Canada, Europe, cuisine et dépendances
Inépuisable, inarrêtable, le Grizzli de Mar El Lago écrabouille tout sur son passage. Tout est négociable, à vendre, à acheter, tout doit disparaitre : les alliances, les alliés, les terres rares, les mythes et légendes aussi. Terminé l’ordre international qui garantissait la paix, fini l’émancipation par l’éducation, le doux commerce, le progrès par le libre-échange, la politique à la papa et Barbamama. Comment stopper le caïd de la récré ? Y a plus de dirlo !
Au fond de la classe, en grandes difficultés, Marianne est passée sous la moyenne européenne s’agissant du PIB par habitant. Sébastien Lecornu a tout lâché au PS. Le budget reste durablement plombé par l’hémorragie de la dette. Diagnostiqué TDAH, Emmanuel « Macron Transformation » met des lunettes de soleil. Avec un Stetson, c’est Melville, Bob le Flambeur, Le Doulos. La défaite est-elle définitive ? L’espérance doit-elle disparaître ? Non ! La France n’est pas seule ! Elle peut faire bloc avec les îles Éparses, le Groenland, le Canada, l’Europe.
Une cabale au Canada
« Autour de moi, il y a la guerre ; La peur, la faim et la misère ; J’voudrais qu’on soit tous des frères ; C’est pour ça qu’on est sur la Terre ». Standing ovation à Davos pour Mark Carney, le Premier ministre canadien, moitié Robert Charlebois, moitié Martin Luther King. Un nouvel élan vers le monde d’après ? Pas de débat sur son constat : « Les forts agissent selon leur volonté, les faibles en subissent les conséquences ». Pour un Nouveau Monde, Carney met sur la table une « belle idée », une sorte de « Club Des cinq » des pays sympas. La carte moderne, libérale-libertaire, fusionne les saveurs du monde. « Les puissances moyennes doivent agir ensemble, car si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu ». Jésuite et un tantinet Tartuffe, le cuisinier canadien secoue les nouilles.
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« Les puissants ont leur pouvoir. Mais nous avons aussi quelque chose : la capacité de cesser de faire semblant, d’appeler la réalité par son nom, de renforcer notre position chez nous… Notre nouvelle stratégie repose sur le ‘réalisme fondé sur des valeurs’… Nous demeurons fidèles à nos principes quant à nos valeurs fondamentales… Nous sommes pragmatiques, car nous reconnaissons que les progrès sont souvent progressifs, que les intérêts divergent et que tous nos partenaires ne partagent pas nécessairement nos valeurs… Ces derniers jours, nous avons conclu de nouveaux partenariats stratégiques avec la Chine et le Qatar ». Business as usual.
Vaclav Havel, le « pouvoir des sans pouvoirs », les antimétaboles, c’est la déco pour pas désespérer les gogo, bobo, de Sciences Po, l’UQAM, Fort Smith, Davos et Bruxelles. La recette canadienne – traditionnelle et universelle – du pâté d’alouette, saveur « puissance moyenne » c’est : un cheval de réalisme-pragmatique et une alouette de valeurs… Des pistes vertueuses restent à explorer. Un troc triangulaire et équitable Mexique-Canada-France : guacamole-sirop d’érable-Camembert ; Contre l’aveuglement volontaire, une start-up de lunettes de soleil à verre progressistes, en Abitibi-Témiscamingue ; Transformer Saint-Pierre-et-Miquelon en Silicon Valley… « Le monde est plein d’honnête gens. On les reconnait à ce qu’ils font les mauvais coups avec plus de maladresse » (Péguy)… ou plus d’hypocrisie…
L’Europe se rebiffe
« L’Europe a pas mal été dénigrée ces derniers jours, mais au fond c’est plutôt une bonne chose et nous devrions remercier ceux qui la dénigrent ». Ingrate, Christine Lagarde s’est éclipsée entre les profiteroles et la liqueur de poire, lors d’un dîner officiel à Davos, pendant le discours hostile du secrétaire américain au commerce.
