdument de l’ICE, de Renee Good et d’Alex Pretti. Ils veulent démontrer que toute politique visant à réduire et contrôler l’immigration mène inévitablement au pire. Entre grand remplacement et nazisme, il faut choisir. Le risque, c’est que les gens ordinaires, excédés et angoissés d’être culturellement minoritaires chez eux, finissent par penser que le nazisme, ce n’est pas si grave.

Faut-il vraiment fouiller dans les poubelles d’Epstein?

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La publication de millions de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein par le ministère américain de la Justice, vendredi 30 janvier, a provoqué une vague de réactions et plusieurs démissions à travers le monde. Donald Trump a, de son côté, estimé que ces nouvelles pièces l’« innocentaient ». Les relations qu’entretenaient de nombreuses personnalités politiques et économiques avec le prédateur sexuel, mort en prison en 2019, font aujourd’hui peser sur elles un soupçon diffus de pédophilie par association de M. et Mme tout le monde. Nous vous proposons d’écouter l’avis d’Élisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio.


La tempête Epstein fait des vagues en France. Des vaguelettes, si l’on songe à la démission de Peter Mandelson, hiérarque travailliste au Royaume-Uni, au scandale qui éclabousse la future reine de Norvège, ou encore au fait que les Clinton ont finalement accepté de témoigner devant le Congrès américain.

En France, Mediapart frétille, mais les conséquences restent limitées : la démission de Caroline Lang, fille de Jack Lang, de la direction du SPI, et Bruno Le Maire propulsé en trending topic sur X pendant plusieurs heures.

Avant de fouiller dans cette poubelle, il faut se demander si on y trouvera la vérité et la justice. Je suis sûre du contraire.

Curieusement, tous ceux qui s’indignaient du refus de l’administration Trump de divulguer ces 3,5 millions de pages s’indignent aujourd’hui qu’elle les balance sans filtre. C’est une stratégie de noyade, dit l’éditorialiste Françoise Degois. Non. La loi pour la transparence des dossiers Epstein a été votée en novembre par le Congrès. C’est ça, la transparence: le carburant d’une machine à ragots planétaire. Madame Michu, vous-et-moi, érigés en juges.

Mais on a bien le droit de savoir qui était en contact avec ce pédophile notoire !  me réplique-t-on. Ah, c’est écrit où ? Pour en tirer quelles conclusions ?

Jeffrey Epstein était riche, puissant, introduit partout. Il incarnait parfaitement les élites mondialisées. Le gotha mondial lui demandait faveurs et entremises. Bruno Le Maire ou Marine Le Pen apparaissent dans les fameux fichiers parce qu’ils auraient sollicité des financements pour leurs campagnes. Sans suite. Une intention, une idée sans lendemain est-elle une information ?

A lire aussi, éditorial: Ice crime

Or, désormais, le soupçon de pédophilie par association pèse sur toutes les personnalités citées. Jack Lang a reconnu qu’ils étaient amis. Est-ce un crime ? Une preuve qu’il savait ? Evidemment pas. Et pourtant, c’est ce qui restera dans la tête chez pas mal de gens. Tous des pédo-satanistes, ces puissants qui nous gouvernent !

En réalité, j’estime que ces documents n’auraient jamais dû être publiés. Seulement, depuis Julian Assange et Edward Snowden, le public adore les « leaks »(fuites), ces millions de documents secrets volés et publiés en vrac: les télégrammes diplomatiques et noms d’agents étalés dans la presse, il parait que c’est démocratique. Pourtant, non. Dans de nombreux domaines, le secret est sacré et protégé par la loi: vie privée, affaires, santé, sécurité nationale… Parce qu’entre l’information brute et le public, il y a besoin d’une médiation, il faut qu’une institution hiérarchise, interprète et évalue. Raison pour laquelle d’ailleurs les enquêtes judiciaires et policières sont également tenues au secret.

Non, le public n’a pas le droit de tout savoir des agissements des autres. N’oublions pas que les internautes ne sont pas un peuple de citoyens éclairés mais une meute qui se délecte avant tout de voir des puissants à terre. Et même avec le dernier iPhone 27 et l’aide de l’intelligence artificielle, des commères numériques restent des commères.


Cette chronique a été diffusée sur Sud radio


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale au micro de Patrick Roger

Affaire Al-Durah, 25 ans après: qui a tué la vérité?

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Notre numéro de février est en vente. Découvrez le sommaire de notre nouveau magazine, disponible aujourd’hui sur le site et demain dans les kiosques.


Le 30 septembre 2000, France 2 diffuse un reportage présentant la mort du petit Mohamed Al-Durah sous les balles de Tsahal à Gaza. Ce scoop mondial est une aubaine pour les ennemis d’Israël, qui l’exploitent ad nauseam depuis 25 ans pour leur propagande antisémite. Mais incohérent et tronqué, il a aussi suscité les doutes de nombreux observateurs. Si l’un d’eux, Philippe Karsenty, a été condamné pour diffamation, la chaîne publique n’a toujours pas prouvé la véracité de ses images.Comme le dit Élisabeth Lévy en présentant notre dossier spécial : « L’affaire Al-Durah est aussi un cas d’école du fonctionnement du parti des Médias qui se dresse comme un seul homme contre quiconque menace l’intérêt supérieur du Parti. Les antidreyfusards et les communistes ne pensaient pas différemment ». L’enquête étayée de Karsenty montrait que l’image de Mohamed Al-Durah tué dans les bras de son père, qui est devenue une icône de la cause palestinienne et une justification de l’« antisionisme », était une mise en scène.

Retrouvez le numéro 142 dès maintenant dans le kiosque numérique, et mercredi dans les kiosques !

Interviewé par Gil Mihaely, Philippe Karsenty qualifie ce reportage de « plus grand faux antisémite de notre génération ». Michaël Prazan, se confiant à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, rappelle que l’accusation contre les Juifs de crime rituel apparaît dans l’Antiquité avant d’être à toutes les époques et sous tous les cieux le prétexte d’effroyables pogromes. Les avocats Gilles-William Goldnadel et Aude Weill-Raynal reviennent sur les neuf ans de procès qui se sont terminés par la condamnation de Philippe Karsenty. La Justice n’a pas remis en cause son analyse méthodique des images de France 2 mais a appliqué à la lettre le droit de la diffamation, un jugement « technique » qui ne sert pas la vérité historique. Juif de gauche et sioniste blessé, Claude Askolovitch continue de penser que le petit Mohamed est mort sous les balles de Tsahal. Mais plutôt qu’en faire un symbole ou l’étendard d’une cause, il veut lui rendre sa singularité. Pour Pierre-André Taguieff, les images trompeuses du « petit Mohamed » s’apparentent, par leur charge antisémite, aux « Protocoles des sages de Sion » et à l’affaire Dreyfus. Quant aux nombreux journalistes qui ont préféré les relayer sans distance critique, ils nous informent sur le corporatisme dévastateur de leur profession.

Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy commente les opérations de l’ICE (la police de l’Immigration et des Douanes) aux États-Unis qui, de ce côté de l’Atlantique, suscitent des réactions opposées : louanges à droite, condamnation à gauche. De surcroît, la gauche en profite pour sortir le N-word (N comme nazi) et diaboliser le président Trump. Certes, personne ne souhaite voir des innocents mourir sous les balles d’une police à la gâchette facile, mais la France s’est montrée incapable de réduire les flux migratoires, de sorte que « nos frontières sont des passoires ». Conclusion : « si la force sans le droit est un fantasme de tyran, le droit sans la force est un rêve d’enfant ».

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En Iran, les manifestations massives contre le régime des mollahs ne l’ont pas renversé. Selon l’analyse de Gil Mihaely, outre une répression sanglante, la République islamique repose sur un système clientéliste qui bénéficie à près d’un quart de la population. S’ils pouvaient changer de régime en conservant leurs privilèges, ces millions d’Iraniens rejoindraient la contestation. Iraj Mesdaghi a connu les geôles de la République islamique. Torturé, il a été le témoin d’exécutions massives. Exilé en Suède, il a minutieusement documenté ces atrocités et fait condamner un tortionnaire. Se confiant à Gil Mihaely et à moi, il affirme aujourd’hui que, les Iraniens rejetant autant le régime que l’islam, le renversement de Khamenei entrainera l’effondrement de tout le système. Pour lui, « l’Iran est le cœur idéologique de l’islam politique depuis 1979. Si ce régime tombe, c’est tout l’édifice idéologique qui vacille, y compris dans le monde sunnite ». Selon Pierre Vermeren, la révolution iranienne de 1979 n’a pas été le point de départ mais l’aboutissement du rapprochement islamo-gauchiste dont les origines remontent à la guerre d’Algérie. Alors que le régime des mollahs vacille, c’est désormais vers la Turquie d’Erdogan que se tournent les partisans d’une alliance entre le drapeau rouge et le Coran. Omar Youssef Souleimane, journaliste et d’auteur des Complices du mal, explique à Gil Mihaely que la France est confrontée à la même menace qui a ravagé sa Syrie natale : la progression d’un islamisme politique qui tend à imposer la charia à toute la société. Des Frères musulmans qui infiltrent LFI au président syrien qui pratique la taqiya, c’est le même combat.

Certes, les mauvaises manières de Donald Trump scandalisent les Européens mais, selon mon analyse, il ne fait que perpétuer la vieille tradition américaine d’ingérences qui s’inscrit désormais dans une mondialisation des conflits. Les grandes puissances sont en concurrence sur tout et partout sur terre. Et le Vieux continent peine à s’adapter à ce nouveau désordre du monde. Alexandre Devecchio a grandi dans le 9-3 à une époque où la religion et la couleur de peau n’avaient pas d’importance, puis il a connu le basculement progressif vers le séparatisme. Son nouveau livre, Nous vivions côte à côte, est le récit de cette fracture démographique et idéologique qui a changé le visage de la France. Il en parle avec Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques. Didier Desrimais analyse la production de Radio Nova qui s’est spécialisée dans le recyclage des humoristes débarqués de l’audiovisuel public. Sous couvert de lutte contre l’extrême-droite, le milliardaire de gauche Matthieu Pigasse leur laisse carte blanche pour dérouler un programme indigéniste, islamo-gauchiste, décolonial et antisioniste. Prière de ricaner.

Parmi nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles affirme que, si le débat national donne l’impression que l’imaginaire politique est au point mort, au niveau local, des élus proposent des idées innovantes qui améliorent la vie quotidienne des Français. Pour Ivan Rioufol, la France de Brigitte Bardot n’est pas morte avec son insolente guerrière. L’histoire invite les citoyens à reprendre les choses en mains : un pouvoir coupé des gens ordinaires est voué à s’effondrer. Emmanuelle Ménard est d’avis que l’année 2026 promet de nous réserver bien des surprises. Et à l’approche des élections municipales, les petites saloperies volent en escadrille. Haut les cœurs ! Enfin, Gilles-William Goldnadel propose la formule « privilège rouge » pour décrire l’indulgence du système médiatico-politique pour l’extrême gauche. Entrera-t-elle au dictionnaire ?

Sur bien des sujets, Alain Finkielkraut et Pierre Manent ne pensent pas la même chose. Le premier est un juif athée qui soutient la reconnaissance de la Palestine, le second est un chrétien convaincu qui n’a plus foi dans la solution à deux États. Cela n’empêche pas Manent de dire ici son admiration pour l’académicien « mécontemporain » qui vient de publier Le Cœur lourd. Sans son commentaire – nous explique Georgia Ray – l’œuvre d’art contemporain « conceptuel » n’existe pas. Le discours de l’artiste nourrit le verbiage, le marché et les institutions culturelles. Mais il existe un autre art contemporain empreint d’esprit et d’harmonie. L’exposition de Fabienne Verdier, à la Cité de l’architecture, en est la preuve. Jean-Marie Besset est un auteur dramatique qui, selon Jérôme Prigent, ne transige pas avec la langue, allant jusqu’à écrire sa nouvelle pièce, Katte, en alexandrins et en cinq actes. Un hommage aux maîtres classiques salvateur dans le paysage théâtral d’aujourd’hui. Dans Triompher en festins. Une histoire de France en vingt repas, Jonathan Siksou restitue des ripailles mémorables de Saint Louis à Emmanuel Macron. Vue des marmites, la vie politique fourmille d’anecdotes savoureuses et de repas fins. Pour le romancier, c’est un récit passionnant, de l’amuse-bouche au digestif.

Richard Millet salue la nouvelle traduction du Bruit et la Fureur de William Faulkner, par Charles Recoursé. Elle fait fi du wokisme en vigueur dans l’édition et restitue sans fausse pudeur l’histoire de la famille Compson, traversée par la folie, l’alcoolisme et l’inceste. Un roman méditatif et vertigineux. Emmanuel Domont recommande l’anthologie de Gilles Schlesser, Les Flâneries littéraires de Paris, qui permet d’arpenter les rues de la capitale aux côtés des plus grands écrivains ; Alexandra Lemasson, La disparition des choses de la romancière Olivia Elkaim, qui fait revivre Cécile Peretz, la mère de Georges Perec, assassinée à Auschwitz ; et Patrice Jean, le premier roman de Bruno Marsan, Underdog, livre en forme d’uppercut qui devrait mettre KO le monde des lettres. Jonathan Siksou rappelle à notre bon souvenir le génie de ce grand historien de la petite histoire, G. Lenotre (1855-1935). Enfin, Jean Chauvet trouve que l’énoncé des films du mois de février –Maigret, Saddam Hussein et un adepte des petits boulots – est comme un inventaire à la Prévert, improbable et alléchant. Si le sommaire de Causeur est alléchant, il n’y a pas d’incertitude : l’espoir du lecteur n’est jamais déçu.

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Le devoir conjugal: si absent, si présent mais peu actuel

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"Le Verrou" Jean Honoré Fragonard - Musée du Louvre D.R

Longtemps pilier essentiel de la société, le mariage est désormais regardé comme un empêcheur de tourner en rond. En faisant disparaitre le « devoir conjugal » et pourquoi pas toute association entre mariage et sexualité, qu’est ce qui va différencier demain un vrai mariage d’un mariage blanc ?


Dans son combat sans relâche contre les moulins à vent qui cachent la forêt et mettent le feu aux poudres, l’Assemblée nationale vient de légiférer sur un point de droit qui n’existe que subjectivement et serait l’héritier d’une longue tradition patriarcale, gravée dans le marbre par le Code civil et surtout emprunté au droit de l’Eglise (donc obscurantiste, forcément obscurantiste aurait pu dire Marguerite Duras) : le devoir conjugal.

En effet, ce 28 janvier, à l’initiative de Marie-Charlotte Garin (Verts) et Paul Christophe (Horizons), les députés ont adopté en première lecture la proposition de loi visant à interdire le manquement à ce devoir pour invoquer un motif de divorce.

Le consentement sous surveillance

En réalité, cette notion de « devoir conjugal » n’existe dans aucun texte, même pas dans le code Napoléon et c’est la coutume qui lui affecte la seule acception d’obligation sexuelle envers son conjoint. La jurisprudence a invoqué – toutefois très sporadiquement – le manquement de l’un des époux à ses obligations pour légitimer un divorce. Le nouveau texte complète ainsi l’article 215 du Code civil qui dispose que « les époux s’obligent à une communauté de vie » en précisant que « cette communauté de vie ne crée aucune obligation pour les époux d’avoir des relations sexuelles » et précise à l’article 242 que « le divorce pour faute ne peut être fondé sur l’absence ou le refus de relations sexuelles ».

A lire aussi: Exit la notion de devoir conjugal!

Ce vote fait suite à une condamnation de la France par la Cour européenne des Droits de l’Homme en janvier 2025, qui a statué que le consentement au mariage n’entraînait pas un consentement aux relations sexuelles futures. Elle répondait ainsi au recours d’une plaignante reconnue fautive en première instance et en appel d’un jugement de divorce au motif qu’elle avait refusé de consommer le mariage. Les juges du fond, en effet, avaient statué que ce refus était un manquement aux obligations du ménage et rendait « intolérable la vie commune ». Forts de cette décision, les députés français ont entériné cette obligation et tous ceux qui pensent que légiférer dès que le bât blesse est un signe de progrès applaudissent à tout rompre : enfin ! On se débarrasse des chaînes de l’esclavage sexuel que représentent les liens matrimoniaux. Les députés à l’initiative de cette loi n’en font pas mystère, c’en est bien la finalité puisqu’ils mentionnent dans la proposition : « cette jurisprudence relative au devoir conjugal s’inscrit dans une conception historiquement inégalitaire du mariage, dans laquelle la sexualité féminine est subordonnée aux attentes masculines » oubliant que les femmes peuvent aussi bien l’invoquer que les hommes, ce qu’elles n’ont pas manqué de faire. On passera sur la vision de la femme véhiculée par les députés, celle de la potiche bourgeoise du XIXe siècle qui attend, tout à la fois innocente et résignée, bras en croix et yeux fermés, les assauts bestiaux de son mari. Merci pour nous, je pensais qu’on valait un peu mieux que ça. L’étreinte ici est celle (consentie ?) de la décision de la CEDH d’une part et des délires wokisto- féministes comme ceux portés par la militante Alice Coffin qui se félicitait, en 2018, de ne pas avoir d’époux car « en tant que femme, ne pas avoir un mari, ça m’expose plutôt à ne pas être violée, ne pas être tuée, ne pas être tabassée. ». Merci pour eux.

Pourtant la pénalisation du viol conjugal existe. Mais les législateurs ont constaté avec effroi que le pénal n’a pas rejailli sur le civil : mais était-ce nécessaire dès lors qu’il était acté qu’un rapport sexuel contraint est un viol, y compris dans le cadre du mariage ?

C’est faire de l’intimité du couple une « zone grise » sur laquelle le droit pourra étendre son empire, où pèse non plus la norme morale mais juridique, celle qui scrute le consentement à toutes les étapes de la vie du ménage, limitant la double puissance du contrat premier (le devoir de respect et le consentement au mariage libre et éclairé) et du contrat tacite qui se noue entre chaque couple, suivant leur entente et leurs disponibilités. Paradoxal d’ailleurs cette envie chez ceux qui ont la manie de nous faire bouffer du vivre ensemble toute la journée, de vouloir contrôler l’intimité de ceux qui ont consenti à le faire en contractant librement.

Sans doute peut-on y voir une envie plus sournoise de s’attaquer au mariage en lui-même.
Car oui, le mariage, comme tout contrat, impose pour les deux parties des droits et des devoirs, un engagement, un consensus.

En 2026, il n’a échappé à personne qu’on n’était nullement obligé de se marier pour s’aimer au grand jour, vivre en couple et même – tenez-vous bien – avoir des enfants ! Ces « unions de fait » constituent la majeure partie des ménages, le mariage est en recul et, ne nous y trompons pas, cette loi est un pas de plus vers son délitement. Longtemps pilier essentiel de la société, il est regardé à présent comme un empêcheur de tourner en rond, un caillou dans la chaussure du nouveau monde où prime l’individualisme, le petit « moi » et le déracinement. L’absence de tout lien social en dehors du contrat entre le citoyen et l’Etat permet un contrôle accru de cette société atomisée et sans repères.

LFI souhaitait même en rajouter un peu en ôtant l’obligation de fidélité, ce qui a été rejeté par la majorité des votants. Que voulez-vous, quand on a le cœur trop grand et pétri de valeurs humanistes, il faut le partager ! Que vaut donc un contrat s’il est nécessaire de lui ajouter des avenants chaque jour ? Juridiquement peu de choses, alors autant annuler l’institution elle-même, cet archaïsme qui porte l’empreinte de la barbarie patriarcale, pâle copie du mariage religieux.

Et pourtant. Le mariage, institution antique, n’a pas été conçu initialement par l’Eglise comme une prison mais plutôt comme une émancipation et une protection des plus faibles. Jusqu’au XIIe siècle, il n’est pas à proprement parler la norme. Les unions de fait existent et les institutions canoniques observent une tolérance à leur égard, loin du patriarcat antique et l’omniprésence de la figure du tout puissant père de famille romain, remis à l’honneur au XIXe siècle.

A lire aussi: Le sexisme c’est tabou, on en viendra tous à bout!