Trop c’est trop ! La présidente de la Banque Centrale Européenne a lâché ses coups sur CNN : « L’Europe va faire une grande analyse « Forces, Faiblesses, Opportunités, Menaces » et décider de ce que nous devons faire pour être forts par nous-mêmes, pour être plus indépendants, pour compter sur le commerce interne, afin que nous ne puissions pas l’ignorer mais au moins préparer un autre plan B au cas où la relation normale ne serait pas rétablie ». Apparatchik galonné du Titanic Europe, Thierry Breton est raccord : « Ou bien on regarde en spectateur le conflit qui s’annonce […] entre les États-Unis et la Chine et on attend de voir qui va nous manger, qui vont être les prédateurs, comment nous allons devoir payer, ou bien nous prenons notre destin en main ». Les mots vivants soulèvent les montagnes, morts, ils les sapent.
Côté dépendances, la messe est dite depuis longtemps et pour longtemps. Côté cuisine, l’Europe a des atouts, valeurs, saveurs à faire valoir. L’Europe, c’est l’« Oreiller de la Belle Aurore ». Inventé par Brillat-Savarin, récemment ressuscité par un charcutier lyonnais, ce plat d’exception est un assemblage délicat, nécessitant un savoir-faire hors normes : « C’est un mélange savant de viandes, volailles, gibiers. Le foie gras, les truffes et les champignons peuvent également intervenir. Il faut gérer la réduction des jus, la cuisson de la pâte, le montage de toutes les viandes, l’association des couleurs, les marinades. Tout cela est extrêmement technique et complexe » (Joël Mauvigney).
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Depuis deux générations, Coué qu’il en coule, l’Europe pédale dans la choucroute, la bureaucratie, l’irénisme, des directives ubuesques, la RSE, le gazeux. Les naufrageurs du pont supérieur, arrogants, paresseux, naïfs comme des rosières, n’ont rien vu venir, rien anticipé. Ils restent à la barre et donnent des leçons de navigation. La croisière s’abuse. En 2024, Mario Draghi a rendu sa copie pour relancer la croissance de l’UE : 400 pages, 170 propositions, trois axes: l’innovation dans les technologies numériques, la décarbonation et la réduction des dépendances en matières premières. Champion du monde, Mario !
Excursus… Bon sens, mais c’est bien sûr !
L’Europe ne s’affranchira pas des tutelles américaine, chinoise, russe, indienne bientôt, avec des concours d’éloquence, d’indignation, sophismes, avec des pétitions de grands patrons pour une « préférence européenne ». L’Europe ne sauvera sa peau qu’en travaillant plus et mieux, en protégeant sa jeunesse des réseaux sociaux qui lavent les cerveaux, en lui redonnant le goût de l’effort, du savoir, de la lecture, en cessant de financer le communautarisme islamique, en contrôlant ses frontières, en protégeant ses valeurs, la terre de nos aïeux, le droit à la continuité.
La libre circulation des capitaux, des réfugiés et des bons sentiments ne fait pas une Union. Les Eurocrates, « toutlemondistes », « anywhere », ne construiront pas l’Union Européenne contre les peuples, les « somewhere ». Il faut parler vrai, parler comme Fustel de Coulanges de communauté d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs et d’espérances ; de femmes et des hommes qui veulent marcher, travailler, combattre, vivre et mourir ensemble, les uns pour les autres. L’Europe aujourd’hui, c’est une communauté réduite aux aguets. Pas de salut sans parrhésie, courage de dire les vérités déplaisantes, sans tempêtes, ni sacrifices.
« Ô Canada ! Terre de nos aïeux / Ton front est ceint de fleurons glorieux ! / Car ton bras sait porter l’épée / Il sait porter la croix ! / Ton histoire est une épopée / Des plus brillants exploits / Et ta valeur, de foi trempée / Protégera nos foyers et nos droits / Protégera nos foyers et nos droits » (Ô Canada, hymne national).
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