Elles se bornent à considérer comme légitimement marié un couple dont on reconnait de lui l’existence, la formation d’une cellule familiale ainsi qu’une vie en commun, quand bien même celui-ci ne serait pas passé devant monsieur le prêtre. L’institution s’ancre au XIIe siècle en particulier pour rappeler les hommes à leurs devoirs et obligations. Tirer les oreilles de ces messieurs pour les contraindre à répondre de leurs actes et éviter aux femmes d’ assumer seules le fruit d’une relation – peut être furtive mais surtout féconde –  permet de  protéger la dulcinée et surtout les enfants, en leur ouvrant des droits, notamment en matière d’héritage.
Quant à voir dans le mariage religieux et la fidélité un appel à la pure procréation, c’est méconnaître le droit canonique qui peut dissoudre un mariage pour non-consommation mais pas pour stérilité ou infertilité d’un des époux.

Et les mariages blancs ?

La sexualité est donc au centre du lien matrimonial, comme un ciment du couple, associée à la notion de plaisir. Dans une religion dont le cœur est l’incarnation, la « théologie du corps » prend une place importante.  Jean-Paul II, dans l’encyclique Gaudium et spes 24 a souligné que l’amour est au centre de la vie humaine. Il doit pleinement s’exprimer charnellement au cœur du mariage : c’est aussi physiquement que les époux se trouvent, par « le don libre et désintéressé d’eux-mêmes ». Le corps ne se possède pas, ne se convoite pas : il s’abandonne dans la confiance car il forme avec le cœur et l’esprit un tout et « faire l’amour » prend dans cette perspective tout son sens.  On est loin de la vision bigote qu’on peut associer à la condition matrimoniale.

Alors oui, mariage et sexualité sont liés, non pas dans une idée de possession, mais dans une des caractéristiques qui distingue un couple de simples cohabitants qui pourraient, éventuellement, se dépanner de temps en temps.

Dès lors, si on le vide de cette substance, quid de l’adultère ? Il ne saurait, à terme, être conçu comme une faute au regard du civil puisque les questions sexuelles seront évacuées.
Le mariage blanc aura, de même, plus de mal à être dénoncé puisque l’absence d’intimité n’est pas liée à l’union du couple.

Le mariage ferait peser une pression sexuelle trop importante pour les femmes, contraintes de subir même « avec répugnance » (comme l’avait mentionné un juge pour rappeler au fameux devoir conjugal) un rapport. Or, paradoxalement, le mariage offre déjà un cadre où le « non » devrait être plus facilement entendu puisqu’il y a un accord de volonté manifesté à l’origine du couple. Ce « non » ne remet pas en jeu une union, il indique simplement que ce n’est ni le moment, ni le lieu.

Dans une union de fait, qui recule, repousse ou ne songe pas au mariage, peut-être est-on parfois plus enclin à se donner malgré soi quand, justement, rien n’a été consenti au départ et que tout peut se terminer sans lien, sans obligations et sans attache.

L’apparente évidence de cette proposition de loi risque de soulever bien plus de questions qu’elle n’en résout.

Rien n’oblige à se marier mais le mariage génère des obligations et c’est ainsi. Alexandre Dumas soulignait même que ces chaînes étaient si lourdes qu’il fallait justement être deux pour les porter et même « parfois trois ».

L’heure des pro-pal

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Selon Catherine Nay, l’image de Mohamed « efface, annule » celle de l’enfant juif du ghetto de Varsovie tenu en joue par des SS en 1943. DR.

Le 30 septembre 2000, France 2 diffuse un reportage présentant la mort du petit Mohamed al-Durah sous les balles de Tsahal à Gaza. Ce scoop mondial est une aubaine pour les ennemis d’Israël, qui l’exploitent ad nauseam depuis vingt-cinq ans pour leur propagande antisémite. Mais incohérent et tronqué, il a aussi suscité les doutes de nombreux observateurs. Si l’un d’eux, Philippe Karsenty, a été condamné pour diffamation, la chaîne publique n’a toujours pas prouvé la véracité de ses images.


Un journaliste de gauche ne peut pas se tromper. Et encore moins mentir. Surtout quand il raconte comment les soldats de l’État juif tuent des enfants palestiniens. Le 30 septembre 2000, alors que l’intifada Al-Aqsa enflamme la bande de Gaza, France 2 diffuse un reportage de son correspondant en Israël, Charles Enderlin, semblant montrer la mort d’un enfant dans les bras de son père. Les images, tournées par le caméraman palestinien Talal Abu Rahma, ont été montées par Enderlin à Jérusalem. Assorties d’un commentaire explicite : l’enfant et son père ont été « la cible de tirs venus de la position israélienne ». En clair, ce n’est pas une bavure, mais un assassinat. Ce que Talal Abu Rahma confirmera en déclarant sous serment que « l’armée israélienne a tué l’enfant et blessé le père intentionnellement et de sang-froid ». C’est connu, les juifs se repaissent du sang des enfants – chrétiens hier, palestiniens aujourd’hui.

Ce 30 septembre, le caméraman propose aussi ses images à CNN qui décline – par prudence ? Enderlin, lui, ne doute pas. Pourquoi le ferait-il dès lors que la mort de l’enfant accrédite le récit canonique des médias progressistes : des soldats surarmés massacrant des civils sans défense. Si ce n’est pas vrai, c’est bien trouvé. Pierre-André Taguieff, qui revisite la polémique dans notre dossier, observe que ce récit simpliste est « conforme aux attentes idéologiques du public et de certains politiques ».

C’est un scoop planétaire. Le « petit Mohamed » est le visage de l’innocence détruite par la barbarie israélo-juive. Le 12 octobre, deux soldats israéliens égarés à Ramallah sont lynchés aux cris de « Vengeance pour Al-Durah ! ». Dans le monde arabe, les mains ensanglantées que leur assassin a présentées à la foule en liesse sont un symbole de gloire. On donne le nom de l’enfant à des rues, des places, des écoles, on imprime son visage sur des timbres. Daniel Pearl est décapité devant son effigie.

Très vite, des doutes apparaissent quant à la véracité du reportage. Des enquêtes révélant plusieurs incohérences paraissent en Israël, en Allemagne, aux États-Unis. En France, l’homme d’affaires et publiciste Philippe Karsenty se lance, avec quelques autres, dont notre regretté ami Luc Rosenzweig, dans un long combat contre ce qu’il qualifie de « supercherie médiatique », sur lequel il revient pour nous. On le traite de fou, de complotiste, d’agent. Karsenty est entêté, habité, exalté. Et en prime, trumpiste ! Ça ne fait pas de lui un affabulateur. Mais une fois le messager discrédité, on se fait un honneur de ne pas écouter le message. Les défenseurs du grand-journaliste-Enderlin refusent tout net d’examiner le dossier où Karsenty recense, expertises et témoignages à l’appui, nombre de bizarreries qui devraient conduire tout observateur honnête à s’interroger.

De ces apparentes arguties sur les taches de sang ou les trajectoires balistiques, émerge cependant une vérité admise par tous les acteurs. Le reportage sur la mort d’un enfant ne contient pas les images de la mort de l’enfant. Abandonnant sa première ligne de défense – des salauds veulent attenter à mon honneur, à moi la garde médiatique ! –, Enderlin explique dans Télérama qu’il a coupé l’agonie car c’était « insoutenable ». Quelle délicatesse. À ce stade, il suffirait de produire les secondes manquantes, celles où on voit l’enfant mourir, pour clouer le bec des fauteurs de lèse-journalisme. France 2 préfère poursuivre Karsenty en diffamation, avec ce brillant résultat que 30 secondes diffusées sur France 2 sont, neuf ans durant, scrutées, disséquées, contestées sur la place publique, nourrissant malgré tout le doute raisonnable. Tout au long de ce manège judiciaire analysé par Gilles-William Goldnadel et Aude Weill-Raynal dans notre dossier, les 27 minutes de rushes sont l’Arlésienne, dont on parle tout le temps mais qu’on ne voit jamais.

Ensuite, on entre dans le domaine des hypothèses : la mienne est que Charles Enderlin s’est fait balader par son caméraman et ses images made in Pallywood, et qu’ensuite plutôt que de reconnaître une erreur, il a joué les vierges outragées. C’est certainement à l’insu de son plein gré qu’il a donné un écho mondial à des images trompeuses, alimentant le feu antijuif. C’est volontairement qu’il a ensuite préféré sa réputation à la vérité.

Pourquoi ressortir cette histoire vieille de vingt-cinq ans ? Qu’est-ce que ça change alors que, depuis, l’armée israélienne a tué des centaines d’enfants dans sa guerre contre le Hamas ? La raison est que le cas Al-Durah est doublement paradigmatique.

Tout d’abord, il accommode à la sauce de l’information planétaire une constante immémoriale de l’antisémitisme : l’accusation de crime rituel, dont Michaël Prazan rappelle dans notre magazine qu’elle apparaît dans l’Antiquité avant d’être à toutes les époques et sous tous les cieux le prétexte d’effroyables pogromes. Dans la « démonologie antijuive » également explorée par Taguieff, le soldat israélien est le continuateur du monstre buveur de sang. Et contre les monstres, tout est permis, y compris le 7-Octobre. Ajoutons qu’en 2000, le grand basculement qui voit les juifs passer du statut de victimes à celui de bourreaux atteint son acmé à Durban[1]. On ne déteste plus les juifs par racisme, mais comme racistes, résume alors en substance Alain Finkielkraut. Catherine Nay confirme en déclarant que l’image de Mohamed « efface, annule » celle de l’enfant juif du ghetto de Varsovie tenu en joue par des SS. Au moins c’est clair.

Devenue l’affaire Enderlin, l’affaire Al-Durah est aussi un cas d’école du fonctionnement du parti des Médias qui se dresse comme un seul homme contre quiconque menace l’intérêt supérieur du Parti. Les antidreyfusards et les communistes ne pensaient pas différemment. Le gratin de la profession fait assaut de bonne conscience en bande organisée et corps autour d’Enderlin, victime d’une infâme campagne de dénigrement. Vingt-cinq ans après, ils n’en démordent pas. Toujours incapable d’envisager qu’Enderlin ait pu se tromper, Claude Askolovitch refuse cependant de relancer les hostilités, préférant évoquer un enfant concret dans nos pages. Un enfant qui n’est peut-être pas mort le 30 septembre 2000 au carrefour de Netzarim.

Devant la représentation nationale, les responsables de la télévision publique proclament leur attachement à la neutralité et promettent une parfaite transparence sur leurs pratiques. Chiche ! Qu’ils demandent à une commission indépendante de se prononcer sur l’authenticité du reportage Al-Durah. Quand un mensonge répété des milliers de fois est devenu une vérité, il est sans doute trop tard pour convaincre le plus grand nombre. Pas pour savoir.


[1] Réunion de l’ONU contre le racisme qui a tourné au festival antisémite.

Voici pourquoi la France n’est pas foutue!

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Un homme mégaphone à la main, lors de la 46eme manifestation des gilets jaunes à Paris, 28 septembre 2019 © Meryl Curtat/SIPA

Notre chroniqueur publie ce jour son nouvel essai. Extrait.


Ce mercredi sort mon essai : La Révolution des oubliés chez Fayard. Je publie, ci-dessous, des extraits de l’introduction. Ces derniers jours, Jean-Luc Mélenchon a, de lui-même, clarifié les enjeux existentiels abordés dans le livre, en promouvant « le grand remplacement » de la France française par une France africaine. Lundi, dans le Figaro, le philosophe américain Peter Boghossian a déclaré : « Beaucoup d’Américains pensent que la France aura disparu d’ici la fin du siècle ».

Si les Français oubliés ne veulent pas se dissoudre dans le mondialisme, il est urgent pour eux de se révolter et de reprendre les choses en main.

Le quatrième pouvoir très disputé

Oui ! La France peut se redresser. Rien n’est foutu. Le déclin étourdissant du pays, éreinté par les effets d’une mondialisation impensée qui a ajouté la déculturation à la désindustrialisation, n’est pas une fatalité. L’empoisonnement idéologique de la nation, à la source de sa suicidaire dépression, a ses remèdes, immédiatement disponibles. Il existe en effet des sources revigorantes. Elles sont au cœur du peuple silencieux, méprisé par des dirigeants frivoles. Il suffit de creuser les puits pour atteindre cette eau régénérative. La vitalité de la société civile déborde sur les réseaux sociaux, pour le meilleur comme pour le pire. Le numérique, accessible à 94% des foyers, est devenu l’indispensable contre-pouvoir. La liberté d’expression défie, sur Internet, l’Etat censeur. Les colères qui s’y expriment dévoilent la déconnexion des mondes politique, syndical, intellectuel, judiciaire, médiatique. Des mines d’or d’intelligences collectives sont également inexploitées. Elles ne demandent qu’à être mises en valeur dans leurs expressions civiques, qui dépassent les clivages partisans. La survie de la nation est là, à portée de main.  

A lire aussi: Le peuple oublié est l’homme providentiel attendu

Il n’y a pas d’autre choix, face aux déraisons d’Etat et au somnambulisme des puissants, que d’appeler au secours les Français lucides. Selon la dernière enquête (Ipsos) sur les « Fractures françaises »[1], les citoyens ne seraient plus que 10% à faire confiance aux partis, et 20% aux députés. (…) Aux trois pouvoirs définis depuis Montesquieu – exécutif, législatif, judiciaire – le quatrième pouvoir doit revenir au peuple oublié, en lieu et place des médias à qui ce rôle avait été attribué. Ces derniers se sont abîmés dans l’entre-soi, à l’instar des trois autres piliers de ce que fut la pensée libérale. La fragilité du système, vidé de son socle démocratique et de ses garde-fous, incite aux coups de force des uns, aux abus de droit des autres. Or nombreux sont les indignés qui sont prêts à se mobiliser pour défendre leur pays, malmené par des idées folles (…).

Anywhere contre somewhere, les deux clans

Une révolution des esprits, non violente mais radicale, est à mener à son terme. Elle est portée, aux Etats-Unis comme en Europe, par l’insurrection des peuples enracinés contre des élites déracinées. Ces dernières ont perdu la partie. Les désastres qui s’accumulent le démontrent assez. 

Une conviction motive cet essai : s’il reste encore possible d’interrompre la catastrophe, la réponse ne peut venir de ceux qui ont accompagné la débandade. (…) La rupture avec ceux qui marchent sur la tête est le préalable. Ces « élites » sont la vraie menace (…). 

 « Un vrai chef » est réclamé par les Français. Mais le profil churchillien n’existe plus. Le sauveur sera celui qui en appellera au peuple providentiel. L’homme d’Etat doit laisser place à l’homme du tiers-état. L’expert doit écouter le profane. Le modeste doit être préféré au hâbleur. Ceux qui redoutent de renverser la table sont condamnés à l’apathie devant la métamorphose du pays et sa pente totalitaire. La Révolution de 1789 a été menée par une minorité ; les Jacobins n’étaient pas 6000. « Donnez-moi 1000 hommes », avait dit Lénine parlant de la révolution russe. Cette fois, la révolution du réel, antidogmatique par essence, peut faire masse en prenant le parti de la France millénaire. Encore démographiquement majoritaire, son peuple est appelé à ouvrir la marche, dans une cohabitation à inventer avec le pouvoir. Les Français sont l’ultime recours.

125 pages, 10 euros

La révolution des oubliés

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[1] Le Monde, 20 octobre 2025

Dati / Knafo: bonnet blanc et escarpins noirs

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© Jacques Benaroch/SIPA © Lionel Urman/SIPA

Du camion-poubelle au caniveau: alors que sa rivale de droite fait parler d’elle et pourrait se qualifier au second tour à Paris selon un sondage, Rachida Dati a expliqué pourquoi toute alliance ou discussion était impossible avec Sarah Knafo.


Rachida Dati, on s’en souvient, débuta sa campagne pour les municipales de Paris sur les chapeaux de roue… On la vit crânement juchée à l’arrière d’un camion poubelle, en tenue de travail, c’est à dire vêtue d’un sweat à capuche et chaussée de sneakers antidérapantes. À tu et à toi avec ses collègues d’un jour, elle ripait sec et haranguait les passants matinaux avec l’assurance qu’on lui connaît, promettant, dès son avènement, une capitale rappropriée. Ce coup d’éclat passé, la dame renfila ses escarpins, se glissa dans ses tailleurs griffés et réintégra la rue de Valois. Elle prit alors une judicieuse décision, celle de ne pas se commettre dans des débats oiseux avec ses adversaires, ce, jusqu’au premier tour des municipales, le 15 mars. Des fois qu’il lui faudrait causer programme, mieux ne valait prendre aucun risque.

Sous la ceinture

C’est alors que Sarah Knafo, elle aussi désireuse de présider aux destinées de Paris, entra en scène. La jeune louve, souriante, pimpante, affutée et brillante, multiplia les propositions pour la capitale là où, force est de le reconnaître, les autres candidats ne pipaient mot.

La candidate, Reconquête, en effet, n’envisage pas moins de 10 milliards d’euros d’économies sur dix ans, en divisant par deux les effectifs (55000 fonctionnaires) sans toucher pour autant à ceux qui travaillent à la sécurité et à la petite enfance, mais en taillant dans les 3800 emplois de la culture (Une pierre dans le jardin de Dati). Elle prévoit aussi de privatiser la totalité des emplois consacrés à l’enlèvement des ordures ménagères, de diviser par deux la taxe foncière qu’elle compte financer par la vente d’une partie du parc social. Et, last but not least, elle propose de rouvrir les voies sur berges !

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Il n’en fallut pas plus à la fraîche trublionne pour les briser menu à la vieille briscarde de la politique. Dati contrattaqua et, il faut bien le dire, sans élégance. Sur le plateau de BFMTV, la semaine dernière, on entendit donc la candidate des Républicains exclure pour le second tour second tour l’éventualité d’une alliance avec Thierry Mariani (Rassemblement national) et surtout avec Sarah Knafo. D’un ton condescendant et prenant la position victimaire à la mode, la rouée Rachida Dati déclara aux participants du « Forum BFMTV » : « Je ne suis pas dans les accords d’appareil, rappelez-moi comment je m’appelle et quel est mon parcours ? » N’hésitant pas à frapper sous la ceinture en invoquant ses origines « racisées », elle attribua ensuite à Sarah Knafo des propos tenus par Éric Zemmour en 2016. Celui-ci avait en effet trouvé scandaleux que Dati prénommât sa fille Zohra.

Prises de bec

Pour la ministre de la Culture – et ça l’arrange- Éric Zemmour et Sarah Knafo, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Et vas-y que je te ressers l’antienne éculée de l’extrême droite et du grand remplacement ! Sarah Knafo serait, bien sûr, « Quelqu’un de raciste, qui dit qu’on grand remplace, qui dit que ma fille n’est pas légitime et que je ne suis pas légitime », tout comme Zemmour. « Vous n’allez pas gagner avec quelqu’un qui ne veut pas de vous, poursuit Dati dont il est notoire qu’elle a été écartée des plus hautes fonctions ».

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Dati n’a pas oublié non plus non la prise de bec entre Zemmour et Hapsatou Sy, ex-chroniqueuse du groupe Canal+ à laquelle il avait déclaré qu’il eût été préférable, pour être une bonne Française, qu’elle se prénommât Corinne. Cela avait valu au bougre une condamnation pour injure raciste. Alors, sur un malentendu, pour discréditer Sarah Knafo, ça peut encore marcher estime certainement la ministre de la Culture.

Rachida Dati nous le prouve, il faut faire feu de tout bois pour disqualifier son adversaire. Quant à Sarah Knafo, elle est incontestablement la femme par qui la peste arriva, pour reprendre le titre du brûlot, fraîchement paru, chez Flammarion, consacré à Renaud Camus et écrit par Gaspard Dhellemmes et Olivier Fayes.

Autant, se le dire, on n’est pas sorti des ronces et l’alliance des droites n’est pas pour demain. En revanche, à gauche, qu’on se rassure, une fois de plus, elle se prépare.

Entre droit d’asile et crimes économiques: l’énigme Abliazov

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Fleury Merogis, 9 décembre 2016 © Thibault Camus/AP/SIPA

Entre condamnations occidentales pour détournements massifs et protection politique en Europe, le cas de l’oligarque kazakh Moukhtar Abliazov révèle les failles de la coopération judiciaire internationale. Retour sur une affaire qui interroge les limites du droit d’asile face aux crimes économiques transnationaux.


Avec l’effondrement de l’Union soviétique, ce n’est pas seulement un empire politique qui a disparu. Ce séisme géopolitique a ouvert, dans l’espace postsoviétique, une phase de recomposition brutale, où la privatisation a précédé l’institutionnalisation, et où la concentration de la richesse s’est opérée avant la stabilisation du droit et de la justice. De cette transition accélérée sont nées des figures hybrides, à la fois hommes d’affaires et acteurs politiques, entrepreneurs et produits d’un capitalisme sans garde-fous. On les a nommées « oligarques ». Le Kazakhstan n’a pas échappé à ce processus. C’est dans ce moment de désagrégation normative et de réinvention forcée que s’inscrivent l’ascension puis la chute de Moukhtar Abliazov, devenu au fil des années l’un des symboles les plus ambigus de l’après-URSS. L’affaire Abliazov est ainsi devenue un cas d’école des tensions contemporaines de la justice internationale. À la fois oligarque postsoviétique, fraudeur financier présumé et, plus récemment, opposant politique réfugié en Occident, Abliazov concentre en un seul homme trois figures que l’on préfère d’ordinaire dissocier, et la difficulté du dossier tient précisément à cette superposition. Pour le lecteur français, l’affaire prend une dimension particulière car la bataille, longtemps structurée autour de Londres puis de certaines juridictions américaines, s’est progressivement déplacée vers la France, où Abliazov se retrouve à partir de 2013 après sa fuite du Royaume-Uni, faisant des autorités judiciaires françaises un acteur central du contentieux.

A la tête de la BTA Bank

Le dossier Abliazov en France s’est d’abord joué sur le terrain de l’extradition, refermé en 2016 lorsque le Conseil d’État a annulé le décret d’extradition après validation par la Cour de cassation en 2015. Depuis, l’enjeu s’est déplacé vers le volet pénal, dominé par des batailles de procédure autour de la prescription et de la régularité des poursuites : abandon des poursuites en 2022, relance en 2023 après cassation, puis nouvelle annulation signalée en 2025.

L’«affaire» française apparaît ainsi moins comme un jugement sur le fond que comme une succession d’arbitrages sur la possibilité même de juger, sur fond de soupçon de motivation politique, révélant les fragilités de la coopération judiciaire internationale. Cette mise en scène judiciaire ne prend toutefois son sens qu’à la lumière du fait générateur, c’est-à-dire l’ascension d’Abliazov au sein du capitalisme kazakh naissant, et le rôle central qu’y joue la première banque du pays, BTA Bank. BTA Bank : l’architecture d’un empire financier. Ancien ministre de l’Énergie du Kazakhstan à la fin des années 1990, Abliazov s’impose ensuite comme le principal actionnaire et dirigeant de BTA Bank, alors première banque du pays. Pour comprendre le contexte de ces années, il est nécessaire de s’arrêter sur cet établissement. Fondée au tournant des années 1990, BTA Bank est l’héritière directe du système bancaire soviétique kazakh, dont elle conserve la trace dans son nom même, Bank Turan Alem. Le terme Turan renvoie à l’espace civilisationnel des peuples turciques d’Asie centrale et à un imaginaire d’unité historique réactivé après des décennies de domination impériale russe puis soviétique. Le mot Alem signifie le monde ou l’univers et suggère une ambition internationale. L’association des deux exprime le projet postsoviétique de construire un pôle financier national capable à la fois d’irriguer l’économie réelle et d’inscrire le Kazakhstan indépendant dans les circuits mondiaux du capital.

Devenue au début des années 2000 la première banque du pays, BTA occupe une position systémique centrale, finançant aussi bien les grandes entreprises publiques que l’immobilier, les infrastructures et les investissements extérieurs. Cette centralité explique à la fois l’ampleur de son effondrement en 2009 dont la cause principale est la fraude, et la gravité particulière des faits reprochés à sa direction responsable pour cette débâcle. Pilier central de l’architecture financière nationale, la banque est nationalisée en urgence par l’État kazakh.

Ce qui explique à la fois la détermination des autorités kazakhes à poursuivre les responsables et l’intérêt soutenu des juridictions occidentales dès lors que ces flux ont irrigué leurs propres systèmes bancaires.

Sur le plan strictement financier, il fait aujourd’hui consensus, dans les juridictions occidentales indépendantes des autorités kazakhes, que des détournements massifs ont bien eu lieu au sein de BTA Bank. Les procédures civiles menées au Royaume-Uni établissent l’existence d’un système de faux prêts accordés à des sociétés écrans contrôlées indirectement par Abliazov et son entourage. Ces montages visaient à faire sortir plusieurs milliards de dollars de la banque tout en masquant l’identité des bénéficiaires réels. La Haute Cour de Londres ne se contente pas d’acter ces faits, elle condamne également Abliazov pour outrage à magistrat en raison de la dissimulation volontaire de ses actifs en violation d’ordonnances judiciaires. Sa fuite avant l’exécution de la peine achève de fixer un premier constat lourd de conséquences. En Angleterre, au moins quatre décisions judiciaires majeures ont été rendues à l’encontre d’Abliazov, incluant notamment une condamnation au versement de 4,6 milliards de dollars à la BTA, une ordonnance de gel mondial de ses avoirs et une peine d’emprisonnement de 22 mois pour outrage au tribunal.

Le dossier américain : de la fraude au blanchiment

Aux États-Unis, le dossier franchit un seuil supplémentaire. Des enquêtes fédérales démontrent que des fonds issus de BTA ont été blanchis via des structures offshore, puis investis dans des actifs immobiliers et financiers. Les juridictions américaines reconnaissent l’existence d’un schéma frauduleux international, sans se fonder sur les décisions kazakhes, mais sur leurs propres investigations bancaires. En mars 2022, la Cour suprême de New York a accordé 7 milliards de dollars à la BTA dans le cadre d’un procès contre Abliazov. En juillet 2023, le tribunal fédéral américain du district sud de New York a conclu qu’il avait volé de l’argent à la BTA et l’avait blanchi aux États-Unis, rendant un jugement en faveur de la banque contre Triadou SPV SA pour plus de 193 millions de dollars. Enregistrée au Luxembourg, Triadou est une société de type special purpose vehicle, un véhicule ad hoc constitué notamment pour rendre plus opaque l’identité ou la chaîne de contrôle économique, à travers lequel des fonds d’origine frauduleuse issus de la BTA auraient transité avant d’être réinjectés dans des actifs américains, notamment immobiliers. Son rôle, tel qu’établi par les procédures, est celui d’un maillon dans la chaîne de blanchiment, permettant de dissocier l’origine des fonds de leur destination finale. À ce stade, précisons-le, la matérialité des flux frauduleux ne fait plus l’objet de contestations sérieuses.

Mais précisément parce que le volet financier apparaît solidement établi dans des enceintes juridictionnelles occidentales, une seconde énigme se détache du dossier et le rend politiquement explosif. Car si les faits sont reconnus, pourquoi la coopération policière internationale a-t-elle, à plusieurs reprises, buté sur le même obstacle ?

C’est ici qu’entre en scène Vitalie Pirlog, une figure rarement mise en avant dans l’espace public et pourtant centrale pour comprendre l’architecture du dossier. Ancien ministre de la Justice de Moldavie, Pirlog occupera ensuite l’une des fonctions les plus sensibles de la coopération policière internationale, en assurant la présidence de la Commission de contrôle des fichiers d’Interpol (CCF) entre 2017 et 2022, organe chargé d’examiner et d’éventuellement annuler ou bloquer les notices. Et c’est sous sa présidence que l’annulation ou le blocage des notices rouges déposées par le Kazakhstan concernant Abliazov auraient eu lieu à plusieurs reprises. Ce qui pose problème ici n’est pas le fait qu’Interpol rejette une demande, mais la répétition des décisions et la tendance quasi systématique à trancher en faveur d’Abliazov. En avril 2017, quasi immédiatement après la prise de fonction de Pirlog à la tête de la CCF, Interpol annule une première fois la notice rouge visant Abliazov. À l’époque, la Commission justifie son refus par l’existence d’une demande de statut de réfugié en France. Or cette justification, en apparence solide, apparaît beaucoup moins convaincante lorsqu’on examine la chronologie de la procédure administrative française. Le 31 mai 2018, l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) rejette la demande d’asile d’Abliazov. En juillet 2020, la CNDA (Cour nationale du droit d’asile), juridiction spécialisée qui juge les recours contre les décisions de l’OFPRA, lui accorde un statut de protection, avant de revenir sur sa décision le 8 décembre 2022. Abliazov perd ensuite tous les recours contre cette décision jusqu’au Conseil d’État. Autrement dit, l’argument d’une protection internationale ne renvoie pas à une reconnaissance stable et continue, mais à une séquence dissonante, ponctuée de revirements, ce qui rend d’autant plus sensible son usage répété comme motif d’incompatibilité.

Un système de blocage répété

Dans le même temps, les autorités kazakhes ont relancé Interpol. Avant la fin du mandat de Pirlog, le bureau du procureur général du Kazakhstan a envoyé deux autres demandes de publication d’une notice rouge. La Commission a refusé à plusieurs reprises de la publier, et plusieurs demandes auraient même été rejetées sur des bases qui interrogent sur le sérieux de leur examen, notamment le faible poids qu’aurait accordé cet organisme aux décisions judiciaires étrangères rendues au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Peut-on affirmer que Pirlog a agi consciemment ? Aucun élément publié ne permet de soutenir qu’il aurait violé explicitement les règles d’Interpol dans le cas Abliazov. Mais le dossier prend une tonalité nouvelle depuis son arrestation ultérieure, en juin 2025, aux Émirats arabes unis, pour corruption, pots-de-vin et abus de pouvoir dans une autre affaire. Cette arrestation fragilise la présomption de neutralité attachée à son action passée. Elle autorise désormais à formuler l’hypothèse, lourde mais raisonnable, d’un usage possiblement complaisant des mécanismes de la CCF afin de neutraliser certaines procédures. L’accumulation des décisions, et désormais aussi le profil de leur principal garant institutionnel, transforment le doute en soupçon de dysfonctionnement sous sa présidence.

À cette zone grise s’ajoute un dernier élément. Dans le même temps, les condamnations prononcées par contumace et certaines accusations portées par le Kazakhstan, la Russie ou l’Ukraine sont traitées avec prudence par plusieurs États européens. C’est sur cette base, et non sur une appréciation du fond, que des pays comme la France ont refusé l’extradition d’Abliazov, estimant qu’il existait un risque de procès inéquitable. Autrement dit, une partie des institutions européennes n’a pas considéré Abliazov comme innocent, mais comme juridiquement inextradable dans un cadre où l’État demandeur ne donnait pas les garanties requises. L’accusation la plus fragile demeure celle du meurtre de Yerzhan Tatishev, ancien associé d’Abliazov. La thèse selon laquelle celui-ci aurait commandité l’assassinat repose sur une confession tardive obtenue par la justice kazakhe. Contrairement aux dossiers financiers, pour le moment, aucun tribunal occidental indépendant n’a validé cette version des faits.

Selon maître Stéphane Bonifassi, l’avocat de la Banque BTA, la Cour de cassation doit trancher probablement en avril un point décisif dans l’affaire, la question purement juridique de la validité des poursuites pénales engagées en France. Il s’agit de dire si l’annulation prononcée jusque-là, notamment au regard de la régularité de la procédure, doit être confirmée, ce qui mettrait fin à la saga, ou au contraire cassée, ce qui relancerait la machine judiciaire. L’enjeu derrière cette décision technique, explique Maître Bonifassi, est de savoir si le contentieux français restera cantonné au registre exil-protections accordées à un opposant, ou s’il s’attaquera au fond, c’est-à-dire cette grande affaire de fraude financière transnationale.

Les paradoxes de l’État de droit face aux crimes économiques transnationaux

L’affaire Abliazov révèle ainsi une vérité dérangeante. Le droit d’asile, conçu comme une protection contre la persécution politique, peut aussi devenir un instrument de neutralisation juridique lorsqu’il est contourné, instrumentalisé ou dévoyé. Une protection accordée au nom de l’asile ne vaut ni absolution morale, ni effacement des faits établis par des juridictions indépendantes. Elle peut cependant, dans certains cas, produire un effet plus puissant encore qu’un acquittement : en bloquant l’extradition, elle grippe la coopération policière et judiciaire, et offre de facto au suspect une forme de protection. En permettant une bataille juridique longue, avec ses recours et ses protections provisoires, elle ouvre un espace stratégique que des acteurs dotés de ressources importantes peuvent exploiter, profitant des lenteurs et des scrupules des États de droit. Plus les démocraties perfectionnent leurs garanties, plus elles s’exposent à leur instrumentalisation. Le cas Abliazov interroge ainsi les limites du système international qui a du mal à concilier la protection légitime des opposants politiques avec la nécessité de poursuivre les crimes économiques transnationaux et éviter que les mécanismes de l’État de droit ne deviennent des boucliers pour des acteurs disposant de moyens considérables.

Un patron à l’Élysée? Mauvaise question

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Interrogé le 3 février sur une potentielle participation à l’élection présidentielle en 2027, le patron des supermarchés Michel-Edouard Leclerc a indiqué que "pas plus con qu'un autre", il n'excluait rien. Capture YT.

Faut-il un PDG pour sauver la République ? Elisabeth Lévy donne son avis dans sa chronique radio. Selon elle, la France n’est pas une entreprise. Nous vous proposons de l’écouter


Challenges, mai 2025.

Faut-il envoyer un patron à l’Elysée ? C’est la dernière idée à la mode. Puisque les énarques et autres professionnels de la politique nous ont emmenés dans le mur, il nous faudrait un patron, quelqu’un qui connait la réalité de l’entreprise, pour remettre de l’ordre dans la maison France. Selon un sondage OpinionWay/La Tribune Dimanche, pour 58 % des sondés, un entrepreneur ferait un bon président. Les Français ont déjà leurs favoris. Dans une autre enquête datant de février 2025, 43 % sont favorables à une candidature Michel-Edouard Leclerc, 34 % pour Bernard Arnault, 30 % pour François Pinault, 29 % pour Xavier Niel et 28 % pour Vincent Bolloré.

Si MM. Arnault, Pinault et Bolloré ne semblent pas tentés par l’aventure politique, préférant sans doute l’influence à l’exercice du pouvoir, d’autres sont prêts à faire don de leur personne à la France. « Je suis disponible pour la nation », disait Michel-Edouard Leclerc l’an dernier.  Xavier Niel en parlerait tous les jours, selon sa fille de 13 ans. Enfin, Matthieu Pigasse, le banquier de gauche, qui mène un combat culturel contre ce qu’il appelle l’extrême droite affirme que, par principe, il n’exclut jamais rien.

A ne pas manquer, Causeur #142: Affaire Al-Durah, 25 ans après: qui a tué la vérité?

Quand la confiance dans la politique est au plus bas, c’est peut-être une bonne idée, se dit-on. En réalité, c’est une idée aussi oiseuse que celle qui consiste à dire qu’il faut élire une femme, un immigré ou un handicapé. L’élection présidentielle n’est pas un casting ni un entretien de recrutement, c’est une rencontre entre un homme et un peuple. Et la vie d’une nation ne se réduit pas à des problèmes et des solutions. Ce qu’on attend du président de la République, particulièrement du prochain, c’est qu’il redonne au pays le goût et le sens de l’avenir, qu’il incarne ce qui fait de nous une communauté politique. Le boulot d’un patron c’est de faire du profit, celui du président, c’est de garantir l’intérêt général. Ça ne signifie pas qu’un patron ne peut pas avoir les qualités requises pour être président de la République. Mais qu’on ne dirige pas un pays comme une entreprise, même Donald Trump le sait contrairement à ce que répètent les commentateurs.

On a évidemment besoin d’un président qui comprenne les réalités économiques et financières, patron ou pas. Reste à savoir si les Français sont capables d’entendre ce que savent tous les chefs d’entreprise : on ne peut pas dépenser durablement beaucoup plus que ce qu’on gagne.

Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Donald Trump: le bourreau des légendes

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La présidente de la Banque centrale européenne à Davos, le 23 janvier 2026 © Markus Schreiber/AP/SIPA

Canada, Europe, cuisine et dépendances


Inépuisable, inarrêtable, le Grizzli de Mar El Lago écrabouille tout sur son passage. Tout est négociable, à vendre, à acheter, tout doit disparaitre : les alliances, les alliés, les terres rares, les mythes et légendes aussi. Terminé l’ordre international qui garantissait la paix, fini l’émancipation par l’éducation, le doux commerce, le progrès par le libre-échange, la politique à la papa et Barbamama. Comment stopper le caïd de la récré ? Y a plus de dirlo !

Au fond de la classe, en grandes difficultés, Marianne est passée sous la moyenne européenne s’agissant du PIB par habitant. Sébastien Lecornu a tout lâché au PS. Le budget reste durablement plombé par l’hémorragie de la dette. Diagnostiqué TDAH, Emmanuel « Macron Transformation » met des lunettes de soleil. Avec un Stetson, c’est Melville, Bob le Flambeur, Le Doulos. La défaite est-elle définitive ? L’espérance doit-elle disparaître ? Non ! La France n’est pas seule ! Elle peut faire bloc avec les îles Éparses, le Groenland, le Canada, l’Europe.  

Une cabale au Canada

« Autour de moi, il y a la guerre ; La peur, la faim et la misère ; J’voudrais qu’on soit tous des frères ; C’est pour ça qu’on est sur la Terre ». Standing ovation à Davos pour Mark Carney, le Premier ministre canadien, moitié Robert Charlebois, moitié Martin Luther King. Un nouvel élan vers le monde d’après ? Pas de débat sur son constat : « Les forts agissent selon leur volonté, les faibles en subissent les conséquences ». Pour un Nouveau Monde, Carney met sur la table une « belle idée », une sorte de « Club Des cinq » des pays sympas. La carte moderne, libérale-libertaire, fusionne les saveurs du monde. « Les puissances moyennes doivent agir ensemble, car si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu ». Jésuite et un tantinet Tartuffe, le cuisinier canadien secoue les nouilles.

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« Les puissants ont leur pouvoir. Mais nous avons aussi quelque chose : la capacité de cesser de faire semblant, d’appeler la réalité par son nom, de renforcer notre position chez nous… Notre nouvelle stratégie repose sur le ‘réalisme fondé sur des valeurs’… Nous demeurons fidèles à nos principes quant à nos valeurs fondamentales… Nous sommes pragmatiques, car nous reconnaissons que les progrès sont souvent progressifs, que les intérêts divergent et que tous nos partenaires ne partagent pas nécessairement nos valeurs… Ces derniers jours, nous avons conclu de nouveaux partenariats stratégiques avec la Chine et le Qatar ». Business as usual.

Vaclav Havel, le « pouvoir des sans pouvoirs », les antimétaboles, c’est la déco pour pas désespérer les gogo, bobo, de Sciences Po, l’UQAM, Fort Smith, Davos et Bruxelles. La recette canadienne – traditionnelle et universelle – du pâté d’alouette, saveur « puissance moyenne » c’est : un cheval de réalisme-pragmatique et une alouette de valeurs… Des pistes vertueuses restent à explorer. Un troc triangulaire et équitable Mexique-Canada-France : guacamole-sirop d’érable-Camembert ; Contre l’aveuglement volontaire, une start-up de lunettes de soleil à verre progressistes, en Abitibi-Témiscamingue ; Transformer Saint-Pierre-et-Miquelon en Silicon Valley… « Le monde est plein d’honnête gens. On les reconnait à ce qu’ils font les mauvais coups avec plus de maladresse » (Péguy)… ou plus d’hypocrisie…

L’Europe se rebiffe

 « L’Europe a pas mal été dénigrée ces derniers jours, mais au fond c’est plutôt une bonne chose et nous devrions remercier ceux qui la dénigrent ». Ingrate, Christine Lagarde s’est éclipsée entre les profiteroles et la liqueur de poire, lors d’un dîner officiel à Davos, pendant le discours hostile du secrétaire américain au commerce.

Trop c’est trop ! La présidente de la Banque Centrale Européenne a lâché ses coups sur CNN : « L’Europe va faire une grande analyse « Forces, Faiblesses, Opportunités, Menaces » et décider de ce que nous devons faire pour être forts par nous-mêmes, pour être plus indépendants, pour compter sur le commerce interne, afin que nous ne puissions pas l’ignorer mais au moins préparer un autre plan B au cas où la relation normale ne serait pas rétablie ». Apparatchik galonné du Titanic Europe, Thierry Breton est raccord : « Ou bien on regarde en spectateur le conflit qui s’annonce […] entre les États-Unis et la Chine et on attend de voir qui va nous manger, qui vont être les prédateurs, comment nous allons devoir payer, ou bien nous prenons notre destin en main ». Les mots vivants soulèvent les montagnes, morts, ils les sapent. 

Côté dépendances, la messe est dite depuis longtemps et pour longtemps. Côté cuisine, l’Europe a des atouts, valeurs, saveurs à faire valoir. L’Europe, c’est l’« Oreiller de la Belle Aurore ». Inventé par Brillat-Savarin, récemment ressuscité par un charcutier lyonnais, ce plat d’exception est un assemblage délicat, nécessitant un savoir-faire hors normes : « C’est un mélange savant de viandes, volailles, gibiers. Le foie gras, les truffes et les champignons peuvent également intervenir. Il faut gérer la réduction des jus, la cuisson de la pâte, le montage de toutes les viandes, l’association des couleurs, les marinades. Tout cela est extrêmement technique et complexe » (Joël Mauvigney).

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Depuis deux générations, Coué qu’il en coule, l’Europe pédale dans la choucroute, la bureaucratie, l’irénisme, des directives ubuesques, la RSE, le gazeux. Les naufrageurs du pont supérieur, arrogants, paresseux, naïfs comme des rosières, n’ont rien vu venir, rien anticipé. Ils restent à la barre et donnent des leçons de navigation. La croisière s’abuse. En 2024, Mario Draghi a rendu sa copie pour relancer la croissance de l’UE : 400 pages, 170 propositions, trois axes: l’innovation dans les technologies numériques, la décarbonation et la réduction des dépendances en matières premières. Champion du monde, Mario !

Excursus… Bon sens, mais c’est bien sûr !

L’Europe ne s’affranchira pas des tutelles américaine, chinoise, russe, indienne bientôt, avec des concours d’éloquence, d’indignation, sophismes, avec des pétitions de grands patrons pour une « préférence européenne ». L’Europe ne sauvera sa peau qu’en travaillant plus et mieux, en protégeant sa jeunesse des réseaux sociaux qui lavent les cerveaux, en lui redonnant le goût de l’effort, du savoir, de la lecture, en cessant de financer le communautarisme islamique, en contrôlant ses frontières, en protégeant ses valeurs, la terre de nos aïeux, le droit à la continuité.

La libre circulation des capitaux, des réfugiés et des bons sentiments ne fait pas une Union. Les Eurocrates, « toutlemondistes », « anywhere », ne construiront pas l’Union Européenne contre les peuples, les « somewhere ». Il faut parler vrai, parler comme Fustel de Coulanges de communauté d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs et d’espérances ; de femmes et des hommes qui veulent marcher, travailler, combattre, vivre et mourir ensemble, les uns pour les autres. L’Europe aujourd’hui, c’est une communauté réduite aux aguets. Pas de salut sans parrhésie, courage de dire les vérités déplaisantes, sans tempêtes, ni sacrifices.


« Ô Canada ! Terre de nos aïeux / Ton front est ceint de fleurons glorieux ! / Car ton bras sait porter l’épée / Il sait porter la croix ! / Ton histoire est une épopée / Des plus brillants exploits / Et ta valeur, de foi trempée / Protégera nos foyers et nos droits / Protégera nos foyers et nos droits » (Ô Canada, hymne national).

Ice crime

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24 janvier 2026, Minneapolis (États-Unis) : des agents fédéraux et locaux se sont affrontés à des manifestants après la mort d'Alex Pretti © Holden Smith/ZUMA/SIPA

Après les drames survenus à Minneapolis, la police de l’Immigration et des Douanes est comparée à la Gestapo. Qu’il est bon de résister sans danger.


Quel est le point commun entre une nonagénaire niçoise effroyablement violée par un Tunisien sous OQTF et un infirmier américain tué par la police de l’Immigration et des Douanes, la désormais célèbre ICE ? A priori, aucun. On dirait même qu’ils appartiennent à deux réalités parallèles, deux sphères cognitives qui ne se rencontrent jamais. Chacun dans son couloir, chacun ses victimes. Sur CNews, on pense que le viol barbare est un fait de société et la mort d’Alex Pretti, un dramatique fait divers. Et sur France Culture, c’est le contraire. Enfin presque : les antennes publiques ont quasiment fait l’impasse sur le calvaire de la vieille dame, sinon pour s’indigner de son instrumentalisation par la droite. Bien entendu, quand la gauche brandit la dépouille d’Alex Pretti pour diaboliser le président américain, elle n’instrumentalise pas, elle analyse.

Un autre fil relie le jeune homme à la vieille dame. Tous deux sont victimes de la politique migratoire de leur gouvernement – trop laxiste à Nice, exercée brutalement et sans souci excessif du droit à Minneapolis. Seulement, si cette politique obtient des résultats notables aux États-Unis où la baisse spectaculaire du taux d’homicide accompagne la décrue de l’immigration clandestine (ce qui ne prouve pas que ceci explique cela mais ne l’exclut pas non plus), en France, enserrée dans les filets d’un État de droit qui n’accorde aucun droit aux États, elle ne parvient qu’à mettre en scène l’impuissance publique. Chacun sait en effet que quiconque réussit à mettre un pied sur le territoire a de bonnes chances de pouvoir y rester, même après avoir commis des délits ou des crimes. En dépit des promesses réitérées de réduire les flux migratoires, ce que réclament une majorité de Français, y compris de gauche, 385 000 titres de séjour ont été délivrés en 2025. Pour faire court, nos frontières sont des passoires.

En attendant, les deux drames de Minneapolis sont une divine surprise pour le camp du Bien. Entre les deux rives de l’Atlantique, on assiste à un impayable concours de vertu antifasciste. Le N-word (N comme nazi) est de sortie. Sur France Culture, mon très cher ami Guillaume Erner ressort sa subtile distinction entre « comparer à » et « comparer avec » pour conclure que, si le trumpisme n’est pas le nazisme, ça y ressemble beaucoup. Peu importe que l’ICE ait été créée par George Bush et qu’elle n’en soit pas, loin s’en faut, à sa première bavure. Les grandes âmes d’Hollywood affirment sobrement que, sous Trump, l’ICE, c’est la Gestapo, tandis que Tim Walz, le gouverneur démocrate du Minnesota, compare les enfants de Minneapolis terrés chez eux à Anne Frank. Dans l’Allemagne nazie, personne n’aurait osé dénoncer publiquement la Gestapo, mais c’est sans doute un détail.

À Paris, les Insoumis, que l’on connaît moins regardants sur les droits de l’Homme quand il est question de l’Iran ou de l’Algérie, exigent qu’on interdise l’accès du territoire européen aux policiers de l’ICE. Marine Tondelier risque courageusement sa coiffure (à défaut de sa vie) pour manifester contre le fascisme qui vient d’Amérique. « Après les États-Unis, la France peut être le prochain pays à basculer dans le fascisme », écrit-elle dans le Huff Post. Qu’il est bon de résister sans danger.  

On suppose que personne en France, même ceux qui rêvent d’une ICE à la française, ne souhaite de voir des innocents mourir sous les balles d’une police à la gâchette facile. Reste à savoir jusqu’où nous sommes prêts à aller pour protéger les vieilles dames et les autres des méfaits commis par des clandestins incapables de s’acclimater à nos mœurs. Faut-il, par exemple, autoriser les arrestations collectives ? Peut-être, à condition de pouvoir procéder dans la foulée à des expulsions collectives. Une chose est sûre : si la force sans le droit est un fantasme de tyran, le droit sans la force est un rêve d’enfant.

Nos extrêmes gauchistes se fichent éperdument de l’ICE, de Renee Good et d’Alex Pretti. Ils veulent démontrer que toute politique visant à réduire et contrôler l’immigration mène inévitablement au pire. Entre grand remplacement et nazisme, il faut choisir. Le risque, c’est que les gens ordinaires, excédés et angoissés d’être culturellement minoritaires chez eux, finissent par penser que le nazisme, ce n’est pas si grave.

Faut-il vraiment fouiller dans les poubelles d’Epstein?

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© Yassine Mahjoub/SIPA

La publication de millions de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein par le ministère américain de la Justice, vendredi 30 janvier, a provoqué une vague de réactions et plusieurs démissions à travers le monde. Donald Trump a, de son côté, estimé que ces nouvelles pièces l’« innocentaient ». Les relations qu’entretenaient de nombreuses personnalités politiques et économiques avec le prédateur sexuel, mort en prison en 2019, font aujourd’hui peser sur elles un soupçon diffus de pédophilie par association de M. et Mme tout le monde. Nous vous proposons d’écouter l’avis d’Élisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio.


La tempête Epstein fait des vagues en France. Des vaguelettes, si l’on songe à la démission de Peter Mandelson, hiérarque travailliste au Royaume-Uni, au scandale qui éclabousse la future reine de Norvège, ou encore au fait que les Clinton ont finalement accepté de témoigner devant le Congrès américain.

En France, Mediapart frétille, mais les conséquences restent limitées : la démission de Caroline Lang, fille de Jack Lang, de la direction du SPI, et Bruno Le Maire propulsé en trending topic sur X pendant plusieurs heures.

Avant de fouiller dans cette poubelle, il faut se demander si on y trouvera la vérité et la justice. Je suis sûre du contraire.

Curieusement, tous ceux qui s’indignaient du refus de l’administration Trump de divulguer ces 3,5 millions de pages s’indignent aujourd’hui qu’elle les balance sans filtre. C’est une stratégie de noyade, dit l’éditorialiste Françoise Degois. Non. La loi pour la transparence des dossiers Epstein a été votée en novembre par le Congrès. C’est ça, la transparence: le carburant d’une machine à ragots planétaire. Madame Michu, vous-et-moi, érigés en juges.

Mais on a bien le droit de savoir qui était en contact avec ce pédophile notoire !  me réplique-t-on. Ah, c’est écrit où ? Pour en tirer quelles conclusions ?

Jeffrey Epstein était riche, puissant, introduit partout. Il incarnait parfaitement les élites mondialisées. Le gotha mondial lui demandait faveurs et entremises. Bruno Le Maire ou Marine Le Pen apparaissent dans les fameux fichiers parce qu’ils auraient sollicité des financements pour leurs campagnes. Sans suite. Une intention, une idée sans lendemain est-elle une information ?

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Or, désormais, le soupçon de pédophilie par association pèse sur toutes les personnalités citées. Jack Lang a reconnu qu’ils étaient amis. Est-ce un crime ? Une preuve qu’il savait ? Evidemment pas. Et pourtant, c’est ce qui restera dans la tête chez pas mal de gens. Tous des pédo-satanistes, ces puissants qui nous gouvernent !

En réalité, j’estime que ces documents n’auraient jamais dû être publiés. Seulement, depuis Julian Assange et Edward Snowden, le public adore les « leaks »(fuites), ces millions de documents secrets volés et publiés en vrac: les télégrammes diplomatiques et noms d’agents étalés dans la presse, il parait que c’est démocratique. Pourtant, non. Dans de nombreux domaines, le secret est sacré et protégé par la loi: vie privée, affaires, santé, sécurité nationale… Parce qu’entre l’information brute et le public, il y a besoin d’une médiation, il faut qu’une institution hiérarchise, interprète et évalue. Raison pour laquelle d’ailleurs les enquêtes judiciaires et policières sont également tenues au secret.

Non, le public n’a pas le droit de tout savoir des agissements des autres. N’oublions pas que les internautes ne sont pas un peuple de citoyens éclairés mais une meute qui se délecte avant tout de voir des puissants à terre. Et même avec le dernier iPhone 27 et l’aide de l’intelligence artificielle, des commères numériques restent des commères.


Cette chronique a été diffusée sur Sud radio


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale au micro de Patrick Roger

Affaire Al-Durah, 25 ans après: qui a tué la vérité?

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© Causeur

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Le 30 septembre 2000, France 2 diffuse un reportage présentant la mort du petit Mohamed Al-Durah sous les balles de Tsahal à Gaza. Ce scoop mondial est une aubaine pour les ennemis d’Israël, qui l’exploitent ad nauseam depuis 25 ans pour leur propagande antisémite. Mais incohérent et tronqué, il a aussi suscité les doutes de nombreux observateurs. Si l’un d’eux, Philippe Karsenty, a été condamné pour diffamation, la chaîne publique n’a toujours pas prouvé la véracité de ses images.Comme le dit Élisabeth Lévy en présentant notre dossier spécial : « L’affaire Al-Durah est aussi un cas d’école du fonctionnement du parti des Médias qui se dresse comme un seul homme contre quiconque menace l’intérêt supérieur du Parti. Les antidreyfusards et les communistes ne pensaient pas différemment ». L’enquête étayée de Karsenty montrait que l’image de Mohamed Al-Durah tué dans les bras de son père, qui est devenue une icône de la cause palestinienne et une justification de l’« antisionisme », était une mise en scène.

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Interviewé par Gil Mihaely, Philippe Karsenty qualifie ce reportage de « plus grand faux antisémite de notre génération ». Michaël Prazan, se confiant à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, rappelle que l’accusation contre les Juifs de crime rituel apparaît dans l’Antiquité avant d’être à toutes les époques et sous tous les cieux le prétexte d’effroyables pogromes. Les avocats Gilles-William Goldnadel et Aude Weill-Raynal reviennent sur les neuf ans de procès qui se sont terminés par la condamnation de Philippe Karsenty. La Justice n’a pas remis en cause son analyse méthodique des images de France 2 mais a appliqué à la lettre le droit de la diffamation, un jugement « technique » qui ne sert pas la vérité historique. Juif de gauche et sioniste blessé, Claude Askolovitch continue de penser que le petit Mohamed est mort sous les balles de Tsahal. Mais plutôt qu’en faire un symbole ou l’étendard d’une cause, il veut lui rendre sa singularité. Pour Pierre-André Taguieff, les images trompeuses du « petit Mohamed » s’apparentent, par leur charge antisémite, aux « Protocoles des sages de Sion » et à l’affaire Dreyfus. Quant aux nombreux journalistes qui ont préféré les relayer sans distance critique, ils nous informent sur le corporatisme dévastateur de leur profession.

Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy commente les opérations de l’ICE (la police de l’Immigration et des Douanes) aux États-Unis qui, de ce côté de l’Atlantique, suscitent des réactions opposées : louanges à droite, condamnation à gauche. De surcroît, la gauche en profite pour sortir le N-word (N comme nazi) et diaboliser le président Trump. Certes, personne ne souhaite voir des innocents mourir sous les balles d’une police à la gâchette facile, mais la France s’est montrée incapable de réduire les flux migratoires, de sorte que « nos frontières sont des passoires ». Conclusion : « si la force sans le droit est un fantasme de tyran, le droit sans la force est un rêve d’enfant ».

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En Iran, les manifestations massives contre le régime des mollahs ne l’ont pas renversé. Selon l’analyse de Gil Mihaely, outre une répression sanglante, la République islamique repose sur un système clientéliste qui bénéficie à près d’un quart de la population. S’ils pouvaient changer de régime en conservant leurs privilèges, ces millions d’Iraniens rejoindraient la contestation. Iraj Mesdaghi a connu les geôles de la République islamique. Torturé, il a été le témoin d’exécutions massives. Exilé en Suède, il a minutieusement documenté ces atrocités et fait condamner un tortionnaire. Se confiant à Gil Mihaely et à moi, il affirme aujourd’hui que, les Iraniens rejetant autant le régime que l’islam, le renversement de Khamenei entrainera l’effondrement de tout le système. Pour lui, « l’Iran est le cœur idéologique de l’islam politique depuis 1979. Si ce régime tombe, c’est tout l’édifice idéologique qui vacille, y compris dans le monde sunnite ». Selon Pierre Vermeren, la révolution iranienne de 1979 n’a pas été le point de départ mais l’aboutissement du rapprochement islamo-gauchiste dont les origines remontent à la guerre d’Algérie. Alors que le régime des mollahs vacille, c’est désormais vers la Turquie d’Erdogan que se tournent les partisans d’une alliance entre le drapeau rouge et le Coran. Omar Youssef Souleimane, journaliste et d’auteur des Complices du mal, explique à Gil Mihaely que la France est confrontée à la même menace qui a ravagé sa Syrie natale : la progression d’un islamisme politique qui tend à imposer la charia à toute la société. Des Frères musulmans qui infiltrent LFI au président syrien qui pratique la taqiya, c’est le même combat.

Certes, les mauvaises manières de Donald Trump scandalisent les Européens mais, selon mon analyse, il ne fait que perpétuer la vieille tradition américaine d’ingérences qui s’inscrit désormais dans une mondialisation des conflits. Les grandes puissances sont en concurrence sur tout et partout sur terre. Et le Vieux continent peine à s’adapter à ce nouveau désordre du monde. Alexandre Devecchio a grandi dans le 9-3 à une époque où la religion et la couleur de peau n’avaient pas d’importance, puis il a connu le basculement progressif vers le séparatisme. Son nouveau livre, Nous vivions côte à côte, est le récit de cette fracture démographique et idéologique qui a changé le visage de la France. Il en parle avec Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques. Didier Desrimais analyse la production de Radio Nova qui s’est spécialisée dans le recyclage des humoristes débarqués de l’audiovisuel public. Sous couvert de lutte contre l’extrême-droite, le milliardaire de gauche Matthieu Pigasse leur laisse carte blanche pour dérouler un programme indigéniste, islamo-gauchiste, décolonial et antisioniste. Prière de ricaner.

Parmi nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles affirme que, si le débat national donne l’impression que l’imaginaire politique est au point mort, au niveau local, des élus proposent des idées innovantes qui améliorent la vie quotidienne des Français. Pour Ivan Rioufol, la France de Brigitte Bardot n’est pas morte avec son insolente guerrière. L’histoire invite les citoyens à reprendre les choses en mains : un pouvoir coupé des gens ordinaires est voué à s’effondrer. Emmanuelle Ménard est d’avis que l’année 2026 promet de nous réserver bien des surprises. Et à l’approche des élections municipales, les petites saloperies volent en escadrille. Haut les cœurs ! Enfin, Gilles-William Goldnadel propose la formule « privilège rouge » pour décrire l’indulgence du système médiatico-politique pour l’extrême gauche. Entrera-t-elle au dictionnaire ?

Sur bien des sujets, Alain Finkielkraut et Pierre Manent ne pensent pas la même chose. Le premier est un juif athée qui soutient la reconnaissance de la Palestine, le second est un chrétien convaincu qui n’a plus foi dans la solution à deux États. Cela n’empêche pas Manent de dire ici son admiration pour l’académicien « mécontemporain » qui vient de publier Le Cœur lourd. Sans son commentaire – nous explique Georgia Ray – l’œuvre d’art contemporain « conceptuel » n’existe pas. Le discours de l’artiste nourrit le verbiage, le marché et les institutions culturelles. Mais il existe un autre art contemporain empreint d’esprit et d’harmonie. L’exposition de Fabienne Verdier, à la Cité de l’architecture, en est la preuve. Jean-Marie Besset est un auteur dramatique qui, selon Jérôme Prigent, ne transige pas avec la langue, allant jusqu’à écrire sa nouvelle pièce, Katte, en alexandrins et en cinq actes. Un hommage aux maîtres classiques salvateur dans le paysage théâtral d’aujourd’hui. Dans Triompher en festins. Une histoire de France en vingt repas, Jonathan Siksou restitue des ripailles mémorables de Saint Louis à Emmanuel Macron. Vue des marmites, la vie politique fourmille d’anecdotes savoureuses et de repas fins. Pour le romancier, c’est un récit passionnant, de l’amuse-bouche au digestif.

Richard Millet salue la nouvelle traduction du Bruit et la Fureur de William Faulkner, par Charles Recoursé. Elle fait fi du wokisme en vigueur dans l’édition et restitue sans fausse pudeur l’histoire de la famille Compson, traversée par la folie, l’alcoolisme et l’inceste. Un roman méditatif et vertigineux. Emmanuel Domont recommande l’anthologie de Gilles Schlesser, Les Flâneries littéraires de Paris, qui permet d’arpenter les rues de la capitale aux côtés des plus grands écrivains ; Alexandra Lemasson, La disparition des choses de la romancière Olivia Elkaim, qui fait revivre Cécile Peretz, la mère de Georges Perec, assassinée à Auschwitz ; et Patrice Jean, le premier roman de Bruno Marsan, Underdog, livre en forme d’uppercut qui devrait mettre KO le monde des lettres. Jonathan Siksou rappelle à notre bon souvenir le génie de ce grand historien de la petite histoire, G. Lenotre (1855-1935). Enfin, Jean Chauvet trouve que l’énoncé des films du mois de février –Maigret, Saddam Hussein et un adepte des petits boulots – est comme un inventaire à la Prévert, improbable et alléchant. Si le sommaire de Causeur est alléchant, il n’y a pas d’incertitude : l’espoir du lecteur n’est jamais déçu.

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Triompher en festins: Une histoire de France en vingt repas

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